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samedi 28 février 2026

The piano lesson ( film 2022)

 Et dernier film du mois, une autre adaptation d'August Wilson... Et j'ai gardé le titre en anglais pour évacuer la confusion avec la Leçon de Piano de Jane Campion.


On garde le principe d'une adaptation de pièce, qui prend son temps, avec une petite touche fantastique cette fois -ci, bien sympathique et surtout allégorique.

Un piano à l'histoire particulière, devient la raison d'une dispute particulièrement féroce entre un frère et une soeur qui n'arrive pas à se mettre d'accord à propos de cet héritage.

Dans les années 1930, Boy Willie, agriculteur dans le sud des Etats Unis, se pointe avec une cargaison de pastèques à vendre à Pittsburg, et déboule chez son oncle. Tonton héberge Berniece, la soeur de Boy, et sa fille. On comprend vite que Berniece est veuve, et est venue dans le nord chez leur oncle pour travailler, en permettant à sa fille de grandir dans un endroit relativement moins risqué pour des noirs pendant la ségrégation. ( même si subtilement la narration indique que ce n'est pas si tranquille, une remarque faite par la mère à la petite fille qui va a l'école " n'attire pas l'attention sur ta couleur", où l'absolue nécessité de lui lisser au maximum les cheveux.. comment faire comprendre à un enfant que quelque chose ne va pas avec son apparence. Ce genre de petits détails qui indique que le racisme est si systémique que les gens pensent que quelque chose cloche avec eux)
On comprend également très vite qu'entre le frère et la soeur, la question du piano hérité de leurs ancêtres n'est pas la seule raison de discorde. Berniece est veuve parce que feu son mari a été tué dans un menu larcin commis en compagnie de Boy, et elle le rend responsable de de la mort de celui-ci.
Donc Boy est venu avec la ferme intention de convaincre sa soeur de vendre le piano dont ils ont hérité et qu'elle veut garder bien qu'elle n'en joue plus depuis des années. C'est une pièce magnifique, il est sculpté à la main, et pourrait se vendre un prix qui cumulé avec la vente des fruits pourrait lui permettre d'acheter du terrain, de cultiver encore plus et in fine, de vivre ieux sans manquer de nourriture. Son point de vue se défend.
Berniece veut malgré tout garder le piano, c'est un témoin de l'histoire familiale, car il a été volé des années avant un même de leur famille au riche propriétaire blanc dont il était l'esclave. Bien des années plus tôt, le propriétaire avait eu des revers de fortune et avait revendu une partie de ses esclaves, dont l'arrière grand-mère et le grand père de Berniece et Boy. A la demande de la femme du propriétaire, fâchée d'avoir perdu sa femme de chambre et son petit esclave, l'arrière-grand père, excellent artiste et ébéniste, avait sculpté sur le piano les portrait de sa femme et de son fils. il ne s'était pas arrêté là et avait également sculpté tous les membres de sa famille, ses propres parents et grands parents, tantes, cousins. Transformant à la joie de la propriétaire le simple piano en oeuvre d'art, et inscrivant ainsi tout son arbre généalogique dans un objet de luxe appartenant à un riche blanc. donc puisque leur arbre génalogique y figure, les parents et oncles de Bernice et Boy se sont appropriés l'objet qui n'a pas de valeur autre que pécuniaire pour les blancs, mais une valeur historique et même politique pour eux. L'argument de Berniece se défend aussi.

Entretemps, des choses se passent autour de ce piano. L'ancien propriétaire blanc vient et son fantôme semble être revenu hanter la maison de l'oncle, pourtant situé à des centaines de kilomètre, pour demander qu'on lui restitue son piano. C'est la petite fille et l'oncle qui le voient.
Et donc Berniece a un double problème: essayer de faire comprendre a sa fille qu'il n'y a pas de fantômes.. enfin, peut être que si, ou bien est-ce une vision de culpabilité due au vol et à des siècles d'injustices? Et essayer de convaincre son frère que cet héritage n'est pas que le leur mais aussi celui de tous leurs frères et soeurs, sur des générations et des générations.
Il y a bien des fantômes à exorciser dans cette histoire, et ce n'est pas que celui du propriétaire, mais plutôt l'Histoire elle même. Et ce ne peut être fait qu'en conservant la mémoire des générations passées.
Ce qui donne lieu en une séquence intense d'exorcisme musical, dont on comprend bien qu'il est allégorique. Pour vaincre ses fantômes, et ses différents avec son frère, Berniece doit les accepter. 

Le film est un peu plus long que Ma Rainey, et là encore, il est intéressant de compléter par les interviews qui l'accompagnent pour mieux en saisir le sens, et ce que code l'ambiance fantastique ( à voir les commentaires sur allociné, beaucoup de gens sont passés à côté, s'attendant à voir un film purement fantastique , avec de l'action...et ont été rebutés par le côté pièce de théâtre)

Là encore on retrouve Denzel Washington aux manette, avec ses fils, Malcolm à la réalisation et John-David dans le rôle principal, et sa fille Katia, productrice. Une histoire de transmission familiale, orchestrée par toute une famille, c'est savoureux.
Mais alors la grosse surprise, c'est Samuel L Jackson dans le rôle de l'oncle très cool. Je l'associais surtout à des films d'action, ça fait plaisir de le voir dans un tout autre genre de rôles et il est très bon et méconnaissable ( au point qu'il m'a fallu l'interview pour comprendre que pendant 2h00 de films je ne m'étais même pas rendue compte que c'était lui. Et que ce n'est pas seulement mon manque de mémoire des visages qui est en cause)

Donc des 4 visionnages chroniqués, seul A Jazzman's blues est une déception, Quincy est un documentaire, donc à part, et les deux films portés par Denzel sont une excellente surprise.
Il me restera à voir quand je le trouverai Fences, le 3° film de la série d'adaptations d'August Wilson, avec Denzel lui-même et Viola Davis, clairement je pars avec les meilleurs espoirs, là!

jeudi 26 juin 2025

Sunday, Bloody sunday / Un dimanche comme les autres ( film 1971)

 

Avant d'entrer dans le détail de ce film, il a fait surgir dans ma mémoire une anecdote, concernant un autre film, d'un autre style mais tout aussi anglais, et dont il m'a fallu fouiller pour retrouver le titre.
Histoire de voir à quel point les choses ont évolué en 40 ans.

Il s'agit de  "Meurtre", film d'A. Hitchcock de 1930, que j'ai vu quand j'étais ado.

Il faut se mettre en tête que je suis quelqu'un d'absolument rationnel, qui ne comprend pas le principe de tabou, et est absolument nulle pour comprendre les euphémismes. Je viens d'une famille où on a toujours appelé les choses par leur nom, et je passe pour une lourdingue a ne pas comprendre les sous-entendus qui sont pourtant clairs au commun des mortels. Apparemment je dois être un peu neurodivergente, et donc les implicites me passent au dessus.
Ce qui m'a marqué dans ce film, c'est qu'à un moment, une femme dit qu'elle ne peut pas se marier avec l'homme qu'elle aime, parce qu'il est... métis.
Moi à 13 ou 14 qui bloque parce que c'est absurde " J'ai compris ou pas? Non parce que je ne vois pas en quoi ça rend la chose impossible. Socialement compliquée, oui, et il faut s'attendre à des critiques, mais je ne pense pas qu'il y avait une loi contre les mariages avec des étrangers en 1930 en Angleterre. D'ailleurs s'il est métis, c'est bien qu'il a des parents qui s'en contrefoutaient" Je rembobine la cassette vidéo et réécoute: "ok, j'ai bien compris, il est métis et apparemment, ça rend le mariage impossible. Si elle avait dit " je ne peux pas me marier avec lui, parce qu'il est déjà marié", là c'était logique, c'est illégal d'être bigame. Mais il peut toujours divorcer..." 
Donc vu que c'est un film anglais, j'ai pensé que la traduction était moisie parce qu'il fallait que ça cadre avec le mouvement de lèvres, et que le gars devait être plutôt étranger irrégulier, ou bigame.

Il a fallu l'arrivée de l'internet pour que je comprenne la chose. Ni l'un ni l'autre.

Dans le contexte, " il est métis" était un euphémisme pour ne pas dire " il est homosexuel". Et là ça devient logique. Il y a peu de chance que le gars soit enthousiaste sauf s'il cherche à rester au placard et s'arrange avec une femme célibataire, pourquoi pas lesbienne, pour sauver socialement la face. Donc ha.. oui, ça ne rend pas la chose impossible non plus en fait. Peu probable mais pas impossible.

Dans le contexte, "Je ne peux pas me marier" était un euphémisme pour "je ne peux pas coucher avec lui" ( par contre s'il est hétéro, marié et infidèle ben , c'est possible. Pas super moral mais possible.
 " Je ne peux pas coucher avec lui parce qu'il est homosexuel" , là, la phrase et la situation ont un peu plus de sens ( enfin, techniquement, si, tu peux, mais ce ne sera probablement pas un grand moment de kif pour tous les deux)

Comment vous voulez que je devine ça toute seule, moi, qui ait grandi dans les années 80, qui n'emploie pas d'euphémismes sortis de nulle part, et qui considère l'homosexualité comme une variante  totalement valide, sérieusement?!
Autres temps autres moeurs.
Et surtout évidemment hétéro ou homo ne sont pas les deux seules possibilités, il y a au moins une autre solution très connue, qui est .. tada! la bisexualité! Oui je sais, révélation de dingue, des gens n'ont pas de préférence, c'est incroyable.


Fin du préambule. Revenons à notre foutu dimanche, et là, pas d'euphémisme ( même si les termes homosexuels ou bisexuels ne sont jamais prononcé, ce qui est intéressant, parce que si ça a choqué du point de vue des spectateurs, du point de vue des personnages, c'est un non-sujet). 

Je parlais de Murray Head il y a quelques jours et en cherchant l'autre versant de sa carrière, c'est-à-dire dire ses prestations en tant qu'acteur, j'ai trouvé un scénario correspondant pile à ma thématique involontaire de ce mois. Allez, go, c'est celui-là que je dois voir!


Et là, 40 ans plus tard, on a donc un film qui met en scène ouvertement, sans  un triangle amoureux, entre un homosexuel bien planqué dans son placard, mais pas refoulé pour autant ( sa position sociale  et son obédience religieuse font qu'il risquerait gros si ça se savait), une femme hétérosexuelle et divorcée, et un homme bisexuel. Tout le monde est parfaitement au courant de cet arrangement, s'en accommode faute de mieux, et dans le fond, c'est une solution pratique qui comble les besoins, et avant tous les besoins de tendresse de chacun. 
Donc il y a d'un côté, Daniel, Médecin quinquagénaire, juif pratiquant ( deux deux ou trois bonnes raisons de rester au placard dans les années 1970 ( l'homosexualité a été dépénalisée en 1967 SEULEMENT en Grande Bretagne), son quotidien n'est pas passionnant entre patients hypocondriaques, dépressifs et épidémies de varicelle. Sa famille l'enjoint de se trouver une femme, il est plus que temps blablabla...
De l'autre, Alex, femme divorcée, trentenaire, névrosée (sa jeunesse pendant la seconde guerre mondiale a laissé des traces et le bordel dans sa cuisine n'est que le reflet du bordel dans sa tête). Sa mère l'enjoint à se retrouver un homme n'importe qui, le mariage n'est pas une histoire d'amour de toute façon, ton père et moi, blablabla.
Et entre les deux, il y a Bob, sculpteur contemporain. Bob est charmant. Vraiment. D'abord physiquement, avec sa bonne bouille, ses grands yeux marrons, son joli sourire. Et mentalement, avec ses manières douces et son insouciance. Bob est un hippie, prônant la non-violence, l'amour libre et qui est absolument opaque à la notion de propriété (clairement, mon genre de gars!). Et il sort avec les deux esseulés qui se partagent son temps (j'ai vu un commentaire assez drôle " ils ont un petit ami en garde alternée un dimanche sur deux" c'est à peu près ça!). Alex et Daniel ne se sont pas rencontrés mais savent chacun qu'ils n'ont ni n'auront jamais l'exclusivité de leur galant commun, donc autant s'en accomoder.  Quelqu'un qui est libre comme l'air ne se laissera pas enfermer, essayer de le " privatiser" aurait précisément le résultat inverse. En gros, Bob est un chat. Il est affectueux, mais sort et rentre quand il veut, préfère se planquer quand il y a des conflits, ou que ses "maîtres" commencent à être trop possessifs. Il n'a pas une once de méchanceté, ni de manipulation, c'est simplement un indépendant, qui mène sa vie comme il l'entend, et les standards sociaux ne s'appliquent pas à lui (décidément, mon genre de gars, je vous dis!)

Et on suit ce trio dans leur quotidien banal pendant une dizaine de jours. Ne cherchez pas, il n'y a pas d'action, pas de gros rebondissement  pas de coup de théâtre, c'est un film sur... l'attente. La banalité d'un quotidien pas franchement palpitant, où on attend que les choses se passent.

Et surtout on n'y juge pas. 
Un homme est homosexuel, bon c'est comme ça.
Un autre est bisexuel? Ben ça arrive.
Une femme divorcée est en relation libre avec un homme? La belle affaire.
On pourrait avoir un classique triangle amoureux ou un homme hésite entre deux femmes, une femme entre deux hommes, que ce serait pareil au niveau du scénario. Sauf que, on est en 1971, et pourtant socialement il n'est pas encore acceptable d'être ouvertement LGBT, mais pas plus de vivre en relation libre sans intention de légaliser la chose. En fait, avec le recul, ces 3 là sont, malgré leurs casseroles, bien moins malsains que le couple de hippies avec leurs 5 enfants insupportables que Bob et Alex doivent babysitter l'espace d'un Week-End ( n'importe qui de sain d'esprit aurait envie de s'enfuir très vite et très loin). Si si, les gosses de moins de 10 ans on trouvé la réserve de de beuh de leurs parents et se roulent des joints. C'est plus chelou à mon sens que deux hommes adultes et consentants qui se roulent une galoche à l'écran, et pourtant, c'est bien ça qui a fait scandale à la sortie*

Donc si le propos paraît banal aujourd'hui, il était novateur en 1971, dans le sens où il normalise absolument les choix de ses personnages. Sans jugement, sans en faire de drame, sans chercher à résoudre un problème qui n'existe pas.

Au contraire, il montre que des comportements alors socialement " déviants" ( homosexualité,  bisexualité, divorce, relation libre...) assumés sont plus heureux  que ceux socialement valorisés ( parmi les autres exemples,  on voit une famille nombreuse débordée par des enfants  en roue libre, une femme dépressive qui s'est mariée parce que c'est ce que tout le monde fait, des mariages arrangés sans amour par ce que c'est ce qui est attendu dans leur milieu social ou religieux, un homme qui n'arrive pas à être honnête et dire à sa femme qu'il a été licencié, un hypocondriaque qui travaille trop et est au bord du burn-out...). Mieux vaut-il suivre son instinct et suivre sa voie ( y compris professionnellement : partir au bout du monde, plaquer un travail insatisfaisant, aider un collègue à  changer de job ou enfin prendre des vacances) et être plus ou moins heureux, ou suivre celle socialement valorisée et être pleinement malheureux? 

 Et c'est exactement pour ça que je l'ai choisi, parce qu'en 2025, il faut continuer à marteler ça: les choix de vie des autres ne nous regardent pas, et non il n'y a pas de "normalité", mais plutôt un panel de possibilités. Du moment que tout le monde est adulte et  consentant, que personne n'use de chantage, de menace ou de violence sur personne, c'est ok. Au contraire, ce qui ressort c'est surtout la tendresse en contrepoint à une vie moche, dans une Angleterre en crise sociale. En dépit de la situation "ménage à trois", qui devient difficile a supporter pour Alex . Mais elle a la sagesse de reconnaître que c'est elle qui est en cause, Bob a été honnête sur la situation, elle a accepté un marché qui ne lui suffit plus. Un autre homme la courtise, elle aimerait que Bob soit jaloux, veuille l'exclusivité... or il en est bien incapable, ce n'est pas dans sa nature de hippie. Et dans le fond, c'est exactement ça qui lui plait chez lui: sa liberté et son insouciance, ce dont elle manque cruellement, et qui manque aussi à son milieu social rigide. Pour Daniel aussi, Bob est une bouffée d'air frais hors de son milieu social bourgeois ( et religieux, il se revolte a sa manière: bien que juif officiellement pratiquant, il a decoré son domicile d'icônes). Bob et son art sinueux, mouvant, ses spirographes toujours en mouvement comme lui... évidemment que quelqu'un qui ne sait pas rester en place ne restera pas longtemps auprès de gens qui sont dans une impasse, c'est à eux de résoudre leurs propres dilemmes. 

Il est réalisé par John Schlesinger qui n'a fait quasiment que ça de toute sa filmographie: mettre en scène des gens différents sans les juger, son film le plus connu étant  Macadam cowboy qui met en scène UN prostitué en 1969.
Le film, bien qu'un peu oublié a pourtant été bardé de prix en Grande-Bretagne comme a l'étranger. Je connaissais un peu l'actrice, Glenda Jackson, qui est excellente, mais pas du tout Peter Finch, et il est extraordinaire. il va falloir que je fouille aussi sa filmographie.

* Pour info, les deux acteurs sont hétérosexuels, mais ont pris la chose comme étant des rôles. A priori, dans une carrière d'acteur, il y a pas mal de moments où ils doivent embrasser quelqu'un qui ne leur plaît pas, voire qu'ils détestent. Par contre l'anecdote de tournage du principal intéressé est assez drôle, même si ça a entravé sa carrière filmique pendant quelques années c'était assez culotté (ou déculotté pour le coup).
Et c'est toujours un plaisir de l'entendre raconter ça avec son humour sarcastique, son franc-parler, et son français magnifique.


vendredi 21 février 2025

Documentaires Netflix blues, jazz, soul

L'été dernier (oui, j'ai pris de l'avance), j'ai profité d'avoir un accès gratuits à Netflix dans la location où j'étais pour mater quelques documentaires et films musicaux.
Il y a eu Rocketman, très bonne ( de mon point de vue) comédie musicale, sur, autour et avec les chansons d'Elton John, j'en parlais ici l'an dernier.

Mais aussi 3 documentaires sur le thème du blues, de la soul et du jazz, issus d'une collection intitulée " Remastered". Donc allons y, non dans l'ordre où je les ai regardés, mais dans l'ordre chronologique


- Devil at the crossroads, le plus court ( 40 minutes), évoque sans grande surprise, Robert Johnson, le prétendu pacte avec le diable, dont on prouve qu'il est un trope de la culture Hoodoo, variante USA du vaudou haïtien, et qu'on retrouve sous différentes formes dans plusieurs chansons de blues. donc Si Robert Johnson et l'enquête menée pour trouve des traces de ce mystérieux et néanmoins mythique bluesman à l'influence colossale, le documentaire évoque d'autres choses intéressantes. L'idée que le blues est "la musique du diable" ne vient pas uniquement des chansons aux thématiques "diaboliques" de Robert , ni de son habitude de s'entraîner à améliorer son jeu de guitare avec Ike Zimmerman dans un cimetière ( pour une évidente raison " ici, que tu joues bien où mal, personne ne viendra se plaindre"), mais de la rivalité entre blues et gospel, prêchée par les églises locales. Pour une question de gros sous. Les musiciens de gospel à l'église gagnaient peu, les bluesman qui animaient la taverne locale étaient payés, et bien mieux qu'en trimant aux champs. La population allait le samedi soir dépenser son maigre salaire au troquet pour boire, manger, faire la fête en écoutant de la musique et, souvent, n'aveient plus un sou à donner à la quête le dimanche matin. Les prêcheurs ont donc décrété que le blues qui leur " volait" leur pécule était une musique diabolique et qu'aller l'écouter ou pire, en jouer, c'était encourir la damnation éternelle.
Cette rivalité musicale entre deux courants pourtant jumeaux en matière d'origine, mais l'un parlant de vie éternelle dans la félicité, et l'autre des tracas du quotidien, a donc été montée de toute pièces pour une histoire de sous. Qui a perduré pendant des décennies, au point que des musiciens jouant des deux styles le faisaient en douce de l'église pour ne pas s'attirer les foudres des croyants.
Et leurs descendants, la soul pour le gospel, le rock pour le blues ont fini par se réconcilier lorsque des gens comme Ray Charles ont décidé de faire fi des barrières. Mais c'est bien Johnson qui est cité comme père spirituel du Rock par Taj Mahal ou Keith Richards.
Les seuls diables de l'histoire sont la misère, l'alcool, et l'exploitation dont ont été victimes les travailleurs pauvres et noirs des USA. Lorsqu'un bluesman se plaint dans une chanson de sa femme injuste qui le maltraite, le vire de la maison, garde l'argent pour elle, le tabasse, il faut comprendre qu'à l'époque de l'esclavage c'est le maître qui est désigné indirectement. Et à l'époque de la ségrégation, c'est la société dans son ensemble. Ce documentaire est un bon début pour appréhender rapidement  l'importance musicale et culturelle du blues et de Robert Johnson

Et j'ai  bien aimé la solution choisie, sous forme de séquences animées en ombres chinoises, pour pallier le manque de sources visuelles sur Robert Johnson ( 2 photos connues à l'époque du documentaire, une troisième a été trouvée depuis, prise le même jour ( voir les plis sur le rideau) que celle à la cigarette.  Elle nous présente cette fois un Robert souriant, fier de montrer sa guitare à l'objectif.


- The Two killings of Sam Cooke: Après Robert, mort empoisonné à 27 ans, c'est Sam, mort à 33 ans dans des circonstances très mystérieuses et probablement liées à son engagement politique, qui est à l'honneur. Officiellement tué en cas de légitime défense par une propriétaire d'hôtel, après qu'une prostituée se soit plainte d'avoir été enlevée par lui. Les deux femmes avaient des accointances avec la mafia, beaucoup d'argent a disparu ce jour là, mais l'affaire a été étouffée parce que Sam était un musicien, noir et commençait à faire un peu trop parler de lui.

Chanteur de Gospel qui s'était réorienté vers la soul, il commençait à développer des thèmes un peu trop politiques, et son amitié avec Martin Luther King posait problème au gouvernement. D'autant que Sam était riche, ultra populaire et influent, ça aurait pus donner à d'autres noirs l'envie de la suivre Raison1 de s'en débarrasser.
Il avait décidé de fonder sa propre société de production, dans une industrie de la musique noyautée par la mafia, et avait reçus des menaces très directes, dont plusieurs personnes ont été témoins, de la part de mafieux. Raison n°2.
Il s'était rendu compte que son associé dans la maison de production était en train de le doubler par contrat, et qu'il se serait retrouvé salarié de son associé s'il n'avait pas lu le contrat, il s'apprêtait donc  à licencier l'individu. Raison n°3.
Laquelle a été la principale? difficile à dire, car l'enquête a été bâclée, trop de gens bénéficiaient de sa disparition. Il en reste une triste histoire qui ne sera jamais élucidée, un poignée de disques  enregistrés par un chanteur à la voix magnifique qui était entrain d'obliquer vers une seconde partie de carrière encore plus passionnante, et la splendide chanson " A change is gonna come" devenue un hymne des mouvement civiques. Malheureusement, Sam, mort fin 1964, n'aura vu ni le succès de sa chanson, ni la fin de la ségrégation. Mais c'est aussi un moyen de rappeler que la lutte pour l'égalité ne se fait pas seulement via de longs meetings politiques, une lutte armée, aussi et tout autant par le "soft power" qu'est l'art, et en particulier, la musique, sont une fabuleuse manière de vaincre les résistances.


What happened, Miss Simone?: après le blues et la soul, place au jazz (encore que, on l'a dit, plus le temps avance, plus les genres sont poreux). Avec le paradoxe que Nina Simone est devenue une vedette précisément dans un domaine qui n'était pas celui qui l'intéressait.
Son truc c'était le piano, elle n'est devenue chanteuse que parce qu'on le lui a demandé, avec une belle augmentation à la clef, dans le restaurant où elle jouait. Sa voix de mezzo a fait le reste. elle est devenue pianiste de jazz, alors qu'elle se passionnait pour la musique classique et Bach en particulier, mais a échoué à un concours de musique classique simplement à cause de sa couleur de peau. Elle a donc joué ce qu'on attendait d'elle, du jazz et de la soul, mais en les infusant discrètement de sonorités et de techniques classiques.
Et comme Sam Cooke, elle a développé au fil du temps un militantisme social, influencé par les black Panthers et Malcolm X dans son cas. Mais si Sam penchait vers un côté pacifiste, Nina, plus rebelle et agressive, allait vers la lutte ouverte et la détestation des blancs en général.
Lorsqu'elle elle monte en scène pour un concert, c'est de la manière dont un boxeur entre sur un ring. Sa musique c'est son combat. Ce n'est que bien plus tard, après des années d'errance physique ( au Liberia, en suisse, en France, en Hollande) et médicale, qu'une psychose maniaco-dépressive qui lui pourrissait la vie ainsi qu'à ses proches, a finalement été diagnostiquée et soignée lui permettant de vieillir un peu plus en paix avec elle-même. Nina n'est pas une femme aimable, mais c'est une femme passionnante, au talent indéniable. en plus d'une illustration du plafond de verre auquel même une musicienne hyper talentueuse a pu se heurter, du fait d'être à la fois une femme, et noire aux USA dans les années 1950.

Donc trois documentaires, de durées diverses, sur 3 musiciens marquants, dans 3 genres différents. Je réfléchissais au paradoxe, et à l'ironie, que la musique crée par une communauté opprimée et muselée, déplacée d'un continent à l'autre, ait pu être à l'origine de TOUTE la musique actuelle mondiale: rock, hard rock, disco, funk, rap, électro... les genres majeurs actuels dérivent tous à divers degrés du blues et du gospel, et de leurs évolutions. Et trouver un écho jusqu'en Europe et en Asie ( le jazz au Japon, c'est vraiment un truc énorme), en se métissant (ironie, bis) aux cultures locales. Il est parfois difficile d'entendre à priori l'influence afro-américaine dans du rap russe, de l'électro d'Asie Centrale ou du metal d'Inde, et pourtant, c'est bien le cas, de manière de plus en plus imperceptible au fil des décennies, comme le métissage des populations devient de plus en plus complexe à retracer dans le temps d'ailleurs. et c'est quelque chose qui me fait plaisir. Plus les choses se mélangent, moins elles sont définissables et plus ça me convient. Nina a mélangé sa musique de prédilection avec celle de la communauté d'origine pour obtenir quelque chose de nouveau, et ça me parle.

Et là je me dis, vous imaginez ce trio? Robert à la guitare, Nina au piano, Sam au chant?


vendredi 18 octobre 2024

SOS fantômes ( film 1984)

On continue et on recule encore de 10 ans.
Il faut dire que 1984 est une sacrée année filmique ( fantômes ET monstres), donc je vais probablement faire un doublé .
Mais Donc on commence avec le cultissime Ghostbusters, alias SOS fantômes, que je n'avais même pas vu au cinéma à sa sortie. J'avais 9 ans, et mes parents devaient penser que j'étais trop jeune, je ne l'ai donc vu que plusieurs années après. Mais je dois avoir encore quelque part un badge de l'époque, distribué par le cinéma. Et je ne l'avais pas revu depuis des lustres




Mais tout est culte là dedans entre la musique, les répliques ( il te boufferait la gueule en moins de 2! Ho la ravissante voix de soprano... Bon d'accord, c'est un chien. La prochaine fois qu'on te demande si tu es un dieu, tu réponds " oui"), les acteurs, les effets spéciaux...même la VF, étonnamment, c'est un film que je n'ai jamais vu en VO. Comme plusieurs films cultes de ma jeunesse en fait, j'ai du mal à passer le cap de le voir en VO à cause des voix françaises auxquelles je suis habituée, à force de les avoir entendues à l'époque de film en film. Il faudra que je tente la VO un jour quand même.
Et quand je dis culte, c'est que le film a fait un tel tabac qu'il y a eu non seulement des suites ( mais dans ma tête ça s'arrête à 2!), des figurines, tout un tas de posters, des badges comme le mien trouzmille produits dérivés, y compris une série animée ( où pour la version française, c'est Maurice " boulette" Sarfati qui double les personnages de fantômes)

Bon évidemment, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard ( invasion de fantômes et de démons à New-York et 3 couillons chercheurs en parapsychologie fraîchement licenciés vont en profiter pour monter leur petite entreprise, qui fait vite un carton) et on s'en fout parce que c'est de la pure comédie. Dan Aykroyd, Bill Murray et le regretté Harold Ramis ( né en 1944, mort en 2014, encore des chiffres en 4) sont à donf' et c'est hilarant. Mention spéciale aussi à Rick Moranis, le comptable casse-burnes accro aux vitamines et aux vidéos de fitness, possédé par un esprit qui dot avoir 5 ans d'âge mental.

Ce qui me fait beaucoup rire c'est que l'image des chasseurs de fantômes transportant partout un matos électronique qui bipe et clignote a tellement été scellée dans l'esprit des gens par le film, que même les illuminés qui veulent faire un business paranormal ou simplement des vidéos de chasse au fantôme ont le même genre de bidules, tout en se prétendant sérieux. Parce que chasser les fantômes à l'ancienne, avec du gros sel, ça n'impressionne personne probablement.

Mais oui, c'est vraiment le genre de film à voir/ revoir sans espérer un scénario profond, parce que franchement les fantômes sont tous plus cocasse les uns que les autres. Dois-je rappeler que l'image la plus mémorable du film est une mascotte chamallow géante qui fout le zbeul en ville et parodie King Kong?  A voir sans se prendre la tête. D'ailleurs, ça va aussi être le cas du suivant.
la frousse!

Juste pour le plaisir, parce que quand même c'est une BO absolument dingue, qu'elle était partout à l'époque et qu'on s'ambiance toujours autant sur la chanson titre. Du moins, moi!
Ray Parker Jr - Ghostbusters


Haaa, les néons, les coiffures, les fringues, c'est un concentré des années 80!

Ha et pour la petite info, si on va à New-York, on peut aller voir a caserne de pompiers qui sert de décor au QG des chasseurs de fantômes. Ici. J'y penserai quand j'aurai l'occasion d'y aller.

mardi 3 septembre 2024

Rocketman (film 2019)

Profitant de quelques jours de vacances dans une location où il y avait une télé et netflix, j'en ai un peu profité pour regarder ce film à côté duquel j'étais passée à sa sortie ( j'étais en Belgique à ce moment et je n'avais pas trop le temps d'aller au cinéma). Hasard des choses, Bruce Benamran a consacré il y a peu une vidéo à la thématique des biopics, et lorsque l'occasion s'st présentée, allez, zou, je vais tenter, il a dit que celui là était bien.

Et surtout sa vidéo était bien, expliquant ce qu'est un biopic, et aussi la différence entre téléfilm et film de cinéma, et aussi dans le cadre de raconter l'histoire de quelqu'un, le documentaire" à partir de 2 exemples, sur le même sujet et à la même époque, à savoir Bohemian Rhapsody et Rocketman.
Je le cite: " pourquoi Bohemian rhapsody c'est de la daube, et Rocketman c'est de la balle, alors que sur le papier, les deux sont similaires". Et c'est là qu'intervient la notion de téléfilms, de narration platounette au format " and then" ( et après, et après qui rend l'intrigue ultra linéaire).

Je précise à toute fin utile que je ne suis pas du tout friande de biopics, et que je me pose souvent la question du public visé.
Si c'est un public de novices, ben.. franchement une page Wikipédia ou un bon documentaire font parfaitement l'affaire pour en apprendre plus sur le personnage centra, que ce soit Freddie Mercury, Napoléon, Maire Curie, Lincoln, Edith Piaf ou peu importe.
Si c'est pour un public de fans de la personne en question, ça n'apporte rien qu'on ne sache déjà. Et c'est exactement pour ça que même en tant que fan de Queen, je refuse de voir Bohemian Rhapsody, je sais déjà que je vais m'arracher les cheveux en maudissant le scénariste face aux erreurs grossières - voire à la malhonnêteté de rendre la réalité encore plus spectaculaire qu'elle ne l'est déjà.  Bruce le mentionne d'ailleurs dans sa vidéo.

Mais bon va pour Rocketman, je sais quand même qui est Elton John, je connais quelques chansons sans avoir encore exploré toute sa discographie, je le respecte en tant que compositeur, et j'ai souvent trouvé que c'était un excellent musicien qui a fait pas mal de daubes - pardon de chansons alimentaires - qui ont été justement les plus diffusées et mises en avant. Je me doute qu'il y a beaucoup de pépites que je ne connais pas encore, et de toute façons, il y en a que j'aime bien malgré tout.

Un film dont je n'attendais pas grand chose et qui s'avère une excellente surprise


Donc si vous avez vu le film ou écouté la vidéo de Bruce, notamment sur le point de la ressemblance ou pas, je confirme ce qu'il dit.
J'ai bien aimé aussi la construction qui alterne les séquences de réunions de désintoxication et les passages de comédie musicale où les textes des chansons , sous-titrés, sont mises en avant comme éléments de la narration. Ce sont pourtant des chansons écrites à divers moments, mais dont je n'avais jamais vraiment réfléchi au sens profonds (au point de se dire " ha oui, quand même, ce que je prenais pour une chansonnette un peu anodine comme Tiny Dancer ou Rocketman portait pourtant clairement dans les textes le signe de la dépression... d'ailleurs lors d'une des premières auditions que passe Elton, le manager de la maison de disques lui reproche de ne jouer que des chansons tristes).

Et j'ai beaucoup aimé attention MINI SPOILER! ( mais je ne peux pas développer sans ça, allez d'abord voir le film)
...la narration des séquences de groupes de paroles. Au départ dans une ambiance morose, où tout le monde est vêtu de gris, de couleurs passés, dans un monde délavée, arrive comme .. une fusée un type extravaguant, vêtu d'une tenue orange vif à paillettes, avec des ailes rouges, un casque surmonté de cornes de diable, des lunettes en forme de coeur.
Discrétion toute relative... Mais le costume est magnifique. Et j'aime les gens farfelus.

Il est littéralement haut en couleur, et après quelques fanfaronnades, il décline son identité " Elton, Hercules John" et la liste tragique de ses addictions : alcool, cocaïne, cannabis, shopping, nourriture, sexe, problèmes de maîtrise de la colère... avant de fondre en larmes en racontant, avec parfois quelques mensonges et arrangements qui disparaissent peu à peu, une histoire, celle de Reginald.
Un petit garçon doué pour le piano, que ses deux parents méprisent. Il est timide et discret, et au fil du temps va se constituer une armure pour résister à la pression sociale, à l'indifférence de ses parents, au mépris qu'il a pour lui même lorsqu'il doit se rendre à l'évidence: il est homosexuel, hypersensible et, en essayant de cacher aux autres et à lui-même sa nature, il s'en est éloigné au point de ne plus savoir qui il est. Reginald est devenu Elton pour la scène, et Elton a adopté des tenues toujours plus extravagantes  au fil des séquences musicales (un hourrah pour le costumier qui a fait un travail de dingue, reprenant exactement les costumes de scène des réels concerts) pour cacher de plus en plus son identité. En parallèle, l'Elton qui se confie aux autres, des gens banals qui ont les mêmes problèmes que lui, redevient banal, un type parmi tant d'autres, c'est Reginald qui doit faire la paix avec son moi. L'idée de le faire se dépouiller pièce par pièce de son flamboyant costume, les cornes, puis le casque, puis les ailes, puis .. on le voit en robe de chambre, puis en tenue de monsieur tout le monde est excellente. Une autre séquence le voit dépouillé, par les autres, de son costume - armure, il vient de tenter de se suicider et est réanimé: la vedette, mise à nue au sens strict, est un homme vulnérable, comme les autres, de manière d'autant plus tragique qu'il refuse cette vulnérabilité que l'acteur, excellent, fait éclater à chaque instant.

Autre idée intéressante, l'action est commentée par les vrais textes des chansons, qui prennent donc une autre dimension. C'est l'histoire de Reginald/ Elton, dans toute sa grandiloquence et sa démesure, mais.. on en oublie paradoxalement qu'il s'agit d'un personnage réel et encore vivant. Au delà de ça, on aurait pu donner n'importe quel nom au personnage central, Peter, Joe ou quoi que ce soit, c'est l'histoire surréaliste d'un musicien talentueux, happé très jeune par le star system, trop naïf pour voir qui veut réellement son bien et qui l'exploite (ici, son ami de toujours Bernie Taupin) et qui le manipule ( le type qui devient son petit ami et joue avec ses sentiments, afin de mettre le grappin sur une vedette bankable et vivre à ses crochets). C'est l'histoire de n'importe quelle vedette qui perd pied, sombre dans l'alcool et/ ou la drogue à force d'oublier  d'être soi. La phrase peut-être la plus triste qu'il dit en thérapie c'est " j'ai commencé à être un connard en 1975... mais j'ai oublié d'arrêter de l'être", ce qui a fait fuir ses vrais amis.

Donc oui, je confirme, au delà du biopic d'un individu particulier, il y a des choses plus universelles, sur le talent, le don, l'identité, la dépression, et aussi un critique du star system de l'époque, où il faut se contraindre à suivre la mode, se faire un rail comme tout le monde pour s'intégrer, accepter d'être celui aux crochets duquel beaucoup de parasites vivent... quitte à risquer sa propre santé mentale. Et ça, ça en fait une réussite, pour peu qu'on aime les choses .. hautes en couleur ( mais bon, je suis le genre à estimer que Phantom of the Paradise, autre comédie musicale qui critique le star system et ses requins, est le meilleur film de De Palma. Il y a quelques passages où on fait remarquer avec humour qu'Elton est talentueux, a une belle voix, maiiiis qu'il vaudrait mieux que ses chansons soit chantées par exemple par Bernie, qui ne sait pas chanter mais est visuellement plus attrayant que ce petit bonhomme roux à grosses lunettes, ou d'autres ou sans un mot, on suggère qu'il se dégarnit. Même dans le monde glamour du showbiz, son apparence le place en décalage.

Et paradoxe, Rocketman a fait moins bien en termes d'entrées que Bohemian Rhapsody, tout en étant plus... cinématographique, donc. La faute, d'après les expert à un classement " interdit aux moins de 13 ans", parce la réalisation n'a pas essayé de lisser l'image d'Elton, qui, oui est un connard, un connard touchant, mais un connard quand même, et un drogué, et qui sniffe de la cocaïne, de manière visible à l'écran, à une scène de sexe ( plutôt soft quand même) entre hommes, et une allégorie des orgies assez claire.

Allez, petit dernier pour la route: les chansons du film sont chantées par les acteurs, et si Taron Egerton ne ressemble pas  vraiment physiquement à Elton John - et on s'en fout- il fait un job phénoménal au niveau du chant. Pour le coup là, sa voix est très très proche de celle d'Elton jeune, moins dans le timbre que dans l'intention et l'expressivité, et ce n'est pas un mince compliment. Ha et il y a aussi Jamie Bell, le jeune prodige de Billy Eliott, devenu adulte, dans le rôle de Bernie Taupin. Je ne l'aurais jamais reconnu et c'est une excellente surprise. L'acteur qui tient le rôle du manager Reid est aussi excellent, il arrive à rendre son personnage calculateur et détestable à souhait.

Du coup, j'ai bien envie d'aller chercher Two Rooms, le documentaire sur la collaboration entre Elton John et Bernie Taupin.
et allez, une petite sélection des tubes qu'on y entend parce que c'est toujours cool de les réécouter, en version d'origine: Honky Cat, Your Song, Crocodile Rock, Tiny Dancer, Don't go breaking my heart, Pinball Wizard, Don't let the sun go down on me, Goodbye Yellow Brick Road, Rocketman (hoo le double sens du mec qui part en fusée " I'm going to be high as a kite by then"), I'm still Standing ( j'aime le décalage entre les paroles ultra déprimantes et la musique péchue). Version de Taron Egerton, je vais le suivre lui, parce qu'il pourrait envisager une carrière dans le chant sans souci, il a une voix puissante et ça commence à devenir rare. Et pas d'autotune bordel! ça fait plaisir.

Duo Elton/ Taron sur Your song. J'apprécie qu'il ait adapté la chanson pour sa voix qui est devenue plus grave avec l'âge ( il a 72 ans là), mais reste expressive, ses capacités pianistiques sont inatctes ( formation classique, et ça s'entend) et le duo est adorable entre le vrai de vrai et sa version cinématographique.




 J'ai hésité entre comédie musicale, film qui m'a fait découvrir un acteur ( je ne connaissais pas du tout l'acteur principal), un film basé sur des faits réels (et validé par Elton lui-même), un film LGBT ( bon on connait le monsieur et son homosexualité, mais il n'y a pas de militantisme, même si la difficulté d'avouer à ses proche, la menace de cette révélation sur une carrière artistique dans les années 1970 sont évoquées, ce n'est pas ce qui est mis le plus en avant), film sur une addiction ( alcoolisme, cocaïnomanie, addiction au cannabis, au achats compulsifs..) .. tout ça pourrait convenir

Donc la catégorie qui correspond le mieux c'est


catégorie " un film dont le titre est issu d'une chanson", puisque c'est très exactement le titre de l'une des chansons les plus connues d'Elton John. Yep, une chanson qui parle à mots à peine couverts de drogue, pour intituler un film dont c'est le sujet central


dimanche 12 mai 2024

Rafiki ( film, 2018)

 Dans le cadre du mois de la culture africaine ( ou plutôt, du printemps, puisque les animations s'enchainent en fait sur au moins 2 mois et demi), la bibliothèque où je vais bientôt travailler proposait hier une projection d'un film africain, sans dévoiler le titre, c'était la surprise.
Donc, puisque j'ai eu peu l'occasion de voir de films africains, allons y.

Et ça a été franchement une très très bonne surprise, que je rapproche, par son sujet et son traitement de l'excellent " Et puis nous danserons", mon petit coup de coeur de ces dernières années, mais aussi de "Papicha", pour l'envie de montrer des femmes essayant de lutter à leur manière contre les traditions sclérosées de leur pays, et de montrer une image jeune, et dynamique des pays africains.
La mise en relation des trois en d'ailleurs temporellement pertinente, puisque les trois datent de a même période, soit 2018/ 2019 ( prenant en compte le temps nécessaire au tournage souvent compliqué, de ce genre de films)

un film kenyan, ce n'est pas si courant, et sur ce sujet, c'est presque une anomalie


Un vent de liberté cinématographique souffle donc, au nord au centre de l'Afrique, dans le Caucase... les gens en ont marre de subir des politiques qui les brident dans leur vie quotidienne et le font savoir.

Donc de quoi s'agit -t-il? Pour le titre, je n'ai pas trouvé la traduction, ce n'est pas le nom d'un des personnages, donc... aucune idée. Les film est kényan, les personnages s'expriment le plus souvent en anglais ( pour les dialogues intergénérationnels), et ponctuellement en swahili, principalement entre jeunes des couches sociales les moins favorisées ( a fille de bonne famille parle anglais aussi avec ses copines, tandis que celle qui est une classe moins aisée parle swahili avec ses amis)

Et donc, le sujet. C'est une histoire d'amour, mais.. pas cucul-la-praline. Une histoire de Roméo et Juliette, avec des familles qui s'opposent politiquement sauf que..
Ici ce n'est pas Roméo et Juliette, mais Juliette et Juliette.
Sauf qu'on est au Kénya, un pays où l'homosexualité est passible de 14 ans de prison pour les hommes, tandis que comme souvent, le cas des femmes est plus flou. La loi est très claire concernant les hommes mais les femmes, si elles sont victimes d'ostracisme, de moqueries, de violence, sont moins à risque de subir une peine de prison ( c'était d'ailleurs aussi le cas en Europe il y a encore quelques décennies: il semble que mondialement,  les lesbiennes font moins peur que les gays, visiblement, et sont relativement mieux tolérées que les homosexuels, socialement)

Le film a été considéré par les médias européens, comme vieillot dans son traitement, parce qu'il reste délicat et pudique, alors qu'en Europe, on se tape des versions crues, souvent vues par un homme, hein, la Vie d'Adèle était loin d'avoir la subtilité de son origine " Le bleu est une couleur chaude", et je l'ai tellement trouvé bof que je ne l'ai même pas chroniqué, ni n'ai l'intention de le faire, l'auteur de la BD a dit son opinion et toute sa déception à ce sujet)
Or là, le film a été interdit dans son pays d'origine, pour sa dernière séquence ouverte, qui donne une piste comme quoi les deux femmes qui ont été séparées n'ont aucune envie de mettre fin à leur relation. C'est dire si le sujet est encore tabou au Kenya, dont la loi anti homosexuelle a été depuis le film, encore durcie. et ne parlons pas de l'Ouganda, qui tente au mieux de mettre en place une peine de prison a vie, au pire une peine de mort.. provoquant la fuite massive des personnes concernées qui risquent leur vie à être elles-mêmes.

Donc, deux Juliettes , lycéennes kenyanes qui attendent les résultats de leur bac.
Il y a Kena, grande mince, plate, au style androgyne, aux loisirs "de garçon", elle aime faire du skate et jouer au foot avec ses copains, donc Blacksta, un brave gars, marrant, dragueur.. qui l'adore sans vraiment oser se déclarer, exactement parce qu'elle n'est pas comme les autres filles avec qui il sort. Il drague les autres mais l'aime, elle, en espérant qu'un jour elle se rende compte qu'il est un type bien ( même si ses arguments sont économiques et patriarcaux: il pourra lui faire une vie confortable, l'argent, c'est ce que tout le monde veut... etc...)
Kena, c'est typiquement le garçon manqué qu'on s'attend à trouver dans un film américain.. mais beaucoup moins dans un film kenyan.  C'est aussi la bonne élève qui a d'excellentes notes, un projet d'étudier en école d'infirmière. Ses parents sont divorcés, elle habite avec sa mère, et travaille avec son père, épicier, qui mène aussi une campagne pour des élections locales.
Et il y a Ziki. Elle, elle ne détonnerait pas si l'histoire se passait au Japon, à Harajuku ou à Shibuya: vêtements fluos, tresses roses, maquillage outré, robes à fleurs, sandales, c'est le prototype de la fille branchée, qui passe plus de temps à sortir en clubs qu'à étudier, et n'a donc pas des notes et un horizon formidable professionnellement. Mais elle est de famille riche, et son rêve est d'aller voyager de par le monde, de se présenter aux gens et de rire partout " je suis kényane, et je suis sure que ce n'est pas comme ça que vous imaginiez une jeune kenyane, l'Afrique n'est pas ce que vous pensez".
Problème, elle est aussi la fille de l'opposant politique du père de Kena.

Des filles, donc, différentes des clichés sur l'Afrique, qui, malgré leurs différences de style, de niveau social, d'objectif de vie, font connaissance et se stimulent à ne pas se limiter aux carcans que leur impose la société , Ziki poussant Kena a envisage mieux qu'être simplement infirmière, l'excellence de ses notes lui ouvrant la possibilité de faire des études de médecine, soit le travail rêvé.. des hommes, ou du moins du gendre idéal que la mère de Kena espère voir un jour sa fille lui ramener... sans se douter qu'elle est plus sensible aux charmes de sa camarade.
Les deux filles ne sont d'ailleurs pas dupes et se rendent très vite compte que leur amitié est bien plus que ça... En fait, les seules personnes que cette relation ne gêne pas sont elle même, et lorsque les choses se sauront, le père de Kena qui trouve que le bien être de sa fille est plus important que les élections, et la mère de Ziki, qui l'envoie à Londres quelques années, le temps que les choses se tassent Précisément, dans un pays, et une ville, qui sont beaucoup plus tolérants sur ces questions.
Les deux autres parents, eux, sont du côté intolérant: le père de Ziki ne voit que les retombées négatives que l'homosexualité de sa fille pourrait avoir sur sa campagne électorale ( et représente donc le blocage politique), et la mère de Kena, hyper religieuse, accuse le père de Kena, qui, pour elle, est responsable du fait que sa fille soit la proie des démons, et se met donc en tête de la faire exorciser pour régler le souci ( et cette fois, c'est le blocage religieux)
Et il y a les autres, les copains de Kena, les copines de Ziki, les commères du marché, les policiers qui s'amusent de la situation lorsque les filles sont découvertes et tabassées... qui représentent le blocage social. Blacksta est un peu à part, il soutient Kena et de la rejette pas lorsqu'elle vient chercher refuge chez lui mais... ne peut pas vraiment accepter sa défaite en tant qu'homme , qui ne pourra jamais avoir la fille qui lui plait.
Et il y a l'homosexuel, rôle muet, qu'on voit passer sur le marché, moqué, harcelé, souvent pourvu d'un pansement ou d'un coquard ( et je pense que c'est aussi une prise de pouvoir pour Kena d'opter pour une carrière de médecin, une manière peut-être de " réparer" ceux qu'on exclut). J'ai beaucoup aimé la séquence ou elle va finalement s'assoir près de lui, sur un banc, sans un mot. Rejoignant le banc des exclus, des accusés, la minorité silencieuse, mais dont le silence est aussi une révolte.
La manière de films est intéressant. Il y a des parallèles clairs avec Et puis nous danserons, dans la volonté de montrer par petites touches le poids de la tradition, de la religion ( ici une jarre traditionnelle géorgienne, un chapeau de berger caucasien, là un tissu wax, des tresses munies de coquillages...) à l'opposé de la fête foraine, la boîte de nuit, des vêtement à l'européenne..mais là où le film géorgien montrait assez souvent l'espace, la campagne, la liberté, le film kényan enferme ses personnages dans l'image: des grilles, des barreaux, des rideaux de perle qui séparent les personnages une ville très verticale survolée d'un hélicoptère de surveillance. C'est une manière intéressante de faire passer le message que tout le pays est une prison, où les murs ont des oreilles et des yeux.

Autre point intéressant, la réalisatrice est militante féministe, mais aussi d'un mouvement esthétique " Afro Bubblegum", caractérisé par des couleurs vives, volontiers jaunes, roses, fluos assez pop-art... pour montrer un côté plus moderne de l'Afrique, qui n'est pas que tons terreux et cases dans la brousse.
Une très jolie découverte, donc, qui me permet de valider une catégorie 2020
(et je me rends compte que ça devient rarissime, un film qui commence par le générique de début, on est plus habitués depuis quelques années à avoir au moins une séquence pré-générique, parfois même tellement longue d'on attend 10 bonnes minutes pour avoir le titre. C'est peut être aussi ce qui l'a fait classer comme " désuet" en Europe, mais d'un point de vue personnel, je préfère ça. C'est tout bête mais, entrer dans l'histoire, en sortir 5 minutes plus tard pour le générique et essayer de reprendre le fil de la narration, je trouve ça pénible. Je préfère cette manière de faire: générique, titre, hop, c'est plié, l'histoire peut commencer)

Pour ceux qui veulent le voir , il y a deux possibilités:
- soit vous êtes avignonnais, avec une carte de lecteur à la bibliothèque, et il est visible gratuitement sur le site de la bibli, dans la collection vidéo
- soit vous n'avez pas la chance ( ou la malchance) d'être avignonnais et donc.. Ho, mais le voilà disponible sur mon site chouchou, Universciné!

un film réalisé par une femme
bonus catégories: film ou on entend deux langues ( anglais et swahili)

mercredi 20 décembre 2023

Conann ( film 2023)

Attention: OVNI cinématographique qui ne plaira pas à tout le monde, autant le dire de suite. On est clairement dans le cinéma underground, voire expérimental. Pour ceux qui connaissant, c'est très proche du théâtre grand-guignol. Voilà, c'est dit.

Mais le synopsis m'a intéressée: une relecture de Conan le barbare, mais en transposant dans une univers presque 100% féminin. Les quelques hommes du casting jouent des rôles aux noms féminins, les rôles aux noms masculins sont tenus par des femmes ( Le chien Rainer - allégorie du passeur entre le monde des morts et des vivants est un rôle tenu par une actrice, sa " soeur" au nom féminin est tenue par un homme)

j'aime beaucoup cette affiche qui est une fausse piste et ne présente qu'un visage parmi les 6 Conann successives


Conann ( avec ses 2 n) est une barbare, enlevée par une horde de femmes barbares, contrainte dès le début du film à commettre l'acte le plus barbare possible (qui va avoir un pendant à la toute fin), et qui poussée par un désir de vengeance, va sombrer à son tour dans la violence, pour la violence.
Le rôle est tenu par 6 actrices qui se succèdent chacune représentant Conann à un nouvel âge (15 ans, 25 ans, 35 ans..).. chacune étant rapidement trucidée par son "âge" suivant, sous le regard ( et l'appareil photo) d'un chien humanoïde nommé Rainer.

 Je ne connaissais pas le réalisateur, je suis allée le voir par hasard, et je dois avouer que, vu que la narration est très complexe, j’ai décidé de le prendre comme un truc totalement expérimental, foncièrement irréaliste et très théâtral (l’ultra violence exprimée avec... des paillettes partout... ok, pourquoi pas, dénoncer l’esthétisation de la violence et le monde des paillettes en en faisant des caisses avec l’esthétique et les paillettes. Je me suis même demandé si ce côté très " de bric, de broc, de paillettes et de couvertures de survie" avait été motivé par un manque d’argent, donc ” on a pas assez de pognon pour les costumes et les effets spéciaux, donc on prend tout ce qu’on trouve qui brille mais est cheap et en montrant bien le côté fauché pour participer à la métaphore sur la gloire et le pouvoir factices.

C'est très curieux de voir un film à la narration très compliquée, mais à la mise en scène parfaitement convaincante, à l'esthétique très particulière, aux actrices toutes excellentes qui représentent toute une nouvelle facette de la violence : la barbarie, la vengeance, la soif de pouvoir via l'armée et la dictature, la soif de pouvoir via l'argent, où une femme riche peut contraindre des artistes à commettre l'acte le plus avilissant possible en leur agitant sous le nez la promesse de l'argent facile. leur fausseté n'en est d'ailleurs que plus éclatante.
Au fur et à mesure que le film progresse, on passe de la violence pour des motifs basiques et personnels ( survivre et se venger de son ennemi) au raffinement de cruauté et de sadisme caché sous le couvert du pouvoir ou du glamour.
Et dans cette progression, Conann qui tente de s'en sortir ( au milieu du film) ne peut qu'être victime d'elle même, encore et encore.
Il y a quelque chose d'intéressant dans l'idée - déprimante - que la survie ne peut passer que par le fait de tuer celle qu'on a été. Physiquement dans le film, mais allégoriquement dans l'idée: tuer ses rêves, ses espoirs, ses projets au point d'en arriver à n'être plus qu'une coquille vide d'humanité.
D'ailleurs la Conann de 45 ans, militaire et dictatrice en arrive à la conclusion qu'étant au sommet, elle a mis tout le monde à sa botte: scientifiques, banquiers, politiciens, sur qui elle a pouvoir de vie et de mort, et qu'elle n' a plus d'ennemi humain à combattre. Le seul ennemi qui lui reste est invincible, et inévitable: la vieillesse.

Ben, malgré la narration fouillis, j’ai bien aimé ce parti pris esthétique, les références à l’expressionnisme, the naked lunch (affiché dans la séquence du Bronx, mais qui prend un autre sens dans l'avant dernière séquence)...
On est même assez nombreux dans la salle à s’être marrés sur la réplique ” Madame est servie” sortie de nulle part, tellement ce ... disons ce jeu de mots "tranche" avec le reste de l’ambiance pas franchement humoristique.

Bon oui, je l’ai trouvé un peu long par moments, et je suis sortie en me disant qu’il aurait plus sa place dans une installation d’art contemporain que dans un festival de cinéma.
Mais je préfère voir un film avec un parti pris radical et s’y tenir au risque de se casser le gueule, que d’en voir un qui va dans le consensus mou, pour ne vexer personne, et sera oublié dès la sortie de la salle (en plus , faire du " qui plaît à tout le monde” ce n’est même pas l’assurance de ne pas se casser la gueule ... mais sans avoir rien tenté)

Evidemment, la fin risque d'en mettre mal à l'aise plus d'un, mais la manière dont c'est fait reste finalement très irréaliste, et donc très allégorique. du coup, pour moi ça passe, ce n'est pas le genre de film qui me retourne l'estomac: beaucoup de passages sont en noir et blanc, l'emploi de la couleur a un sens dans la narration et de toute façon, le sang est trop rouge, les effets spéciaux et les masques trop foncièrement irréalistes pour que ça bascule du chelou dans le gore. Mais en tout cas la violence n'est PAS gratuite, puisque le film est une réflexion sur ses différentes formes et sa représentation.

Donc là question choix esthétique radical et créativité perchée, rien à redire. Mais ou,i je l’ai plus pris comme une installation vue de divers côtés que comme un film qui raconte une histoire linéaire en fait. Je ne vais pas, loin de là, voir uniquement des films inclassables mais de temps en temps, j’aime bien tomber sur quelque chose qui sort vraiment de l’ordinaire.

Les gens devaient s’attendre à ça d’ailleurs, parce qu’il y avait pas mal de monde pour un mardi après-midi et personne n’est parti avant la fin, c’est presque une prouesse pour un film aussi...ben expérimental, c’est le mot. Je précise qu’il s’agit d’un cinéma d’art et essai qui propose souvent des programmes très barrés et expérimentaux. Je ne connaissais donc pas le réalisateur, mais je connais bien le lieu et ses choix de programmation souvent bizarres.

C'est même très étonnant qu'un film aussi perché ait été présenté à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes. En tout cas rassurez-vous, les actrices vont toutes bien, et ici,  on peut entendre le témoignage de Sandra Parfait ( Conann à 35 ans, celle qui a le plus long temps d'écran, le plus de dialogues, et le rôle le plus " sympathique" dirons nous), sur ce qui l'a amenée à participer à un projet aussi étrange ( et expliquer qu'étonnamment, si le film est le plus souvent très sérieux, elle se sont souvent marrées sur le tournage) . En tout cas c'est une découverte et je suivrai volontiers sa carrière. jolie découverte aussi Elina Löwenstein, et son accent allemand, dont on ne voit jamais le vrai visage, cachée sous son masque de chien.

Inclassable, faute de mieux ce sera " film avec un animal qui parle"
mais si je n'avais pas encore validé ces catégories, il aurait fait le super combo
- Film avec un meurtre
- film où on peut entendre plusieurs langues ( français, anglais et allemand)
- Film qui commence par la fin de l'intrigue
- Film qui m'a fait découvrir un réalisateur
- Film dont un personnage est joué par plusieurs actrices

samedi 16 décembre 2023

Mars Express ( film d'animation 2023)

Arrêtez tout et allez le voir sur grand écran. C'est une pépite!


Quoi, il faut que je développe?

Bon alors:

- Film d'animation français, et ça fait longtemps que je dis que l'animation française est de qualité.

- Réalisé par un quasi-inconnu dont c'est le premier long métrage, et il met la barre très très haut.

- Mélange de science fiction, d'action et d'enquête policière, ça rappellera aux amateurs Blade Runner, Ghost in the shell ou l'excellente série Psychopass. Avec un peu de Real humans par ici, même un peu Ai no kusabi ( court film animé érotique japonais, très peu connu), non pour le côté érotique mais pour l'ambiance générale et le côté lutte des classes. en tout cas, ça m'y a fait penser par moments.
Le Vagabond des limbes aussi pour le côté visuel.

- Des thèmes courants dans la SF: intelligence artificielle, piratage informatique, développement d'une conscience chez les robots, conflit entre les classes sociales, conquête et terraformation de Mars.. ça parait beaucoup et pourtant ils sont abordés de manière cohérente, dense, et novatrice.
Et pourtant les 1h28 du film passent comme une lettre à la poste, c'est même tellement riche et dense que j'ai eu l'impression qu'il était plus long, non par ennui, mais bien parce que je n'en reviens pas qu'il puisse dire autant de choses en si peu de temps, et sans temps morts, MAIS sans précipiter l'action.

- Des personnages travaillés, une écriture intelligente qui arrive à faire saisir les enjeux, les caractères, la nouveauté du monde dans lequel tout ça se passe par petites touches sans appuyer la démonstration (pas besoin de récapituler les trois loi d'Asimov, elle sont visuellement illustrées)

- un monde " exotique", mais cohérent, qu'on arrive à saisir sans qu'il y ait de lourdeur narrative ( les pauvres, sur une Terre réduite au chômage par la robotisation généralisée, les riches qui se la coulent douce sur Mars, servis par une armada de robots de toutes sortes)

- Une parodie savoureuse des Elon Musk, Jeff Bezos et autres zinzins transhumanistes de l'espace.

- De l'humour, souvent vachard, mais jamais lourdingue, et surtout qui a une signification interne ( le robot "ancien modèle" qui ne peut pas faire sa mise à jour car il n'a plus assez de mémoire libre. On dirait mon ancien téléphone portable, tiens...)

- Un personnage central féminin dur à cuire, qui a un physique normal (ce n'est pas une super beauté), des vêtements normaux, des problèmes d'alcool et dont la normalité dénote dans le monde de super luxe où elle officie, sur Mars.

- Un scénario qui se plaît à perdre le spectateur, mais... les différentes pistes sont exploitées et se comprennent au fil de la progression. Ce n'est pas gratuit, soit ça contribue à donner de la profondeur aux personnages, soit ça fait avancer l'intrigue, soit les deux à la fois.

- Des petites trouvailles futées qui font dire " ha oui ça ce serait pas mal comme technologie" ( lorsqu'il y a un accident de voiture par exemple).
Ou même de pouvoir se dupliquer afin de pouvoir faire plusieurs choses à la fois, étudier et travailler par exemple. Haaaaa, envoyer mon double robotique gagner des sous à ma place!
Mention aussi spéciale au chat, qui fait comprendre en quelques secondes l'importance de la robotique dans cet univers,  dans les quelques premières minutes avant le générique. Ou " non pas ça quand même!" (la "location de cerveaux").
Ou un détail réaliste qui m'a faite marrer (la réunion en visio-conférence. Que ce soit par ordinateur: ça pixellise, ou via des lentilles spéciales: on ne peut pas y participer sans avoir reçu le lien de connexion)

- Une volonté d'aller vers la hard SF ( qui respecte les connaissance scientifiques du moment de la réalisation), or, sans faire absolument 100% vrai, l'auteur a tenté de s'en rapprocher pour garder une crédibilité scientifique.

Personnellement j'ai kiffé les différentes catégories sociales qui brouillent les limites: humains totalement humains, robots totalement robots, et .. entre les deux, humains "augmentés", dotés de nouvelles facultés par l'ingénierie cybernétique, et surtout les " sauvegardés" , humains décédés dont la conscience a été transférées dans un corps robotique, et qui poursuivent leur "vie" sous cette forme, non exempts de leurs anciens problèmes humains.
J'ai totalement kiffé Carlos de ce point de vue: arriver à rendre profondément humain un robot, anciennement militaire ( Robocop, mais en version sympa), " réincarné" dans un vieux modèle dont une des principales caractéristiques est d'afficher sa tête en hologramme ou des panneaux à messages " en charge", " no signal". Vraiment ce personnage est un réussite (mais j'avais aussi adoré Batô dans Ghost in the Shell, au moins autant que le major)
et encore?
Ce genre de plans:



- Des références visuelles à des choses qui n'ont rien à voir avec la SF, par exemple un café qui évoque Nighthawks d'Edward Hopper.
Ou le nom du campus " Alan Turing".

Allez, un mini regret: j'aurais juste aimé avoir quelques minutes de plus, pour voir être développé un personnage ultra secondaire, celui de la femme synthétique (robot sexuel du professeur d'université, bien plus "pratique" qu'une femme humaine à ses dires, car on peut la désactiver si elle devient trop encombrante) dorée, dotée d'une corne au milieu du front. Je trouve presque dommage d'avoir un personnage au design aussi original... et de ne le laisser qu'en second plan, alors que sa présence sur l'affiche et dans la bande annonce laissait supposer qu'elle aurait un rôle plus important.

Mais oui, sacré petit bijou, que ce soit du point de vue SF en général, ou du point de vue animation française ( qui fait plus souvent dans le conte ou le fantastique que dans la SF d'action)

La chronique et interview des auteurs sur France Culture.
La chronique du cinéphile
L'interview de Jerémie Perin par Nexus VI

vendredi 24 novembre 2023

Plumes ( film 2021)

 Hop, on continue le cinéma du vendredi soir , en piochant dans le catalogue du cinéma indépendant, parce que honnêtement, déjà, trouver des films égyptiens, ce n'est pas évident dans l'absolu.

L'affiche est plutôt joyeuse, mais je le dis d'emblée c'est très mais alors très trompeur.
Sauf sur " déroutant et sidérant"

Il était présenté comme film fantastique et comédie, et ce n'est pas vraiment, voire pas du tout le cas.
u contraire, ça commence dans une ambiance très mais alors très réaliste, autour d'une famille pauvre, le père, la mère et leur 3 enfants qui vivent dans un deux pièces miteux, dans un quartier défavorisé d'une ville non identifiée d'Egypte. Et ça commence par un suicide dans une cour d'usine. Hein, un film prétendument comique?!
Sans explication, donc la vie de la famille. Famille très traditionnelle, le père ne s'adresse à sa femme que pour lui donner l'argent pour les courses du jour, lui donner les consignes sur ce qu'il veut qu'elle fasse à manger ou les tâches de la journée. Il communique étonnamment plus avec ses enfants, probablement parce que ce sont des garçons, hein...
Arrive l'anniversaire d'un des fils, qui fête ses 4 ans, et les parents ont mis le paquet: tout l'immeuble est invité et on a même fait venir un magicien pour animer l'anniversaire. Le genre qui transforme une canne en bouquet, un mouchoir en papier en long ruban... un prestidigitateur donc.

Qui va réussir son tour suivant au delà des espérances, puisqu'il transforme, sans même savoir comment, le revêche père de famille en poulet. Et impossible de lui rendre forme humaine. Ni le magicien (qui quitte vite les lieux en douce, après avoir été traité de possédé, d'escroc, de sorcier...), ni le désenvoûtement par des marabouts douteux qui vivent dans les bidonvilles.
Il faut se rendre à l'évidence, non seulement le mari sous sa forme de volaille ne peut même plus faire la seule chose qu'il devait faire, à savoir travailler et gagner quelques sous, mais il a laissé s'accumuler les dettes en dépensant le maigre pécule en babioles ridicules.
Et maintenant il ne fait plus rien, à part coûter de l'argent en nourriture, en frais vétérinaire et fienter partout. Les maigres économies fondent vite. La dame soumise va devoir se prendre en main, chercher du travail, payer les arriérés de loyer et rembourser l'argent emprunté par-ci par là. Et qui peut bien donner un travail à une femme silencieuse, effacée et qui n' a pas d'expérience? L'usine où travaillait son mari ne recrute pas du femme, elle réussit à se faire engager comme servante chez une femme riche mais se fait licencier pour avoir volé des morceaux de viande destinés au rebuts.. La seule solution serait que l'aîné de ses fils, celui qui vient de fêter ses 4 ans, reprenne l'emploi de son père, mais pour ça il faut prouver qu'il a disparu ou est dans l'incapacité de travailler. Mais que faire, présenter un poulet à la police en disant " voilà, c'est mon mari, il a été transformé en poulet par un magicien"? Ce n'est pas franchement envisageable non plus.

Alors évidemment ici le fantastique n'est que l'excuse pour parler de l'Egypte défavorisée ( et clairement à ce niveau, il ne vend pas du rêve, défavorisée est un euphémisme, c'est le tiers-monde dans cette cité et même dans cette ville) et de la condition féminine: exclure socialement la moitié de la population pour la cantonner aux tâches domestiques est un très mauvais calcul, car personne ne peut plus vivre avec un seul salaire. Mais la condition de l'anonyme héroïne  n'est même pas la pire, même si elle est à deux doigts de la misère, et qu'elle ne peut plus payer le loyer de son taudis, elle a quand même un toit, et on la voit traverser au fil du film divers lieux : bidonvilles où survivent les migrants venus probablement du Soudan, ou villa avec piscine d'une femme aisée, mais tout y est dans un état de délabrement rare, et j'ai rarement vu un film avec autant de plans montrant des gens en train de compter de l'argent. Je pense comprendre où le réalisateur veut en venir... vu que la corruption est pointée à tous les niveaux.

Par contre je me demande pourquoi ce film est classé comme comédie, car il est tout sauf une comédie. Un drame sur la misère, une fable allégorique, oui.. mais pas franchement une comédie (le film s'ouvre d'emblée sur un suicide par immolation, sans explication, dont on se doute que l'explication viendra plus tard et que tout le film est un flashback qui va expliquer cette scène... sauf que même pas vraiment, au spectateur d'en décider). Sinon à ce tarif, il faudrait aussi prétendre que l'Assommoir est un livre humoristique.

Ceci dit, si je l'avais initialement prévu dans ma liste de films fantastiques d'octobre, je l'en ai retiré parce que le côté fantastique n'est que le début du sujet, et que c'est bien le côté misère et avenir sans espoir qui est au coeur du sujet. J'ai envie de penser que la femme qui essaye comme elle le peut de s'en sortir est, pour le réalisateur, une allégorie de l'Egypte tout entière, exploitée par un fonctionnariat corrompu, plus que la narration d'une histoire personnelle, mais franchement fait s'accrocher, c'est tout sauf un film facile. Je ne dirais pas que je n'ai pas aimé, mais... je regrette qu'il ait été présenté comme une comédie fantastique, car il n'est ni l'un ni l'autre. J'aurais été probablement moins interloquée en sachant le vrai sujet.

vendredi 3 novembre 2023

Wyrmwood, road of the dead ( film 2014)

 A la recherche d'un film pouvant faire office d'étape océanienne, histoire d'en avoir au moins un de chaque continent, j'ai donc cherché, jusqu'à trouver un film de zombies australien. MMM quand on sait ce que Peter Jackson a fait avec une histoire de zombies, ça menace de promettre.

Et un des autres critères était que les films soient récents, parce que je met souvent en avant des films anciens, voire très anciens, mais que je connais assez peu le cinéma récent, et si possible peu connus. Je n'ai jamais vu ce titre auparavant, donc, allons y.

Le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai été étonnée, mais plutôt dans le bon sens, c'est saignant, c'est violent, il y a un taux de " fuck!" à la minute que les chastes oreilles réprouveront, mais c'est totalement barré. Et souvent drôle.

Ah, non je conteste: bon déjà The Walking Dead est une série et ont peut difficilement comparer plusieurs heures à un film d'1h30.
Mais j'ai passé un bien meilleur moment avec ce film.
Pour TWD, la première saison était pas mal du tout, mais la seconde m'a saoulée très mais alors très rapidement, et je me suis arrêtée là tant j'avais envie de baffer les humains, tout ce que j'espérais c'est qu'ils se fassent bouffer le plus vite possible.

Quelque part en Australie, une chute de météorites a transformé pas mal de gens en zombies, on commence donc par un groupe de survivants qui se racontent comment ils en sont arrivés là: Benny chasseur aborigène raconte comment, alors qu'ils campaient, au matin, son frère avait été zombifié, et l'a poursuivi. Et déjà, c'est la poursuite la plus crédible que j'aie vue: le gars marche dans la forêt, son frère le suit. A une vitesse tortue, enfin, zombie.
Le second narrateur, Barry, explique " bah, ce matin j'ai tué ma fille et ma femme avec un pistolet à clous, pas de quoi en faire une histoire". Mec, t'as les nerfs les plus solides du monde. Déjà, quand sa frangine qui faisait des photos halloweenesques de deux femmes dans un studio le réveille en pleine nuit au téléphone pour lui dire " tout va bien? Les gens sont devenus dingues, j'ai du décapiter Sherry avec une pelle, va te mettre en sureté", le gars ne lui pose pas plus de question que ça, puis reste super zen quand il entend un intrus dans la cuisine et se trouve nez à nez avec un zombie en train de se taper le contenu du frigo. Avant de le débiter , tranquillou pépère avec son matos de bricolage (mais non de dieu qui garde une hache dans le cellier, à côté de la cuisine) La gamine qui se réveille voit ses parents en train de hacher, sans jeu de mot, un mec dans la cuisine: " File dans ta chambre!" Et lorsqu'il s'agit de fuir en voiture, pas question de négliger les consignes de sécurité " va à l'arrière et met ta ceinture"
Après, se munir de masques de bricolage est une bonne idée car le virus zombifiant se propage dans l'air comme un rhume carabiné, et surtout très très rapide. Durée d'incubation, quelques secondes.
Les zombies ont une haleine de chacal expirent un air chargé en gaz contaminé et inflammable, mais seulement pendant la journée. La nuit, que dalle. Ce qui fait du zombie l'équivalent d'une fougère, qui fait de la photosynthèse pendant la journée et relâche des spores. Enfin un peu de nouveau dans le monde du ciné bis.

Bon alors, je note en cas d'invasion de zombie, outre la tondeuse à gazon de Peter Jackson, sont aussi efficaces la décapitation à coup de pelle, le coupage en deux à la hache, le cloutage, la batte de cricket, la masse de maçon, le harpon pour la chasse au requin ou foncer dans le tas en bagnole.
Donc, je prévois de me réfugier chez Monsieur Bricolage, Castorama ou Leroy Merlin. Ou Décath' ça marche aussi, rayon chasse, pêche et cricket.

Allez je ne vais pas tout vous débiter, mais c'est drôle, et punk comme j'aime, avec des petits clin d'oeil à Mad Max et Tank Girl, un peu à vendredi 13 aussi, et.. allez, juste pour vous donner une idée de à quel point c'est barré: bon sang le scientifique taré en combinaison jaune poussin qui danse sur du disco ou répète un solo de batterie en faisant des tests chelous, ou le copain zombie qu'on garde au congélateur entre deux surgelés . Et j'ai kiffé l'idée que si soudain , les liquides pétroliers ne soient plus inflammables, l'haleine de zombie l'est. Ta voiture est en panne, mets un zombie dans ton moteur, ou plutôt fais le souffler dans le réservoir 😂
Par contre ne vous attachez pas aux personnages, leur espérance de vie est très courte, du genre (vrais dialogues)

Bang!
- Mais qu'est-ce que tu as fait? T'es dingue?
- C'était un zombie!
- Mais non, il était normal!
- Il est vivant?
- Tu lui a fait sauter la tête, il est surtout très mort.

ou
- Hé laissez nous entrer, y'a des zombies de partout!
- Ok!
- Heu comment, on fait pour entrer?
- Ben, vous les laissez s'approcher et vous les contournez (genre, "mais c'est évident")
- D'accord.

A ce point là, je me dis que c'est une parodie volontaire de film d'action, et en particulier de Mad Max Fury Road, c'est pas possible autrement, le coup du carburant...
Ce n'est pas un film parfait évidemment, mais il m'a bien fait marrer. Que ce soit le scénario qui ne recule pas devant les idées loufoques, les effets spéciaux fauchés (c'est un film à très petit budget qui joue justement sur son manque de moyens), les références poilantes, et la bande son bien sympathique Rock/Disco/ funk , le fait que ce soit australien et donc qu'il ait un cachet particulier, moins standardisé que ce dont on a l'habitude dans les films américains. Les acteurs ne sont pas génialissimes question interprétation, mais disons que ça va, et au moins ça fait plaisir de voir des gens qui ont un physique dans la moyenne, et non des top-modèles.
Et puis bon la créativité pallie un peu les défauts, et c'est vraiment ce qui manque souvent, la créativité.
Donc une très bonne surprise indépendante.
Et c'est ici que ça se passe

 Apparemment il y a une suite "Wyrmwood Apocalypse" qui a moins convaincu les spectateurs, donc tenterais-je un jour?