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samedi 5 décembre 2015

Yvain ou le chevalier au lion - Chrétien de Troyes

Continuons dans les légendes arthuriennes, j'avais déjà commenté ici " Perceval", il y a un certain temps, c'est Yvain qui a cette fois-ci croisé mon chemin.

Au sens propre du terme, car le livre m'est arrivé entre les mains par hasard ( il faisait partie d'un lot qui était dans un carton  d'un local associatif, abandonné là, avec quelques autres... et dans ma famille, on adopte toujours les livres abandonnés! Quitte à leur faire poursuivre leur voyage par la suite.). Et ce n'est certainement pas la version que j'aurais choisie personnellement, il s'agit d'une édition abrégée à destination des publics scolaires, avec d'une part des extraits de l'oeuvre seulement, et d'autre part un dossier pédagogique avec illustrations.

moui, dire que quand j'étais au collège et au lycée j'évitais ces éditions

Même remarques qu'avec Perceval.
1- Je ne peux absolument pas lire ces aventures épiques sérieusement, et c'est entièrement la faute à la famille Astier.
2- C'est quand même marrant de voir dans quelle mesure Kaamelott s'en éloigne.. ou ne fait qu'extrapoler des traits de caractères déjà présents chez les personnages d'origine ( Yvain est un peu bredin, c'est un fait!)

C'est donc parti pour les aventures du chevalier au lion "parce que ça fait trop classe", qui a un problème de compréhension du concept de chevalerie, et qui demande d'une catapulte " est-ce qu'on peut s'en servir pour donner de l'élan à un pigeon?", ou encore " je me suis coupé la gencive avec un grumeau cuit, c'est possible ou pas?"

Voilà ça c'est fait.

Or donc le personnage d'Yvain est quand même un peu plus épique que sa version TV, mais pas franchement moins barjot.

Tout commence le jour ou Calogrenant ( "De toutes façons, Calogrenant c'est un abruti!") raconte une mésaventure qui lui est arrivée. Non, il n'a pas glissé sur une voie pavé, n'est pas tombé dans une flaque et son armure n'a pas rouillé... mais ça n'est pas franchement mieux.
Un jour qu'il se promenait du côté de Brocéliande, Calogrenant rencontre un manant qui lui parle de la fontaine prodigieuse qui se trouve dans la forêt. Si on verse l'eau sur la margelle, une tempête se déchaîne.  Calogrenant va voir ce prodige, déclenche la tempête. Mais sitôt la tempête calmée, il est attaqué par le seigneur du lieu qui n'apprécie par qu'on vienne le déranger en déchaînant les éléments, et engage un duel.. dont Calogrenant sort perdant et humilié.

Cette narration lui vaut les railleries du sénéchal Keu  alias" la langue de vipère", dommage que celui-là n'ait pas été intégré dans Kaamelott, il y avait du potentiel.
Donc on va dire que dans ma tête Keu a cette bobine là...
Sérieusement, même si Keu est décrit comme combattif, son surnom de "langue de vipère" m'empêche de le voir autrement

Vous allez vite voir qu'une référence au Seigneur des anneaux à tout à fait sa place dans l'histoire d'Yvain.
Il se trouve que donc qu'Yvain qui écoutait l'histoire est cousin avec Calogrenant, et décide de venger l'honneur de son cousin victime des moqueries de Grima Keu, et d'aller lui aussi à la fontaine magique en découdre avec le seigneur.

Mais sans prévenir personne parce que le roi Arthur a aussi décidé d'y aller, et qu'Yvain ne veut pas se faire damer le pion, il part donc de Carduel et se rend à Brocéliande en 3 jours...
QUOI?????
Carduel se trouve pile entre les mots " grande" et " Bretagne", c'est la ville de Carlisle. Brocéliande.. ben c'est en petite Bretagne. Chrétien de Troyes devait espérer que ses auditeurs n'aient pas trop le sens de la géographie, mais je ne pense pas qu'au XII° siècle on ait pu rallier les deux lieux en 3 jours. Même avec un bon cheval et un bon bateau.

Oui je sais, légende, moyen-âge tout ça, TGCM, mais c'est marrant de le pointer!

Donc Yvain arrivé à Brocéliande déchaîne la tempête, engage le combat avec Esclados qu'il blesse.. disons légèrement : "il lui fend la tête jusqu'à la cervelle, la maille du haubert était maculée de cervelle et de sang. Le chevalier ressentit une telle douleur que le coeur fut bien près de lui manquer. S'il prit la fuite il n'eût pas tort car il se sentait blessé à mort"
NOOOON? T'as un gros trou dans la tête et tu refuses de continuer le combat? Quel lâche!


Ha la littérature médiévale, toute en modération et en demie-teinte. J'adore, j'adore ces exagérations épiques.

Donc Yvain poursuit le mourant jusque chez lui dans l'espoir de récupérer une pièce d'armure qui prouverait sa victoire. Mais se retrouve coincé entre les deux herses qui ferment l'entrée, dan une situation extrêmement ridicule: son cheval est coupé en deux, lui se retrouve bloqué entre deux portes avec un demi-cheval mort ( je vous jure que je n'invente rien, ce passage est... oui, ).

Il est sauvé de cette fâcheuse situation par Lunete, dame de parage de la châtelaine (Lunete.. ouahahaha, c'est louche comme nom. Sifflez, j'men fiche.) et prototype de la servante futée qui lui donne un .. anneau.. magique .. qui rend invisible celui qui le porte.

Alors qu'est-ce que je disais ? Bon, pas le moindre Nazgûl à l'horizon, pas de Gollum en colère, Sauron ne moufte pas, on peut continuer.

Et donc Yvain bien planqué grâce à son précieux, peut se permettre d'assister à sa propre recherche, tout en reluquant Laudine, la dame dont il vient de faire une veuve. C'est qu'elle est tellement jolie quand elle se jure de le faire jeter en prison dès qu'elle l'aura retrouvé.
Mais Lunete est une manipulatrice et fait valoir à la veuve qu'une dame ne peut pas rester veuve et qu'elle doit se remarier avec un preux qui puisse défendre la fontaine, blabla, et quoi de mieux que celui qui vient d'occire son mari, puisque c'est lui le plus fort.
Cash!
Et Laudine approuve, tant que l'identité de l'élu reste secrète parce qu'être " celle qui a épousé l'assassin de son mari" c'est pas super génial. ( euh, et le délai de viduité, on en fait quoi? Parce qu'il n'a été abrogé qu'en 2004 en France..)

Donc, mariage avec "Yvain, le preux qui passait par là par hasard", arrivée du roi, mini duel où Yvain met la raclée à Keu et tout le monde est content, banquet final..
Et non.. Yvain aurait du se méfier d'une femme qui le maudit pour la mort de son mari et l'épouse le lendemain. Parce qu'elle a un caractère pas facile. Et c'est ce qui se passe: Lorsqu'Yvain repart à l'aventure avec son copain Gauvain ( sisi, c'est exactement ça, les deux sont les meilleurs potes!!), parce qu'un chevalier qui reste au coin du feu, c'est pas très prestigieux, contrairement à un chevalier qui part aux tournois pour la gloire de sa dame.. Laudine lui donne l'ordre de revenir d'ici un an maximum, sous peine de lui claquer la porte au nez et de faire la gueule ad vitam aeternam, s'il revient au bout d'un an et une minute.

Et évidemment...
Yvain laisse passer le délai,commet l'affront suprême de ne pas avoir tenu sa promesse, va se voir signifier par messagère interposée une rupture humiliante d'avant la cour. a la suite de quoi, il pète un plomb et s'enfuit tout nu dans la forêt ( je n'invente rien, je n'invente rien... Yvain est réellement dingue...)
A partir de là, ça devient beaucoup moins passionnant, errance, tartinage à l'onguent qui lui rend la santé mentale, série de sauvetages de dames en détresse, baston avec un géant, sauvetage d'un lion en détresse qui devient son animal de compagnie - oui bon, qui symbolise le retour d' Yvain aux vraies valeurs de la chevalerie, il n'empêche que le lion est son chien de garde.
La suite est un peu répétitive question damoiselles en détresse, mais illustre les différentes fonctions notamment juridique d'un chevalier, lors qu'ils doivent se battre comme champions de deux soeurs qui s'opposent pour une question d'héritage. L'héritage reviendra à celle dont le chevalier remporte le combat, même si elle est objectivement dans son tort. Où on apprend, à deux reprise, que lorsqu'on veut plaider sa cause, le duel est l'option classique, et que, si on ne se bat pas soi-même ( parce qu'on est vieux, blessé, une femme, un enfant..), on dispose de 40 jours pour trouver et convaincre un chevalier de prendre fait et cause pour soi.

Mais comme toujours j'aime bien les scènes de baston, par contre les histoires d'amour, c'est encore une fois moins mon fort. Et je trouve sérieusement que Lunete est largement plus intéressante que Laudine, colérique mais manipulable.
Lunete est vraiment le personnage que j'ai le plus apprécié, elle a des qualités autre que d'être une jolie fille ou une riche dame et c'est bien agréable de voir que c'est brièvement mentionné: Gauvain est un dragueur, mais qui semble plus intéressé par Lunete du fait qu'elle ait le sens de l'humour et le fasse rire que par son physique ou sa richesse ( même si cette piste n'est pas développée... Mais comme chronologiquement Perceval est plus tardif qu'Yvain, la suite des aventures de Gauvain, toujours aussi dragueur, y sera abordée, je les ai juste lus dans le désordre)

Mais l'exagération toute médiévale fait que l'ensemble reste plaisant à lire, et même parfois drôle. Et donc oui, je confirme, Yvain et Gauvain, sont les meilleurs potes ( mais Gauvain ne se fait pas appeler "chevalier au Pancréas" hélas...)

vendredi 30 août 2013

Le jeu de Robin et Marion - Adam de la Halle

Après La farce de Maître Pathelin, une autre vision du théâtre médiéval..

Petit retour en arrière, au XI° siècle environ. A cette époque, il y avait deux grands types d'oeuvres théâtrales: les oeuvres religieuses et les oeuvres profanes.
Les oeuvres religieuses pouvant être classées jeux liturgiques ( Lié à un temps liturgique précis, et donc joué dans les églises: les rois mages, les nativités, etc.. on en a encore un exemple dans ma région, via les pastorales, toujours jouées en fin d'années, mettant en scène l'annonce aux bergers, la nativité, etc.. Sur un mode plus légers et comique qu'au moyen-âge, certes, mais l'idée est là, et la tradition se maintient), les miracles ( vie de saint Machinchose, joué à la fête de saint Machinchose, fête religieuse certes, mais d'importance moindre:  jeu de saint Nicolas de Jean Bodel,  Miracle de Théophile de Rutebeuf, etc.. là on est plutôt sur le parvis de l'église qu'à l'intérieur), et les mystères - on peut le trouvé orthographié mistère, mais comme je n'ai pas envie de me battre avec le correcteur orthographique qui est ignare et ne le sais pas, je vais continuer avec l'orthographe récente- ( alors là, on est dans le grand spectacle à la médiévale: plusieurs milliers de vers, des représentations sur plusieurs dimanche d'affilée,  un grand nombre de personnages autour d'un thême important: la Passion - mystère sacré- ou les vies édifiantes de saints- mystère religieux-  le martyre de sainte Apolline, etc..Et vu les moyens requis, là, on est plutôt sur un champ, une place..)
Le but étant de faire passer un message religieux à une population qui, en grande partie, ne sait pas lire. Pareil pour les tableaux de la même époque d'ailleurs: on représente des archétypes, avec leurs attributs immédiatement reconnaissables pour que tout le monde s'y retrouve.
le mystère de !saine Apolline par Jean Fouquet

Et à côté de tout ça, il y a le théâtre profane: pastourelles ( mettant en scène des bergers et leur quotidien champêtre), farces ( humoristiques, aux sujets variés.. j'en avais déjà parlé là ) ou pourquoi pas mystère profane ( mistère de Troie)

Et là, je repense à la prof de littérature médiévale qui nous expliquait que bien sûr, tout ça n'était pas franchement passionnant, même s'il devait être assez mal vu de ne pas venir les voir, mais que bon.. pour s'assurer que les gens restent jusqu'à la fin, il avait fallu faire des concessions et couper le miracle ou le mystère par une pièce humoristique, littéralement les "farcir". Je n'ai jamais sur si elle s'était payé notre tête avec cette étymologie mais il est tout à fait réel que la farce ou la pièce légère servait à détendre l'atmosphère entre deux sessions de pièces "sérieuses".. Ce n'est que plus tard qu'elles ont pris leur autonomie pour être jouées sur les places, pendant les fêtes et les marchés. Le public a choisi ce qu'il voulait voir.

Et donc le jeu de Robin et Marion fait partie des ces pièces légères, destinées uniquement à distraire le public, une pastourelle en l'occurrence. Une oeuvre dramatique qui alterne dialogues, et passages chantés, probablement accompagnés de musiques, jongleries, etc... signée Adam le Bossu ( ou Adam de la Halle), mais le sujet n'est pas neuf. En effet le sujet de base c'est: une bergère, nommé Marion par convenance, est abordée par un chevalier (appelons le Aubert par convenance aussi) qui tente de la séduire, sans succès, car la bergère est fidèle à son fiancé qui toujours par convenance s'appelle Robin ( ou Robert, Robechon, Robinet.. oui les noms sont modifiés pour les besoins des rimes: Marion, Marotte, Marottain ).

La marge de manoeuvre est donc limitée pour l'auteur, et donc on va le dire, même si la pièce est agréable à lire, le sujet tient sur une carte postale: le chevalier ne parvient pas à ses fins, il tente d'enlever Marion qui réussit à s'enfuir, pendant que les paysans.. s'embusquent pour voir ce qu'il se passe. Ce passage m'a beaucoup fait rire d'ailleurs. Puis tout le monde est content, tout le monde fait la fête, tout le monde pique-nique, quand, malheur le loup tente d'enlever une brebis ( symbolisme, symbolisme!). mais Robin sauve la brebis, on est content, on fait la fête, on joue à des jeux..

Quand au jeu du Pélerin, d'une autre main, qui accompagne Marion et Robin, il n'a pas spécialement d'intérêt, c'est un ajout postérieur destiner à rallonger une oeuvre un peu courte, en lui ajoutant une introduction et quelques péripéties
Après pour le lecteur du XXI° siècle, l'intérêt réside dans la représentation des jeux médiévaux ( le roi qui ne ment, le jeu de Saint Coisne.. le dernier pourrait se rapprocher de "je te tiens par la barbichette"), de ce que l'ont pouvait manger  sur l'herbe à cette époque, le vocabulaire etc.. en tout cas pour moi , qui adore l'étymologie, je recherche toujours les éditions Champion, en français d'époque, mais agrémenté de nombreuses notes sur la prononciation, les possibles jeux de scènes, qui éclairent les références tombées dans l'oubli.

En tout cas, c'est une bonne lecture, pas trop longue, pour qui veut se remettre gentiment au français médiéval sans trop s'arracher les cheveux. tiens , au passage, comme il s'agit d'un texte artésien du XIII° siècle, on y trouve des choses très proches de l'anglo-normand, dont je parlais là: Bienvenue, en artésien du XIII° siècle se dit " Wallecomme", celui là crève les yeux.

J'ai d'autres textes plus ambitieux à l'occasion: la geste de Raoul de Cambrai par exemple, ou des épopées, et là, c'est une autre longueur, on verra si j'ai le courage/le temps de m'y replonger). Mais rassurez vous, il n'y aura vraisemblablement pas ici de mystère, je n'ai pas le courage de lire 30 000 vers d'histoires religieuses édifiantes, j'avoue...
Pour les curieux qui voudraient le lire, le conseil général du Finistère l'à mis en ligne, et c'est ici
même s'il apparaît peu, Aubert est un chevalier
Je ne sais pas si le challenge est toujours d'actualité, mais pas grave, je continue, vaillamment.

samedi 4 mai 2013

Perceval, le conte du Graal - Chretien de Troyes

Et voilà, une fois de plus, une lecture qui attendait depuis très ( trop ) longtemps.

Attention ce billet est susceptible de contenir des références à certains films, séries, jeux ou a un bocal à anchois. 

Et quelle surprise: le titre est assez trompeur, car le texte - inachevé du fait de la mort de Chrétien de Troyes - ne raconte pas seulement l'histoire de Perceval, mais une bonne moitié est constituée de digressions racontant les aventures de Gauvain. Ce qui est une bonne chose, car je l'avoue j'ai largement préféré ces passages là.

Perceval tout d'abord: c'est le héros par excellence, l'archétype du chevalier, héroïque courageux, prompt à la bataille... bref,un peu pénible.
Pourtant le début est assez drôle, car Perceval (qui ne connait pas son propre nom, je n'invente pas c'est écrit noir sur blanc dans le bouquin) a tout du paysan mal dégrossi. Elevé par sa mère, veuve, et bien que fils de chevalier, il ne sait pas ce qu'est un chevalier.. ce qui donne des scènes assez cocasses lorsqu'il rencontre une troupe de chevaliers pour la première fois, puis se met en tête d'aller " voir le roi qui fait des chevaliers". De plus il n'écoute toujours qu'à moitié ce qu'on lui dit, part toujours bille en tête au devant du danger (pas du tout le genre à faire des combats psychologiques donc ) rate systématiquement ce qu'il devrait réussir facilement, mais réussit ce qu'il aurait du rater, car il est l'élu, celui qui a un destin, celui dont on parlera encore 20 siècles après...

Après , on peut mettre à son crédit une absence à peu près totale d'orgueil et une volonté sincère de s'améliorer.. mais il reste toujours un peu crétin.
Ce qui le fait tomber régulièrement dans des pièges, dont il se sort miraculeusement parce qu'il est l'Elu.

Ce qui est dommage parce que pour un lecteur du XXI° siècle, c'est plutôt redondant, mais j'imagine que qu'au XII° siècle, raconté par un troubadour pour animer un banquet interminable, ça devait passer très bien. Les passages qui se ressemblent beaucoup, comme l'exagération systématique: les femmes rencontrées sont TOUJOURS les plus belles du monde, les mieux vêtues, les plus dignes ( même Ygerne qui doit approcher des 80 ans!), la reine qui va mourir de colère et de chagrin parce qu'on lui a renversé du vin sur la robe - bien sûr, elle revient  dix lignes plus loin quand elle a cessé de faire la tête - les combats durent des heures alors qu'on s'est presque fait couper un bras ou deux...

Oui, en fait, c'est pas loin de ça

Du coup, dans ma tête, à chaque prouesse, j'entends " diiing!" Réussite critique en jet de Chance,  Perceval gagne un niveau!"

Tellement c'est ce que ça m'évoque.. Je me demande s'il existe un jeu de rôle que ce soit papier ou vidéo qui reprendrait la trame du roman. Parce que c'est tout à fait ça.. Le personnage qui a une mission a remplir.. et perd un temps fou à cause de quêtes annexes qui s'ajoutent les unes aux autres.

D'ailleurs c'est là qu'on peut parler de Gauvain, en parallèle de l'histoire de Perceval: Accusé de trahison devant toute la cour, le voila qui doit aller se battre en duel pour laver son honneur. Or Gauvain, c'est l'inverse de Perceval: il ne fonce pas sans réfléchir, ne se bat que s'il n'y a pas d'autre solution et préfère chercher des solutions pacifiques qui satisfassent tout le monde. Mais c'est aussi le chevalier " pas de chance", qui tombe systématiquement sur des casse-pied, des malhonnêtes, ou simplement victime d'un concours de circonstances facétieux.. et c'est très très drôle.
Par exemple, on apprend qu'un chevalier ne peut pas se défiler si l'honneur d'une dame est en jeu et qu'elle a fait appel à lui. Même si c'est pour une raison idiote. Et voilà comment il se retrouve obligé de prendre part à un tournois, parce qu'une petite fille est venue lui tenir la jambe. Au sens propre.. elle s'accroche à sa jambe ( les requêtes devaient se faire comme ça?)  pour lui demander d'intervenir pour arbitrer une querelle entre elle et sa grande soeur qui lui a tiré les tresses.. et que la meilleure solution est d'affronter le champion désigné par sa soeur.
Et qu'il se retrouve, un peu plus tard, enfermé dans une tour avec une dame qui lapide de assaillants à coup de pièces d'échecs..

oui oui.. C'est tout à fait comme ça que j'imagine le pauvre Gauvain
Car lui n'est pas l'élu.. Il retrouve par hasard une bonne partie de sa famille qu'il croyait disparue, déjoue les maléfices d'un château enchanté.. mais tout le monde ou presque s'en fiche... hé ouais! Echec critique en jet de popularité.

oui je sais j'exagère, mais c'est vraiment très très dur à lire sans rire quand on a en tête les Monty Python et Kaamelott (oui je sais -bis- même si Perceval n'apparaît pas dans Holy Grail.. peut être parce qu'il est toujours en vadrouille?)

Là l'histoire s'arrête abruptement: l'auteur est mort. C'est très frustrant. C'était d'ailleurs très frustrant même pour les auditeurs de l'époque que plusieurs personnes ont proposé leurs conclusions, apparemment de manières assez différentes, et l'édition folio  concocte un mélange entre les divers manuscrits
J'avoue que je suis plus circonspecte sur cette partie, les manuscrits divergent beaucoup, et je ne peux pas m'empêcher de penser que Chrétien de Troyes aurait peut être eu une intention tout autre et conduit son récit très différemment
Je trouve en fait les passages avec Blanchefleur plus que moyens. Elle me saoule: elle est belle , et avenante et belle, et gente et belle et.. ha oui, belle... Pourtant , ça commençait bien, la façon dont elle drague Perceval - il n'y a pas d'autre mot, c'est une sacrée friponne qui s'incruste en petite tenue dans le lit de son hôte pour se plaindre qu'elle est seule au monde que son château est assailli, qu'elle préfère encore se trancher les veines qu'être emprisonnée.. enfin, si personne ne lui vient en aide, mais elle ne voit vraiment pas qui.. etc.. Et lui qui tombe totalement dans le panneau , sans comprendre vraiment ce qu'elle lui veut. Seulement voilà, sur cette base plutôt originale d'une femme de tête qui sait manipuler son monde et n'a pas froid aux yeux, les continuateurs en font une châtelaine qui se morfond en attendant le retour de son bien aimé. Mouais...
Si, la nuit de noces m'a bien faite rire: Perceval s'est mis en tête qu'il faut rester chaste, même quand on se marie, c'est plus méritoire.. et entend une voix céleste qui le félicite.. tout en lui parlant de sa future descendance.
commentaire de moi " ben pour la descendance, c'est pas gagné!"
Mais apparemment, ça ne lui pose pas problème.. encore un truc que sa mère a du oublier de lui dire.

Voilà, c'était long mais au final, je dirais que c'est une lecture frustrante ( la traduction en prose laisse transparaître les rimes d'origine, mais j'ai essayé le texte original.. et c 'est aussi dur à suivre que les règles d'un jeu du pays de Galles ), mais intéressante, même si un peu " datée", une fois qu'on met de côté les exagérations propres à ce type d'écrits. Intéressante, non par sa portée religieuse mais par son importance en tant que source fréquemment citée. Oui, j'aurais pu parler des symboles, la lance, le graal, mais d'une part, ce n'est pas mon domaine, d'autre part.. l'ésotérisme n'est pas mon fort. Et comme dit notre bon roi " qu'est-ce que c'est le Graal? Vous ne savez pas.. et moi non plus. Et je m'en fous!" De toutes façons:

Si Joseph d'Arimathie a pas été trop con, vous pouvez être sûr que le Graal c'est un bocal à anchois
Ah oui, et au final je suis obligée de remercier Alexandre Astier et Frank Pitiot qui ont pris les caractéristiques du personnage ( un peu béta, ne sait pas son nom, se perd facilement, ne sait pas lire, ne comprend pas les femmes, n'a pas d'orgueil et cherche à s'améliorer..) et l'ont rendu moins héroïque mais plus humain. Autant le Perceval de Kaamelott m'est sympathique, autant je trouve celui d'origine plutôt casse-pied
Des rois, des reines, des chevaliers, un sénéchal..
cycle du graal
idée 36: un groupe de gens, un rassemblement

dimanche 20 février 2011

L'Edda, récits de Mythologie Nordique - Snorri Sturluson

Collection l'aube des peuples- Editions Gallimard

1/3
Il y avait trop longtemps que l'Edda attendait que je daigne l'ouvrir, et, dites donc, voila qui fait un joli double emploi, pour le challenge 1220 ET pour le défi "Mythes et légendes".. et même pour le challenge nécrophile, puisque l'auteur est mort assassiné le 23 septembre 1271, soit il y a 770 ans à peu de choses près.

Snorri Sturluson, donc, né en 1179 en Islande, seigneur, politicien et poète, est le principal auteur, en tout cas un des rares auteurs identifiés en matière de poésie et littérature norroise médiévale. Bien qu'à l'époque de Snorri, l'Islande ait été christianisée depuis près de deux siècles, les légendes et récits païens étaient encore vivaces, et l'auteur s'en est fait le principal compilateur, avant qu'ils ne soient totalement oubliés ( rappellons au passage que l'Islande n'est indépendante que depuis1944, elle dépendait auparavant du Danemark, et les liens sont donc très forts entre la culture, la langue, les traditions islandaises et norroises continentale - danoises, norvégiennes, etc...). C'est donc principalement grâce à ses oeuvres que l'ont connait encore la cosmogonie nordique, bien qu'il se soit appuyé sur d'autres écrits qu'il cite abondamment ( principalement La Voluspa -poème mythologique anonyme, et le Vafthrudnismal, également anonyme).

Donc, l'Edda, proprement dit, est composé de 4 parties, un prologues, le Gylfaginning , le skaldskaparmal et le Hattatal. L'édition de la collection " l'aube des peuples" de Gallimard propose l'intégralité du Gylfaginning, et des extraits du Skaldskaparmal.

Dans le Gylfaginning ( mystification de Gylfi), le roi Gylfi, qui s'est vu dérober une partie de ses terres par la déesse Ase Gefion, va demander des explications à son sujet directement chez les Ases, à Asgard ( royaume des Ases), il y rencontre trois sages qui vont lui raconter,la création du monde ( très originale: tout commence par l'apparition spontanée du géant Ymir et de sa vache Audhumla au sein d'un monde glacé. Le géant se nourrit du lait de la vache, et la vache lèche les pierres givrées, d'où elle dégage peu à peu des géants, ancêtres d'Odin). Puis l'histoire de Gylfi passe totalement au second plan, le récit partant au fil de ses questions dans d'autres directions, le tout étayé régulièrement des strophes correspondantes de la Voluspa: on apprend donc successivement  l'origine des astres, des saisons, l'identité et la généalogie des principaux dieux Ases - prévoir un bloc notes, tant Odin a de noms différents!-  des précisions sur divers objets mythiques: le marteau Mjiollnir du dieu Thor, le bateau Skidbladnir du dieu Freyr. Et, après un détour par l'aventure de Thor mystifié par le géant Utgarda-loki (une mise en abyme assez virtuose au sein de l'histoire de la mystification de Gilfy), arrive enfin la conclusion: la description épique - et saignante- du Crépuscule des dieux.

Le Skaldskaparmal (art poétique), est une sorte de manuel à l'usage des poètes scaldes: prenant aussi le prétexte d'une visite de l'humain Aegir au Royaume des Ases, il déchiffre les métonymies et autres figures que tout scalde se doit de connaître, en donnant leur origine mythologique. Gallimard a choisi de sélectionner les explications sur la poésie et son origine, celles qui ont l'or pour thème ( surnommé par exemple " chevelure de Sif", "tribut de la loutre", "métal des discordes", "farine de Frodi" ou encore " semences de Kraki", entre autres...)

Tout celà est très très intéressant, bien que pas mal embrouillé, mais l'édition est enrichie d'un lexique, et d'explications très précises, y compris sur la prononciation des noms.
Et le panthéon Odinique est particulièrement réjouissant, même et j'aurais tendance à dire surtout Loki.
Loki, le dieu polymorphe malfaisant, mais pas maléfique, qui se plaît à mettre les autres dieux dans l'embarras, et à les en sortir souvent par une manière détournée, même s'il y laisse assez souvent des plumes. J'apprécie ce fait, que tout n'y est pas manichéens, que les dieux y soient mortels ( Baldr, dieu assez proche d'Apollon dans ses caractéristique, qui meurt suite à une mauvaise plaisanterie de Loki), peuvent vieillir s'ils ne mangent pas les pommes de jeunesse de la Déesse Idunn ... et puis l'Arc-en-ciel Bifrost, pont qui relie le monde des humains et le monde des dieux, j'aime cette idée! ( et d'autant plus que ça me fait irrésistiblement penser à Stairway To Heaven, Page & Plant se sont il inspirés du Bifrost? Ca ne m'étonnerait pas trop...)

Nul doute que je vais aller creuser un peu par là, pour changer un peu de la mythologie grecque que je connaissais un peu mieux. Et parallèlement, j'ai déjà repéré plusieurs titres qui m'inspirent bien dans la même collection ( mythes yakoutes, Aïnous, birmans...)

Et en plus:
auteur mort dans des circonstances particulières: assassinat politique

mardi 28 décembre 2010

La Farce de maistre Pathelin - anonyme

et pour la lettre X du Challenge ABC, un peu de triche ne fait pas de mal.. X donc comme Anonyme (plusieurs auteurs sont avancés: Guillaume Lorris, Jean de Meung, Pierre Blanchet, Antoine de la Salle, Guillaume Alecis le plus probable). Dans le doute l'auteur restera donc X.
Ce qui permet en plus de faire un coup double avec le challenge médiéval.

Et de triche, il est beaucoup question dans ce qui est peut être le texte le plus connu de la littérature médiévale française.

Après les fabliaux la dernière fois, penchons-nous donc un peu sur la farce, pièce de théâtre jouée sur les marché, foires, parvis de bâtiments officiels, et ancêtre direct du théâtre comique à la Molière. L'intrigue est souvent très simple, triviale voire grivoise, la Farce  était souvent représentée dans le cadre d'une fête religieuse, entre deux mystères ( pièces morales à thème religieux, vies de saints...). Il fallait donc trouver quelque chose pour éviter que le public ne parte avant même la fin du mystère de la vie de Saint-Machin, d'où l'autorisation de de "farcir" la représentation d'une pièce plus légère. l'âge d'or de la farce se situe au XIV° siècle, celle de Pathelin date d'environ 1460 ( texte d' incunable de 1486 pour l'édition Larousse). Un texte tardif, donc, et plus développé que le tout-venant souvent des fabliaux transposés pour la scène.

Le thème du texte peut être résumé facilement: " a Voleur,voleur et demi". Une première partie nous présente l'avocat véreux et néammoins sans le sou Pierre Pathelin, parti au marché gruger un marchand drapier tout aussi peu honnête que lui. Le drapier lui laisse emporter six aunes de tissus - au prix largement gonflé- à crédit, il devra venir à la fin du marché se faire payer et en plus offrir un repas gratuit par son client, qui a déjà bien sûr prévu de  le rouler dans la farine.
Deuxième étape: lorsque le drapier arrive, Pathelin et sa femme lui jouent un comédie à leur façon: Il est malade, fou, délirant depuis des semaines et n'a pas pu aller au marché. Le marchand a du rêver. Lorsqu'il comprend qu'il a été joué, il revient, mais Pathelin contrefait cette fois la possession démoniaque. A quoi le drapier finir par se convaincre que c'est le diable lui même qui lui a volé son drap.

On pourrait s'arrêter là, mais coup de théâtre!  Le drapier vient également d'assigner en justice son berger qui lui vole des moutons, et qu'il a pris sur le fait en train de se faire un festin des bêtes qu'il devait garder. Or, le berger vient prendre justement Pathelin comme avocat. Le berger devra se faire passer pour simple d'esprit, et donc, en fonctiond ela justice médiévale: certes coupable, pris sur le fait, mais irresponsable de ses actes, donc non condamnable
Et lors du procès, le drapier ne sait plus ce qu'il doit faire, mélange le vol de tissus et le vol de moutons, et passe à son tour pour fou, est débouté. Pathelin semble avoir joué le drapier une seconde fois, sauf que le plus malin de tous n'est pas l'avocat, mais le berger, qui trouve en sus un moyen imparable de ne pas payer son avocat.
Donc une intrigue passablement complexe pour l'époque,qui brocarde un peu comme dans les fabliaux les bourgeois mesquins, la justice forcément véreuse, l'avarice..(le nombre de références au monde judiciaire laisse d'ailleurs à penser que l'auteur est probablement un clerc qui brocarde son domaine).

  A lire absolument en vieux français pour profiter de la savoureuse langue de l'époque. Assez dure à suivre, il faut le reconnaître: question de rythmique, tout est écrit en octosyllabes, la grammaire est plus que fluctuante. Certains textes plus anciens m'ont parfois paru moins compliqués, du temps où il y avait encore des cas sujets et cas régimes pour s'y retrouver. Tout ça ayant disparu dans la langue de Pathelin, la langue est déjà très libre, on se dit parfois qu'il était temps que le XVI° siècle approchant vienne standardiser un peu tout ça pour plus de clarté, même si on perd un peu en verve.
Très intéressant aussi dans cette édition les notes et commentaires philologiques qui viennent mettre également un peu plus de clarté dans tout ça ( enfin, moi j'aime l'étymologie donc, ça ne me gêne pas de passer du texte au commentaire). en tout cas,  c'est avec un grand plaisir que j'ai découvert la preuve que la Fontaine est un copieur: les flatteries de Pathelin au marché rappellent déjà beaucoup le Corbeau et le renard, la preuve est faite aux vers 438 à 459, où la fable est citée intégralement.. vers 1460, elle était donc déjà connue du peuple, suffisamment pour qu'on y fasse référence sur les marchés dans une pièce populaire.

Promis, après l'humour populaire sous forme de fabliau et le théâtre comique sous forme de fable, on passera à des choses plus héroïques ou plus historiques.

lundi 4 octobre 2010

Fabliaux et contes du moyen âge - collectif






Première lecture pour honorer cette rentrée littéraire 1220, on attaque doucement par une "presque" relecture d'un recueil de fabliaux et Contes du XIII° siècle pour la majorité d'entre eux. "Presque" relecture, car l'ouvrage traînait sur mon étagère depuis mes années fac, on nous en avait fait étudier une partie seulement, et le reste était resté en attente.. Voila qui est corrigé

Le livre de poche ISBN 2-253-04012-6


 Le recueil contient donc une vingtaine de fabliaux, 2 contes complets, un partiel, et des extraits rimés, le tout transposé en français moderne. Un bon début pour aborder la littérature médiévale de manière ludique. Pour les contes, je ne vous fais pas de longues explications. Mais un fabliau, quoi qu'est-ce exactement?

Quelque chose de très précis: une petite fable, un récit court, rédigé en gros entre 1150 et 1350, en Picardie, Artois et alentours. Contrairement au roman courtois ou à la chanson de Geste qui vise un public socialement élevé, le fabliau s'adresse plus facilement à la classe bourgeoise citadine, et de fait, son apogée correspond au développement de la bourgeoise dans le nord de la France. Bien sur c'est un résumé réducteur, mais... il faut donc s'imaginer un public de gens peu versés dans l'écriture et la lecture, travaillant pour gagner sa vie, et qui cherchaient dans la représentation de fabliaux, comme de farces, détente, défoulement et rire, si possible aux frais des classes privilégiées: d'où une profusion de personnages stéréotypés, immédiatement reconnaissables: le paysan riche et stupide, la vieille acariâtre et rouée, le clergé ridicule qui n'hésite pas à s'enrichir sur le dos du peuple... Et des situations tout aussi attendues: les avares, les menteurs, les ingrats seront punis à la fin, MAIS, plus étonnant, la morale est assez souvent élastique. En gros, la tromperie, le vol, c'est mal. Enfin, sauf lorsqu'elles s'exercent aux dépends d'un avare, ingrat, riche, borné.. etc...

Par exemple, les deux voleurs pauvres de "Estula" repartent avec un vêtement neuf volé au curé, un mouton et des choux volés à leurs riches voisins. Mais ils sont tout pardonnés, puisque c'est aux dépend d'un riche voisin qui aurait du les aider par charité chrétienne...

La sélection proposée par Le livre de poche est plutôt bonne: des thèmes variés, ce qui n'est pas évident à trouver dans ce genre de littérature, parfois macabre ( Les trois bossus, le prêtre: des pépites d'humour noir comportant un ou des cadavres récalcitrants, du comique de situation) parfois absurdes ( l'application littérale d'une expression qui donne un résultat cocasse: Telle que "la vieille qui graissa la patte au chevalier" au sens littéral pour obtenir un avantage, le "pauvre mercier" qui perdant son cheval qu'il avait recommandé à Dieu, espère se le faire rembourser directement par le couvent le plus proche.

On y trouvé déjà en germe un sujet qui va devenir célèbre, 5 siècles plus tard: "Le vilain devenu médecin", ou comment un paysan caractériel se trouve au coeur d'un imbroglio, pris pour un médecin, et trouve des solutions originales pour guérir les malades. Le prototype du "Médecin malgré lui" donc, Molière n'est qu'un vil copieur!
psautier de Saint Louis - vers 1260

l'ouvrage contient:
Fabliaux:  le cupide et l'envieux - le prévôt à l'aumusse - la couverture partagée - le prudhomme qui sauva son compère de la noyade -Le prêtre qui eût une mère malgré lui - le testament de l'âne - le vilain de Farbus - la vieille qui graissa la patte au chevalier - Brunain -  - Le pauvre mercier - Brifaut -les deux chevaux - Le prêtre et les deux coquins-  Estula - Les trois aveugles de Compiègne - Les perdrix - Le vilain devenu médecin - le tailleur du roi et son apprenti - les trois bossus - le prêtre
Contes: Les enfants cygnes - le chevalier au barisel - la fille du comte de Ponthieu ( extraits)
Appendice: Le repas de Villon - le festin gratuit de l'écolier démuni ( XV° siècle)

(pour les curieux, vous pouvez trouver ici : Estula, Brifaut, Le vilain de Farbus, Brunain la vache du prêtre, le testament de l'âne
ici encore: Brunain, les perdrix et la vieille qui graisse la patte au chevalier

Je ne vous cacherai pas que l'Exemplum ( les fabliaux "moraux"c'est à dire l'exemple à suivre, ou plus souvent, la mise en avant de l'exemple à ne pas suivre, sur fond religieux) est un genre assez pénible, car très très chrétien ( Idem pour le conte" Le chevalier au Barisel": il faut souffrir pour obtenir la rédemption, tant pis si tu meurs de faim pauvre et miséreux, ton âme et sauvée, plutôt que de vivre riche et bien portant mais comme un mécréant). Là, j'avoue, j'ai du mal avec ce genre de concept. Ca et le fait que systématiquement la femme est fourbe, c'est son destin depuis qu'Eve a mangé la pomme, donc, pas de problème à la martyriser fut-ce votre mère ( le conte des enfant cygnes, qu'on retrouve à peine modifié dans "les enfants cygnes" d'Andersen - ou encore "la fille du comte de Ponthieu", abusée par des voleurs, qui doit entre autre expier sa faute: l'infidélité à son mari!). Voila qui va faire plaisir aux participantes à ce "tournoi", puisque nous sommes une majorité écrasante de garces à relever le défi ( et celle qui proteste  à cette appellation est priée de retourner potasser son vocabulaire médiéval, cornebleu!)


Je préfère les roueries, comme "le festin gratuit de l'écolier démuni" ou "le repas de Villon", qui narrent les meilleure manières pour manger à l'oeil. Oui, je suis une mécréante je sais.

jeudi 23 septembre 2010

rentrée littéraire 1220

Bon après le précédent billet, il était grand temps de trouver quelque chose qui remonte sérieusement le niveau... et j'approuve totalement l'idée de Fashion, et de ses petites camarades Isil, Yueyin, et Cryssilda, d'organiser une contre offensive face a une rentrée littéraire rachitique avec laquelle on nous les râpe chaque année. 
Or donc il a été décidé que, las de revoir tous les ans les même bobines dans tous les médias, il était grand temps  de faire connaître de jeunes auteurs prometteurs, et de célébrer avec un poil de retard, certes, la 

( Oui, j'avoue, j'avoue tout.. l'idée de coller un logo "Monty Python" dans mes billets y est pour beaucoup, sans celà j'aurais peut être attendu l'an prochain pour faire descendre la littérature médiévale des étagères où elle se repose tranquillement)

Mais bon , le Moyen-Âge et moi, c'est une grande histoire, on ne peut pas vivre face à ça, y avoir travaillé, et continuer à bosser juste à côté, sans s'intéresser un minimum à ce qui s'y est passé.