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vendredi 12 avril 2024

Spécial Guerre de Sécession (2)

 Allez, un peu de lecture pour se renseigner plus en détail. Je ne suis pas allée chercher midi à 14h00 et j'ai simplement fouillé dans un stock de Que sais-je que j'avais mis de côté pour plus tard en version numérique.

La Guerre de Sécession - Farid Ameur



Rien à redire, l'auteur est un historien spécialisé sur cette période précise de l'Histoire, et apporte toutes les informations nécessaires, en particulier, sur le contexte en amont, la situation des Etats-Unis au XIXe siècle, pour comprendre comment on en est arrivés là.

Où l'on apprend que dès le premier quart du XIXe siècle, des menaces de sécession avaient été évoquées politiquement, dès 1812 en fait, puis en 1832 principalement pour raisons économiques et commerciales. Les événements de 1861 et des années qui ont suivi ne viennent pas de nulle part.
Et que la fracture est aussi d'un niveau quasi philosophique entre le sud, qui vit dans les idéaux européens d'une société très hiérarchique et immuable ( et merci à l'auteur de parler dans autres laissés pour compte que sont les agriculteurs blancs, libres contrairement aux esclaves, mais qui peinaient à joindre les deux bouts dans des régions dominées par une poignée de très gros propriétaires terriens vivant dans l'opulence.. et dominant donc, tous les autres), et au nord une société tournée vers la modernité, l'industrialisation, l'entreprise (puisque de toute façons, avec le climat continental, il était utopique de vouloir faire de l'agriculture à grande échelle), et ou les couches sociales étaient plus poreuses pour peu qu'on ait des idées, de l'ingéniosité ou de l'esprit d'entreprise (là aussi, il y avait des laissés-pour-compte, les ouvriers pauvres venus d'Europe pour travailler dans ce nouveau pays)
finalement c'est un peu l'opposition noblesse/ bourgeoisie d'Europe qui s'est reconstituée. Avec des riches minoritaires qui vivaient réellement comme la noblesse d'ancien régime, avec un train de vie dispendieux, achetant à crédit des produits de luxe venus d'Europe, tout en misant sur la future vente de la récolte de coton.. au risque de se retrouver avec des dettes colossale si une catastrophe naturelle advenait.
Et paradoxalement la classe blanche, pauvre et exploitée était souvent composée de fervents soutiens au système d'esclavage, dans la mesure ou la classe dominante leur faisait bien sentir que " vous êtes pauvres, mais s'il n'y avait pas les esclaves, c'est vous qui seriez le vrai prolétariat, donc vous avez tout intérêt à ce que ça continue, c'est ce qui conditionne que vous ne soyez pas la catégorie sociale la plus défavorisée". Le capitalisme vicieux dans toute sa splendeur.
L'auteur évoque aussi les abolitionnistes, qui existaient depuis quasiment le début de la conquête américaine, que ce soit pour raison religieuse, humaniste, rationnelle. Donc là aussi, c'est un sujet qui agitait la société depuis longtemps, la population ne s'est pas réveillée en 1860 à se demander si c'était bien chrétien de faire travailler du " bétail humain" dans des conditions épouvantables.
Mais, donc une lecture didactique, qui complète bien les documentaires.


J'ai un logiciel dédié à la lecture d'Ebooks  ( Icecream) mais je n'avais jamais testé la lecture audio. Je suis morte de rire, c'est encore et toujours la sempiternelle même voix de synthèse, qu'on entend absolument partout, et non seulement elle a du mal avec l'intonation ( celle , tombante en fin de syntagme, que fera naturellement un lecteur), mais est aussi incapable de lire les chiffres romains, le "XIXe siècle" est prononcé "gzikseuh siècle" et le XVIIIe " ksviiieuh siècle".. La lecture des années est aussi très mal faite, et ça pose problème. Un aveugle qui voudrait une lecture audio risque de galérer à comprendre ce qui est dit, et ça fait perdre le fil. Deux trucs marrants: " poignants" et "imagination" sont prononcés à l'anglaise, alors que le reste sonne à peu près français. "Poïnants" et "imadginacheune" ( et mon cerveau a enchaîné " it's just an illuuuuusion")

Et, pour ce qui est des suites de la guerre, une émission radio de 30 minutes autour des livres " Yellow Bird" et "l'Echo du temps" de Kevin Powers, auteur virginien qui s'est spécialisé en récits de guerre, et évoque en particulier comment la Civil War lui a été enseignée et est encore enseignée , en particulier, dans les écoles du Sud des USA, en général de manière très romancée et " mythologisée". Lui va à l'encontre de cette idéalisation
Kevin Powers explore les cicatrices non refermées de la Guerre de Sécession

Je note cet auteur ( ainsi que Shelby Foote, qui témoignait dans le documentaire précédemment évoqué)

Le sujet est encore d'actualité, dans la mesure où l'idéalisation de cette guerre est le fond de commerce des actuels suprémacistes blancs, héritiers du KKK racistes, évidemment, mais aussi sexistes ( ils sont le gros des rangs de ceux qui légifèrent sur le corps des femmes, limitent l'accès à la contraception, empêchent les plannings familiaux de travailler, suppriment le droit à l'avortement, valident le mariage forcé des petites filles, censurent les ouvrages évoquant l'homosexualité...) et électorat dévoué de Trump. Ce sont précisément eux qui ont pris d'assaut le Capitole il y a 4 ans, refusant d'accepter la défaite, et propageant à tour de bras des fake news. Et qui vont encore faire le gros de son électorat cette année.

Je n'en ai pas fini avec ce sujet, car j'aimerais parler aussi de ce qui a malheureusement suivi, à savoir l'apparition de la ségrégation et du KKK, puisque tout ça découle de la frustration des élites sudistes ( pas tous, evidemment, il y avait des abolitionnistes parmi eux , mais.. qui devaient faire profil bas, au risque, si leurs sympathies étaient connues, de faire eux aussi une mauvaise rencontre au détour d'une rue), d'avoir perdu leur statut de dominants en même temps que la main d'oeuvre dominée, et qui ont instauré un régime de racisme légal. Il y a beaucoup à en dire, de même que sur la représentation de la guerre dans les arts ou même la société ( ce que dit Powers), donc... je garde ça pour l'an prochain.



mardi 9 avril 2024

Spécial " Guerre de Sécession" (1)

Voilà, je continue à jouer les prolongations du mois de février et mars, en m'intéressant à ce sujet dont on a entendu parler en classe de quatrième en général, mais assez mal connu en France et pourtant  historiquement important, passionnant et qui a des répercussions encore à l'heure actuelle. Guerre donc nommée "de Sécession " en Europe, mais simplement "Civil War" aux USA. Mais je garderai l'appellation Sécession, plus connue ici ( et il faut bien dire que l'Europe a eu sa part de guerres civiles, donc ce serait très vague de la nommer guerre civile sans plus de précision)

Donc puisque la guerre a commencé le 12 Avril 1861 et fini le 9 avril 1865, c'est parti, je vais juste pour raison de calendrier inverser le début et la fin, histoire de ne pas faire les choses à l'envers. Et même mieux, je vais faire plusieurs sujets spéciaux cette semaine.

C'est parti, 9 avril, fin de la guerre, mais premier sujet, sur ses origines et son déroulement.

On ne va pas faire du détail absolument approfondi, ce n'est pas un cours d'histoire d'université. Je laisse ça à Pap N'Diaye, qui le fait très bien très vu que c'est son domaine.
Mais ça me paraît intéressant d'en parler puisque c'est en lien direct avec le sujet de ces derniers mois.
Et en effet, ce qui ressort des documents que j'ai vus/ lus/ écoutés ces dernières semaines, c'est que le conflit a eu  pour l'histoire Américaine le même genre d'évolution et de retentissement que la Première Guerre Mondiale pour nous en Europe. Une guerre qui a changé le cours de l'histoire, tout en ayant eu dans les deux cas, une durée finalement assez limitée (4 ans)

Vidéo
Résumé VITE FAIT, avec des cartes, La chaîne s'appelle l'histoire en 5 minutes ( enfin 6 minutes et demies ici!)

Une vidéo peu plus longue ( 27 minutes) mais super bien faite, concise, sans être trop dense à suivre, et surtout qui a le mérite d'évoquer l'origine ( politique et économique) de la guerre, ce que je n'ai pas entendu sur les podcasts audios qui partent du principes qu'on connaît et commencent directement par l'attaque du Fort Sumter, sans évoquer les cadre historique ( qui pourrait carrément remonter à la guerre d'Indépendance, autre sujet passionnant, mais comme les conflits ont souvent une origines qui remontent à une frustration vieille de plusieurs siècles, on pourrait presque remonter à la découverte de l'Amérique à la Renaissance en fait)
J'ai particulièrement apprécié l'utilisation d'extraits de films et des caricatures de presse d'époque.
Même le sponsorisation est faite de manière adaptée et informative ( et avec un sponsor pas absurde dans le cadre de l'Histoire, donc ce genre de sponsorisation ne me dérange pas, au contraire des pubs n'imp' qui coupent les vidéos )


Il y a d'ailleurs une autre vidéo sur les conséquences de la guerre, que je garde logiquement pour le sujet suivant.

Maintenant si vous avez du temps il y a une série de 7 fois une heure proposée par ARTE, et connaissant le niveau d'exigence de la chaîne, ça vaut le coup, vu la complexité du conflit et de ses enjeux.
Par contre attention âmes sensibles, c'est un documentaire historique sur le premier conflit réellement documenté en image, donc il y a profusion de photos (dont les photographes ont perçu l'importance à la foi documentaire et politique), donc oui, on voit des morts, des blessés, des jambes coupées. Parce que c'est ça la guerre.
Documentaires visible jusqu'au 29/06/2025
Playlist

Alors oui 7 fois 52 minutes c'est long, mais c'est passionnant et surtout le documentaire très fouillé et riche en archives est extrêmement bien fait. J'aime l'idée d'agrémenter les photos immobiles non seulement de musique, et explications, ça c'est courant, mais d'ambiances sonores évoquant la campagne: caquètements de poules, aboiement de chiens, pépiement d'oiseaux,sons divers, ou la ville: sifflements de trains, bruits industriels, sons de sabots et de charrettes sur les pavés,conversations dans le lointain.. et bien sûr les coups de canons des batailles. C'est trois fois rien, mais c'est un plus qui apporte une autre épaisseur à ces images en noir et blanc sans les retouches: pas de colorisation, et pas de mise en mouvement. Le documentaire a été fait en 1989, donc pas d'intervention moche d'IA, et surtout, pas de docu fiction, avec acteurs parfois pas formidables, ce que je déteste. Au lieu de créer une immersion pour moi, ça casse l'ambiance. Tu veux faire un film? Ben fais un film avec de bons acteurs si possibles ( on m'a conseillé Nord et Sud, et Gettysburg tiens)

J'aime beaucoup l'idée d'avoir intégré des extraits de lettres de deux individus, simples soldats: Sam Watkins, fils d'agriculteur, enrôlé dans l'armée sudiste, et Elishah Rhodes, employé de commerce du côté nordiste, et de suivre leur parcours et leurs point de vue de gens modestes au plus bas de l'échelle militaire, tout au long de la guerre. Car aucune surprise de ce côté, c'est précisément parce qu'ils ont survécu et traversé la période que leur témoignage est précieux, au même titre que celui des poilus de la Ie Guerre Mondiale. Le vécu réel des gens qui y ont participé apporte toujours un éclairage différent de la longue liste fastidieuse de dates et de batailles. Et comme souvent, les gens se sont engagés volontaires par fidélité à leur région natale plus que par idéal politique ou conviction profonde, et eux mêmes ne voient pas trop où on veut les mener, à part qu'il faut juste massacrer ceux d'en face avant d'être touché soi-même. Ni Sam, ni Elishah n'étaient des monstres de cruauté, simplement deux pauvres types qu'on a envoyé au casse pipe en leur farcissant la tête de gloire, et qui ont eu l'incroyable chance d'en sortir vivants.

D'autres extraits sont ajoutés, de gens beaucoup plus connus du grand public: correspondance de Lincoln, de Lee, de Grant, de Frederick Douglass, de Jefferson Davis, d'auteurs contemporains,

Et je dois dire que je suis très intriguée par le cas de Robert Lee, excellent chef militaire, qui est loin d'être une brute sanguinaire ou un imbécile, qui a été formé dans le Nord, qui a des amis parmi les chefs militaires du Nord, qui a une opinion personnelle pro-union et n'est pas un défenseur à tous crins de l'esclavage ( il a hérité de la plantation de son père, mais c'est loin d'être quelque chose qui l'intéresse. Il n'est pas abolitionniste non plus, mais il est loin d'être un idéologue raciste, et finit par se réjouir ouvertement de l'abolition de l'esclavage lors de sa reddition) et qui malgré tout choisit le mauvais camp, à rebours de ses convictions personnelles, par fidélité à son Etat de naissance (il est né en Virginie, la Virginie a fait sécession, il prend donc, envers et contre tout et surtout contre lui-même, le parti de suivre les politiciens de sa région natale). Je peux comprendre qu'il ne veuille pas se battre contre des gens de sa région, mais comment un homme intelligent peut renoncer à ses propres convictions, même pas par idéal politique, mais pour une raison purement géographique, ça me reste incompréhensible. Une solution plus pragmatique aurait pu être de démissionner de l'armée pour rester neutre. Oui, je suis vraiment intriguée par la psychologie de ce type. Sa position lors de sa reddition me fait penser que soit il avait toujours caché ses sympathies abolitionnistes difficiles voire impossible à tenir en tant que fils d'un planteur de Virginie, soit qu'il a changé d'avis au cours de la guerre. Mais en tout cas que cette reddition avec les honneurs lui a ôté un sacré poids psychologique. La suite de sa vie a été plutôt .. non violente et orienté vers l'éducation pour tous ( il a tenté sans succès de faire ouvrir des établissement éducatifs pour les anciens esclaves et leurs enfants, et franchement, rien que pour ça, même si c'est un changement d'opinion tardif, ça mérite d'être porté à son crédit)

Il y a aussi l'excentrique Thomas " Stonewall" Jackson, ( le mec qui croit que manger du poivre va lui donner des douleurs de la jambe gauche, mais mangeait du citron sur le champ de bataille, et refusait de poster une lettre si elle avait risqué de circuler le dimanche, parce que c'est le jour de dieu, personne ne doit travailler. Par contre lancer l'assaut le dimanche, aucun problème, pour avoir dieu de son côté). Un type particulièrement mauvais y compris avec les gens sous ses autres, je me demande si c'est le modèle de Cancrelat dans les Tuniques Bleues. En tout cas, un extrémiste religieux persuadé d'être le bras armé de son dieu, sur un champ de bataille, ce n'est jamais bon, et ce va-t-en-guerre massacre sans états-d'âmes Et pourtant celui là aussi sans être abolitionniste, était plutôt hostile à l'esclavage pour raison religieuse, et il état plutôt apprécié de la communauté noire de sa région.
Comme quoi il est bien difficile de définir dans ce sac de noeuds où est le bon et où est le mauvais.

Podcasts

- Comment s'est déroulée la guerre de Sécession (58 minutes) : très simple, très factuel, dates... on est vraiment dans un format débat historique, c'est très bien pour une entrée en matière et avoir quelques informations de base.

- La guerre de Sécession, premier conflit moderne (59 minutes émission de 2013). Débat public avec Pap N'Diaye sur le thème " fut-elle la première guerre moderne?" , à la veille des commémorations du centenaire de la I° Guerre Mondiale. Car en effet, dans l'histoire américaine, que ce soit en termes de durée, de violence, de recours aux tranchées, de modernisation de l'armement et par conséquent, du nombre de victimes,  ainsi que des conséquences sociales, industrielles et économiques, les deux conflits ont des points communs intéressants à analyser. Ici, plus que dans la précédente émission, on parle de l'événement déclencheur, à savoir l'élection de Lincoln réputé abolitionniste, en la personne duquel les états du sud dont l'économie repose sur l'esclavage, voient une menace. Décidément, j'aime beaucoup la manière de parler, de P. N'Diaye, très clair et très précis (c'est un universitaire, professeur d'histoire, habitué à parler devant un auditoire, qui doit rapidement comprendre les points importants et les enjeux et ça s'entend)

- Du fort Sumter à la bataille d'Appomatox ( 54 minutes); deux sujets en un, on survole l'histoire et les origines de la Guerre et ses enjeux, mais on évoque aussi son image dans les médias français et en particulier la bande dessinée.
Il y a évidemment les Tuniques bleues, et là j'ai envie de dire il n'y a aucune honte à avoir cette BD comme référence, ou comme porte d'accès au sujet du conflit car très souvent, les albums évoquent des personnages réels (Robert Lee, Ulysses Grant, William Sherman, Oscar Lagrange... ), des événements ou des lieux réels  (aucune honte je dis, c'est grâce aux Tuniques que j'ai découvert de qu'est West Point, donc si un BD d'humour peut donner des infos même succinctes et entraîner une curiosité, c'est bon à prendre. Par contre pour West Point j'ai du mal à oublier la caricature des gradés, avec le transfuge sudiste super mou, qui ne prend jamais une décision et passe son temps à boire un verre à la paille, dans une attitude de vacancier. Ce personnage n'a pas de rôle important, mais il est toujours dans un coin et me fait marrer)
Mais dans cette émission l'invité est Laurent-Frederic Bollée, auteur de la BD Deadline, qui m'a l'air intéressante, en tout cas j'ai bien envie de la lire.

Alors oui, on est en Avril, mais vu la quantité de documents que j'avais, j'ai carrément étalé sur plusieurs mois.
Et ça me paraissait important de s'informer là dessus, pour justement mieux comprendre les enjeux actuels, qui expliquent en partie que les affrontements communautaires soient encore aussi tendus.

lundi 1 avril 2024

Lundi soleil 2024 (4) - Avril en vert

 Et la photo de la semaine est un peu une blague( 1° avril, c'est logique)

je n'ai jamais vu une campagne aussi verte!

En fait, quelques temps avant de tomber en panne définitive, mon appareil photo a eu quelques soucis , et de temps en temps, me sortait une photo entièrement verte, tandis que la précédente et la suivante étaient normales. Mais le ratage donne donc un résultat intéressant.


Celle là par contre ( même campagne, mais pour le nouvel an 2011), n'est pas une retouche ou un bug
C'est le seul le vrai, " Soleil Vert". C'est une éclipse de soleil , prise en photo à travers un masque de soudeur, seule autre solution pour voir une éclipse quand on  n'a pas de lunettes appropriées. Mais on a en général plus facilement possibilité d'aller acheter une paire des lunettes adaptées pour une somme modique vendues chez les opticiens ou clubs d'astronomie, que d'avoir un masque de soudeur professionnel à proximité.
Mon oncle en avait un.
Donc, pas de problème ni pour mes yeux, ni pour le capteur de l'appareil, ce qui m'a permis cette photo 100% naturelle, bien que semblant issue d'un film d'horreur.

C'est parti pour quelques expressions ( là encore, je zappe celle qui sont exactement les mêmes qu'en français: donner le feu vert, par exemple)

Anglais:
Si les français sont verts de rage, les anglais sont verts d'envie , green with envy
Un anglais peut aussi être simplement vert ( pas au sens de notre vert galant, d'un monsieur " encore  vert pour son âge"), To be green , c'est simplement être nouveau dans un domaine, être débutant. Ca peut aussi être simplement écolo, politiquement parlant.
Et les écolos ont souvent un pouce vert, to have a green thumb, quand nous avons toute la main verte.

Par contre to look green ou to be green around the gills ( vert autour des ouïes/ branchies... là il ne faut pas manger ce poisson!), c'est moins positif, c'est avoir mauvaise mine, l'air malade, un teint verdâtre...

Russe:
ёлки зелёные! ( Sapins verts!): c'est une exclamation de surprise, d'enthousiasme, d'étonnement. probablement pour cacher un gros mot, un peu notre "Sapristi!"
зелёная волна ( la vague verte): ça veut dire que la voie est libre, sur toute la longueur d'un itinéraire ( pas seulement qu'on donne le feu vert à quelque chose, mais bien plutôt que Bison fté annonce une journée tranquille)
зелёная улица ( la rue verte): rien de sympa ici, c'est une punition militaire consistant à faire passer un soldat rétif au milieu des autres, le tapant à coup de baguette.  Techniquement, il se prend une volée de bois vert. Et par extension, ça désigne aussi un abus d'autorité politique ( très actuel!)
зелёный змей ( le démon vert / le serpent vert): C'est le surnom de l'alcoolisme.
зелёный вездеход ( le "tout-terrain" vert): ce n'est pas un moyen de transport, mais on peut tout faire avec, c'est le "billet vert", le dollar US.
зелёные человечки: les petits hommes verts. Oui, les extraterrestres, mais en russe, il y a un second sens: les soldats, les bidasses sans grade.

Allemand
La verdure est aussi liée à l'idée de nouveauté, mais attention à ne pas confondre avec l'anglais
Grün hinter den Ohren sein : être vert autour des oreilles, ( malgré la ressemblance avec celle sur les branchies) c'est être un novice, un.. bleu
Das Grün: sans précision , le " vert", c'est la verdure en général.
Das is das selbe in grün: " c'est a même chose en vert", c'est bonnet blanc et blanc bonnet, c'est kif-kif bourricot.
Sie sind sich nicht grün! ( ils ne sont pas verts l'un pour l'autre): ils ne peuvent pas se voir en peinture!
et si ça empire encore, ça peut aller jusqu'à:
jemanden grün und blau schlagen ( frapper quelqu'un vert et bleu): rouer de coups

et en espagnol

ser más raro que un perro verde : être plus rare qu'un chien vert, autant dire, être très rare...
un chiste verde: une blague verte. En fait, tendancieuse, salée ou en français.. olé-olé!
"A buenas horas, mangas verdes" : à la bonne heure, des manches vertes: c'est quand quelque chose arrive bien trop tard. Après la bataille.
Ser un viejo verde: être un vieux vert. Mais ce n'est pas  plaisant ou positif, ici c'est un vieux pervers, un qui fait des propositions salaces aux femmes bien plus jeunes que lui
poner verde a alguien : mettre du vert à quelqu'un, c'est le rhabiller pour l'hiver, en dire beaucoup de mal, le débiner en son absence

et je mentionne aussi l'acronyme  V.E.R.D.E, " viva el Rey de España!": vive le roi d'Espagne. On peut le croiser sur le net dans des messages à teneur politique. Ca rappelle un peu le "Viva Verdi" italien au XIX° siècle, qui n'était nullement lié au compositeur, mais cachait un " Vive Victor-Emmanuel, Roi d'Italie" au moment du Risogimento.

'hum il semble que le poisson fasse des siennes: sur la page d'édition, tout est normal, mais sur l'affichage, une partie du sujet est.. rouge et en gras! impossible de le corriger

samedi 30 mars 2024

la fleur du mois (4)

 Mars, ça commence déjà chez moi ( la photo a été prise il y a deux ans le 3 avril, donc je n'ai pas trop d'avance sur la saison!)



Une glyine particulièrement chargée. Là encore j'ai un doute, glycine de Chine je pense (Wisteria sinensis). C'est la plus courante dans ma région.
Bien que je trouve ça joli, à cause de la couleur et de la quantité de fleurs, c'est une plante avec laquelle j'ai beaucoup de mal, tout comme le lilas d'ailleurs. Je crains les odeurs fortes et passer près d'un lilas, d'une glycine ou d'un tilleul au moment de la floraison m'est particulièrement inconfortable.

vendredi 29 mars 2024

Polychromie musicale 13 - journée internationale du piano ( versant jazz, blues, soul, funk etc)

Quand on évoque le jazz, on pense en priorité à la trompette ou au saxophone, quand on parle de blues, c'est la guitare qui vient en tête, la soul est indissociable des cuivres et le funk doit son rythme irrésistible à la basse. Mais mais mais...
Le piano s'est également taillé la part du lion dans tous ces styles.

On a parlé de Nat King Cole il y a peu, je garde Nina Simone pour une prochaine fois ( quoique je sens qu'au fil du Temps, certains des gens qui vont suivre auront aussi leur sujet particulier), en voila quelques autres
 

Le pionnier Scott Joplin
Bien qu'il se soit surtout illustré dans le ragtime, donc un genre considéré comme précurseur du jazz. Cependant ce monsieur hors du lot a également composé des chansons, des valses, des suites de danses et un opéra avant de mourir bien trop jeune. de manière exceptionnelle pour un noir né en 1868 au Texas, sa formation a été classique, comprenant la musique " blanche" via un professeur d'origine allemande qui a détecté son talent et lui a donné accès à une formation de qualité. Et comme souvent, il ne se contentait pas du piano mais pratiquait aussi le violon la guitare, le banjo et le cornet à piston. Quelqu'un donc qui ne s'est pas contenter de rester dans un cadre prédéfini, et mérite d'être connu.. même si ce sont surtout ses ragtimes qui font encore sa renommée.

Maple leaf Rag pour un concert à l'occasion des 100 ans de sa mort ( il est mort en 1917)


Et celui que tout le monde connait: The Entertainer ( vu le nombre de fois où il a été utilisé dans des films, c'est même LE morceau qu'on va spontanément associer à l'accompagnement des films muets)
Et wow, ce piano a un son magnifique, presque trop " propre"

Le même, mais sur un piano de 1915, au son beaucoup plus " vintage" et surement plus proche des instruments sur lesquels jouait Joplin.


Une petite vidéo qui explique " pourquoi Scott Joplin est la première "pop star" américaine"

Et de fait son influence sur la musique du XX° siècle en général est colossale.

La  plus sympa Rhoda Scott. La plus sympa parce que j'ai eu l'occasion de participer à l'organisation d'un concert et qu'elle est vraiment, vraiment, vraiment très cool. Peu connue du très grand public, c'est bien pour ça que je l'intègre, bien qu'elle soit plus organiste que pianiste. Profitons-en, elle est toujours vivante!


Le plus français, hé oui...
j'aurais pu intégrer quelqu'un d 'autre à cette liste, mais j'y tenais, déjà parce qu'il était de ma région, qu'il est lentement en train de sombrer dans l'oubli, 25 ans après sa mort ( le 6 janvier 1999, donc c'est aussi un peu une occasion d'en parler)
Et que je tiens particulièrement à mettre en avant la diversité: de styles de jazz, en premier lieu, d'origines, mais aussi d'apparences. Et Michel Petrucciani est le candidat parfait pour prouver que UN, être petit n'est pas une limite pour jouer du piano ( pendant longtemps je l'ai cru simplement atteint de nanisme, mais il souffrait en fait d'ostéogénèse imparfaite) et DEUX, l'art est un moyen d'aller au delà du handicap ou de la maladie.


Le favori absolu de ma mère (donc j'ai grandi en l'écoutant), c'est Ray Charles.
Que dire de plus. The Genius. Et donc, indirectement, puisque j'ai été biberonnée à sa musique, un incontournable de mes références aussi.
J'y reviendrai plus en détail prochainement, il mérite son sujet à part.

Le plus multi facettes? Stevie Wonder. Là encore, que dire? Ce mec est une légende.

Pour le plaisir de l'avoir jeune, Stevie en 1969 ( piano, chant ET harmonica)


Et 40 ans plus tard, toujours la patate ( et à l' orgue cette fois)

Bon, je ne peux pas passer à côté de son tube le plus dansant. Ambiance seventies garantie!
et yep, chapeau! (enfin, casquette)

Et si je vous dit qu'il existe un duo Ray Charles et Stevie Wonder, C'est pas génialissime ça?
Oh, mais que ça fait du bien aux oreilles, à l'esprit et à l'humeur :)

Celui qui met le plus le feu: Jerry Lee Lewis

Je ne sais même pas comme il fait pour jouer avec un micro sous le nez et une main de chaque coté.

Le plus fun: Little Richard.
C'est LUI qui m'a fait découvrir le mélange rock et piano, et je ne m'en lasse pas. Je n'ai jamais eu l'occasion de le voir sur scène, ce qui aurait pu se faire: il est mort il y a 4 ans et s'est produit jusqu'à un âge assez avancé. Mais... ça n'a pas été le cas. Dommage.
En tout cas, il fait partie des artistes qui sont sur ma playlist " anti- déprime", tant ce gars là m'éclate, et me met de bonne humeur avec ses chansons aux textes absurdes et au sous-texte olé-olé. Et ce bien qu'il n'ai pas eu une vie facile (noir et homosexuel, autant dire la double ségrégation dans les années 50 aux USA.) En tout cas, incontournable: il a influencé la plupart des artistes qui ont suivi, que ce soit aux USA ou en Europe.

Et ça fait plaisir de voir un sourire aussi enthousiaste et communicatif.

Et un grand bravo au danseur qui est une armoire à glace mais s'éclate comme un gamin!

Je ne sais pas si c'est extrait d'un film, mais en tout cas, ça dépote.

Non, vraiment je suis fascinée par les gens qui comme lui, ou Jerry Lee Lewis, d'ailleurs (et aussi celui qui va suivre) semblent avoir une énergie inépuisable. Dixit moi-même, qui peux passer des heures à m'agiter sur leurs titres sans me lasser.

Le plus inattendu:
Alors oui , je vais encore une fois vous bassiner avec Prince mais... D'abord l'enchaînement avec Little Richard me parait parfaitement rationnel, tant le premier a influencé le second (jusque dans la coiffure et le maquillage excentrique à certains moments de sa carrière)
Je l'avais dit, pendant des années pour beaucoup de gens comme pour moi auparavant, il était avant tout un chanteur rock/pop/funk et un guitariste de très haut niveau. Or, la guitare n'était pas son premier instrument, il a commencé par le piano. Mais, comme il réservait la vraie étendue de ses talents musicaux pour les concerts, ça se sait peu. Et c'est clairement au piano et à la basse qu'il m'épate le plus Précision: Comme pour les autres instruments qu'il pratiquait (c'est à dire une vingtaine) il est autodidacte, jouait plus volontiers à l'oreille que sur partitions, et a donc un talent particulier pour tout ce qui est improvisation.
C'est parti pour de l'impro, purement au piano, rien d'autre, hormis parfois la voix, histoire de mettre en avant ce versant de son talent, plus confidentiel. Ceci dit, c'est compréhensible, le piano, le clavier, la guitare acoustique ou la guitare électrique n'ont pas le même rendu en terme d'ambiance et de dynamique, les instruments ne sont pas interchangeables, sauf à vouloir précisément changer le rendu expressif du morceau.


allez, encore quelques uns pour la route:

Et...allez,  zou, tout l'album:  Donc ça, c'est le niveau du gars, quand il s'échauffe, fait la balance d'un concert, a envie de jouer comme ça, pour se faire plaisir ou composer, et, madre mia, entendre le processus créatif est fascinant. Sérieusement, si j'avais entendu ça avant, si j'avais su à quel point c'était un jazzman et un bluesman jusqu'à la moelle, j'aurais suivi sa carrière de près depuis les années 80.

Une version mise de côté d'une chanson assez peu connue "How come U don't call me anymore?" : piano, batterie, chant. Si on écoute attentivement, il est tellement à fond dans sa chanson qu'on l'entend pleurer par moments, MAIS sans rater une seule note. Ceci dit, c'est peut être la raison pour laquelle elle a été mise de côté, ou bien il s'est dit que, finalement, il rajouterait bien quelques pistes d'autres instruments.

Quelque chose de moins déprimant?

Démo d'International Lover, et là, il se marre, tout en donnant des instructions au batteur et en charriant l'ingéniEUSE du son (et au passage on entend enfin sa voix naturelle, et non en falsetto). J'ai l'impression qu'il est en train d'improviser en partie le texte qui est, il est vrai, très drôle et blindé de doubles sens (transformer un truc totalement pas sexy, en l'occurrence, les consignes de sécurité en vol données dans l'avion, en jeu de rôle olé olé " je suis le pilote, détends toi, tu n'a rien à faire, je m'occupe de tout, profite du vol".  Jamais l'expression " s'envoyer en l'air " n'aura été aussi adaptée)
Mais wow, la partie de piano est magnifique. Et ça fait plaisir d' entendre les musiciens rire, entre potes.

Promis je ne vous parlerai plus de lui... enfin, du moins jusqu'à ce que je parle de basse et de bassistes ( le plus simple est de faire la liste de ce qu'il ne jouait pas: les instruments à vent. Voilà, c'est fait). Enfin, je n'en parlerai plus jusqu'à avril prochain, il y a la journée du jazz et le 21 avril.

La plus inattendue: hé oui, une de mes absolues favorites. Est-ce que vous le saviez? Aretha Franklin n'était pas seulement une excellente chanteuse mais aussi une pianiste. Certes, pas du niveau de Nina Simone, qui avait avant tout une formation de pianiste classique, mais tout à fait capable de s'accompagner sans problème.

Le plus récent ( et un méga, méga cour de coeur!) Cory Henry.
Découvert par hasard grâce à une playlist diffusée à la Fnac, où on entendait son groupe" the Funk Apostles" proposer une reprise démente de Controversy, bon je reparlerai de lui, car il n'est pas encore très connu, et pourtant le mérite.

C'est du niveau de Ray Charles, ouaip, j'ose le dire. Une heure de concert, faites connaissance.


Et pour compléter, des duos, principalement avec Tom Jones, mais pas que
Tom Jones et Jerry Lee Lewis


Tom Jones et Little Richard

Tom Jones et Stevie Wonder

Et tiens...puisque j'y suis, Stevie Wonder et un invité surprise, parmi ceux précédemment cités.
Hé Stevie, y'a un pote à toi dans le public, vous feriez pas un boeuf? Allez hop, passez-lui une guitare et il va nous faire la rythmique. Imaginez: Vous allez voir Stevie Wonder en concert à Paris et là ...😲 Noooon? Si, deux pour le prix d'un!

La réaction du public qui se trouve face à deux vedettes de classe mondiale, et même trois avec la percussionniste Sheila E, est démentielle.

Tom Jones et Ray Charles


 
Bon, on reparlera de jazz et de piano trèèèèès bientôt.

Journée internationale du piano (côté rock)

Aujourd'hui 29 mars, c'est la journée internationale du piano, l'occasion de faire un petit lot de sujets dédié à cet instrument, probablement un des plus pratiqués au monde avec la guitare et le saxophone ( parce que bon, le basson, je dois le reconnaître, c'est moins populaire, les gens ne savent pas ce qu'ils perdent :p)
Parce que voilà, j'ai toujours apprécié cet instrument, sans en jouer. J'avais essayé d'apprendre il y a quelques années, mais à l'époque je n'avais qu'un tout petit clavier très peu pratique pour m'entraîner, donc, même en prenant des cours particuliers avec quelqu'un ça ne donnait pas grand chose.

Le problème est que:
- les cours au conservatoire sont limités, pour éviter d'avoir trop d'élèves, il faut avoir moins de 18 ans pour commencer ( peut être même 16, en tout cas, c'était ça quand j'ai voulu jouer de la musique). Il y a bien un cours pour adultes, mais les place sont ultra limitées, il faut presque les réserver plusieurs années à l'avance, et je crois bien que la priorité est donnée, pour tirer, aux gens qui ont déjà pratiqué le piano en amont. C'est comme ça que j'ai opté pour le basson, accessible aux plus de 25 ans. Je ne regrette pas.
- Les cours particuliers, c'est cher.
- Les méthodes françaises ne me conviennent pas vraiment. Trop "horizontales", il faut dès le début mettre tout en même temps, main droite et main gauche, une mélodie à chacune et en voiture Simone. Très peu de place est faite à la dimension verticale de la musique, en " épaisseur" (ceux qui jouent d'un instrument polyphonique doivent à peu près comprendre ce que je veux dire)
Je pourrais bien vous dire que les méthodes françaises mettent trop l'accent du la dimension mélodique de la musique et trop peu sur sa dimension harmonique, au contraire d'autres approches qui ne vont pas faire l'impasse sur la construction et la compréhension des accords dès le départ, mais pas sûre que ça vous avance vraiment en tant que néophytes. Or justement cette approche harmonique est cruciale pour un instrument capable de jouer plusieurs notes à la fois ( ce truc qui s'appelle " accord", hein...)

A un moment j'avais racheté un clavier à ma prof de chant, qui me servait uniquement à déchiffrer les partitions de chant. Mais est arrivé le covid les confinements, impossible de reprendre l'orchestre. Que faire?

J'ai ressorti mon clavier, j'ai cherché des tutos en ligne, des applis et .. ça vaut ce que ça vaut, mais j'ai réussi entre mai 2020 et maintenant (avec quelques "trous" en période d'examen, d'études à l'étranger, de voyages) à faire ce que je n'avais pas pu faire avant: mettre les deux mains ensemble et arriver à jouer sans pression, en progressant à ma vitesse.

Evidemment, une appli ne fait pas tout, et ma progression s'est accélérée quand j'ai trouvé partitions et vieilles méthodes dans des cartons à la cave (ayant appartenu probablement à mon arrière grand-tante, c'est dire si c'est du vintage!). Mais les appli ont l'avantage d'être étrangères, et donc basées sur des méthodes anglosaxonnes qui font la part belle à une lecture verticale, au jazz et à la pop, donc aux accords. En mélangeant les deux j'arrive à pianoter entre 30 minutes et 1h30, 6 fois par semaine, à travailler un peu sur la mélodie et sur les accords, le déchiffrage à vue, etc.. et je me fais plaisir. Du moins je peux jouer de la musique en solo, c'est moins facile pour le basson qui est plutôt un instrument d'orchestre.

Mais donc, je suis pianiste amatrice depuis quelques années. Je progresse lentement mais "Chi va piano va sano et va lontano".
D'ailleurs, j'y reviendrai un peu le 21 avril, parce que j'ai décidé que cette date marquait le coup de mon apprentissage un peu plus systématique. Pourquoi le 21 avril? Vous le saurez ce jour là.
(bon, je l'avoue, c'est que je ne savais pas qu'il y avait un jour international du piano sinon j'aurais peut-être opté pour le 29 mars. Mais comme je n' ai pensé à faire un vrai suivi qu'au moment de mon anniversaire, soit le 7 avril, j'ai cherché une date qui soit marquante, du moins pour moi, mais autre que mon anniversaire quand même. Il y en avait une à ....disons, sinon exorciser, du moins rendre moins déprimante)

Et donc en réfléchissant, je me suis rendue compte que même en pop, rock et tout ça, mes groupes favoris étaient ceux qui intégraient un piano ou un clavier.

Et j'ai envie de  présenter quelques un de ces pianistes/ claviéristes incontournables pour moi (et même... ça sera en 2 parties, pour séparer le jazz, histoire de faire un énième sujet " polychromie musicale", tiens. Parce que bon Little Richard, Ray Charles, Stevie Wonder, Nina Simone... ils méritent un sujet spécial). Pas de pianistes classiques ici non plus, ce sera pour une autre fois, tiens, 3° sujet en vue.

Donc
on commence avec 5 anglais ( ce n'est pas un choix délibéré, mais le fait que ce sont surtout eux qui ont intégré le piano au rock) et un américain. Et comme ce sont des gens qui comptent pour ma culture musicale, évidemment, ils ne sont pas très récents.

Le plus " je suis fan, et je le resterai jusqu'à ma mort"

Donc évidemment, à tous seigneur tout honneur, qui dit piano et rock, dit mon chanteur favori depuis plus de 30 ans. Vous savez à quel point je kiffe l'ami Freddie et son groupe.
Ce n'est peut être pas le pianiste le plus pointu de la sélection, du moins lui-même ne se considérait pas comme un très bon pianiste (on est souvent mauvais juge pour soi-même) mais son expressivité me touche beaucoup.
Queen - You take my breath away (live) Première présentation de la chanson, qui n'était pas encore sortie sur album.


Hop petite sélection de passages de piano sur diverses chansons , j'adore l'intro de Seven seas of rhye, et White queen est trop méconnue du grand public alors que c'est une pépite. Je rajoute March of the black Queen, que j'aime aussi beaucoup même si le piano y est plus discret. (Et The Prophet Song est mon absolue favorite, même s'il n'y a pas de piano)
Allez Don't stop me now, parce qu'elle a été désignée "chanson la plus entraînante du monde"

Le plus " wow!". Jon Lord ( Deep Purple, Whitesnake, Paice, Ashton & Lord, The hoochie coochie men...)
Non seulement il a une solide formation classique, et ça s'entend (le gars était capable d'improviser du Bach en plein concert rock), mais pour moi la caractéristique essentielle du son de Deep Purple c'est Jon Lord.

Deep purple - Child in Time ( live). Les caméramen ont fait un travail démentiel et ont eu la bonne idée de filmer en gros plans les mains des musiciens. Donc pour moi voir jouer de près Jon Lord est très intéressant.


Burn (live) - voilà pourquoi je parlais d'impro " à la Bach"


Le plus multifacettes Rick Wakeman, surtout connu en tant que claviériste de Yes, mais excellent en solo aussi. Formation classique au Royal College of music. Et tout comme Jon Lord, j'aime beaucoup leur toucher, à la fois très dynamique mais aérien.


Yes - Roundabout (live 2017) Ca c'est pour ceux qui ne connaissent de ce groupe que Owner of a lonely Heart. Et c'est pourtant loin d'être leur composition la plus intéressante.


Le plus dingue: Keith Emerson. ELP est un de mes groupes favoris, parce que précisément c'est bizarre. Ce mec jouait parfois en coinçant des couteaux entre les touches de son piano.
Plus souvent aux claviers et au moog qu'au piano, certes mais... le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne s'interdisait pas de faire des trucs bien barrés.
Allez, on commence gentiment (et cette intro clavier et basse, j'adore): Knife Edge ( et non, malgré le titre ce n'est pas le morceau ou il poignarde son instrument)


Hoedown: dopage repéré, il a une bouteille de Bourgogne! ( j'aime bien cette vidéo parce qu'encore une fois, on voit bien ses mains, qui malheureusement ont fini par le trahir; syndrome du canal carpien aux deux mains, sans espoir de guérison. Ce qui a entraîné ou accentué une dépression à l'issue fatale)

Karn Evil 9: juste pour le plaisir de le voir jouer comme si de rien n'était sur une multitude de claviers placés tout autour de lui (comme Rick, d'ailleurs). Si on rajoute la gigantesque batterie de Carl Palmer, ce groupe déplaçait, sans exagérer, plusieurs tonnes de matériel pour chaque concert.


Le plus farfelu : Elton John. Forcément, je ne pouvais pas l'éviter, même si j'ai un sentiment mitigé à son égard. Je le considère comme un excellent pianiste (primé dès l'enfance de la Royal academy of music, et donc comme Jon Lord, de formation classique) et un excellent compositeur, mais qui pour moi a un peu galvaudé son talent avec des titres pas toujours passionnants. Ou plutôt comme souvent, ce sont les titres les moins intéressants qui ont été martelés par les radios, et.. il va falloir que je me pousse à écouter ses morceaux les plus confidentiels.
Your song (bon c'est connu, mais ça met bien en avant et le piano et la voix)

Allez, juste pur le plaisir, extrait de Tommy , en collaboration avec The Who. Rien que pour le bonnet orné d'une boule de flipper , les chaussures géantes et que parce c'est un excellent morceau dont il prend en charge la partie piano, sous forme de flipper pour le film, enthousiasmante.

Et une autre collaboration que j'aime beaucoup, avec T. Rex et Ringo Starr. c'est barré, j'adore!
Oui oui, Elton John + le batteur des Beatles + le chanteur et guitariste de T. Rex.
Children of the Revolution

Le plus inconnu ( et le plus chevelu aussi). Leon Russell, l'américain de la sélection je l'ai un peu évoqué en tant que porteur de chapeau, mais décidément il est trop ignoré par le grand public, donc, hop, il mérite d'être remis en avant.
D'ailleurs Rock est trop limitatif pour lui, il joue plutôt du blues, on peut aussi facilement trouver de la country.


Mais Leon et son chapeau ont aussi accompagné Joe Cocker, donc. Au piano, à l'orgue et à la guitare.

C'est dommage, il n'y a pas de femme dans cette petite sélection, apparemment les femmes pianistes de l'époque ne jouaient pas de rock. Assez peu de femmes jouaient du rock, mais il y avait quand même quelques guitaristes, et surtout des chanteuses.
Par contre un autre sujet arrive pour tout ce qui est blues, jazz, soul et là, il y a des femmes, et pas des moindres.
Hop, c'est parti pour l'opus 2 de la journée du piano ( hep, les amis, il y a une journée mondiale de la guitare le 18 octobre, et une journée internationale de la musique le 1° octobre, tombée dans l'oubli au profi du 21 juin)

jeudi 21 mars 2024

De la musique pour toute l'année : mars

 et ça repart ( oui, c'est nul)

Et pour le coup, ça repart très loin, on va au Brésil, écouter du portugais.
Là, je ne me suis pas creusé la tête, c'est une des chansons que j'avais en tête depuis le début. Un peu de jazz brésilien pour l'arrivée du printemps?

Aguas de Março - Elis Regis et Tom Jobim


Il y a une reprise en français sous le titre " les eaux de mars", qui en est vraiment le décalque au niveau des paroles et du tire, au moins c'est fidèle pour une fois.
Et c'est Georges Moustaki qui s'y colle.


dimanche 17 mars 2024

Polychromie musicale (12) - Nat King Cole

Ca commence à faire beaucoup de sujets musicaux, mais je vais quand même continuer à les lister!

17 mars, un autre anniversaire que je ne voulais pas louper, dans la continuation du mois dernier, c'est celui de Nathaniel "King" Cole, célèbre chanteur de jazz et de swing, mort bien trop jeune (à 45 ans, à une époque où on ne savait pas vraiment que cigarette, santé et chant ne font pas bon ménage). Dont je viens d'apprendre que le surnom de King vient du trio qu'il a fondé le "King Cole Trio ", nommé d'après une comptine.

the King Cole Trio,


Et quand je dis célèbre, c'est un euphémisme... on estime qu'il a vendu 50 millions de disques en 30 ans de carrière. Replacé dans le contexte des années 1940 à 1960, c'est un succès colossal, au point d'avoir une émission télévisé musicale à son nom, le Nat King Cole Show.
"On November 5, 1956, The Nat 'King' Cole Show debuted on NBC. The variety program was one of the first hosted by an African American."

Le programme n'a duré qu'un peu plus d'un an faut de sponsors, mais c'est quand même important de le signaler.

Et ce n'est pourtant pas en tant que chanteur qu'il a débuté mais en tant que pianiste, doté d'une réelle formation musicale comprenant autant Bach et Rachmaninoff que du jazz et du gospel.
Et apparemment il est aussi un des premiers à avoir enregistré des disques de jazz entièrement en espagnol qui ont fait un carton en Amérique latine autant qu'en Amérique du Nord, et des albums entiers de chants de Noël (misère, il a poussé une porte où beaucoup d'autres se sont depuis engouffrés!)
Il est également apparu dans des séries et films, soit en tant que figurant avec son trio, soit parce qu'il fallait un pianiste, des musiciens ou un chanteur dans telle ou telle scène, mais oui, c'est pas peu de dire qu'il était une vraie de vraie vedette. Et quelle voix, à la fois charmeuse et enjouée, drôle et sympathique! Le genre de voix qui vous remettent de bonne humeur en quelques instants en cas de coup de blues. Apparemment, il n'était pas trop sur qu'elle ait de l'intérêt la première fois où on lui a demandé de chanter, mais en fin de compte, sa qualité vocale a même fait oublier ses compétences de pianiste.

Et, évidemment qui dit être noir en Amérique dans les années 50 et avoir un succès populaire, dit aussi jalousies, campagne de dénigrement et même en 1956 une tentative d'enlèvement au motif qu'il a... posé en photo avec des admirateurs blancs et pire encore, des admiratrices blanches ( parce que oui, les femmes étaient des petites choses à protéger malgré elles d'actes aussi scandaleux que, au pif, d'aller à un concert et prendre une photo souvenir avec la vedette?). Qu'est-ce que cette attaque a entraîné? Le musicien qui jusqu'alors ne s'était pas engagé, ni exprimé ouvertement sur la ségrégation, qui n'avait jamais cherché l'affrontement s'est demandé pourquoi il avait été victime de cette agression absolument gratuite, a compris que même la neutralité politique ne mettait pas à l'abri du racisme, et est devenu militant. D'autant que la presse noire lui a reproché ce manque d'engagement et ses concerts pour le public blanc (puisque le public ne pouvait alors pas être mélangé), au point qu'un journal a imprimé qu"écouter ses disques, c'est soutenir ses idées traitres et sa manière de penser étroite", ouaip, carrément. Ces critiques hallucinantes sont citées ici.

Il parait que la musique adoucit les moeurs mais visiblement en 1956, même la musique était un champ de bataille où tout le monde était à couteaux tirés. C'est absurde. Dites, les gens, regardez les touches du piano, elles ne sont pas séparées les blanches d'un côté et les noires de l'autre, hein... on a besoin de toutes pour faire quelque chose d'intéressant, ce n'est pas un piano apartheid. Bande de... non je ne vais pas écrire de gros mot, mais je le pense très fort, libre à vous de choisir celui que vous préférez dans ce cas.

D'ailleurs je trouve assez intéressant de voir les pochettes de disques d'époque: même là, les personnages représentés sont peu mélangés et... on représente des blancs dansant, s'amusant ensemble ou s'embrassant et dans ce cas là, le plus souvent, l'artiste n'y figure pas. Ou alors à part, surtout pas au milieu des autres, même si c'est simplement un dessin de gens qui se promènent dans un parc, mais là, évolution! Il y a déjà timidement, des personnages blancs et noirs sur une même pochette. Incroyable!
Mais oui, curieusement sur beaucoup, l'artiste y est invisible, au profit de personnages quelconques. Ce n'est pas rare, dans les disques de mes parents, il y en a des paquets comme ça, mais c'est un concept qui m'a toujours paru étrange, remplacer l'auteur/ interprète, etc.. par un pinpin assis près d'une platine vinyle. C'est tellement anodin, anonyme et peu vendeur, on voit que la pochette n'était pas encore vraiment perçue comme support créatif qui doit attirer l'oeil pour donner envie d'écouter le disque.

Sur les autres, il est toujours représenté seul, ou en compagnie d'autres minorités, mais, et c'est à noter, dans des situations " de classe supérieure", dans un salon cossu avec des clubs de golf, d'une élégance impeccable assis à une table, en voyage avec des valises (la pochette " A mis amigos" me fait marrer, on dirait une publicité vintage pour une marque de valises ou une agence de voyages), en touriste sur un marché probablement bolivien. La seule pochette où il est représenté sur le même plan avec un blanc est un disque en duo avec George Shearing, pianiste anglais que je ne connais que de nom (mais qui aurait été de toute façon bien incapable de faire de la discrimination sur les apparences puisqu'il était aveugle de naissance).
Mais oui, il y a une évolution dans les années 50, le jazz, du moins un certain jazz, est devenu une musique " classe" (tant qu'on ne mélange pas les torchons et les serviettes, les musiciens qui rentrent par l'arrière-cour et le public, qui passe par la grande porte, on l'a vu avec Billie Holiday), ce n'est déjà plus seulement la musique de clubs louches, fréquenté par les mafieux, et joué par des gens musiciens le soir - ouvriers le jour. Ou plus probablement, c'est ce genre de jazz dansant, avec musique et voix suaves, qui a pu arriver jusque dans les grandes salles. Clairement pas celui aux paroles revendicatives ou racontant les difficiles conditions de vie des classes populaires.

Je me suis trouvé à écouter une série d'enregistrements chronologiques, l'éditeur ayant eu la bonne idée de les éditer par périodes, de 1936 à 1950, 14 CD, Mais voilà déjà de quoi écouter le premier, de 1936 à 1940  puis
1940 - 1941
1941-1943
1943 - 1944
1944- 1945
1945

1946
1946- 1947

1947 (partie 1)
1947 (partie 2)
1947 ( partie 3)
1947-1949
1949
1949-1950

Je vais fouiller ce site et pas qu'un peu, il y a du très bon :D

Et la proximité des dates aidant, entre le 14 et le 17 mars, j'étais un peu dépitée de voir que Radio France avait programmé il y a quelques années un concert entier de  Nat King Cole et l'orchestre de Quincy Jones, et que malheureusement il est maintenant inaccessible!
Mais quelques titres sont trouvables sur Youtube et donc cadeau, dans la droite ligne du précédent sujet.

The continental - Nat King Cole & the Quincy Jones Band , Paris 1960 ( audio seulement, mais il y a un photo où on le voit signer des autographes à des fans blancs et je me demande si c'est celle qui lui a causé beaucoup de problèmes)

et Blues in the Night, issu du même concert, où on entend Nat présenter son titre en français, et ça fait plaisir.

Et Route 66

Faut que je cherche si ce concert entier est trouvable quelque part.

Ha et je ne résiste pas, même si c'est super connu, à vous ajouter le duo impossible entre Natalie Cole, la fille de Nat, et son père.
Impossible car, il est mort en 1965 alors qu'elle avait 15 ans. Devenue adulte et elle aussi chanteuse professionnelle, elle a rendu un hommage absolument adorable à son père en chantant "avec lui" un duo virtuel, sur un de ses plus grands succès, qui est aussi devenu un de ses titres les plus marquants, à elle aussi. Situation étrange où le père et la fille chantent en duo... et ont à peu près le même âge, si elle n'est pas de fait, plus âgée que lui. La musique peut même rassembler des gens au delà du temps, et c'est magnifique.

Inoubliable, c'est le mot:



vendredi 15 mars 2024

Billie (Documentaire 2019)


Je continue très logiquement après le podcast sur Angela Davis par un documentaire sur Billie Holiday, chanteuse de jazz ultra célèbre des années 1930 qui fut aussi en son temps une militante des droits civiques. Et dont je constate que nous partageons la même date d'anniversaire , le 7 avril  soit dit en passant.
All of me, Summertime ( dans sa version la plus connue) et surtout la première interprète de Strange fruits, c'est elle.


Mais ce film n'est pas qu'un documentaire sur la carrière et la vie tragique de Billie Holiday, chanteuse talentueuse, mais hélas, femme à la vie personnelle extrêmement difficile qui s'est finie tragiquement à 44 ans, suite aux excès de drogues, d'alcool, aux mauvais traitements d'un son mari escroc qui l'a ruinée... Mais aussi sur la vie, l'enquête et la mort suspecte de Linda Kuehl, journaliste qui avait décidé dans les années 1960/70 de rédiger la première biographie de Billie, restée non publiée.
En effet, Linda est trouvée morte, supposément suicidée, ce à quoi sa famille n'accorde aucun crédit, avant d'avoir pu publier son livre. Ses années d'enquêtes et d'interviews l'ont amenée à entrer en contact avec des musiciens, collègues de Billie, à nouer une relation amicale ou sentimentale avec Count Basie alors sexagénaire, mais aussi à apprendre des informations dangereuses au sujet de gens peut recommandables, trempant dans le trafic de drogue, l'escroquerie, en lien avec la pègre. Que quelqu'un ait pensé qu'elle détenait des informations à son sujet, il était facile de la pousser par la fenêtre et de faire croire à un suicide.
Le film entier est construit autour de ce double portrait: la chanteuse des années 30 à la vie mouvementée entrainant involontairement, et bien après sa mort, la journaliste des années 1970 sur une pente dangereuse.
Constitué de photos, des bouts d'interviews audios menées par Linda (et absolument précieuses puisqu'elle a pu interroger un bon paquet des grands noms du jazz encore vivants à cette époque: Count Basie, Lester Young; Billy Eckstine), il reconstitue aussi la réalité de la vie des orchestres de jazz de l'époque, qui se déplaçaient en bus. Et des situations ubuesques causées par la ségrégation.

Lorsque Billie se déplaçait avec un orchestre noir, tout le monde était logé à la même enseigne et devait aller dormir dans un hôtel "pour noirs", mais lorsqu'elle tourne avec l'orchestre d'Artie Shaw, où elle est la seule noire... elle doit rester à dormir dans le bus quand tous les autres peuvent se loger à l'hôtel.
Un témoin de l'époque explique que le paradoxe était que la foule qui venait l'écouter pouvait passer par la grande porte... tandis que la chanteuse vedette devait passer par la porte de la cuisine pour rejoindre la salle, puisque le hall était interdit aux noirs. Les orchestres et les spectateurs étaient souvent plus ouverts d'esprit que les lieux organisant les concerts. Enfin, pour les spectateurs, il est quand même mentionné que lorsqu'elle chantait Strange fruit, chanson profondément réaliste et désespérante sur les lynchages, certains blancs quittaient la salle clamant "on est venus pour s'amuser, et ça, ce n'est pas une chanson drôle". Oui braves gens, ce que vous ressentez s'appelle de la mauvaise conscience.
J'ai beaucoup aimé l'anecdote du concert qui finit en bagarre généralisée, parce que quelqu'un s'est aventuré à manquer de respect à Billie lors d'un concert, et que l'orchestre prend le partie de sa chanteuse, Artie Shaw finissant par assommer un spectateur à coup de clarinette, et pour en arriver à cette extrémité, il faut vraiment ne pas avoir d'autre solution (aoutch, je souffre pour la clarinette, c'est fragile, le clétage d'un instrument à vent, ça peut se tordre sur une tête trop dure... mais non sans avoir fait du dégât quand même, c'est de l'ébène bien dense et du métal bien lourd)

Ce sont aussi les petites remarques " en passant" qui sont intéressantes. Faites rétrospectivement par certaines des vedettes de la grande époque, qui balancent sur les dessous des enregistrements, où les interprètes avaient peu de marge de manoeuvre: faits par des producteurs bancs, avec l'appui de critiques blancs qui donc décidaient de ce qui était bien ou pas, sans que les principaux intéressés aient leur mot à dire. L'un deux fait remarquer avec pas mal d'amertume que dans les années 30, ceux qui avaient été surnommés rois du jazz ou de la clarinette, c'étaient Benny Goodman ou Artie Shaw, donc les jazzmen blanc; que lorsque Tom Jones dans les années 1970 citait des artistes noirs comme influence, c'est bien de Tom Jones que la presse allait parler, sans que ses inspirateurs ne soient vraiment mis en avant, ou ne touchent un sou sur les reprises. Il n'a évidemment rien personnellement contre Goodman, Shaw ou Jones, mais contre la mainmise de certains sur la production musicale et ce depuis toujours, qui dicte les carrières et les insuccès des uns et des autres.


L'enregistrement en question date du début des années 1970, donc avant l'émergence de producteurs et managers influents tels Quincy Jones... qui a entraîné une autre mainmise, hein. L'ami Quincy ayant eu lui aussi une nette tendance à faire la pluie et le beau temps pour placer ses protégés devant tout le monde, mais bon.. on dira que c'est de bonne guerre. Et je l'avais dit l'an dernier il a fallu attendre le milieu des années 80 pour que ça évolue au niveau de la diffusion et que MTV présente 2 artistes noirs au milieu de tous les autres. 2, pas plus ( qu'à l'époque en Europe on percevait d'ailleurs comme " vedettes américaines ", sans se prendre la tête sur leur apparence). Avant que l'un des deux ne mette un fameux coup de pied dans la fourmilière dans les années 90 et ne change le rapport de force entre musiciens et maisons de disques, mais ça devient une autre histoire. Mais oui, le chemin a été putain de long, passez moi l'expression.

Donc ce n'est pas un documentaire  qui enjolive les choses et voir la chanteuse lors de ses dernières prestations, malade et usée par l'alcool et la came fait vraiment peine à voir.
Mais c'est un film que je conseille très largement et c'est ici que ça se trouve



jeudi 14 mars 2024

Polychromie Musicale (11) - Quincy Jones

Comme quoi ce challenge afro-américain me pousse à découvrir des choses et à élargir mes horizons, je n'aurais peut être pas pensé à écouter tout un podcast sur Quincy Jones sans ça. Disons que ce n'est pas forcément le premier nom qui me serait venu en tête, au moment de chercher quelque chose à écouter.
Aujourd'hui c'est son anniversaire et on va donc parler de cet incontournable de la musique des... peut-être pas 100 dernières années, mais presque puisque bon pied, bon oeil, il fête aujourd'hui ses 91 ans. Joyeux anniversaire Mister Q!

En fait, je ne dirais pas que je ne le connaissais pas, lui et son influence colossale sur la pop des années 1980 et suivantes, mais c'est surtout qu'à part une poignée de titres (les collaborations avec Frank Sinatra, Soul Bossa Nova, et les musiques de films évidemment!) c'est principalement en tant que producteur, découvreur de talents et chef d'orchestre que je le connaissais.

Pour ça, je n'avais pas tort, voilà le chef en pleine action!

Et donc j'avoue avoir découvert que sa spécialité était la trompette ( pour une obscure raison, je le pensais saxophoniste en fait). Apparemment, je ne suis pas la seule à le méconnaître, si j'en crois cet article ( "ce nom ne vous dit rien?", heu si, quand même!)

Et donc je me suis écouté tout ce podcast retraçant sa carrière, 20 épisodes de 11 à 18 minutes, c'est plutôt facile à caser.
Ici pas de longues explications, juste quelques jalons, abondamment illustrés musicalement, que ce soit de ses oeuvres ou des celles des gens avec qui il a collaboré.
Et quand un de tes meilleurs potes n'est autre que le grand Ray " The Genius", on peut dire que dès l'adolescence il s'est entouré des meilleurs ( les deux se sont rencontrés par hasard Quincy avait 14 ans et Ray 16 ans, donc oui, ça a été une amitié profonde et durable.. Ray a composé un morceau intitulé My buddy ( I love you Quincy), Quincy a composé un morceau intitulé The Ray)

Mais il n'a pas collaboré qu'avec Ray Charles, il a également travaillé avec Lionel Hampton, Count Basie, Duke Ellington , s'est fait piquer des ronds par Charlie Parker ( hé oui, il s'est fait rouler!)...
C'est d'ailleurs Ellington qui l'a poussé à composer des pièces plus ambitieuses pour orchestres symphoniques, et à construire des ponts entre les différents styles. Il ne se l'est pas fait dire deux fois, puisqu'il a vite intégré, au gré de ses rencontres, des influences caribéennes et latines au jazz, a composé des musiques de films, produits des artistes pop ou hip hop, sans pour autant renier ses origines be-bop et jazz.

D'ailleurs, dans la liste des morceaux proposés dans ce podcast, outre ceux de Quincy, je ne résiste pas à partager l'extraordinaire "Battle Royale" de Count Basie et Duke Ellington. Après le Prince du funk, après les Kings du blues et en attendant d'ici très peu un autre King (plus jazz cette fois) je continue à faire la tournée des têtes couronnées ( avec le grand duc et monsieur le comte, donc). En plus dans la distribution de ce titre , il y a un saxophoniste nommé Marshal Royal, c'est parfait
Ho que ça fait du bien aux oreilles ce genre de choses!

Mais aussi Dizzy Gillespie, Dinah Washington.. et de manière plus étonnante, Nadia Boulanger et Michel Legrand

On y apprend des trucs assez inattendus je dois reconnaître, par exemple que Dinah Washington était une excellente cuisinière dont la spécialité était les tripes.. et aussi qu'elle avait tendance à se marier et divorcer très rapidement. Ou que Ray Charles était capable de bricoler et réparer un poste de radio aussi bien que s'il avait vu. Que Charlie Parker n'était pas le type le plus honnête du monde lorsqu'il s'agissait de se procurer un joint.

Donc peu d'explications mais de la musique, de la musique et encore de la musique, c'est tout ce que je demande! Et je ne résiste pas à joindre "my buddy", en l'honneur de cette fabuleuse amitié. Ray Charles en 2001 devant Quincy profondément touché de cet hommage par son pote Ray ( et on voit brièvement George " deubeuliou" Bush dans les spectateurs, qui a l'air de s'ennuyer comme un rat mort, autant attendre d'un bulot qu'il comprenne quelque chose à l'amitié)


Et allez, profitons des oeuvres de Quincy compositeur, je ne peux pas éviter sa très festive Soul Bossa Nova ( 1962), son plus gros succès avec ses trombones " éléphantesques" ( et oui, avoir joué ce morceau en orchestre d'amateurs est un bon souvenir, je m'éclate avec ce genre de titres même si je ne joue pas de flûte ou de trombone)

Kingfish ( Lionel Hampton), ici avec une pochette signée du regretté Cabu


Grasshopper (la sauterelle, non pas à cause de l'insecte, mais d'un cocktail de ce nom, qu'il aimait bien). ambiance Big Band en 1955. C'est probablement de morceaux comme ça que je tenais l'idée erronée qu'il était saxophoniste
The pawnbroker (1963), musique de films où se sent l'influence des cours de Nadia Boulanger, la parenté avec Michel Legrand ( aussi ancien élève de N; Boulanger).. et une ambiance qui m'évoque carrément la musique du début du XX° siècles, j'y trouve des échos autant de Shéhérazade de Rimsky-Korsakov, de L'oiseau de feu de Stravinsky, que du prélude à l'après-midi d'un Faune de Debussy, ce qui n'est pas rien pour une musique de film et témoigne de sa maîtrise de l'orchestration classique. Il fait en fait partie du petit cercle de gens qui savaient prendre des influences partout pour peu qu'elles leur paraissent intéressantes à exploiter, et les adapter à leur style pour en faire leur propre pâte sonore. Ce qui le place, j'ose le dire, dans le même cercle que Leonard Bernstein* qui bien que musicien et compositeur classique a intégré le jazz et les musiques latines à ses compositions. Une vraie réussite.
(* j'ai écrit ça avant d'entendre le 19 épisode du podcast, où truc marrant, on apprend que Leonard Bernstein lui a envoyé une coupure de journal anglais chroniquant  "Quincy Jones est le Leonard Bernstein de la musique noire" annoté " Cher Q., j'aimerais bien être le le Quincy Jones de la musique blanche, signé Leonard". Si Leo lui-même le dit, c'est que mon point de vue était pertinent)

Il a aussi en commun avec d'autres grands compositeurs de musiques de film ( John Williams, Lalo Schifrin, Ennio Morricone, Nino Rota, Danny Elfman, Philip Glass, Joe Hisaishi..) le fait que la musique est essentielle au film dont elle soutient l'action ( le film serait moins réussi sans elle), mais aussi la conscience qu'elle doit pouvoir être écoutée et appréciée même par les gens qui n'ont pas vu le film, sous forme de suite orchestrale.

In the Heat of the Night ( 1967).. je disais que la musique doit pouvoir être appréciée indépendamment du film.. ça peut être aussi sous forme de chanson de Ray Charles, hooo que ça fait du bien aux oreilles! En même temps quand ton meilleur pote est l'un des meilleurs chanteurs et pianistes de l'époque, autant collaborer.

Ironside (1971): Le gars est capable de faire ça pour un simple générique de série TV ( l'homme de fer), c'est dire s'il a pris le travail au sérieux, hooo cette ligne de basse et ce solo de saxo, un bonheur! Je ne me souviens plus vraiment du détail de la série - si ce n'est dans ma mémoire que ça avait été diffusé dans les années 80, que ma tante, grande fan de série policières, n'en ratait pas un épisode, et rétrospectivement, je pense que c'est une des premières séries dont le personnage principal était handicapé.


Summer in the City ( 1973). J'ai du mal à le situer... cool jazz peut être? La partie d'orgue hammond me paraît avoir pas mal inspiré Riders on the Storm des Doors. C'est une reprise d'un titre de 1966, mais réarrangé à la sauce Quicy

Et à l'écoute de tout ça je me rends compte qu'imperceptiblement, il a fait partie de ma culture musicale, sans que je sache forcément que c'était lui qui était aux manettes que ce soit pour ses arrangements, son travail avec Frank Sinatra ( Fly me to the moon était le plus marquant, mais pas le seul), ses musiques de films, de séries (Je palais de l'Homme de fer dans les années 80, et dans les années 90, j'étais au collège lors de la diffusion du Prince de Bel Air) et évidemment, c'est lui qui a propulsé Michael Jackson sur le devant de la scène en solo et le succès d'Off the Wall doit autant à l'interprète qu'à son compositeur. Je surkiffe Don't stop till you get enough, forcément, une section cuivres pareille, c'est jouissif! Et donc Michael Jackson ET Will Smith n'auraient pas eu la carrière qu'on sait sans lui... (du moins la carrière d'acteur pour le second, qui serait peut-être resté cantonné à la scène rap)
Donc oui, il faisait partie de ma culture musicale, plus que je ne le pensais en fait. Et c'est donc un nouveau nom sur ma liste d'écoutes systématiques.

Et voilà de quoi commencer, une émission spéciale de RTL dédiée à ses musiques de films.
Et deux fois 2h00 sur France musique, consacrées à sa carrière de musicien et  producteur (partie 1) et à ses musiques de films ( partie 2)
Et je dois avouer que je ne serais pas contre une programmation de ses titres à jouer en orchestre, il faudra le suggérer au chef d'orchestre...
En dehors du mois officiel, mais il y a des anniversaires et des dates à ne pas rater en mars et Avril


vendredi 8 mars 2024

Qui a peur d'Angela Davis? ( Podcast 2023)

 Entre mois de l'histoire Afro- américaine et mise en avant des luttes féministes en mars, voilà un podcast évoquant Angela Davis, ses engagements sociaux et politiques. Le programme date de l'été dernier et je l'ai écouté à ce moment là, j'espère donc qu'il est encore accessible et le restera quelques temps. apparemment oui, je vois que les archives de cette série de podcasts sont encore accessible sur plusieurs années


C'est ici: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-qui-a-peur-d-angela-davis

Mais donc, c'est un programme très intéressant, et passablement enrageant, non parce qu'il serait mal fait, mais parce qu'au contraire, il donne véritablement à ressentir le traitement injuste vécu par Angela et ses concitoyens dans les années 60/70 et même encore après.
Et encore, Angela est née dans une ville défavorisée d'un état profondément raciste, mais dans une famille de classe moyenne, elle a pu faire des études jusqu'à devenir professeur d'université, en dépit des difficulté. Nombre de ses camarades d'enfance, issus de familles pauvres, ouvrières, n'ont pas eu cette option.
Au travers de son parcours, c'est aussi la fin de la ségrégation qui est évoqué, fin " politique", mais qui a perduré dans les têtes. Je vous ai déjà parlé plusieurs fois ce cette révélation particulièrement choquante de l'existence de médias "noirs " et "blancs" jusqu'au début des années 1980 au moins.
Et pourquoi pour moi, d'un point de vue de française, biberonnée au jazz et au blues, c'était inconcevable hors d'un pays comme, disons l'Afrique du Sud de la même époque, où là, oui, je savais que ça existait encore, que c'était suprêmement con, mais que ça existait. Et je peux même vous dire qu'en 1991, j'étais au collège et que des 1989, les profs d'histoire nous parlaient de l'arrive au pouvoir de De Klerk, puis de la libération de Mandela comme d'un événement majeur qui annonçait un très grand changement...
Donc ben voilà, je savais les USA un peu beaucoup rétrogrades, mais jamais au grand jamais, les mêmes profs d'histoire ne nous avait dit que finalement la situation n'était pas franchement plus avancée qu'en Afrique du Sud. Probablement parce que les USA ont gagné du crédit mondialement à la fin de la guerre froide et qu'on a volontairement ou inconsciemment, occulté tout ce qui n'allait pas.

Force est de constater que les luttes sociales, de toutes sortes n'y sont pas finies, tant on a l'impression qu'une avancée d'un côté est immédiatement suivie d'un recul par ailleurs (je pense en particulier aux dramatiques reculs de la santé, de la culture, de l'éducation, des droits des femmes...)
En tout cas j'ai appris qu'Angela Davis a écrit un essai sur le blues et le féminisme, mettant en avant les chanteuses et musiciennes de blues, et c'est pas peu de me dire que ça me tente beaucoup, autant d'ailleurs que ses mémoires.