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jeudi 2 octobre 2025

Nos fantômes de France - Sandy Lakdar

Au moment où je rédige, c'est juin, et je n'ai pas encore décidé d'un fil directeur pour mon mois halloween, mais.. commençons donc avec des fantômes bien d'chez nous! 
Hop un petit ouvrage trouvé par hasard qui présente quelques célèbres lieux hantés et fantômes de notre pays, sous forme de petits contes. Traversons ensemble l'histoire (maudite) de France

J'aime bien cette couverture un peu BD, l'intérieur comprend aussi d'autre illustrations dans les mêmes tonalités étonnamment vives. On est plutôt habitués à des tons froids et pâles quand on parle de fantômes.


Et on commence en fanfare par l'Abbaye de Mortemer, dans l'Eure, réputée la plus hantée de France. On raconte qu'elle serait encore habitée par le fantôme de sa fondatrice, L'Impératrice Mathilde, petite fille de Guillaume le conquérant, et qui n'a pas réussi à faire valoir ses droits sur le titre de reine d'Angleterre. Mathilde, qui après une viee de batailles juridiques et  réelles, est venue vivre en Normandie où le fantôme de son propre père lui a assigné la mission de.. revenir elle aussi sous forme de fantôme protéger son abbaye. Au fil des siècles, d'autres fantômes l'y ont rejointe.
Mais fantômes ou pas, c'est un lieu très joli que j'aimerais bien visiter pour ses vestiges et son histoire.

Après la Normandie, direction l'Ariège et le château de Montségur, à la rencontre d'Esclarmonde de Péreille, femme cathare du XIII° siècle. Et justement, 1243/1244 c'est l'époque de la croisade des Albigeois. Etonnamment dans une histoire de fantômes, notre héroïne n'est pour une fois pas une très jolie femme, mais une malchanceuse, chétive et handicapée moteur qui n'a jamais pu quitter le château de sa famille ( les catholiques de l'époque on dû voir dans ce handicap une preuve d'hérésie sous forme de malédiction divine, alors qu'avec le recul, les nombreux mariages entre cousins, dans le vivier limité des cathares, afin de préserver la " pureté du lignage" sont plutôt à considérer). Et donc un ces cousins, tendant un guet-apens aux inquisiteurs, n'a fait qu'envenimer la situation et attirer la vindicte sur toute la famille. Le château assiégé, les cathares ont eu le choix: renier leur foi et avoir la vie sauve, ou être condamnés au bûcher. C'est le choix fait par Esclarmonde et sa famille. et plus de 200 autres personnes.
Là encore, c'est par assignation surnaturelle ( de la part d'un ange) que le fantôme d'Esclarmonde a été chargé de veiller sur les ruines de Montségur, jusqu'à 2016, où les instances Catholiques ont publiquement reconnu leur responsabilité et demandé pardon pour le massacre.
Donc apparemment, tout serait rentré dans l'ordre et Esclarmonde a pu enfin rejoindre l'autre monde, délestée de sa tâche.

Bon les deux précédentes ont un rôle positif de protectrices d'un lieu, ce qui me fait penser que ces histoires de fantômes sont probablement des résurgences inconsciente de déesses, fées et autres esprits de la nature, que la christianisation n'a pas totalement effacées... tous comme les saints et saintes correspondent souvent à des divinités païennes recouvertes d'un vernis chrétien.. mais grattez la peinture et la déesse celte déguisée en Sainte Bidule réapparait vite.

Les deux suivants sont nettement moins sympas, là, on a des tueurs en série ( des mecs, comme par hasard!)

Direction Tiffauges en Vendée, lieu d'une des plus sinistres affaires de crimes en série, puisqu'il s'agit du château de Gilles de Rais. Oui, le Baron compagnon d'armes de Jeanne D'arc et un homme qui décidément avait tous les défauts: violent, avide de pouvoir et d'argent, orgueilleux.. et qui dans l'espoir de rembourser ses dettes colossales s'en est remis à l'occultisme, histoire de cumuler l'utile (essayer de gagner de l'argent grâce au diable) et l'agréable ( enlever et massacrer des victimes au nombre... inconnu mais au moins douze assassinats reconnus par l'accusé) . De quoi se voir condamné à hanter son château pour l'éternité. Probablement que le diable ne voulait pas chez lui d'un type capable de vouloir prendre sa place?

Par contre le diable a été plutôt clément avec Jean L'écorcheur, boucher parisien le jour, assassin la nuit. Moins par méchanceté que par appât du gain, pour fournir en sang, peau, viscères humains, tout ce que Paris comptait comme alchimistes du temps de Catherine de Médicis. Elle-même ayant un talisman fourni par feus les parents de Jean. Mais Jean refusant de quitter les Tuileries, lorsque Catherine y a fait construire son palais, a été simplement assassiné. Forcément, il avait des documents compromettants impliquant beaucoup de nobles et menaçait de s'en servir. Mais bien qu'il n'ai jamais directement trempé dans l'alchimie, le diable, pour remercier Jean de ses services indirect lui a offert un poste de fantôme messager, vêtu de rouge sang, annonceur de mauvaises nouvelles, tout spécialement envers les divers familles régnantes successives. Jusqu'au jour où le palais des Tuileries disparait dans les flammes, c'était la clause mentionnée par le diable avant de faire de Jean un démon: "Si tu traverses les flammes, c'est fini, tu viendras passer l'éternité chez moi."
J'aime beaucoup cette histoire, faustienne, juste parce que j'imagine le diable comme ça, offrant un marché à Jean. 


Retour à un fantôme nettement moins dangereux: Lucie, du château de Veauce dans l'Allier. Il y a plusieurs légendes à son sujet, la plus courante étant qu'il s'agit d'une servante emmurée vivante dans la tour du château par la châtelaine, lorsqu'elle a compris que Lucie était devenue la maîtresse de son mari. J'avais visité de joli château au début des années 1990, ma famille étant originaire d'Auvergne, j'ai passé toutes mes vacances d'été à apprendre l'histoire sur le tas en visitant tous les châteaux du coin. Je me souvient de cette visite, car c'était le propriétaire d'alors , un vieux monsieur très drôle et passionné d'histoire, doté d'un fort accent étranger. Je vois qu'il était israélien, et qu'il est mort en 1998, et que depuis Lucie n'apparaît plus J'aime à penser que monsieur Tagori hante son propre château, comme un bon fantôme facétieux.

Le suivant est même un fantôme très sympa: Malo III de Coëtquen, et pour une fois un homme. Comme son nom et son prénoms l'indiquent, Malo est breton, c'est l'ancien propriétaire du château de Combourg. Un chevalier, proche de sa famille, mais qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie. Et on raconte donc que les fantômes de Malo ( ou de sa jambe de bois seulement) et d'un chat noir hantent les lieux, ou du moins les hantaient au XIX siècle. Et on même inspiré à un célèbre auteur, dont la famille a pris possession des lieux bien plus tard, sa plus fameuse oeuvre: Les Mémoires d'outre-tombe. Car il s'agit en effet du château acheté par la famille de Chateaubriand. J'avoue ne pas avoir encore lu ce titre fleuve, car je n'ai pas du tout aimé René ( 60 pages qui semblaient en faire 600, tellement j'ai eu envie de claquer le héros. Long comme... l'éternité, oui)

Etape suivante, on repart dans le Sud Ouest, au château de Puymartin, à Sarlat la Canéda. On le dit hanté par le fantôme de la châtelaine Thérèse de Saint-Clar, femme adultère qui a eu la malchance de se faire pincer par son mari, qui pour se venger l'a faite emprisonner jusqu'à sa mort dans  l'un de des tours du château ( décidément, il vaut mieux éviter de tromper son mari ou sa femme dans un château doté de tours et d'oubliettes). Evidemment la plupart des endroits supposés hantés sont aujourd'hui des lieux qui se visitent et qui ont donc tout intérêt à entretenir la légende. Un château hanté au fin fond de nulle part aura toujours plus de visites que le même, mais non hanté.

Mais on repart déjà, à Versailles, pour rencontrer Marie-Antoinette. Là, pas besoin d'épiloguer, la révolution la fin de la monarchie en France, tout ça, on connait bien le sujet. Mais donc des touristes anglais ont par la suite dit avoir vu Marie-Antoinette au Trianon. Bon je suppose qu'elle ne devait pas avoir toute sa tête pour qu'il l'aient reconnue - et oui, j'ai osé! Sinon ça pourrait tout aussi bien être Mme de Pompadour, mais c'est moins vendeur.

On redescend vers Poitiers, au château de Fougeret, hanté par bon nombre de fantômes. Félix, l'un des anciens propriétaires mort sans descendance, découvre à sa mort qu'il est resté sur les lieux et qu'il est loin d'être seul: un couple médiéval vit à la cave, un petit garçon court dans les couloir, une grand-même "vit" au 3E étage. Et Felix devient en quelque sorte le responsable de l'accueil des nouveaux venus. Ce sont de gentils fantômes, dont le seul objectif est de se faire remarquer des vivants, pour essayer de communiquer avec eux. Là encore cette histoire est finalement plutôt drôle.

Beaucoup plus que la dernière, qui nous parle de Geneviève Zaepffel, voyante bretonne des années 30, venue faire Carrière à Paris. Dire qu'on a acquis ses dons de médium en étant guérie dans l'enfance par le fantôme d'un druide, ça reste bon enfant. Mais passez l'expression, Geneviève merde, et pas qu'un peu: elle commence à se mêler de politique et faire de la propagande pro-Allemagne nazie, ce qui les conduisent, elle et son mari antisémites en prison. Les deux n'ont de cesse que de vanter les mérites du führer, jusqu'à, comme c'est étrange , août 1944, ou Geneviève prétend que la libération a réussi grâce à elle et ses dons. Une nana donc, à l'égo surdimensionné, et bien secouée. Et si la police ne l'a pas oubliée à la fin de la guerre, elle cependant réussi à s'en titrer sans trop de dommages et a continué à faire de l'argent avec l'occulte jusqu'à sa mort dans les années 1970. Et évidemment on raconte qu'elle est toujours dans sa maison du Tertre en Bretagne, pour veiller à ce qu'on ne touche pas à son portrait. Et.. punaise, elle fout les jetons. J'ai moins peur des spectres que de la folie, et son côté malsain se voit sur son portrait. C'était probablement moins un voyante qu'une perverse manipulatrice et c'est ça qui me saute aux yeux. pour en avoir bien connu quelques-uns.

Donc pour ce qui est de l'ouvrage en lui même pas grand chose à dire, c'est une collection d'histoire de fantômes français, et ça c'est déjà sympa, par contre je suis obligée de dire que le livre est hanté de fautes et de phrases assez mal écrites, ce qui donne une narration pas terrible.. C'est dommage, l'idée est bien, mais ça limite un peu le plaisir qu'on pourrait avoir à le lire.

et puiiiiis
Bretagne, Vendée, Sud-Ouest, Auvergne.. Il manque quelque chose à cette liste!
Donc voilà des fantômes de MA Région:

A Ménerbes dans le Vaucluse, la Baumo-Seguro est supposée hantée par un duo de fantômes, un bandit assassiné par son frère, qui s'est suicidé ensuite.  Ambiance! Les deux fantômes doivent encore se chamailler depuis la Renaissance. Ironiquement le nom de "Baume Seguro" en Provençal signifie la "grotte sûre". Elle est pourtant mal fâmée et bien "fantômée."
A Caromb, il y le manoir Pré-fantasti, où la encore une dispute entre deux frères ( alchimistes cette fois) a mal tourné. Le fantôme de celui qui a été tué est supposé hanter les ruines, mais est-il seul? Un homme riche a été tué par un voleur à proximité du lieu hanté, peut être bien qu'il y a maintenant deux fantômes!
A Auribeau, toujours dans le Vaucluse, il y à la Porte de l'au-delà où une veuve a vu apparaître le fantôme de son mari. Sauf qu'à l'inverse d'Orphée et Eurydice, c'est elle qui est allée volontairement le rejoindre dans le monde des morts. Yep, rien que ça, nous avons un portail entre le monde des vivants et celui des morts.
A Roussillon, bien qu'on s'éloigne des fantômes, plusieurs légendes tentent d'expliquer la couleur rouge des ocres. Feu des titans, sang des anges déchus, ou sang d'une suicidée, femme infidèle qui s'est jetée d'un haut de la falaise après que son mari lui a fait manger... son amant ( oui  ça sonne un peu comme les enfants de la Belle au bois dormant, la suite). Je vous rassure on sait maintenant que ça ne vient ni d'un massacre, ni d'un suicide, mais de la grande quantité d'oxyde de fer contenue dans le sol.

vendredi 27 juin 2025

Contes anglais ( anthologie)

 Et hop, une lecture rapide et imprévue, puisque j'ai réussi a trouver cette petite anthologie ce matin au travail.



Des contes anglais, pour la plupart collectés au XIX° siècle par Joseph Jacobs. Natif d'Australie, mais venu étudier en Grande-Bretagne où il s'est pris de passion pour les récits folkloriques, il a réalisé à peu près le même travail que les frères Grimm en Allemagne dans son pays d'adoption. Pas surprenant en soi, puisque l'ancienneté des contes fait qu'on retrouve toujours les mêmes schémas, et ce surtout quand on compare des variantes dans une même aire linguistique et culturelle ( ici européenne, les liens peuvent être trouvés via l'antiquité grecque et romaine, et en remontant encore dans le temps, dans toute la zone indo-européenne, sous des formes plus éloignées. Mais là, Angleterre et Allemagne du XIX° siècle, on est pile dans une même tradition germanique, et certains de ces contes sont simplement des variantes anglaises, mais transparentes, de contes germaniques.

Tom Tit Tot est ainsi à peu de chose près la même histoire que Rumpelstiltskin, lutin qui aide une femme condamnée par son mari à sauver sa peau en accomplissant une action surhumaine. Dans la version allemande, le femme doit deviner en 3 essais le nom du lutin, sous peine de le voir partir en emmenant son enfant, si elle ne le trouve pas. Ici, elle a droit a 3 essais par jours , pendant un mois, mais c'est elle qui devra partir avec le lutin si elle échoue.
Dans les deux cas, elle réussit, mais je me demande si c'est quand même une bonne idée de rester avec un mari certes riche, mais qui te menace de mort si tu ne fais pas ce qu'il demande, et surtout si sa demande est extravagante, voire irréalisable exprès POUR te piéger.

Catskin est une sorte de mélange entre Peau d'âne et Cendrillon. Un lord déçu de la naissance de sa file parce qu'il voulait un garçon, la.. punit d'être une femme. Il se débarrasse d'elle en voulant la marier au premier venu, ce qu'elle refuse. Une fée lui vient en aide lui conseillant de demander une robe de fils d'argents, puis de fils d'or, puis de plumes d'oiseaux exotiques en échange de son accord. Mais refusant encore elle devra partir à l'aventure, emportant ses beaux vêtements , et vêtue d'un manteau en peau de chat. Après avoir trouvé un emploi de servante chez le roi voisin, où elle est moquée pour sa dégaine et ses fringues en peaux de chats, arrive le moment " Cendrillon", puisqu' effectivement, elle se présente propre et richement vêtue au bal organisé par le roi. Qui ne la reconnaît pas et va donc organiser d'autres bals pour la retrouver. Evidemment la morale est que... si tu acceptes que ton père te méprise et que tu prends n'importe quel bullshit job sans râler, la chance finira par arriver, et tu deviendras une star? ( oui je reformule, mais c'est à peu près ça que je comprends). Bon j'ai rempli les 2 premières conditions, mais mon destin ne se presse pas à faire de moi un reine riche et célèbre. C'est parce que je n'ai pas de manteau en fourrure de chat, à tous les coups, c'est pour ça.

Guenille est aussi une variante de Cendrillon: une petite fille délaissée, surnommée Guenille (forcément jolie et de bonne famille, quand même, son grand père est le lord de Colchester) qui, parce qu'elle est gentille, reçoit l'aide d'un gardeur d'oie ( pour une fois la fée est un homme) lequel va lui permettre de monter tout en haut de l'échelle sociale en épousant le roi du coin. A sa place j'aurais choisi le fermier-magicien, qu'elle connaissait depuis toujours et avec qui elle avait une relation amicale, plutôt que le mec riche qu'elle ne connait pas. En plus il sait faire de la magie...euh... avec sa flûte, et cette phrase sonne bien plus ambiguë qu'elle ne l'est. En fait il joue du pipeau, et tout devient idyllique. Et cette phrase sonne bien plus politique qu'elle ne l'est, cette fois.

On continue avec une nouvelle fois, un chat, ou plutôt une chatte. Celle d'un orphelin nommé Whittington, parti tenter sa chance à Londres " ville ou les pavés sont d'or" et qui tombe de haut. Les pavés sont des pavés en pierre, banals et boueux. Il trouve une place de marmiton chez une lord, dans une ambiance qui a du inspirer Dickens, vu comment il est martyrisé par la cuisinière et les autres serviteurs. Comme le grenier où il loge est envahi de rats, il adopte une chatte qui s'avère une alliée précieuse par son talent pour la chasse aux rats Lorsque son employeur part en bateau faire du commerce, il emmène entra autre la chatte avec lui, qui fait merveille en débarquant dans un lointain royaume infesté de rats. affaire conclue, les souverains paient une avance considérable pour acheter les futurs chatons de la minette. Au retour, l'employeur, qui lui n'est pas une gros rat, verse la somme à Whittington. Sa fortune étant établie, il peut rêver à un meilleur avenir, et même à devenir lord-maire pour 3 mandants, comme il en a rêvé. Tout ça grâce à un chat.

Jack et le haricot géant, alors là, on a LE best seller des contes anglais ( ou on retrouve quand même une géante cyclope qui semble descendre de Polyphème, ce qui suggère que l'histoire a des racines tr-s ancienne et encore plus profondes que celles du haricot géant): Usurpation d'héritage, quête où il faut subtiliser 3 objets magique a celui qui les a volés pour reprendre ses droits, géants qui sont aussi des ogres, échange d'un objet précieux contre quelque chose qui  a première vue ne vaut rien ais s'avère magique, on a une grande partie des thèmes habituels des contes.

Les trois têtes du puits me rappellent quelque chose, j'ai déjà lu cette histoire textuellement mais je ne sais plus si c'était chez Perrault ou chez Grimm: la rivalité entre la fille d'un premier mariage, forcément jolie mais détestée par sa belle-mère et la fille de celle-ci, forcément moche mais choyée. La première vit comme une miséreuse, mais accepte de partage son pain son fromage et sa bière avec un vieux vagabond ( y'a toujours des vieux dans les histoires, c'est tellement mystérieux! dédicace à Sire Perceval). Bonne action qui sera récompensée. Tandis que lorsque la seconde, habituée à ce que tout lui soit acquis, elle envoie bouler le manant , et c'est la déchéance qui l'attend. La bonté récompensée, un grand classique. La différence est qu'il y a plus d'hommes magiciens dans les contes anglais ici collectés, sur le continent, ce sont plutôt des fées qui aident les héros/ héroïnes.

Kate Noisette
est une autre histoire de demies-soeurs, mais qui s 'entendent bien. Kate n'est pas définie comme jolie (!), alors qu'Anne l'est. La mère de Kate entreprend donc de faire jeter un sort sur la demie-soeur de sa fille qui se retrouve dotée d'une tête de mouton, pour que la différence mette Kate en valeur. Donc Kate et sa soeur moitié brebis partent, en quête d'une remède pour Anne. Quête qui les emmène dans un château dont le propriétaire  est lui aussi victime d'un sort. Mais Kate est maligne ( et intéressée, vu le pognon qu'elle demande) et en cherchant à lever le sort du châtealain, elle trouve ( subtilise) le moyen de lever les deux enchantements. YAY! enfin une histoire de femme qui se distinguent plus par ce qu'elle a dans la tête que par son jolis minois, et qui n'a pas peur de proposer une offre digne du marraine de la mafia, et de voler des objets magiques au fées.
Go Kate, tu es la championne!

Jack et la tabatière en or. Là aussi ça me rappelle vaguement pas mal d'histoires ( mais si on en croit la classification d'Arne Thompson- Popp, les contes tournent vite autour de types bien définis), par contre au niveau de la narration, c'est du freestyle.
Jack qui vit en forêt décide l'aller voir le monde. il est maudit par sa mère ( et ça ne resservira plus jamais, paye ta fausse piste) mais son père lui donne une tabatière qu'il ne devra ouvrir qu'en cas de danger imminent. Ce qui se produit assez vite: il arrive chez un lord qui l'héberge, mais demande en échange des choses absolument grotesques ( un lac à 8h00 du matin pétantes, devant sa porte, avec dessus une armada de navires de guerre tirant une salve dont le dernier boulet casse le pied du lit de sa fille et la réveille). Donc ouverture de la tabatière, aide de lutins, miracle, mariage avec la fille.. Mais cette fois on exige du lui un château monté sur 12 piliers d'or. Re miracle, Jack devient riche, célèbre, etc.. mais oublie sa tabatière, après tout plus besoin il est riche, richement marié, apprécié de tous enfin, croit-il. Or un jour que tout le monde est parti, le valet de chambre trouve la tabatière et demande aux lutins de téléporter le château et tout ce qu'il contient sur un autre continent. Jack se voit accorder un an pour retrouver et ramener le château, sinon couic! Et donc QUETE! Qui va faire intervenir le roi des souris, le roi des grenouilles, le roi des oiseaux ( tous cousins, ... bon ce n'est pas en fait 100% délirant si on remonte suffisamment haut sur le cladogramme d'évolution des vertébrés) pour retrouver le château disparu qui va être re-téléporté en plusieurs étapes. Cette histoire est quand même extrêmement barrée, donc drôle.

Et je note que contrairement aux versions françaises, là, c'est au lecteur de se faire sa conclusion ( et donc ma lecture de Catskin est valide!), il n'y a pas de lourd soulignement que la gloire est vaine et instable, qu'il faut être généreux si on veut grimper l'échelle sociale...et qu'il faut se méfier des cuisinières Catskin comme Whittington étant pris pour cibles par des cuisinières.

Donc petite lecture rapide et bien sympa et .. pas l'ombre d'un sujet LGBT cette fois, les contes sont assez peu ouverts à ces sujets. Les hommes se marient avec des femmes et inversement, les vieux avec des jeunes et... les vieilles (celles qui ont plus de 25 ans donc, date de préemption sociale et matrimoniale des femmes oblige) avec des vieux ou personne, pas de gigolos non mais ho! 
Et si on accepte les mariages entre différentes couches sociales, il faut que ce soit entre gens beaux et riches, ou beaux et détenant un moyen de s'enrichir rapidement. Désolée les moches, vous resterez moches ET pauvres, de toute façon en vertu de la règle grecque antique beau = bon = honnête  et moche = mauvais = malhonnête, vous êtes destinés à être les bad guys/ girls des contes.
De ce point de vue, peu importe où on va sur cette terre les contes sont irrémédiablement sexistes.

vendredi 17 novembre 2023

Fées, ogres et lutins, contes merveilleux t2 - collectif

 Hop, une petite lecture de plus avant de s'acheminer vers la fin du mois Halloween ( bon, d 'accord, la fin officielle c'était la semaine dernière, mais pas grave, je prolonge)


Tome 2 alors que je n'ai pas lu le tome 1? Hé oui  je l'ai trouvé en boite à livre.
Bon ce n'est pas non plus une édition très intéressante, car c'est une édition scolaire et plus de la moitié des pages sont des jeux et tests à faire en classe avec un prof ( il n'y a pas les réponses à la fin)

Mais bon l'intérêt c'est que les contes présentés ne sont pas les plus connus.

- Les fées ( Perrault): l'histoire de 2 soeurs, la gentille, qui est évidemment l'esclave de sa mère et la méchante, à qui la mère passe tous ses caprices. Lorsque la gentille va puiser de l'eau à la fontaine, elle est abordée par une vieille dame qui lui demande de l'eau. c'est évidemment une fée qui en remerciement de sa serviabilité lui jette un " gentil sort": chaque fois qu'elle parlera, elle crachera des pierres précieuses. La mère insiste alors auprès de son autre fille, qui, de très mauvais gré, part à la fontaine et est abordée, non par une vieille dame, comme elle s'y attendait, mais par une autre fée, habillée en femme riche. La méchante fille met une très mauvaise volonté à rendre le service demandé, et est maudite: à chaque phrase , elle crachera un crapaud. La mère, voyant la malédiction en rend responsable la première et la chasse. La fille va donc pleurer dans les bois où arrive un roi, subjugué par sa beauté, sa gentillesse, son abnégation (et cette curieuse compétence " il vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants et la pria de lui dire d'où celà lui venait" .. mouais on te voit venir!) En fait, non c'est clairement dit, il trouve que " un tel don vaut mieux que tout ce qu'on peut donner en mariage à un autre" ( mouais tu serais pas un peu, beaucoup, bien plus intéressé par le sort que par la nana?  Pour moi la suite c'est " ils vécurent heureux et à chaque fois que la trésorerie était à sec, il faisait parler sa femme pour renflouer les caisses"). Je connaissais cette histoire depuis longtemps mais je ne me souvenais plus du titre ou de l'auteur. Par contre, la version que j'ai du lire étant jeune était expurgée du côté avide du roi, parce que , regarder le compte en banque de la dame plus que ses qualités, c'est moyen quand même.

- Dame Trude ( Les frères Grimm) une histoire très courte qui explique que la curiosité est un vilain défaut et qu'il faut toujours se méfier des vieilles dames qui habitent dans la forêt. Une petite fille à qui on a raconté qu'il faut éviter Dame Trude, parce que c'est une sorcière, veut savoir ce qu'il en est vraiment, et y va quand même. Il lui en cuira. Au sens propre. Ha, ben, on est chez les frères Grimm et ils n'y vont pas de main morte ( lol) lorsqu'il s'agit de faire passer leurs personnages de vie à trépas.

Il y a quelques jours je suis tombée sur cette image légendée:
" Quand tu lis un conte de fée, mais que c'est la version allemande"
Ha ben, c'est clairement PAS la version Disney

- Le cercueil de verre ( Frères Grimm), une histoire qui tient à la fois du petit tailleur, de la belle au bois dormant, de Blanche-neige et de pas mal d'autres.
Un tailleur pauvre, mais honnête, se perd dans la forêt, et après quelques mésaventures, voit un curieux spectacle: un cerf et un taureau se battent en duel, le cerf gagne et et éventre le taureau avec ses bois ( Version allemande, on vous dit). le cerf enlève littéralement le tailleur et l'emmène dans une grotte ( et être enlevé par une bête si enragée qu'elle peut tuer un taureau, pas glop!). Grotte enchantée où le tailleur, comme un voit du curieux matériel: fioles remplies de brumes multicolores, pierre mobiles qui jouent le rôle d'ascenseur ( on dirait le premier Prince of Persia!), et deux boîtes en verre: dans l'une une maquette superbement détaillée d'un château, pas un créneau ne manque. Dans l'autre une (jolie, hé ho) femme endormie, qui se réveille à son approche et lui dit d'ouvrir le loquet du cercueil. En sortant elle lui raconte sa mésaventure: C'est une comtesse (Célibataire. Elle s'entendait si bien avec son frère que les deux avaient décidé de rester célibataires et de vivre et régner ensemble. C'est chelou!) qui a été maudite, elle et sa famille, parce qu'elle a refusé les avances d'un sorcier. Le comte a été transformé en cerf, la comtesse plongée dans un coma artificiel "jusqu'à ce que l'élu vienne la réveiller". La miniature en boite c'est tout le château qui a été réduit à petite échelle, les fioles de brume, ce sont les larbins. Le sorcier c'est évidemment le taureau qui a été tué, rompant ainsi le sort qui scellait la caverne.
Et là, oh, my! Incroyable, la nana AGIT: elle explique quoi faire, avec son sauveur, elle trimballe le château miniature dehors, et pouf! il reprend sa taille. Puis elle ouvre les fioles et re-pouf! les brumes redeviennent des gens loufiats (faut pas pousser, ils ne vont pas non plus toucher leur plusieurs années d'arriérés de gages et aller prendre leur indépendance financière). Re-re-Pouf! Le cerf redevient comte.
Et le tailleur? Ben il se marie évidemment avec la comtesse, et va donc régner avec sa femme et son beau frère. Bon, finalement il n'a pas fait grand chose à part s'étonner et ouvrir un loquet, en fait. Mais au moins il n'a pas roulé de palot forcé à la fille, c'est déjà ça.
Mouais, y'a quand même plein de choses qui ne vont pas trop dans cette histoire: le mec ne sert pas à grand chose, donc honnête ou pas, ça ne change rien, ça aurait pu être une voleur que bon.. pareil!
La fille et son frère, mouais.. ça ressemble quand même à une histoire d'inceste qui se finit en ménage à trois.

-L'anneau magique ( conte tunisien) : une variante de l'histoire d'Ali Baba. Un homme pauvre a trois fille et un fils, et alors qu'il n'a plus un sou, il apprend qu'il y a un pays magique où les pierres précieuses poussent sur les arbres. Mais pour y arriver, il faut passer 3 ogres gardiens. Chaque ogre lui propose donc un marché: je te laisse passer si tu me donne une de tes filles en mariage " ha ok, cool, mais seulement après ma mort". Magnifique, il vend donc ses filles contre un laissez-passer. et evidemment, hop, moisson de pierres, retour au bercail, on vit richement un certain temps puis.. il meurt et les ogres viennent chercher les filles.
Seul le fils, Ali, reste , et hérite d'un coq. Il se le fait subtiliser par ruse par un sorcier, le récupère de justesse mais... bon que faire? Autant le faire cuire et le manger. Et à l'intérieur du coq, il y a, ho miracle, un anneau qui fait apparaître un génie: grâce à ça la fortune d'Ali est faite: chameaux, palais, richesse, la fille du sultan en mariage, le truc habituel. Jusqu'au jour ou le sorcier le retrouve et se met en tête de punir le voleur qui lui a volé ce dont il lavait d'abord arnaqué..
Sauf que.. stop stop stop. Vous vous souvenez des 3 filles casées avec les ogres? Ben, apparemment les ogres sont des maris sympas, puisqu'ils viennent avec 3 armées au secours de leur beau-frère. MUSIQUE! Yep, je sais, mais je ne pouvais pas louper ça (je n'ai pas d'images en tête quand je lis quelque chose, par contre, j'ai la bande son qui va bien).

- Outroupistache ( Frères Grimm): Un meunier vantard prétend que sa fille est capable de filer la paille et de la transformer en fil d'or. Le roi du pays, très cupide, est fort intéressé par ce talent, et séquestre donc la fille avec la tâche de filer la paille et de l'avoir transformée en or au matin, sous peine d'avoir la tête coupée ( très cupide et très cruel aussi puisqu'elle n'a rien fait.. c'est son père qui lui a attribué cette fausse compétence). alors qu'elle voit déjà sa dernière heure arrivée, un lutin se présente devant elle et lui propose de faire ce travail en échange d'un cadeau, la fille lui propose donc son collier. Et au matin miracle, le lutin a filé toute la paille en or. Le roi cupide, se dit que bon, une telle aubaine.... ce serait bien qu'elle arrive deux fois, et rebelote: même tâche, avec encore plus de paille, et même menace.  Et même procédé, la fille propose au lutin sa bague en échange.
Mais le roi n'est toujours pas satisfait, et.. re-rebelote: encore plus de paille, mais cette fois, la menace est encore pire, puisque si elle réussi , il épouse la fille ( et vu le roi, épouser un type capable de menacer quelqu'un s'il n'accomplit pas un prodige .. elle risque de ne pas garder sa tête sur son cou bien longtemps). Mais comme elle n'a rien a échanger, cette fois le lutin lui demande: " une fois que tu sera reine, tu paiera ta dette en me donnant ton premier enfant". Promesse pour se donner le temps de trouver une solution. Miracle, mariage, tout ça, et la reine oublie totalement sa promesse. Et se trouve donc contrainte de devoir tenir sa parole. Elle et le lutin vont trouver un terrain d'entente: elle a trois jours pour trouver le nom du lutin, si elle échoue, il emmènera l'enfant. Si elle réussit, elle est libérée de sa dette.
Je suis donc allée chercher le titre, car je connaissais cette histoire sous un autre: le nain Tracassin, et je pense qu'il est plus courant que "Outroupistache", vague déformation du titre allemand " Rumpelstilzschen" ( ça sonne déjà plus germanique, et signifie à peu près " petites échasses grinçantes") et on y retrouve cette idée assez répandue dans le monde que connaître le nom de quelqu'un, c'est avoir du pouvoir sur lui. Et d'ailleurs seul le lutin sera nommé, les autres sont toujours définis par leur métier ou leurs lien de famille: le meunier, le roi, la fille du meunier, le messager...

- Le Manoir de Coatbily ( légende bretonne), met en scène un endroit qui existe réellement, près de quimper. On raconte que le manoir était envahi la nuit par les korrigans, pas dangereux, mais extrêmement énervants, qui rendent chèvre le châtelain et sa famille en faisant du tapage à la manière d'esprits frappeurs. La solution proposée pour se débarrasser des korrigans est la suivante: leur tendre un piège une nuit de grand vent, en faisant en sorte que leur entrée fasse tomber et disperser un sac de son ou de plumes. Les Korrigans sont tenus par leur nature de tout rassembler, et si les plumes s'envolent au vent, il ne pourront pas tout récupérer, et meurtris dans leur orgueil, partiront casser les ripatons à quelqu'un d'autres. Je sais donc pourquoi il n'y a pas de Korrigan à Avignon: le Mistral entte 120 et 160 jours par an ( Le nom Avignon même signifierait " ville du grand vent" ou "seigneur du fleuve"). Un climat à ne pas mettre un Korrigan dehors.

- La Tarasque ( légende provençale), tiens puisqu'on parle d'Avignon, cette histoire se passe à proximité de chez moi, entre Avignon, Arles et le Thor, et principalement Tarascon. Un monstre y sévissait au début du premier siècle, dévorant les troupeaux et causant beaucoup de dégâts. La bête sera finalement capturée par Sainte Marthe, qui passait par là. Et c'est vraiment le cas: expédie avec quelques copines saintes, dont 3 sont prénommées "Marie", sur un radeau, depuis le proche orient, " allez, on est gentils on ne vous massacre pas, on vous envoie sans bouffe sur un radeau en pleine mer, en espérant que vous couliez, bon vent", elles arrivent totalement par hasard près du delta du Rhône, zone absolument repoussante, pleine de marécages et où personne ne viendrait volontairement. C'est l'origine légendaire du nom " Les Saintes-Maries-de-La-Mer", à l'endroit où elles auraient débarqué. En tout cas la légende est bien connue ici, on la raconte dès l'école primaire, fait partie du folklore et des fêtes locales. Elle est si connue que des os fossilisés trouvés dans le sud ont fait nommer leur préhistorique possesseur " Tarascosaure" en 1991. Je me dis que c'est peut-être même l'origine de la légende, popularisée à la Renaissance: si un pinpin de l'époque a trouvé un squelette de dinosaure, il aura alors pensé à la légende du dragon local. Sans savoir que la bestiole en question ne crachait pas de poison, mais devait être très dangereuse malgré ses ridicules petites papattes avant, et sa taille plutôt modeste.
Taille estimée à partir d'un seul fémur, mais qui sait si ce n'est pas un jeune qui aurait pu devenir bien plus gros comme les autres abélisauridés. En tout cas on est loin de la version mythologique: tête de lion, 6 pattes, carapace de tortue

Tiens, il est temps de demander à l'IA de bing de me le générer, histoire de se marrer.
"Un monstre à six pattes, une tête de lion, de grandes dents pointues, une crinière noire et une carapace de tortue . Il a des pointes le long du dos et une longue queue de serpent"
Y'a de l'idée, mais, 6 pattes, et une queue de serpent, pas une queue double avec une tête de serpent au bout!

6 pattes, tu ne sais pas compter jusqu'à 6? Mais j'aime bien sa tête de dragon-lion indonésien, qui est un bonus, puisque je ne lui ai pas dit que le monstre est supposé être la progéniture d'un monstre asiatique

la queue est mieux, mais je n'ai pas mes 6 pattes, tudieux!

- Le briquet ( Andersen): un conte totalement amoral!On peut être le type le plus mahonnête, et cupide, et panier percé, et voyeur,  du monde et devenir roi du Danemark. Je suppose que c'est le sel de l'histoire, et qu'Andersen y a discrètement mis un sens trèèès politique.
Un soldat en manoeuvre rencontre une sorcière sur la route. elle lui indique un arbre magique qui est la porte vers la richesse: sous l'arbre, il y a une grande salle dotée de trois portes, derrière chaque porte il y a un chien qui garde un trésor. Chaque chien a des yeux plus grands que le précédent, et garde un trésor plus important que le précédent. Elle prête donc au soldat un objet magique permettant de neutraliser les chiens, lui dit de prendre du cuivre, de l'argent et de l'or autant qu'il en veut, et pour elle, elle ne veut rien qu'un vieux briquet, qui se trouve là, un souvenir de famille oublié par sa grand mère des années plus tôt. Le gars ne se le fait pas dire deux fois, et remonte avec le pognon et le briquet, mais comme la sorcière ne veut pas lui dire à quoi sert le briquet, il la décapite. Cash!
Le gars, très riche va donc à Copenhague, mener la grande vie, entend parler de la fille du roi, qui est une belle femme, même que "personne ne l'a jamais vue, mais c'est une princesse, donc elle est forcément belle". Le jour où il se rend compte que le briquet permet d'invoquer les chiens et qu'ils peuvent comme un génie du proche orient, il va les utiliser pour aller reluquer la fille pendant son sommeil, l'enlever, se faire choper, échapper à la pendaison en invoquant ses chiens, leur faire attaquer le roi, devenir roi à sa place et épouser la fille, en échange de ... rester vivant.
Bref le conte se finit bien, mais... pas pour les valeurs morales qui sont bafouées du début à la fin, puisqu'on en déduit que " bah, être âpre au gain, tuer une vieille, enlever une fille et prendre le pouvoir par la ruse, c'est pas si grave, si à un moment donné, on a fait acte de générosité en distribuant de l'argent aux pauvres ". Andersen ne m'avait pas habituée à si peu d'honnêteté, elle est où, ta morale chrétienne, Hans-Christian, habituellement tu nous la colle partout?

-L'oiseau Phénix ( Andersen), haaa, on est sauvé, il se rattrape en liant l'histoire du Phénix au paradis, aux anges, à Adam et Eve. De ce fait, le phénix n'est pas pour lui une idole ou une légende païenne, mais quelque chose de tout à fait compatible avec le milieu chrétien. J'attendais qu'il symbolise l'espérance de retrouver un jour le paradis, mais ... non. C'est pour lui la lumière, le souffle lyrique, l'inspiration, qui n'a pas de frontière et son nom (on en revient à connaître le nom comme une formule magique) est Poésie.
J'ai du mal à considérer cette courte histoire comme un conte, plutôt comme une variation sur une légende, et je me demande comment est écrit le texte en danois: poème en prose avec effets littéraires, ou poème rimé, je suis à peu près sûre qu'il y a là des effets littéraires.

Ce qui est dommage dans ces histoires, c'est que dans le fond, le programme du titre soit assez peu suivi: fées: dans la première histoire plus 2 sorcières. Ogres: personnages secondaires de l'Anneau D'or. Lutins: un seul et des korrigans.
Mais le phénix ou la tarasque n'ont rien à faire là, plutôt dans une recueil sur les animaux fabuleux.
Plusieurs contes ont pour point commun, l'appât du gain ou du pouvoir.. mais là encore, plusieurs n'ont pas grand chose à voir.
Les contes de divers pays, pourquoi pas mais là encore, il y en a deux de Grimm et deux d'Andersen, ça aurait été plus intéressant d'en insérer d'autres hors Europe. C'est bien d'avoir choisi des textes assez peu connus, au lieu du Chat Botté, de Hansel et Gretel ou de la Reine des Neiges, et d'avoir chercher des  choses moins courantes.
Mais oui, cette hétérogénéité me gêne, elle fait un peu trop pagaille, et donne l'impression que le tout n'a pas été envisagé avec une vraie idée générale.
Sur les pages " jeux", je les ai plus ou moins passées, l'absence de  réponses fait que le livre est inutilisable par un enfant hors contexte scolaire ( même les parents ne pourraient pas apporter une réponse définitive à certaines questions qui relèvent plus de l'opinion personnelle ( que symbolise ceci ou celà, à quel autre conte cette histoire fait -elle penser.. sachant que la typologie des contes est si vaste que selon la culture personnelle du lecteur, ça peut être tout et n'importe quoi; quelle est la morale de cette histoire? Typiquement, je ne pense pas que ma réponse " l'appât du gain est mauvais, mais on a la droit de décapiter quelqu'un sur un coup de colère, et de pénétrer la nuit par effraction dans la chambre de quelqu'un pour peu qu'on soit riche et puissant" ou " l'appêt du gain et l'emploi de la violence, c'est pas si grave, si tu te maries honnêtement avec la fille à la fin ( sans lui laisser le choix de refuser)" soient validées par l'éducation nationale.
Et là encore, la morale peut être totalement différente selon la culture personnelle du lecteur... N'oublions pas que " les gens moches, vieux ou pas très malins sont forcément mauvais et on a le droit de les harceler, voire de les tuer", c'était acceptable à une certaine époque, mais plus en 2023, heureusement.



mardi 3 octobre 2023

Pourquoi? - Marc Scialom

 Alors première chose, ce livre est sous-titré "conte avec mort inopinée de l'auteur", or l'auteur est vivant, je le connais, il habite non loin de chez moi. Nous avons fait connaissance par hasard et c'est comme ça que j'ai eu l'occasion de le lire.


Et c'est vraiment un ouvrage difficile a résumer. L'écriture est très agréable et souvent humoristique voire sarcastique ( les notules de bas de page sont savoureuses).
Mais difficile à résumer.
Tout commence par un avant propos, où on apprend que M. Gilles, auteur, est né la veille. Qu'il est visiblement patient en psychiatrie, il a plus de 80 ans, et semble amnésique, suite à un traumatisme vésu 50 ans plus tôt, mais vraisemblablement lié à une guerre.

Suivent trois chapitres très ubuesques, chez M. et Mme Ptôme, écrivains et auteurs d'absolument toute la littérature existante: la bible, c'est eux, l'Odyssée , c'est eux, le Capital c'est eux, Ubu roi, c'est eux. Ils ont partout chez eux des caisses pleines de manuscrits où il est souvent questions de choses comme " Alfred Jarry est l' auteur imaginaire de la pièce imaginaire " Ubu roi" personnage central du roman d'Onuphre Ptôme."  Vous voyez l'idée.
M et Mme Ptôme ont deux enfants, Andromède, qui fête ses 9 ans dans ces premiers chapitres, et son petit frère Sirius. Les deux sont passablement étranges et ont un goût pour le macabre. Andromède a déjà une collection de poupées, et veut un nouveau poupon, mais un original.
Le cadeau sera donc un poupon chimique à fabriquer soi-même, à partir de poudre colorées empoisonnées, à faire cuire un certain temps et dans un certains ordre. Puis Andromède doit en manger un cuillère pour avoir la connaissance du nom de l'homme chimique qu'elle s'apprête à fabriquer. Ca semble quand même dangereux, elle ne le fait pas, donne à son futur poupon en kit ( dont elle trouve les morceaux éparpillés dans la maison) un nom au hasard " Vivien" ( il vit, il vient). ce n'est donc évidemment pas son " vrai" nom, et la suite sera donc la quête que va faire Vivien, pour trouver sa vraie identité, quête qui l'amènera à rencontrer des gens étranges: un pacifiste, recherché pour trahison ( dans un monde où la guerre fait rage que ce soit chez les humains, les fourmis et toute autre espèce vivante de toute taille), un homme-monstre doté d'une main normale et d'une aile de chauve-souris, d'une dictatrice dans un pays non nommé qui fait perpétuellement la guerre au dictateur du pays d'en-face, chacun accusant "les autres" d'être les vrais monstres qui l'ont commencée. Sur cette toile de fond, les monstres " réels", c'est a dire l'homme chimique, l'homme chauve-souris, le pacifiste, et une femme imaginaire qui se demande comment devenir pleinement réelle, partent en quête de leur part d'humanité.

Oui, c'est délirant, et souvent poétiquement drôle, avec des réflexions sur la paix, la guerre, l'évolution ( c'est quoi, être un humain, où se trouve la frontière entre humanité et monstruosité?) mais aussi et surtout sur la créativité. Que feriez-vous, vous l'auteur, si vous inventiez un personnage, et qu'il vienne plus ou moins vous demander des comptes sur sa personnalité et les aventures que vous lui faites vivre?

Dans le fond, une des idées principales, c'est le lien entre l'auteur, le monde et les personnages qu'il crée. L'autre aussi, c'est le libre- arbitre, la conscience, le courage et la lâcheté en temps de guerre. Qui peut être sûr dans ce cas de ce qu'il ferait réellement, mis devant le choix: survivre au prix d'une action qui vous révolte, ou refuser d'agir et mourir? Ce qui fait penser à l'expérience de Milgram vis à vis de la pression de l'autorité, laquelle n'intégrait même pas le paramètre de la propre survie du cobaye.

On est aussi, en filigrane dans le conte délirant, dans une réflexion assez philosophique sur l'existence, la réalité, les liens humains, la sensation de l'exil, et ça n'est pas du tout pour me déplaire. Donc une jolie découverte, avec le bonus que le dernier chapitre se passe à Avignon et dans des lieux bien concrets. Et des petits détails qui me rendent le récit presque personnel (la tour de 15 étages, je la vois de ma fenêtre en fait, les arbouses poussent dans la haie qui entoure le pâté de maison. C'est marrant de voir comment l'auteur transforme certain détails très concrets de sa vie quotidienne pour les utiliser dans son récit)


Alors, c'est bien sûr l'occasion de parler d'un auteur peu connu, édité chez un éditeur dont je n'avais jamais entendu parler ( une maison d'édition franco italienne nomme " art-digiland")
Et hop, il me permet de valider le Vaucluse dans le challenge des départements, en prime!

Fiche de l'ouvrage
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lundi 9 janvier 2023

Perinbaba / Dame Holle ( film 1985)

 Attention rareté!
J'avais vu ce film quand j'étais très jeune, vers mes 10 ans et j'en avais gardé un souvenir à la fois très bon, mais d'un film tout sauf mignon et en fait très effrayant. Et ça fait très longtemps que je voulais le revoir, et miracle, j'ai fini par le trouver en ligne, en VF et dans une assez mauvaise qualité, car quelqu'un avait du simplement l'enregistrer sur VHS lors de sa diffusion, mais déjà quelle chance!
Ce film est à mon avis une petite pépite trop méconnue du grand public.

Ambiance hivernale garantie, qui tranche avec les 15°C et plus qu'il fait chez moi en ce début de janvier.

un film tchèque mais averc l'excellente et regrettée Giulietta Masina dans le rôle titre.
Son avant dernier film.


Et en effet en le revoyant.. c'est un conte, mais du genre germanique ou slave, donc la mort rode et pas qu'un peu. Le genre de contes compilés par les frères Grimm.

Quelque part dans un col de montagne en hiver, une trouve de forains patauge dans la neige, sous l'oeil amusé de la mort. Oui elle. Une vieille sorcière aux dents argentées, au nez crochu, armée d'une faux.
Elle déclenche une avalanche qui tue tout le monde, sauf Jakob, petit garçon assis dans un traîneau. elle tente de le tuer, mais le gamin facétieux, au lieu d'avoir peur, la ridiculise.
De loin, la scène est obstervée par Madame Holle / Perinbaba (en tchèque et slovaque), soeur de la mort et fée de l'hiver ( et Hölle signifie enfer en allemand. A mettre en rapport avec Hel déesse nordique du monde des morts. Voilà la famille!). Ce gamin qui ose affronter sa soeur lui plaît bien, et elle le recueille chez elle et en fait son esclave, euh, son assistant. Tous les ans il doit l'aider à faire son ménage et secouer les édredons en plumes qui tombant sur terre en flocons de neige. Car Perinbaba n'est ni plus ni moins que la déesse de l'hiver.
Et là, déjà conte+ mythologie, c'est un carton plein.

Perinbaba sous ses airs gentils n'est pas franchement plus sympathique que sa soeur, puisqu'au lieu de tuer simplement le gamin, elle le séquestre, avec un faux marché: tant qu'il reste chez elle, il ne grandit pas, ne vieillit pas et donc.. est immortel. elle ne l'a pas pris chez elle par philanthtropie, mais bien, parce qu'elle a besoin d'aide et que c'est un moyen de pression sur sa soeur. Tant qu'il est chez elle, la mort ne peut rien ( et donc Jakob n'est que le jouet de la discorde entre soeurs)

Il se pose aussi des questions éminemment logiques et manipule également un peu Madame Holle qui finit quand même par le prendre en sympathie et accède à sa requête: "pourquoi il neige dans certains pays et pas dans d'autres, s'il vous plaît faites tomber la neige là où il y a du soleil, ce serait une grande surprise pour les habitants"... Oui, il arrive à persuader la sorcière de l'hiver de bousculer l'ordre des choses ( mais bon sauver un humain de la mort, c'était déjà une infraction à l'ordre naturel des choses! Et de fait chez Perinbaba, il est déjà, techniquement dans l'autre monde)
Et d'ailleurs son argument à elle est étonnamment écologique et valide " il ne faut faire tomber la neige que là où elle est nécessaire pour permettre aux champs et forêt de se reposer et qu'ensuite les gens puissent faire pousser du blé et avoir du pain à manger. "

Or évidemment, Jakob observe le monde humain à distance et brûle d'y retourner. Ca fait bien plusieurs années qu'il est chez Perinbaba, sans avoir la notion du temps qui passe, ayant oublié son passé sur terre. Lorsqu'il demande à Perinbana s'il va grandir, elle lui dit que oui, qu'elle aussi a été enfant avant de devenir une fée. Mais observant, hiver après hiver Elizabeth, une petite fille qui devient peu à peu adulte, Jakob se rend compte de la supercherie: tant qu'il reste chez Perinbaba, il ne grandira jamais.
Mais s'il retourne sur terre, le temps le rattrapera et la mort aussi.

Or évidemment il suffit de dire à quelqu'un tu ne dois pas aller à tel endroit ( que ce soit dans la pièce du fond fermée avec une petite clef ou derrière le miroir), ici sur la tourelle qui permet de passer entre les mondes, il voudra obligatoirement y aller, d'autant plus qu'on le lui interdit formellement avec moult cadenas. Et une brève excursion dans cette tourelle lui suffit déjà à vieillir de quelques années. il se rend donc compte qu'il a été trompé et oblige Perinbaba à  lui dire la vérité sur la vie et la mort. Cependant Jakob prend Elizabeth en affection, et lorsque son père veuf se remarie et qu'elle est persécutée par sa belle-mère et sa nouvelle belle-soeur, il décide immédiatement: il retournera sur terre malgré l'oppostion de Perinbaba, tant pis s'il devient mortel, mais il veut changer la vie d'Elizabeth. 


Problème elle ne le connaît pas, elle ne l'a jamais vu, bien qu'il lui ait envoyé de nombreux signes via la neige et le vent au fil des années. Pas grave, il se fait engager comme valet chez le père d'Elizabeth pour se rapprocher d'elle, et, comme il a gardé de sont séjour chez Perinbaba quelques compétences magiques et compte bien les utiliser à son avantage, pour draguer Elizabeth mais aussi punir sa famille abusive et au passage ridiculiser encore un peu la mort.

J'ai beaucoup aimé revoir ce conte. Un film fantastique slovaque ( tchécoslovaque à l'époque) sans gros effets spéciaux, met qui met en avant de grandioses décors naturels de montagne ( probablement les Tatras entre Pologne et Slovaquie) et ça aucun effet spécial ne pourra rivaliser. Au contraire, on reste dans le réalisme, la vie quotidienne dans un village de montagne, les joies simple comme fair eun bonhomme de neige ou de la luge, les drames quotidiens ( mort d'un être cher, harcèlement familial, parent je m'en foutiste), travail de la ferme...

Mais aussi qui n'essaye pas d'adoucir le propos où de gommer la mort. Et même si la personnification de la mort est ridicule (elle est chauve et porte une perruque, se plaint de tout rater quand elle essaye de rendre service) et si Perinbaba finit pas laisser Jakob vivre sa vie, elles n'en sont pas moins des créatures fantastiques, incapables de comprendre réellement les aspirations des humains, même si pourtant elles tentent. La mort se plaint que personne ne l'aime, Perinbaba finit par avouer qu'elle s'ennuie (ce qui fait du gamin moins un esclave qu'un animal de compagnie). Jakob est l'inverse de Peter Pan. il n'a pas choisi l'imortalité, elle lui a été imposé mais son âme reste humaine et comme les autres, il se languit de retrouver la société humaine. La grotte confortable de Perinbaba est une prison et cette " grand mère " qui décide sans le consulter ce qui est bien pour lui le retient contre son gré... par égoïsme. Elle n'a pas la notion que pour un être humain, à part les misanthropes extrêmes, être privé de la compagnie de ses semblables est pire que la mort. L'éternité sans amis, sans famille autre que la même personne, dans un lieu où même le temps ne signifie rien, c'est déjà être mort. Plus que le coup de foudre qu'il a pour Elizabeth, c'est la société humaine qui lui manque, puisqu'une fois sur terre il sympathise vite avec le vieux serviteur du père d'Elizabeth.

Donc oui, on est loin des gentilles histoires de Noël, mais dans le sens philosophique des contes et légendes: la vie, la mort, la société, les bonnes intentions qui tournent à la catastrophe, et l'idée que l'immortalité est tout sauf un cadeau, la nécessité de laisser les gens choisir ce qu'ils veulent vraiment faire de leur propre vie, de ne pas essayer de maintenir les enfants dans une enfance permanente, car ils grandiront, inéluctablement...

Le conte des frères Grimm lui même est encore plus macabre, mais tiens.. Et si j'en parlais aussi prochainement, c'est la bonne période pour quelques sujets hivernaux.
comme ça, indirectement, je prolonge Et le mois halloween en décembre, et la thématique germanique que j'avais choisie.

Nouvelle thématique: film dont le héros est un enfant ( enfin une bonne partie du film, mais la thématique est justement un enfant qui veut grandir. Et reste quand même un peu gamin même une fois grand)

Et nouveau pays: Slovaquie

samedi 1 octobre 2022

Quelques légendes fantastiques allemandes

Parce que oui, qui dit Allemagne dit fantastique et légendes. C'est inséparable.
L'ironie est que l'idée générale en France est que les allemands sont des gens très carrés, très rationnels.. alors qu'ils ont quasiment inventé le fantastique en tant que genre littéraire et été les pionniers de l'introspection, de la mise en avant de l'imagination, du ressenti, de la redécouverte du folklore
Alors que nous sommes, nous français, les cartésiens, les  tenants de la logique pour qui A+B = B+A, CQFD.

Partons donc sur les pittoresques rives du Rhin:

Cette falaise, à l'endroit le plus étroit du fleuve rend la navigation dangereuse: remous, rochers à fleur d'eau.. il n'en fallait pas plus pour imaginer le lieu maudit, hanté par une nixe mal intentionnée


Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt,
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt’ge Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe,
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.

Traduction officielle ( que je n'aime pas parce que le traducteur à reconstitué des vers en français, et ça me déplaît énormément)
traduction de moi-même, le sens, plutôt que la joliesse et les rimes :

Je ne sais pas ce que ça signifie
que je sois si triste,
un conte des temps anciens
ne me sort pas de la tête.
L'air est frais, il fait sombre
et le Rhin s'écoule paisiblement
Le sommet de la montagne scintille
Au soleil couchant.

La plus jolie des jeunes femmes est assise
Tout là haut, magnifique.
Ses bijoux d'or étincellent
Elle peigne ses cheveux dorés.
Elle les peigne avec un peigne d'or
en chantant une chanson
à la mélodie étrange
Et dangereuse.

Le batelier dans son petit bateau
est saisi d'une douleur poignante
Il ne regarde pas les écueils de la falaise
Il ne regarde que tout là haut.
Je pense qu que les vagues
ont finalement englouti le canot et le batelier
Et c'est ce qu'avec son chant
A causé la Lorelei


Les Nixes:
Dont Lorelei est le prototype. Ce sont des esprits des eaux, qu'on peut rapprocher des sirènes nordiques, des russalki slaves, ou même de notre fée Mélusine.
Le mot "nixe" semble apparenté à l'eau et au mot " nikwis" "laver" en vieil allemand. On trouve la forme Necker ( comme le ministre de Louis XVI) au moyen âge, et probablement le Neckar, la rivière qui passe à Stuttgart et Heidelberg. Les nixes peuvent changer d'apparence: humaine, poisson, serpents, et si elles (ou ils,  a priori il doit bien y avoir des hommes-nixes) sont souvent perçues comme négatives, certaines légendes les considères comme bénéfiques: Leu jeu favori est d'attirer les gens près de leur rivières ou de leur étange, de les faire s'y noyer, de faire sombrer les bateaus.. mais on estime aussi que se baigner dans l'étang d'une nixe le jour de l'équinoxe de printemps est un bain de jouvence. si on s'en sort vivant bien évidemment!
On les présente aussi comme musicienens et danseuse, organisant des fêtes dont le but est évidemment d'entraîner les inviter vers le lieu de leur noyade.


Les wili:

On retrouve ce goût de la musique et surtout de la danse chez les Wili, dont j'ai parlé ici et ici. Danseuses fantômes réinterprétées par Tim Burton dans les Noces funèbres, rendu célèbre par T. Gautier et A.Adam sur scène ( Giselle), Gautier ayant piqué l'inspiration chez Heinrich Heine, qui l'a emprunté lui même à l'Autriche et aux pays slaves:

« Dans une partie de l'Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d'une origine slave. C'est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de "willi". Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu'elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre ! Il faut qu'il danse avec elles ; elles l'enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu'à ce qu'il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d'un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles. »

— Heinrich Heine, De l'Allemagne.

 


Le Rattenfänger de Hameln:
Connu mondialement comme "le joueur de flûte de Hamelin", en fait " l'attrapeur de rats". La ville de Hameln en Basse-Saxe, existe réellement, et apparemment le personnage du joueur de flûte est attesté des 1300, et serait une réminiscence d'une catastrophe qui s'est passée bien avant ( Glissement de terrain enpportant des habitant, épidémie de danse de Saint Guy). Toujours est-il que enfant, je connaissais la version qui se finit par l'emmurement des enfants de Hameln dans une grotte ( et la morale qu'il ne faut jamais être ingrat face à quelqu'un à qui on doit un fière chandelle, au risque de déclancher une vengeance). Mais rétrospectivement, un personnage qui entraîne les habitants au sont d'une musique, vers une mort certaine, ça rappelle beaucoup, mais alors vraiment beaucoup les danses macabres du moyen-âge.
Toujours est-il que Goethe, puis les frères Grimm ont donné à cette légende locale une célébrité au delà des frontières.
- Le Poltergeist " l'esprit bruyant" est mentionné dès 1540 par Martin Luther dans "propos de table", pour désigner les phénomènes inexplicables provoqués par des esprits, voire des diables...
Le mot a été popularisé tel quel en europe, mais il est archaïque en Allemagne, où on parle de "Spuk" pour ce genre de manifestations.

- Dame Trude, la sorcière: une petite fille ayant entendu parler de Dame Trude, désobéit à ses parents qui lui ont interdit d'aller la voir. Evidemment, elle y va, et tombe sur une sorcière. comment dire, les sorcières allemandes, ne font pas dans la demie mesur, celle de Hansel et Gretel engraisse les enfants pour les manger, dame Trude les change en bûches pour se chauffer.

13 esprits moins connus ( source: die Welt)

Du nord au sud:

 

 

- Le Gonger ( Gänger) de l'île de Sylt est un fantôme, la légende raconte que les marins disparus en mer reviennent hanter les vivants sous forme de Gonger, un " Spuk" qui vient annoncer sa mort à ses proches  et qui harcèle les vivants jusqu'à ce qu'on se souvienne de lui.
- Le Klabautermann de Bremerhaven est un lutin marin. il protège les bateaux de naufrage.. tant qu'on l'entend, tout va bien. Mais si on le voit, le naufrage est assuré
- A Ludwigslust sévit un loup-garou qui attaque hommes et troupeaux. Etonamment, cette histoire ne vient pas du fond des âges, mais date de 1879, où une famille de loups-garous est supposée avoir été trouvée.. en pleine époque industrielle.
- Dans le Brandenburg, les Roggenmuhme (démons de l'orge), protègent les récoltes, mais en prennent une partie. Cependant, il ne faut pas essayer de les chasser, ils détruiraient à coup sur la récolte, ils ont aussi le pouvoir d'"enfermer " les humains dans un champ et sont donc utilisés comme croque-mitaines poru effrayer les enfants.
- A Bückeberg et Aachen, deux entités ont le même pouvoir: Vous sauter sur le dos et se faire transporter. Le Böxenwolf  n' a pas de préférence, tandis que le Bakhauv s'assoit spécifiquement sur le dos des gens qui ont trop picolé. Une personnification maligne de la gueule de bois.
-Le Bludnik de Cottbus aime vous perdre en forêt. De manière intéressente le mot sonne plutôt slave - on est pas loin de la Pologne - et me semble liée au verbe russe qui signifie "s'égarer".
- A Jena une nixe, la Saalenixe ( la Saal est une rivière) vous entraîne bien évidemment au fond de l'eau.
- Deux femmes particulièrement dangereuses: La Mittagsfrau, la "femme de midi" de Lübbenau, armée d'une faux, apparaît à midi, les jours d'été, dans les champs et au mieux vous fait perdre la tête au sens imagé, au pire, au sens littéral: elle décapite les paysans qui traînent dans les champs entre midi et 1 h. Elle perd son pouvoir à 1h par contre. Elle existe aussi en Pologne et République Tchèque. L'explication rationnelle, tout comme les nixes sont supposées éloigner les gens de l'eau, la légende pourrait être une mise en garde contre le risque de rester en plein soleil en été à Midi, et donc être une personnification de l'insolation. Une paysanne armée d'une faux est plus flippante qu'un coup de soleil.
- A Saalfeld, c'est de Wilde Berta, Berta la sauvage qu'il faut se méfier. elle tape un peu plus bas, son truc à elle, c'est d'éventrer. Quand elle est sympa, elle se contente de salir les jupes des fileuses qui n'ont pas fini de filer tout leur lin à la fin de l'année. Evidemment, c'est aussi un croquemitaine pour effrayer les enfants un peu flemmards.
- Le Nachtgiger est, ho... un croquemitaine! Tout comme le Butzemann. Il mange les enfants qui ne vont pas sagement se coucher à 22h00 au plus tard.
- Le Bilmesschnitter, ou Bilwis, esprit de la nature, esprit de la maison ou démon, bénéfique ou maléfique selon les cas est le plus souvent un lutin qui peut détruire les récoltes.
- Der Erkinger de Bad Liebenzell: géant, voleur et ogre. Rien que ça. Sa grande spécialité était d'enlever les femmes de la campagne le jour de leur mariage, il les mangeait et jetait leurs os par la fenêtre de son château, créant une colline, le " Beinberg, littéralement la montagne d'os ( Bein signifie os à l'origine, et a évolué pour signifier maintenant " jambe". Mais on utilise encore "Elfenbein" " os d'éléphant" pour désigner l'ivoire). On peut d'ailleurs faire une randonnée thématique autour de cette légende.

- Des légendes Littéraires: on ne va pas entrer dans le détail des légendes compilées par les Frères Grimm il y en a trop, mais là, je fais plutôt référence aux personnages qui sont devenus mythiques.
Un en particulier et deux qui sont des variations.
Le docteur Faust, bien évidemment, issu de la pièce de théâtre de Goethe éponyme, qui passe un contrat avec le diable, et vend son âme pour retrouver sa jeunesse. Inspiré d'un authentique médecin de la Renaissance allemande d'ailleurs, à la réputation sulfureuse, pensez: un mécrant! il a préféré devenir docteur en médecine que docteur en théologie. Médecin, alchimiste, astrologue, .. magicien, autant dire  que oui, ça sent le soufre.
L'histoire existait bien avant, les pactes avec les puisssances occultes, ce n'est pas nouveau, mais c'est vraiment Goethe qui l'a popularisé

Il a deux variantes: chez Adalbert Von Chamisso, Peter Schlemihl dans "l' histoire incroyable de Peter Schlemihl" vend son ombre, en échange d'un sac d'argent  qui ne tarit jamais. Mais devenu très riche, il doit sans cesse trouver des subterfuges pour expliquer cette absence d'ombre, soit par des jeux d'éclairages qui font disparaitres toutes les ombres, soit, si on remarque cette bizarrerie, en expliquant  c'est que l'autre jour un maladroit , en marchant sur mon ombre, y a fait un trou, je l'ai apporté à la retouche, mais c'est un peu compliqué à réparer, et elle n'est pas encore prête". Je vous conseille tellement ce livre :)
Schlemihl apparait aussi  tel quel, sans son ombre dans "Les aventures de la Saint Sylvestre "de ETA Hoffmann - et ceux qui suivent savent à quel point j'aime cet auteur! - où il est aussi question d'un portrait " volé dans un miroir" tant il est réaliste. Du reste, dans l'adaptation sur scène des Contes d'Hoffmann, la prostituée est chargée par le diable de voler le reflet du protagoniste. Âme, ombre ou reflet, c'est la même idée qui est filée.

- Der Erlkönig, le "roi des aulnes" est un esprit malfique qui a été emprunté par Goethe à un poème médiéval danois, via la traduction de Herder. Il cause la maladie et la mort

On peut aussi ajouter dans cette liste les vraies légendes, celles qui datent de la nuit des temps, fortement liées aux traditions nordiques: dieux, nains, dragons, valkyries. Comme souvent il est difficile en ce qui concerne le folklore de trancher entre ce qui est typiquement d'un pays ou d'un autre. Les liens de la culture germanique avec la culture scandinave d'un côté, slave de l'autre, sont forts, donc on retrouve tel ou tel personnage presque tel quel en Scandinavie, ou en Pologne, en république tchèque, etc...

Ce n'est évidemment pas fini avec la sphère culturelle germanique, on continue dès demain en Autriche, en allant admirer de splendides tombes.

vendredi 29 octobre 2021

Conte de Fée ou histoire d' horreur (4) - le requiem caché

En fin d'année dernière, j'avais décidé de me pencher sur l'histoire " mignonne"  des fêtes de fin d'année, je pensais en avoir fait le tour avec 3 sujets, et.. non, en fait, j'ai trouvé cet été une explication très interressante, et pertinente sur certains points qui restaient encore mystérieux.
Vendredi au spectacle: on écoute de la musique et on fait un peu d'analyse texte/ musique/ adaptation

Donc oui  je vais donc encore vous casser un peu les noisettes (bien sûr) avec la musique de Tchaïkovski et les histoires de Hoffmann et Dumas.
Donc pour rappel:
contes de fées ou histoires d'horreur 1 ( général)
Conte de fées ou histoire d'horreur 2: les textes
Conte de fées ou histoire d'horreur 3: les adaptations

Donc je rappelle à tous mon admiration sans borne pour Hoffmann et ses histoires fantastiques, et ma relation difficle avec certaines musiques de Tchaïkovski. 

Mais j'avais aussi dit que dans toute l'oeuvre, parfois un peu longue, je trouvais des accents bizarrement angoissés. C'est une histoire de Noël, plutôt joyeuse et fantastique, certes, mais qui dans sa forme théâtrale évacue - et c'est dommage -  la conclusion de Hoffmann et Dumas, qui l'ont gardée chacun dans leur version respective.
Et donc même si la version spectacle se base sur celle moins angoissante de Dumas, la conclusion un peu beaucoup déprimante en faisait bel et bien partie, c'est donc un choix de mise en scène que de ne pas montrer le difficile, voire impossible retour à la réalité de la petite fille, moquée pour son imagination, qui ne peut se réadapter au monde réel après sa visite du monde magique et sombre dans la dépression de ne pouvoir retourner dans l'autre monde. Joyeux noël!
Et je choisis " l'autre monde" complètement à dessein.
Dans toute l'oeuvre musicale surgissent parfois des accords qui n'ont absolument rien à faire dans quelque chose de joyeux.
Et plus précisément là:


Je vous laisse réécouter, vous faire une petite idée, et ensuite j'explique.

C'est fait? On y va.

De tout ce qu'a composé Tchaïkovski je trouve ce morceau particulièrement admirable et bien écrit, avec ce soudain déchaînement de vents  (hautbois , puis clarinette basse, puis grande descente chromatique de cuivre jusque au plus profond des graves de l'orchestre...) comme si la tempête se levait soudain. Et cette descente chromatique, purée, du grand art, j'en suis restée sidérée la première fois que je l'ai entendue.
Sidération double quand j'ai vu ce qui se passe alors sur la scène: séquence de triomphe, le gentil héros est libéré de sa malédiction , la petite fille est officiellement reçue dans le royaume magique, remerciée par la fée, triomphe, gloire, etc... hein?
Or quand il y a un tel décalage entre la musique et la narration, je me pose automatiquement la question " Pourquoi? Que veut nous dire le compositeur? Quel est le message?"

Donc je l'avais compris comme une référence à cette partie manquante, une annonce de ce qui l'attend, le dur retour à la réalité, la gloire et le triomphe n'ont qu'un temps, il va falloir revenir au monde réel, renoncer à tes rêves...

Je suis tombée un peu à côté pour le sens réel, il y a bien une notion de fin de quelque chose et de mondes inconciliables qui ne peuvent ni ne doivent se rencontrer... mais elle est bien plus tragique que ça.
Ici un petit documentaire en anglais ( accessible!) qui l'explique: la face sombre de Casse-Noisette

Résumons:
Piotr était en France, peu inspiré de devoir composer une oeuvre de commande, alors qu'il s'ennuyait lui même... comme un rat mort, en pleine crise de page blanche. Il avait bien déjà composé quelques parties, mais ne trouvait pas trop comment continuer.

Son frère est venu le voir avec une fort mauvaise nouvelle: la mort de leur soeur Alexandra, avec qui Piotr s'entendait particulièrement bien et qui était son plus grand soutien. Il n'a pas eu le courage de lui casser encore plus le moral et ne le lui a pas dit. Piotr a donc appris la mort de sa soeur par hasard dans la nécrologie d'un journal. Et il indique dans la lettre citée que le choc l'a laissé aussi hébété que s'il avait été mordu par un serpent ( pour le coup, le frangin aurait quand même mieux fait d'annoncer la nouvelle en y mettant les formes, surtout face a quelqu'un aux tendances dépressives)

Et là, inspiration pour les morceaux manquants: l'oeuvre joyeuse des fêtes de fin d'année cache un requiem pour Alexandra.

Le passage entre deux mondes prend un sens très différent. Ce qui oblige rétrospectivement à une réévaluation même du conte d'origine, qui lui aussi était plus inquiétant qu'il n'aurait dû - d'où la réadaptation par Dumas, afin de gommer les passages justement angoissants ou cruels.

La petite fille de l'histoire a de grosses difficultés à se réadapter au monde réel après son passage dans le monde fantastique puisque c'est effectivement un endroit dont on ne revient généralement pas...
L'analyse générale de l'histoire était "un conte sur le passage de l'enfance et de la fantaisie vers la réalité des adultes", on peut donc le doubler d'une lecture "passage de vie à trépas".
D'ailleurs dans le conte, il faut traverser une rivière de limonade en barque pour se rendre chez la fée. La fillette se penche et voit son reflet dans la limonade mais ne se reconnait pas, elle pense voir la reine du pays magique.
Je n'avais pas développé ce passage du texte, parce que je n'avais pas vu tout de suite au fil de ma lecture ce qu'il pouvait impliquer comme référence. C'est un tout petit passage et il est un peu noyé dans la suite. J'aurais dû tilter, dans la mesure où il est presque immédiatement suivi d'une scène de lynchage et de décapitation.

Barque, rivière, oubli, passage, arrivée dans un monde violent, ça me rappelle quelque chose.

Le gentil héros ensorcelé serait donc en quelque sorte Charon, le seul qui peut se déplacer à la frontière entre les deux mondes, et qui conduit on ne peut plus clairement un fantôme chez les morts (sur scène , elle est vêtue entièrement de blanc, parce qu'elle est en chemise de nuit, mais...ce pourrait aussi bien être un linceul) Hoffmann est un auteur fantastique, fortement inspiré par la mythologie et qui truffe ses histoires de détails inquiétants, de diables et de revenants, donc rien d'étonnant à ce qu'il nous emmène l'air de rien chez Hadès.

En tout cas, les circonstances de la composition musicale en changent la compréhension. Qu'il ait eu conscience du sous-texte macabre de l'oeuvre d'Hoffmann ou qu'il ait, dans son chagrin, eu simplement l'envie de rendre hommage à sa soeur, la musique est donc très proche de l'idée d'Hoffmann, et beaucoup moins de la féérie noellesque.
Le petit documentaire fait un parallèle, entre la fin de l'acte un, où le jouet prend vie et arrive dans le monde humain, et celle de l'acte deux, où c'est Marie qui est accueillie dans l'autre monde: ils sont construits sur les mêmes motifs musicaux inversés. Ce n'est certainement pas un hasard. Et donc, c'est encore plus brillament écrit, que je ne pensais.

Et voilà, vous pouvez réécouter le passage avec cette explication en tête.

Evidemment, ce ne sont que des suppositions, mais si je vous dis que la composition suivante, et l'ultime composition d'ailleurs de Piotr Illitch avant sa propre mort,est la Symphonie Pathétique dédiée à son neveu,le fils de feue sa soeur, les probabilités se ressèrent.
En tout cas, il va falloir que je réécoute l'oeuvre musicale entière à la lumière de cette nouvelle information, ça peut TOUT changer. En tout cas, j'ai la réponse à ma question: le décalage que j'entends, ce sont les funérailles, la famille en larmes, le cercueil qu'on descend dans la fosse (pendant que les couivres d'escendent au fond de leur registe dans la fosse d'orchestre!) et la tentative finale d'espoir: un requiem musical se termine toujours par des pièces (Sanctus, agnus dei, lux aeterna,  pour la version catholique. Je vais chercher pour la tradition orthodoxe) plus apaisées, évoquant le paradis.

Voilà, désolée de vous avoir gâché votre humeur de Noël :D

lundi 28 décembre 2020

Contes de fées ou histoires d'horreur?

Cette idée un peu loufoque m'est venue en fin de printemps, suite à une discussion avec Kiona sur Facebook, à propos de cet article:

La véritable histoire du petit chaperon rouge, allusions sexuelles et cannibalisme.

Donc nous avons fait des remarques sur le fait que ce qui est allusion dans l'un est très clair dans l'autre:

Dans le petit Poucet, il est quand même question de manger le petit Poucet et ses frères, et.. ce sont les filles de l'ogre qui finissent mangées par leur père. Un petit côté "Saturne dévorant ses enfants".

mignonne petite histoire à raconter avant d'envoyer les enfants se coucher. 

Je crois que ce conte est,pour moi, facilement dans le top 3 des plus gores qui soient.

Top 2: La belle au bois dormant? L'histoire d'une narcoleptique réveillée par un type qui faisait de l'Urbex? Petit bisou  pour la réveiller?
Hahaha, vous n'y êtes pas. Le roi du coin se tape la belle pendant qu'elle dormait.. parce que visiblement le consentement, il se le taillait en pointe, lui faisant au passage une paire de jumeaux à l'insu de son plein gré
Disney arrête son histoire de manière calculée avant le moment où la femme légitime du roi tente de faire manger à la belle ses propres enfants en sauce aurore.
Victime d'agression sexuelle, maîtresse forcée et cannibalisme. Et c'est la sorcière la méchante de l'histoire?
Alerte prédateur sexuel.

Et le summum du sordide pour moi...c'est Peau d'âne .Même à 4 ans je le trouvais super malsain. Le roi veut quand même se taper sa propre fille. Donc même si on n'y mange personne, là pour le coup, ce n'est même pas une allusion. C'est clairement dit.
En général je ne suis pas du tout pour le principe de la fille qui attend qu'un homme vienne lui sauver la mise-en-plis, mais là, faut reconnaître que toute ide extérieure pour échapper à son horrible père est bienvenue.
Je vous avoue n'avoir jamais regardé l'adaptation en film. Parce que rien que le sujet me donne vraiment la nausée. L'abus sur mineur et l'inceste d'est au dessus de mes forces.

Accessit pour le conte de la fille sans mains: Pas d'inceste, pas de cannibalisme, juste un père qui vend sa fille au diable contre pas mal d'argent. La fille veut s'enfuir, mais le père choisit.. de lui couper les deux mains.après tout, il a vendu sa fille, peu importe dans quel état.
Sympa, le côté esclavage et punition. Et on s'étonne que les gamins soient violents?

Entre Perrault et les frères Grimm, on reste dans le bien sordide!

Et en y réfléchissant, même des choses réputées "mignonnes" peuvent avoir un côté flippant.

En tout cas il y a une histoire que je trouve à première vue bizarre, à la seconde, très bizarre. Assez flippante en tout cas. alors que tout le monde y voit l'enchantement, la magie de Noël, etc...
Et qui a un potentiel de film d'horreur assez colossal, au point une j'ai vraiment envie d'en voir une adaptation en film de trouille.
En plus ça me permet de faire la synthèse entre mon pays, et les deux cultures que j'étudie.

Je vais donc invoquer ici le diable

- un auteur allemand à l'imagination fantastique volontiers inquiétante.
- un auteur français de romans de baston, mais qui ne dédaigne pas les histoires de fantômes à l'occasion.
- un compositeur russe pas très bien dans ses pompes et capable de faire de la musique qui a l'air guillerette, mais truffée d'accords angoissants.
- le solstice d'hiver, enfin, Yule...
- des poupées (ce qui est le flip ultime pour moi)
- une souris (c'est moins glauque que les poupées) et des petits rats
- un gentil héros, trop parfait pour être honnête.
- une petite fille, victime sacrificielle idéale.
- un vieux bizarre qui sait faire de la sorc.. heu de la magie.
- des fées et des sucreries ( et on sait depuis Hansel et Gretel que les sucreries sont un piège: the cake is a lie)
- des dizaines de sonnettes de portes (en tout cas à mon oreille, un concert de sonnettes)
- un monsieur charmant, enfin, envoûtant, ou ensorcelant, enfin, n'importe quel adjectif, mais dans ce champ lexical là.


On prend le tout, on met dans une boîte on secoue bien et...


Il en sort:
- lecture une: l'histoire d'un cadeau quand même bien moisi, puisque la gamine de 7 ans se voit offrir un ustensile de cuisine. Allez, tu as l'âge de raison, file à la cuisine!
- lecture deux: l'histoire d'un auteur qui avait du abuser du schnapps pour imaginer le combat d'un ustensile de cuisine et de souris, sur fond de malédictions
-lecture de fond:  l'histoire d'une petite fille, à qui un vieux monsieur bizarre offre un jouet magique - ou maudit - qui va l'emmener dans un monde peuplé de jouets. Là, deux options, soit vous avez la version Disney française: elle se réveille, et tout va bien, soit vous avez la version allemande: elle se se réveille, est persuadée d'être réellement allée dans un royaume magique, sa famille ne la croit pas, se moque d'elle, elle tombe dans la dépression...jusqu'à disparaître totalement.

Certains y voient une histoire d'amour? Ou de passage à l'âge adulte tout au moins.. Déjà, pitié, la gamine à 8 ans, foutez-lui la paix, elle a bien le temps d'envisager une magnifique carrière de femme au foyer et à la cuisine- vu l'époque où ça se passe, c'est hélas un peu son seul horizon.Tu m'étonnes qu'elle veuille rester dans le monde des rêves ( autant dire l'autre monde). Femme au foyer chez toi ou reine d'un monde imaginaire?

Mais en plus...voilà ce que ça devient dans ma tête...

Oui je retravaille l'histoire avec une mauvaise fois évidente, de manière à faire ressortir l'horreur sous-jacente, sous les dorures et la mignonitude.

Vous l'avez? Cette histoire a été adaptée au moins un millier de fois. Même avec Barbie.. (là, qu'est-ce que je disais sur les poupées. Elle n'a d'ailleurs jamais si bien porté son titre que dans cette situation*)

Purée je savais qu'il était louche ce personnage, qui semble tout près de dire " je vais manger ton âme avec des fèves au lard..et au fait joyeux Noël"

Voui, Casse-Noisette, peu importe comment je tourne la chose, pour moi, c'est une histoire flippante. Et plus encore après lecture de Hoffmann.

Mais comme il y a donc trouzmille versions, je vais faire des sujets à part car j'ai envie de comparer les versions de E.T.A Hoffman et d'Alexandre Dumas (qui a servi de base à la plupart des adaptations), et de parler de la mise en musique par Tchaïkovski.
Et là problème: non seulement, des spectacles, il y en a X versions chorégraphiées par Y chorégraphes et mises en scène par Z théâtres. La plus connue est celle de Marius Petipa (dont l'aptonyme magnifique me fait beaucoup rire) et Ivanov, qui est à peu près une des raisons pour lesquelles j'ai vraiment du mal avec la danse classique: les pointes, les tutus, le rose pâle, et la naïveté qui passe vraiment mal l'épreuve du temps. Ce qui est dommage parce qu'il y a des années de travail colossal derrière, que les tutus, les dentelles et les diadèmes en brillants, et il faut bien le dire, les tableaux interminables m'empêchent d'apprécier à leur juste valeur. Mais bon, heureusement, depuis il y en a d'autres qui ont dépoussiéré la chose.

Et je vais donc avoir besoin de l'aide, entre autres, de qui-vous-savez ( non, pas celui qui n'a pas de nez), bien sûr le seul interprète au monde qui puisse me faire regarder un spectacle de danse classique sans zapper, et même avec un certain plaisir... car oui pour avoir réussi ce prodige, ce gars-là est un peu magicien. Même avec un costume flashy et une moumoute pailletée, j'arrive à faire abstraction, c'est dire le niveau de talent qu'il faut déployer pour ça. Et donc charge à lui de faire passer la gamine dans l'autre monde, ou du moins dans un autre monde, du moins pour la version scénique.

Mais voilà, ça c'était les faits. Maintenant il va falloir interroger les suspects.

*enfin non, pour moi le titre "Casse-noisette" sera lié à vie avec Patrick Fiori, un chanteur un peu oublié qui a échoué à l'Eurovision il y a pas mal d'années... Mais fut un temps, il était partout. Parce que le théâtre de ma ville avait une année affiché les spectacles à venir au conservatoire, côte à côte:  "Patrick Fiori - Casse-Noisette". Dans un lieu où les gens apprenaient la musique classique, le rapprochement a fait beaucoup beaucoup rire.