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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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samedi 16 octobre 2021

Galantes chroniques de renardes enjôleuses - Anonyme

Sous titré " farce féérique érotique et morale des Qing", ce petit livre n'est pas à mettre entre toutes les mains.

Ne vous fiez pas à l'image de couverture, la seule qui soit innocente

Si l'auteur est anonyme, c'est pour une bonne raison; il s'agit probablement de quelqu'un de très respectable qui a préféré rester anonyme. En effet, si les ouvrages érotiques en Chine classique étaient courants,  aucun auteur "sérieux" n'en aurait revendiqué la paternité, au risque d'être la risée de tous ceux qui , par ailleurs, avaient lu l'ouvrage licenceux.
Même la date est difficile à cerner, l'époque Qing a duré de 1644 à 1911. Il est estimé avoir été écrit vars 1780 ( un peu l'époque de Sade en France, d'ailleurs). Mais ici de sadisme, point. Des descriptions crues, oui, mais on reste dans le registre de la farce, de l'énorme ( et ce mot est choisi à dessein), et de la fantaisie.
On va donc nous narrer les "prouesses" de deux renardes. Au sens chinois de ce terme, c'est à dire des animaux au mieux gentiment manipulateurs, au pire, complètement malfaisants, dotés d'une longévité hors du commun et de la capacité de se métamorphoser en humains.

Les deux renardes sont aussi deux fieffées ... cochonnes, désireuses de débaucher les humains. "Immortelle senteur de Canellier", dite Cannelle est plutôt sympathique et point trop alfaisante, elle pense surtout à s'amuser avec les humains et à se payer du bon temps. "Immortelle frangrance des nuées", alias frangrance,e st plutôt du genre goule, qui voit dans les galipettes avec les humains un moyen d'absorber leur énergie vitale. A la faveur d'une fêtes, les deux gourgandines sous l'apparence de deux jolies femmes, jètent leur dévolu sur Mignard, jeune homme fort charmant  de 17 ans qui a bien bien besoin d'être dégourdi, au sens le plus sous-entendu du terme: élevé dans un cocon par ses notables de parents qui veulent en faire un lettré, le jeune homme tout timide en apparence est enlevé par les deux renardes, qui l'emmènent chez elles pour une partie à trois. Force est de constater que le petit Mignard, par ailleurs bien doté parmère nature, et bien que puceau, sait parfaitement quand et comment se servir des bijoux de famille.
Tout se passe pour le mieux en joyeux ébats, jusqu'à ce que le trio soit rejoint par deux renards males lubriques et bisexuels, qui s'occupaient entre eux, peu de temps auparavant. Or Mignard n'est pas de ce bord, et tant qu'il s'agit de se taper des renardes à l'apparence humaine, ça va, mais participer à une orgie vulpine avec des renards, non il se dit que quand même en temps que fils de lettrés, si ses parents le voyaient, il serait la honte de sa famille. Là-dessus apparaît un juge envoyé par l'empereur de jade, venu régler le cas des 4 renards: les mâles qui, au delà de la débauche, ont aussi abusé les humains pour le plaisir de détourner des sages épouses de leurs mari, de monter les gens les uns contre les autres, volé et extorqué.. sont immdiatement exécuté. Les femelles n'ayant que la débauche et l'enlèvement à se reprocher, sont simplement condamnées à 500 ans d'emprisonnement ( là finit la partie érotique)
Le juge annonce aussi à Mignard qu'il va croiser bientôyt une autre renard, correcte celle-là, et l'épouser.. temporairement, afin qu'elle règle une vieilel dette. L'élue, Blanche Lune a en effet été sauvée d'une mort certaine 500 ans plus tôt par une précédente incarnation de Mignard. Armée de plus d'un demi-millénaire de sagesse et de culture, aidée de son oncle Hu, elle va donc lui organiser une préparation accélérée au concours de mandarinat, en remerciement.

Pendant ce temps-là, l'intrigue se double d'une intrigue policière: les parents de Mignard recherchent leur fils enlevé, font appel à deux moines exorcistes ( en fait des bandits de grand chemin, qui voient là l'occasion de se faire facilement un paquet d'argent). Les deux voleurs seront châtiés par leur mauvais karma, l'un des deux étant assassiné chez le père de Mignard.. accusé à tort d'un double meurtre. Le policier en charge de l'affaire très compliquée aura la révélation.. par l'apparition de l'oncle Hu et de Blanche Lune qui viennent témoigner en rêve: en tant qu'esprits-renards, ils sont peuvent se manifester ainsi.
La fin vire à l'intrigue politique, lorsque Mignard passe et réussi ses concours, attirant l'attention d'un minsitre véreux qui espère le manipuler.

Mais ces trois aspects ( en 12 courts chapîtres) sont avant tout l'occasion d'une satire: la première partie moque en même temps la morale étriquée (de la famille de Mignard, qui l'élève sous cloche pour éviter qu'il ne cède à des avances de camarades, si on l'envoyait dans une école de garçons) et la débauche excessive des renards, la seconde se moque des faux-moines-vrais bandits ainsi que de la cupidité en général ( les obsédés du profit s'entretuent), et la troisième punit les orgueilleux assoiffés de pouvoir, chacun des personnages affligé de ces tares trouvant une mort passablement ridicule.

Donc à prendre au ixième degré, mais rassurez vous, même si le texte est cru et illustré de gravures qui ne laissent que peu de place à l'imagination, tout en restant dans les limites hétérosexuelles et à deux, il n'y a rien de cruel ou de non consenti, même le "naïf" garçon s'avère de fait le premier à vouloir franchir le ruisseau.
allez pour le plaisir quelques appellation chinoises très poétiques:
- la corne d'occident (un "jouet pour adultes", à l'époque souvent en pierre semi-précieuse type jade. brr ça risquait d'être froid!),
- le jeu des nuages et de la pluie ( quand un monsieur et une dame s'occupent ensemble)
- s'abreuver à la source de jade ( notre français " rouler un patin" est terne à côté. Mais bon les chinois de lépoque pensaient que la pratique était revigorante et rallongeait la vie. Il y a pire comme préconisation)
- Le vent du sud (deux messieurs qui font des galipettes ensemble) et le vent du nord ( un homme et une femme). Désolée je ne sais pas d'où soufle le vent lorsqu'il s'agit de deux femmes, ça n'est pas évoqué ici. En tout cas la notice nous dit qu'il y a pas moins de 42 expressions pour désigner le " vent du sud"

Et ça n'est pas érotique mais j'ai beaucoup aimé le " veau né d'une vache au pelage bigarré" , la sentance de réincarnation de l'un des deux voleurs, qui va être réincarné en veau textuellement. Mais de manière imagée, l'expression signifie " un excellent enfant né chez de mauvais parents".

Le récit chinois ets complété d'une postface " les renardes par l'une d'entre elles" qui explique sous forme de témoignage le pourquoi du comment les renards "normaux" , d'abord liés à des rites de fertilité, sont peu à peu devenus des créatures fantastiques polymorphes, maîtrisant la double vue et les sorts de guérison, puis des esprits démoniaques proche des vampires ou des succubes.
Ou au contraire favorables, selon les régions et les époques (si la "renarde "est devenu une métaphore de la prostituée en Chine, comme la louve à Rome, c'est aussi l'animal d'Inari au Japon, qui a hérité des mythes chinois: messager, voir forme animale de la déesse de la prospérité).
S'ils décident d'être bienveillants plutôt que malfaisants, alors l'humain qui devient leur ami ou leur conjoint est chanceux et verra la chance lui sourire.

Eros et Thanathos rassemblés sous forme animale!
Ici pour compléter un blog sur la mythologique chinoise qui nous parle de Daji, la renarde la plus célèbre des récits chinois.

Classique anonyme chinois du XVIII° siècle



jeudi 14 octobre 2021

La Vénus d'Ille - Prosper Mérimée

Tiens puisque je parlais de Mérimée - traducteur au sujet de Pouchkine, pourquoi ne pas le ire aussi pour lui même en tant qu'auteur entre autre de quelques nouvelles fantastiques.
Il est loin d'être le seul, beaucoup de ses contemporains ont plus oeu moins tâté du genre fantastique, que ce soit Théophile Gautier, Barbey d'Aurevilly, Gérard de Nerval, alexandre Dumas, Charles Nodier, Villiers de L'Isle-adam ou même des auteurs classés comme réalistes tels Balzac ( la peau de chagrin, ou l'elixir de longue vie que j'avais chroniqué ici) ou Maupassant ( le Horla entre autres).
En fait, c'est presque le fait de ne pas avoir cédé à cette tendance venue d'Allemagne et d'Angleterre qui fait exception.

Et donc Mérimée, dont le fond de commerce était l'exotisme ( l'exotisme de l'époque étant par exemple l'Espagne de Carmen ou la Corse de Colomba), arrive à concilier parfois les deux. Et donc direction les Pyrénnées, un endroit que la plupart des parisiens du XIX° siècle ne connaissient pas, forcément mystérieux, avec des montagnes inquiétantes, des gens qui parlent une autre langue ( le catalan). Et oui, effectivement pour le parisien lambda de l'époque, qui lisait des romans et des nouvelels dans les journaux l'endroit était probablement aussi dépaysant qu'un pays étranger.
La Vénus d'Ille, beaucoup l'auront probablement lu au collège, en tant qu'exemple de nouvelles fantastique, souvent même pour présenter le genre fantastique, probablement sans grand enthousiasme parce que lecture imposée.
Donc un petit retour aux sources, pour lire la nouvelle simplement pour elle même, avec entre la période du collège et maintenant tout un bagage culturel et littéraire qui s'est forgée.

La trame est simple: Un parisien amateur d'antiquités arrive dans ls Pyrénnées pour rencontrer Monsieur de Peyrehorade, collègue local, pourqu'il lui fasse visiter la région. Or Peyrehorade a trouvé récemment une magnifique oeuvre d'art, une statue antique de Vénus romaine,  qui fadcine mais.. met mal à l'aise ceux qui la vient: la statue, si parfaite soit elle, a un air malicieux, voire méchant, et les locaux l'évitent , voyant en elle une idole payenne, voire un démon. D'utant que son excavation a causé un accident, il n'en faut pas plus pour lancer une réputation de malédiction.

Peyrehorade met ça sur le compte des superstitions encore vivaces à la campagne. Mais notre narrateur confirme, elle a vraiment l'air mauvaise.
Sur ce, Peyrehorade convie son invité a rester quelque jour, son fils se marie le lendemain, c'est l'occasion d'assister à une noce locale catalane. Le fils en question est vraiment un sale type, orgueilleux, vantard, grossier et surtout âpre au gain. Il va se marier avec une femme gentille et délicate, qui a la malchance d'être une riche héritière, et qu'il voit comme une tirelire ambulante ( ce que le narrateur trouve ignoble pour la future mariée qui n'a vraiment pas mérité un crétin pareil)
Or le jour même du mariage, le futur marié décide d'entamer une partie de jeu de paume, laisse la bague qui l'encombre et trouve très subtil de la passer au doigt de Vénus. Dans la précipitation il oublie la bague, et entend donc la récupérer le soir. ce qui s'avère impossible, car la statue ne veut pas la rendre ( mais comme il est ivre lorsqu'il raconte ça, on ne le croit pas). Il ne faut pourtant pas plaisanter avec une femme, et encore moins se moquer de Vénus, fût-elle en bronze!
La statue va donc venir nuitamment récupérer son dû: son mari. Elle ne fait pas une affaire, hein...

Ceux qui l'ont lue connaissent la fin, ceux qui ne l'ont pas lue, débrouillez vous, vous êtes probablement collégiens et non, pas la peine d'insister, je ne fais pas vos devoirs :D

Par contre, c'est une bonne chose de l'avoir relue avec un oeil neuf, j'ai pu voir des choses qui m'avait échappé: la discrète critique sociale sur les mariages d'argent qui dégoûtent véritablement le narrateur. Ou sur les gens qui se piquent d'avoir une connaissance encyclopédique et veulent tant impressionner " ceux de la capitale" qu'ils en deviennent ridicules : L'antiquaire Peyrhorade veut tellement avoir trouvé une statue qui révolutionne tout ce qu'on sait du monde antique, que contre toutes les évidences d'occupation romaine des lieux, il lui tricote une origine assyrienne, et pour prouver ses dires, tord en tous sens la toponyme locale pour trouver aux patelins du coin un nom assyrien en plein dans les Pyrennées ( La Vénus porte une inscripton "turbul", que le narrateur traduit comme " turbulente "ou "qui trouble", ce qui semble évident. Peyrhorade y voit les noms de "Tyr - Baal", respctivement une ville et un dieux assyriens, qu'il pense trouver dans le nom de "Bouleternère" la ville d'à côté)

Je découvre aussi au passage qu'Ille ( Ille-sur-Têt) existe vraiment et que c'est magnifique.


Mais surtout j'y vois maintenant clairement une variation sur le thème de la statue vivante, connue depuis la Grèce antique: la légende de Pygmalion, dont la statue prend vie grâce à Aphrodite (tiens donc, l'équivalent grec de Vénus) avec une interpolation de la statue du commandeur dans Don Juan, qui vient demander des comptes à celui qui l'a offensé.
On peut aussi faire un lien avec le Golem, statue qui s'anime lorsqu'on grave sur lui un texte magique ( la Vénus a un texte gravé sur le bras), ou qu'on lui confie un artefact magique ( souvent représenté par un collier ou une médaille)
Donc non, ce n'est pas un sujet original, mais au contraire une variation sur un sujet très bien connu depuis toujours, mais c'est justement l'intérêt, de voir maintenant l'intertexualité qui m'avait échappé quand j'avais 14 ans.

Et donc, de mon point de vue, c'est dommage de cantonner les classiques au collège, et de ne plus y toucher ensuite. On peut y trouver des choses intéressantes, en une courte soirée de lecture.
Pour le lire en version numérique, c'est ici.

mercredi 13 octobre 2021

Journal de bord et Rat d'halloween

 Ca faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion d'y prendre part. Et ce sera probablement en pointillé
D'ailleurs le journal de bord aurait pu commencer lundi, mais... cours obligent, je n'ai pas eu la possibilité.

le RAT d'Halloween, cette vanne me manquait trop!

Voilà le résumé:
Lundi 11: je propose de classer la recherche d'assurances et les demandes de devis dans la catégorie " horreur".. non sérieusement je n'en ai pas fini avec les démarches administratives.
Et l'angoisse: je suis toujours dans l'attente de mon visa, avec un peu de chance je devrai avoir des nouvelles en début de semaine prochaine.... j'espère.
A part ça cours en ligne de 8 à 11h30, et vie quotidienne. Préparation des cours pour le lendemain , courses, révisions etc.. si j'ai fini la lecture de la partie " fantastique " d'Hikaru no go, donc un billet en prévision. Et publication du sujet sur la Dame de pique ( la nouvelle illustrée)

Rats... et petits rats: le lundi est le jour sportif par excellence, entre l'échauffement et 1h45 de danse et de stretching, en général c'est sportif.

Mardi 12: J'ai un peu mal aux jambes, il était costaud le stretch d'hier :D
Le mardi est le jour du film, en cours. Un film d'espionnage cette fois, donc rien d'Halloweenesque ( sauf si on considère que Staline et Beria peuvent être de convainquants démons. Personnellement je dirais " encore pires", puisqu'ils ont existé et réellement nuit.) 

cours de 9h00 à 14:15, repas, une heure de travail, re-séance de stretch ( plus tranquille), révisions, un peu de musique.. et c'est déj l'heure de se coucher. MAis une petite révision de vocabulaire avant.

Mercredi 13: cours de 9 à 16, 3heures de grammaire, et fin du film, avec une petite demie heure de pause et une autre pour manger. Et re grammaire.
Après.. j'ai des exos à faire pour demain mais.. si je publiais le résultat de mes expériences culinaires de ce WE? Et si je mettais un peu à jour le blog
ah, c'est 18:15? va pour les exos ( exo-rcisme?). Edit: bon ça va en 45 minutes c'était plié.
Puis un peu de musique, donc cette semaine j'essaye de faire un peu thématique, avec  du déchiffrage de versions adaptées pour débutants de:
- Extrait du 2° mouvement de la sonate n°2 de Chopin,... dit comme ça... mais SI, vous connaissez tous, sous le nom " marche funèbre" ( dont le passage central est ravissant et pas du tout sinistre, donc ...évacué lors des cérémonie funèbres).
- always look on the bright side of life ( Eric Idle - mon hymne personnel, avec ses paroles totalement paradoxales)
- La mort d'Ase ( extrait de Peer Gynt - E. Grieg )
- Marche funèbre d'une marionnette ( Gounod)
- La danse macabre ( Saint Saëns)
- Pavane pour une infante défunte ( Ravel)
- Lacrimosa ( Requiem - Mozart)
Il va sans dire que je n'ai pas DU tout le niveau pour tout ça, même en versions simplifiées, mais pas grave, c'est en visant au delà de son niveau qu'on progresse. J'ai d'autres morceaux que je travaille depuis plus longtemps en réserve pour les moments où j'ai envie de jouer mieux (ou moins mal)
Puis hop, lavage de cheveux, avec le vent, je ressemblais à Méduse

Avant le shampooing

Et puis que faire, après le dîner? Je réviserai un peu le géorgien que j'essaye d'apprendre depuis quelques mois, histoire de ne pas faire de " trou" dans mes révisions, mais sans y passer non plus 1h00. Avant de me coucher
Donc préparation de deux ou trois sujets à publier prochainement, et planning pour ces 3 ou 4 prochains jours, pour "sandwicher" au mieux cours ou révisions/ musique/ lecture/ sport/ autres.

Jeudi 14: Cours de 9h à 12h30...préparation du repas " cervelles de zombies en sauce sanguine" ( alias chou fleur au paprika, plat 100% végétarien, mais le renommer d'un nom horrifique peut être une solution pour ceux qui ont du mal à faire manger des légumes aux gamins ;)), début de lecture des "galantes chroniques", promenade de cerbère ( car je fais du toutou sitting) chant et piano funèbre, auto-écartèlement ( stretching, donc) et préparation des sujets à venir.

Ok: un sujet publié ce soir, un prévu à la fin du mois, un prêt à illustrer sur le blog Japon, un à finir ici + une lecture en cours. Demain je travaille en ligne, mais je n'ai pas de cours et peu de devoirs pour la semaine prochaine, donc, je devrais pouvoir avancer un peu :)
Prévision de demain: musique, gym, petit travail, finir "les renardes", quelques nouvelles de Gautier, et écouter la Dame de Pique version opéra.

Vendredi 15: petite grasse mat' quand même, puis 1h30 de travail en ligne, j'ai presque fini les renardes hier soir, il ne reste que quelques pages, qui seront finies avec le café.
-> et comme souvent les projets changent de minute en minute. J'ai reçu des nouvelles concernant ma demande de visa, donc recherche d'avion, message à l'université donc, priorité à tout ça.
Je vais enfin pouvoir me mettre à la lecture et finir les Renardes
Edit: Avion réservé, je sais enfin QUEL JOUR je pars, le compte à rebours est enclenché, dans un mois je suis en Russie!

Vendredi 16: après la grasse mat', et la séance de sport à 11h30, le repas vite fait, l'après midi a été consacré à la quête des habits chauds pour pouvoir me déguiser en oignon dès mon arrivée. direction le magasin de sport, les rayons rando et ski. Quête réussie!
Et comme c'est loin et que j'ai du faire l'aller retour en bus, Théophile Gautier m'a tenu compagnie (2 nouvelles et demie) Je termine la troisième ce soir après le dîner.
Et dans la foulée, sujet publié sur les Renardes.

Dimanche 17: la fin de matinée à été consacrée à préparer le cours de mardi après-midi ( pour lundi et mardi matin, rien à faire, ô joie!) et j'ai appris que j'aurais de la visite ce soir. Bon, quand je vous dis que mes planings varient sans que je puisse donner mon avis. Après midi prévu: jouer un peu de musique je ne l'ai pas fait hier et avant hier. Ecouter l'opéra, ça non plus je n'ai pas eu la possibilité.


Dans l'absolu je vous ai passé les activités autres ( du genre la révision de géorgien 30 minutes, une heure tous les soirs, ou la promenade de mes pensionnaires, le ménage, etc...), mais oui, ça limite aussi le temps disponible.

Courge rôtie au pesto de pistaches ( Iran)

En marge d'Halloween, une recette s'impose. Il me restait un peu de courge du précédent gratin, que faire?

Pas un autre banal gratin courge/pomme de terre, ni une soupe, ni des légumes indiens... et pas un dessert, je déteste la courge sucrée.

Certes ma première idée était aussi une recette indienne pour cumuler halloween et challenge indien, mais... j'ai fouillé le net. Cuisine arménienne: rien qui corresponde, cuisine géorgienne, rien non plus.. bon, on va chercher plus loin... et j'ai trouvé ça, une recette présentée comme iranienne, j'avais un reste de feta et de la grenade, un tour au magasin pour trouver des pistaches non salées et un peu plus de fromage et en route pour l'Iran.

La recette: La personne qui l'a faite a adapté en utilisant du comté, j'ai eu une autre idée. Pas loin de chez moi, il y a un magasin spécialisé en produits des pays de l'Est et du Caucase, donc, j'ai gardé la feta pour le "décor" et j'ai fait le pesto avec du tvorog, un fromage ici dans sa version russe, mais que l'on trouve dans tous ls pays slaves, de la Pologne à l'Ukraine, en passant par la Russie, la Biélorussie, la Bulgarie... et probablement en variantes sous d'autres noms au moyen-orient. Mais bon, je ne voulais pas de comté 100% franchouillard dans ma recette orientale :D

Je pense que c'est aussi assez proche de ce qu'on peut trouver en Turquuie, en tout cas la consistance ferme est parfaite pour en faire une pâte un peu épaisse (et d'expérience, je ne me sers plus que de ça pour faire du fromage à tartiner à l'ail et aux fines herbes, c'est vraiment la consistance parfaite. Et comme il est neutre, ni sal, ni sucré, pas de risque, on peut l'utiliser de l'entrée au dessert)

Autres modifications: au lieu d'huile et de jus de citron dans la pâte de pistaches, j'ai mixé directement un peu de citrons marinés à l'huile d'olive, donc cétait un peu beaucoup citronné. Et beaucoup moins vert: je n'avais plus d'aneth que séché, et suite aux plues diluviennes , le persil est mort, donc... pas de persil. Ma courge n'était pas une Butternut, mais une autre variété, piquée par une voisine dans un champ, on s'est partagé le butin, pour vite faire disparaître l'objet du délit, donc aucune idée de laquelle il s'agissait. Et comme une moitié avait déjà servi, le reste était prédécoupée, il a donc fallut en faire un gratin presque habituel.

Je modifie mon titre " quart de courge anonyme, volée sans vergogne par une voisine, ou " comment faire disparaître un cadavre".

Donc voilà, ce n'est pas très beau, mais c'était bien bon. La moité de la courge cuite à la vapeur a été écrasée et mélangée à la pâte de pistache au fromage et le reste gratiné par dessus.

Je ne sais aps comment font les gens pour avoir des plats " jolis" à présenter sur le net, les miens sont bons, mais toujours moches.

Accompagné de lavash, galette arménienne, classée au patrimoine immatériel de l'Unesco, ouaip!

Déjà parce que c'est bon et que je me suis dit que la recette arménienne ne devait pas être trop éloignée de celle de l'Iran. Donc j'ai profité qu'il y en avait au magasin. Les galettes sont immenses etce que vous voyez est en fait un quart de lavash divisé en 2 ! parfait pour faire des crêpes roulées, garnies de ce que vous voulez, et, pourquoi pas, de gratin de courge ;)

dimanche 10 octobre 2021

La Dame de Pique - A. Pouchkine, illustrations de Hugo Bogo

 J'ai décidé pour des raisons bien compréhensibles, de faire de cette histoire de fantôme signée Pouchkine mon fil rouge pour ce mois Halloween.
Pour tout dire, je prends de l'avance (j'écris ce premier sujet le 5 mars en fait) en sachant que je serai trèèèès occupée en novembre, si mon projet se concrétise.

Et pouquoi une histoire que j'avais déjà lu et chroniquée?
Parce que j'ai découvert par hasard cet album illustré et que j'ai immédiatement dit " je le veux!" tant les illustations sont magnifiques.


D'autres part parce que j'ai envie de faire un tour d'horizon des adaptations. En album illustré, en opéra par Tchaïkovski, et en danse par Roland Petit. Il y a également un film de Pavel Lounguin, assez récent, mais qui s'éloigne ( le sujet ebrode autour d' un chanteur qui va interpréter le rôle du héros dans la version opéra, donc plus une adaptationd e l'adaptation. Ca peut être intéressant à voir si je le trouve). Mais il y a nombre d'autres adaptations filmiques, plus directement inspirées de la nouvelle, je verrai à l'occasion si j'en sélectionne une.
L'interêt ici étant d'avoir des supports variés: peinture, musique, chorégraphie, film etc...

Comment résister? Cette harmonie de bleu blanc et jaune est somptueuse

J'avais donc lu la nouvelle il y a quelques années, voilà la même avec illustrations.
Je note que la version française n'est pas signée de n'importe qui, puisque contrairement à la " traduction" de Gogol par Louis Viardot qui ne parlait pas russe, il s'agit cette fois de Prosper Mérimée qui lui, parlait russe. Et, autre avantage était également auteur de nouvelles, y compris fantastiques.
Donc aucun souci pour la qualité du français ou le respect du procédé fantastique.

Il rend également bien l'ironie et l'humour de Pouchkine, particulièrement cynique à l'égard de la vieille dame ridicule, qui s'obstine à vouloir à 87 ans s'habiller comme dans sa jeunesse et courir les bals, que les gens saluent et laissent ensuite dans un coin, que sa famille a plus ou moins déjà mentalement enterrée ( on n'est vraiment pas loin de " ces gens -là".. Il y a la petite vieille, on attend qu'elle crève, vu que c'est elle qui a l'oseille). Pas moins effrayante vivante, telle une momie en tenue de dentelles, qu'après sa mort, sous forme de fantôme.


Sa toute première présentation visuelle, devant un miroir, m'a énormément fait penser aux "vieilles" de Goya.

A l'égard aussi de la famille et de la société petersbourgeoise, un ramassis de fêtards vains et vides, que seul l'argent et les apparences intéresse. Qui dépensent sans compter un argent qu'ils ne gagnent pas. Le mari de la comtesse lui faisant remarquer lors de l'évocation de sa jeunesse, qu'à Paris il n'a pas accès à ses terres de Russie et à ce qu'elles lui rapportent.  Il y a là quelque chose de très intéressant et subtil politiquement: le mari n'a pas travaillé un jour dans sa vie, l'argent lui arrive par le travail des paysans serfs, exploités pour un salaire de misère. On sait que Pouchkine était proche des Décembristes, mouvement réclamant des réformes de grande ampleur, parmi lesquelles l'abolition du servage.
Il fait ici passer discretement le message sans jamais parler de réforme, simplement en ridiculisant ces paniers percés, capables de perdre en une seule soirée l'argent gagné en plusieurs années par le travail des autres. Ils n'ont évidemment pas la moindre idée du labeur nécessaire pour le gagner, puisqu'ils n'ont pas à se fatiguer pour le gagner.

A l'égard aussi de la gentille et naïve Lisa, dame de compagnie de la tyrannique vieille comtesse, mais trop naïve justement: habituée à faire tapisserie au bal ou à ne participer que lorsqu'il manque une cavalière, habituée à s'effacer, elle tombe dans le premier piège venu. Elle n'est pas non plus très instruite, contrairement aux autres dames de la bonne société qui souvent parlaient mieux français, anglais ou allemand que russe. Elle n'a pas lu beaucoup et ne se rend pas compte que Hermann, d'origine allemande, la drague en lui servant mot pour mot des extraits de romans sentimentaux allemands, traduits en russe. Cependant, Lisa sait ce qu'est le travail: noble désargentée, elle est obligée de travailler pour subsister, logée dans une chambre miséreuse par la vieille avare (ce que l'on comprend à des détails comme une bougie de suif, un chandelier de cuivre, le tapis élimé, tout le peu d'argent qu'elle reçoit doit passer en toilettes de bal: " on exige d'elle qu'elle s'habille " comme tout le monde", c'est à dire comme fort peu de gens". Le reste de l'appartement est à l'avenant, les couloirs sont sinistres, les tapis usés, les fauteuils hors d'âge, seules les pièces d'apparat sont remplis de bibelots, portraits statuettes, faïences... un décor dont la comtesse " momie vivante" semble être un élément.

Et bien sût à l'égard de Hermann, le héros, un des types les plus ignobles de la littérature. Sachant que la vieille dame connait un système infaillible pour tricher aux cartes, mais refuse de le dire à quiconque, son plan es simple: draguer la jeune pour s'introduire en douce chez elles, et menacer la vieille pour lui faire avouer son secret. Par appât du gain.
L'auteur nous indique bien qu'il a, à un moment " quelque chose qui ressemble à du remord", mais que ça lui passe vite, la rapacité fait vite taire ce qu'il pourrait avoir de conscience. Un mec odieux, manipulateur, capable de pointer un révolver sur une octogénaire pour lui extorquer son secret, tout en se faisant passer pour quelqu'un de bien, travailleur et honnête. Une morale de bandit de grand chemin sous un vernis de respectabilité, qui se sent en plus supérieur aux autres. Même Raskolnikov, qui commet un meurtre juste pour voir l'effet que ça fait n'est pas aussi détestable, du fait qu'il développe une culpabilité, pour rester dans la catégorie " tueurs de vieilles dames".

Donc pas un personnage pour rattraper l'autre, mais un goût prononcé pour le sarcasme de la part de Pouchkine, que décidément, je conseille à quiconque veut tenter la littérature russe, en pensant tomber sur un cliché d'auteur tragique et dépressif. Il n'est pas du tout comme ça: fin, sarcastique, cynique avec un talent pour croquer en trois lignes des portraits qui font mouche.

Et pour les illustrations? Je vous laisse juger. Je ne connaissais pas cet illustrateur, et peintre. Et ça fait toute la différence. Ce sont de somptueuses pages, avec une composition magnifique. J'ai totalement été conquise par sa manière de rendre les architectures sous la neige, les couleurs tranchées des bâtiments de Saint Pétersbourg, et l'épaisseur, le poids des tissus; par son jeu de lumières de toute beauté.

C'est un crève-coeur de devoir réduire les illustrations, qui sont à voir dans leur taille réelle (le livre est presque au format A3)

Un autre avis? Voilà celui de Pierre, alias Pedro Rabbit. Il a aussi été conquis :)

Meme si les illustratons sont contemporaines, avec un texte de Pouchkine traduit par Mérimée, j'ai tout bon !

samedi 2 octobre 2021

La joie ne diminue pas lorsqu'on la partage

En ce 2 octobre, j'ai eu envie de parler de quelque chose. Inspirée par la récente disparition du regretté J-P Belmondo et parce qu'il faisait partie d'un " club" qui n'existe pas, mais qui devrait être fondé, et que j'ai envie d'appeller le " club Duchenne" .

"Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le neurologiste Guillaume Duchenne de Boulogne réalise une série d'expériences sur l'expression faciale de l'émotion. Il utilise la photographie et la stimulation électrique des muscles du visage pour mettre en évidence les mouvements associés à l'expression des émotions. Il remarque notamment que les sourires exprimant une joie sincère se différencient des sourires volontaires par la contraction du muscle orbiculaire de l'œil (orbicularis oculi), un muscle situé autour des yeux. Ce type de sourire sera plus tard dénommé « sourire de Duchenne » (Duchenne smile) par Paul Ekman. Duchenne publie ses travaux en 1862, dans Mécanisme de la physionomie humaine, ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passions applicable à la pratique des arts plastiques1."

Merci Wikipédia.

JP Belmondo et Guy Bedos, grand-pères grandes-gueules

Puis juste après, je suis tombée sur lui, que je ne connaissais absolument pas, mais qui a gagné spontanément ma sympathie.
Timothée Chalamet, le petit jeune de la sélection, je ne sais pas du tout ce qu'il vaut comme acteur, mais, il a ce que j'appelle " une bonne tête".

Le sourire de Duchenne, c'est le sourire vrai, authentique. Celui qui fait que peu importe votre âge, votre nationalité, votre taille, poids, couleur de peau ou d'yeux, vous allez respirer la joie, la sympathie, vous faire des amis...  Et si peu de choses sont plus agréable que voir quelqu'un sourire ouvertement et sincèrement, inversement, peu de choses sont aussi peu agréables qu'un sourire faux.

Et aujourd'hui, c'est la journée mondiale du sourire. Et comme on est tous masqués en public, depuis 2 ans, on manque sérieusement de voir des bouilles joviales.


Donc, une petite sélection de messieurs qui ME plaisent, vous allez de suite voir le dénominateur commun. Nul besoin d'être un canon de beauté, taillé comme une statue antique, baraqué comme une armoire normande, ou même jeune. Non, ces gens là, c'est automatique: je les vois en photo, je souris à leur photo, en retour ( il y a des femmes aussi, mais là, j'ai plutôt envie de mettre en avant ces messieurs). Des gens de tous âge, d'origines variées, mais que j'ai juste un immense plaisir à voir sourire. Ils sont tous connus dans leur domaine, comme ça pas de souci de droit à l'image, mais il va sans dire que des inconnus peuvent aussi attirer instantanément la sympathie. Nul besoin d'être célèbre pour gagner la mienne en tout cas, il va sans dire.

Il y en a même qui sont mieux en prenant de l'âge, parce que plus apaisés, plus en phase avec eux-mêmes...

Oui  je trouve que Leonard Cohen était plus irrésistible à 80 ans qu'à 30.

La beauté, de mon point de vue est une moyenne. L' adéquation avec une norme, extérieure, dictée socialement et variable avec les époques. Ce qui fait que quelqu'un qualifié de beau, sera peut être considéré comme moche ou banal 10 ans plus tard, une fois arrivés les rides, les cheveux gris, la peau plus terne...  La "beauté" est périssable. Et qui voudrait être " dans la moyenne"?

Le charme, toujours pour moi, c'est tout autre chose. C'est très précisément le point où quelqu'un va s'écarter du standard pour être soi. Quelqu'un de beau à 20 ans peut être moche à 30, parce qu'aigri, et qu'il ou elle tire la gueule. Quelqu'un de charmant à 20 ans le sera à 40, 60, 80... c'est beaucoup plus durable. Et ça passe par être vrai, sincère, ouvert... et souriant.

Donc les gens s'il vous plait, arrêtez de faire la cheutron. Je suis tannée de ces photos de mode où les mannequins, hommes comme femmes, ont l'air de dépressifs sous tranxène 200. C'est tout SAUF attirant, vendeur, ça ne met ni le modèle, ni les fringues en valeur.

Allez, thérapie "anti gueule d'enterrement".  De sourires de toutes époques et de toutes origines, en couleurs ou en noir et blanc. Il semble que par un jeu de neurone miroirs, voir quelqu'un de bonne humeur (de vraie bonne humeur, pas quelqu'un qui se force à faire semblant parce qu'un gourou de la positive attitude a prétendu que " si tu es déprimé, faut te forcer à sourire, ça ira mieux", balivernes!) met aussi en joie ceux qui le voient.
Partant donc de ce que la joie ne diminue pas quand elle se partage, je vous souhaite une journée du sourire pétillante de joie et d'humour!

Louis Armstrong, on me dit "jazz" je pense à lui en tout premier lieu.

Et Sammy Davis Jr n'arrive vraiment pas loin.

Lui est contemporain, mais rend souvent hommage aux deux précédents dans ses spectacles. Melvin Brown, danseur de claquettes, chanteur, humoriste..

On part outre manche, Scotland, England, etc...
Forcément, comment l'oublier, le regretté Sean Connery.

Tom Hiddleston qui a presque l'air de s'excuser d'être là.

Et je rajoute un écossais d'Australie. Bon Scott, preuve que le hard rock n'est pas incompatible avec l'humour

La musique classique non plus: Samuel Ramey, basse américaine et spécialiste des rôles de diable qu'il chantait avec délectation


A l'opposé du timbre, Rockwell Blake, ténor également américain très léger, réputé pour son humour et sa bonne humeur. Même quand il tient un rôle supposé sérieux...impossible de faire la tête tant il est visiblement content d'être là pour chanter.

Bon, lui, je ne ferai à personne l'affront de le présenter, quand même.

Par contre Gérard Philipe est moins connu des gens de moins de 40 ans.
Pourtant dans les années 50, sa bonne tête souriante a fait le tour du monde, il a été très populaire au Japon et en URSS en particulier.

Tiens à propos d'URSS. Il y a une légende urbaine qui dit que les russes ne sourient pas. c'est plus subtil que ça: on connsidère en Russie le sourire comme quelque chose de précieux, qu'on partage avec ses amis ou sa famille, parce qu'on s'amuse avec eux, parce qu'ils nous sont chers... En fait, on ne sourit pas "par défaut" en public, parce que c'est considéré comme un peu faux et hypocrite. On n'aime simplement pas le sourire commercial, vide de sens.

Par contre son sourire a lui a fait le tour de la Terre, Et ce n'est pas une image.
Et oui, revenir vivant et en un seul morceau du premier vol spatial est une bonen rason d'avoir la patate.
Pour la petite histoire, Youtri Gagarine et Guerman Titov étaient à égalité lors de la sélection. Apparemment la sélection s'est faite sur l'air plus " cool" de Gagarine, qui faisait une meilleure vitrine publicitaire pour l'URSS.
Titov est devenu le second humain dans l'espace

On reste dans le coin, mais plus au sud, direction le Caucase, la Géorgie précisément. Voilà deux ressortissants qui ne se ressemblent pas du tout.

Le premier vous l'avez déjà vu ici... mais pas en portrait.
Oui  je sais, mais j'étais obligée de sélectionner le grand Kolia, Nikolaï Tsiskaridze, dont, en plus du talent, le sourire m'a instantanément conquise. 1m85, léger comme une plume, et qui irradie de joie de vivre quoi qu'il fasse.

Et son compatriote, Levan Gorgadze, alias Toshinoshin, lutteur de sumo, 1m91 et plus de 170 kg.
Une armoire à glace, dont le sourire m'a aussi instantanément conquise.

Entre les deux, aux physiques très très différents, il y a outre la nationalité, et la grande taille, ce point commun: j'ai instantanément pensé en les voyant " ce type a l'air super sympa!"

On part en Afrique:
Afric Simone, chanteur Mozambicain un peu oublié, polyglotte (un point pour lui) qui n'avait pas son pareil pour mettre l'ambiance avec des chansons en Swahili... mais qui n'ont volontairement aucun sens ( un peu comme " vice et versa" qui est en français, mais n'a aucun sens) 

Forcément. La preuve qu'on peut sourire, même quand on n'a pas eu une vie facile. Je respecte immensément le parcours de Nelson Mandela et j'admire l'énergie dont il a fait preuve.

Amérique, Europe, Australie, Russie, Caucase, Afrique, il me manque l'Asie.
Ragunath Manet, dont j'ai parlé cet été: musicien, chanteur, danseur, chorégraphe, musicologue indien.
Et réellement quelqu'un de très sympathique.

Et tiens pour le 2 octobre 2022, une série de dames souriantes?

vendredi 1 octobre 2021

Sadko ( film 1953)

Peu  avant les examens, mes cours m'ont fourni un sujet parfait pour le défi " contes, mythes et légendes", mais il m'a fallu du temps avant d'en faire le tour. Donc bon, inclusion au programme Halloween, pour le côté magie, aventures dans un autre monde, animaux fantastiques, tout ça...Allez, ça fera l'affaire pour commencer le mois fantastique en douceur. C'est vendredi, c'est spectacle, on regarde un film!

Mais avant de parler du film, il me faut évoquer la légende d'origine et l'adaptation en opéra, qui sert de base au film. Sadko est un sujet de byline, l'équivalent slave des chansons de geste et épopées héroïques d'Europe.

Le point central est une histoire d'amitié improbable, entre Sadko, musicien pauvre et le roi des eaux.
Sadko, musicien sympatique mais très fanfaron, a fait un pari avec les marchands de la ville de Novgorod: il pêcherait dans le lac voisin le poisson d'or mythique. S'il y arrive, les marchands lui donneront une forte somme d'argent. Sinon, il partira de la ville, sous les huées. Sadko se met à jouer de la musique près du lac, la musique attire le roi des eaux, qui le remercie du concert en lui offrant le poisson d'or mythique et son amitié. Voilà donc Sadko devenu riche, et il profite de cette richesse, pour acheter des bateaux et partir à l'aventure sur les mers, négligeant l'amitié de Poséidon (enfin, son équivalent) lequel bloque les bateaux, empêchant la suite de l'aventure. La brouille se résoudra par une visite dans le royaume sous-marin, un concert, et une réconciliation par un mariage avec une femme " aquatique", qui décide de le suivre sur terre.

Ca vous parait un mélange de plusieurs histoires? C'est normal. On trouve le même schéma dans beaucoup de cultures. Au Japon, c'est le pêcheur Urashima Tarô qui, dans une légende, vit des aventures sous-marine et se marie avec la reine des mers ( mais l'histoire finit très mal! il ne faut jamais fâcher une déesse).
Plus connu en Europe et plus ancienne aussi dans sa forme écrite, il y a tout simplement l'Odyssée. Les problèmes d'Ulysse viennent de ce qu'il a tué Polyphème, fils de Poséidon (et il ne faut  jamais fâcher un dieu non plus)

Sur cette trame médiévale il est vrai très courte, Nikolaï (encore un décidément, ils me poursuivent) Rimski- Korsakov a composé un opéra, rajoutant des détails: Lioubava, la femme de Sadko qui attend classiquement que son mari se lasse de courir le monde et la fille du roi des mers, dont Sadko tombe amoureux (il faut obligatoirement un triangle amoureux au XIX° siècle). C'est elle, et non plus son père, qui va amener la pêche miraculeuse à Sadko, le rendant riche.
Mais il n'est pas plus reconnaissant que sa version conte, puisqu'il part à l'aventure avant de se retrouver bloqué... 12 ans plus tard.
Il faut donc se concilier le dieu de la mer et sa fille par un sacrifice (oui, comme Andromède, donc...), donc bon, logiquement c'est Sadko qui se jette à l'eau, littéralement, son sacrifice permettant au vent de se lever et au bateau de partir (oui, comme Iphigénie aussi). La mythologie grecque n'est jamais loin dans cette histoire.

Or.. Sadko arrive chez le roi de l'océan, où une grande fête est organisée en son honneur. Il s'y marie avec la fille du roi (oubliant au passage qu'il est déjà marié sur terre avec Pénélope-Lioubava). Tous deux reviennent à Novogorod.. Mais la fille du roi se transforme en brume et disparait, préférant retourner dans son milieu d'origine (Coucou la petite sirène!).
Sadko va donc devoir faire amende honorable auprès de sa première femme, et s'excuser de l'avoir oubliée si longtemps, mais il voulait voir le monde, tout ça... les voyages c'est bien mais on est mieux chez sois blabla, pitié, laisse moi devenir l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien, je n'ai jamais cessé de t'aimer etc. Oups, le fier héros qui "oublie" un détail pareil.

Et donc la version opéra diffère pas mal de sa source, pour aller vers quelque chose qui évoque à la fois l'Odyssée et les voyages de Sinbad le marin.

Pour écouter et voir, c'est par ici, attention, il y en a pour presque 3h00

Enregistrement de 1994 au théâtre Marinsky, direction par Valery Gergiev, je n'ai rien à redire :)

Et la version film, elle, se rapproche plutôt de la fable persane.
En effet le voyage de Sadko n'est pas dans le seul but de voir le monde, mais il veut trouver et capturer "l'oiseau du bonheur" qui rendra heureux tout le monde ( on peut y voir un lien avec l'histoire de l'oiseau de feu et celle de l'oiseau Rokh de Sinbad. Tiens j'avais oublié que Sinbad lui aussi énuclée un cyclope...tout est lié, c'est génial)

Et le film alors? Première constatation, il élague beaucoup: il faut faire tenir en 1h40 un opéra qui fait allégrement plus de 2h30, donc on coupe. Et donc le Tour du monde de Sadko (titre de distribution du film en France dans les années 50) se résume à aller chez les varègues ( vikings), puis en Inde, où il trouve non pas l'oiseau du bonheur, mais un phénix qui sait endormir la foule par ses paroles magiques - cet oiseau pourrait faire de la politique!- et dans le royaume marin, vite fait, avant de revenir à Novgorod et de conclure: " quelle erreur d'aller chercher le bonheur dans mille pays, quand le bonheur c'est le pays natal". Sa motivation pourtant était de partir chercher de quoi rendre heureux les gens de sont pays, qui ne l'étaient pas...

Grosse différence aussi avec l'opéra: il n'est pas marié. Lioubava est une femme qu'il rencontre et drague le jour où il fait le pari avec les marchands... et elle ne se montre pas franchement enthousiaste, un peu " je travaille, là, qui que tu sois, ça ne m'intéresse pas, fiche-moi la paix".
Mais dès le lendemain, avec la pêche miraculeuse, comme par hasard, elle en est dingue, comme s'il se connaissaient depuis toujours. Et lui promet le pack habituel édition Pénélope: " attente-fidélité pendant des années". Et donc il part, et se contentera de faire un faux mariage avec la fille du roi des mers pour pouvoir retourner sur terre, en lui indiquant clairement "mais je viens de la terre, je veux y retourner, on ne peux pas vivre ensemble", et elle est très zen à ce sujet, " d'accord, pas de problème, je vais simplement t'aider à rentrer chez toi".
Ceci donc pour limiter la casse du contrat de mariage, pourtant clairement indiquée dans l'opéra, la morale est sauve, ouf!

Et visuellement, c'est... du kitsch absolu, mais pas franchement plus que les péplum des mêmes années en Europe, mélangeant décors réels, rochers sur la plage, forêt de bouleaux,  et décors peints foncièrement symbolistes, un peu dans le style des fonds de scène de théâtre. Le royaume des mers est filmé au travers d'aquariums où nagent des poissons, on fait avec les moyens du bord... après j'ai bien aimé ce côté très théâtral, et même théâtre de marionnettes par moment. D'autant que, s'agissant d'un conte ou d'une légende, le côté irréaliste n'est pas vraiment un souci.
Mais il faut reconnaître un résultat comique involontaire. L'animal de compagnie du roi de la mer est un poisson marionnette franchement drôle, l'ours du montreur d'ours est un bonhomme déguisé, oui, comme au théâtre, donc.

Ou mi rigolo-mi chelou: le phénix est un oiseau assez monstrueux doté d'une tête de femme couronnée. Et visiblement nos fiers héros slaves n'ont aucun scrupule à se moquer d'elle ou à l'insulter malgré son visage humain, telle une banale volaille. C'est un mauvais calcul au vu de son potentiel nocif.
(mais des bouchons d'oreilles permettent d'éviter le maléfice comme, tiens, les sirènes d'Ulysse, qui sont des femmes oiseaux, et non des femmes poissons, la mythologie grecque est encore là)
Je salue la beauté du décor qui me rappelle les fabuleuses miniatures de Palekh*

Point culture: j'y reviendrais dans un sujet sur les contes d'Afanassiev, mais l'oiseau, comme beaucoup d'autres animaux en russe est considéré par défaut comme féminin. Le mot russe est de genre grammatical féminin, et donc l'animal est supposé par défaut une femelle.
Ca parait banal à priori, sauf que les contes russes regorgent d'animaux qui sont souvent féminins, et souvent précisément, il s'agit de la forme animale d'une fée, d'une sorcière, d'une déesse, ou d'une femme envoutée...
Ce qui va trouver une application très concrète au théâtre: le rôle de l'oiseau est, sauf à de très rares exceptions spécifiées dans le scénario (un roi transformé par maléfice en oiseau par exemple dans la légende de Finiste le faucon), tenu par une femme. Le cygne est aussi un mot féminin. Et donc ce n'est pas un hasard si les cygnes du lac mis en musique par Tchaïkovski, ou l'oiseau de feu soient des rôles tenus par des danseuses, et non des danseurs. Ce n'est pas parce qu'elles sont plus légères, aériennes, ou que les plumes font plus joli sur une jupe que sur un costume d'homme, mais bien parce qu'il y a une forte association imaginaire de trois concepts oiseau = femme = magie.
Chez les grecs anciens aussi le paon est un symbole de magie, de mystère, d'illusion et de tromperie. Et là aussi au théâtre, l'application sera qu'un costume de plumes de paon signe, pour le spectateur averti, le personnage qui fait de la magie... souvent avec de mauvaise intentions d'ailleurs. Ici le phénix, est une variante mythologique du paon: oiseau + femme + magie = il ne faut pas s'y fier, et plutôt 3 fois qu'une.

Bon je m'éloigne , mais ce sujet me passionne, dès que je peux raccrocher quelque chose à la Grèce Antique, je m'embarque moi aussi comme Ulysse. Revenons donc à Novgorod et au film. Ceci dit, ces inventions du film pour étoffer la légende n'est sont donc pas vraiment puisqu'elles piochent de manière fûtée dans d'autres légendes.

La morale " c'est chez soi qu'on est le mieux" reste discrète, malgré le principe de chercher le bonheur pour le peuple, on va dire que je m'attendais à un peu plus de propagande pour un film de 1953.
Rien à dire sur la musique, qui est en grande partie celle de l'opéra (sauf que bon, l'acteur fait de son mieux pour faire semblant de jouer des gusli, mais n'a visiblement aucune expérience des instruments à cordes)

point culture bis: voila des gusli ( oui le mot est au pluriel, même s'il n'y a qu'un instrument)


* Point culture ter: Les miniatures de Palekh sont des des boites en papier maché couvert de colle et de laque qui lui donne la solidité du bois. Les boites peuvent être toutes petites ou moyennen, mais jamais très grande, et sur le couvercle sont peintes sur fond noir des miniatures d'un goût et d'un niveau technique rare, et pour cause: ce sont des sujets profanes, souvent mythologiques ou égendaires, qui étaient souvent peints par des peintres d'icônes, d'abord en marge de leur métier officiel, puis lorsqu'ils se sont trouvés au chômage technique à la révolution.

Il y a 4 villes qui en produisent, chacune avec son style de prédilection: Mstéra, Palekh, Kholouï, Fedoskino ( plutôt des reproductions de tableaux célèbres, paysages et des scènes de genre pour ce dernier). Toutes sont signées par l'artiste qui les a réalisées, mentionnent le sujet et le lieu de fabrication, car ce sont de vrais tableaux.

Voilà une boîte de Palekh illustrant la légende de Sadko.
La photo est un peu réduite, la taille réelle de la boîte est 15x11x3 cms
Ce n'est vraiment pas grand

Et oui, c'est plus cher qu'une matriochka comme souvenir , mais moins qu'une icône quand même.

dimanche 26 septembre 2021

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine - A. Pouchkine

 allez, un peu de lectures classiques, il y avait longtemps.

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine est un recueil de 5 nouvelles, précédé d'une rapide biographie du dénommé Ivan (qui n'a jamais existé, mais passe pour l'auteur de ces récits, et leur narrateur qui rapporte ce qu'il a vu ou qu'on lui a raconté)

On peut les télécharger ici au format PDF, gratuitement

- Le coup de pistolet : un militaire, Silvio, tireur d'élite, a un jour maille à partir avec un autre militaire. Les deux décident de régler ça à la manière de l'époque: duel au pistolet. L'autre tire le premier mais rate Silvio, cependant devant l'attitude nonchalante de son opposant, qui mange tranquilement des cerises au lieu d'avoir peur, Silvio décide de reporter sine die son coup : à quoi sert de viser une ennemi qui tient si peu à la vie. Non, il décide de le réserver pour un autre jour, quand le gars d'en face aura de vraies raisons de tenir à la vie. La veille de son mariage avec une dame richissime par exemple.

- La tempête de neige: Les jeunes Maria, fille d'un riche propriétaire et Vladimir, militaire peu gradé, sont amoureux. Et comme on peut s'y attendre, la famille de Maria considère que ce n'est pas un bon parti pour elle. Les amoureux fomentent donc un coup classique: la fuite en pleine nuit et le mariage en secret, mettant les familles devant le fait accompli. Or une tempête de neige se lève, empêchant les projets, Maria peut partir et se rendre à l'église tandis que Vladimir se perd et n'arrive que le lendemain matin.
Maria est déjà rentrée chez elle, les parents n'ont rien su de son escapade nocturne. Elle tombe malade dans la foulée. Les parents, pensant qu'elle se laisse mourir de désespoir, consentent au mariage... que Vladimir refuse, quittant aussitôt la région. Que s'est il passé cette nuit pour entrainer une si rapide rupture?
Réponse: Maria s'est mariée, sans le vouloir, avec un inconnu venu se réfugier dans l'église cette nuit là, et que, dans la pénombre et emmitouflé dans ses vêtements, le prêtre et les témoins ont pris pour Vladimir. Ce n'est qu'après la célébration que l'erreur est découverte et que le nouveau marié s'enfuit. Fichu, Maria ne peut plus se marier, ni avec Vladimir, ni avec l'un de ses nombreux soupirants, elle serait bigame. Mais comment et où retrouver un mari qu'on a épousé par erreur, dont on ne sait rien et qui a pris la fuite?

- Le marchand de cercueils: un marchand de cercueils, nouvellement installé dans une ville , est invité à une fête entre voisins, le boulanger, le gendarme, le cordonnier, etc.. sont là L'alcool y coule à flot, tout se passe bien, mais une plaisanterie lancée " buvons à la santé de nos clients", passe très mal auprès de lui. Il rentre donc ivre et vexé, prétendant préférer boire avec ses clients morts plutôt qu'avec des vivants de si mauvaise compagnie. Ce qui se passe: en rentrant chez lui, la maison est pleine de fantômes et de squelettes. Précisément, des clients qu'il a tout au long de sa carrière, extorqués, leur vendant des cercueils de mauvaise qualité ou gonflant les prix. Malédiction.. ou simple delirium tremens?

- Le maître de poste: le maître de poste est un quiquagénaire que rencontre le narrateur lors d'un voyage. Il vit et travaille avec sa fille Dounia, une coquette de 14 ans qui se laisse très facilement conter fleurette, pour amadouer les voyageurs trop exigeants. Cette situation va évidemment dégénérer, le jour où Dounia va faire plus que se laisser draguer, et carrément s'enfuir à la ville avec un voyageur, dont elle devient la maîtresse. Le père finit par la retrouver, mais elle refuse même de lui adresser la parole. Une histoire qu'on pouvait voir venir: la maison du maitre de poste était décorée de gravures illustrant l'histoire du fils prodigue. Dounia, la fille prodigue, ne revient que quelques années plus tard, riche, mais beaucoup trop tard pour une réconciliation.

- La demoiselle paysanne: Dans une campagne loin de tout deux propriétaires imbus de leur gloire se détestent par principe.. sans jamais s'être rencontrés. Mouromsky, innovateur, a des dettes colossales, continue à en faire pour moderniser sa propriété sans grand résultat. Il vit avec sa  fille, Lisa, 17 ans impétueuse, fûtée , facétieuse. Anglomane convaincu, il lui fait apprendre l'anglais, lui a dégotté une vieille miss comme professeur particulier ( "payée à relire Paméla tous les six mois et à se plaindre de la Russie barbare" ), s'habille à l'anglaise, ce qui le rend passablement ridicule dans ce coin paumé de campagne où on ne parle même pas le russe, mais un patois local ( que Lisa se fait fort de pratiquer couramment, avec en tout cas plus d'enthousiasme que l'anglais)
Berestov, le traditionnaliste, préfère " vivre modestement à la russe plutôt que s'endetter à l'anglaise", il a un fils, Aleksei, 17 ans aussi, qui aimerait faire carrière dans l'armée, tandis que le père pense que mieux vaut tenir que courir et destine son fils à l'administration.
Les deux rejetons ne se sont pas rencontrés plus que les parents, mais chacun a entendu parler du charme exceptionnel de l'autre. C'est Lisa qui la première va trouver une combine pour rencontrer incognito son voisin: se déguiser en paysanne, se prétendre " Akoulina" ( un prénom très "terroir"), et aller ramasser "par hasard" des champignons là où Aleksei va chasser. Rencontre, discussion, et comme on le devine, coup de foudre: en 2 mois Aleksei est tout prêt à demander sa paysanne en mariage. Or entretemps les géniteurs ont fait connaissance, sont devenus amis et commencent à planifier un mariage entre Lisa ( qui ne s'est jamais montré à son galant sous sa vraie apparence, la seule fois où il l'a vue, elle s'était grimée en petite marquise pour ne pas être reconnue et avait tout fait pour se faire détester) et Aleksei qui, donc trouve la Lisa qu'il a vue fade, évaporée, et sans personnalité.
Comment se sortir de cette situation?

Ces 5 nouvelles sont très faciles à lire, souvent drôles ( hormis le maître de poste, véritablement tragique) car Pouchkine charge autant les riches que les pauvres, les artisans que les propriétaires parvenus, les hommes que les femmes, avec un humour souvent réjouissant et des petites vannes bien senties. On y retrouve des thèmes courants chez lui: le duel (Le coup de pistolet), le type de la ville venu s'enterrer à la campagne, mais qui continue à vivre comme en ville (la demoiselle paysanne), les histoires d'amour contrariées par les parents et leurs préjugés ( la tempète de neige, la demoiselle paysanne).. Des choses qui étaient aussi dans Eugène Oneguine ou dans la fille du capitaine. Du Pouchkine pur jus, et je retrouve le côté pince-sans-rire qui m'avait beaucoup plu dans ses autres oeuvres.

Et maintenant la révélation: il s'agit d'une mystification, doublée d'un pastiche. 

Mystification: Pouchkine était adepte de ce genre de choses, faisant parfois passer ses oeuvres pour celles d'autres auteurs. Ici, il fait passer ces nouvelles pour l'oeuvre d'un auteur mort depuis des décennies, Ivan Pétrovitch Belkine, entouré de mystère, dont les récits sont passés de mains en mains, donc.. intraçable. Malin.

portrait imaginaire de Pouchkine, coincé à Boldino pendant une quarantaine dûe à une épidémie de choléra (100% véridique)
S'enuyant comme un rat mort, ça a été la période la plus productive de sa vie: poèmes, Eugène Oneguine et ces récits de Belkine.
Tableau de Piotr Konchalovski, né bien après la mort de l'auteur, et qui donc en donne SA version, vu qu'il ne l'a jamais vu que sur des portraits faits par d'autres .
Ca cadre bien avec la situation :D



Et un pastiche, car il s'agit de réécritures très librement adaptées, de pièces de Shakespeare.
Le coup de pistolet, c'est Hamlet, qui remet sa vengeance jusqu'à ce qu'il trouve le moment le plus opportun.
La tempète de neige, c'est " la tempête", tout simplement*. Le marchand de cercueil peut être lié à Macbeth, le roi devenant un marchand peu honnête, tandis que le roi Lear a inspiré le père abandonné du maître de poste. Et le plus évident de tous, la demoiselle paysanne est une version comique à peine voilée de Roméo et Juliette.

En fait, plus exactement, il s'agit de parodies de la manière dont était présenté Shakespeare au XIX° sicèle au public russe.
Une philologue a mené une étude là dessus, et à comparé beaucoup de source. Je ne vous lierai pas son travail, qui est tout en russe. J'ai pu écouter à ce sujet une très intéressante conférence. Voici l'idée: A cette époque, il y avait peu de traductions de Shakespeare, surtout en russe. Les russes, qui pour beaucoup, parlaient couramment français, ont découvert Shakespeare via les traduction en français de Guizot ou François-Victor Hugo, traductions qui étaient souvent assez boiteuses, quand elles n'étaient pas tronquées.

Et donc traduire depuis une mauvaise traduction... vous imaginez le décalage avec l'ouvre d'origine.
De plus ces traduction ne s'adressaient pas à la société lettrée qui lisait déjà couramment le français ou l'anglais, mais à la bourgeoisie, qui voulait faire comme les nobles.. sans en avoir la formation intellectuelle, elle a donc été la première consommatrice de ces éditions, MAIS adaptée à ses goûts. Or le " goût bourgeois" en russe comme en français, est quelque chose de plat, sans saveur, sans originalité, bourré de poncifs...
La bourgeoisie veut du Shakespeare, on va lui en donner, elle ne veut pas de rdrames, on va lui lui donenr des tragédies adaptées qui finissent bien. Ce qui est attesté par les programmes de théâtres de l'époque.
D'Hamlet, exit l'histoire d'héritage, il ne reste que l'idée de vengeance retardée. Roméo et Juliette doit bien se finir. Macbeth pour le public russe de l'époque a été réduit à la seule invitation à dîner du spectre de Banquo, exit tout le reste ( qui est l'essentiel)
Ce ne sont donc pas directement les pièces de Shakespeare qui sont adaptées, mais leurs relectures bourgoises de cette époque, dont Pouchkine se moque allègrement, en les ridiculisant.

Et la plus impossible à reconnaître est Othello. La version russe de Desdémone est fiancée à un monsieur et les familles ne seulent pas de mariage. Ils vont se marier en secret. Mais elle est enlevée sur le chemin. Othello se croit trompé et la tue pour laver son honneur. On fait plus difficilement éloigné de l'oeuvre d'origine.
*La chercheuse russe voit dans "la tempête de neige" une adaptation de cette adaptation, alors que tout pointe vers "la tempête. On ne m'otêra pas de l'idée que Pouchkine étant un petit malin, il a fait un mix entre cette version contemporaine méconnaissable d'Othello, et la Tempête, très reconnaissable, mais assez méconnue du public de l'époque. Ce qui peut est assez clair, car les titres sont limpides, et le nom du mari de fortune est tiré de l'un des mots signifiant " Tempête" en russe.

D'après la conférencière, l'incipit qui retrace de manière apparemment sans intérêt les aventures du manuscrit ( dont certains sont déclarés disparus, car une bonne ignorante les a utilisés pour colmater les fissures d'une fenêtre.. humour typique de Pouchkine) est en fait une clef: les récits passent de main, traduits, retraduits, de plus en plus vidés de leur essence pour donner quelque chose de plat, juste bon à servir d'isolant en hiver, et dont l'auteur premier, de plus en plus méconnaissable, est difficile à retrouver.
Cette double lecture est passionnante.

Triple dose de classique: Du Shakespeare adapté puis parodié. ( tiens si je lisais les pièces que j'ai oubliées, moi...)


dimanche 19 septembre 2021

IL REVIENT!

Mi septembre...
l'automne arrive, les feuilles MORTES, le temps GRIS, le vent GLACIAL (enfin, pas dans ma région, mais on imagine), le BROUILLARD, la PLEINE LUNE (tsukimi le 21 septembre, prenez date! L4an dernier, le premier octobre, la lune était entièrement cachée. a priori ce devrait être moins le cas demain. Mais cette impossibilité de la voir avait entraîné avec ma mère une blague, qui dure depuis un an.. et a abouti à ce qu'elle m'offre une lampe "pleine lune". J'ai donc maintenant la lune dans ma chambre 365 jours par an, quelle que soit la météo.)


Et avec l'automne s'annonce évidemment le challenge Halloween.
Comme d'habitude pour el détail, c'est chez Hilde et Lou
Mes projets de départ à l'étranger étant repoussés, je l'espère au plus tard au mois de novembre, je prends donc les devants.
Les cours ont recommencé pour moi depuis lundi 13, à distance avant de pouvoir aller écumer physiquement les sombres ruelles de Saint Pétersbourg, hantées par l'ombre de Raskolnikov et le fantôme de Raspoutine.

Mais mon mois d'octobre sera quand même assez thématique, et j'ai décidé que mon fil rouge sera La Dame de Pique, de Pouchkine, je n'ai pas pu le caser l'an dernier. Donc dans sa version traduite par Mérimée ( qui n'était pas que l'auteur de Colomba, mais aussi traducteur), et illustrée en album absolument somptueux par Hugo Bogo.
Et aussi en adaptations sur scène. Yep. Nous ne sommes plus en confinement - enfin, j'espère - mais j'ai envie de refaire des soirées théâtre/concert virtuelles.

D'ailleurs Tchaïkovski va revenir, souvenez-vous l'hiver dernier (c'est un peu comme "souviens toi l'été denier", mais avec des marrons glacés), j'avais fait une petite série de sujets " conte de fée ou histoire d'horreur?", au sujet de l'histoire supposément "mignonne" qu'est Casse-noisette. Je m'y étonnais du décalage entre le sujet et la musique, et j'ai trouvé une explication... funèbre. Donc, j'y reviendrai.

J'aurais bien voulu aussi caser "le maître et Marguerite", mais... peu de chance que j'arrive à le lire d'ici fin octobre.
Pour le reste, on verra bien, je piocherai comme d'habitude au petit bonheur... ou au petit malheur? :D

Bon, ça commence dans quelques jours, vous avez encore quelques dodos d'ici là...

Mais qui dit Challenge halloween dit aussi " fun",  et invariablement, la période me donne envie de danser. Donc après les zombies "gym tonic" de Linnea Quigley, voilà les zombies klezmer. Ce montage est très mais alors très réussi et me fait toujours éclater de rire.


Et en plus il y a le Bingo.
Je n'ai rien de particulier prévu, on va voir dans quelles catégorie je peux ranger tout ça.
Bonne nouvelle, un même sujet peut remplir plusieurs cases.

Case 2: jeunesse: Hikaru no go 1 à 15 ( manga)
Case 6:  Asie: Hikaru  no Go 1 à 15 ( manga), Galantes chroniques de renardes enjôleuses
Case 8: contes et nouvelles: la Dame de Pique ( nouvelle), la Vénus d'Ille ( nouvelle)
Case 12: French Touch: La vénus d'Ille ( nouvelle), Nouvelles de théophile Gautier, Du feu de l'enfer.
Case 13: Marmite: courge rôtie au pesto de pistache
Case 15: Fantômes: La dame de Pique ( nouvelle)
Case 19: Familier: Galantes Chroniques: le renard ( puisqu'un livre consacré à une animal est valide!)
Case 22: classiques: La Vénus d'Ille, Galantes chroniques, Nouvelles fantastiques de Théophile Gautier
Case 23 : Bulles: Hikaru no go ( décidément, très utile!)

Et le RAT d'Halloween, du 15 au 17 . Je ne sais pas si je pourrais être très efficace, mais pourquoi pas, ce serait l'occasion d'avancer mes lectures entre deux révisions.