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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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lundi 10 octobre 2022

Lundi découverte: Hextian, le gars aux poupées

 Et hop, encore une chaîne, qui n'est pas liée directement à Halloween, mais..

Il y a quelques jours, Kiona a relayé une création de poupée Barbie spéciale " dia de los muertos" que je trouve hyper sympa, alors qu'en général, je n'en ai pas grand chose à faire, et que je n'aime pas trop les poupées.

Et je me suis souvenue d'un gars qui customise des poupées de manière très personnelle. Soit qu'il les trouve vraiment ratées lorsqu'il s'agit de licences ( la belle, de la Belle et la Bete, ou la reine des neiges, avec des maquillages pas terribles), soit qu'il veuille en créer une qui n'existe pas ( le démon des super nanas, une sirène à deux queues, un monstre du folklore philippin - l'artiste est philippin), soit qu'il décide de customiser des vêtements... ce gars a des doigts d'or. Sans être fan des poupées, j'admire le travail qu'il fait, en sculpture, en peinture, en couture..

Là non plus, tout n'est pas  horrifique ( adepte de la scène travestie et drag, il retouche assez souvent d'anonymes Barbies en reines de la nuit, et c'est très bien fait)

On commence festivement, avec une poupée vampire retouchée, sans la changer fondamentalement

Je ne connais la gamme Monster High que de nom, c'est sorti quand j'étais déjà trop vieille, mais sa vampirette a l'air bien plus démoniaque qu'elle ne l'était à l'origine.


Pour faire Mercredi Addams, on prend une opoupée générique, on la décapite, on la coupe en deux, on la ressoude .. c'est légitime 😁

apparemment il a participé à une thématique et présente aussi les autres concurrents, il y a des choses bien sympa que j'irai voir à l'occasion.

il y a aussi évidemment Morticia, et j'aimerais tellement qu'il fabrique toute la famille, l'oncle Fester compris.

Comment transformer une poupée banale en monstre? Voilà Ursula de la petite sirènes, version jeune. Mais quel boulot de dingue sur les tentacules!


Le démon des Super nanas, là encore, c'est une série que je connais très peu, mais le résultat est très drôle, très cartoonesque.

La sorcière de la belle au bois dormant

Celle de l'ouest, avec son familier

Et alors la plus épouvantable de toutes: Le mananagal, monstre des Philippines ( avec la encore une collaboration , donc plein d'autres monstres sont à aller voir)

Après ça, j'aimerais bien qu'il fabrique plus de créatures folkloriques, puisque ce ne sont sont pas des modèles de poupées commerciaux qu'on verra ailleurs sous un forme ou une autre.
et même si je n'ai pas l'intention de me lancer dans le design de poupées, je trouve très sympa qu'il montre le frocessus de fabrication, comment faire une perruque, couper et recoller, quel matériel il utilise et comment, etc... ca peut donner des pistes à ceux qui sont tentés.
une logo noir et blanc pour compenser toutes ces couleurs.


jeudi 6 avril 2017

Leonora Carrington ( 1917- 2011)

L'autre jour , comme je parlais des Gymnopédies de Satie pour le film Paris pieds nus, j'ai voulu vérifier l titre, et, en cherchant sur Youtube, je suis tombée sur un enregistrement illustré de peintures surréalistes de Leonora Carrington.

Je ne connaissais pas du tout cette dame, mais, en voyant qu'elle était née le 6 avril 1917, j'ai eu envie de vous la faire découvrir pour le centenaire de sa naissance.

Leonora Carrington est donc une peintre et écrivaine anglo-mexicaine, née en Angleterre, qui a vécu en Angleterre, en France, en Espagne, avant de partir pour le Mexique.
Sa peinture me parlait pourtant, pas en elle-même, je suis sûre de ne l'avaoir jamais vue auparavant, mais parce qu'elle me rappelait en particulier Max Ernst et bingo, Leonora  a vécu et travaillé un temps avec lui, l'influence est assez marquée..

J'aurais pu garder ce billet pour Halloween, vu le côté un peu monstrueux de sa peinture ( c'est peu dire que c'est un coup de coeur immédiat pour moi) mais autant marquer le coup du centenaire!

Reina de los mandriles
baño de pajaros

La maja del tarot
La danza de los espectros
une tentation de Saint Antoine qui évoque un peu Jérôme Bosch



operation wednesday ( là encore un petit côté Bosch, sur l'extraction de la pierre de folie)
Brujas juegan al cubilete

the ancestor

the cockrow

Pour les suivants, je n'ai pas trouvé le titre..

le personnage rappelle un peu les gravures aztèques

sur celui-ci, ce sont tout à fait les couleurs qu'on trouve souvent chez Max Ernst
un autre Saint Antoine, là encore il y a du Jérôme Bosch..
qui n'aurait pas renié ce petit monstre musicien
Je vous le dis, coup de coeur immédiat pour cette sarabande de fantômes et de monstres qui doivent autant à l'Europe qu'au folklore mexicain.
La plupart des images que j'ai sélectionnées datent des années 50 à 70, mais pour voir une évolution de son style par époques, c'est ici

vendredi 11 novembre 2016

Otto Dix et la Grande Guerre

C'est vrai que je n'ai pas beaucoup été active sur le Challenge Grande Guerre de Denis (c'est le problème avec les challenges qui durent plusieurs années!) mais en cette année de centenaire de bataille d ela somme, tiens.. un billet spécial Grande Guerre pour le 11 novembre.
Et après le côté Triple-Entente l'exposition en Belgique, avec les poètes britanniques de la guerre et les cimetières  du nord de la France, les pièces de théâtres de cet été au festival, j'ai eu envie d'aller voir ce qui se passait dans le camp ennemi.
Ennemis?oui, enfin, tout autant victimes d'une politique absurde qui a entraîné toute l'Europe dans une invraisemblable escalade de violence sanguinaire.

D'une part je suis en train de lire " A l'ouest rien de nouveau", je vais tenter de le finir d'ici fin novembre,  mais j'ai eu envide de mettre en avant  la vision d'Otto Dix, peintre allemand ( 1891- 1963), engagé volontaire en 1914 parce qu'il voulait voir lui même de quoi il allait s'agir, et n'en est pas revenu indemne, en tout cas, mentalement. Il a transposé son expérience et ses traumatismes dans une série de tableaux et de gravures  (plus de 600!) d'une rare violence, qui n'enjolivent pas la chose. ce qui lui a valu par la suite d'être classifié comme peintre dégénéré par la politique nazie. Trop cru, trop critique envers le mythe national guerrier...

Otto Dix fait partie de la mouvance expressionniste, je vous bassine suffisamment avec ça au niveau cinématographique depuis pas mal de temps, , et voilà que je vais vous bassiner avec la peinture expressionniste.
Le but est le même: des oeuvres étouffantes, violentes, en équilibre instable, des couleurs saturées, des lignes brisées... on ne recherche pas le réalisme mais l'expressivité maximale. et paradoxalement, ces représentations irréalistes, parce qu'elles visent à exprimer un ressenti, et à partager une expérience plus qu'une image, sont presque plus " réalistes" qu'une peinture classique. La mort d'un soldat n'y sera pas héroïque ou idéalisée, c'est la triste situation d'anonymes considérés comme de la chair à canon qui y est dépeinte: du sang, de la boue, des os qui blanchissent au sol... " Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face".. Dix l'a regardée en face et n'a pas détourné son regard, il met son spectateur dans la même situation. Je comprends que ça puisse mettre mal à l'aise, ce n'est pas de l'art pour faire joli, c'est de l'art qui dénonce.

Lichtsignale ( 1917) Signaux lumineux. Il pourrait presque passer pour une représentation de fête, avec ses couleurs vives, ses feux d'artifices.. mais cette débandade au premier plan ce ne sont pas de joyeux fêtards au carnaval, ce sont des squelettes et des fantômes sur un champ de bataille.
Pour moi ce tableau dépasse la simple impression visuelle, il est sonore et olfactif,  on y entend le sifflement des obus et les explosions, le mouvement de panique, l'odeur de la poudre et du métal chauffé...

Tryptique de la guerre ( 1939-1932) : l'oeuvre maîtresse du peintre qui reprend de manière très intelligente une structure religieuse: le tryptique, habituellement réservé aux sujets chrétiens. Normalement, dans la version la plus habituelle,  les panneaux latéraux sont réservés à des images de saints, le panneaux central à une crucifixion ( donc déjà une image de violence), ou scène de martyre d'un saint , et la prédelle ( partie du dessous) à des scènes de la vie du saint principal auquel est dédié le tableau. La technique est d'ailleurs aussi celle utilisée au moyen-âge , la tempera ( peinture liée à l'oeuf et tombée en désuétude depuis longtemps à l'époque de Dix)

Sauf que cette fois, ce ne sont pas des saints connus et nommés qui sont mis à l'honneur, mais une foule anonyme et sans visage ( de dos, ou masqué par des masques à gaz ou des pansements), avec une lecture en cercle: Droite>centre>gauche>en dessous>retour à droite, suivant le sens indiqué par le bras du squelette dérisoirement planté sur des poutres et qui domine la scène centrale, parodie de crucifixion.
L'armée anonyme part >se fait massacrer>on évacue les blessés> on enterre les morts> on recommence avec des troupes fraîches. Des couleurs claires aux sombres, du matin au soir.
Adéquation de la forme du tableau et de la technique, mais aussi finalement du sujet: c'est bien une peinture de martyrs. Des martyrs sans nom destinés à une tombe commune. Le seul personnage doté d'un visage, celui qui évacue un blessé, est un autoportrait du peintre, dans une tentative désespérée de sauver au moins une victime.
Magistral.

Les joueurs de Skat ( 1920). La guerre est finie.. mais à quel prix. Ces trois joueurs de cartes sont d'ancien combattants, des gueules cassées. Ils n'ont plus grand chose d'humain, et sont plus proches de ce qu'on appellerait maintenant des cyborgs. Une jambe et un bras à eux trois, pas beaucoup d'yeux non plus, des mâchoires métalliques, il jouent à cartes découvertes ( le jeu était faussé depuis le début) sous un lampadaire où apparait, fantomatique, une tête de mort. A quoi sert d'avoir gagné une croix de guerre lorsqu'on est plus qu'un homme tronc? Evidemment ces gueules cassées sont bien plus " cassées" que ne l'étaient les survivants ( à ce niveau, personne n'aurait survécu, l'effet d'accumulation est presque drôle, d'un humour noir cynique ), mais résume l'ensemble des blessés de guerre.

Eux ont encore la chance de pouvoir se payer un café et jouer aux cartes..



Le marchand d'allumettes ( 1920): voilà le sort réservé à l'immense majorité des anciens combattants. Un petit travail de misère à la hauteur des maigres capacités qui leur restent, à la limite de la mendicité, les gens l'ignorent, personne ne l'écoute,  les chiens leur pissent dessus... Le promeneur ne veut regarder en face la réalité de ce qu'à été la guerre, les gens ont d'autres préoccupations.

Peinture de la rue de Prague dédiée à mes contemporains ( 1920):
Ceux-ci  doivent vivre de la charité publique. Mais Dix glisse toujours son petit trait d'humour très très noir, puisque ses éclopés avec leurs prothèses de fortune en manches à balais mendient devant la vitrine d'un marchand de prothèse dernier cri, probablement leur rêve, qu'ils ne pourront de toute façon pas se payer avec les quelques piécettes qu'une foule ( réduite à deux mains anonymes, et une chaussure à talon) leur accorde, quand elle daigne les voir.
A noter que le tableau est un collage et en 1920, Dix intègre un détail dénonçant la situation contemporaine: l'éclopé en chariot roule sur un bout de journal titrant " Juden raus!" . Dehors les juifs. Tout le monde s'ignore y compris les deux blessés, la société fait ce qu'elle fait toujours '" c'est la faute des autres" et ça finira très mal.
Il critique donc à la fois la guerre passée, la société contemporaine qui méprise les anciens combattants et se cherche d'autres moutons noirs.


Alors oui, Dix fait de la caricature, c'est violent, c'est cynique, ce n'est pas "joli", mais ça n'est jamais gratuit, pour le plaisir de choquer. Le sens prime sur la forme, c'est bien de l'expressionnisme pur. On aime ou on déteste, dans mon cas j'aime, parce qu'il a des choses à dire et les dit sans détour.
parce que ça n'est pas tout à fait fini et que les horreurs de la guerre sont encore plus abominables que tous les monstres réunis

jeudi 13 octobre 2016

Le cinéma muet, Johann Füssli, Caspar David Friedrich et Arnold Böcklin

Ca n'était pas prévu au programme mais puisque j'ai un message ici à ce sujet et que la conversation a aussi été lancée  sur SKTV, je vais donc faire un billet " pour aller plus loin"  sur ces deux peintres.
Puisque j'ai mis en parallèle l'imagerie de Frankenstein et Füssli dans la Séquence où Elisabeth  en robe blanche, attaquée par le monstre, reste évanouie sur son lit, et "Le cauchemar" , tableau le plus célèbre de Füssli.

Attention billet un peu fourre tout en vue

Déjà premièrement, ça n'est pas DU TOUT étonnant pour un film de l'époque du muet, ou des débuts du parlant, d'apporter un soin très pictural aux cadrages. Déjà parce que sans sonorisation ( avec tout au plus un piano pour accompagner en direct la séance),  c'est sur le plan visuel qu'il faut se démarquer. Et filmer une action, ou une succession d'actions en caméra frontale, ça a vite ses limites. Donc c'est sur le décor qu'il va falloir se démarquer, si on veut dépasser les saynètes des frères Lumière.

Dans les années 20, le cinéma est un art neuf, la photo a tout au plus une centaine d'années en tant qu'invention et ne s'est démocratisée que peu de temps avant... Les métiers du cinéma ne se sont pas définis en trois jours, et un réalisateur pouvait facilement être aussi cadreur éclairagiste, chef op', monteur etc...
Or les pionniers du cinéma ne venaient pas de nulle part, mais très souvent de domaines visuels voisins, donc la photographie ou la peinture.
Lorsque le cinéma a vraiment pris son essor en effet il a fallu commencer à se spécialiser, d'où l'apparition justement de ces cadreurs, maquilleurs, monteurs.. tous plus ou moins gens de formation "beaux arts, pour qui avoir un " oeil " est une seconde nature.
Et deuxièmement, lorsqu'il a justement fallu commencer à tourner, presque tout se faisait dans des hangars, peu de tournages avaient lieu en décors réels donc, nécessité la plupart du temps de créer de toute pièces des décors sur toiles peintes pour les scènes d'extérieur. Là, pas de problème, il y avait déjà les décorateurs et peintres de théâtre pour ce genre de travail.

Tout ça pour en venir au fait que, par la formation des gens qui l'ont fait, par les contraintes de l'époque, le cinéma des débuts est pictural. De nombreuses nouvelles techniques, des mouvements de caméras, des effets spéciaux ont été inventés, il n'empêche qu'on en reste au même problème: pour se démarquer, ce n'est plus tant le réalisateur qui va compter que l'équipe qui l'entoure. Et on a un peu tendance à l'oublier, y compris les réalisateurs et les studios eux mêmes. Et comme par hasard, les réalisateurs que je prise sont justement ceux qui ne dédaignent pas le travail plastique sur l'image et savent s'entourer de la bonne équipe. Je fais entrer dans cette catégorie, pour les contemporains, bien évidemment Tim Burton, mais aussi Peter Jackson, Ridley Scott ou Guillermo Del Toro. Car même si  le film est raté sur d'autres niveaux, voire très raté, ça reste souvent plastiquement magnifique.
Je n'ai cité que des réalisateurs du domaine fantastique/ SF, où l'ambiance compte particulièrement, mais ça n'est bien sur limité à aucun genre.

Ca c'était la première partie, donc les liens forts entre cinéma et peinture au niveau de l'image.

Evidemment, chaque époque a ses références, connues du grand public pour créer une connivence, ou au contraire, entièrement neuve pour un côté avant-gardiste ( l'expressionnisme en peinture, en graphisme et en cinéma sont tout à fait contemporains, pareil pour le constructivisme en Russie)

Revenons à notre exemple d'hier.

Frankenstein pour moi, pioche un peu dans plusieurs genres: l'expressionnisme allemand, on l'a dit (décor biscornu du château, ombres démesurées et menaçantes, angoisse diffuse, "décadence"... le cas le plus extrême étant le cabinet du Dr Caligari). Mais aussi, le Romantisme germanique.
Attention, Romantisme au sens le plus strict. Avec sa majuscule. Pas fleur bleue, histoire d'amour  tout ça... mais Sturm und Drang, tempête et exaltation. et redécouverte des légendes de l'irrationnel, du monstrueux. Le mouvement littéraire et pictural datait de plusieurs décennies et donc la référence était familière même pour les spectateurs de l'époque.
Mais le fait est là, et le choix, au delà de sa familiarité,  est aussi narrativement pertinent: le Romantisme en peinture comme en littérature s'intéresse au fantastique, le cinéma s'inspire de récits de l'époque Romantique, le décor renoue avec cette origine.
Avec le bonus de pouvoir rattacher visuellement le film à l'oeuvre de deux peintres romantiques suisses, pays où l'action est supposée se dérouler.

Caspar David Friedrich, le plus connu des deux. Ce tableau est son plus célèbre.
Promeneur au dessus de la mer de nuages ( 1818)

N'étant pas spécialiste de la peinture, je n'entrerai pas dans des considérations sur la technique, les couleurs, la lumière, le rendu des nuages ou des rochers, etc.... Mais simplement que, d'un oeil plus habitué au cinéma, j'y vois un cadrage. Une profondeur de champ. Quelque chose d'extrêmement novateur pour un tableau de 1818 : représenter le personnage de dos, c'est lui donner une importance moindre qu'au décor. Donc ce qui importe c'est ce qui est hors cadre, ce qui s'est passé avant: le promeneur est monté et a atteint son but, toute la promenade est inscrite dans le résultat. L'image est fixe, mais c'est bien une action qui est représentée. J'abuse peut être un peu, mais pour moi ce tableau est déjà du cinéma en germe.

Sa prédilection pour les personnages de dos, son sens des grands espaces menaçants parfois agrémentées de ruines des situations mystérieuses et inquiétantes en font une référence quasiment obligatoire, consciente ou pas, d'ailleurs, pour le cinéma fantastique des années 20- 30, surtout s'il adapte un roman ou une pièce ( l'expressionnisme pur me semble avoir eu plus de succès dans les récits contemporains, les débuts de la SF et les créations originales, si j'en juge par la différence de traitement chez Fritz Lang et son équipe entre mettons , les Niebelungen et Metropolis, séparés pourtant de seulement 5 ans)

Même lorsqu'il n'y a pas de personnage en vue, ou pas visibles immédiatement, les tableaux ont un côté mystérieux qui laisse supposer que "quelque chose "pourrait se passer
L'hiver, la nuit, la vieillesse et la mort (1803)
un homme et une femme contemplant la lune ( 1830)
entrée de cimetière ( 1825). Sisi, il y a des personnages, vous les voyez? que font ils?
Hochgebirge 1824
Décor Dracula 1931
Les Niebelungen - 1924

Johann Heinrich Füssli, autre ressortissant suisse, à peu près contemporain de Friedrich. On le trouve parfois sous le nom de Henry Fuseli , car il a émigré en Angleterre où il est mort, après s'être en particulier fait connaître pour ses illustrations d'après Shakespeare. Peu de grands espaces ici, au contraire, on est souvent dans un espace clos, pas de possibilité de fuite face aux monstres et aux apparitions.

Le cauchemar, je vous l'ai présenté dans le précédent billet, mais, il a été décliné en plusieurs versions du à son succès. Et a donc durablement marqué les mémoires.

Nota: En Allemagne, et dans le monde germanique en général,  on pensait que les cauchemars était causés par des monstres, lutins ou trolls, venant s'asseoir sur le ventre des dormeurs, leur causant un mauvais sommeil. L'intrusion du cheval fantômatique dans ce cadre serait possiblement un jeu de mot en anglais " Nightmare" devenant " Night Mare" la "jument de la nuit".

Mais bien évidemment ce qui a marqué, c'est la femme, qui semble plus être morte qu'en train de dormir

et donc pour mémoire, Frankenstein 1931
Le golem 1920 ( au passage, la femme est vraiment morte, en tombant d'un toit)
Le silence ( vers 1800)
Lady MacBeth 1812
Arnold Böcklin , que j'ai failli oublier, car il est de la génération suivante. Egalement un peintre suisse, mais plutôt dans la veine symboliste. Je ne maîtrise pas du tout ce qui est du domaine symboliste, donc je vais me contenter de dire qu'il n'est pas entièrement en rupture avec le Romantisme, mais qu'il en découle, tout en lui rajoutant une dimension mystique que n'a pas forcément le Romantisme.
Le tableau le plus connu: l'île des morts ( on peut voir Charon dans sa barque, amenant un spectre vers  l'entrée du monde des morts). Enfin , une des versions de l'île des morts, là aussi, il y en a plusieurs.

Celui là aussi a marqué les mémoires ( j'en ai même vu une réinterprétation récente dans l'adaptation animée du manga Black Butler, ce qui m'a assez sidérée je l'avoue, comme quoi les références ne sont pas un phénomène oublié ou limité au film en prise de vue réelle)

Le bosquet sacré
La peste 1898
Haxan 1922
La charrette fantôme ( 1921) V. Sjöström
L'influence de Böcklin est probablement moins directe sur le cinéma, trop récent au début du XX° siècle pour être une référence commune partagée par le public, mais pas assez contemporain pour être vraiment novateur.
Mais tant qu'à parler des peintres fantastiques suisses, je tenais à l'intégrer et j'ai choisi volontairement de rapprocher la faucheuse de Böcklin de celle de la charrette fantôme et du diable d'Häxan. Ce n'est sûrement pas une référence volontaire de la part des deux réalisateurs suédois, j'en conviens tout à fait. On est plus dans l'ordre d'une ressemblance générale "possible" que " probable"

Pour le Dracula de 1931, c'est plutôt du côté des gravures de l'italien Piranesi et ses Carceri d'invenzione qu'il faut regarder pour trouver une parenté visuelle. En tout cas pour les intérieurs.
et Häxan, racontant la chasse aux sorcières des  XV°- XVI° siècles, faisait aussi plus volontiers référence visuellement à Bosch ou Brueghel ( et là encore, c'est cohérent. Je crois que c'est cette notion de cohérence entre l'univers visuel et ce qui est raconté qui compte le plus de mon point de vue).

Je n'ai pas  parlé du cinéma français de la même époque, il y a une raison. Du côté allemand, et plus généralement anglosaxon on s'est beaucoup intéressé à adapter des récits fantastiques ( légendes, Faust de Goethe, saga scandinaves, romans gothiques anglais..) qui se prêtent bien à ce genre de comparaisons.
En France, les productions étaient plus contemporaines ( policiers à épisodes  type les Vampires ou Fantômas, adaptation de romans de cape et d'épée ou de Jules Verne..  toutes choses qui vont moins nécessiter l'appui d'un décor très travaillé, on peut rester dans du décor réaliste en recréant un coin de rue dans un studio, c'est plus l'accessoiriste qui va devoir se distinguer)

vendredi 20 novembre 2015

L'art et la manière... de le regarder - Hubert Comte

Un tout petit livre trouvé par hasard dans la salle des employés du musée où je travaille: nous avons une étagère en salle d pause, où chacun laisse à libre disposition revues et livres dont il n'a plus l'utilité, ou qu'il n'a pas aimé, au cas où ils intéresseraient quelqu'un d'autre. Une des rares choses sympa à mon travail. Et ça permet d'occuper un peu les longues journées en cette saison où il n'est pas rare d'avoir seulement 10 visiteurs dans la journée. Tout en améliorant nos connaissances dans notre domaine de travail.
Editions Volets Verts ( ça ne se voit pas bien)

Je n'avais pas entendu parler de cet auteur, qui a écrit plusieurs essais sur l'art, je viens de voir un blog qui lui est dédié avec une bibliographie complète.

Ce petit livre donc est destiné a priori a un public qui ne fréquente pas les musées, par manque de temps, par timidité devant un lieu parfois trop impressionnant qu'il ne sait pas trop par quel bout commencer.
Mais aussi éventuellement aux professeurs ou animateurs désireux d'amener leurs élèves à la découverte des musées. Hubert comte répond donc de manière simple aux questions que l'on peut se poser: comment aborder le musée proprement dit, comment faire aimer l'art, comment l'aborder, et au fait , à quoi sert l'art? quelle est la meilleure distance pour observer un tableau, une statue... quelques conseils simples comme tourner autour d'une statue par exemple s'il y a la possibilité, pour regarder les jeux de lumière à la surface de la matière, où d'amener quelqu'un à l'art parfois par un chemin inattendu il cite l'exemple d'un jeune homme en formation pour devenir poissonnier qui est tombé à sa première visite du Louvre en arrêt devant la nature morte à la raie de Chardin, trouvant de lui -même une porte d'entrée qui l'a peut-être amené un jour à aller vers d'autres natures mortes ou vers les marines...

Il raconte aussi comment lui-même a découvert le monde des musées par hasard: parce qu'une institutrice lui avait raconté de manière passionnante le monde gaulois et romain, il a voulu voir s'il restait des traces de cette époque, et son père l'a amené au musée local voir la section gallo romaine, les monnaies, les sculptures trouvées dans sa région.

Un chose qui m'a interpellée à un moment, parce que ça fait écho à ce que je vis tous les jours: il parle des photographes ( photos sur pellicules encore en 1996 quand le livre a été écrit) qui photographient tout... et ne regardent rien. Avec le numérique et les smartphones, j'en vois tous les jours des comme ça: ils font le tour du musée, photographient tout, parfois sans exception, titres compris.. et se retrouvent après avoir vu 2 salles -la conformation du musée ou je travaille, autour d'un escalier à vis, fait qu'en quittant la salle 11 on doit monter l'escalier pour aller en salle 12, si on continue on a fait un tour complet de l'étage et on se retrouve en salle 8. Nous sommes là pour indiquer aux gens qu'il faut monter à l'étage d'ailleurs. Et tout les jours ils y en a qui reviennent sur leur pas, persuadés de n'avoir pas vu la salle 8, simplement parce qu'ils étaient trop occupés à la photographier sous tous les angles. Ou à la traverser sans vraiment regarder ( les jours de pluie, il y a pas mal de gens qui viennent là juste pour se mettre à l'abri et pouvoir dire ensuite " j'ai fait un musée")

L'autre remarque qui me parle c'est, à propose du visiteur type qui vient ne voir que l'oeuvre principale du musée: " il n'est pas recommandé de se boucher les yeux en traversant les salles avoisinantes du musée, c'est peut-être l'occasion de découvrir une nouvelle passion , qui sait? Un moment, même court face à une autre oeuvre ne peut être que bénéfique [...] de toutes façons, JE CRAINS L'HOMME D'UN SEUL TABLEAU."

deux anecdotes personnelles ici:
La première, c'est une dame qui me demande
 - qu'est-ce qu'il y a au deuxième étage?
- La suite, on reste dans la peinture italienne, mais les décennies suivantes, là vous êtes aux début XV° siècle, à l'étage, c'est premier et deuxièmes quart du XV°
- Mais est-ce qu'il y a des Vierge et l'enfant?
- euh, oui, un jour avec une collègue, nous avons compté tous les tableaux du musée portant ce titre, et vu que c'était le sujet favori du collectionneur, il y en a plus de 70 exposées...
- non parce que moi, je ne veux voir que des Vierge et l'enfant, je les photographie toutes, j'en ai plus de 600 en photo chez moi.

J'ai quand même trouvé que c'était une passion un poil exclusive!

Deuxième anecdote: il y a, là où je travaille" un tableau " attribué à Botticelli", parfois des gens viennent de loin pour le voir, uniquement parce que c'est le seul nom qu'ils connaissent. Certains payent l'entrée uniquement pour celui là. C'est un Botticelli de jeunesse, peut être même fait à plusieurs mains en atelier mais le nom est célèbre, c'est tout ce qu'ils veulent. Sans prendre en compte le fait que Botticelli ne vient pas de nulle part, qu'il a travaillé avec d'autres peintres qui l'ont influencé, c'est sympa aussi de voir ce qui se faisait avant. Mais non!

Un jour un monsieur arrive dès l'ouverture et se campe devant pendant bien 1h45. Pensant qu'il voulait le voir en priorité, ça arrive parfois, je lui propose de repartir au début pour voir le reste de la collection. Le monsieur, fort agressif, se met en colère, et me crie dessus! Ne me laissant pas faire, je lui demande pourquoi il s'énerve comme ça, alors que je fais que mon travail. réponse
- " je suis venu du Canada pour le voir, je l'ai vu il y a 16 ans lors de mon premier voyage, je voulais absolument le revoir, maintenant je m'en vais, où est la sortie?"
- euh, d'accord, donc pour sortir, vous descendez l'escalier, vous traversez la salle16
- Je ne veux pas traverser la salle 16
- Vous allez être obligé, parce que la sortie est au bout de la salle 16
- Vous êtes bouchée? je vous dis que je ne veux pas traverser et voir d'autres tableaux!
- Et moi, je vous dis que vous allez être CONTRAINT de traverser la salle 16 parce que la sortie est AU BOUT et qu'il n'y en a PAS d'AUTRE.
- Et bien je la traverserai COMME CA! ( geste de marcher en baissant la tête et en se bouchant les yeux pour être sur de ne pas voir autre chose)
Je ne sais pas, peut être qu'il imaginait que voir un autre tableau allait le rendre aveugle en lui brûlant la rétine.
Concrètement je n'ai jamais vu de ma vie de gardienne de musée quelqu'un d'aussi borné. Des relous, des bizarres, des ésotéristes illuminés adeptes de la théorie du complot qui analysent chaque tableau à l'aune du Da Vinci Code oui. Des bornés à ce point, non.

Une lecture courte, pas difficile puisqu'elle s'adresse à des amateurs, voire des novices, et que je conseille quand même à tous, parce que c'est toujours utile d'avoir des pistes.
Par exemple " poivrons rouges sur table ronde laquée blanche" de Felix Valotton, je ne connaissais pas ce tableau. Mais outre la précision quasiment photographique dans le rendu de la couleur et de la brillance, auteur attire mon attention sur une chose que je n'aurais pas forcément vue a priori: la date ( 1915.. hé , il y a pile 100 ans!)

La date peut avoir une importance: dans ce qui est a première vue une nature morte, la présence de la couleur rouge violente et du couteau au premier plan tout prêt à découper ces poivrons aussi divers que possible a probablement une connotation politique.
Rien que pour cette information, j'ai trouvé ce petit livre très intéressant.

Sylvain? Je te le prête?
Idée 39: Un musée ( un tableau représentant des visiteurs qui admirent les tableaux d'un musée..)

samedi 16 mai 2015

Le goût du noir - Collectif

Un tout petit livre trouvé en passant dans les rayons de, aheum, "l'agitateur de curiosité" (oui c'est à peu près la seule librairie généraliste qui reste , pas trop loin de chez moi), le titre m'a plu, je l'ai pris un peu par hasard, je ne conaissais aps cette collection " le goût de.. "  déclinée sur à peu près tous les sujets possibles.
Le principe est simple: un sujet, une compilation de textes qui y font référence de près où de loin. J'aime bien cette idée, même si je n'ai pas trouvé les textes toujours très bien choisis.


Le noir. qu'est-ce? Une couleur.. ou une non-couleur selon le point de vue adopté, la nuit, le mystère, l'élégance, la tristesse le deuil.. enfin, dans la tradition Judéo Chrétienne, en Asie, le blanc sera plutôt associé à la mort. Mais c'est aussi, l'origine, le début ce qu'il y avait avant.. et la fin. autant dire qu'on peu y mettre à peu près tout ce qu'on veut.

Personnellement j'aime le noir. Je l'ai toujours aimé. Je travaille 5 jours par semaine en noir et blanc, et encore, ça m'ennuie particulièrement de devoir y ajouter ce blanc. Pour moi c'est une couleur, une couleur que je trouve reposante, absolument pas triste. Ca m'a toujours évoqué, la nuit, la tranquillité, et certainement pas le deuil que j'associe justement plutôt au blanc, qui est pour moi la couleur non de la pureté mais de la maladie, de l'hôpital, etc..

Ce petit ouvrage nous propose 6 axes de réflexions, regroupant chacun quelques textes littéraires présentés par une brève introduction:

- l'origine du noir: La genèse qui nous dit qu'avant toute chose, il y avait le noir! que la lumière fut, c'est bien, mais sans la nuit, il n'y aurait pas de jour, hé oui.. Hésiode raconte l'origine de Nyx, déesse de la nuit, avec en miroir un texte de Pascal Quignard sur Nyx, Nox dans la tradition latine. Pline explique comment les peintre de son époque produisait le pigment noir, Michel Pastoureau évoque l'histoire du noir et son appropriation par la vogue Romantique au XIX°S ( j'ai son ouvrage sur le Noir à lire, j'ai beaucoup apprécié celui sur le bleu que je n'ai pas encore présenté ici). Et étonnamment dans cette catégorie "Voyelles" de Rimbaud, parce que A noir, et que A est la première lettre de l'alphabet . Voilà, quand je disais que le choix de certains textes était pour le moins étrange. Mais les textes mythologiques ou sociologiques sont intéressants et à leur place.

Nyx vue par Bouguereau
- Noirs singuliers: on y trouve pèle-mêle le " dîner funèbre" donné par Des Esseintes dans à rebours de Huysmans, une évocation de l'obscurité ( pas vraiment du noir!) d'une maison de plaisir de Kyôto par Tanizaki ( éloge de l'ombre) un texte de Michel Tournier qui parle principalement du gris et de sa place dans le spectre des couleurs, et un texte de Roger Caillois - j'ai failli écrire Caillou, véridique, acte manqué - sur sa passion des pierres et l'onyx noir dans ses collections.

- Noirs des mystères: Cette fois ça y est, on y est.
Henri de Régnier évoque le costume noir d'un personnage sur une scène de Carnaval Vénitien peinte ( Esquisses Vénitiennes). Barbey D'Aurevilly dresse un portrait de criminelle, une brune aux yeux sombres, vêtue de noir, qui a autrefois empoisonné une autre femme avec de l'encre - ok, c'est pour le symbole, mais l'encre en elle même n'est pas toxique, en tout cas l'encre de seiche, il devait y avoir quelques petites choses en plus dans son encre- et, en visite au zoo, s'amuse à provoquer une panthère, qu'on deviene noire elle aussi ( Le bonheur dans le crime). Suit un extrait d'un "roman noir" de Raymond Chandler, un peu tiré par les cheveux, ou une pin up clame porter du noir "parce qu'elle est méchante": quand il faut faire des coupes sombres  marquées (...) dans le texte pour le faire cadrer avec le sujet, c'est qu'on aurait pu trouver plus approprié. Là il y en a beaucoup.
Plus logique: le chat noir d'Edgar Poe, et la Peau de chagrin  de Balzac ( dans la pénombre d'une boutique, ce morceau de cuir noir aux propriétés magiques semble aimanter le regard de Raphaël, le futur acquéreur de l'objet maudit.
L'étrange cas du Dr Jeckyll de Stevenson fait plutôt référence à la "noirceur " de l'âme humaine, qu'à la réelle couleur, donc il fait aussi partie de ce que je trouve un peu tirés par les cheveux.

- Nuitamment au creux du noir: cette fois, c'est le noir dans son cadre nocturne dont il est question via the City of dreadful night de James Thomson ( je ne connais pas du tout, je note ce titre qui me tente bien), l'aventure d'Eros qui a épousé Psyché mais ne lui rend visite que la nuit, afin qu'elle ne voit pas qui est son mari ( chez Apulé).  Evidemment, impossible de faire l'impasse sur une pièce aussi nocturne qu'Hamlet,

Hamlet Vu par Delacroix, il en sera question plus bas...
Les souvenirs des nuits de Combray de Proust me confirment que non, décidément non; cet auteur n'est vraiment pas pour moi,  comment dire...parfois à peine arrivée au milieu de la page, mes yeux se ferment si vite que je n'ai pas le temps de me dire  " je m'endors" ...
Victor Hugo dans William Shakespeare fait du noir une sorte d'étendard de l'esthétique de son époque qui conduit naturellement à la section suivante:

-Noirceurs chères aux poètes. alors là je me demande bien pourquoi ne pas y avoir intégré Oceano Nox, qui aurait été un enchainement parfait sur le thème de la nuit. Au lieu de ça on a le satyre extrait de la légende des siècles. Allez comprendre.
Erlkönig de Goethe traduit par Michel Tournier. La traduction n'est pas mauvaise et évide l'écueil de vouloir artificiellement reconstruire des rimes qui sonneront forcément faux, et c'est tout à son honneur, mais, j'ai toujours du mal avec la poésie traduite lorsqu'elle vient d'une langue, et même d'un texte que je connais - ici par coeur pour l'avoir travaillé en chant en tant que Lied de Schubert.
En voilà une autre avec le texte originel en regard.
(C'est toujours mieux avec le son:  Erlkönig mis en musique par Schubert, interprété par Dietrich Fischer Dieskau, grand spécialiste du Lied)

Même chose pour l'extrait du Paradis Perdu de Milton traduit par Chateaubriand, qui , pour le coup, ressemble vraiment trop à du Chateaubriand et pas à un texte plus ancien de 2 bons siècles. Par contre Nuit de décembre de Musset, El Desdichado de Nerval sont deux excellents choix. Pour Baudelaire, Sed non Satiata n'est pas ce que j'aurais chois en premier, j'aurais plutôt vu " Quand le ciel bas et lourd".
Le tout conclut sur un texte pour le moins hermétique de Mallarmé sur l'encre ( mais bon, Mallarmé est toujours plus ou moins hermétique, là il est presque déjà dans l'écriture automatique du siècle suivant)

- Noir en peinture: le chapitre le plus intéressant pour moi, avec celui sur la poésie et sur la mythologie. Des extraits d'interview de peintres ou de catalogues d'exposition. Paul Valéry parle d'un tableau de Manet représentant sa "Tante Berthe" (il était un neveu par alliance de Berthe Morisot elle même belle soeur du peintre Manet),

 un autre d'Yves Bonnefoy sur les estampes de Delacroix, par ailleurs formidable coloriste en peinture, mais qui s'est réservé le noir pour l'estampe, et sur les noirs de Goya , et particulièrement " el sueño de la razon"qui cause des cauchemars à un personnage de Jean Lorrain

Un catalogue d'exposition date l'apparition de l'art abstrait avec le Carré noir sur fond blanc de Malevitch.

Pierre Soulages explique sa démarche picturale, et ça c'est passionnant: parce que ses grand tableaux noirs sont quelque chose que j'ai du mal a apprécier, vu que l'art contemporain est rarement expliqué. Là, sans forcément tout aimer, je comprends et c'est déjà une bonne chose.

Pour Henri Michaux, le noir, c'est l'origine, le fondamental, Kandinsky semble ne pas l'aimer du tout et.. voit tout en noir si j'ose dire, il ne s'en sert que pour sa capacité à mettre les certaines couleurs en valeur et d'autres en retrait.
de faux caractères chinois par Michaux

Un petit livre inégal, mais un principe sympathique, que j'ai quand même plutôt apprécié. A lire évidemment avec sous la main:

 ( il existe d'ailleurs un opus " goût du café" et un " goût du chocolat". Je lirais quand à moi probablement le "goût de Kyoto", s'il croise ma route) Dommage il manque quand même un mot sur les vases grecs à figures noires