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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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vendredi 19 juin 2026

Fantastic Mr fox - Roald Dahl

 Et hop, une autre lecture en VO. Je l'ai trouvé en anglais à la bibliothèque, qui a quelques ouvrages jeunesse dans une poignée de langues, et .. j'ai eu une idée.

Lorsque j'étais enfant, j'avais des livres assortis d'un disque ou d'une cassette, permettant d'écouter l'histoire tout en la lisant ( ou la parcourant des yeux pour ceux qui n'avaient pas encore appris à lire. C'est très mais alors, très efficace pour associer la forme graphique du mot avec sa prononciation. Surtout pour des langues aussi opaques orthographiquement que le français ... ou l'anglais.



Et donc, rapide recherche, il est disponible en version audio sur youtube, je peux donc faire comme quand j'étais minote: écouter l'histoire et la lire en même temps. Ca me fera bosser . Mieux,  je peux ensuite reprendre le texte et l'enregistrement et faire du shadowing pour améliorer ma prononciation. D'une pierre 3 coup: une lecture pour le challenge, un travail de compréhension auditive et écrite, et un de prononciation en se basant sur un vrai accent anglais.

et même 4° bonus, la découverte de Roald Dahl que je n'avais pas encore eu l'occasion de lire.

Voilà donc la version audio que j'ai utilisée, il y a parfois quelques petits différences avec le texte imprimé, un mot différent par-ci par là, mais pas plus que ça)

En tout cas, l'ensemble est une lecture facile ( puisque destinée aux enfants), rapide ( forcément, pas très longue) et pleine d'humour, où un renard malin traqué par 3 fermiers " affreux sales et méchants", non seulement se tire d'affaire, lui, sa famille, mais aussi tous les animaux de la colline que la traque mets indirectement en danger, mais en plus, retourne la situation en trouvant le moyen de piller les réserves des 3 fermiers, qui n'ont pas oublié d'être bêtes à manger du foin à la petite cuillère. 
Et c'est un régal, parce qu'en plus l'édition que j'ai trouvée est agrémenté d'illustrations et de jeux graphiques dans le corps du texte pour rendre les sons.

Et donc, malgré mon peu de lecture je suis particulièrement fière de moi, puisque j'ai réussi à intégrer 2 lectures en VO, ce n'étais pas le cas les précédentes années.

mardi 2 juin 2026

Portrait of a londoner - Virginia Woolf

 Héhéhé, une petite ( très petite ) lecture en VO ce mois ci! L'an dernier j'avais lu Paola ( en VF) de sa co,soeur, copine et plus si affinité, Vita Sackville-West, c'est donc au tour de Virginia.

Malgré son importance littéraire et sa célébrité, je n'en avais pas encore eu l'occasion, donc comme ce minuscule livre s'est frayé un chemin jusque sur ma table au travail pour y être couvert et préparé pour la mise en lecture publique, autant en profiter.



Et quand je dis minuscule, il fait 48 pages, donc plus de la moitié sont des informations sur l'autrice, son époque, son style, le contexte , des infographies sur le vocabulaire et les temps verbaux de la nouvelle, des jeux destinés au lecteur, et des pages de prise de note. Il s'agit en effet d'une édition destinée aux gens qui apprennent l'anglais et veulent ( ou se voient contraints de) lire quelque chose en entier pour leurs études.

Difficile de résumer une nouvelle aussi courte, disons que le contenu est totalement raccord avec le titre: c'est le portrait et la vie quotidienne de mrs Crowe, vieille dame londonienne qui tient salon chez elle. Même si elle sort peu, elle a quand même une vie sociale intense, car elle reçoit quotidiennement la visite de pas mal de monde avec lesquels elle partage la passion des cancans et potins. Tout le monde vient lui amener les informations sur tout le monde directement chez elles, c'est donc moins par manque de goût pour les sorties qu'elle reste chez elle, que parce qu'elle n'en a pas besoin: elle sait tout sur tout et tous, sans avoir à bouger. Au contraire, quand elle sort, elle semble vaguement déplacée, mal à l'aise.

J'ai bien aimé les petits traits d'humour discrets de l'autrice: mrs Crowe correspond à son nom, toute de noir vêtue, et attendant de se repaître de bribes d'informations croustillantes. Il lui arrive aussi de se promener à la campagne dont elle est issue, mais " difficile de l'imaginer avec sa robe noire un peut élimée et son voile dans un champ de navet" ( heu sisi, les corbeaux sont faciles à imaginer dans un champ)

Bref, c'est une première découverte, qui m'a pris moins d'une demie-heure ( et pourtant pas dans les meilleures des conditions: entre deux heures de service public, par une chaleur étouffante, avec des allées et venues, un samedi après 4 nuits de mauvais sommeil, donc un bon lecteur en anglais, tranquille chez lui avec un boisson fraîche en a pour 10 minutes, un quart d'heure au mieux)
Mais ça m'a donné envie d'en savoir plus et d'aller voir à l'occasion ce que l'autrice a écrit d'autre. Si je trouve d'autres nouvelles, pourquoi pas ( je ne me suis jamais attaquée à James Joyce précisément parce que Dubliners et Ulysse sont des pavés et que j'ai plus de goût pour les formes concises)



dimanche 22 juin 2025

Heartstopper - Alice Oseman ( webcomic , en cours)

 Peu de lectures pour moi pour ce mois anglais, et pour cause, celui-là m'a pris beaucoup de temps. En fait j'avais emprunté le tome 1 à la médiathèque, avant de voir que le niveau des dialogues m'était probablement accessible en VO. D'autant qu'il s'agit d'une BD avec pas mal de cases muettes. Et si je tentais la VO? Un BD anglaise en plus, ça n'est pas si souvent, et c'est parfait pour le mois anglais.



On peut la lire ici ( mais attention, prévoyez du temps, on en est à 1787 pages à ce jour, dernières en date parues hier, et ce n'est pas fini. Ca fait  l'équivalent de 5 gros tomes, et d'un sixième en cours)

J'ai beaucoup entendu parler de cette BD, vu son succès phénoménal qui lui a valu une adaptation en série sur Netflix ( mais comme je n'ai pas Netflix, je ne l'ai pas vue et n'en ai pas l'intention, je ne suis pas vraiment fan de séries, alors qu'en BD, bizarrement ça va. Faut dire que lorsqu'on a 10 minutes, lire un chapitre de BD est possible, regarder une série, beaucoup moins)

Et donc j'ai attaqué la BD pour ce mois anglais, en me disant que vu sa teneur, ce serait aussi une lecture clin d'oeil au mois des fiertés.

Sur la papier le scénario est simple: l'histoire d'amour de deux lycéens, l'un ouvertement homosexuel, l'autre qui découvre sa bisexualité.
Alors oui, mais pas que. 
Parce qu'autour de ces deux là, de leur rencontre et de leur coup de coeur (c'est le titre après tout!), se greffent peu a peu tout un monde : le lycée, les amis, la petite ville du Kent où se passe l'action, leurs loisirs respectif ( et ça donne de la profondeur aux personnages en plus de ménager des ressorts narratifs: l'un joue au rugby et espère pouvoir dans l'idéal devenir professionnel.. ce qui fait que lorsqu'arrive le moment du choix d'orientation après l'équivalent du bac, il se retrouve dans une impasse n'ayant jamais envisagé un parcours scolaire. L'autre joue de la musique, se passionne pour la batterie et intégrer un groupe pour jouer sur scène lui donne la confiance nécessaire pour surmonter un traumatisme psychologique), les familles plus ou moins présentes et/ ou compréhensives...

Car l'homosexualité, ou plus généralement les problèmes d'identité sexuelle et de genre n'est qu'un des sujets abordés parmi tous ceux qui peuvent concerner des jeunes de 16/ 17 ans et on y aborde des thèmes sérieux, que jamais l'auteur ne traite de manière légère ou sous un jour flatteur: la consommation d'alcool par les mineurs y est précédé d'une mise en garde " attention  sujet sensible" (pour que le lectorat anglo - saxon, moins habitué à ces choses que le lectorat français par exemple, ne vienne se plaindre. Et de fait le binge drinking est un vrai fléau outre-manche) est suivie d'une gueule de bois monumentale qui n'embellit pas la chose. Certains personnages sont harcelés, soit au lycée, soit en famille, on y mention les ravages que fait justement le harcèlement pouvant causer l'apparition de troubles mentaux ou comportementaux... 
Les bons comportement sont mis en avant: le soutien psychologique et le fait d'aller le chercher quand on en a besoin, le fait de dénoncer le harcèlement, la notion de consentement qui que soit la personne avec qui on sort, les sujets de la protection en matière d'éducation sexuelle sont directement traités ( même s'il s'agit d'enfiler un préservatif sur un concombre en cours de biologie, ce qui est discrètement charrié car peu en phase avec la réalité), les difficultés à décider à 17 ans ce que l'on veut choisir comme orientation professionnelles, sa filière d'études, son futur travail...

Donc en soit c'est intéressant d'essayer de traiter un maximum de thèmes, mais c'est aussi un peu le problème de la série pour moi.
D'une part, oui, deux jeunes découvrent leur homo/ bisexualité, et passent beaucoup mais alors beaucoup de temps à se bécoter. Donc oui, c'est bien de montrer que c'est avant tout une relation sentimentale de deux individus, qui vont sortir ensemble avant même d'avoir l'idée de passer aux choses sérieuses, mais il y a un peu TROP de pages de bisouillages. Ca ne fait pas franchement progresser l'action, ça lasse vite et ça fait un peu trop fan-service à mon goût. Les pages de tranches de vie sur les loisirs, la santé mentale , l'orientation sont bien plus intéressantes en fait.

D'autre part, j'ai l'impression qu'après être partie sur  l'histoire d'un homosexuel qui assume sans honte son orientation , bien qu'on lui ai fait auparavant la vie dure à ce sujet, et d'un bisexuel qui découvre être moins hétéro qu'il ne le pensait, l'autrice a voulu traiter tous les cas de figure. Et là ça sonne artificiel. Hormis les parents, personne ou presque dans cette ville ne semble être hétéro. Alors oui, je comprends que des gens qui ont une particularité commune se rassemblent et se soutiennent mais là, la bande de copains compte un homo, un bi, deux lesbiennes dont l'une s'avère non binaire, une fille trans qui sort avec un ancien camarade de classe qui est au courant que sa petite amie était un garçon auparavant, une asexuelle, et ce n'est probablement pas fini. La variété des origines des personnages fait aussi " on essaye de mettre un maximum d'ethnies ou d'origines différentes "  et ça donne un côté publicité Benetton. Le père de Charlie est Portuguo-allemand, celui de Nick est français, les grand parents de Elle son égyptiens, Tao est asiatique sans que son origine ne soit directement nommée, Sahar est aussi d'origine probablement moyenne orientale ( et en surpoids),la prof de sport est indienne, un des profs est probablement marocain...  trop d'inclusivité tue l'inclusivité, et à chaque nouveau personnage on se demande: il vient d'où, quelle est son orientation, quel est son trauma... littéralement, tout le monde a un secret ou un gros problème.
Pour moi le point de balance a été les deux profs du voyage scolaire qui s'avèrent homosexuels. En soit pas de problème, si on avait pas déjà eu ce même ressort scénaristique auparavant, puisque la prof de sport est mariée avec une autre femme

Ce qui gomme même l'existence de potentiels copains hétéros, sans drama personnel, de gens parfaitement indifférents à l'orientation des autres, qui ne s'en mêleront pas, mais peuvent prendre fait et cause en soutient au droit à l'égalité
(et c'est pourtant l'immense majorité de la société. "Tu sais quoi, Machin est homo..."
" du moment qu'il est cool, il peut bien faire ce qu'il veut avec qui il veut, c'est pas mes oignons. Par contre si quelqu'un vient l'emmerder à cause de ça, on sera deux contre lui parce que c'est mon pote et je suis de son côté")
Mais oui, on frôle l'indigestion à vouloir tout traiter, et certaines révélations font soit doublon, soit arrivent comme un cheveu sur la soupe en donnant l'impression que c'est une case à remplir.

Ces défauts font que pour ma part c'est une bonne lecture mais pas un coup de coeur ( pun intended) absolu. Néanmoins, ça reste un plaisir de trouver un BD qui traite de problèmes quotidien et de thématiques LGBT sous un anglais positif ou qui suggère des pistes pour sortir d'un problème grave ( l'importance de s'adresser à un médecin en cas maladie mentale par exemple, car le soutien des amis est important mai ne peut pas suffire à aider le malade et la guérison est lente avec des risques de rechute, mais oui on peut s'en sortir). Donc je la suivrai en VO, peut être pas semaine par semaine, je vais probablement attendre la fin de l'année que les chapitres s'ajoutent pour avoir un peu plus de lecture. L'autrice a la sagesse de savoir mettre en pause ponctuellement et prendre des vacances, sans cacher que c'est pour éviter le surmenage et risquer un burn-out

mardi 28 juin 2022

A woman of no importance - Oscar Wilde.

 Deuxième lecture étrangère en VO, après les nouvelles en russe, voilà une pièce en anglais.


4 actes pour une pièce qui se passe en  quelques heures.

Soirée Mondaine chez Lady hunstanton, quelque part dans la campagne anglaise. Tout le gratin de la région est présent: lords, ladies, un archidiacre, une invitée américaine et Gerald, modeste employé de banque, mais fils d'une proche amie de Lady Hunstanton.

L'événement de la soirée, c'est la réussite de Gerald, à qui le dandy Lord Illingworth, diplomate, vient de proposer une place très convoitée de secrétaire particulier, simplement parce qu'il l'a pris en sympathie. Si Gérald, bien qu'il travaille pour gagner sa vie, est  bien accueilli et apprécié de tous, ce n'est pas le cas de Miss Hester Worsley, l'américaine. Certains la trouvent sympathique, pour d'autres c'est une curiosité ( une authentique puritaine américaine, c'est aussi typique que les rodéos ou la statue de la liberté), pour d'autres, comme Mrs Allonby, la grande mondaine, son rigorisme est antipathique au possible. Elle ne veut même pas se livrer à des joutes verbales, et dit clairement ce qu'elle pense sur les relations hommes/femmes sans badiner, c'est dire!
Donc, dans une situation qui rappelle un peu, en moins retors, Les liaisons dangereuses, Mrs Allonby met au défi Lord Illingworth, célibataire convaincu et séducteur patenté, d'embrasser la puritaine.

En parallèle, Mrs Arbuthnot, la mère de Gerald, qui sort très peu, vient cependant à l'annonce de la bonne fortune de son fils, et reconnaît en Lord Illingworth, futur employeur de son fils, le propre père de Gerald. Il n'a jamais voulu l'épouser, la contraignant, en vertu de la morale de l'époque dans la haute société, à aller se terrer à la campagne sous un faux nom, en se faisant passer pour veuve.
C'est elle la " femme sans importance" aux yeux d'Illingworth. Evidemment, pour préserver son fils, elle ne lui a jamais rien dit en 20 ans, et c'est précisément ce soir là que tout bascule: Gerald se découvre un père indigne, dans la personne de son employeur apparemment parfait. Qui plus est, Gerald en pince sérieusement pour Hester, que justement, Illingworth vient de harceler sexuellement ( embrasser de force, bon à l'époque, on ne parlait pas de harcèlement sexuel). Que faire?

Le problème de la mère de Gerald, c'est qu'elle est aussi puritaine qu'Hester. Et depuis 20 ans, elle se conforte dans l'idée qu'elle est une moins que rien, une pécheresse, parce que sa religion le lui dit. Mais en même temps, elle ne veut pas non plus que son fils (avant l'épisode du harcèlement, qui le fait changer totalement d'avis) parte avec ce père mauvais exemple, bien qu'il veuille rattraper le coup  financièrement en mettant ce rejeton inattendu sur son testament. Alors qu'elle se plaint que depuis 20 ans, il ne fasse rien pour cet enfant.
Mais ne veut pas qu'il compense, parce que c'est un peu une mère crampon, très possessive qui ne veut absolument pas que son fils s'éloigne d'elle, elle ne vit que pour lui. Donc, un paradoxe ambulant: elle se maudit pour son péché, s'en veut à mort, mais ne s'en repent pas, parce que le résultat de cette erreur de jeunesse est un fils qu'elle adore.

Et pendant toute la lecture de ces échanges souvent vachards entre membres de la noblesse anglaise, en 1893, j'ai eu une idée en tête tenace.
Tous parlent de dominer le monde et de classes sociales. Ces gens imbus de leur position sociale, fiers de leur oisiveté, sont en train de se faire rattraper par la "jeune" Amérique, incarnée par Hester Worsley, qui fait littéralement sans efforts, par son franc parler et ses principes, et sans même le chercher, la conquête de Gerald, l'anglais qui se veut moderne, mais étouffe dans le carcan des conventions sociales.
Gerald travaille pour gagner sa vie, c'est une déchéance pour un noble anglais même désargenté, mais c'est une qualité très prisée par l'américaine.  Plutôt que de chercher à faire carrière à l'ancienne en Angleterre, l'Amérique lui tend les bras, à tous les sens du terme.

Mais également tous ces discours sur le pouvoir sonnent incroyablement dérisoires. On est en 1893, littéralement en une génération, 21 ans plus tard, le monde ne sera plus jamais le même, et les dirigenats ne seront plus les mêmes. Replacé dans le cadre réel, la décision de renoncer à l'héritage anglais, et de partir en Amérique est la meilleure possible. Peut-être que c'est d'avoir vu il y a quelques années ce sujet évoqué dans Downton Abbey qui m'y a fait penser.

La pièce n'est pas à mon sens pas du niveau du Portrait de Dorian Gray (1890), même si dans les rapports "jeune naïf - adulte roublard" entre Gerald et Lord Illingworth, se retrouve un peu du rapport entre Dorian et Lord Henry, qui veut pousser un jeune homme bien rangé à devenir comme lui.
Par contre, elle vaut mieux à être lue en VO, parce que j'avais tenté d'écouter une version mise en scène audio, en traduction française, et certaines trouvailles savoureuses se perdent.

Lady Caroline, la femme anxieuse qui ne cesse de traiter son mari comme un enfant, le cherche sans cesse, et lui parle vraiment comme une mère de famille à un gamin de 10 ans.

Lady Hunstanton a une mauvaise mémoire et ne cesse de ponctuer les histoires qu'elle raconte de " il s'est passé ceci. Ou peut-être celà. Enfin, je ne sais plus".

L'archidiacre parle sans cesse de sa femme, pour finir toujours par conclure qu'elle ne fait plus ceci ou celà parce qu' elle est sourde. Et aussi, elle a la vue basse. Elle a des rhumatismes et ne brode plus. Elle ne mange plus solide depuis longtemps. Et elle a ses mauvais jours. Mais elle est très heureuse et ne se plaint pas de sa santé, même si elle s'en préoccupe beaucoup. A se demander si la pauvre femme est encore vivante...mais tout le monde préfère plaindre l'archidiacre qui a une patience infinie avec elle.

Lady Stutfield, peu intelligente, et influencable, répète toujours deux fois les adverbes, soulignant la pauvreté de son vocabulaire ( "it would be so very, very helpful." " yes, that's quite, quite true", "he is most, most trying".. etc je me demande si son nom " Stutfield" est un jeu de mots sur " stutter" bégayer. Dans la mesure où c'est Wilde, ça ne m'étonnerait pas.

Donc pas le meilleur texte de Wilde ( forcément, Dorian Gray est indépassable), mais en filigrane, à travers ce panier de crabes et leurs réactions souvent outrées, la critique sociale est fine: sur l'Angleterre en train de se faire "ringardiser" par l'Amérique.
Sur la condition des femmes, socialement punies, alors que les hommes ne le sont pas lorsqu'ils commettent la même erreur.
Sur une classe sociale qui tourne en vase clos, ferme les yeux sur les problèmes ( il y a quelques mentions des classes moyennes, exactement comme si c'étaient des animaux étudiés par un zoologue), prône des valeurs qu'elle ne respecte pas, tant que ce non respect des conventions n'est pas porté sur la place publique. Malheur à ceux, et surtout à celles qui n'ont pas su maintenir l'apparence de la respectabilité.



lundi 23 mai 2022

Nouvelles russes en VO

noubelle étape du voyage en 80 livres , on quitte un peu les rives de la Mer noire pour celles de la Baltique ( entre autres)
Liban-> USA-> Grèce-> Israël -> Russie
langues d'origine:
arabe du Liban -> anglais des USA-> grec ancien-> hébreu ancien-> russe
(je souligne ce que j'ai lu en langue d'origine)


Ne sachant pas trop comment les classer, j'ai décidé d'en faire un sujet gobal.
En voilà donc 5, il n'est pas impossible qu'un autre sujet se rajoute par la suite, si d'autres lectures en vo arrivent dans mon cursus.

Puisque dans le cadre de mes études j'en ai lu quelques unes cette année. Il n'y a donc pas de lien logique entre elles, que ce soit d'époque, du sujet ou de genre.
Commençons donc par les vivants, et en l'occurence les vivantes, et je vais remonter dans le temps en fonction des dates de naissance.

- шарфик ( la petite écharpe, le foulard) - Dina Rubina (née en 1953)
Une poétesse, Nina Arkadievna, 50 ans, reçoit un jour une proposition: une édition spéciale de son recueil de textes. Mais pour ce faire, elle doit fournir une photo d'elle, or elle n'en a pas de récentes, ni qui convienne spécialement à une quatriéme de courverture. L'éditeur insiste et a convainc de prendre part à une séance photo, avecle meilleur photographe possible, même si elle déteste ça.
Mauvaise surprise, le jour dit, le photographe n'arrive pas seul, il est accompagné d'un styliste, la journée de Nina s'annonce un calvaire. Et effectivement elle est très pénible. Mais contre toute attente,  le courant passe bien entre elle et le syliste, un jeune homme calme et qui ce jour là, fait des merveilles pour mettre en valeur la digne dame avec des foulards de couleur. Nina qui a quand même quelques préjugés se dit qu'un styliste est forcément homosexuel, bien qu'il ne corresponde pas vraiment au cliché du styliste expansif et introverti, et que c'est quand même un peu dommage, un si charmant garçon... or il n'en est rien, ils ont l'occasion de discuter lorsqu'il revient lui apporter les épreuves photo à choisir et lui raconte comment lui, si discret et réservé est devenu styliste: son ex petite amie, une mannequin coréenne lui appris l'art de nouer les foulards - elle était complexée par son lond cou et des " clavicules moches" et s'entortillait toujours de nombreuses écharpes pour masquer ces défauts. Le garçon a simplement pris goût à cet art de la "draperie". Les deux ont rompu fort longtemps avant, leurs différences de caractère les ayant progressivement éloigné plus encore que leurs différences de culture.

Une nouvelle que j'ai bien aimée, parce qu'elle parle de différences, que l'on surmonte ( le décalage d'âge entre Nina et le styliste ne les empêche pas de nouer une relation amicale) ou pas ( le styliste et son ex ont toujours vécu dans ceux mondes différents, et leurs aspirations étaient différentes) il y est question de liberté, de suivre sa voie, sans regret, en gardant un bon souvenir du passé, avec plus ou moins de nostalgie. Pas un coup de coeur absolu, mais une lecture plutôt sympathique.
texte en VO

-Дочь Бухары (La fille de Boukhara)- Lioudmila Oulistkaya (née en 1943).

Peu après la seconde guerre mondiale, un médecin militaire, Dmitry, rentre dans sa ville natale, avec sa jeune femme: une ouzbèque, très jolie, toute petite, une poupée. La foule de voisins, qui admire cette jolie femme, est cependant un rien raciste, personne ne se donne la peine de la connaître, et se contente de l'appeller " Boukhara" du nom de sa ville natale. Les choses vont empirer lorsque va naître une petite fille, Mila. Mila est malheureusement trisomique. Boukhara entreprend de tout faire pour que Mila ait la vie la plus normale possible, mais Dmitry, qui se sent coupable de la maladie de sa fille, ne peut plus supporter de la voir. Terrifié à l'idée d'avoir un autre enfant qui aurait la même maladie, il quitte femme et fille pour une autre femme, stérile, avec qui il n'y a donc pas de risque d'avoir un autre enfant " défectueux", et se contente d'envoyer périodiquement un peu d'argent pour se donner bonne conscience.
Or tant que Boukhara était mariée avec le médecin les choses allaient à peu près normalement. une fois que le mari la quitte, elle est une moins que rien, contre qui les voisins s'acharnent, font des pétitions, craignant ou feignant de craindre une " contamination" par la petite Mila.

Boukhara va donc devoir seule , avec juste l'aide d'une vieille infirmière qui travaillait chez son connard d'ex mari, trouver un travail, élever sa fille l'aider au maximum à atteindre l'autonomie, et ce en temps limité, car elle est de plus atteinte d'une maladie incurable. Sa dernière tache sera de trouver un mari convenable à Mila, histoire qu'elle ait une vie " standard". Elle jette donc son dévolu sur un gentil garçon lui aussi trisomique, et arrange une rencontre entre lui et sa fille, en négociant avec le père du garçon un véritable marriage arrangé. Mais par chance les deux jeunes gens handicapés s'entendent à merveille. L'idée est plus qu'il fassent front ensemble face aux moqueries, plutôt que de rester seuls chacun.

La nouvelle est assez courte, mais pour moi, elle pèche par son accumulation de thèmes difficiles: le déracinement, le racisme, la maladie, le parent fuyant, les difficultés économiques, la mère courage, re-la maladie. Il y avait là la matière à 3 ou 4 nouvelles, et j'ai une sensation de trop plein.
J'avais lu " Les enfants de Médée" de la même autrice il y a de nombreuses années, je l'ai encore sur mon étagère, mais il ne m'a pas laissé beaucoup de souvenir. Il faudra que je le relise. ca fait des années que son nom est pressenti pour un prix nobbel de littérature et disons qu'à priori, si je ne me souviens pas du roman, c'est qu'il ne m'a pas fait une forte impression. Ou que je l'ai lu à un mauvais moment, , seule une relecture me permettra de trancher.

texte en VO
Je n'ai pas trouvé de traduction, mais ce n'est pas non plus ma priorité, j'ai plus envie de tenter de traduire les deux suivantes.

- Корзина с еловыми шишками (Le panier de pommes de sapin)
- Konstantin Paoustovski (1892 - 1968):


Une courte nouvelle qui se passe en Norvège, près de Bergen. Un vieux monsieur qui se promène en forêt, rencontre par hasard une petite fille qui porte un lourd panier rempli de pommes de sapin ( comprendre: elle est d'une famille très pauvre, et elle a été envoyée ramasser des pommes de sapin pour que la famille puisse se chauffer en hiver). La petite fille, une petite rousse aux yeux verts de 8 ans,  Dagni Pedersen, est la fille du garde forestier. Le vieux monsieur se nomme Edvard Grieg. Touché par la vivacité de Dagni, il lui promet un joli cadeau.. mais pas tout de suite, car il lui faut le temps de le faire. Elle l'aura pour ses 18 ans, avant ce serait trop tôt. Dagni, qui ne sait pas qui il est, pense qu'il va lui fabriquer un jouet, et déçue, pense qu'il est un peu lent, s'il lui faut 10 ans pour fabriquer un objet. Ou bien qu'il la croit maladroite et qu'il craint qu'elle ne casse son cadeau, lorsque Grieg lui dit que c'est un cadeau " pour les adultes"
Elle aura l'occasion, effectivement 10 ans plus tard, de découvrir son cadeau: après son diplôme, elle part à Christiania ( Oslo depuis 1925), chez sa tante et son oncle, pour se détendre et qui sait peut être trouver un travail dans la grande ville. Ses parents travaillent dans un théâtre et elle découvre aussi le monde de l'art. Et elle va découvrir son cadeau lors d'un concert: Grieg, qui ne l'a jamais oubliée, lui a composé tout spécialement un morceau pour ses 18 ans. Un morceau qu'elle n'aurait effectivement pas apprécié à sa juste valeur en étant plus jeune.
Une fort jolie histoire sur l'amitié entre gens de générations différentes, le pouvoir expressif de l'art, et. la beauté des paysages norvégiens, le tout écrit dans un russe à la fois élégant pour les descriptions, mais également assez accessible ( niveau B1/B2)

texte en VO
Je ne l'ai pas trouvé traduit, donc... je suis fort tentée de faire ma propre traduction cet été, ça fait longtemps :)

- Состязание ( le concours)Vikentii Veressaeiev ( 1867 -1945).

Après la musique, la peinture. Une autre histoire qui parle du pouvoir d'évocation de l'art.
Dans une ville et un pays inconnu, tous les ans est organisé un concours de peinture. Le gagnant verra son oeuvre exposée sur la place principale de la ville pendant un an et gagnera outre la célébrité, un titre honorifique. Le gagnant des deux précédentes années, un peintre d'un âge disons vénérable, est donc ainsi surnommé " deux-fois-couronné", puisqu'il gagné deux précédentes éditions. et il est évidemment le favori pour la troisième année consécutive. Mais cette année, un autre concurrent, le seul capable de faire peur à " deux-fois-couronné", se présente. Il s'agit ni plus ni moins qu'un de ses élèves, le plus talentueux, nommé " Licorne". Les deux peintres découvrent le sujet en même temps et ont un an pour réaliser un tableau. Le thème de cette année ( est une peu pipeau quand même) " la beauté de La Femme". Il faut donc réasliser un tableau représentant ni plus ni moins que la plus belle femme du monde. Les deux peintres discutent brièvement: Tantdis que " deux-fois-couronné" se met de suite en quête du modèle parfait, "Licorne", lui l'a déjà trouvé . il se propose de peindre le portrait de la plus belle femme du monde, Zorka, sa petite amie. Zorka est une femme pauvre, qui vit dans une chaumière, vend des poissons au marché, pas spécialement laide, mais pas spécialement jolie non plus, une femme objectivement très quelconque, qui fait dire à " deux-fois-couronné" que l'amour est aveugle.
Qui du peintre chevronné qui recherche un modèle parfait, à la beauté surhumaine ( qu'il va d'ailleurs finir par trouver et rendre à la perfection), ou du débutant qui se contentera de peindre une femme du peuple, va gagner le concours? C'est à la foule de décider, car c'est elle qui va voter pour le meilleur tableau.

Celle-ci m'a un peu moins plu, par sa structure de conte un peu trop facile à mon goût, son sujet quand même un peu attendu , le fait que j'ai deviné le résultat avant la fin.. mais aussi la langue assez compliquée. On est en face d'un auteur symboliste, et donc les symboles, c'est toujours très personnel.. soit on adhère, soit on n'adhère pas à l'idée de l'auteur. Et là, bon, j'ai eu plus de mal avec cette quête de la "beauté". Ou plutôt l'idée que tout le monde aura la même conception un peu stéréotypée de la beauté en fait. et puis qui dit symbolisme dit "langue très alambiquée"

Texte en VO

Je n'ai pas non plus trouvé de traduction, donc j'y songe aussi. Peut-être qu'en le décortiquant, je l'apprécierai un peu plus, qui sait.

- Жалобная книга  (Le registre des réclamations) - Anton  Tchekhov ( 1860 - 1904)

Un texte très très court, paru dans un journal, comme s'il s'agissait d'une page d'un recueil des plaintes dans une gare.

Vous avez déjà lu les papiers qui servent à faire l'essai de stylos au rayon papeterie.. ou la porte des toilettes dans une lieu public? Ben voilà, c'est à peu près ça.
On y trouve tout et n'importe quoi SAUF de réelles réclamations sur la gare et les transports: une épigramme avec une caricature, un dénommé gars  qui déplore la perte de son chapeau, quelqu'un qui répond au message du dessus, la dénonciation  "Nikandrov est socialiste!", un autre se plaint du gendarme, encore un autre qui se plaint de la physionomie du chef de gare, un qui dénonce la femme du gendarme vue en galante compagnie, une déclaration d'amour... Le seul qui semble vouloir se plaindre de quelque chose en lien avec les trains a été raturé, et le chef de gare a bien du mal à faire régner l'ordre dans son cahier.

La conclusion m'a beaucoup fait rire, dans le fond, ça m'a rappellé un certain livre d'or dans un certain musée où je travaillais, je confirme que certaines interventions étaient complètement à côté de la plaque ( j'ai souvenir d'une " plainte" concernant les chaussures de la gardienne de telle salle qui faisaient trop de bruit quand elle marchait et que ça gênait et qu'il fallait lui dire de porter d'autres chaussures..)
Oui c'est bien vu, je soupçonnerai même Tchekhov d'avoir copié directement une page dans une vrai registre de plaintes :D

texte en VO
Texte en VF

 Dommage que le texte français perde en saveur : «Ты картина, я портрет, ты скотина, а я нет. Я — морда твоя». La phrase est une épigramme rimée en russe, la traduction  « Tu es l’image, moi le portrait, tu es une bourrique, pas moi. Je suis ta gueule. » ne lui rend pas honneur

 Tchékhov ayant été traduit, les 4 autres n'ont à ma connaissance pas de traduction en français. Laquelle préféreriez vous lire en premier? Je vous avoue que je suis moins tentée par la traduction de Lioudmila Oulitskaya, mais les 3 autres sont envisageables. Le but du jeu est quand même que je m'amuse un peu à le faire :)


Littérature russe, et en VO svp!


mercredi 3 octobre 2018

L'homme noir - Serguei Essenine

Pas vraiment une histoire de fantôme, mais plutôt d'apparition mystérieuse, de hantise au sens large.

Mais avant toute chose, je me dois de souligner que j'avais déjà parlé de cet auteur ici et là-bas sur mon autre blog.
Et que je suis super-méga-extra fan de ses écrits, depuis mes années de lycée, bien qu'il soit très peu ou approximativement traduit en français. Mais je saisirai n'importe quelle occasion ou n'importe quel prétexte pour en parler au moins jusqu'en 2025, pour les cent ans de sa mort, vous voilà prévenus.

Donc, un texte connoté de fantastique pour le mois Halloween, même que je vais programmer ça pour le 3 octobre, date de naissance de l'auteur dans le calendrier grégorien ( 21 septembre pour le calendrier julien).
С днём рождения, Серёжа! (Bon anniversaire, p'tit Serguei!)

Donc ce n'est  pas fini, et, pour tout dire, si je n'ai pas complètement abandonné l'idée d'apprendre le russe, et la majeure raison qui m'a poussée à m'y remettre, c'est le projet d'être un jour capable de lire l'auteur en VO dans le texte. Il y a un "contentieux" entre lui et moi qui remonte à 1992-93  et arriver à le lire sera à la fois ma vengeance sur une première rencontre un peu ratée avec la langue, et ma récompense! Et je peux même préciser que je prends le bon chemin, je comprends de mieux en mieux au niveau du vocabulaire. Mais comment expliquer: plus je creuse et plus j'ai l'impression qu'en fait je cernais déjà l'idée au delà des mots, au niveau du ressenti, malgré la barrière de la langue, et que comprendre le détail du texte ne fait que confirmer ce ressenti. Ce genre de rencontre littéraire est rare!

Vous comprenez mieux ma propre hantise? Ouaip, je suis hantée par l'esprit d'un auteur dépressif et alcoolique mort il y a 93 ans...avec qui j'ai une sorte d'adéquation mentale, et pourtant, je ne suis ni alcoolique, ni dépressive, ni suicidaire, mais ses états d'âme me parlent beaucoup.
(Sans entrer dans le détail, il y a  des cas d'alcoolisme, de dépendance et de dépression dans ma parenté proche, donc, quelque part, je compatis, ce type pourrait être un membre de ma famille, sa souffrance et son regard triste me sont familiers, voyez-y une sorte de catharsis peut-être, ou un rappel de ce que j'aurais pu devenir si j'avais eu moins d'énergie combative... et une raison de tout faire pour ne pas la perdre)

Pour en savoir plus sur le bonhomme et sa courte vie tragique, soit une encyclopédie, soit le sujet que je lui ai consacré sur l'autre blog, je remets le lien: poésie russe de Serguei Essenine

et cette vignette, juste parce qu'elle me fait pas mal sourire:

- Ma chérie, qui est l'homme dont tu te sens le plus proche?
- Serguei Essenine
Si à cette question, "chérie" répond d'un air morose le nom d'un auteur dépressif et alcoolique mort il y a plus de 90 ans, soit elle est très déprimée, soit elle t'envoie indirectement le message que tu es un gros balourd sans subtilité, mais dans les deux cas, il est temps de sérieusement se pencher sur le problème.

Hop, c'est parti pour le texte. Mais comme je sais que vous ne parlez pas russe couramment, pas de panique, je vais contextualiser et donner des infos.

Voilà un poète dans sa chambre, en proie à une crise de nerfs, qui essaye de rédiger une lettre à un ami pour l'informer que sa santé se dégrade et qu'il est hanté par l'Homme Noir (comprendre "habillé en noir", ou à l'allure démoniaque)
Et ce type grimaçant à l'air de croque-mort vient s'asseoir sur le lit de l'écrivain, se paye sa fiole, et lui lit des passages d'un livre relatant, comme c'est étrange, la vie et la déchéance d'un poète à succès, originaire de Riazan, qui avait tout pour réussir et a complètement raté sa vie. 
Mais qui est donc cet homme en noir? Un espion? Un fantôme? Un démon? La mort? Réponse à la dernière strophe.

La fin de l'histoire, le point final a eu lieu le 28 décembre 1925, dans des circonstances très brumeuses, ce qui rend le poème encore plus troublant. Se référer à la biographie de l'auteur, qui était alors en proie à la dépression nerveuse. D'autant qu'il était sous surveillance resserrée du régime soviétique, pas vraiment à l'aise avec un écrivain largement admiré de la population, mais imprévisible et impossible à canaliser, un peu trop " mauvais exemple" pour les masses. Il y a de quoi sombrer dans la paranoïa...

Parce que je ne suis pas très fan de la traduction officielle, je vais essayer de bricoler la mienne, pour info, je commence en août, ça laisse du temps d'ici octobre. Et oui, pour ma première tentative de traduction d'un texte complet, je tape dans la poésie, autant dire pas le plus simple, et un très long texte parce que je dois être un peu maso.

Je précise que mon crédo n'est pas d'essayer de faire " joli" en français, je déteste ça pour la poésie, surtout lorsqu'on tord le texte pour recréer des rimes artificielles en français. Je préfère rester proche du sens et surtout de l'image, et ce n'est qu'une tentative d'amatrice avec son dictionnaire, pas une traduction professionnelle, où, là, oui, je ferais plus "chantourné".
En plus, ici, ce sont des vers libres non rimés en VO (ils jouent plus sur les répétitions lancinantes, les allitérations et les assonances, ce que je préfère!) il n'y a donc aucune raison de le faire en français du moment que l'auteur ne le fait pas dans SON texte.


Друг мой, друг мой, (mon ami, mon ami)
Я очень и очень болен. (je suis de plus en plus malade)
Сам не знаю, откуда взялась эта боль. (moi-même, je ne sais pas où j'ai pris ce mal)
То ли ветер свистит (Du vent qui siffle)
Над пустым и безлюдным полем, (sur le champ vide et désert)
То ль, как рощу в сентябрь,(ou bien, comme un buisson en septembre)
Осыпает мозги алкоголь. (de l'alcool qui m'inonde le cerveau)


Голова моя машет ушами,(ma tête bat des oreilles)
Как крыльями птица. (comme un oiseau des ailes)
Ей на шее ноги (sur la jambe du cou)
Маячить больше невмочь.(elle n'est plus soutenue)
Черный человек, (un homme noir)
Черный, черный, (noir,noir)
Черный человек  (un homme noir)
На кровать ко мне садится, (s'assoit sur le lit à côté de moi)
Черный человек (un homme noir)
Спать не дает мне всю ночь (ne me laisse pas dormir de la nuit)


Черный человек (l'homme noir)
Водит пальцем по мерзкой книге (passe son doigt sur un livre dégoûtant)
И, гнусавя надо мной,(et d'une voix nasillarde au dessus de moi)
Как над усопшим монах, (comme un moine au dessus d'un mort)
Читает мне жизнь (il me lit la vie)
Какого-то прохвоста и забулдыги,(d'un certain vaurien noceur)
Нагоняя на душу тоску и страх (m'instillant dans l'âme l'angoisse et la peur)
Черный человек (un homme noir)
Черный, черный... (noir, noir)

"Слушай, слушай,- ("écoute, écoute")
Бормочет он мне,- (me marmonne-t-il)
В книге много прекраснейших (dans ce livre il y a de magnifiques)
Мыслей и планов. (idées et projets)
Этот человек (cet homme)
Проживал в стране (vivait dans le pays)
Самых отвратительных (des plus exécrables)
Громил и шарлатанов. (gredins et charlatans)


В декабре в той стране (En décembre dans ce pays)
Снег до дьявола чист, (la neige est d'une pureté diabolique)
И метели заводят (et les rafales tourbillonnent)
Веселые прялки. (comme des roues joyeuses)
Был человек тот авантюрист, (cet homme était un aventurier)
Но самой высокой (mais le plus grand)
И лучшей марки. (et de la meilleure qualité)

Был он изящен, (il était élégant)
К тому ж поэт, (et de plus poète)
Хоть с небольшой, (doté d'une force peu importante)
Но ухватистой силою, (mais saisissante)
И какую-то женщину, (et il y avait une certaine femme)
Сорока с лишним лет, (de quarante ans et quelques)
Называл скверной девочкой (qu'il appelait sale gamine)
И своею милою". (et aussi sa chérie)


"Счастье,- говорил он,- (le bonheur, disait-il)
Есть ловкость ума и рук (est dans l'agilité de l'esprit et des mains)
Все неловкие души (les âmes maladroites)
За несчастных всегда известны (c'est connu, sont toujours malheureuses)
Это ничего, (peu importe)
Что много мук (que beaucoup de tourments)
Приносят изломанные (viennent de gestes)
И лживые жесты. (tordus et fallacieux)

В грозы, в бури, (Dans les orages, dans les tempêtes)
В житейскую стынь,(dans la vie quotidienne)
При тяжелых утратах (en cas de perte douloureuse)
И когда тебе грустно, (et lorsque tu es triste)
Казаться улыбчивым и простым  (paraître souriant et simple)
Самое высшее в мире искусство" (c'est le plus grand art sur terre)"

"Черный человек!  (Homme noir!)
Ты не смеешь этого! (comment oses-tu!)
Ты ведь не на службе (tu vis comme un plongeur qui n'est pas en service)*
Живешь водолазовой.
Что мне до жизни (que peut me faire la vie)
Скандального поэта. (d'un poète scandaleux)
Пожалуйста, другим (s'il te plaît, à d'autres)
Читай и рассказывай".(va lire et raconter ça)


* ( cette phrase est vraiment très difficile, je la laisse telle quelle dans le doute mais je suppose que c'est une image de type " patauger en eau trouble". Certains anglophones tout aussi amateurs que moi l'ont traduite par " n'essaye pas de jouer au sauveteur", mais là, mon niveau n'est pas suffisant pour me faire ma propre idée)

Черный человек (l'homme noir)
Глядит на меня в упор. (me fusille du regard)
И глаза покрываются (et ses yeux se couvrent)
Голубой блевотой. (d'un vomi bleu)
Словно хочет сказать мне, (comme s'il voulait me dire)
Что я жулик и вор, (que je suis un escroc et un voleur)
Так бесстыдно и нагло (qui sans honte et effrontément)
Обокравший кого-то. (dévalise quelqu'un)

. . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . .

Друг мой, друг мой,
(mon ami, mon ami)
Я очень и очень болен
(je suis de plus en plus malade)
Сам не знаю, откуда взялась эта боль.
(moi-même je ne sais pas où j'ai pris ce mal)
То ли ветер свистит (du vent qui siffle)
Над пустым и безлюдным полем,
(sur le champ vide et désert)
То ль, как рощу в сентябрь,
(ou bien, comme un buisson en septembre)
Осыпает мозги алкоголь. (de l'alcool qui m'inonde le cerveau)

Ночь морозная... (la nuit est glaciale)
Тих покой перекрестка. (le carrefour est silencieux et calme)
Я один у окошка, (je suis seul près de la fenêtre)
Ни гостя, ни друга не жду (je n'attends ni ami, ni invité)
Вся равнина покрыта (toute la plaine est couverte)
Сыпучей и мягкой известкой (d'une chaux légère et friable)
И деревья, как всадники, (et les arbres, comme des cavaliers)
Съехались в нашем саду. (se rassemblent dans notre jardin)

Где-то плачет (quelque part pleure)
Ночная зловещая птица. (un oiseau de nuit sinistre)
Деревянные всадники (les cavaliers de bois)
Сеют копытливый стук.(dispersent des bruits de sabots)
Вот опять этот черный (Mais à nouveau, ce type noir)
На кресло мое садится, (s'assoit sur mon fauteuil)
Приподняв свой цилиндр (soulève son haut-de-forme)
И откинув небрежно сюртук. (et ouvre nonchalamment sa redingote)

"Слушай, слушай!-( "écoute, écoute!")
Хрипит он, смотря мне в лицо, (siffle-t-il en me regardant en face)
Сам все ближе
И ближе клонится.
(en se penchant de plus en plus près)
-
Я не видел, чтоб кто-нибудь (je n'ai vu personne)
Из подлецов (parmi les crapules)
Так ненужно и глупо (qui ne souffre d'insomnies, si inutilement et stupidement)
Страдал бессонницей.

Ах, положим, ошибся! ( ha,laissons ça, c'est une erreur!)
Ведь нынче луна. (car maintenant il y a la lune)
Что же нужно еще (que faut-il de plus)
Напоенному дремой мирику? (pour un petit monde (une petite paix) qui somnole d'ivresse?)
Может, с толстыми ляжками (Peut-être que, avec ses cuisses épaisses)
Тайно придет "она", ("elle" arrivera mystérieusement)
И ты будешь читать (et toi tu liras)
Свою дохлую томную лирику? (tes lyrismes chétifs et langoureux?)

Ах, люблю я поэтов! (ha, j'aime les poètes!)
Забавный народ. (une troupe amusante.)
В них всегда нахожу я (je trouve toujours chez eux)
Историю, сердцу знакомую, (une histoire connue par coeur)
Как прыщавой курсистке (une étudiante boutonneuse embobinée)
Длинноволосый урод  (par un monstre à cheveux longs,
obsédé et libidineux)
Говорит о мирах, (qui parle de mondes)
Половой истекая истомою.

Не знаю, не помню, (je ne sais pas, je ne me souviens plus)
В одном селе, (dans un village)
Может, в Калуге, (peut-être à Kaluga)
А может, в Рязани (ou peut-être à Riazan)
Жил мальчик (vivait un petit garçon)
В простой крестьянской семье, (dans une simple famille paysanne)
Желтоволосый, (il avait des cheveux jaunes)
С голубыми глазами... (et des yeux bleu ciel)

И вот стал он взрослым, (et le voilà devenu adulte)
К тому ж поэт, (et de plus poète)
Хоть с небольшой,
(doté d'une force peu importante)
Но ухватистой силою,(mais saisissante)
И какую-то женщину,
(et il y avait une certaine femme) 
Сорока с лишним лет, (de quarante ans et quelques)
Называл скверной девочкой (qu'il appelait sale gamine) 
И своею милою". (et aussi sa chérie)

"Черный человек! ("Homme noir!)
Ты прескверный гость! (toi, misérable invité!)
Это слава давно (ta réputation est connue depuis longtemps")
Про тебя разносится".
Я взбешен, разъярен,(je suis furieux, enragé)
И летит моя трость (et ma canne vole)
Прямо к морде его, (droit sur son museau)
В переносицу... (sur l'arête du nez)

. . . . . . . . . . . . . . . .

...Месяц умер, (la lune est morte)
Синеет в окошко рассвет (la lumière bleuit à la fenêtre)
Ах ты, ночь! ( ah,toi,la nuit)
Что ты, ночь, наковеркала? ( toi la nuit, tu m'as abusé?)
Я в цилиндре стою. (je suis debout en haut-de-forme)
Никого со мной нет. (il n'y a personne avec moi)
Я один... (je suis seul...)
И - разбитое зеркало...(et le miroir est brisé)


Et comme c'est toujours mieux avec le son, voilà un montage vidéo que j'ai trouvé bien ficelé,  l'acteur qui lit le texte semble possédé lui-même!
Mais bizarrement, alors que j'ai du mal avec les mises en musiques sous forme de chansons, cette version presque slam (sur l'excellente musique de Requiem for a dream, un peu forte par moments, certes) passe très bien, et donne une ambiance bien effrayante à cette hallucination.


( pour préciser, juste au cas où, ce ne sont pas des photos et vidéos anciennes aléatoires, mais des documents montrant l'auteur lui-même. Oui, ce gamin tout mignon, et ce jeune homme à l'air sympathique quoique de plus en plus sombre et mélancolique, c'est bien le même. Je le disais ailleurs, mais il était en effet réputé, de son vivant, autant pour son charme hors du commun, et ses frasques alcoolisées, que pour son talent littéraire.** Difficile d'imaginer cet élégant dandy à l'allure délicate en pilier de comptoir, traînant avec la pègre dans les bars louches et rentrant chez lui saoul comme un cochon, et pourtant...)

Juste pour comparer, le même poème, lu par le même acteur, avec un fond musical plus doux, ça ne donne pas le même effet... Le texte est plus audible et a un côté plus résigné, moins halluciné, alors que c'est exactement le même enregistrement de base. Mais j'aime énormément la manière lancinante dont il scande les répétitions...

** mais il avait une voix disons, étrange ( bon, prenons en compte le fait que pour enregistrer sur cylindre à l'époque, il fallait quasiment crier dans le cornet pour que le son passe et espérer être audible. De plus les harmoniques graves se perdent plus avec le temps, donc il y a de la distorsion et l'impression que tout a été enregistré sous une pluie battante) , et un accent campagnard à couper à la serpe (ça, par contre, ce n'est pas une question d'enregistrement, et en même temps, il n'a jamais cherché à cacher ses origines provinciales, bien au contraire) on ne peut pas tout avoir. Mais pas grave, imaginez juste ma joie en découvrant qu'il y avait des enregistrements d'époque d'un de mes auteurs favoris, alors que je pourrais jamais ne serait-ce que rêver d'entendre Baudelaire.
Et, oui, je mets les deux au même niveau dans le classement de mes auteurs favoris, et quand on sait à quel point j'admire Baudelaire, ça donne une idée...

( résultat des courses: traduction faite en 3 bonnes soirées, et même si elle est très certainement imparfaite car quelques phrases sont vraiment difficiles, et que j'ai du passer à coté de certaines subtilités, je suis plutôt contente de moi, j'espère que ça vous aura plu et donné envie de connaître mieux cet auteur)


Et puisque je l'ai ressorti hier:

méga combo: auteur suicidé - ou assassiné, ou mort accidentelle maquillée en suicide, donc potentiellement mort dans des circonstances particulières, avant l'âge de 35 ans. Il ne réalise pas le carton plein, puisqu'il n'est pas enterré à Paris.

lundi 9 décembre 2013

Deutsche Kurzerzählungen - Collectif

Pour la précédente édition du challenge LSD, qui imposait une lecture en VO, j'avais opté pour un recueil de nouvelles. Et cette fois, même choix, les nouvelles sont un bon compromis pour s'y remettre tout doucement après des années. J'ai donc fait un raid au rayon VO de ma médiathèque, bien maigre je dois dire en dehors de l'anglais et de l'italien. Il n'y a, en tout et pour tout que 2 recueils de nouvelles disponibles: un recueil de Brecht ( probablement mon prochain choix) et celui-ci: sobrement intitulé " Nouvelles allemandes- Deutsche Kurzerzählungen", publié chez Pocket, collection langues pour tous.

13 textes d'auteurs parfois très connus ( Günther Grass, Heiner Müller, Heinrich Böll), parfois pas du tout connus, de moi en tout cas, du XIX° et XX° siècles.

- Kannitverstan -JP Hebel : Kannitverstan, en néerlandais, signifie " je ne comprends pas" ( mais en y réfléchissant, : Ich kann nicht verstehen en allemand, ça n'est pas très éloigné). Ce qu'un allemand de passage à Amsterdam ne sait pas. Aussi lorsqu'il voit une très belle maison et un très beau bateau marchand et demande aux passants à qui ils appartiennent, on lui répond " Kannitverstan"; il en déduit donc que monsieur Kannitverstan doit être très riche. Et lorsqu'il demande en voyant un convoi funéraire de qui il s'agit et qu'il obtient la même réponse, sa vie change: à partir de ce moment à chaque fois qu'il se plaindra de ne pas avoir d'argent, il repensera au malheureux monsieur Kannitverstan, mort malgré ses millions. Un fable sur l'argent, la position sociale, etc..

-Mittagessen auf dem fabrikhof ( repas de midi dans la cour de l'usine) - G Weerth: pause de midi dans une usine, vers 1850. Les discussion des ouvriers, qui travaillent de 6 h00 à 20h00 avec juste une pause de 12 à 13 mettent en avant les inégalités sociale ( car tous se demandent ce que le patron peut être en train de manger: roti de chevreuil? pigeon aux pommes?coquelets? tandis qu'eux doivent se contenter de bouillon ou flottent quelques navets) L'auteur était un collaborateur au journal de Marx et Engels

-Welche traurige Rolle das arme Volk in alle bisherigen Revolutionen gespielt hat ( quel triste rôle le pauvre peuple a joué dans toutes les révolutions passées ) - M Hess: un choix étonnant pour un recueil de nouvelles, puisqu'il s'agit en fait d'un pamphlet politique présenté de manière question/réponse. Là aussi, était un proche de Karl Marx et arrive à la conclusion que le peuple a été manipulé à chque fois et qu'il faut que les choses changent.

- Die Stadt der Beziehungen ( la ville des relations) - K. Tucholsky: la aussi, pas une nouvelle à proprement parler, plutôt une sorte de mode  d'emploi de la vie parisienne à l'usage des allemands. Car en France et à Paris en particulier, tout repose sur les relations, le piston, le système D ( la combine, dans la VF), chose inconnue en Allemagne. Pas de piston, pas de carrière ( j'ai presque envie de dire que rien n'a changé en un siècle)

- Der Kaffee ( le café) - A.Zweig:  une histoire touchante d'une fraternisation de quelques heures, entre une troupe allemande et une troupe française, pendant la I° guerre mondiale. Les français meurent de faim alors que la tranchée allemande vient d'être ravitaillée, l'odeur du café qui flotte entre les deux amène un bref cessez-le feu, où les allemands vont céder des provisions aux français.

- Die  Stoppuhr ( le chronomètre) - A. Seghers: un autre lieu , une autre guerre. en Chine, des officiers allemands viennent prêter main forte à l'armée de Tchang Kai Chek pour mater la révolte  des provinces rouges du sud, en entrainant "au chronomètre" une troupe hétéroclite et absolument pas formée au combat. sans se douter qu'en acquérant coordination et rapidité la troupe pourrait s'organiser pour se retourner instantanément comme un seul homme contre ses dirigeants.

-Undines gewaltiger Vater ( le père puissant d'Ondine) - H. Böll: une balade au bord du Rhin en compagnie de Böll, qui se méfie de l'impétuosité du fleuve, et l'appelle "le père puissant d'Ondine" ( un petit clin d'oeil à Lorelei?)

-Von der besonderen Verantwortung der Deutschen (sur la responsabilité particulière des allemands) - G. Grass: là encore, ce n'est pas vraiment une nouvelle, plutôt un discours politique qui renvoie dos à dos les 2 puissances mondiales de la Guerre froide. Suite au partage de l'Allemagne après la 2° guerre mondiale, et donc par sa position géographique mais aussi sa responsabilité pendant la guerre, qui a par la suite la course mondiale à l'armement, Grass pointe le rôle que l'Allemagne se doit de jouer dans le désarmement .

-Das eiserne Kreuz ( la croix de fer) - H. Müller: apprenant le suicide d'Hitler, un des ses fervents partisans décide de se suicider aussi, avec toute sa famille. Une nouvelle sur la toute fin de la guerre, les populations déboussolées qui se trouvent à devoir choisir entre accepter la défaite ou fuir la réalité d'une manière ou d'une autre.

-Ab-Lauf der Dinge ( déroulement des choses)- J. Laabs: une femme prépare le repas en attendant le retour de son mari, qui travaille tard le soir. Elle le soupçonne d'infidélité, mais se refuse même ne serait-ce qu'à lui demander s'il compte rentrer dîner. Mouais, bon, je déteste ce genre de personnage qui se plaint mais ne réagit pas.

-Schöne freie Welt (beau monde libre) G. Vesper: la vie quotidienne d'un enfant, au travers de toutes les interdictions qu'il entend à longueur de journée, ne cours pas, tais-toi, viens-là, ne t'éloigne pas...

- Die Proben oder zweimal ein Sohn ( les répétitions ou deux fois un fils) - A Mechtel: une femme qui vient d'avoir un enfant songe à sa vieille voisine, morte peu avant: celle-ci avait si bien éduqué son fils à être un battant, un gagnant en tout, un homme d'affaire accompli, un individualiste forcené, que celui-ci l'a peu à peu  abandonnée. Une nouvelle sur les projets de vie que les parents peuvent inculquer à leurs enfants.. et les résultats désastreux qui s'ensuivent.

-In der Strassenbahn ( dans le tramway) -G.Ernst: un tramway bondé, une dispute entre voyageur un peu dans le goût des "exercices de style" de Queneau.

L'an dernier, j'avais choisi 20 Kurzgeschischten, comme lecture en VO. Le livre n'était pas mal, avec un panaché de nouvelles, d'intérêt variable, mais surtout, il était en allemand, avec en regard, des notes de lectures, des traductions de mots compliqués, et un glossaire final. J'ai trouvé celui-ci beaucoup plus mal fichu, car en fait, les textes sont plus compliqués:  beaucoup de textes politiques avec du vocabulaire que je n'ai pas oublié, mais simplement jamais appris: les  tranchées, le désarmement, la tactique, certains assez facilement déductible ( die Artillerie, Die Infanterie..), mais d'autres, beaucoup moins. Et pas de glossaire, pas de lexique, en fait le livre qui contient des textes plus compliqué d'adresse à des étudiants d'un niveau inférieur. Tu ne comprends pas? pas de problème: tu as la traduction française en face. Et ça, je n'aime pas, c'est trop facile comme démarche à mon goût, trop prémâché.

Par contre comme les textes ont été choisis non pour leur vocabulaire, mais chaque fois pour un point grammatical ( par exemple " monde libre" pour l'emploi de l'impératif, "dans le tram" pour le discours direct et le dialecte autrichien, "la responsabilité pour les articles de noms de pays..), on a droit à plusieurs fois la même explication, par exemple, ça n'a pas très grand intérêt de dire X fois en note de bas de page que tous les mots en -ung ou en -heit sont féminins,  ou X fois que tous les verbes en -ieren sont tirés du français et se conjuguent comme ceci.... merci, mais je préfèrerais avoir un lexique ou d'autres notes grammaticales, j'ai compris!)

D'une part j'ai apprécié l'idée de textes politiques et sociaux, parce que justement mon vocabulaire pèche de ce côté là... mais non, la pure et simple traduction en regard, ça n'est pas mon truc. Mais il aurait été appréciable aussi de continuer sur cette lancée, les autres textes paraissent vraiment faiblards niveau intérêt.
Donc une lecture  demi- réussie ou demi ratée. Enfin, il faudra vraiment que je me fasse des planches de vocabulaire organisées par champ sémantiques.
bonus! 25/24

mardi 12 mars 2013

The tell-tale heart - Edgar Poe

C'est ben le défi nouvelles, c'est le format rêvé pour se remettre à lire en VO. Et donc, j'ai ressorti de mes étagères le recueil " Stories of mystery - nouvelles fantastiques anglaises", que j'avais lu il y a quelques années, mais je voulais voir si mes impressions avaient changé. L'édition est bilingue, une page en anglais, et en regard, la traduction, ce qui aide bien dans certains cas.

Nouvelles anglaises mais aussi écossaises et américaines
Je parlerai plus tard du reste du recueil, mais je tenais vraiment à séparer la nouvelle de Poe de tout le reste.
Le sujet est simple: un homme perturbé, bien qu'il prétende le contraire, décide de tuer son voisin, un vieux monsieur contre lequel il n'a rien, sinon le fait que le vieil homme soit borgne. il conçoit une telle terreur à l'égard de cet oeil vitreux, qu'il considère comme maléfique, qu'il décide que le meilleur moyen de se libérer de l'influence de ce "mauvais oeil" est de tuer l'homme. (premier temps de la nouvelle). Le crime est commis, le cadavre est caché, des enquêteurs arrivent, car le voisinage a entendu du bruit la nuit passée. Mais l'assassin a omis un détail: sa propre conscience qui lui fait entendre, de plus en plus fort, le battement de coeur du mort, caché sous le plancher. Le coeur révélateur, ou plutôt " tell-tale", celui qui raconte l'histoire ou, judiciairement, celui qui avoue. Mais bon, puisqu'on la connais sous le nom de " le coeur révélateur", je garderai cette version là. Je n'ai pas lu la traduction de JP Naugrette , celle de ce recueil, ni celle de Baudelaire d'ailleurs. Mais les notes de bas de page sont très très intéressantes, ici pour souligner un jeu de mot sur "hand" la main, mais aussi l'aiguille d'une pendule. Ou le rapport entre l'oeil vitreux du borgne et celui du chat dans le chat noir ( faut que je la lise, en VO, of course!). Etonnamment, il n'est pas mis en parallèle avec l'histoire de Cain, et pourtant : un meurtrier, un oeil, une surveillance qui dure sept nuits...
Le coeur révélateur - Odilon Redon illustration de la première édition française

Et , bien que l'ayant déjà lu, j'ai adoré relire cette histoire. Parce que Poe a un talent fou pour créer une ambiance, un talent fou pour raconter une histoire ( et c'est ce qui compte le plus à mes yeux) et un sens de la rythmique que j'aime énormément. Et la raison, a vraie raison pour laquelle j'ai séparé cette nouvelle des autres, c'est que c'est la seule de tout le recueil, que j'ai eu envie de lire à haute voix, d'entendre, vraiment.
Et, ça tombe bien, il y a quelqu'un qui le fait, et très très bien, ça serait dommage de s'en priver: The tell-tale Heart, en version théâtrale, par Vincent Price himself.

Partie I


Et partie II

Je crois que je n'avais pas autant apprécié un auteur depuis.. bingo! depuis Baudelaire. et je sais déjà qu'en cas de besoin, je pourrais toujours me référer à sa traduction, car peut-être que d'autres plus précises ont été faites depuis, mais la similitude que je trouve ( à tel point que je me suis faite la réflexion que ça ressemble à du Baudelaire traduit en anglais!) entre les univers des deux auteurs me parait dans ce cas beaucoup plus importante que la précision.
Donc, j'adore. Et je sens qu'Edgar Poe et moi, on va faire un bout de chemin ensemble...


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1/20