Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter
Affichage des articles dont le libellé est Challenge 2€. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Challenge 2€. Afficher tous les articles

lundi 13 juin 2022

Les neuf milliards de noms de dieu - Arthur C. Clarke

 Ho, mais que voilà une trouvaille en boîte à livres qui tombe à point nommé pour le mois anglais. Car l'ami Arthur, à la carrière internationale ( né dans le Somerset, mort au Sri Lanka) est bel et bien anglais.
Sa fiche wikipédia m'apprend aussi que par une incroyable ironie du sort, cette pointure de la SF est mort il y a moins de 15 ans, à l'age respectable de 90 ans à l'hôpital... Apollo. Et que son nom a été donné à un astéroïde (c'est souvent le cas pour les auteurs de SF, mais pas seulement: Brian May a aussi un astéroïde à son nom - moins en tant que guitariste - star du rock qu'en tant qu'astrophysicien de métier, hé oui. Et son pote Freddy aussi , mais lui, c'est encore mieux, il avait déjà une planète à son nom :D)

Revenons à nos moutons spatiaux...

Arthur, c'est l'auteur du cycle "l'Odyssée de l'espace" dont le premier tome " 2001" à été adapté au cinéma par Kubrick, rien que ça. auteur également du cycle de Rama, que je me suis promise de lire un jour, quand même. Mais ce grand amateur de cycles littéraires s'est également illustré dans les nouvelles, et même souvent assez brèves.
D'ailleurs je conseillerais de commencer par ça pour le découvrir. En effet, il s'est plutôt spécialisé en Hard SF ( comprendre celle des sciences dures), la branche de la Sf qui s'appuie sur les découvertes de son époque et entend garder la plus grande vraisemblance possible via la rigueur scientigfique. Personnellement je trouve la démarche très intéressante. Elle fait en général moins rêver que les délirants spaces opéra, la SF mélancolique de Bradbury ou l'humour absurde de Brown. Mais elle vaut quand même qu'on s'y penche.

Et donc " Les neufs milliards de noms de dieu et autres nouvelles" ( 8 en tout), publié chez librio est un recueil de nouvelles un peu artificiellement rassemblées. L'une d'elle " l'étoile", figurait déjà au sommaire du 2° tome d'une histoire de la SF, je n'y reviendrai donc pas ici.

A l'époque où les librio ne faisaient que 10 francs...


- Les neufs milliards de noms de dieu: Un lama du Tibet s'adresse à une société américaine ultramoderne, spécialisée en calculatrices de pointe pour avoir une machine un peu modifiée: il faut que la calculatrice suive un programme bvasé non sur des chhigffrss mais sur des lettres, pour composer des mots à 9 lettres maximum. Toutes les combinaisons possibles à 9 lettres possibles et imaginables, avec comme seconds critères que, en fonction de l'alphabet tibétain, la même lettre ne soit pas répétée plus de 3 fois d'affilées. AAABBBCCC, AABBBCCCD.. etc, vous voyez le genre. Les moines planchent sur ça depuis des siècles, mais ça prend trop de temps,de tout écrire à la main, forcément.
Leur objectif: trouver toutes les combinaisons possibles, environ neuf milliards, car parmi elles il y aura TOUS les noms possibles de leurs dieux.

Les américains les prennent pour des fanatiques religieux, mais du moment qu'ils payent, on peut bien leur louer la machine et deux techniciens pour la faire fonctionner. Au fil du temps, les techniciens qui s'ennuient à mourir dans les hauts sommets du Tibet s'interrogent sur l'objectif. Il est simple: les lamas sont persuadés que lorsque tous les noms seront trouvés, sans exception, leur dieu sera satisfait et arrêtera le temps: trouver les noms revient à signer la fin du monde et de... tout en fait. Les américains les considèrent donc comme complètement barrés, mais ça les met bien mal à l'aise quand même. Plutôt en se disant " quel va être notre sort et celui de la compagnie lorsque le programme sera arrivé en fin d'execution, avec des kilomètres de mots de 9 lettres sur des kilomètres de papier et qu'il ne se passera rien.. est- ce qu'on ne risque pas d'être rendus responsables et lynchés par les croyants déçus?".. ou bien est-ce que la prédiction va se réaliser?
Vous savez ce qui m'est venu en tête? Que maintenant, à l'époque des supercalculateurs à je ne sais plus combien de pétaflops par seconde ( ça augmente sans cesse, on planche sur des supercalculateurs en exaflops maintenant), ce que demandent les moines n'est ni plus ni moins qu'un banal craquage par force brute que n'importe quel hacker peut programment les doigts dans le nez. Quelque part, je trouve supetr intéressant d'avoir prédit cette technique en 1953. Ce serait maintenant réglé en quelques heures.

Vous pouvez la lire en anglais ici

- l'étoile: je vous renvoie au lien sur le tome 2 de l'histoire de la SF.

-Supériorité: Un général rendu responsable de la défaite cuisante infligée à son peuple lors d'une guerre spatiale plaide son innocence face à sa condamnation. Le problème n'est pas venu selon lui de négligence mais de l'infériorité technique des ennemis. Comment peut on perdre une guerre alors qu'on a une supériorité technique écrasante?
La réponse est extraordinaire de simplicité: vouloir à tout prix transformer du tout au tout l'armement pendant le déroulement d'un conflit est une très mauvaise idée. Suivant les conseils désastreux d'une équipe scientifique, qui leur a fait miroiter qu'il ne faut plus se contenter d'améliorer des armes existantes , mais qu'il faut en créer de nouvelles auxquelles l'ennemi ne pourra résister. Tout miser sur la supériorité technique. Sauf que ce qui paraît une bonne idée sur le papier, est en pratique une impasse: - - Les nouvelles technologies ne sont pas adaptables aux anciens vaisseaux > il faut en construire de tout nouveaux.
- Les nouvelles technologies demandent une grande quantité personnel hautement qualifié > il faut le temps de le former > il faut un vaisseau civil pour le transporter > si le vaisseau civil ou se trouve les techniciens est perdu l'arme est inutilisable.
- Les nouvelles technologies sont expérimentales, c'est sur el terrain que se révèlent les erreurs > il faut le temps de les réparer ou .. de développer une nouvelle technologie expériementale pour les corriger. Et pendant ce temps, l'ennemi, en infériorité technique, continue à améliorer les armes anciennes et à en fabriquer de telles quantités, qu'il se trouve en supériorité numérique écrasante.
Sous estimer son ennemi, c'est aussi prendre le risque de perdre alors qu'on a la supériorité technique théorique. Sarcastique et efficace. J'ai adoré la chute aussi, tellement anglaise.

-Le mur de ténèbres: Une nouvelle totalement philosophique. Clarke postule un multivers composé de bulles. Dans l'une de ces bulle, un seul système stellaire, composé d'un seul soleil et d'une seule planète. Sur cette planète, vit un jeune garçon dénommé Shervane, qui va partir à la conquète du plus grand mystère: le mur de ténèbres. En effet, dans son monde, il y a au sud de tous les pays, une limite infranchissable, au sujet de laquelle courent toutes sortes de légendes, le mur de ténèbres. Un mur sombre, d'une hauteur gigantesque, d'une matière inconnue, froid que personne n'a jamais pu franchir. Qu'à celà ne tienne, du jour où il apprend son existence Shervane n'a plus comme unique obsession que d'aller voir derrière le mur. Et si on ne peut pas le traverser, ni le percer on peut essayer de passer au dessus. Devenu riche, avec le concours d'un ami architecte, il vont mettre au point un projet colossal: construire un escalier le long du mur, jusqu'en haut et aller voir ce qu'il cache.
Et ce qui les attend est une sur surprise et une énorme déception/ leur monde a bien une limite, mais pas celle qu'ils croyaient. Et liée à l'un des plus fascinants objets géométriques. Attention spoiler: Le mur est un gigantesque anneau de Moebius. Infranchissable, puisque s'avancer au delà, c'est revenir à son point de départ: l'univers n'a pas de limite, il est sa propre limite, sans interieur ni exterieur. Les héros sont condamnés à rester avec une soif inextinguible d'ailleurs, de découverte... et ne pourront jamais quitter leur univers minuscule.Le projet de leur vie est ironiquement tourné en dérision par l'univers même/ spoiler.
Ce genre d'histoire n'est pas nouvelle, on en trouve des exemples dans toute la littérature antique, mais elle a une portée philosophique qui me parle: la curiosité est bien plus souvent déçue que satisfaite, mais l'envie de lointain, de découverte, de défi, de nouveauté est intrinsèque à l'humanité. La frustration aussi. Qu'on soit sur une île, sur un continent, sur une planète, dans un système solaire, dans une bulle d'univers... il y a toujours une limite. La technique permet peu à peu de les repousser, mais il y en aura toujours une autre derrière.  Et là, on touche du doigt la SF que j'aime: ironique, mélancolique, philosophique. De la bien belle SF qui n'a pas que pour vocation de divertir, mais aussi de faire réfléchir.

Avant l'Eden: Une expédition humain se trouve sur Vénus. Ils sont venus vérifier une théorie, selon laquelle de l'eau a l'état liquide a coulé, voire coule peut être encore sur Vénus.Et qui dit eau liquide, même chaude, dit possibilité de vie.
Alors déjà, la nouvelle date de 1960, soit avant l'exploration réelle de Venus: la planète n'a été survolée qu'en 1962, les missions Venera en ont étudié l'atmopsphère au cours des années 1962 à 1969 et les premiers atterissages , les premières photos par les missions Venera datent de 1975, j'en parlais un peu là. Donc contrairement à ce que nous dit Arthur, la température moyenne  sur Vénus n'est pas de 250°C mais de 462°C. Donc au pôle de la planète comme ailleurs, pas moyen d'avoir de fait une température permettant l'existence d'eau liquide et ce qu'elle suppose. Le principal problème outre la température démente est l'atmosphère hautement corrosive d'acide sulfurique et surtout la pression de plus de 90 bar qui écraserait un sous-marin ( la sonde Venera 13 y a vaillamment résisté 2h00, c'est dire la robustesse de l'engin!). Donc bon prière de ne pas prendre pour argent comptant la description d'explorateurs en scaphandre metallique réfrigéré qui parcourent 5 kilomètres à pieds ( ha, j'ai oublié de parler de la densité de l'atmosphère, qui teinte ici étonamment tout de vert émeraude..). Lhistoire d'Arthur est simplement devenue obsolète par les découvertes qui ont été faites 15 ans plus tard.
Et en fait l'histoire pourrait se passer n'importe où: sur une autre planète, dans une autre système solaire, sur Terre dans une vallée éloignée de tout, au fond des océans.. l'important n'est pas qu'elle se passe sur Vénus, mais.. le fait que les explorateurs découvrent effectivement une forme de vie végétale " d'avant l'Eden", une forme de vie qui pourrait être une de celle qui a amené de développement la vie sur Terre, des millions d'années plus tard.
Ey là ironiquement la nouvelle est on ne peut plus d'actualité: cette découverte qui fait dire aux savants que la vie est précieuse, qu'il faut absolument la protéger où qu'elle soit correspond exactement au moment qui va condamner la future vie sur la planète entière. Les germes terrestres involontairement amenés par les terriens contaminent la plante qui n'a pas les moyens de résister à des pathogènes étrangers qui ont, de plus, pu survivre au voyage spatial. Arthur nous précise même d'où ils viennent: les mégots, les verres en plastique (lol) et détritus divers laissés sur place par les humains.
Transposez un peu la chose au sommet de l'Everest. La conclusion est que l'être humain, est doué pour pourrir n'importe quel endroit où il met les pieds, que ce soit volontairement parce qu'il s'en fout, par manque de réflexion à long terme, ou insconsciemment.
On commence à peine à se soucier des microbes terrestres amenés sur Mars, qui peuvent annihiler une potientelle vie locale.
Une fois de plus, de la SF qui si sa forme est dépassée, reste incroyablement d'actualité sur son fond philosophique.

Un été sur Icare: L'ingénieur Colin Sherrard a un gros un très gros problème: il est coincé sur Icar, un astéroïde qui porte bien son nom, surnommé " le bout de terrain le plus ensoleillé du système solaire", et ce n'est pas peu de le dire. Il s'agit d'un caillou de 3 kilomètres de diamètre en orbite à immédiate proximité du soleil, sur lequel une équipe procédait à des prélèvements du côté nuit". Problème, au moment de rentrer, sherrard a eu un problème et son module s'est écrasé au sol, heureusement, côté nuit. Mais pas pour longtemps. Icare tourne sur lui même en 4 heures, et, sa radio étant endommagée, impossible de prévenir, Sherrard doit ramper avec son module insecte tant qu'il lui est possible pour rester côté nuit, jsuqu'à ce qu'on s'aperçoive de son accident et qu'on revienne le chercher. Si l'aube le rattrape, il est foutu, et va griller sur place.
A ma connaissance, Clarke n'a pas écrit de scénario pour la génialissime série "la  4° dimension", et pourtant on est totalement dans cette idée là, celui -ci comme " avant l'Eden" auraient tout à fait pu être des scénarios d'épisodes: angoisse, danger mortel et inélucatable, ironie (et chute " so british"), avec en plus une variation sur le mythe d'Icare et l'aventure au risque.. d'y laisser des plumes et d'être grillé.
( Nota: le roman "les enfants d'Icare" écrit en 1953 ne fait pas mention du mythe dans son titre original " Childhood's end". Qui est aussi celui d'une chanson de Pink Floyd, très influencée par Clarke. Mais aussi de Iron Maiden, je n'ai pas trouvé d'information pour savoir si c'est aussi une référence à Clarke, mais ça ne m'étonnerait pas vu les liens entre Maiden et la littérature en général.  )

Le réfugié: Evénement historique! l'angleterre vient de se doter d'un spatioport et pour marquer l'événement, le capitaine Sanders, texan pur jus qui doit être le chef de la première mission anglo-américaine vers Mars ( une simple mission de ravitaillement de colonie martienne, déjà bien établie), reçoit la visite protocolaire de Henry, prince de Galles, futur roi d'Angleterre. Henry est un fanatique de techonologie, qui rêve d'aller dans l'espâce, chose que son rang lui interdit. donc cette visite d'un vaisseau est , pour une fois, quelque chose qui l'intéresse beaucoup plus que les ennuyeuses mondanités que doit subir à longueur de temps un futur monarque. Pour cet intérêt sincère, pour son intelligence et sa simplicité Henry gagne la sympathie de Saunders. Echange de situation: Saunders le baroudeur, qui dispose de 3 jours libres à Londres se dit qu'il va profiter de cette aubaine pour visiter Londres. Il est allé sur Mars, sur La lune, mais n'a jamais mis les pieds à Londres. Las, Saunders ne peut pas profiter de ses vacances, qu'il va passer en interview et invitations télévisés où on finit toujours pas lui poser la même question " que pensez-vous du futur roi". Saunders comprend que la vie d'une tête couronnée n'est pas de tout repos et espère vite regagner l'espace et l'anonymat. Sauf qu'il se passe exactement ce qu'on devine: Henry ne va pas laisser passer une occasion pareille de mettre en douce un peu de distance entre lui et sa royale famille. Un peu, c'est à dire, la distance Terre-Mars.

La sentinelle: Après Mars, la Lune. Là encore pour la petite équipe d'exploration qui est est, ce n'est pas si exceptionnel... mais la lune récèle cependant bien des mystères. Lorsqu'on est est un humain , qu'on voit de loin une anomalie brillante en pleine mer des Crises, il est bien naturel d'aller y voir de plus près. Par contre la petite équipe s'attendait à tout .. sauf à y trouver une petite pyramide. qui l'a construite? Quand? et pourquoi? Elle semble être là depuis au moins l'époque du carbonifère terrestre, y aurait-il eu des sélénites? Est-ce un repère pour voyages spatiaux ou un poste d'observation pour surveiller l'évolution de la vie sur Terre?
(si c'est le cas, les extra-terrestres doivent être bien déçus par nous)

Que c'est bon, mais que c'est bon: par le ridicule et l'humour Arthur pourfend les militaires. Par l'ironie et la philosophie, il pointe les travers humains bien contemporains ( et encore d'actualité 60 ans polus tard)

13/06: le jour des nouvelles

yep, de temps en temps, il y en a un. Le challenge n'avait officiellement pas de fin et je n'ai pas trouvé d'information pour savoir s'il existe encore de fait ou pas.

Liban-> USA-> Grèce-> Israël -> Grande-Bretagne

et au niveau des langues d'origine:
arabe du Liban -> anglais des USA-> grec ancien-> hébreu ancien-> anglais brittanique

mercredi 30 mars 2022

Défenseur de la foi; L'habit de fait pas le moine - Philip Roth

 Et hop deuxième lecture étrangère qui s'est glissée dans mon programme à la faveur d'un passage devant la boîte à livres.
Je connaissais l'auteur de nom seulement, mais voilà l'occasion de le découvrir avec deux nouvelles.
Le voyage continue: Liban-> USA

traduction de l'anglais

deux nouvelles donc qui ont en commun de se passer dans un milieu exclusivement masculin ( un camp militaire en 1945 pour la première et un lycée en 1942 pour la seconde) et de mettre en scène des personnages que leur confession (juifs dans la première) ou leur origine ( italiens) faisaient mal voir dans l'amérique profonde de cette époque.

La première " Défenseur de la foi" met en scène le bras de fer entre un sergent fraîchement nommé dans un camp d'entrainement qui forme les nouvelles recrues à la guerre en mai 1945. Une formation un peu à la va vite de conscrit très peu volontaires. Nathan Marx, sergent, à cause de son nom est immédiatement évalué " juif" par la recrue Sheldon Grossbart, 19 ans et casse-burettes d'anthologie. Emmerdeur patenté. Sheldon est un manipulateur né, qui va harceler Marx au nom de leur judéité commune, utiliser sa foi (laquelle ne lui importe que lorsqu'elle lui permet d'échapper à la corvée de ménage, d'obtenir une permission ou que sais-je..) et ses camarades pour gagner des avantages, mettant Marx en difficulté. Il s'agit d'abord d'obtenir l'autorisation d'échapper au ménage du vendredi parce que c'est l'heure d'aller à la synagogue, il l'obtient. Puis d'obtenir de la nourriture casher prétextant que la nourriture normale le rend malade ( alors qu'il se gave de nourriture normale mais " non c'est mon copain Larry, en fait c'est lui qui est malade, c'est une vrai de vrai pratiquant, moi je fais avec"), et il va exagérer aller de plus en plus loi, jusqu'au jour ou Marx peut enfin se venger, et faire sauter le pistion de Sheldon qui avait réussi à se faire affecter à New-York au lieu d'être envoyé comme tout le monde dans le pacifique. J'ai bien aimé cette histoire, le culot  de Sheldon ( quise fait prendre à son propre jeu) et le sarcasme de l'écriture.

L'habit ne fait pas le moine est moins clair pour moi car il y est fait référence au base ball et à la boxe, deux domaine où je ne connaissais rien.
Donc fin des années 50, le narrateur se souvien de sa première année de lycée, en 1942, et comment il fit connaissance de deux fils d'émigrés italiens, deux élèves à problèmes et " ex-forçats", c'est a dire, sortis de maison de redressement. Alberto Pellaguti est le cliché de la grosse brute pas très maligne, Duke Scarpa, du mafieux gominé et louche. Les deux ont un lourd " casier" scolaire, et sont les premiers à organiser le chahut contre Monsieur Russo, le conseiller d'orientation qui avec ses questionnaires, leur voit un brillant avenir en fac de droit.
Et pourtant, malgré leur profil, le narreteur se rend compte que 15 ans plus tard, il n'a jamais lu la moindre ligne les concernant dans les journaux: s'ils sont devenus gangsters c'est soit sous un autre nom, soit tellement bas dans l'échelle du crime organisé que les journaux ne s'y intéressent pas. Russo par contre, calme, sensible, discret, a été licencié pendant la chasse aux sorcières,  soupçonné d'avoir été marxiste dans les années 30.

Ne connaissant pas l'auteur, je peux difficilement tirer une conclusion sur deux nouvelles. Mais j'ai bien l'impression qu'elles cachent quelque chose de plus que de simples nouvelles, que ce qui est pointé, c'est plutôt la dureté des systèmes militaire et scolaire de l'époque: Sheldon la forte tête est un emmerdeur, mais surtout un type absolument pas fait pour l'armée, le genre à vous faire perdre une guerre tant il est incapable d'autodiscipline: on l'y envoie quand même.
Les deux " mafieux" sont des élèves à problèmes qui se voient assigner un avenir tout tracé par le système de fiches de l'orientation scolaire, sans qu'on s'interroge vraiment sur ce qui pourrait les intéresser. Le prof quand a lui est victime d'un système encore plus violent, le maccarthysme. Je me demande si ce n'est pas là le fond du propos: l'humain face à des systèmes rigides (et cette remarque me fait penser que je dois avoir "le procès" quelque part)

A confirmer donc , si l'auteur me retombe d'aventure sous la main. Pour l'instant il n'est pas dans l'immense pile à lire qui est encore chez moi...

et, ça alors, je vois que le challenge 2€ existe encore, même s'il n'st plus mis à jour depuis 2010


Et comme les deux nouvelles ont été initialement publiées dans un recueil en 1962: hop, classique ( puisque publié avant 1970)


mardi 26 mai 2015

Aux bords du Gange - R.Tagore

Histoire de se dégeler après le grand nord, partons en Inde. J'avais déjà lu un texte de Tagore que j'avais bien aimé,  la bibliothèque a récemment enrichi son rayon "littérature d'Inde", C'est donc parti pour un recueil de nouvelles, presque toutes racontées par un narrateur anonyme:

 - le squelette: Je ne m'attendais pas à ça, mais le recueil s'ouvre par une histoire fantastique. Le narrateur, contraint de passer une nuit dans une pièce qui servait lorsqu'il était plus jeune, de salle de classe et où se trouvait un squelette servant aux cours d'anatomie. Le squelette a disparu depuis longtemps mais le narrateur va avoir la surprise de recevoir la visite de l'esprit qui l'habitait, et qui va lui raconter sa vie.. et sa mort. Le fantôme d'une femme de bonne famille,  qui a vécu toute sa jeunesse isolée, comme il était de coutume à l'époque, ne rencontrant qu'un seul homme hormis ceux de sa famille: un ami de son frère, médecin, venu la soigner, et pour qui elle développe une passion exclusive et autodestructrice.

-la nuit suprême: Le narrateur et Surabala, une petite fille, sont camarades de classe. Ils s'entendent plutôt bien, et alors que les deux familles pensent conclure un mariage, le narrateur surprend tout le monde en refusant, pour se consacrer à des études, animé par l'espoir de jouer un rôle politique.. les idées indépendantistes commence à émerger, et il rêve que le pays devienne enfin autonome. Mais ses rêves de gloire n'aboutissent pas et il revient au pays. Surabala s'est mariée avec un autre, et le narrateur prend conscience qu'il a raté sa chance avec la seule fille qui comptait vraiment pour lui.
( nota: Rabindranath Tagore ne verra jamais son pays indépendant, il meurt en 1941, l'Inde gagne son indépendance en 1947)

- Le gardien de l'héritage: là encore une nouvelle à la lisière de fantastique. Un vieil avare, ayant causé la mort de sa belle fille en lui refusant des soins médicaux au motif que ça serait de l'argent gaspillé, voit son fils et son petit fils excédés lui tourner le dos et le laisser seul avec son argent. Mais le vieux finit par s'ennuyer et voudrait bien revoir son petit fils malgré tout. Lorsqu'il rencontre par hasard un gamin fugueur, il le prend momentanément sous son aile. Dans une intention horrible: en faire le gardien de l'héritage. Il embobine le gosse, et l'emmure vivant avec son trésor après l'avoir drogué et lui avoir fait promettre de ne rendre le trésor qu'à son petit fils ou un de ses descendants. Une note nous explique que ces pratiques " ont existé mais n'ont plus cours" -encore heureux. Moins dans un but d'assurer la fortune de ses descendants que de se l'assurer à soi même pour le futur. Car des légendes parlent de gens qui ont soudain fait fortune en allant récupérer le trésor qu'ils avaient donné à garder à leur victime lorsde le vie antérieure.. le rituel servant à s'assurer que la victime, elle, ne se réincarnera pas et que son esprit restera coincé là.
Charmant, la croyance en la réincarnation utilisée à des fins sordides. Je ne suis pas sure que Vishou, Krishna, Ganesh et les plus de 300 millions de dieux indiens approuvent franchement l'idée.

- la clef de l'énigme: un propriétaire terrien, connu pour ses largesses envers ses locataires, décide de se retirer dans un monastère et laisse à son fils le soin de gérer ses affaires. Finies les largesses! Celui -ci s'en prend en particulier à un des locataires, fils d'une veuve musulmane que le père avait pris en pitié. Les deux hommes finissant par s'affronter par tribunal interposé, il va falloir aller chercher le moine dans sa retraite pour qu'il tranche.Bon, il n'y a pas vraiment d'énigme dans cette histoire un peu prévisible. Mais elle souligne une intolérance et un racisme inattendus dans un cadre polythéiste.

--la soeur aînée: Joygopal et sa femme Sasi s'entendent bien, mais le mari a du partir travailler plusieurs années assez loin. Pendant son absence, les parents de la femme qui ont eu un fils sur le tard, meurent et c'est Sasi qui doit élever son petit frère. Lorsque le mari revient.. il découvre qu'il n'y a plus vraiment de place pour lui dans le coeur de sa femme, qui élève le petit comme le sien, et met un vrai mur mental entre elle et son mari. Le gamin va devenir peu à peut la bête noire de Joygopal qui avait déjà des vues sur l'héritage terrien de ses beaux-parents et manigance pour dépouiller son petit beau-frère de son dû. Et là encore, il faut faire intervenir la justice.

- aux bords du Gange: Kusum est veuve et revient dans son village natal. PAticularité de Kusum: elle a huit ans. Oui, vous lisez bien: mariée à 8 ans et veuve quelques semaines plus tard. On pourrait penser qu'elle a de la chance dans son malheur.. mais elle ne va pas vraiment pouvoir reprendre sa vie d'avant. En premier lieu parce que, si on ne l'oblige pas à se remarier, ses amies aussi jeunes qu'elle sont elles aussi mariées ou sur le point de l'être. Kusum grandit donc tranquillement pendant  dix ans.. jusqu'au jour où arrive un prédicateur errant qui la fascine: il est le portrait craché de cet époux qu'elle a peine connu.

Grosso modo j'ai bien aimé ces nouvelles, même si j'ai trouvé "la nuit suprême" et "la clef de l'énigme" un peu attendues. Parfois légèrement fantastiques ( évidemment j'ai une préférence pour le Squelette et le gardien de l'héritage, on ne se refait pas!) elles sont pourtant loin du portrait de l'Inde qui fait rêver: ici les personnages sont mesquins, odieux, avares, procéduriers et se querellent sans cesse pour des raisons fallacieuses. Les habitants sont englués dans des traditions ancestrales pas toujours défendables, c'est le moins qu'on puisse dire, et comme partout l'argent, dès qu'il y en a un peu devient une obsession. Elles pourraient se passer quasiment n'importe où dans le monde en fait. et il y a en filigrane, légèrement, une contestation de la condition féminine. Pas encore très revendicative, mais présente. Dans Chârulâtâ, que j'avais lu, l'héroïne luttait à sa manière par l'écriture, contre les préjugés sexistes et pour la valorisation de sa langue maternelle

« Dans notre pays aussi, lorsque les femmes, libérées des entraves artificielles
obtiendront la plénitude de leur humanité, les hommes aussi atteindront leur plénitude », dixit l'auteur en 1922 (source) ou encore « Celui qui a créé Kumu (c'est-à-dire la femme) l’a façonnée avec un immense respect. Personne n’a le droit de l’humilier, pas même un empereur ! » Je pense que Kumudini, d'où vient cette phrase, sera ma prochaine lecture de cet auteur si je la trouve.

Le reproche principal que j'ai à faire à cette édition, qui regroupe quelques nouvelles issues d'un recueil " connaissance de l'Orient, série Inde", c'est que quasiment jamais les termes ne sont expliqués ( ou alors dans les deux dernières nouvelles), le lecteur occidental manque forcément de repères: parler d'une faille de zemindar, en italique dans le texte, d'un gamin qui a mis en pièce un dhoti, ou qui secoue un chadar, ou fait tomber une gamcha.. certes, mais une note de bas de page pour expliciter les termes ou préciser juste de quoi il s'agit, ça serait pas mal et ça éviterai de couper la lecture en se demandant de quoi il peut bien s'agir. C'est bête, mais ce genre de chose me dérange vraiment. Les lecteurs qui veulent s'initier à la littérature indienne avec une édition à 2€ ne sont pas tous de fin connaisseurs de la culture ou des habits traditionnels. C'est vraiment vraiment frustrant.

jeudi 15 janvier 2015

l'oeil du serpent - Chiwaki Shinoda

billet en double avec le blog japonais...(sinon je risque de manquer de lectures japonaises ici :) )



Voici don "l'oeil du seprent", un recueil de contes édité chez Folio 2€ qui est en fait un condensé d'un ouvrage plus gros " de serpents galants et d'autres, contes folkloriques japonais" oulié chez connaissance de l'orient.
Comme son titre l'indique, la thématique principale sera le serpent, dans son versant folklorique.
3 parties dans ce petit livres
- les femmes serpents (7 contes)
- les hommes serpents ( 7 contes)
- belles et monstres (7 contes sur la métamorphose, avec un homme araignée, un blaireau à forme humaine, des pierres qui se changent en loups, et encore quelques serpents..)

Car le serpent folklorique japonais est doté d'une particularité ils -ou elles-  n'aiment rien tant que prendre forme humaine et se mêler aux humains qu'ils trompent facilement grâce à leur apparence. car les serpents et serpentes sont particulièrement séduisants et liés à l'élément eau. Ils peuvent faire pleuvoir sur une rizière asséché, ou au contraire boucher un puits, et réclamer un cadeau en échange de leurs services ou du fait de stopper leurs méfaits. En général le fils ou la fille de la famille.
Du coup le recueil regorge d'histoires où des cousines de Mélusine séduisent de naïfs humains, charmés par ces trop jolies filles, mais comme dans leur versant européen, malheur à quiconque verra leur vraie apparence. Mais si les serpentes utilisent surtout leur charme, les serpents utilisent en premier lieu leur pouvoir sur l'eau pour passer des "contrats" avec les humains.
Ca ne se passe pas toujours mal, remarquez, dans le conte de "la mare à Oyoshi", l'humaine et le gentil serpent semblent faits l'un pour l'autre. Mais fréquenter un serpent est quasiment toujours l'assurance de perdre à son tour son identité humaine. Sauf dans "l'oeil du serpent" où c'est la serpente inoffensive aux allures de fée qui est la première victime des circonstances.
Je suppose que dans beaucoup de cas, il s'agissait comme souvent dans les contes d'expliquer l'appellation de tel ou tel lieu dit, ou d'inspirer la méfiance instinctive des cours d'eau et marais où il est facile de se noyer ou de se perdre.

Zut, moi qui espérais une vision un peu moins négative de celle judéo-chrétienne, le serpent est parfois assimilé à l'image de l'ogre qui dévore les humains. Pas toujours heureusement.

J'ai bien aimé aussi les quelques autres contes, celui sur le blaireau changé en humain qui berne une coiffeuse et l'enlève - la femme a un sens de la répartie assez réjouissant- ou celle très originale des pierres-loups.
Un lecture très courte et à conseiller, je vais maintenant chercher le recueil complet, j'adore ces thèmes folkloriques.
s'il existe encore?
plein de textes sur les serpents!

dimanche 27 octobre 2013

La dimension fantastique tome 2 - collectif

et hop tome 2 de la Dimension fantastique, avec cette fois 6 nouvelles ( oui 6 seulement car il y en a une beaucoup plus longue que les autres.  et donc, sans plus tarder:

l'Elixir de longue vie - H de Balzac:  Ferrare, pendant la renaissance, le jeune Don Juan ( oui, je sais, moi aussi je trouve que ça devrait plutôt être Don Giovanni, pour le coup), se lamente de la longévité de son père, nonagénaire et qui n'a toujours pas daigné mourir. Or voilà que don Bartholomeo est mourant. Sa dernière volonté est, une fois mort que son fils l'asperge d'un liquide qui le ranimera et lui rendra sa jeunesse. Evidemment, il arrive ce qu'on pouvait prévoir: au lieu de d'optempérer, le fils indigne teste la validité du produit et , ni vu ni connu, achève le mourant ressuscité. Le voilà à la tête d'une colossale fortune, d'une vie pour la dépenser en fêtes et en festins, avec l'assurance de profiter d'une deuxième vie plus calme pour s'amender.. Une variante, donc sur le mythe de Don Juan, sans statue du commandeur.. Je ne suis pas convaincue par cette énième exploitation d'une histoire archi-connue, qui finalement n'apporte pas grand chose, hormis de faire du fils indigne le meurtrier direct de son père. Mais, non, je ne suis malgré tout pas pas convaincue.

Gottfried Wolfgang - Petrus Borel: Pendant la révolution française, un étudiant allemand exalté - et persuadé qu'une puissance maléfique cherche sa perte-  rencontre au pied de la guillotine une femme désespérée,qui ressemble trait pour trait à une inconnue vue en rêve et qu'il n'a cessé d'idéaliser. On l'a dit c'est un exalté, donc , aussi sec il la ramène chez lui, lui déclare un amour immortel et la demande en mariage ( là on est en plein dans les clichés faciles qui me hérissent le poil: "elle est jolie, donc je l'aime, à la vie à la mort"). Bien sûr, tout va vite tourner mal. Vite, et c'est ça le problème: cette nouvelles est courte, et aurait gagné à ne pas avoir de mise en place qui raconte que l'histoire a été trouvée dans les papiers d'un disparu. Ca n'apporte pas grand chose, et  la réelle histoire de revenant est réduite à la portion congrue, du coup, j'ai eu franchement du mal à prendre Wolfgang en sympathie et à le plaindre de sa mésaventure. Apparemment cette nouvelle à inspiré "la femme au collier de velours" de Dumas, que je n'ai pas encore lue, mais dont j'attends plus, ne serait-ce que parce que sur un sujet prometteur, Petrus Borel n'a pas le talent narratif que je trouve habituellement chez Dumas. Il faudra que je la lise pour vérifier ça.

Sredni vashtar - Saki: Un garçon de  dix ans, de santé fragile, en pension chez une vieille cousine acariâtre qui le déteste, s'invente au fond du jardin une nouvelle religion: le culte de Sredni Vashtar le grand furet, et révère un furet domestique en cage qu'il cache dans la remise à outil. Lorsque la cousine tombe malade, il en attribue le résultat à son culte secret et à son dieu personnel de la destruction, auquel il va dès lors demander de le débarrasser de son abusive gardienne. Humour noir et irrévérence religieuse, j'ai beaucoup cette nouvelle farfelue.

La chambre perdue - James Fitz o' Brien: un homme quitte un soir pour une promenade la chambre qu'il loue dans une immense pension lugubre où vivent d'autres personnes étranges, bien qu'il ne s'en soit jamais rendu compte. Une discussion avec un inconnu lui met la puce à l'oreille et ce sujet, les autres locataires sont surement des vampires, des démons ou pire, et lorsqu'il revient, sa chambre est occupée par d'étranges fêtards qui la revendiquent comme la leur, et lui proposent de la jouer aux dés. Jouer au dès avec des démons n'est jamais une bonne idée...
Encore une nouvelle très intrigante. Juste après ma lecture, je suis allée vérifier la date de publication: 1858. C'est presque ce qui m'a le plus étonnée, tant elle m'a parue moderne à la lecture, j'aurais facilement dit un siècle plus tard, dans mon idée, elle aurait pu avoir été écrite sans problèmes par quelqu'un comme  Bradbury, par exemple. Oui, c'est ça, elle m'a beaucoup fait penser à du Bradbury en fait. Et détail non négligeable, l'ambiance étrange de cette maison faite de couloirs, avec des gens suspects qui festoient au fond d'une pièce m'a mis en tête Hôtel California, c'est peut être pour ça qu'elle m'a parue plus récente
( la séquence de fête morbide m'a fait penser à la strophe:
Mirrors on the ceiling,
The pink champagne on ice
And she said, 'we are all just prisoners here, of our own device'
And in the master's chambers,
They gathered for the feast
They stab it with their steely knives,
But they just can't kill the beast)

Les filles de la nuit - JL Bouquet: Un auteur de roman policiers à succès reçoit la visite surprise d'un admirateur, créateur et montreur de marionnettes qui lui fait cadeau de quelques poupées à l'effigie de ses personnages . Des marionnettes parfaitement réalisée, qui, mises en situation, semblent entrer en contact avec les vivants qui leur ont servi de modèle. Une nouvelle  thématique un peu vaudoue, en pleine région parisienne. Pas inintéressant, mais.. loooong. Voilà, la longue nouvelle, c'est celle là. A mon goût elle aurait gagné à moins s'étaler (l'auteur était scénariste de cinéma, et.. ça se sent, il y a tant de détails qu'on a l'impression d'avoir sous les yeux un scénario très détaillé). L'autre souci est le recours à des mots rares, mais là il y en a tellement qu'on dirait qu'il a joué au logo-rallye. J'ai relevé : melliflue, obreptice, virevousser dagydes, aîtres. Je n'ai rien contre les mots recherchés, mais là, il y en a trop à mon goût, la nouvelle tombe dans une préciosité qui n'a pas franchement lieu d'être, j'ai juste l'impression que l'auteur cherche à en mettre plein la vue au lecteur. C'est dommage, parce qu'il y a de bonnes idées.

Hier, c'était lundi - Theodore Sturgeon: attention, pépite d'humour décalé et de fantaisie à la limite de la SF!
Harry se réveille un mercredi matin.. avec la certitude que la veille, c'était lundi. Le mardi s'est perdu quelque part en route. Sur le chemin de son travail, il rencontre une horde de petits bonshommes affairés à construire le mercredi: les machinistes de Futura, le monde de l'avenir, sous la houlette de Mr Iridel, le contremaître, qui lui explique que l'avenir est une pièce de théâtre dont il faut sans cesse installer les décors ( une autre équipe s'occupe de démonter les décors de la veille, qui s'entend d'ailleurs très mal avec l'équipe du futur, les deux cherchant à s'attirer les faveurs du "metteur en scène". Harry est donc un figurant de la grande pièce quotidienne, qui a du être mal aiguillé en sortant de scène le lundi, ce qui explique qu'il se soit retrouvé en coulisse avec un jour d'avance! coup de coeur pour cette nouvelle absolument farfelue.

Donc au final, un tome globalement moins bon que le premier, la plupart des histoires m'ont indifférée, mais je retiens Sredni Vashtar, la chambre perdu et Hier C'était lundi, avec un bon 5/5 pour cette dernière)

15/24
1954 pour la plus récente  

mardi 22 octobre 2013

La Dimension fantastique - Collectif

et une petite relecture pour le challenge halloween, j'ai fouillé mes étagères et retrouvé les 4 tomes de cette collection de nouvelles fantastiques éditées chez Librio (4 tomes parus, si ma mémoire est bonne)

Ce premier tome rassemble donc 13 nouvelles d'auteurs classiques du XIX° et XX° siècle ( la plus récente date de 1953), on y trouve:

L'homme au sable - E.T.A Hoffman: enfant, Nathanael a été traumatisé par la légende du marchand de sable, qu'il voyait comme une sorte d'ogre, et l'épouvante  causée par l'avocat Coppélius, un homme effrayant qui se livrait à des expériences alchimiques en compagnie du père de Nathanael, mort accidentellement, justement au cours d'une expérience qui a mal tourné. De cette terreur de jeunesse, il a gardé en grandissant une nature inquiète et nerveuse, une propension au mysticisme et une tendance à s'enthousiasmer pour un rien. La rencontre d'un horloger qui lui rappelle fortement le Coppélius de son enfance va achever de le précipiter dans la démence.
Et pourtant, cette nouvelle est drôle, car Hoffman garde sans cesse ses distances avec son héros et ses lubies : lorsqu'il s'amourache d'une femme vue a travers une vitre, qui ne bouge jamais, ne parle jamais et qu'en bon héros romantique il "l'aime", parce qu'elle est belle sans jamais se rendre compte qu'il s'agit d'un automate. Mais Hoffman est assez malin pour en faire trop avec ce cliché, ce qui fait que son héros passe pour ce qu'il est : un dingue aveuglé que tout le monde au choix plaint ou moque. La toute fin est d'ailleurs d'un cynisme assez réjouissant à ce sujet. Il y a la dedans en plus un leitmotiv ( au sens musical, j'y reviendrais dans le prochain sujet sur Hoffman) au sujet de l'oeil: Coppélius menace Nathanael de lui arracher les yeux, Coppola l'horloger vend des yeux ( des lunettes), Clara la femme vivante est définie par son regard pétillant, tandis qu'Olimpia, l'automate, a un regard évidemment dénué de toute vie.
Et pour les connaisseurs cette histoire est celle qui figure à l'acte II des Contes d'Hoffman d'Offenbach ( avec l'air ultra célèbre pour soprano colorature d'Olimpia), mais je préfère de loin celui de Coppélius ( j'ai des yeux de vrais yeux...). Voix de baryton oblige

La cafetière - Théophile Gautier:  Un homme parti pour quelques jours dans un manoir au fin fond de la Normandie, après un trajet harassant est le témoins d'étranges visions dans sa chambre: fatigue du voyage, rêve, ou imagination en roue libre,  le voilà qui assiste à un concert et à un bal organisé par des personnages sortis des tableaux où les objets s'animent tout seuls, où  il se voit danser avec une femme qui se révèle n'être qu'une vieille cafetière fêlée. Alors, vision de fantômes du temps passé, ou simple rêve? Une nouvelle onirique et agréable, plutôt bien écrite - alors que j'ai parfois du mal à accrocher au style de Gautier par ailleurs.

Le portrait ovale - Edgar Poe: une histoire d'objet vampire. Chez Wilde, le portrait de Dorian Gray prolongeait sa vie, ici, le portrait absorbe littéralement la vie du modèle. Une histoire courte, un sujet plutôt original, mais j'ai eu du mal à y entrer, pour une raison toute bête: impossible d'empêcher des pensées aussi simple que " attends.. il me dit que la femme du portrait s'est mariée avec un peintre célèbre et qu'elle était jalouse du temps qu'il passait  à peindre? mais.. mais quelle godiche, ne te marie pas avec un peintre dans ce cas, si c'est pour le lui reprocher". oui je sais.. mais cette pensée m'a envahie, et impossible de prendre en pitié la femme. Peut être que si je l'avais lue en VO, je n'aurais pas eu cette idée envahissante.

Le monstre vert - Gérard de Nerval: c'est du Nerval, donc, c'est un peu étrange, dans la forme que dans le fond, mais j'ai bien aimé cette histoire sans queue ni tête de cave hantée, de bouteilles diaboliquse, et d'enfant né vert et cornu.

La montre du doyen - Erckmann-Chatrian: une série de meurtres ensanglante la ville d'Heidelberg. Evidemment les premiers soupçonnés, même s'ils viennent juste d'arriver et ne sont au courant de rien, ce sont les musiciens errants, pauvres donc suspects au yeux des bourgeois de la ville. Qui est donc le vrai coupable. On va dire qu'il s'agit d'une variation, par extrêmement bien exploitée hélas (conclusion trop abrupte à mon goût, là ou on aurait du avoir quelque chose de mieux amené), sur le thème du loup-garou, où plutôt cette fois, du chat-garou, si on peut dire. dommage, l'idée était prometteuse.

L'homme à la cervelle d'or - Alphonse Daudet: plutôt un conte que vraiment une histoire fantastique. Un homme, né avec une cervelle en or et surprotégé toute son enfance ( enfin, plutôt son inestimable trésor que lui), se voit contraint de vendre sa précieuse cervelle petit bouts par petits bouts par une famille puis une femme toujours plus exigeants ( car perdant à chaque fois un peu d'intelligence, il devient plus con.. et conséquence, il se marie, sans discernement de plus :D)... qui ne lui réclament pas directement,  non, mais lui font clairement sentir qu'il serait extrêmement égoïste de ne pas partager. Une allégorie très drôle et très cynique de tous les intellectuels fauchés, artistes et penseurs, obligés de brader leurs cerveaux pour se nourrir.

L'orgue du Titan - George Sand: un organiste et son apprentis perdus en montagne à la suite d'une cuite mémorable sont victime d'une hallucination: la montagne se transforme à leurs yeux en orgue géant.
Plus que la nouvelle ( bien que l'approche soit assez truculente), j'ai apprécié le lieu où elle se passe, en fait. Car les roches Tuilière et Sanadoire existent bel et bien, en Auvergne, et font partie des paysages de mes vacances d'enfance, et ça me fait un immense plaisir de les voir mises en avant, véritables personnages de l'histoire.
Tuilière à Gauche, Sanadoire à droite. a noter qu'elles sont en phonolithe, une pierre connue justement pour ses caractéristiques sonores. Dont il est justement question dans la nouvelle.

Vera - Villiers de l'Isle -Adam: un jeune veuf  inconsolable refuse l'idée de la mort de sa femme et décide de simuler sa présence, jusqu'à se convaincre qu'elle est toujours de ce monde. Une histoire assez similaire à la deux fois morte, donc . Je n'ai pas beaucoup apprécié, d'une part à cause de ce sujet assez semblable, d'autre part parce que non, je n'ai pas du tout adhéré à l'écriture symboliste que je trouve vraiment trop grandiloquente dans l'absolu, d'autant plus sur un sujet intimiste.

La chevelure - Maupassant: la nouvelle la plus malsaine et dérangeante du recueil ( et donc paradoxalement j'ai adoré parce qu'elle va jusqu'au bout de son parti pris): un homme qui éprouve une fascination morbide pour le passé et les vieux objets - plus exactement pour les gens qui ont possédé ces objets, des femmes qu'il imagine toujours plus belles plus douces, plus intelligentes, plus vivantes en somme que ses contemporaines - entre en possession d'un vieux meuble qui exerce sur lui une attraction quasi -érotique. Lorsqu'il découvre au fond d'un tiroir une tresse rousse de femme, il donne libre court, jusqu'à la folie à son fétichisme nécrophile ( oui, mais il faut bien le dire comme ça). Pour le coup fantastique et description quasi clinique d'un cas de folie assez extrême, c'est au final ce côté très réaliste qui crée le malaise.

Je suis d'ailleurs - Lovecraft: un narrateur qui ne se souvent plus de son identité et semble enfermé dans un château croulant, suintant et pourrissant, rêve de voir le monde extérieur. Ce qui lui apportera beaucoup plus de déconvenue que de satisfactions. Et j'en ai déjà trop dit. J'avais déjà lu cette nouvelle, et pourtant, elle est terriblement efficace dans sa manière d'installer un climat angoissant, et même en me souvenant parfaitement de la fin, j'ai encore été tenue en haleine jusqu'au bout.

La choucroute- Jean Ray: un auteur quasiment inconnu de moi. Attention cette nouvelle est un ovni. Un type se retrouve littéralement hanté par le souvenir d'une choucroute d'enfer (oui oui, d'enfer) qu'il n'a pas pu déguster. Farfelu, bizarre. Mais ça n'est pas nouveau que j'aime le farfelu et le bizarre!

Le meneur de loups - Claude Seignolle: l'hiver 1870 au fond de la Sologne. Le temps est glacial, la famine et la guerre font des ravages. Un paisible famille de paysan reçoit la visite du "meneur de loups" venu réclamer de la nourriture pour lui et ses dangereuses bêtes. Angoisse, patois, folklores et superstitions populaires.

Escamotage- R. Matheson: un homme voit soudain son entourage disparaître sans laisser de traces. Mais vraiment disparaître. D'abord sa maîtresse, qui du jour au lendemain semble n'avoir jamais existé: personne ne se souvient de son nom, l'endroit où elle travaille est inconnu. Puis c'est le tour de ses amis qui vont jusqu'à s'effacer des anciennes photos ( tiens? Est-ce que cette nouvelle aurait influencé Retour vers le futur?), puis sa famille.. Une ambiance qui me rappelle furieusement la série que j'adore " la Quatrième dimension".. Tout à fait le genre de scénarios efficaces qu'on y trouvait, donc j'aime et plutôt deux fois qu'une. Il me semble d'ailleurs que le regretté Matheson, mort l'été dernier, a d'ailleurs collaboré à plusieurs reprise  aux scénarios de cette série.

Donc au final, je retiens surtout  le cynisme de Hoffman et de Daudet, la folie malsaine de la nouvelle de Maupassant, l'angoissante histoire de Lovecraft, l'efficacité narrative de Matheson, la bizarrerie de Nerval et Ray, et la nouvelle de Sand surtout pour son cadre .
excepté celle de Matheson qui date de 1953, toutes sont antérieures à 1950
14/24, va falloir que je fasse un récap' moi
un librio de plus!
fantastique!

dimanche 28 juillet 2013

Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand

et hop, 2° lecture théâtrale de ce festival.
en l'occurrence une relecture puisque j'avais déjà lu Cyrano il y a pas mal d'années. Lue et appréciée. Et la relecture confirme ce que j'en avais pensé à l'époque.
Détail drôle, cette édition est illustrée d'une photo de Jacques Weber dans le rôle-titre au théâtre, qui jouait le comte de Guiche dans le film de Rappeneau

C'est brillant, plus que brillant même, une réputation amplement méritée. Tant au niveau de l'action, menée tambour battant, des personnages hauts en couleur, de l'écritue.
On est  dans le pastiche de théâtre classique, en alexandrins, tout en le dynamitant: unité de lieu? on s'en fiche. unité de temps? puis quoi encore, l'action s'étale sur 15 ans. unité d'action: ça part dans tous les sens. Et j'adore ça.
Les alexandrins sont littéralement pulvérisés, émiettés entre plusieurs personnages; le théâtre classique tourné gentiment dérision dès le début du premier acte, foisonnant de personnages,qui nous montre une représentation telle qu'au XVII° siècle: on rit, on se bat à l'épée, on joue aux dés, on picole, on vient se faire admirer, mais on s'intéresse finalement peu à la pièce quand un spectacle bien plus intéressant se passe dans la salle.

Et les morceaux de bravoure qui s'enchaînent sans qu'on puisse vraiment en choisir un.
L'évolution des personnages du début à la fin de la pièce est une bonne surprise qui donne de la crédibilité à l'ensemble: Cyrano d'abord, qui n'est pas monolithique. Parfois agaçant dans ses fanfaronnades ( il y a des moments où je le claquerais volontiers, à cause de sa fixette: j'ai un grand nez, donc je suis moche, donc tout le monde me déteste alors que ses amis lui soulignent que "non, tiens , regarde, tu as impressionné l'ouvreuse du théâtre, profite de l'occasion"-sisi, ça n'est pas dit comme ça, mais c'est l'idée-  n'importe, il s'enferre dans son complexe). Mais souvent drôle, et de plus, il révèle une vraie profondeur, certes lorsqu'il passe son curieux marché avec Christian pour séduire Roxane à eux deux, mais aussi lorsqu'il démontre son sens de l'amitié envers Le Bret, envers Ragueneau, envers la "communauté" des cadets de Gascogne. Ou, dans le passage que j'adore, lorsqu'il refuse une offre en or de Richelieu afin de garder son indépendance:

 Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! 

 Pour moi, toute la pièce et tout Cyrano est là, dans ce passage. En tout cas, c'est un personnage riche et je conçoit qu'il puise être un véritable défi pour un acteur: arriver à la fois à rendre cette volonté de lutter contre les masques imposés par les mondanités, tout en se cachant derrière quelqu'un d'autre, et ce sans que l'une ou l'autre de ces facettes ne sonne faux.

En face il y a Roxane, j'avais presque oublié à quel point son évolution fait plaisir: on croit au début avoir affaire à une mondaine évaporée qui ne s'intéresse qu'à l'esthétique et au beau langage, une de celle qui s'évanouirait pour un rien , mais qui mise au pied du mur sait se montrer pragmatique et prendre dans l'urgence des décisions extrêmes: se débarrasser avec un art consommé de la manipulation de l'envahissant comte de Guiche,se marier, comme ça, en un quart d'heure, pour sauver la mise à Christian - même si la manoeuvre échoue. Et arriver en plein champ de bataille, amenant du ravitaillement à l'armée qui meurt littéralement de faim, en ayant fait preuve de sang-froid et d'un talent d'infiltration sans pareil, ce qui lui vaut l'admiration de tous les hommes présents. Et rien que pour ça, pour cette héroïne tout sauf gentiment douce mièvre ou soumise, chapeau bas à Edmond Rostand! 

Evidemment, avec deux personnages aussi flamboyant, le pauvre Christian paraît terne ( et en a conscience, ce qui le rend aussi sympathique dans le fond).

J'avais vu il y a très longtemps le film de JP Rappeneau, qui m'avait assez agréablement surprise ( bien que je sois loin d'être fan de Depardieu, j'avoue que ce n'était pas la catastrophe que je craignais et qu'il s'en tirait honorablement) notamment le passage du siège d'Arras, en décors naturels, la brume du petit matin ( de mémoire) tout ça, ça mettait en valeur ce IV° acte, un peu parent pauvre entre l'acte du Balcon et l'acte V, plein de panache ( oui, j'ose!)
non je n'allais quand même pas illustrer ce sujet avec Jean Vilar, quand même...
Je n'ai pas encore vu la version mythique que Claude Barma, mais comme je viens de voir que l'INA la propose en VOD ça ne saurait tarder, surtout avec une des figures mythiques du festival d'Avignon, je ne peux pas passer à côté.

De guiche est Comte, puis Duc,  Valvert est Vicomte, Christian est Baron.. en fait presque toute l'aristocratie est là
Le siège d'Arras de 1640 est un épisode tout à fait réel de la Guerre de trente ans, auquel ont participé le vériatble Cyrano et son véritable cousin par alliance, le Baron de Neuvilette. 
a e propos, j'ai vérifié les surnoms des précieuses proposés par Rostand que je trouvais à pleurer de rire:Urimédonte, Félixérie, Cassandace, Barthénoïde ( d'ailleurs je n'arrive pas à croire celui qui dans la pièce les trouve exquis, j'entends dans ma tête cette réplique avec une bonne dose de sarcasme). et si, ce sont d'authentiques surnoms de précieuses de l'époque
Non, je ne l'ai pas oublié!!
idée n°66: un nez ( bah oui!!)


mercredi 21 décembre 2011

Le songe d'une nuit d'été - W. Shakespeare

Dire que j'ai failli oublier le challenge Elisabethain, qui fini en même temps que l'année...
Bon ben, à tout seigneur tout honneur, un petit Shakespeare de derrière les fagots, ça tombe bien, un billet de plus pour le mois anglais...

Shakespeare, j'avais déjà lu il y a fort longtemps, et beaucoup aimé Hamlet, je me rappelle que j'ai encore un billet en attente depuis l'an dernier sur Macbeth - qu'il faut que je relise en fait, car la traduction que j'avais était tellement mauvaise que la pièce devenait incompréhensible, et que les erreurs de traduction crevaient les yeux.. exemple "to make a fool out of someone" devenait " faire le fou de quelqu'un".. Je rappelle que "to make a fool out someone" signifie " se moquer de quelqu'un" tout simplement, c'est basique, c'est niveau 5° LV1.

Donc, cette foi, j'ai tenté Shakespeare version comédie, et opté pour " le songe d'une nuit d'été".. qui célèbrera donc le solstice d'hiver puisque je suis contrariante!

Et c'est drôle, enlevé, improbable comme seule peut l'être une pièce classique, mais le ton est vraiment beaucoup plus libre que le théâtre français de l'époque.
Shakespeare mélange tout ce qui lui tombe sous la main: ça se passe à Athènes, tout le monde y révère des dieux romains, il y est question de couvent ( un concept qui apparaît beaucoup plus tard), et on trouve aux abords de ce coin de Grèce non pas une oliveraie, mais un bois touffu et moussu ou vivent des lutins et des fées tout à fait celtiques. Et Puck, le personnage principal, l'elfe moqueur qui ne cesse de jouer de mauvais tours à tout le monde ressemble énormément au dieu Loki de la mythologie nordique (l'un comme l'autre se sont à l'occasion changés en jument pour voler un cheval, et l'un comme l'autre ont une certaine tendance à commettre des gaffes).

et c'est très drôle, toute la ville semble s'être donné rendez-vous la même nuit dans le même coin de forêt: Hermia et son galant Lysandre, pour fuir le mariage imposé par son père avec un autre homme, Demetrius le promis éconduit talonné par Helena qui espère bien se le récupérer en échange de l'information sur la fuite d'Hermia, une troupe d'apprentis comédiens pour répéter en secret, Titania la reine des fées pour faire son travail de fée ( mettre des perles de rosée sur les plantes...), et Oberon le roi des elfes pour festoyer et faire enrager Titania. Tout ce beau monde, auquel s'ajoute un philtre d'amour et la maladresse de Puck le résultat est vraiment surprenant et croustillant, parfois même un peu grivois - et là j'ai comme l'impression que la traduction édulcore pas mal.

Alors constatation 1: faut vraiment que j'arrête de prendre des choses chez Librio, je ne cesse de me le répêter, les traductions sont encore une fois peu compréhensibles.
constatation 2: faut vraiment que j'évite les traductions de François-Victor Hugo tout court en fait, elles sentent vraiment la poussière. Je comprends la démarche de Librio: le traducteur est mort depuis longtemps, la traduction ne coûte donc pas cher et le livre non plus.. mais tous les jeux de mots tombent à l'eau
constatation 3: ouiiiin, je n'ai pas encore le niveau pour lire Shakespeare entièrement dans le texte!
6/25

mardi 18 octobre 2011

Gare au garou - Collectif




Après les fantômes, et les Sorcières, c'est au tour des loups garous de s'inviter ici pour ce mois d'octobre. Toujours dans la série "fantastique" de Librio, une petite série de nouvelles ayant pour thème les loups garous ( ben ça alors!) et toujours collectées par Barbara Sadoul

 On y trouve donc 8 histoires de garouage

- Un extrait du Satyricon de Petrone, si, si, je n'aurais pas cru moi non plus. Un loup garou dans la légion romaine!
- Bisclavret, de Marie de France, l'une des deux seules histoires françaises du recueil. Bisclavret, un chevalier victime d'une malédiction proche de celle de Mélusine, se change en loup trois jours par semaine. Lorsque sa femme le découvre, elle le trahit, l'empêchant de recouvrer sa forme humaine, afin de profiter seule des richesses et des terres du mari. Donc une histoire en directe provenance du Moyen âge, ça fait plaisir.
- Sur l'autre rive, d'Eric stenbock, date de la fin du XIX° siècle: Un village est séparé d'un bois maudit par une petite rivière, il est dit que quiconque traverse la rivière ne revient jamais. Et bien sûr, le héros va avoir la mauvaise idée de traverser. Là on est vraiment dans le fantastique symbolique tendance merveilleux. Gentil mais manque de corps à mon goût.

-Le chien de la mort, de Robert Howard ( auteur de Conan, merci Google). Une histoire horrifique de malédiction, dans un coin paumé des USA. Assez saignant, mais cette nouvelle me pose un vrai problème à un autre niveau: C'est QUOI ce truc?! D'accord, elle a été écrite en 1936, en pleine ségrégation, mais de nos jours elle a beaucoup de mal à passer, en tout cas chez moi. Car comment dire, la description du bandit noir en fuite, forcément une brute épaisse à l'allure simiesque et à l'intelligence limitée - et ça nous est répété plusieurs fois. Aie, ça craint! La remarque du flic blanc, qui va avertir un ermite en pleine forêt qu'un meurtrier sanguinaire rode " Je suis venu ici pour vous prévenir, non pas en raison d'une quelconque amitié pour vous, mais simplement parce que vous êtes un homme blanc" Re-aïe! en gros, un noir isolé, on s'en tape, il peut être égorgé? Ca craint vraiment là! Et il y aura bien sur la donzelle de service, qui finit ligotée à poil sur une table, prête à être découpée vivante par un sadique ( limite, vu la tournure des événements, je m'attendais à un truc plus évident :/) Non, mais sexisme + racisme, ça passait peut être à ton époque, Robert, mais là, ça pue vraiment. 

- Hors de la tanière, de Bruce Elliott: la nouvelle la plus originale et la plus agréable du recueil, car elle prend à rebrousse-poil (haha, oui, je sais...) le cliché habituel, et nous narre la mésaventure d'un homme garou, un pauvre loup qui se réveille un beau matin dans la peau d'un humain.

- Le gâloup de Claude Seignolle: l'autre récit français, nous narre une chasse au loup garou menée par des paysans dans un petit village. L'alternance des points de vue récit du loup à la première personne/ récit des humains en narration omnisciente est bien vue. Dommage que le loup ait une fâcheuse tendance au lyrisme exagéré.

-Nibards, de Suzy Mckee Charnas: la seule nouvelle écrite par une femme. et elle se fait plaisir. son héroïne est une adolescente un peu précoce complexée par ses seins trop imposants, qui lui valent au mieux moqueries, au pire, tabassage par les garçons de sa classe. Jusqu'à ce qu'elle découvre qu'il va lui arriver une chose un peu particulière, tous les mois... enfin, au contraire des autres filles, elle se change en louve, et met à profit cette particularité pour se venger. Vous aviez vu "Carrie" de de Palma, on retrouve un peu la même idée, en tout cas j'y ai fortement pensé ( oui, je n'ai pas lu le roman de King, donc le film reste ma référence)

- Et la lune brille pleine et lumineuse , de Brad strickland, opère un croisement assez original entre le fantastique (le dernier loup- garou connu sur terre ) et la SF (voyage dans l'espace), avec une conclusion plutôt inattendue, en plus.

Au final, j'ai pas mal apprécié l'ensemble, surtout l'idée d'avoir intégré des récits un peu anciens, au lieu de se contenter de nouvelles récente, et d'avoir laissé une place aux auteurs français ( apparemment, les loups garous ne sont pas un sujet de prédilection chez nous). Le recueil est aussi plus équilibré que celui sur les sorcières par exemple. Une lecture sympathique, hormis la nouvelle de Howard qui m'a vraiment écoeurée, et pas pour son côté saignant!


4/5  

dimanche 2 octobre 2011

L'enterrement des rats et autres nouvelles - Bram Stoker

Le fantôme a dit " un enterrement, c'est trop mortel!"
Et on inaugure la saison des festivités macabres avec "l'enterrement des rats" de Bram Stoker. Bram Stoker qui m'avait vraiment désappointée l'an dernier avec le très raté La dame au linceul, mais comme je suis bonne joueuse, je lui laisse une chance de me convaincre. Bon, évidemment je ne choisis pas la facilité , en commençant pas des oeuvres mineures au lieu de me concentrer sur son titre phare.

Donc un mini recueil de quatre nouvelles chez Librio ( chaque fois je me jure de ne plus piocher dans cette collection, j'ai souvent été  déçue par les traductions à l'arrachée, mais chaque fois, mes bonnes résolutions restent lettre morte -haha! - devant la modicité du prix. surtout d'occasion à 50 cts)
On y trouve donc
- l'enterrement des rats: La nouvelle principale du recueil, qui est aussi la plus intéressante, car elle arrive pas mal à créer une ambiance oppressante dans un cadre assez étrange. Un anglais un peu naïf de passage à Paris, en 1850, a décidé de s'éloigner des propositions bateau des guides touristiques, et part à l'aventure dans le quartier des chiffonniers près de Montrouge ( autant dire qu'il va au devant de gros ennuis, avec ses vêtements de qualité et ses bagues, comme si vous vous promeniez en affichant ostensiblement des signes de richesse en pleins quartiers nord de Marseille, té). Fasciné par les récits de miséreux rescapés de la Révolution, il ne se doute pas assez vite qu'il est tombé dans un piège, les miséreux en question ayant la spécialité de dépouiller les égarés et de se débarrasser des cadavres en les laissant boulotter par les rats ( c'est ça l'enterrement des rats). Le récit est bien mené et la course poursuite haletante, ça se laisse lire, malgré les répétitions et redondances de la traduction...

- une prophétie de bohémienne: la nouvelle la moins intéressante, je l'ai presque déjà oubliée. Une bohémienne lit l'avenir d'un homme et lui prédit qu'il va tuer sa femme. Mais la prophétie se réalise de manière détournée, qui se veut humoristique. Mais c'est trop prévisible à mon goût. Dispensable donc.

- les sables de Crooken: Un anglais bon teint part en vacance en écosse avec toute sa petite famille, en mettant un point d'honneur à se vêtir en ce qu'il croit être la tenue écossaise typique. Bien sûr, il se ridiculise, tant auprès de sa famille qui évite de s'afficher avec lui, que des locaux qui l'appellent " l'échappé du Musée Tussaud". Une variation sur le thème du dopplegänger se greffe à la critique de la vanité du héros, c'est plutôt drôle, la aussi, c'est plutôt une bonne surprise.
- Le secret de l'or qui croît: l'or qui croît, ce sont les cheveux d'une maîtresse blonde assassinée que son amant a cachée dans un mur de son salon. Des cheveux qui ne cessent de ressortir par les interstices des pierres pour accuser le meurtrier. Pas mauvais, mais ça me fait vraiment trop penser dans l'ensemble au "Coeur révélateur" de Poe dans l'idée. Et bien sûr, là dessus , c'est Poe qui l'emporte.

En fait, je crois comprendre ce qui me gêne un peu: Stoker n'est pas très à l'aise avec les récits courts, et peine a faire concis. Même sur les textes courts, il part trop dans les détails qui pourraient être élagués, car ils ne servent au final pas a grand chose, et laissent un peu sur la faim. Ce que je reprochais déjà à la Dame au Linceul. Ici, les deux histoires les plus accrocheuses sont les plus longues, qui prennent le temps d'installer une ambiance, malsaine pour les rats, et humoristique pour les sables.
Promis la prochaine fois, je tente Dracula, pour voir s'il s'en sort mieux sur la longueur ou si définitivement je me contenterai des adaptations cinéma.

Et voici également une lecture multi-fonction: challenge 2€, challenge de la nouvelle, et première participation au challenge Irlandais, rien que ça!

3/4