Attention pépite. Je l'avais vu une seule fois, à sa sortie, et je n'ai pas compris pourquoi il avait fait un flop.
Lorsqu'on m'a demandé l'an dernier de proposer une séance cinéma d'animation à la bibliothèque avec un cycle périscolaire sur le thème " créatures imaginaires", avec un collègue, j'ai proposé ce film et une thématique " cinéma et robots" Mon collègue, bien plus jeune que moi, le connaissait, avait le DVD, l'aimait aussi, donc parfait.
Je l'ai donc revu l'an dernier.. et là encore fin septembre avant de lui rendre le DVD que j'avais depuis plus de 10 mois et que j'oubliais de lui rendre, avec les vacances de l'un ou l'autre :D
Et à chaque fois, la même pensée " Pourquoi il n'a pas été le carton qu'il aurait dû être à l'époque?".
Mais de flop, il est en 25 ans et quelques devenu un film culte, grâce au bouche à oreille, et c'est amplement mérité.
En 1999 j'avais 22 ans, donc je comprenais déjà les sous-entendus politiques et le message anti-armement. Mais comme à chaque fois qu'une oeuvre est remplie à ras bords de références, il y en a toujours qu'on ne voit qu'à la seconde ou troisième fois.
Alors oui, c'est plutôt de la SF et généralement un hommage à l'âge d'or des la Sf, les années 1950, mais j'ai quand même envie de l'inclure ici précisément parce que je n'ai pas envie de limiter mon mois halloween au fantastique, mais d'inclure d'autres courants de l'imaginaire.
Donc le sujet semble simple:
Dans le Maine ( Un ptit bonjour à Stephen King en passant, on est d'ailleurs dans le coin supérieur de la carte des USA, pas loin du Rhode Island de Lovecraft, hein...), dans la ville de Rockwell ( qui fait penser à la fois à Roswell et à Norman Rockwell, précisément peintre des années 1950) dans les années 50.
Un " météore" s'écrase en pleine mer, causant le naufrage d'un bateau de pêche. Le capitaine, sauvé, et passablement choqué, raconte donc aux clients du café du coin (tout droit sorti d'un tableau de Norman Rockwell, donc!) qu'il a vu un monstre, géant, en métal.
Parallèlement, Annie la serveuse, a bien du mal à contenir son fils Hogath. Hogarth a 12 ans, est vif, remuant, imaginatif et dingue de fantastique, de SF, de BD, de films d'horreur au grand dam de sa mère.
Mais il faut dire que tout le monde a une imagination débordante, puisqu'on est en pleine guerre froide. Autant dire que c'est la paranoïa générale, qui s'amplifie lorsque du métal disparait: des voitures, des tracteurs des camions... semblent avoir été croqués dans la nuit par un animal gigantesque se nourrissant de métal. Evidemment, Hogarth va vite découvrir le géant et, se rendant compte qu'il est inoffensif, s'en faire un ami. Sauf qu'un robot géant de 30m de haut et qui mange des voitures, des rails, des pylones électrique, c'est moins facile à cacher qu'un petit animal de compagnie, et ça peut faire beaucoup de dégâts, même sans le vouloir.
Ce qui attire sur la petite ville l'attention des autorités qui envoient l'imbuvable Kent Mosley, agent du gouvernement tout sauf discret, et totalement paranoïaque. Mosley n'hésite d'ailleurs pas à user de harcèlement et de menaces sur le gamin. Sauf qu'il a un allié imprévu, un peu malgré lui: le ferrailleur- artiste du coin, Dean, qui après beaucoup de négociation ( enfin... Hogarth lui casse les oreilles pendant suffisamment longtemps pour l'avoir à l'usure) accepte de faire passer le robot pour une de ses créations en matériau de récupération.
Mais il est rapidement très clair que le vrai danger, ce n'est pas tant un robot venu de l'espace, qui n'est dangereux que lorsqu'on le menace, que Mosley et sa paranoïa dopée à la propagande anti-soviétique. Même les militaires sont plus raisonnables que lui et voient qu'utiliser la bombe H contre un robot ( au risque de se la faire péter à la gueule, surtout) est une très mauvaise idée.
Car, et c'est la subtilité, ce n'est pas un film anti-militariste, mais anti " course à l'armement". et anti propagande, puisqu'il montre les ravages que fait la propagande dans les cerveaux. Un film pacifiste, donc, mais qui ne rejette pas la faute collectivement sur les militaires. Au contraire, ils sont les premiers sceptiques. Et rien que ça c'est intéressant à être mentionné. Il se permet même l'air de rien de parler d'écologie ( Dean fait du recyclage), de finitude ( la mort est un concept qui échappe au robot), de difficultés financières ( la situation d'Annie et les menaces que fait Mosley), de politique ( un petit magasine sur un coin de table, à destination des enfants qui titre " red menace", de technologie spatiale (le spoutnik) et de responsabilité de ses actions ( chose que Mosley
Et les références, elles, font que le film reste intéressant et pas lourdement pour les adultes. J'ai presque 50 et c'est un plaisir tout particulier de les voir.
- Rockwell donc, et son café, digne des tableaux du peintre du même nom
- Le design du géant, qui doit énormément au robot du Roi et l'Oiseau.
- Les mentions de la pop culture, parfois juste en passant ou en filigrane: Superman, Mad Magazine, le jour où la terre s'arrêta ( Annie est veuve avec un fils mineur et propose une chambre à louer), La planète interdite ( la séquence où le robot s'emmêle dans des fils électriques), Godzilla, et probablement Bambi ( le cerf et les chasseurs), Frankenstein ( que Hogarth regarde à la télé, mais aussi dans la manière dont le robot se reconstruit quant il perd des pièces.. et surtout celles de la mâchoire, qui rappellent les vis dans le cou de Boris Karloff)
Et cerise sur le gâteau, c'est l'un des derniers films d'animation Warner réalisé majoritairement en 2D, sans image de synthèse et ça se ressent. Paradoxalement, le film a plus de profondeur à l'image, avec un soin apporté la couleur et aux effets d'ombre et de lumière. Ca se voit particulièrement lorsque le robot tend le doigt à travers un rayon de lumière, l'effet d'ombre est virtuose. c'est une séquence de quelques secondes mais elle donne une épaisseur et un réalisme dingue à l'image, alors même qu'il s'agit d'un dessin animé.
Depuis cet échec au box-office ( mais c'est limite mieux, l'auteur en est conscient: le film aurait pu faire un succès parce qu'il avait été bien vendu puis tomber dans l'oubli, mais 25 ans plus tard, c'est l'inverse qui s'est produit et il a perduré grâce à ses qualités visuelles et son scénario prenant)
Il est d'ailleurs classé parmi les films d'animation les plus tristes ( on est d'accord: dans ce domaine le tombeau des Lucioles et le n°1 et le restera longtemps). Dans cette liste je ne connais pas the Plague Dogs et ça me tente carrément!
Et vous-voulez une seconde couche de drame? En tout cas ça explique encore plus le parti pris furieusement anti armes de Brad Bird.
Faire connaître ce génial film est mon cheval de bataille :D

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