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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

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lundi 10 octobre 2022

Lundi découverte: Hextian, le gars aux poupées

 Et hop, encore une chaîne, qui n'est pas liée directement à Halloween, mais..

Il y a quelques jours, Kiona a relayé une création de poupée Barbie spéciale " dia de los muertos" que je trouve hyper sympa, alors qu'en général, je n'en ai pas grand chose à faire, et que je n'aime pas trop les poupées.

Et je me suis souvenue d'un gars qui customise des poupées de manière très personnelle. Soit qu'il les trouve vraiment ratées lorsqu'il s'agit de licences ( la belle, de la Belle et la Bete, ou la reine des neiges, avec des maquillages pas terribles), soit qu'il veuille en créer une qui n'existe pas ( le démon des super nanas, une sirène à deux queues, un monstre du folklore philippin - l'artiste est philippin), soit qu'il décide de customiser des vêtements... ce gars a des doigts d'or. Sans être fan des poupées, j'admire le travail qu'il fait, en sculpture, en peinture, en couture..

Là non plus, tout n'est pas  horrifique ( adepte de la scène travestie et drag, il retouche assez souvent d'anonymes Barbies en reines de la nuit, et c'est très bien fait)

On commence festivement, avec une poupée vampire retouchée, sans la changer fondamentalement

Je ne connais la gamme Monster High que de nom, c'est sorti quand j'étais déjà trop vieille, mais sa vampirette a l'air bien plus démoniaque qu'elle ne l'était à l'origine.


Pour faire Mercredi Addams, on prend une opoupée générique, on la décapite, on la coupe en deux, on la ressoude .. c'est légitime 😁

apparemment il a participé à une thématique et présente aussi les autres concurrents, il y a des choses bien sympa que j'irai voir à l'occasion.

il y a aussi évidemment Morticia, et j'aimerais tellement qu'il fabrique toute la famille, l'oncle Fester compris.

Comment transformer une poupée banale en monstre? Voilà Ursula de la petite sirènes, version jeune. Mais quel boulot de dingue sur les tentacules!


Le démon des Super nanas, là encore, c'est une série que je connais très peu, mais le résultat est très drôle, très cartoonesque.

La sorcière de la belle au bois dormant

Celle de l'ouest, avec son familier

Et alors la plus épouvantable de toutes: Le mananagal, monstre des Philippines ( avec la encore une collaboration , donc plein d'autres monstres sont à aller voir)

Après ça, j'aimerais bien qu'il fabrique plus de créatures folkloriques, puisque ce ne sont sont pas des modèles de poupées commerciaux qu'on verra ailleurs sous un forme ou une autre.
et même si je n'ai pas l'intention de me lancer dans le design de poupées, je trouve très sympa qu'il montre le frocessus de fabrication, comment faire une perruque, couper et recoller, quel matériel il utilise et comment, etc... ca peut donner des pistes à ceux qui sont tentés.
une logo noir et blanc pour compenser toutes ces couleurs.


mercredi 8 juillet 2020

La danse de Shiva (mythes et légendes)

Je quitte un instant la Russie pour faire un passage en Inde, qui est le pays mis à l'honneur en juillet par le challenge Contes et légendes.

Or, il s'avère que j'ai décidé depuis avril/mai un peu par hasard, de m'intéresser de plus près à la danse. En tout cas à la danse en général, j'ai pratiqué la danse moderne quand j'étais plus jeune, donc je connais un peu, le classique reste plus abstrait à mes yeux encore, mais je tente le coup à petite dose maintenant que j'ai trouvé une voie d'accès. On y reviendra.

Par contre j'aime beaucoup et depuis longtemps la danse indienne, même si je connais assez peules histoires qu'elle raconte.

Je suis bien fan du danseur et chorégraphe Ragunath Manet, que j'ai eu la possibilité de voir sur scène ici-même à Avignon.
Quand je dis que j'apprécie la danse indienne il faut en fait comprendre que j'apprécie les danses sacrées.  Le côté Bollywood, j'ai beaucoup, beaucoup de mal avec ça.
Et l'année où le même interprète avait présenté un spectacle de danses de cinéma, j'avais beaucoup moins accroché. Le même gars n'a pas du tout la même énergie, le même engagement. Non qu'il ne prenne pas son métier au sérieux, mais c'est probablement au niveau de ses croyances personnelles qu'il y a une différence. Il est infiniment plus intéressant à voir dans les danses sacrées qui sont le coeur de sa pratique.

Et donc Inde + danse = Shiva.
Puisque la danse est l'une des représentations les plus connues du principal dieu indien. Et corollaire: les  chorégraphies tournent donc souvent autour des légendes mettant en scène Shiva.

Shiva étant le dieu créateur et destructeur, il détruit l'ancien monde et crée le nouveau par le biais de sa danse cosmique, liée donc aux concepts des réincarnations et renaissances dans la pensée indienne.
L'essentiel est là, la destruction n'est pas une fin, c'est une fin ET un commencement.


voilà un lien qui explique assez bien les détails  de cette représentation.
Et un autre qui parle du dieu en général, car là n'est pas mon propos.
Et un autre pour présenter les types de danses indiennes.

Celle que je connais, puisque c'est celle que j'ai vue c'est le baratha Natyam qui a la particularité de raconter des histoires de manière très codifiée. Hop, quelques explications sur le baratha Natyam par Ragunath Manet. Et, forcément, c'est pour moi un plaisir de l'entendre parler un français parfait.
Je trouve l'approche indienne très intéressante, de considérer que théâtre, danse et musique sont 3 aspects d'un seul et même art.

Dommage, il n'y a pas de vidéos assez longue le montrant sur scène, ou au moins, une chorégraphie entière. En tout cas pas autour de la danse de Shiva
Voilà un tout petit extrait, en plein air dans la ville de Rishikesh


Donc pour avoir la danse de Shiva en entier, il va falloir se tourner vers une autre vidéo, qui présente la kuchipudi, un autre type de danse. Je suis loin d'en savoir assez pour en dire plus ou de pouvoir différencier l'une de l'autre. Je me bornerai à dire que " j'aime" Voilà la danse en question par Raja et Radha Reddy 

Danse de la destruction de Shiva

Partie 1: Présentation et explications en anglais au sujet la structure d'un temple indien basée sur un mandala, et de la thématique de la danse


Partie 2


Partie 3

Partie 4

Partie 5: explication des postures et codes ( en anglais)

Partie 6

Ca se sent que je suis en manque de théâtres et de spectacles, en ce mois de juillet sans vrai Festival d'Avignon?

vendredi 20 novembre 2015

L'art et la manière... de le regarder - Hubert Comte

Un tout petit livre trouvé par hasard dans la salle des employés du musée où je travaille: nous avons une étagère en salle d pause, où chacun laisse à libre disposition revues et livres dont il n'a plus l'utilité, ou qu'il n'a pas aimé, au cas où ils intéresseraient quelqu'un d'autre. Une des rares choses sympa à mon travail. Et ça permet d'occuper un peu les longues journées en cette saison où il n'est pas rare d'avoir seulement 10 visiteurs dans la journée. Tout en améliorant nos connaissances dans notre domaine de travail.
Editions Volets Verts ( ça ne se voit pas bien)

Je n'avais pas entendu parler de cet auteur, qui a écrit plusieurs essais sur l'art, je viens de voir un blog qui lui est dédié avec une bibliographie complète.

Ce petit livre donc est destiné a priori a un public qui ne fréquente pas les musées, par manque de temps, par timidité devant un lieu parfois trop impressionnant qu'il ne sait pas trop par quel bout commencer.
Mais aussi éventuellement aux professeurs ou animateurs désireux d'amener leurs élèves à la découverte des musées. Hubert comte répond donc de manière simple aux questions que l'on peut se poser: comment aborder le musée proprement dit, comment faire aimer l'art, comment l'aborder, et au fait , à quoi sert l'art? quelle est la meilleure distance pour observer un tableau, une statue... quelques conseils simples comme tourner autour d'une statue par exemple s'il y a la possibilité, pour regarder les jeux de lumière à la surface de la matière, où d'amener quelqu'un à l'art parfois par un chemin inattendu il cite l'exemple d'un jeune homme en formation pour devenir poissonnier qui est tombé à sa première visite du Louvre en arrêt devant la nature morte à la raie de Chardin, trouvant de lui -même une porte d'entrée qui l'a peut-être amené un jour à aller vers d'autres natures mortes ou vers les marines...

Il raconte aussi comment lui-même a découvert le monde des musées par hasard: parce qu'une institutrice lui avait raconté de manière passionnante le monde gaulois et romain, il a voulu voir s'il restait des traces de cette époque, et son père l'a amené au musée local voir la section gallo romaine, les monnaies, les sculptures trouvées dans sa région.

Un chose qui m'a interpellée à un moment, parce que ça fait écho à ce que je vis tous les jours: il parle des photographes ( photos sur pellicules encore en 1996 quand le livre a été écrit) qui photographient tout... et ne regardent rien. Avec le numérique et les smartphones, j'en vois tous les jours des comme ça: ils font le tour du musée, photographient tout, parfois sans exception, titres compris.. et se retrouvent après avoir vu 2 salles -la conformation du musée ou je travaille, autour d'un escalier à vis, fait qu'en quittant la salle 11 on doit monter l'escalier pour aller en salle 12, si on continue on a fait un tour complet de l'étage et on se retrouve en salle 8. Nous sommes là pour indiquer aux gens qu'il faut monter à l'étage d'ailleurs. Et tout les jours ils y en a qui reviennent sur leur pas, persuadés de n'avoir pas vu la salle 8, simplement parce qu'ils étaient trop occupés à la photographier sous tous les angles. Ou à la traverser sans vraiment regarder ( les jours de pluie, il y a pas mal de gens qui viennent là juste pour se mettre à l'abri et pouvoir dire ensuite " j'ai fait un musée")

L'autre remarque qui me parle c'est, à propose du visiteur type qui vient ne voir que l'oeuvre principale du musée: " il n'est pas recommandé de se boucher les yeux en traversant les salles avoisinantes du musée, c'est peut-être l'occasion de découvrir une nouvelle passion , qui sait? Un moment, même court face à une autre oeuvre ne peut être que bénéfique [...] de toutes façons, JE CRAINS L'HOMME D'UN SEUL TABLEAU."

deux anecdotes personnelles ici:
La première, c'est une dame qui me demande
 - qu'est-ce qu'il y a au deuxième étage?
- La suite, on reste dans la peinture italienne, mais les décennies suivantes, là vous êtes aux début XV° siècle, à l'étage, c'est premier et deuxièmes quart du XV°
- Mais est-ce qu'il y a des Vierge et l'enfant?
- euh, oui, un jour avec une collègue, nous avons compté tous les tableaux du musée portant ce titre, et vu que c'était le sujet favori du collectionneur, il y en a plus de 70 exposées...
- non parce que moi, je ne veux voir que des Vierge et l'enfant, je les photographie toutes, j'en ai plus de 600 en photo chez moi.

J'ai quand même trouvé que c'était une passion un poil exclusive!

Deuxième anecdote: il y a, là où je travaille" un tableau " attribué à Botticelli", parfois des gens viennent de loin pour le voir, uniquement parce que c'est le seul nom qu'ils connaissent. Certains payent l'entrée uniquement pour celui là. C'est un Botticelli de jeunesse, peut être même fait à plusieurs mains en atelier mais le nom est célèbre, c'est tout ce qu'ils veulent. Sans prendre en compte le fait que Botticelli ne vient pas de nulle part, qu'il a travaillé avec d'autres peintres qui l'ont influencé, c'est sympa aussi de voir ce qui se faisait avant. Mais non!

Un jour un monsieur arrive dès l'ouverture et se campe devant pendant bien 1h45. Pensant qu'il voulait le voir en priorité, ça arrive parfois, je lui propose de repartir au début pour voir le reste de la collection. Le monsieur, fort agressif, se met en colère, et me crie dessus! Ne me laissant pas faire, je lui demande pourquoi il s'énerve comme ça, alors que je fais que mon travail. réponse
- " je suis venu du Canada pour le voir, je l'ai vu il y a 16 ans lors de mon premier voyage, je voulais absolument le revoir, maintenant je m'en vais, où est la sortie?"
- euh, d'accord, donc pour sortir, vous descendez l'escalier, vous traversez la salle16
- Je ne veux pas traverser la salle 16
- Vous allez être obligé, parce que la sortie est au bout de la salle 16
- Vous êtes bouchée? je vous dis que je ne veux pas traverser et voir d'autres tableaux!
- Et moi, je vous dis que vous allez être CONTRAINT de traverser la salle 16 parce que la sortie est AU BOUT et qu'il n'y en a PAS d'AUTRE.
- Et bien je la traverserai COMME CA! ( geste de marcher en baissant la tête et en se bouchant les yeux pour être sur de ne pas voir autre chose)
Je ne sais pas, peut être qu'il imaginait que voir un autre tableau allait le rendre aveugle en lui brûlant la rétine.
Concrètement je n'ai jamais vu de ma vie de gardienne de musée quelqu'un d'aussi borné. Des relous, des bizarres, des ésotéristes illuminés adeptes de la théorie du complot qui analysent chaque tableau à l'aune du Da Vinci Code oui. Des bornés à ce point, non.

Une lecture courte, pas difficile puisqu'elle s'adresse à des amateurs, voire des novices, et que je conseille quand même à tous, parce que c'est toujours utile d'avoir des pistes.
Par exemple " poivrons rouges sur table ronde laquée blanche" de Felix Valotton, je ne connaissais pas ce tableau. Mais outre la précision quasiment photographique dans le rendu de la couleur et de la brillance, auteur attire mon attention sur une chose que je n'aurais pas forcément vue a priori: la date ( 1915.. hé , il y a pile 100 ans!)

La date peut avoir une importance: dans ce qui est a première vue une nature morte, la présence de la couleur rouge violente et du couteau au premier plan tout prêt à découper ces poivrons aussi divers que possible a probablement une connotation politique.
Rien que pour cette information, j'ai trouvé ce petit livre très intéressant.

Sylvain? Je te le prête?
Idée 39: Un musée ( un tableau représentant des visiteurs qui admirent les tableaux d'un musée..)

vendredi 16 octobre 2015

Diablement séduisant...

Il y a des années, j'ai visité la cathédrale de Liège, en Belgique, où j'ai eu la surprise de voir une statue de Lucifer, grandeur nature, très surprenant. A l'époque je n'avais pas d'appareil numérique, et je ne sais plus où ( diable) j'ai pu mettre mes photos papier, j'ai donc du fouiller le net pour concocter ce petit sujet belge hors saison.

Donc, une statue de Lucifer. Le nom officiel est le génie (ou l'ange du mal).
Il faut savoir qu'il y a deux statues du même nom, l'une signée Jozef Geefs sculpteur anversois ( 23/12/1808- 9/10/1885. A quelques jours près, j'aurais pu faire un billet pour les 150 ans de sa mort). Jozef Geefs avait reçu commande d'une statue de diable pour la cathédrale de Liège devant illustrer "le triomphe de la religion sur le génie du mal". La statue a eu un certain succès.. mais pas celui attendu par les commanditaires.
Je vous laisse deviner où est le problème:
un détail pour mieux saisir
Pourtant, c'est juste une statue de facture classique, tout à fait dans le canon de beauté gréco-latin, représentant un homme jeune, presque androgyne, quasiment nu...et d'un réalisme anatomique un peu trop... réaliste pour certains. 
Ha oui, c'est exactement ça le problème. Geefs s'est souvenu que Lucifer était, à la base un ange, d'où le côté un peu androgyne et parfaitement bien roulé. Hormis les ailes de chauve souris, l'air renfrogné et le serpent à ses pieds, difficile d'identifier clairement un diable. C'est avant tout un homme nu dans une église.

Autre souci: son regard pointe directement sur ses jambes dénudées et vers le serpent à ses pieds... si le symbole n'est pas clair...
De plus, le triomphe de la religion est loin d'être visible, il semble plutôt être en train de ruminer une vengeance, avec son épée cassée à la main. Vaincu, mais toujours combatif.

Exit donc la statue du diable un peu trop visiblement tentateur, considéré comme  "trop sublime" par les autorités ecclésiastiques , qui l'ont jugé un peu trop " distrayant" pour le regard des paroissiennes. Qui se trouve maintenant au musée des beaux-arts de Bruxelles.
J'ai quelque part chez moi un ouvrage qui explique que les images pieuses de Saint Sébastien, saint pourtant invoqué contre les épidémies de peste, ont peu à peu été remplacées par des images de Saint Roch, ayant la même fonction.. pour exactement les mêmes raisons: la présence d'un saint à moitié nu dans une église entraînait un certain manque de concentration chez les paroissiennes ( et probablement aussi quelques paroissiens, ce qui était encore pire à l'époque)

Donc que faire, il faut une statue illustrant "le triomphe de la religion sur l'ange du mal". Nouvelle commande cette  fois à Guillaume Geefs, le frère du premier, avec pour consigne de montrer clairement qu'il s'agit d'un esprit malin, et qu'il est vaincu par la religion. Et on évite les ambiguités SVP. Le mal ne doit pas être séduisant ( ce qui est un non sens, puisque JUSTEMENT, le mal est censé être suffisamment séduisant pour détourner les chrétiens de leur religion. Qui irait suivre une petite bestiole poilue toute moche et ricanante de son plein gré?)

Je me plais à penser que Guillaume Geefs a réussi à contourner le reproche fait à son frère ... tout en faisant exactement la même chose.
En plus subtil, parce que le résultat tient plus d'un dieu païen que de ce que les curés devaient avoir en tête. Ont-il réellement trouvé que cette statue là était plus en accord avec leur idée, ou bien n'avaient-ils tout simplement plus le budget pour en faire faire une troisième version?


Son diable est donc un peu plus habillé ( ou plutôt un peu moins deshabillé, enfin, à peine, et toujours anatomiquement réaliste), doté de cornes ( tellement minuscules qu'il faut bien regarder pour les voir) d'ongles vaguement en forme de griffes, d'ailes de chauve souris et subit la punition de s'être révolté: enchaîné par le pied au rocher qui lui sert de socle, une pomme en partie croquée à ses pieds, la partie haute de son sceptre tombée à côté  ( portant l'étoile du matin, qui indique son identité Lucifer = "celui qui porte la lumière"), il tient à la main l'autre moitié de son sceptre et sa couronne d'ange,

et lève son autre main au dessus de sa tête, ce qui est supposé être une attitude de soumission à Dieu, le sculpteur lui a même ajouté une minuscule larme de repentir. Le cahier des charges " triomphe de la religion sur le mal" est rempli.

Mais  le résultat est-il vraiment moins "distrayant" que son prédécesseur? Je vous laisse juger.
Personnellement...
Enfin, de mon point de vue...
Du fait qu'il s'agisse cette fois d'un homme adulte, et non d'un jeune Adonis...
...
......
......... 
un instant,  j'arrête juste de baver devant le monsieur tout nu et je développe.

Aheum..

J'ai envie de dire que c'est là un bien beau diable que nous offre Guillaume Geefs, qui pourrait être même simplement le même personnage juste un peu plus âgé.
Je ne pense pas que les paroissiennes aient été moins distraites par cette version plus subtilement provocante que la précédente, bien au contraire.
En plus, si je me souviens bien, l'église catholique est censée ( je dis bien censée ) prôner le respect, la pitié envers ceux qui souffrent, tout ça... Bravo, Guillaume, tu as réussi à nous faire prendre le malin en pitié.

J'ai plutôt envie d'aller le détacher, ce pauvre diable qui ressemble tant à Promethée, mon dieu favori en mythologie grecque, puni sévèrement pour avoir voulu apporter le feu aux humains, donc AIDER les humains.
Lucifer est, lui, puni pour, outre sa rébellion, avoir apporté la CONNAISSANCE aux humains. Attendez, mais c'est bien tout ça! C'est à notre avantage...
Mais pour les religieux de tout bord, la connaissance, l'égalité, le libre arbitre, tout ça c'est la pire chose qui puisse être: les gens se mettraient à réfléchir, à se poser des questions, voire à remettre en cause les dogmes.

Saint Lucifer, patron des employés injustement licenciés et des syndicalistes?
Sympathy for the (sexy) devil!

Je ne pense pas que ça ait été ce qu'espéraient les religieux de Liège, mais à l'heure actuelle, probablement que plus de gens vont visiter l'église pour voir le diable que pour aller à messe.




samedi 16 mai 2015

Le goût du noir - Collectif

Un tout petit livre trouvé en passant dans les rayons de, aheum, "l'agitateur de curiosité" (oui c'est à peu près la seule librairie généraliste qui reste , pas trop loin de chez moi), le titre m'a plu, je l'ai pris un peu par hasard, je ne conaissais aps cette collection " le goût de.. "  déclinée sur à peu près tous les sujets possibles.
Le principe est simple: un sujet, une compilation de textes qui y font référence de près où de loin. J'aime bien cette idée, même si je n'ai pas trouvé les textes toujours très bien choisis.


Le noir. qu'est-ce? Une couleur.. ou une non-couleur selon le point de vue adopté, la nuit, le mystère, l'élégance, la tristesse le deuil.. enfin, dans la tradition Judéo Chrétienne, en Asie, le blanc sera plutôt associé à la mort. Mais c'est aussi, l'origine, le début ce qu'il y avait avant.. et la fin. autant dire qu'on peu y mettre à peu près tout ce qu'on veut.

Personnellement j'aime le noir. Je l'ai toujours aimé. Je travaille 5 jours par semaine en noir et blanc, et encore, ça m'ennuie particulièrement de devoir y ajouter ce blanc. Pour moi c'est une couleur, une couleur que je trouve reposante, absolument pas triste. Ca m'a toujours évoqué, la nuit, la tranquillité, et certainement pas le deuil que j'associe justement plutôt au blanc, qui est pour moi la couleur non de la pureté mais de la maladie, de l'hôpital, etc..

Ce petit ouvrage nous propose 6 axes de réflexions, regroupant chacun quelques textes littéraires présentés par une brève introduction:

- l'origine du noir: La genèse qui nous dit qu'avant toute chose, il y avait le noir! que la lumière fut, c'est bien, mais sans la nuit, il n'y aurait pas de jour, hé oui.. Hésiode raconte l'origine de Nyx, déesse de la nuit, avec en miroir un texte de Pascal Quignard sur Nyx, Nox dans la tradition latine. Pline explique comment les peintre de son époque produisait le pigment noir, Michel Pastoureau évoque l'histoire du noir et son appropriation par la vogue Romantique au XIX°S ( j'ai son ouvrage sur le Noir à lire, j'ai beaucoup apprécié celui sur le bleu que je n'ai pas encore présenté ici). Et étonnamment dans cette catégorie "Voyelles" de Rimbaud, parce que A noir, et que A est la première lettre de l'alphabet . Voilà, quand je disais que le choix de certains textes était pour le moins étrange. Mais les textes mythologiques ou sociologiques sont intéressants et à leur place.

Nyx vue par Bouguereau
- Noirs singuliers: on y trouve pèle-mêle le " dîner funèbre" donné par Des Esseintes dans à rebours de Huysmans, une évocation de l'obscurité ( pas vraiment du noir!) d'une maison de plaisir de Kyôto par Tanizaki ( éloge de l'ombre) un texte de Michel Tournier qui parle principalement du gris et de sa place dans le spectre des couleurs, et un texte de Roger Caillois - j'ai failli écrire Caillou, véridique, acte manqué - sur sa passion des pierres et l'onyx noir dans ses collections.

- Noirs des mystères: Cette fois ça y est, on y est.
Henri de Régnier évoque le costume noir d'un personnage sur une scène de Carnaval Vénitien peinte ( Esquisses Vénitiennes). Barbey D'Aurevilly dresse un portrait de criminelle, une brune aux yeux sombres, vêtue de noir, qui a autrefois empoisonné une autre femme avec de l'encre - ok, c'est pour le symbole, mais l'encre en elle même n'est pas toxique, en tout cas l'encre de seiche, il devait y avoir quelques petites choses en plus dans son encre- et, en visite au zoo, s'amuse à provoquer une panthère, qu'on deviene noire elle aussi ( Le bonheur dans le crime). Suit un extrait d'un "roman noir" de Raymond Chandler, un peu tiré par les cheveux, ou une pin up clame porter du noir "parce qu'elle est méchante": quand il faut faire des coupes sombres  marquées (...) dans le texte pour le faire cadrer avec le sujet, c'est qu'on aurait pu trouver plus approprié. Là il y en a beaucoup.
Plus logique: le chat noir d'Edgar Poe, et la Peau de chagrin  de Balzac ( dans la pénombre d'une boutique, ce morceau de cuir noir aux propriétés magiques semble aimanter le regard de Raphaël, le futur acquéreur de l'objet maudit.
L'étrange cas du Dr Jeckyll de Stevenson fait plutôt référence à la "noirceur " de l'âme humaine, qu'à la réelle couleur, donc il fait aussi partie de ce que je trouve un peu tirés par les cheveux.

- Nuitamment au creux du noir: cette fois, c'est le noir dans son cadre nocturne dont il est question via the City of dreadful night de James Thomson ( je ne connais pas du tout, je note ce titre qui me tente bien), l'aventure d'Eros qui a épousé Psyché mais ne lui rend visite que la nuit, afin qu'elle ne voit pas qui est son mari ( chez Apulé).  Evidemment, impossible de faire l'impasse sur une pièce aussi nocturne qu'Hamlet,

Hamlet Vu par Delacroix, il en sera question plus bas...
Les souvenirs des nuits de Combray de Proust me confirment que non, décidément non; cet auteur n'est vraiment pas pour moi,  comment dire...parfois à peine arrivée au milieu de la page, mes yeux se ferment si vite que je n'ai pas le temps de me dire  " je m'endors" ...
Victor Hugo dans William Shakespeare fait du noir une sorte d'étendard de l'esthétique de son époque qui conduit naturellement à la section suivante:

-Noirceurs chères aux poètes. alors là je me demande bien pourquoi ne pas y avoir intégré Oceano Nox, qui aurait été un enchainement parfait sur le thème de la nuit. Au lieu de ça on a le satyre extrait de la légende des siècles. Allez comprendre.
Erlkönig de Goethe traduit par Michel Tournier. La traduction n'est pas mauvaise et évide l'écueil de vouloir artificiellement reconstruire des rimes qui sonneront forcément faux, et c'est tout à son honneur, mais, j'ai toujours du mal avec la poésie traduite lorsqu'elle vient d'une langue, et même d'un texte que je connais - ici par coeur pour l'avoir travaillé en chant en tant que Lied de Schubert.
En voilà une autre avec le texte originel en regard.
(C'est toujours mieux avec le son:  Erlkönig mis en musique par Schubert, interprété par Dietrich Fischer Dieskau, grand spécialiste du Lied)

Même chose pour l'extrait du Paradis Perdu de Milton traduit par Chateaubriand, qui , pour le coup, ressemble vraiment trop à du Chateaubriand et pas à un texte plus ancien de 2 bons siècles. Par contre Nuit de décembre de Musset, El Desdichado de Nerval sont deux excellents choix. Pour Baudelaire, Sed non Satiata n'est pas ce que j'aurais chois en premier, j'aurais plutôt vu " Quand le ciel bas et lourd".
Le tout conclut sur un texte pour le moins hermétique de Mallarmé sur l'encre ( mais bon, Mallarmé est toujours plus ou moins hermétique, là il est presque déjà dans l'écriture automatique du siècle suivant)

- Noir en peinture: le chapitre le plus intéressant pour moi, avec celui sur la poésie et sur la mythologie. Des extraits d'interview de peintres ou de catalogues d'exposition. Paul Valéry parle d'un tableau de Manet représentant sa "Tante Berthe" (il était un neveu par alliance de Berthe Morisot elle même belle soeur du peintre Manet),

 un autre d'Yves Bonnefoy sur les estampes de Delacroix, par ailleurs formidable coloriste en peinture, mais qui s'est réservé le noir pour l'estampe, et sur les noirs de Goya , et particulièrement " el sueño de la razon"qui cause des cauchemars à un personnage de Jean Lorrain

Un catalogue d'exposition date l'apparition de l'art abstrait avec le Carré noir sur fond blanc de Malevitch.

Pierre Soulages explique sa démarche picturale, et ça c'est passionnant: parce que ses grand tableaux noirs sont quelque chose que j'ai du mal a apprécier, vu que l'art contemporain est rarement expliqué. Là, sans forcément tout aimer, je comprends et c'est déjà une bonne chose.

Pour Henri Michaux, le noir, c'est l'origine, le fondamental, Kandinsky semble ne pas l'aimer du tout et.. voit tout en noir si j'ose dire, il ne s'en sert que pour sa capacité à mettre les certaines couleurs en valeur et d'autres en retrait.
de faux caractères chinois par Michaux

Un petit livre inégal, mais un principe sympathique, que j'ai quand même plutôt apprécié. A lire évidemment avec sous la main:

 ( il existe d'ailleurs un opus " goût du café" et un " goût du chocolat". Je lirais quand à moi probablement le "goût de Kyoto", s'il croise ma route) Dommage il manque quand même un mot sur les vases grecs à figures noires

dimanche 19 avril 2015

James Ensor par Emile Verhaeren

Dans le cadre du mois belge je pensais depuis quelques temps à faire un sujet sur James Ensor, un peintre  de la fin du XIX° siècle assez peu connu en France, mais dont j'aime bien l'univers macabre et humoristique, les toiles émaillées de détails incongrus ( le peintre n'hésite pas à se représenter coiffé d'un chapeau à fleurs un peu ridicule, ou en squelette) et de coups de couteaux envers la bourgeoisie de son époque.
Ensor au chapeau fleuri - 1883

Or en cherchant des sources sur la toile, voilà que je tombe sur un e-book libre de droit, sur un peintre que j'apprécie et par un auteur que je comptais justement découvrir.
C'est ici, lecture en ligne, ou téléchargeable en différents formats, ce qui est une bonne chose car je suis à peu près sure que cet ouvrage est introuvable de nos jours ou à un prix effroyable. Sylvain, je pense que ça peut t'intéresser.

Verhaeren nous parle donc de son compatriote et ami, l'ostendais James Ensor, qui comme son nom l'indique est d'ascendance anglaise. En fait, dans une première partie, c'est un portrait d'Ostende à la fin du XIX° siècle qu'il nous dresse, ville maritime cosmopolite où l'on croise beaucoup d'étrangers et notamment d'anglais en villégiature, venus prendre les bains ou qui s'y sont établis depuis plus où moins longtemps.

Les bains à Ostende - 1891
J'ai déjà lu des biographies de peintres, mais là, on a affaire avant tout à un vrai auteur, qui plus est poète de la veine symboliste, donc au delà de la biographie, c'est bien, très bien écrit et agréable à lire:

"La foule et ses remous passe donc à toute heure du jour devant les fenêtres du peintre: foule élégante ou hautaine, foule grotesque ou brutale, cortèges de la mi-carême, processions de la fête-Dieu, fanfares retentissantes des villages, sociétés chorales des villes voisines, cris, tumultes, vacarmes.

Et ces flux et ces reflux de gestes et de pas aboutissent tous là-bas, à cette féerie de verre et d'émail qu'est le Kursaal d'Ostende.

Avec ses dômes et ses pignons et ses rosaces et ses lanternes, avec ses ors élancés et ses bronzes trapus, avec ses festons de gaz et ses couronnes de feux, il apparaît, toutes portes et fenêtres ouvertes, comme un tabernacle de plaisirs éclatants et sonores. Un orchestre savant y fait naître, chaque jour, des floraisons de musique; des voix illustres s'y font entendre—orateurs ou conférenciers—et des virtuoses dont le nom émeut les mille échos y jettent vers l'applaudissement en tonnerre des foules, les phrases les plus belles des maîtres célèbres. Toutes les langues s'y parlent. Joueurs, financiers, gens de course, gens de bourse, princes et princesses, dames du monde et courtisanes, tout s'y coudoie ou s'y toise; s'y méprise ou s'y confond.
Le soir, quand les verrières du monument flamboient face à face avec la nuit et l'océan, on peut croire que le bal y tournoie en un décor d'incendie. Du fond de la mer s'aperçoivent les hautes coupoles illuminées et le phare dont la lueur troue les lieues et les lieues semble ne lancer si loin son cri de lumière que pour héler vers la joie le cœur battant de ceux qui traversent l'espace.
Ainsi pendant l'été tout entier Ostende s'affirme la plus belle peut-être de ces capitales momentanées du vice qui se pare et du luxe qui s'ennuie. Et ce n'est pas en vain que chaque année James Ensor dont l'art se plaît à moraliser cyniquement, assiste à cette ruée vers le plaisir et vers la ripaille, vers la chair et vers l'or."

Une qualité d'écriture qui manque souvent aux biographies qui se contentent d'aligner des faits et font que ce genre m'ennuie en général à mourir.




Verhaeren évoque aussi l'atelier du peintre encombré d'objets hétéroclites, situé au dessus du magasin familial de babioles et chinoiseries, qui influencent aussi sa peinture..
Squelette regardant des chinoiseries - 1885

Il y a aussi le carnaval, les fêtes et leurs débordements que le peintre se plait à évoquer, de manière cynique et angoissante.
La mort et les masques - 1897


Ensor a traduit cette liesse en des œuvres quasi sinistres et qui étonnent et qui font peur. Le pittoresque de l'accoutrement, l'usure de la défroque, la drôlerie muette de masque, l'ennui qui semble suinter des murs tout se ligue pour provoquer une impression sombre avec des éléments soi-disant gais.

 Ensor est le premier de tous nos peintres qui fit de la peinture vraiment claire. Il substitua l'étude de la forme épandue de la lumière à celle de la forme emprisonnée des objets. Cette dernière est violentée par lui, hardiment. Tout est sacrifié au ton solaire, surtout le dessin photographique et banal. A ceux qui, devant ses œuvres, vaticinent: «ce n'est pas dessiné», Ensor peut répondre: «c'est mieux que ça».

La mangeuse d'huîtres - 1882
 C'est dans le Salon bourgeois (1881) autant que dans Musique russe (1880) et plus tard dans la Mangeuse d'huîtres (1882), qu'on peut constater combien l'art de James Ensor tient compte du rôle, dans un tableau, des ombres et des reflets. «La lumière mange les objets» dit-il. Et en effet rien ne déforme le contour et la ligne comme une brusque clarté frappant les surfaces. Dès que vous prétendez rendre ce que l'œil voit et non pas seulement ce que le raisonnement prouve, un meuble (table, piano, armoire, chaise) apparaît en perpétuelle déformation. Que la lumière s'accentue ou s'affaiblisse, qu'elle change ou se déplace, aussitôt la réalité visuelle se modifie, alors que la réalité palpable demeure.

Et Verhaeren d'évoquer le rejet dont ce tableau a été l'objet à son époque, déjà incompréhensible pour lui. J'avoue que j'ai du mal à comprendre également, d'autant qu'il ne rapporte pas vraiment les critiques qui lui ont été faites exactement. c'est un peu là le problème de ce texte: écrit du vivant du peintre, il n'englobe donc pas l'intégralité de sa carrière, y compris la période ou Ensor s'est retiré de la vie publique et a cessé son activité,  et sacrifie assez régulièrement la précision à la subjectivité.
Pour en savoir plus sur le peintre lui même et ses oeuvres, mieux vaut se pencher sur une biographie plus exhaustive et contemporaine.. qui du coup n'aura pas la même qualité d'écriture, mais sera plus précise. En revanche, c'est un témoignage très intéressant d'un auteur belge, sur la vie et l'activité artistique en Belgique au début du XX° siècle


l'entrée du christ à Bruxelles - 1888

Enfin voici une toile, toute en tons purs cette fois et toute en violence, où la réalité se mêle à la fantaisie, où les deux routes suivies par l'artiste se rejoignent. La page est intitulée Le Christ faisant son entrée à Bruxelles. Elle ne fut jamais exposée. La date?—1888. C'était le temps où les néo-impressionnistes ameutaient les ateliers parisiens. Georges Seurat avec sa théorie de la décomposition lumineuse ou de la division du ton apportait vraiment dans l'art de son temps un procédé inédit. On l'invitait aux XX. Ses toiles y faisaient scandale. L'évolution lente de l'impressionnisme semblait comme suspendue au profit d'une révolution soudaine. De nombreuses conversions esthétiques eurent lieu. Ce fut une sorte de cataclysme magnifique.

Verhaeren met cependant régulièrement en avant la qualité essentielle de la peinture d'Ensor, avant même son goût de l'incongru et de l'humour noir: son talent de coloriste
Portrait d'Emile Verhaeren - 1890
Oui, un auteur qui écrit sur un peintre qui l'a pris pour modèle. Je sais, j'ai aussi envie de dire "copinage!!". Ceci dit je trouve aussi que ce tableau a un travail intéressant au niveau de l'emploi de la couleur, donc.. je n'accuserai pas Emile de manier la brosse à reluire!

Puis vient le rejet de la bonne société: Ensor est définitivement trop bizarre, trop anarchiste.
Réaction immédiate:  Le peintre est mal vu, discrédité, et devient de plus en plus cynique dans ses oeuvres, amorce un tournant très noir sous  ses couleurs pimpantes, croque les bourgeois sous forme de squelettes , de monstres dignes des fantasmagories de Jerôme Bosch. La dispute des squelettes, c'est en fait l'art d'Ensor que les critiques tirent à hue et à dia, chacun voulant sa part.
Squelettes se disputant un hareng-saur - 1891
Et continue dans la satire sociale déjà évoquée dans l'entrée du christ à Bruxelles
squelettes se disputant un pendu - 1891
les musiciens terribles - 1891

Les mauvais médecins - 1895
squelette peintre - 1896
Néanmoins le texte de Verhaeren a aussi l'intérêt de mettre en avant les dessins, gravures et eaux- fortes du peintre, oeuvres moins connues que sa peinture, et d'être illustré de reproductions - en noir et blanc évidemment, puisqu'il a été publié en 1908.
Il serait donc dommage de se contenter de cette seule évocation partielle qui finit abruptement sur la reconnaissance du peintre, et passe sous silence le reste de sa vie: Ensor est mort en 1949, après avoir abandonné complètement la peinture au début du XX° siècle, lorsqu'il est entré en grâce dans la bonne société qu'il a pourtant ridiculisée en long et en large.. sacré personnage!

A lire aussi: un article publié à l'occasion d'une rétrospective sur Ensor au musée d'Orsay, il y a quelques années

dimanche 28 décembre 2014

Et, quelques jours après Noël..

Comme je travaille dans un musée de peinture et qu'en cette saison, c'est plutôt calme et que je m'ennuie, j'ai eu idée de regarder plus en détail un tableau, et de vous l'analyser. Enfin  de vous l'analyser .. à ma manière!
Nativité de Lattanzio Da Foligno, milieu XV° siècle.
Ca c'est l'image entière trouvée sur le site du ministère de la culture. Car le tableau est immense est mal exposée, donc désolée d'avance de la mauvaise qualité de mes photos.
Mais des fois, il y a des détails qui peuvent donner une lecture trèèèès differente de ce qu'elle est censée être!
Visiblement, Clarabelle et l'âne Culotte espéraient autre chose qu'un petit d'homme comme cadeau de Noël. Du foin par exemple, ç'aurait été bien ça, du foin, mais non, on leur envahit leur espace vital et on leur colle le marmot sous le nez. En tout cas le bovidé est visiblement en train de ruminer sa vengeance...
I.SEE.YOU!!!

Un autre truc me chiffonne: l'arbre. 25 décembre.. non, mais y'a vraiment plus de saisons! D'ailleurs on en parle en page météo de Paradis Match, dont le gros titre cette semaine est: "Scandale à Bethléem, Joseph cocu?" on y apprend qu' on aurait beaucoup vu un certain Gaby tourner autour de la petite Marie neuf mois plus tôt.

D'ailleurs, le test de paternité que Joseph va demander dès que possible risque de lui coûter bonbon, c'est pourquoi cette nativité est sponsorisée par la pie qui chante

Voilà c'est aussi simple que ça quand on sait reconnaitre les symboles :D

samedi 5 juillet 2014

Pieter Brueghel - André Giovanni

Reçu dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio, ce livre, sous titré " peintre de l'ordre naturel" me pose un problème en fait. Ca me tentait beaucoup, dans la mesure ou j'aime énormément l'art flamand, mais c'est un demi échec.

J'ai déjà chez moi pas mal de livre d'art et de catalogues d'expo, et je dois dire que je ne les ai pas "lus", je les feuillette régulièrement mais je ne lis que très rarement les textes, qui sont souvent du niveau " untel, sa vie, son oeuvre". Pour moi l'essentiel d'un livre d'art c'est avant tout les photos.
Or celui-ci part sur une sorte d'analyse philosophique de l'oeuvre de Brueghel ( oui on a quand même quelques passages sur sa vie, hein), ce qui n'est pas du tout ce que moi j'attends d'un livre sur un peintre.
Qui plus est le sujet est très largement desservi par son format A5, dans lequel il y a finalement peu d'illustrations, et pour certains tableaux, juste en détail , sans même une photo entière de l'oeuvre...
L4auteur ne cesse de broder autour du fait que Brueghel n'est pas un peintre réaliste au sens strict du terme, ça serait réducteur, il faut aussi prendre en compte son sens de la composition, l'extrapolation qu'il fait lorsqu'il peint avec un luxe de détail des lieux et personnages situés au lointain ( qu'il a donc du mentalement reconstituer, d'où recréation, et pas seulement reproduction du réel). Or les illustrations sont minuscules, pas toujours très bien placées ( pourquoi avoir réparti un peu de partout les tableaux des saisons? pourquoi n'y a-t-il pas de reproduction d'un grand paysage alpestre auquel A. Giovanni fait référence à plusieurs reprises..)
Lorsqu'on veut montrer l'évolution de la peinture de quelqu'un ça serait un minimum.
Et surtout, je le maintiens, Brueghel n'est pas un peintre à qui le format A5 rende justice.
C'est frustrant, très frustrant: illustrations trop petites, pas toujours bien placées...
Et c'est pareil avec les notes de renvoi, que j'ai cherchées longtemps: les explications ne sont ni en bas de page, ni à la fin, mais  rassemblées en bas de page 88.. le livre en compte 135. Cherchez la logique.
Ca c'est pour la composition.

Ensuite, le contenu. Je n'aime pas dire du mal, mais là aussi, il y a un sérieux problème: l'auteur est un philosophe. Pas un critique d'art (bien que la 4° de couverture parle d'une " légitime réflexion critique"), pas un spécialiste d'histoire de l'art non plus. Ce qu'il dit n'est pas inintéressant, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais son approche est celle d'un prof de philo, et par moment, son écriture est celle d'un devoir de philo: "nous avons souligné.." "nous avons essayé de dégager.." J'ai personnellement beaucoup de mal avec cette convention de la 1° personne du singulier, que j'ai pourtant du employer pendant toute ma scolarité, instantanément, tout le côté factice de la formulation me saute littéralement à la figure.
Lorsque A.Giovanni ne cherche pas à "faire des phrases", ça va, ce qu'il raconte est clair et plutôt intéressant - bien que moins "utile et urgent" que ce que la 4° de couverture veut bien faire croire.
Mais lorsqu'il part dans les travers de l'écriture philosophique, là.. je n'adhère plus. Je sens qu'il vous faut un exemple:
" la création du monde suppose des étage entre le Créateur et les créatures inférieures à l'Acte pur. Etages qui supposent une participation limitée de la cause, si bien que cette perfection ne peut être attribuée à la cause et à l'effet d'une façon univoque, mais analogue, suivant une certaine proportion. Le monde du tableau est régi surtout par l'univocité. Sa diversité ne découle pas de substance réelles entre les substances qui ne sont représentées que fictivement. Les valeurs sont toutes de même espèce, participant de la valeur de façon univoque. Leur totalité représente un ensemble unique, profondément original, absolument spécifique" (P44)

Si j'ai bien compris, l'idée doit être que l'unité de l'ensemble est la somme des détails qui le composent. Il  y avait probablement une manière plus simple de l'expliquer.
Ensuite sur plusieurs pages il brode sur les "valeurs" qui "ne sont pas juxtaposées sur la toile, elles sont liées et s'opposent nécessairement" (p46) et  " se voient attribuer une nécessité supérieure, car l'harmonie générale rayonne sur les parties" (p49) sans jamais définir exactement ce qu'il entend par" valeurs". J'ai fini par supposer qu'il s'agit des éléments du paysage et des personnages , voire des couleurs. Mais je reste persuadée qu'on peut analyser l'oeuvre d'un peintre, et même l'analyser d'un point de vue philosophique, sans rédiger un véritable devoir de philo. En tout cas, pour moi, c'est aussi désagréable à lire qu'un devoir de philo/
Et là, j'ai parlé des valeurs, mais à un autre endroit, ce sont les "en-soi" qui reviennent ad nauseam: " les être ne sont pas des apparences ou des songes, ce sont des en-soi" (p66).; suivent des pages et des pages ou "en-soi" signifie à peu de chose près et selon les phrases " personnage", "type", "objet", "réalité", "éléments qui composent le tableau"...
"il ne pouvait être question pour Brueghel de sacrifier son goût réaliste des en-soi??Il reprit donc le procédé des primitif, des enlumineurs, qui lui permettait de répartir les en-soi dans l'espace" (p69)..et j'en passe.
Sans compte les trop nombreuses citations de Pascal (certes, pourquoi pas mais il n'était peut être pas nécessaire de répéter X fois la citation " une ville, une campagne, de loin est une ville et une campagne").

Mais quand l'auteur oublie qu'il est philosophe, ça se lit bien, la mise en avant des compositions en diagonale qu'affectionne le peintre est intéressante, ou le fait de parler des déformations qu'il fait subir aux animaux et personnages pour donner du mouvement à sa composition. Ou même analyser la signature " Naer het leven" du peintre ( "d'après la vie"), en ce qu'elle reflète, justement, la philosophie de travail du peintre. Mais pitié, pas en parlant comme une thèse.

Sinon une boulette qui m'a faite vraiment bondir (p54): à propos de Jérôme Bosch, qu'il nomme "le maître de Bar-Le-Duc"... Bar le Duc c'est en France, BOIS-le-Duc, 's-Hertogenbosch , avec Bosch, comme dans Jérôme Bosch, c'est aux Pays-bas, et accessoirement la ville natale de Jérôme Bosch . Ce genre d'erreur assez énorme fait quand même perdre beaucoup de crédibilité à l'ensemble.

Donc, je conseillerais cet ouvrage à un fanatique de philosophie, que le style ne rebutera pas, mais je ne suis en tout cas pas du tout le public visé, je préfère une analyse vraiment stylistique, vraiment détaillée en se basant sur quelques tableaux, avec des reproductions de bonne taille, qui vont vraiment me donner les clefs de lecture du peintre ( le tableau sur les proverbes à lui seul mériterait une analyse complète fouillée)
(une petite ville semble en proie à une folie collective, en fait chaque personnage et chaque action illustre un proverbe: "jeter l'argent dans l'eau " -par les fenêtres, en France "regarder la cigogne" - bayer aux corneilles, etc..)
idée n° 64: 64. un objet que l’on trouve dans la nature. (très vaste, ca peut être des végétaux etc): des arbres et la mer

jeudi 31 octobre 2013

Sho, calligraphes de Kyoto - BRengade & S. Tanaka

Hooo un sujet non halloween!

Pour parler d'un livre reçu dans le cadre de l'opération masse critique, justement au retour du Japon, je suis très contente d'avoir pu prolonger un peu mon voyage par ce biais.

Ce livre est , plus qu'une monographie sur un maître calligraphe, une introduction à l'art du Sho ( la calligraphie donc), en différentes étapes du début à la fin. Par début, il faut comprendre, ce qui précède l'art de la calligraphie au japon, avec quelques informations bienvenues sur la langue et la philosophie, les différents styles de calligraphie ( Tensho: sigillaire, le style le plus ancien; Reisho, le style de chancellerie; Kaisho;: le style standard; Gyosho, le style semi cursif; Sosho, le style cursif..) exemples ici,

Ensuite, la présentation des "quatre trésors du calligraphe": papier, encre, pierre à encre et pinceau. Ensuite l'acte de fabrication de la calligraphie, pour finir par quelques explications sur l'achèvement ( sceau et signature) de l'oeuvre et son montage en vue de la présentation.

Toutes choses fortement imprégnées de philosophie et de mysticisme zen ( la calligraphie à été inventée au départ dans un cadre religieux, comme un exercice de méditation - comme d'ailleurs l'ikebana et la cérémonie du thé - et de transmission des enseignements bouddhistes,).

Le tout expliqué par un français qui s'est initié à l'art de la calligraphie à Kyoto auprès de Maître Tanaka Shinzai. le tout agrémenté d'une trentaine de reproductions, chacune expliquée en fonction du caractère représenté, du style employé, avec parfois une petite reproduction du caractère d'imprimerie, afin que l'on voie bien à quel point il peut parfois être méconnaissable.
Instructif et tout à fait à la portée d'un occidental novice, une bonne porte d'entrée vers cet art qui peut paraître hermétique lorsqu'on en ignore tout ( bon j'ai malgré tout une préférence personnelle pour le style sigillaire, qui me parle plus que le style cursif, je ne sais pas pourquoi, le côté " antique", presque hiéroglyphique en fait). En tout cas, lors de mon prochain voyage, j'aurais encore plus de plaisir à collecter les calligraphies, de temple en temple ( oui, un jour il faudra que je mette quelques exemples en ligne)

Merci à Babelio et aux éditions Centon pour cette intéressante découverte.

vendredi 18 octobre 2013

le char de la mort - Théophile Schuler ( tableau)

Bon alors pour Halloween, des lectures, des films, de la cuisine, des décors , certes , mais j'avais aussi envie d'aborder d'autres media. et comme je le disais le mois dernier, j'adore la peinture. C'est donc l'occasion de ressortir un tableau qui m'avait fait forte impression lorsque je l'ai vu.

Le char de la mort de Théophile Schuler ( 1851), visible au musée Unterlinden de Colmar ( un musée au passage que je recommande plus que chaudement, au moins pour les gravures de Martin Schönguauer , les tableaux de Holbein l'ancien et Cranach l'ancien, et l'énorme et extraordinaire retable d'Issenheim)
Et donc aussi pour ce tableau d'un peintre plutôt méconnu. Ce n'est aps un grand peintre, je le dis de suite, mais ce taleau -là m'a intriguée, et même faite rire.

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D'abord parce que c'est une résurgence en plein milieu du XIX° siècle du principe de la danse macabre médiévale, où des squelettes musiciens entrainaient toutes les couches sociales dans une sarabande funèbre. Ici, c'est un ange aux ailes noires qui emporte ses contemporains sur un char traîné par 13 chevaux, ou plutôt 13 cadavres ambulants de chevaux, qui rappellent un peu le cheval écorché de Fragonard

Où l'ont découvre ce détail cocasse: les chevaux noirs ont des os noirs!
Et d'autres détails drôles, car au milieu de la composition qui, ça n'engage que moi, me semble un pastiche du radeau de la méduse (1818): composition en triangle, cordes, personnages en désordre..
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Le personnage au bonnet phrygien au premier plan rappelle la représentation habituelle du dieu Mithra, la femme et l'enfant pastichent celle de la vierge et l'enfant, thème classique s'il en est, l'homme à moitié nu au manteau rouge a presque la position d'un des Saint Jérôme de Caravage, à côté de lui, une fausse pietà, et détail marrant mais peut être pas voulu, l'homme en noir entouré de femmes en blanc ressemble pas mal à Edgar Poe. Je n'ai plus le détail, mais il me semble que les références étaient listées au musée ( j'y suis allée en 2008, j'ai comme un trou de mémoire). Tout y passe: les arts, les sciences, les militaires représenté par Bonaparte (couronné, debout derrière l'amérindien, à côté des allégories de la musique et de la peinture)

Et  bien sur, l'humour noir comme j'aime, regardez donc où se trouve la signature du peintre?

Enfin, un tableau méconnu , mais que j'apprécie énormément, et que j'avais envie de vous faire connaitre en cette période de l'année.


lundi 10 juin 2013

Andy Goldsworthy à Digne

Je suis en cure thermale en ce moment, d'où mon relatif silence. Et une cure thermale, pour ceux qui n'en ont jamais fait, ça n'a RIEN à voir à ce que décrivaient les auteurs du XIX° siècle: un endroit où de riches oisifs viennent draguer des malades en convalescence, ou se ruiner au casino. Non. C'est plutôt du genre fatiguant et désagréable.
Mais ça peut réserver de bonnes surprises, si, si.
Par exemple découvrir qu' à Digne et dans ses environs, il y a beaucoup d'oeuvres du plasticien Andy Goldsworthy,  spécialiste du Land Art. Et, si je suis assez opaque à l'art contemporain en général, j'aime beaucoup le Land Art en particulier, parce que d'instinct, je comprends la démarche, et j'y adhère: ne pas venir dans un lieu avec une idée prédéfinie , mais faire avec les moyens du bord et ce que l'on trouve sur place. Ne pas s'imposer au lieu, mais au contraire l'intégrer à l'oeuvre. Ne pas intégrer dans la mesure du possible de matériaux étrangers au lieu et rester humble. L'impermanence des oeuvres. Tout ça, ça me parle, comme les jardins secs japonais, d'ailleurs, on est dans la même optique contemplative.

Le problème de l'art contemporain "autre"  exposé en musées j'ai envie de dire, c'est qu'il n'y a aucun geste fait envers les gens comme moi, pas la moindre information, pas le moindre indice pour expliciter la démarche de l'artiste à la novice que je suis: j'apprécierai peu-être plus si on me donnait l'occasion de comprendre, mais.. voilà, on s'adresse à ceux qui comprennent déjà ( par exemple, il y a eu une grosse exposition dans ma ville il y a 2 ans, un artiste catalan: mise en scène des oeuvres présentées, zéro: tout était mis en tas sur des podiums, comme des voitures au salon automobile, avec une liste des titres des oeuvres non numérotées, en non traduis..tu ne parles pas catalan? débrouille toi!
Et surtout un énorme bronze mis devant le monument au milieu d'une place déjà étroite, une sculpture qui existait déjà en plusieurs exemplaires de par le monde, placée là au petit bonheur, dans un cadre trop étriqué pour elle, mais malgré tout écrasée par la présence du monument à côté. Plus que la sculpture, mise là dans une volonté de décalage ancien/ contemporain, c'est le fait qu'elle n'ai pas été pensée pour le lieu qui me posait problème et m'agaçait. Pas de dialogue entre l'oeuvre et le lieu, juste un bête affrontement

Du coup, avec le Land Art, pas de problème, puisque l'oeuvre est expressément conçue pour un lieu et un seul ( ça aussi, j'ai vu des erreurs : le même monument exposait en salle une oeuvre de richard Long, conçue pour être à l'extérieur, hé bien, sur la photo d'origine c'était très beau, mais une fois mis dans la grande salle, ça ne ressemblait plus à rien. Dommage je n'ai pas de photo, ça remonte à 10 ans).

Donc Andy Golsdworthy, sculpteur anglais ( comme Richard Long d'ailleurs) s'est pris d'affection depuis quelques années pour Les alpes-de-Haut-Provence et la région de Digne, et s'est attelé à la réhabilitation de refuges de montagne en ruine, avec la complicité du musée de Digne, de la Réserve géologique et du conseil général ( pour dire que ce n'est pas un projet farfelu, mais quelque chose de sérieux). L'idée étant d'intégrer une oeuvre, un décor dans chaque lieu restauré,  des lieux d'accès libre pour la plupart ( pour d'autres il faut demander la clé à au musée ), avec la double optique d'amener les amateurs d'art à aller se promener dans la campagne, et les randonneurs à être surpris par un décor inattendu.

Première étape: le musée Gassendi en plein centre de digne: le 5 ° étage présente une exposition photo qui retrace le pourquoi du comment de ce projet, des photos ( car certains lieux sont assez difficiles d'accès, même en bonne condition physique, ce sont d'abord des refuges de montagne pour les randonneurs, les chasseurs, etc... Et éloignés les uns des autres: le parcours total fait à l'heure actuelle 150 kilomètres environ et ça n'est pas fini, 3 autres lieux sont en cours d'aménagement), des dessins préparatoires, etc... On peut aussi y voir un petit film où l'artiste décrit sa démarche, se promène dans la nature pour sélectionner les différentes teintes d'argiles pour le décor de l'un des sites, le travail d'équipe avec les gens du musée qui mettent réellement la main à la pâte ( en préparant des galettes d'argile rouge comme on abaisse une pâte à pizza). Très très intéressant, car le spectateur n'est pas laissé en dehors du processus de création. Le 4° étage contient lui un mur entier repeint à l'argile qui forme une silhouette de serpent ou de méandres nommé " rivière de terre" (on retrouve souvent cette forme sinueuse, car Goldsworthy s'avoue fasciné par les rivières)
Afin d'obtenir l'effet voulu, un cadre de bois a été posé contre le mur avec le "serpent" gravé en creux. La couche d'argile est donc plus épaisse à cet endroit, le temps de séchage est différent des zones voisines et le dessin sous-jacent ressort en se fendillant

Deuxième étape: la réserve géologique, où on trouve entre autre le "cairn d'eau", un tumulus en pierre sèche qui rappelle les bories, constructions typiques de Provence.
Les autres oeuvres sont plus éparses, et je ne pourrais malheureusement pas aller les voir, faute de temps ( et aussi à cause d'un temps jusqu'ici très pluvieux, qui m'oblige à piocher les images ici et là, mes photos sont décidément trop grises)

Les sentinelles: 3 gros oeufs de pierres sèches qui "gardent" les 3 vallées autour de Digne
Sentinelle de la vallée de Bès
Sentinelle de la vallée du Vançon
Sentinelle de la vallée d'Asse
Les refuges: il y en a 13 à l'heure actuelle, en voici quelques uns
Refuge des Thermes (celui là n'est pas très loin, j'essayerai d'y aller quand la météo sera meilleure)

« En un sens, les cairns situés à l’intérieur des maisons deviennent les jalons de la marche et des monuments à la mémoire de ceux qui ont autrefois vécu ici. Marcher sur les anciens sentiers qui étaient autrefois les routes principales reliant les villages entre eux communique le sentiment très fort de l’énergie et de la vie qui existaient autrefois dans les villages aujourd’hui en ruine, situés là-haut, dans les montagnes, et par là même, évoque peut-être, en retour, la précarité et la fragilité de nos vies.»
Andy Goldsworthy
Chapelle Sainte Madeleine
« La cavité sera un espace où des personnes pourront se tenir, un lieu où d'autres se seront tenues avant elles, où d'autres se tiendront après. Chaque visiteur renforcera cette présence humaine.
L'expérience de la cavité offrira un contraste absolu avec les montagnes à ciel ouvert. Je ne pouvais pas imaginer meilleure préparation aux refuges.»

Andy Goldsworthy

      
Refuge de la ferme Belon


« Le rez-de-chaussée a peu de fenêtres et un plafond bas. L’obscurité sera percée par des rayons intenses de lumière. C’est l’atmosphère idéale pour édifier des arches de pierre blanche : elles apparaîtront comme des fantômes architecturaux et leur nombre devra être suffisant pour communiquer à la pièce une impression de mouvement et de circulation.
La pierre sera la même que celle des Sentinelles. Blanche, vivante, dans la lumière et l’espace du bâtiment. J’aime l’idée que les Sentinellles soient des guetteurs pour les arches.»


Andy Goldsworthy

   
Refuge du vieil Esclangon
 « Lorsque l’on monte en direction de la maison, sur un chemin sinueux, on a la couleur rouge dans le regard et la couleur rouge sur les pieds. On arrive alors dans la maison et on regarde ce mur avec cette ligne rouge et sinueuse. Je pense que ce sera un formidable écho à la randonnée.»
 
Andy Goldsworthy
 Pour les curieux, voici la liste des refuges et leurs images: Refuges d'art 
Comme l'artiste est anglais d'origine et écossais d'adoption...