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dimanche 7 juin 2026

Good Bye, Mr Head...


S'il y a bien un sujet que je ne pensais pas devoir aborder lors d'un mois anglais, c'est bien celui-ci. L'an dernier, à la même période, je parlais des frères  Head, Murray et Anthony, disais combien je les appréciais tous les deux chacun dans leur registre, sans imaginer une seule seconde que le plus jeune mourrait seulement un an plus tard, de manière inattendue. Mais vraiment, pile un an après, le 5 juin, qui est aussi l'anniversaire de ma mère. J'ai appris cette triste nouvelle en rentrant du traditionnel restau mère/fille. En 2012 , le 5 juin aussi, c'était Ray Bradbury qui tirait sa révérence et je l'ai également appris en revenant du restau.

Et ça m'attriste beaucoup, ce monsieur était si drôle, si sympathique, et les nombreux hommages que lui rendent les internautes et les autres acteurs et actrices qui ont travaillé avec lui confirment cette impression. Tous en dressent un portrait rare dans le monde du cinéma et de la télévision: un type intègre, modeste, amical, très accessible et très humain. Honnêtement, il le portait sur son visage.

Pour les gens de ma génération, il était avant tout Mr Giles, le bibliothécaire so british de la série "Buffy contre les vampires", un personnage secondaire, qui n'était pas prévu pour rester, mais qui a gagné très rapidement l'affection du public. Et ce alors qu'il s'agissait d'un personnage adulte, incarnant une certaine autorité, dans une série orientée pour un public ado, avec des personnages centraux lycéens. Seulement voilà, sous sa première apparence distante et sarcastique, Mr Giles, c'était un peu le tonton cool qu'on aurait tous voulu avoir: celui qui est marrant parce que décalé, qui rame avec la technologie, mais qui est fiable et toujours là pour aider et soutenir la troupe. Celui qui peut aussi vous laisser bouche bée, le jour où vous découvrez qu'il a un putain de talent pour la musique, que vous ne soupçonniez pas. Toujours ménager un effet de surprise, toujours!


 Un lien essentiel, bien plus qu'un faire valoir, et le public ne s'y est pas trompé. Certains espérant un spin-off centré sur CE personnage ( et j'en fait partie).
Et je pense que si ça a si bien marché, c'est précisément parce que l'acteur ne jouait pas le type cool, il était le type cool, qui a su mettre à l'aise l'équipe de jeunes acteurs autour de lui, et en être réellement le " tonton sympa".

Tout en développant un côté plus inquiétant à ce personnage de dandy aussi britannique qu'une tasse de thé, et donc le rendant d'autant plus intéressant. Pour moi, presque plus que Buffy, dont le nom est pourtant dans le titre, c'est Mr Giles qui est devenu le personnage central. Le décalage d'expérience d'acteurs, entre les jeunes américains débutants, et le quadragénaire anglais passé par le théâtre, y est surement pour beaucoup aussi.

Depuis je suis bibliothécaire moi aussi, et je regrette que mon travail n'inclue en fait pas la partie " chasse aux monstres et pieux dans le coeur" (et c'est parfois très tentant au quotidien), pfff c'est nul! Mais Mr Giles restera à jamais notre héros , à jamais dans nos mémoires de bibliothécaires.

Mais donc par la suite j'ai découvert ses publicités très drôles pour le café lyophilisé. Nescafé a choisi George Clooney puis Jean Dujardin pour être le visage de leur marque, mais dans les années 1980, outre-manche, leurs visages étaient un duo d'acteurs de théâtre alors peu connus, Sharon Maughan et Anthony Head, qui donc est resté pour les anglais " le gars de la campagne nescafé". La série de publicité est brillante et a été abordée par les acteurs exactement comme une pièce de théatre, en plusieurs scènes, qui déroulent une histoire entre voisins: une dame un peu snob arrive dans un nouvel appartement et tombe en panne de café pour son dîner sélect. Elle va donc sonner chez son voisin pour lui en emprunter et surprise: le voisin est le charme personnifié, regard pétillant et sourire ironique. C'est donc elle qui va le draguer très ouvertement au fil des épisodes, le monsieur se laissant bien évidement faire.
Je peux comprendre, mon voisin serait de ce genre, je pense que j'irais très régulièrement lui emprunter et lui rende des trucs, juste pour voir ce ravissant sourire...par contré désolée, mais, même avec tout le marketing du monde, je n'arrive pas à prendre la phrase " il a un goût très sophistiqué" pour du café lyophilisé😂Mais la manière dont l'actrice euphémise l'air de rien " I've popped in for coffee" avec un sourire rêveur lorsqu'on lui demande si elle a rencontré son voisin est extrêmement drôle. Je n'ai pas trouvé l'intégralité de la campagne ( 12 publicités qui passaient chacune pendant 6 mois et ont donc duré pendant 6 ans), mais en voilà quelques unes, c'est frais, c'est pétillant, c'est créatif... campagne nescafé années 1980. La campagne a eu tant de succès qu'elle a été parodiée par des humoristes qui imaginent comment s'est passé le tournage.

Parmi les choses que je n'ai pas vues mais dont j'ai entendu parler, il y a la série Merlin où il jouait, bien plus tard, le roi Uther Pendragon. Et une série audio puis télé " Little britain" où il jouait le rôle d'un premier ministre apparemment assez délirant.

Mais, encore autre chose: je croise les doigts pour qu'un enregistrement complet de bonne qualité existe et ressorte: le même, hein, le voisin charmant et charmeur, le bibliothécaire de combat - et accessoirement, charmant aussi -, le roi de Bretagne, le premier ministre a campé dans les années 1990 un Frank N Furter d'anthologie sur scène dans la version scénique de rocky Horror Show. et du peu que j'ai vu, et de l'enregistrement que j'ai trouvé de Sweet Transvestite, ça devait être épique. Non seulement il chante - et bien - mais il a l'air de s'éclater à le faire.

Voilà déjà une version filmée à la sauvette, faute de mieux.
Et la version disque de Sweet Transvestite. L'orchestration est plus pop que dans celle d'origine, chantée par le génialissime Tim Curry, mais je kiffe son interprétation ( pour l'anecdote, quelqu'un a posté le disque sur Facebook, et l'objet lui même est fait de manière très judicieuse p: une photo de l'acteur en costume de Frank y est imprimée de manière à ce que le trou pour l'axe de rotation du disque soit.. pile là où il faut de manière a utiliser le euh.. bitoniau en acier. Et oui, ça me fait marrer parce que c'est bien pensé. De toute façon, ce n'est pas avec le Rocky Horror Show qu'il faut faire dans la dentelle et la subtilité. c'est festif, c'est barré, c'est sexy, et Sweet Transvestite fait partie des chansons qui me collent une patate d'enfer et que je pourrais brailler à tue-tête sans la moindre honte)

Autre aventure théâtralo-musicale, dont j'ai trouvé seulement un court extrait: Vous connaissez la chanson "One Night in Bangkok", tube international de Murray Head? Bon. C'est en fait une chanson extraite d'une pièce musicale intitulé Chess, de Benny Anderson, l'un des B du groupe ABBA. Déjà, c'est improbable.
Encore plus improbable: le sujet: l'affrontement de deux grands maîtres d'échecs, lors du championnat du onde en Thaïlande. Murray Head tenait sur scène le rôle du champion américain (très largement inspiré du psychorigide Bobby Fisher). Et lorsqu'il a décidé d'arrêter probablement pour une tournée ou un film, ou que sais-je, le rôle a donc été repris par le petit frère. Hop, quatrième visage: le champion d'échecs psychorigide.

Encore plus improbable, et là je n'arrive pas à le trouver avec ST, tant ça a fait un flop: Repo, the Genetic opera, un opéra (hard)rock de SF horrifique, qui a l'air d'être un sacré nanar, mais que j'ai malgré tout envie de voir, précisément parce que le sujet est ultra perché ( dans une société où un virus cause des défaillances ultiples des organes, les ultra riches peuvent se faire opérer à prix d'or pour continuer à vitre. sauf qu'il s'agit non d'une achat, mais d'une location d'organes. S'ils arrêtent de payer, on leur envoie le Repo (pour repossesseur), les tuer et récupérer la précieuse marchandise pour le client suivant; Oui, c'est de la science TRES fiction, mais j'ai donc très envie de le voir dans un rôle de méchant. Le quinquagénaire normal que personne ne soupçonne devient un serial killer rien qu'en passant une porte...


Parce que c'était son talent, à ce monsieur au sympathique sourire, il savait passer d'un rôle à l'autre sans problème et pouvait devenir facilement angoissant en quelques instants.
Et ça c'est pour moi ce qui fait un grand acteur, il aurait franchement dû avoir une reconnaissance internationale bien plus importante. Un mystère pour moi: que personne n'ai visiblement jamais songé à lui proposer le rôle de James Bond. Il avait la diction, le talent, la classe anglaise parfaite pour ce rôle ( après il n'avait peut être pas spécialement de goût pour le cinéma, c'est une autre approche que de développer un personnage au fil des épisodes d'une série, ça peut être un choix personnel de carrière)

Mais qu'est-ce qu'il va me manquer! donc attendez vous à le revoir ici régulièrement quand j'aurais trouvé et regardé la foule de documents qui vont refaire surface suite à cette triste nouvelle. Et pensée toute spéciale à son grand frère.

samedi 6 juin 2026

quelques paléontologues britanniques à connaître - partie 1

 

Après les dragons, on va parles de "monstres" réels.
De ceux qui écumaient les mers et les terres britanniques au jurassique.
Et de paléontologues.

Oui, mais pas ceux à qui on pense en premier lieu, même si Sir Richard Owens est celui à qui on doit l'invention du mot " dinosaure", et qu'il méritera un sujet à lui tout seul, j'ai envie de commencer en mettant les dames à l'honneur.
Parce que mine de rien, on leur doit pas mal de découvertes majeures, et elles n'ont pas toujours été prise au sérieux à cause de leur genre, voyons mesdames, la science est une affaire d'hommes ( même si au XIX° siècle encore pétri de conviction religieuses, les paléontologues en général n'étaient pas franchement pris au sérieux. Oser remettre en question les écritures sacrées, le déluge, le fait que la Terre a 6000 ans, c'était au mieux farfelu, au pire, impie)
Et pourtant, on doit certaines découvertes absolument majeures à des femmes.

On commence par la fameuse carte interactive que j'avais déjà utilisée pour d'autres sujets, et qui montre où  se trouve un lieu de votre choix à différentes époques, voilà donc là où était Londres il y a 150 millions d'années, donc la la fin du jurassique.

Le point rouge indique Londres et on devine en dessous la France: Grande-Bretagne et France étaient situées à peu près au niveau du tropique du cancer et étaient un zone de hauts fonds, d'îles et de bras de mer peu profonds, ce qui explique la quantité de fossiles d'animaux marins qu'on y trouve encore. Sisi, ça va avoir un importance tout de suite.


statue en l'honneur de Mary Anning à Lyme Regis

La plus connue est probablement Mary Anning (1799-1847). Elle est revenue sur le devant de la scène après des décennies d'oubli, grâce qu roman "Prodigieuses créatures" de Tracy Chevalier. Mary cumulait les casseroles pour l'époque: femme, d'origine modeste née à Lyme Regis - façon gentille de dire "prolétaire de la cambrousse"- et autodidacte. Passe encore que la chasse aux fossiles soit le loisir de femmes de la bonne société tant qu'elles n'essayent pas de voler la vedette aux hommes, mais là, en plus, elle n'était ni de famille riche, ni même apparentée de loin à un scientifique.
Le roman nous la présente vers 13 ans, vendant les fossiles qu'elle ramassait sur la plage comme souvenir aux touristes de la station balnéaire de Lyme Regis, ce qui est tout à fait exact. Rompue dès son jeune âge à les trouver et les différencier, c'était un atout certain par rapport aux scientifiques " de musées" qui recevaient des fossiles fragmentaires, à la provenance pas toujours indiquée et devaient se débrouiller avec ça.
On doit donc à Mary la découverte du premier squelette complet d'ichtyosaure,  reptile marin auparavant connu seulement par quelques fragments, puis à 22 ans le premier plésiosaure ( Plesiosaurus dolichodeirus) qui devient l'holotype de l'espèce, et à 29 l'holotype du ptérosaure Dimorphodon ( nommé par R. Owens). Et malgré l'importance de ses découvertes, vu qu'elle les vendait pour vivre, son nom y a rarement été associé. a l'époque, on considérait comme découvreur en général.; l'acheteur du fossile, ou le collectionneur qui les classait.

On ne peut pas parler de Mary Anning sans parler se sa mentor et amie, Elizabeth Philpot (1780 -1857), l'autre chercheuse de fossile au centre de "Prodigieuses créatures. Si Mary s'est distinguée par ses découvertes de reptiles marins et volants, elizabeth s'est surtout intéressée aux poissons fossiles.
L'Eugnathus philpotae est d'ailleurs nommé en son honneur. Ayant trouvé que les belemnites sont de lointain parents des seiches et que leurs fossiles contiennent encore de l'encre sèche ( de l'encre de seiche sèche..:D) elle a l'idée d'essayer de la délayer en y ajoutant de l'eau. c'est un succès au point que l'encre en question est utilisée pour dessiner leurs trouvailles. Mais c'est surtout en tant que collectionneuses, elle et ses deux soeurs, qu'elles se sont illustrées. Leur collection est encore de nos jours utilisée comme référence par les scientifiques.

Il faut encore mentionner Mary Ann Mantell (1795-1869), découvreuse - ou co-découvreuse pour ceux qui ne veulent vraiment pas admettre qu'une femme puisque faire une découverte majeure - de l'Iguanodon, le deuxième fossile de dinosaure à être identifié. C'est elle qui a trouvé des dents fossiles et les a signalées à son mari. C'est lui qui est allé les présenter à la communauté scientifique. Sans elle, il ne les auraient pas vues. Et comme Mary Ann savait très bien dessiner, elle a produit une quantité de gravure détaillées de sa découverte. techniquement , on peut donc dire aussi qu'elle est la première dessinatrice de terrain en paléontologie.

Plus récentes, Helen Marguerite Muir-Wood (1895- 1968) a pu être réellement paléontologue de métier, et sous-conservatrice du musée d'histoire naturelle de Londres. Médaille Lyell (prix de géologie) en 1958 pour l'importance de ses travaux sur les brachiopodes ( mollusques à coquille) et Eleanor Mary Reid (1860- 1953), passée de professeur de mathématiques et physique - déjà c'était rare à cette époque- à paléobotaniste et géologue, grâce à son mari, lui même géologue et botaniste qui lui fait découvrir une discipline qui la passionne. Les deux travaille ensemble mais elle poursuit dans cette direction lorsque son mari décède, et obtient elle aussi la médaille Lyell en 1936

5 femmes paléontologues , vous voyez que la préhistoire et ses grosses bébetes c'est aussi un truc de filles!
Caution, this post contains SCIENCE!

jeudi 4 juin 2026

Le petit guide de Miss Percy ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson

 Alors  oui, j'ai vu que l'autrice st américaine, il n'empêche, je l'ai quand même intégré au mois anglais: l'action se passe en Angleterre, l'héroïne est très anglaise, la campagne où elle vit aussi et l'humour est so british... Et c'est un bonbon à déguster. Le bandeau que la bibliothèque à gardé dit en substance: si vous aimez le thé, les gâteaux, Jane Austen et les dragons, ce livre est pour vous. J'avoue ne pas encore avoir lu Jane Austen, mais avoir savouré ce pastiche fantastique, où une "vieille fille" anglaise des années 1820 hérite entre autres, d'un oeuf de dragon, légué par un lointain parent qu'elle a très peu connu.


Ca c'est une petite découverte conseillée par ma chef qui adore ce genre de livres: du fantastique (Cosy Fantasy officiellement, mais je le classe plus dans le fantastique, dans la mesure ou Miss Percy vit dans un environnement normal et a bi
en du mal à accepter l'irruption d'un dragon dans son quotidien), mais bourré d'humour volontiers absurde. Et dont le personnage central est une célibataire quadragénaire, qui n'a rien qui la distingue: pas de talent particulier, pas de capacité magique, c'est une femme absolument banale qui se retrouve dans une situation qui elle, ne l'est pas. Mais ça fait plaisir d'avoir une héroïne qui ne soit pas douée en tout, jeune et forcément jolie. Et en plus elle n'est pas, mais alors pas du tout du matin, rondouillarde et très portée sur les pâtisseries, au risque de faire craquer ses robes, ce qui me la rend encore plus sympathique! Et bien qu'effacée et subissant régulièrement le sale caractère de sa mégère de petite soeur, qui lui rappelle bien trop souvent qu'elle l'héberge gratuitement ( dans un coin de grenier inconfortable) en échange de l'utiliser comme bonne à tout faire gratuite, Miss Percy, au contact de son dragon, se sent elle aussi pousser des ailes. Et découvre qu'il n'est pas trop tard pour s'affirmer, ruer dans les brancards, et reprendre sa vie en main. Et s'autoriser un flirt avec un sympathique monsieur d'âge équivalent, malgré le fait que sa soeur lui rabâche sans cesse qu'elle n'a rien à attendre le vie et qu'elle est biologiquement périmée pour ce qui est de la descendance.

Le personnage masculin central n'est pas non plus un fier guerrier, un elfe, un magicien, forcément jeune et fringuant, mais un pasteur taillé comme une armoire à glace, quinquagénaire qui se dégarnit un peu. Et il est absolument chou, avec son sens de l'humour souvent absurde, voire plutôt noir!

Et ces deux-là vont se retrouver bien malgré eux "parents adoptifs" d'un dragon, rien que ça. Il y a évidemment une histoire d'amour, qui n'est pas le centre de l'histoire, mais au contraire prend beaucoup de temps à s'amorcer entre ces deux improbables héros d'un certain âge, sinon d'un âge certain pour l'Angleterre rurale des années 1820. Et c'est très rafraîchissant de voir que des héros, habituellement cantonnés aux rôles comiques ou de toile de fond, et qui plus est avoir droit à une vie affective dont les romans ne font en général aucun cas. Et en prime une histoire d'amitié entre Miss Percy, et Mrs Babbinton, la cuisinière, facilement sexagénaire ou septuagénaire du pasteur, qui partent à l'aventure en duo, à deux comtés de leur village. La mamie déclarant que malgré la fatigue et les embûches, elle ne s'est jamais autant amusée. L'aventure ne s'arrête pas à 50 ans, et tente aussi les vieilles dames!

Il y a évidemment des antagonistes: Mister Reginald Hawthorne, un fauché qui estime que l'oeuf de dragon devrait lui revenir, simplement pour ne pas.. mourir de faim, et se faire une rente pour pouvoir trouver une épouse, et Miss Belinda, la nièce de Miss Percy, manipulatrice, vénale et voleuse, en plus d'être globalement bête et de n'avoir pour elle que le talent d'user de son charme pour arriver à ses fins ( mal éduquée, il faut le dire). Mais Reginald est moins motivé par la vénalité que par les difficultés quotidiennes, et donc difficile à détester, et Belinda est menée par sa bêtise et le fait d'avoir 17 ans et d'avoir grandi dans un milieu qui n'offre aux filles qu'un riche mariage arrangé comme objectif de vie. Elle est aussi peu responsable (à tous les sens du terme) qu'un caniche de concours, qui doit être mignon, bien brossé et parader pour satisfaire les ambitions de son maître, ici de sa caractérielle de mère. Enfin, ça c'est à la base, vu qu'à force de tout se voire passer par tout le monde elle développe une personnalité de garce manipulatrice (qui était déjà en germe, c'est elle le vrai dragon de l'histoire, vu qu'elle est du genre à incendier les cheveux d'une autre femme parce que l'homme qu'elle vise a osé parler à ladite femme). avant d'opter pour Reginald pour des raisons purement sentimentales: l'amour du gain et de la notoriété quand celui-ci parle de l'héritage qui doit faire sa fortune, l'autosatisfaction de séduire un homme décrit comme un Apollon ( mais très très naïf et manipulable), l'ambition sociale d'une jeune mondaine campagnarde d'aller à Londres, et aussi, il faut bien le dire, le plaisir de faire rager sa mère et sa tante qui détestent ce type louche au premier regard. Voilà un personnage qui pousse loin le niveau de casse-burnerie .

autre chose que j'ai bien aimé: l'autrice ne se prend aps au sérieux, et rapelle régulièrement à son lectorat qu'on se trouve dans un roman léger, en cassant à loisir le 4e mur, du style " si on était dans un autre genre de roman, il se passerait ceci ou celà" " il entra dans la pièce, et si on avait été sur une scène de théâtre, il y aurait eu un jeu de lumière et une musique dramatique pour montrer que c'est un moment décisif", " elle imaginait les paysages du pays de Galles survolés par des dragons.. un décor qu'on pourrait imaginer accompagné d'une musique grandiose aux accents germaniques, avec beaucoup de cuivres". C'est le genre de connivence avec le lecteur qui me fait beaucoup rire ( j'ai pensé à Georges de la Jungle " et nous retrouvons notre héroïne, au brushing toujours impeccable après sa première nuit passée dans la jungle"). Tout le monde n'aime pas, mais ça m'éclate.

Deux autres tomes sont sortis, où Miss Percy part à la recherche d'autres dragons au Pays de Galles et milite pour la réintroduction des dragons, et évidemment que je vais les lire, c'est trop drôle et je veux savoir quelle taille va atteindre Fitz adulte, car pour l'instant, il a a peu près la taille d'un gros chat.

mercredi 3 juin 2026

UK in a bad way - James Harvey ( BD)

 Et hop, l'an dernier j'avais fini avec un peu de punkitude, mais après les jolis lapinous de Watership down, je replonge dans l'esprit punk.
Cette BD m'est tombée toute rôtie à la fin du mois anglais 2025, donc j'ai pris beaucoup beaucoup d'avance pour la lecture. Voilà le premier sujet du mois anglais 2026, lu et rédigé en juillet 2025!


Et c'est assez difficile à définir, et même à comprendre. Pourtant j'ai bien aimé.

On y suit les pérégrinations de Jin, jeune coréenne venue étudier l'art à Londres. Elle ne s'y plaît pas spécialement, et ça se comprend: dès les premières pages de la BD, elle assiste à un suicide, un homme se jette sous un bus devant des yeux, mais elle ne compte pas rentrer pour autant même si elle n'aime pas l'atmosphère de Londres. C'est toujours mieux que de retourner à Séoul. En effet, c'est une fille de la haute société, ce qui est logique: qui en Corée aurait assez d'argent pour payer à sa fille des études d'arts dans l'une des villes les plus chères d'Europe. Mais ce fait même la met mal à l'aise: devoir dépendre de la fortune de ses parents la met mal à l'aise, elle qui est punkette et voudrait oublier son rang social d'origine. Alors elle se trouve des excuses: oui elle se promène avec un manteau en vraie fourrure de gorille, mais elle l'a acheté aux puces et fait retailler, ce n'est pas comme si elle cautionnait la fourrure, et puis comme ça le singe n'est pas mort en vain, puisque sa peau a été utilisée deux fois, et puis elle l'a customisé, etc... Oui elle étudie l'art grâce aux sous de papa et maman, mais comme elle rejette l'art bourgeois, dont Banksy sur lequel elle a des vues totalement à contre courant ( et surtout sur les fans de Banksy, bourgeois qui s'achètent une bonne conscience en clamant le génie d'un type qui fait de la dénonciation plutôt molle. Euh, là je ne peux pas lui donner tort. Banksy c'est sympa, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard non plus.)

Et donc un jour qu'elle erre, elle rencontre Edward, mi SDF, Mi magicien de rue. En discutant un peu ils se rendent compte que leurs vues sur l'art se rejoignent, du moins s'ils ne sont pas d'accord sur tout, au moins ils peuvent avoir une discussion sur l'objectif de l'art qui vole un peu plus haut que la moyenne. Et vite ces deux punks deviennent amis. Jusqu'au jour où Jin ouvre son manteau chaud à Edward, puis lui prête 500 livres pour qu'il s'achète des vêtements afin d'aller passer un entretien d'embauche qui pourrait le sortir de la rue. Et.. disparition d'Edward. On se dit qu'il a profité de la pigeonne pour lui soutirer de l'argent, mais.. ce n'est pas exactement ça.
En recherchant Edward, Jin finit par se rendre compte qu'elle est tombée dans un piège, tendu par des " artistes" qui ont fait d'elle et de son amitié avec Edward la pièce centrale d'un happening. Ils sont précisément ce que Jin déteste: des bourgeois richissimes qui ont fait d'un sentiment d'amitié réelle le sujet d'une exposition de photos, se sont approprié le manteau donné, vont jusqu'à s'approprier des phrases qu'elle a dites. Est-ce qu'Edward est complice ou a été manipulé lui aussi, on ne le saura pas. Mais ce vol de propriété intellectuelle, cette hypocrisie, ce côté factice est vraiment ce que Jin considère comme le mauvais côté de l'Angleterre: UK, in a bad Way!

Et on peut dire que l'auteur ne fait pas dans la demie mesure quand il s'agit de se moquer du marché de l'art, des apprentis artistes avec leurs provocations à deux ronds ( et Jin n'y fait pas exception, puisque si elle déteste l'hypocrisie, elle fait quand même preuve d'une énorme dose de mauvaise foi pour essayer de résoudre la dissonance cognitive qu'elle a, entre sa couche sociale d'origine et le prolétariat qu'elle idéalise et dont elle voudrait faire partie.. tout en participant à des fêtes d'étudiants nantis où l'alcool et la kétamine sont un rite de passage).  Il a aussi la dent dure sur la société sous surveillance ( très 1984) qu'est devenue l'Angleterre, avec son nombre record de caméras de surveillance.

Mais dans l'absolu, je pense que c'est une BD qui ne parlera pas à tout le monde, c'est plus un collage d'impressions et d'instantanés de la vie d'une étudiante étrangère et bourgeoise en rupture avec sa société qu'un vrai récit qui vise un objectif clair (ceci dit, c'est réaliste: dans la vie, les rencontres et les amitiés se soldent souvent par des déceptions, des ruptures brusques ou progressives, et si la vie quotidienne suit un scénario, il est parfois surréaliste et souvent un rien moisi, sans queue ni tête). Mais oui, j'ai bien aimé, le dessin est sympa (la BD est en fin de compte plus punk dans sa narration que dans son graphisme en fait)

mardi 2 juin 2026

Portrait of a londoner - Virginia Woolf

 Héhéhé, une petite ( très petite ) lecture en VO ce mois ci! L'an dernier j'avais lu Paola ( en VF) de sa co,soeur, copine et plus si affinité, Vita Sackville-West, c'est donc au tour de Virginia.

Malgré son importance littéraire et sa célébrité, je n'en avais pas encore eu l'occasion, donc comme ce minuscule livre s'est frayé un chemin jusque sur ma table au travail pour y être couvert et préparé pour la mise en lecture publique, autant en profiter.



Et quand je dis minuscule, il fait 48 pages, donc plus de la moitié sont des informations sur l'autrice, son époque, son style, le contexte , des infographies sur le vocabulaire et les temps verbaux de la nouvelle, des jeux destinés au lecteur, et des pages de prise de note. Il s'agit en effet d'une édition destinée aux gens qui apprennent l'anglais et veulent ( ou se voient contraints de) lire quelque chose en entier pour leurs études.

Difficile de résumer une nouvelle aussi courte, disons que le contenu est totalement raccord avec le titre: c'est le portrait et la vie quotidienne de mrs Crowe, vieille dame londonienne qui tient salon chez elle. Même si elle sort peu, elle a quand même une vie sociale intense, car elle reçoit quotidiennement la visite de pas mal de monde avec lesquels elle partage la passion des cancans et potins. Tout le monde vient lui amener les informations sur tout le monde directement chez elles, c'est donc moins par manque de goût pour les sorties qu'elle reste chez elle, que parce qu'elle n'en a pas besoin: elle sait tout sur tout et tous, sans avoir à bouger. Au contraire, quand elle sort, elle semble vaguement déplacée, mal à l'aise.

J'ai bien aimé les petits traits d'humour discrets de l'autrice: mrs Crowe correspond à son nom, toute de noir vêtue, et attendant de se repaître de bribes d'informations croustillantes. Il lui arrive aussi de se promener à la campagne dont elle est issue, mais " difficile de l'imaginer avec sa robe noire un peut élimée et son voile dans un champ de navet" ( heu sisi, les corbeaux sont faciles à imaginer dans un champ)

Bref, c'est une première découverte, qui m'a pris moins d'une demie-heure ( et pourtant pas dans les meilleures des conditions: entre deux heures de service public, par une chaleur étouffante, avec des allées et venues, un samedi après 4 nuits de mauvais sommeil, donc un bon lecteur en anglais, tranquille chez lui avec un boisson fraîche en a pour 10 minutes, un quart d'heure au mieux)
Mais ça m'a donné envie d'en savoir plus et d'aller voir à l'occasion ce que l'autrice a écrit d'autre. Si je trouve d'autres nouvelles, pourquoi pas ( je ne me suis jamais attaquée à James Joyce précisément parce que Dubliners et Ulysse sont des pavés et que j'ai plus de goût pour les formes concises)



lundi 1 juin 2026

Watership Down (adaptation BD, James Sturm et Joe Sutphin, d'après Richard Adams)

 Cette BD m'inspirait beaucoup depuis que je l'ai couverte ( et feuilletée ) pour le boulot.
Quelle merveille, la couverture cuivrée est splendide ( et généralement les éditions " Monsieur Toussaint Louverture" sont très très belles à ce niveau, quel que soit le format), le graphisme et la colorisation sont dignes d'aquarelles, c'est magnifique.

Le pelage du lapin, le titre et les noms des auteurs ne sont pas simplement orangés, mais littéralement couverts de feuille de cuivre, ça donne un vrai relief à la couverture, c'est somptueux. elle fait 32,5 € et vaut largement son prix.


Quand au contenu, je ne connaissais que de réputation le roman d'origine et c'est une excellente surprise. C'est une épopée.. de lapins. Vraiment. Quelque chose comme l'Eneide. On suit un groupe de lapins" périférés" ( j'aime beaucoup cette appellation proche de pestiférés ou parias), mis à l'écart de leur harde, et qui vont littéralement aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.
L'un deux, Fyveer, plus sensible ou perspicace que les autres - qui serait l'équivalent du voyant, du devin, de l'extra-lucide chez les humains- se rend compte que quelque chose s'annonce sur leur garenne, sans pouvoir le nommer (forcément les lapins ne savent pas lire les panneaux géants qui annoncent que leur coin de campagne va être rasé pour construire un lotissement humain). Evidemment, le chef de la harde ne le croit pas et prend cette annonce comme une tentative de putsch. Fyveer et son frère Hazel décident donc de partir, entraînant avec eux d'autres lapins périférés qui en ont marre des décisions arbitraires du chef de la harde.
Voilà ce que ça donne au niveau des pages, et il y en a plus de 380 comme ça!



Petit a petit, au fil des pérégrinations ( sur quelques kilomètres carrés de terrain), ils sont rejoints par d'autres laissés pour compte ou insatisfaits des " gouvernements" de leurs différentes garennes, jusqu'à trouver un coin libre, pas idéal, mais bien situé, et où les chasseurs s'aventurent peu. Mais là problème: ils se rendent vite compte que leur petite société va vite disparaître car uniquement composé de mâles. Et donc, il va falloir trouver des femelles. Et ça tombe bien à peu de distance se trouve une garenne surpeuplée nommée Effrefa. Mais le gouvernement y est encore pire qu'ailleurs, digne de l'ex Allemagne de l'est. Interdiction de quitter Effrefa, quitte à crever de faim et vire sous terre en n'ayant l'autorisation de gambader à l'air libre que quelques minutes par jour sous haute surveillance. Nous vaillants héros vont donc organiser l'enlèvement ses Sab.. enfin des lapines, ou plutôt leur libération. En quoi ils seront aidés par une sterne, un mulot, un chien ( involontairement) 
Encore un peu? Et c'est aussi un plaisir de voir que la narration prend son temps et intègre de grandes cases sans dialogues, juste pour faire ressentir la nature, le vent, l'immensité du terrain ( pour un lapin!), et la beauté de la campagne anglaise.




Imaginez un cross-over entre une épopée gréco-romaine, le vent dans les saules, la ferme des animaux, Rougemuraille, et roman d'aventure, servi par un graphisme encore une fois, somptueux  ( le dessinateur a réellement bien observé les postures des lapins, quand ils sont effrayés, attentifs, qu'ils courent ou sautent. ses lapins restent dans le réalisme et se déplacent sur leurs 4 pattes)
Evidemment, cette aventure à hauteur d'herbe dans un coin de la campagne anglaise est un moyen indirect de parler d'exode forcé, d'émigration, de réfugiés qui cherchent un coin où vivre, d'écologie et de destruction des milieux naturels, avec une petite dose de lutte des classe ( les lapins ont une société très hiérarchisée, et l'auteur pousse ce microcosme, jusqu'à leur créer un langage, une théogonie, des légendes, des fonctions proche de la société humaine médiévale (celui qui sait raconter les histoires, le devin, le protecteur, sont finalement assez proches respectivement d'un barde - ou d'un aede- , d'une pythie et d'un chevalier)

Ca m'a rappelé, en moins humoristique évidemment, la trilogie des Gnomes de T. Pratchett, où les minuscules habitants des sous-sols d'un grand magasin sont contraints de fuir la destruction de leur habitat). Donc, c'est beau mais... pas pour enfants, vu les sujets évoqués, et la violence - il y a pas mal de sang, ce qui est finalement pas si éloigné de la réalité, les lapins étant de petits animaux mignons quand il sont de compagnie, mais de sacrés bagarreurs qui n'hésitent pas à se battre férocement quand il s'agit de rivalités de territoires.


nota: l'auteur du roman est anglais , l'action se passe en Angleterre, mais le dessinateur  Joe Sutphin et l'adaptateur James Sturm sont américains. Ils ont gagné le prix Eisner 2024 avec cette adaptation, qui donc rentre malgré tout dans le cadre d'un mois anglais.


Le prince et la couturière - Jen Wang ( roman graphique)

C'est juin, c'est le mois des fiertés LGBT+ et c'est donc parti pour quelques sujets thématiques.

Et le premier met en avant le travestissement, qui paradoxalement permet d'être enfin soi. Disons que plus que LGBT, le héros est genderfluid.


Et le premier est une chouette BD ( ou roman graphique, je l'ai trouvé avec les deux appellations, bon, disons BD, indistinctement) sur l'identité et le travestissement. Le personnage central est un homme hétérosexuel, mais adepte du travestissement, dans une France et une Belgique semi-imaginaires de la fin du XX° siècle, pour une réadaptation de l'histoire de Cendrillon. Cendrillon, qui dissimule sa pauvreté et son anonymat sous des vêtements de luxe qui lui permettent, pour un bref moment, d'être quelqu'un d'autre, plus sûre d'elle, et pour employer une terminologie moderne, de casser le plafond de verre, jusqu'à trouver un riche et noble mari.
Il y a bien un prince et une femme douée en couture dans cette histoire, mais Cendrillon n'est pas celle qu'on croit: la provocante rousse de la couverture est un homme. 

Tout commence lorsque la famille royale de Belgique, en vacances à Paris, donne un bal pour les 16 ans de Sébastien, l'héritier du trône, dans l'optique évidemment de commencer à caster une potentielle future femme, il a 16 ans, il est grand temps de songer à le marier. Ce qui n'est pas au goût du principal intéressé, soumis à une intense pression pour être parfait, et qui aimerait bien qu'on le laisse surtout décider pour lui même ce qu'il veut faire et à quel rythme, sans lui imposer des choix extérieurs.

Evidemment cet événement pousse toutes les femmes de la ville à vouloir trouver en catastrophe LA tenue parfaite qui mettra leur rejetonne en lice pour la foire aux bestiaux le concours de beauté et de richesse pour devenir reine. Certaines ne sont cependant pas motivées par cette optique, comme miss Sophia, qui demande à la couturière employée en catastrophe par sa mère de lui faire la robe la plus laide possible, et d ela faire ressembler à la servante du diable ( comprendre, une tenue qui lui donne zéro chance de passer cet "entretien d'embauche"). Francès la couturière s'exécute, et lui fait sur mesure une tenue noire qui ressemble plus au costume du cygne noir du Lac des cygnes ( logique, l'argument du ballet est aussi l'histoire d'un prince de 16 ans qu'on force à organiser un bal pour trouver la perle rare, et qui n'apprécie guère d'être un trophée à remporter.. très bien vu de la part de l'autrice, et d'ailleurs les costumes de théâtre et de ballets sont à plusieurs reprise un élément moteur de l'histoire).
Une tenue qui fait bien sûr scandale , au point de Francès est sur le point d'être licenciée, quand quelqu'un vient lui faire une offre.. royale: une riche et noble dame a été enthousiasmée par cette tenue et veut la recruter comme couturière personnelle. Une aubaine pour Francès qui souhaite plus que tout devenir créatrice et non rester simple petite main. 

On s'en doute, la " riche cliente" est en fait le prince héritier Sébastien, qui était aux premières loges pour voir les tenues. Personne d'autre que son valet Emile, et maintenant Francès, n'est au courant: Sébastien aime se travestir, pour évacuer la pression, pour laisser s'exprimer une part de lui plus audacieuse et fantasque, celle qui est absolument interdite pour un homme, et qui plus est, de la plus haute société.
C'est une occasion en or et ces deux là vont devenir complice ET, peu à peu, de vrais amis: Sébastien va pouvoir porte la nuit des robes magnifiques et devenir " lady Crystallia", Francès va pouvoir donner libre cour à son originalité et voir son travail remarqué, ce qui lui permet d'envisager de devenir créatrice pleinement reconnue, dans la lignée de Mme Aurélia, renommée créatrice de costumes de danse. 

Sauf que, ni Francès ni Sébastien n'avaient vu le double tranchant de cette association: si Sébastien doit tenir secrète sa double identité, et si le monde commence à connaître Francès en tant que designer personnel de Lady Crystallia, ça veut donc dire que Sebastien ne peut pas ouvertement utiliser son influence sociale pour la soutenir, au risque de voir son secret éventé, et en faire la risée de toute l'Europe.

Une Europe en mutation, symbolisée par l'arrivée de grands magasins de prêt à porter. Il n'y a plus là vraiment de place pour la haute couture et la royauté. Mais comme les créations de Francès sont copiée par les gens de la rue, il y a pour elle une autre carte à jouer: devenir non pas créatrice de haute-couture, mais designer de prêt à porter, un peu moins flamboyant, un peu plus portable, mais au service cette fois d'un grand-magasin ( ce qui est finalement ce qu'elle faisait dans la petite boutique où elle travaillait avant, sans vraiment de liberté créatrice, mais à plus grande échelle).

Quelle chouette petite BD qui mêle quête personnelle de l'identité pour Sébastien, et quête personnelle de reconnaissance de son travail pour Francès dans un monde qui se transforme (et ce parallèle transformation personnelle du héros et transformation sociale d'un monde où c'est la rue qui fait la tendance, est particulièrement bien vu). 

L'inévitable histoire d'amour qui se dessine au delà des classes sociales, même si elle est "cousue de fil blanc", est pourtant mignonne et sonne juste, même teintée d'un sous-texte bisexuel. Rien n'est jamais dit des goûts personnels de Francès, mais elle tombe sous le charme de son employeur deux fois: lorsqu'il se comporte en homme sensible et lorsqu'il se comporte en femme affirmée, précisément parce qu'il est "le meilleur des deux mondes" comme disent nos voisins anglophones. Pour Sébastien, c'est assez clair, un homme hétérosexuel qui utilise le travestissement comme une soupape de sécurité pour être pleinement soi, pour Francès, c'est plus ambigu: il est sa muse, mais surtout sous son côté féminin ( et ces deux là ne s'embrassent finalement que lorsqu'il est en robe). L'idée étant finalement que la vrai quête c'est l'acceptation de soi dans tous ses aspects, et qu'il faut aller vers les gens en compagnie on se sent libre de montrer précisément les aspects qui gênent. Finalement, seuls ceux qui vous acceptent pleinement sont des amis précieux.