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mardi 20 octobre 2026

Ancolie - Salomé Lahoche (BD 2025)

 Evidemment, quand je traite les retours à la bibliothèque, et qu'une BD qui parle de sorcières me passe dans les mains et qu'on est en octobre, évidemment, il faut qu'elle fasse un détour chez moi avant de rejoindre son étagère d'origine.

Je n'en avais jamais entendu parler et donc je n'avais pas spécialement d'attente, mais le résultat est mitigé: plutôt sympa et même assez drôle mais les 6 dernières pages sont loupées.




Loupées dans le sens " y'a pas de fin". Ca se termine sur de grandes planches style trip aux acides, mais on n'aura pas le fin mot de l'histoire, au point que je suis allée chercher si c'est moi qui avait zappé quelque chose, ou s'il y avait un tome 2 quelques part.

Eeeet non, pas de second tome, et cette perplexité, je l'ai retrouvé dans d'autres avis de lecteurs.

Pourtant ça commençait bien: ce n'est pas une BD jeunesse, Ancolie est une sorcière plutôt punk, doté d'un sale caractère, qui passe ses nuits en boîte, picole à qui mieux-mieux, s'est tapé la moitié de sa ville ( hommes, femmes, moldus comme créatures magiques), se bagarre souvent et met le waï à peu près partout où elle passe.
Elle est aussi insupportable, caractérielle, n'hésite pas a ensorceler la nouvelle copine de son ex ( qu'elle déteste et a pourtant poignardé la semaine passée.. mais pas de problème, c'est un vampire, il est immortel!) 
Mais surtout, Ancolie, qui a pourtant déjà 360 ans, est irresponsable, ne se remet jamais en question, est la pire amie possible c'est à se demander comment elle fait pour avoir encore 3 copines qui ne l'ont pas encore laissée tomber: Claude et Macha les sorcières et Mireille la fantôme ,et un familier, Michel, un crapaud parlant qui apprend l'espagnol. Il y a aussi Loïc et Gwendal, alias Draculec, les vampires bretons ( la transformation de Loïc est tout sauf glorieuse: il a été vampirisé, il ne sait pas trop comment ni par qui, à la foire à l'andouille de Guéméné, un soir de beuverie au chouchen. Comme c'est nul pour draguer, y compris les immortelles, il prétend que ça s'est passé lors d'un concert de Nirvana, par Kurt Cobain lui-même)
Et là, c'en est trop: le conseil annuel des sorcières a décidé que, si poignarder un vampire, ça va encore, mais ensorceler une moldue par pure méchanceté, c'est contraire à leur éthique. Ancolie qui a un passif de petite délinquante ( tapage, vol sur balai en état d'ivresse...) a trop aggravé son cas: si elle ne fait pas une action magique pour le bien commun, dans un an jour pour jour, elle perdra ses pouvoirs et que va-t-il arriver lorsqu'on a 360 ans et plus de pouvoir magiques pour rester jeune et vivante?
Bingo, dans un an, elle mourra, instantanément rattrapée par le temps.  De plus ses copines, lassées de devoir rattraper ses conneries depuis plus de 300 ans l'ont laissée tomber avant de savoir que cette fois, c'est vraiment sérieux.
Pensez-vous qu'Ancolie va réagir, et enfin se bouger le cul? Non, elle ne dit rien de sa sentence, et passe les 11 moins suivants à se saouler la gueule parce qu'elle préfère encore mourir que faire la moindre action bénéfique aux humains qu'elle considère tous comme indignes de la moindre compassion. C'est une remarque de Mireille la fantôme "bah être morte c'est pas si mal et vu comme tu vis, ça ne te changera pas beaucoup", qu'elle va enfin sortir de sa léthargie, et .. enfin, surtout, mobiliser les autres pour la sortir de la panade.

Ce n'est pas la BD du siècle, mais le côté punk, une héroïne parfaitement détestable, un monde magique qui se la raconte mais es un ramassis de fêtards, pire qu'une fête de carabins, les petits détails absurdes son bien sympas.

Du moins jusqu'au 4 dernières planches qui ne conclue rien, je suis obligée de la dire. Et ça c'est hyper décevant. ancolie n'évolue pas, reste toujours fidèle à elle-même et à sa paresse, mais on ne saura pas si elle sauve sa peau (ou plutôt si ses copines lui sauvent une énième fois la eau), si le sortilège qui doit impressionner le conseil des sorcières fonctionne ou si simplement la terre entière se retrouve dans un trip aux acides géant et infini, est-ce qu'Ancolie va enfin évoluer et devenir un peu responsable, ou recevoir sa sentence et être instantanément transformée en vieille momie desséchée?
C'est frustrant. 
Donc une curiosité, mais j'ai presque l'impression que l'autrice a passé tellement de temps a développer ses situations absurdes qu'elle n'a pas su vraiment conclure son histoire. Dommage parce que le côté punk et indéfendable du personnage central est quand même assez drôle.
Loin d'être un coup de coeur, donc...

lundi 5 octobre 2026

Coeur Double (1) - Marcel Schwob

 Comme je manque de temps pour lire en ce moment, j'ai cherché de la littérature audio que je puisse écouter facilement, en préparant le diner, en m'occupant de la lessive, en sortant le chien, en faisant du vélo d'appartement, etc...

Je suis tombée sur ce site, et j'y ai évidemment cherché des choses pour le mois halloween... Nouvelles... fantastique... Tiens Marcel Schwob, je connais de nom, mais je ne savais pas que c'était un auteur fantastique.
Et apparemment si, de la même époque et de la même veine que Théophile Gautier, avec un goût pour l'humour noir et le sarcasme, allez, c'est vendu, ça peut être pas mal.

Alors, oui pas mal, mais ce n'est, disons le d'emblée, pas du niveau de Gautier. Mais ça se laisse lire, ou écouter avec intérêt.

Donc Coeur Double, un recueil de 18 nouvelles, mais, comme elles ont été enregistrées séparément, on peut les écouter peu à peu, sans avoir a écouter d'une traite  plus de 4h00 d'enregistrement.
Comme il s'agit d'un site participatif, les lecteurs sont des amateurs, et non des acteurs spécialisés dans la lecture audio. Donc c'est parfois une bonne pioche, parfois moins, et un même tome peut être lu par divers lecteurs. en l'occurrence malheureusement le principal lecteur est un vieux monsieur qui, s'il a la plupart du temps une bonne expressivité, a un accent régional que j'ai du mal à comprendre, et une articulation pas toujours au top, rendant l'écoute parfois dure à suivre. Mais bon, c'est un volontaire qui a pris de son temps pour participer à un projet ambitieux et c'est déjà très cool ( pour ma part, je n'aurais pas fait mieux, avec mon accent provençal chelou, et mon inexpressivité totale: je lis tout, absolument tout  d'une voix neutre et sans émotion, comme si je présentais le JT, un reportage sur la vie des limaces, la météo ou les kilomètres de bouchons sur la route. Quand je parle ça va, mais en lecture je suis le degré zéro de l'expressivité!)

Pour simplifier ça, je vais en faire 3 sujets, 6 nouvelles à chaque fois, dans le (dés)ordre où je les ai écoutées, c'est bien, ça va nous occuper 3 semaines.

je n'ai pas trouvé le nom du peintre, ça vient simplement du site de littérature audio pour illustrer la nouvelle " les striges"


- Les striges: à l'époque romaine, à la fin d'un banquet décadent, le maître de maison pris d'une humeur macabre, raconte comment des années auparavant, il a été témoin de l'attaque des striges sur un cadavre, lors d'une veillée funèbre. Les striges sont des créatures fantastiques antiques, mi sorcières, mi monstres, à l'allure de rapaces, nécrophages. Elles endorment les vivants lors des veillées funèbres, qui à leur réveil, ne peuvent que constater les dégâts sur le corps du mort, becqueté et vidé de ses organes internes, seule en  reste la peau, bourrée de paille.

- Le sabot: un jour de Toussaint, sur une route , une petite fille perdue, errante, miséreuse, rencontre le diable. Celui-ci lui jette un sort qui lui fait voir quelle sera sa vie future: adoptée par une famille de pêcheurs du genre Thénardier, elle va être leur esclave, puis mariée de force à l'un de leurs fils alcoolique et violent, c'est réellement une vie de merde qui l'attend. Lorsqu'elle a vu les misères qui vont être son lot, il lui donne le choix: le suivre et échapper à cette vie horrible, ou refuser le pacte et suivre ce destin. Si c'est l'enfer qui l'attend sur terre, autant en finir de suite et suivre le diable! Oui mais c'est la Toussaint, et les saints sont... tous là, pour veiller au grain et lui proposer une troisième solution ( pas forcément plus réjouissante en fait)

- Les trois gabelous: trois gabelous (ici, des douaniers chargés de surveiller la contrebande, pas les collecteurs d'impôts sur le sel) de la côte bretonne sont une nuit, témoins de l'arrivée très discrète d'un bateau, qu'ils prennent évidemment pour un bateau de contrebandiers. Mais certains détails sont étranges: le bateau est d'un modèle dépassé, les marins sont vêtus " à l'espagnole", mais à l'espagnole de plusieurs siècles auparavant, et munis d'arquebuses et de dagues... au XIX° siècle.  Chose encore plus étrange, ils débarquent des caisses, dans le plus grand silence, alors que leurs armes auraient dû émettre au moins des tintements. Et disparaissent soudain, ne laissant sur la grève qu'une pièce d'or, qui n'a plus cours. Les douaniers, voyant le galion au loin décident de le prendre en chasse dans leur coque de noix, sans vraiment se rendre compte qu'ils suivent un bateau fantôme. Lorsqu'une bouteille de ce qu'ils pensent être du rhum leur parvient dans le sillage du navire, ils ne trouvent rien de mieux que de la boire. Comment dire que boire le contenu d'une bouteille abandonnée par des fantômes est une très mais alors très mauvaise idée?

- Le train 081: Un mécanicien retraité du PLM raconte ce qui lui est arrivé le 22 septembre 1865. Il parcourait inlassablement le trajet entre Paris et Marseille et inversement sur sa machine diabolique filant à tout berzingue dans la campagne :"nous marchions à 65 à l'heure, une bonne vitesse" (oui au XXI° siècle, c'est cocasse de se dire qu'il y a un siècle et demi, c'était réellement rapide, alors qu'on fait maintenant Avignon-Paris en 2h45). Mais voilà qu'une épidémie de choléra se répand en France, arrivé par bâteau à Marseille. Et que faire, alors qu'il n'y a pas de moyens pour les passagers de prévenir le conducteur, pas de freinage d'urgence.. si un passager déclare la maladie et meurt à bord, on ne le trouvera qu'à l'arrivée, et il aura eu le temps de contaminer les autres. C'est dans cette ambiance angoissante qu'il a vu la nuit vers Dijon, un train fantôme, ou plutôt, un train miroir du sien. Il est sur le 180, il voit sur la voie parallèle le 081, dont le mécanicien font exactement les même gestes que lui, comme un reflet. On dit que rencontrer son Doppelgänger est un mauvais présage, mais c'est aussi le cas si ce Doppelgänger est un train!
Assez inécoutable, je dois le signaler, car le lecteur a enregistré probablement avec un gros rhume et renifle tant et plus.

-Spiritisme: un narrateur relate comment il a été un jour invité par un gars de sa connaissance au nom de spirite assez ridicule de "Monsieur Médium" à une séance de spiritisme. Le narrateur, bien que l'on soit en 1891, veut absolument parler à des célébrités mortes depuis des lustres, rien n'a changé. Par contre, c'est le type qui a clairement les nerfs les plus solides de la terre.. ou qui est le moins crédule, puisque la manière dont il raconte ça laisse à penser qu'il considère que le médium est moins un voyant qu'un adepte de l'absinthe en plein délire. En tout cas il raconte ça de manière très narquoise.

- Le squelette: un autre narrateur, ou peut être le même, raconte cette fois son expérience d'une nuit dans un hôtel hanté. alors que tout se passe normalement, il voit apparaître devant lui Tom, un type de sa connaissance dont il n'avait plus de nouvelles depuis plus d'un an. Il le reconnait de suite, de manière étonnante, car Tom est... un squelette. Tom est venu lui demander pourquoi il n'est pas venu à l'invitation à son enterrement, puis commence à se plaindre de sa condition de revenant: le cimetière est trop humide et ça lui donne des rhumatismes, le cercueil n'est pas confortable, puis il s'est dégarni ces derniers temps, et on doit faire tourner des tables, et on doit faire grincer des chaînes, être mort c'est pas une vie! Alors que le narrateur se dit que Tom le squelette est bien plus sympathique que Tom le vivant ne l'a jamais été. Tom était un arnaqueur, homme d'affaire louche, tricheur aux cartes, voleur avec un goût prononcé pour la bagarre au couteau. Bref, une sale type. Et le narrateur est bien embêté de voir Le fantôme de Tom redevenir de minute en minute celui qu'il a été, voler tout ce qu'il peut dans la chambre d'hôtel.  Un bandit fantôme, il ne manquait que ça!

Rendez vous la semaine prochaine pour 6 autres nouvelles.

samedi 3 octobre 2026

Jurassic Park ( film fantastique / SF 1993)

 Je l'avais dit, un petit " in Memoriam Sam Neill " s'imposait. Au départ j'aurais vraiment voulu revoir la mini série Merlin, parfaite pour Halloween, les légendes la magie, l'enchanteur tout ça, mais je ne suis pas sûre de la trouver avant la fin du mois.

Donc va pour le film qui en a fait une vedette internationale.


Alors oui, ce n'est pas à proprement parler un film " de trouille", mais il en reprend tous les codes, avec plus de budget: petit groupes d'individus disparates, liés par le hasard, huis-clos sur une île isolée dont il est impossible de s'enfuir à cause de l'éloignement et des conditions météo, millionnaire qui joue au démiurge sans se soucier des conséquences (et en créant des hybrides, ça ressemble quand même beaucoup au Dr Moreau, ça!), gros monstres affamés, pleins de griffes et de dents, qui ont très envie de goûter à la viande d'humains... Et dans ce registre de jeu de massacre, il est très efficace, précisément parce qu'il prend le temps d'installer son action, de montrer qui sont ses héros leur vie et leur travail quotidien avant de les plonger dans une situation qui tourne au cauchemar survival; parce que les personnages centraux sont assez peu nombreux: Hammond, le millionnaire, le couple de scientifiques, les deux sales gosses, Malcolm le mathématicien ( dont on se demande un peu ce qu'il fait là, en fait!) , l'avocat, le traitre, et quelques scientifiques figurants du parc , qui feront de parfaites premières victimes. Donc, c'est assez facile à suivre, et on peut prendre les paris sur "qui va mourir en premier" ( Bon, pas Samuel L Jackson, lui c'est un second rôle de luxe quand même, on ne l'a pas engagé pour tuer son personnage après 10 minutes! Mais j'avais totalement oublié qu'il faisait partie de ce casting assez incroyable)

Donc, je ne l'avais pas revu depuis sa sortie, et j'ai kiffé le revoir parce qu'il est avant tout très FUN! Et sans être trop n'imp' niveau science. Enfin, passé le fait mille fois débunké depuis qu'on puisse recréer des dinosaures avec de l'ADN trouvé dans un estomac de moustique fossilisé. Au mieux tu obtiendrais un moustique jurassique, au pire un hybride d'un dinosaure en particulier et de moustique. Ce qui est à peu près aussi crédible que... tout à fait au hasard, un scientifique qui inventerait une machine à téléporter et fusionnerait par accident avec une mouche, je dis ça comme ça et sans viser personne :D

Ce sur quoi j'avais tiqué à l'époque est toujours ce sur quoi je tique. 

Donc commençons par les poncifs ou imprécisions qui me gonflent (dans tous les films en général):

- La nana qui veut absolument un enfant alors que son mec n'en veut pas => bon ben, vous avez des objectifs de vie trop différents, rompez et restez amis, ou collègues de travail, mais arrête de lui casser les oreilles plusieurs fois par jour avec tes allusions pas discrètes aux enfants. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, tu le saoules et toute la salle de cinéma en même temps. 
C'est rarement l'inverse d'ailleurs, un gars qui veut des enfants et une femme qui n'en veut pas. Et ça me gave précisément parce qu'Ellie est, pour une fois, un personnage de femme scientifique, compétente, courageuse, intéressante, MAIS que le scénario s'escrime à la renvoyer à l'image attendue des femmes qui, dans le fond, ne seraient pas complètes sans cocher la case maternité. Ca insinue qu'on ne peut pas avoir de personnage de femme accomplie sans ça. Et donc, on renvoie encore, une fois de plus, les femmes dans les cordes de la maternité comme seul horizon valide. Ce ne serait pas aussi pénible si le cinéma offrait d'autres portraits de femmes, or, en général, celles qui ne sont pas franchement branchés par ça.. peuvent mourir avant la fin du film, vu qu'elles n'ont pas de famille et que personne ne les regrettera (même Ellen Ripley dans Aliens se retrouve à devoir jouer les mères de substitution pour une gamine dont le scénario se serait bien passé)

- Le traître qui est forcément un cliché sur pattes. Le gros. Le nerd. Le faignant. Le vénal. Le ridicule. Le puéril. Ca fait un peu trop pour en faire un "méchant" vraiment intéressant. 
Et puis forcément ce genre de méchant est un peu moche et ringard, au côté des héros forcément charismatiques ( parce que quand le méchant est beau et intelligent, il meurt à la fin et dignement avec passage de rédemption où il reconnait ses erreurs)

- Le vague triangle amoureux (mais pour une fois, le troisième larron se prend les pieds dans le tapis  avec sa drague un peu lourde MAIS n'insiste pas. Bon point pour toi, Ian. Un peu relou, mais pas irrespectueux!) dont on voit à des kilomètres que ça ne marchera pas parce que Ian fanfaronne et surtout drague une femme qui n'a absolument aucun point commun avec lui. Là on sent bien que c'est le rebondissement obligatoire, rentré au chausse-pied dans le scénario parce qu'il faut un suspense du style " va-t-elle quitter son mec pour l'autre?" ( mauvais plan, il dit lui même être plus doué pour le divorce que pour le mariage). Or là, ça tombe à plat. On est là pour les monstres, pas pour écouter un personnage se plaindre que son mars ne veut pas d'enfant, et l'autre énumérer ses échecs matrimoniaux pendant que le troisième essaye d'éviter tout ce qui a 2 pattes, veut tout le temps manger et cause des dégâts partout  (enfants ou raptors, c'est du pareil au même. Je te soutiens Alan, je te soutiens!)

-Les gosses insupportables et qui en plus sauvent la mise à tout le monde en même temps qu'il mettent tout le monde en danger ( enfin, surtout Alex). Mais qu'est ce que ça me saoule le cliché du gosse qui est une petite tête à claque, fait n'importe quoi ( éteignez cette foutue lampe et restez planqués au lieu d'aller chercher les autres, z'avez jamais vu un film d'horreur, sans dec!), mais s'avère être un génie de l'informatique capable de trouver la solution à un code secret sur lequel tous les adultes se cassent les dents depuis la moitié du film parce que " ha, mais ça ressemble à un de mes jeux vidéo". 
Bon point: le nerd des jeux vidéos est une fille. Mauvais point : elle gueule sans cesse, ce qui est le meilleur moyen d'attirer les ennemis. Très mauvais point: comme c'est un enfant, elle et son frère s'en sortent toujours par la magie du TGCS ( Ta gueule, c'est le scénario): on ne mange pas un enfant, si c'est un des personnages principaux. Ce serait plus crédible de dire " le T-rex, n'en veut pas c'est une trop petit proie, y'a rien à manger là-dessus, à la limite les deux ensemble ça lui ferait 2 biscuits apéro". Ha le petit génie de 12 ans qui se la pète face aux gens qui ont un doctorat dans le domaine, c'est un de mes clichés les plus détestés.

- Accessoirement le mec qui se lance dans une entreprise super hasardeuse, où il y a déjà eu un accident mortel, au point que ses sponsors menacent de le lâcher s'il ne renforce pas la sécurité, et qui trouve que c'est une excellente idée de tester le concept ni fait ni à faire sur sa propre famille. Il mérite le trophée du grand-père de l'année, John!

Et il y a le poncif spécial "nerd de la préhistoire", enfin, plusieurs...
- L'équipe qui dégage un squelette parfaitement préservé  avec de simples pinceaux, parce qu'il est en gros à 2cms sous le sable. Si c'était le cas, il n'y aurait pas besoin d'engins de chantiers de toute taille. Ce qu'on dégage est de la roche prise dans de la roche. Si c'était du sable facile à dégager, ton squelette serait 
1- en très mauvais état. 
2 - visible depuis des lustres. Les rares cas où ça arrive, c'est un os qui émerge, mais quand même bien pris dans de la roche, souvent suite à un glissement de terrain qui jusque là le protégeait. Si seulement c'était aussi facile de trouver et dégager un fossile, tout le monde le ferait (et bon courage pour le trouver sous des mètres de roche grâce à un détecteur ou je ne sais quoi, les gars, ce sont des os pétrifiés, donc de la roche dans de la roche, je me tue à vous le dire. Il n'avait pas un squelette en métal que je sache!)

- Les raptors . Et la griffe de raptor. P'tain, Alan, tu est paléontologue, tu es supposé connaître ton job. Ce que tu tiens à la main, pour menacer un sale gosse de l'éventrer avec, c'est une griffe de Deinonychus ( Bon, faute à moitié pardonnée, c'est Michael Crichton qui a fait ce choix dans son roman parce qu'il préférait le terme Velociraptor... Mais ça aurait été marrant d'entendre tout le monde galérer à prononcer "Deinonychus") . Il fait 3,5 m de long pour un bon mètre de haut, il arrive à la taille d'un humain moyen, et on le connait depuis 1969.
oui, il a une gueule étrange, comme un jeune allosaure ( là ça aurait pu coller, l'allosaure était vraiment du jurassique, lui). et il me fait peine avec ses papattes qui semblent cassées, mais sur les livres de l'époque, on le représentait avec ces pattes bizarrement pliées façon... zombie


 Le vélociraptor faisait 1m50 de long et 75 cms de haut.
Ca, c'est un vélociraptor, par le paléoartiste Frederic Wierum. Oui on dirait un oiseau en colère, il fait moins peur, mais je le trouve super classe! Allez lui dire en face que c'est juste un gros dindon!

Et au fait en latin, raptor, ça veut dire " voleur", et non rapace. Rapace en dérive, on suppose parce qu'il " vole" les lapins dans les champs. 
Gigantoraptor = voleur géant, microraptor = voleur minuscule

- Les vélociraptors de l'histoire sont encore plus gros, donc ce pourrait être des Utahraptors... qui étaient inconnus au moment de l'écriture du scénario. Pas d'bol, la réalité a rattrapé la fiction, mais trop tard. Mais l'explication que j'ai trouvée est savoureuse et pour le coup, bien plus logique et liée à ce que je vais rajouter plus loin sur les effets spéciaux: le raptor était un costume manipulé par un marionnettiste caché à l'intérieur, il devait donc obligatoirement être plus grand qu'un humain adulte. Si c'était pour éviter des images de synthèse hasardeuses des années1990, tant mieux, vous auriez même pu les rendre encore plus grands!

- Tyrannosaure, vélociraptor, Deinonychus, Tricératops, Parasaurolophus.. tout ça, ce sont des bestioles du crétacé. Le bouquin aurait dû s'appeler " Crétacéparc". Le brachiosaure et le dilophosaure (d'ailleurs trop petit, pour une fois que ce n'est pas l'inverse) sont valides pour un parc sur le jurassique. Solution: tu l'appelles le Mésozoo, et tu peux y mettre des bestioles du Trias au Crétacé.

Et maintenant les bons points ( outre la musique de John williams qui est excellemment épique)

- J'lai dit,  et je l'redis, il va à l'essentiel: pas trop de personnages ( donc on a le temps de s'inquiéter un peu pour chacun, enfin, sauf pour Denis, qui ne meurt pas assez vite), action resserrée, présentation intelligente des lieux ( pas besoin d 'en faire des caisses pour qu'on comprenne à quel point le plus gros problème ET avantage d'Isla Nublar est son isolement.  Un hélico qui galère à se poser et un bateau qui doit partir avant la tempête suffisent à faire ressentir que sur une île loin du continent, le moindre pépin peut prendre une ampleur catastrophique . Pareil pour la mise en scène qui en 1993 savait encore que l'angoisse vient moins d'un gros montre rugissant que d'une immense pièce silencieuse montrée en plan large mais dont on ne voit pas tous les recoins; qui ne sacrifiait pas ces moments à trop de musique ou de jumpscares téléphonés. Ce n'est pas souvent avec Spielberg, mais il a fait preuve d'une sobriété de mise en scène plus efficace que toutes les grosses démonstrations. Sobriété = efficacité narrative!

- Les décors naturels et les effets spéciaux, les deux vont ensemble. Les dinos étaient à peu près conformes au consensus scientifique de l'époque ( y compris les raptors sans plumes avec leurs pattes avant dans le mauvais sens!), hormis quelques modifications " cosmétiques" de taille ou de collerettes à l'existence invérifiables. Et comme il s'agissait en 1993 de marionnettes et d'animatroniques, une technique aboutie et parfaitement éprouvée, depuis Ray Harryhausen, elle a bien vieilli même plus de 30 ans après. C'est même un paradoxe savoureux que la technique la plus ancienne ai mieux vieilli que les séquences d'informatique avec Denis ou Alex, pourtant le top niveau de l'époque.. qui on pris un très sale coup de vieux avec l'évolution phénoménale de l'informatique. La technique qui a plus de 100 ans d'âge paraît moins datée que l'informatique qui 30 ans plus tard à l'air préhistorique! Et les décors naturels, ben.. ça m'a frappée. Les films récents sont souvent sombre, avec une colorimétrie très neutre. Les effets spéciaux sur fond bleu ou vert n'ont pas le relief des marionnettes et les paysages incrustés sur les mêmes fond n'ont pas l'ampleur des paysages naturels. L'immersion est beaucoup plus forte que dans bien des films plus récents qui abusent du fond vert pour probablement économiser sur les décors et le tournage en extérieur.

- La distribution: Tout le monde s'amuse et ça se voit. Les personnages sont super réussis et interprétés.
Jeff Goldblum en tête, qui se régale à rendre son personnage à la fois relou mais super attachant, avec ses phrases à l'emporte-pièce, souvent orgueilleuses mais pleines de bon sens dans le contexte. Ian Malcolm, c'est tellement ton pote qui se la raconte parfois un peu trop, mais qui te sort LA phrase sortie de nulle part, à hurler de rire, sur un ton détaché. Et qui ne manque pas d'autodérision. La neurodivergence est forte chez cet homme!
Point bonus pour le décalage entre l'assurance du personnage et le fait qu'il soit hors-jeu  dès que l'action s'intensifie, à devoir attendre, blessé dans une pièce fermée, que les autres sauvent tout le monde. Un héros... mais qui ne sert pas à grand chose (déjà un mathématicien pour l'ouverture d'un parc à thème qui n'a rien à voir avec son domaine, on se demande bien ce qu'il fout là, si ce n'est pour être la troisième signature " caution scientifique" sur le contrat). Et là où Jeff Goldblum est excellent, c'est qu'il le joue exactement comme ça: le mec dépassé par les événements qui se demande du début à la fin ce qu'il fout là, et finit par poser à moitié à loilpé façon chappelle sixtine quand il n'a plus rien à faire :D. Tu m'étonnes que le personnage soit devenu culte: il est sarcastique, à la ramasse et l'acteur s'éclate tellement que ça fait mouche (attention, subtile référence à un autre film, saurez-vous retrouvez lequel?). 

Bon je suis partiale, je surkiffe Jeff (et, entre nous, madre mia, qu'est-ce qu'il vieillit bien! Cette classe absolue, même quand il chantonne Fernande de Georges Brassens, si avec ça vous restez de marbre, je ne peux plus rien pour vous :D! Nous aussi en France, on t'adore, Jeff, tu reviens jouer du piano ici quand tu veux!)

Allez, pour le plaisir, et parce que cette phrase est devenue un mème parfait chaque fois que les choses tournent mal, et qu'on l'avait prédit.

Le très regretté Sir Richard Attenborough, frère de David, dont je parlais cet été, est parfait en grand-père limite plus puéril de que ses petits enfants, et totalement inconscient (et quand il raconte des souvenirs de puces savantes, Ellie l'envoie bien bouler pour avoir mis tout le monde dans la mouise jusqu'au cou, et c'est génial. Pas de pitié pour les jérémiades du vieux cinglé!) . Et lui aussi s'amuse bien, ça se voit!

- Alan Grant. Ce personnage m'éclate totalement. Au re-visionnage du film, je me suis dit " j'avais oublié à quel point je SUIS Grant". Il déteste les enfants, moi aussi. J'avoue que menacer d'en éventrer un particulièrement casse-burette avec une griffe de dinosaure, c'est tentant. Il adore la paléontologie, moi aussi.
Il n' a aucune envie qu'on l'emmerde ( moi non plus), et préfère qu'on le laisse tranquillement faire ses fouilles dans son patelin paumé. Mais n'accepte à contrecoeur d'aller voir le projet de Hammond que parce que celui-ci lui file un gros chèque qui va lui permettre de continuer à bosser sans avoir à faire du porte à porte pour obtenir des subventions. La triste réalité de la science.

Et bien sur le regretté Sam Neill, là aussi, je suis partiale, mais c'est un acteur que j'aimais beaucoup, le type qui avait du charisme sans même essayer de rentrer dans les petites cases prédéfinies du cinéma, capable de tout jouer avec un talent égal.
Y compris caresser un tricératops en caoutchouc comme si c'était une vache dans un pré, avec un enthousiasme de gamin. Ce plan me fera toujours marrer. Je me demande combien de fois il a dû le refaire pour arriver à être convainquant...

J'ai vu dans une interview qu'il avait été assez étonné d'être retenu pour un rôle dans un film d'aventure parce qu'il n'avait pas le profil d'un acteur de film d'aventure, et qu'il trouvait sa tête très banale. Ben, justement, ça fait tellement plaisir de voir des gens "normaux", des acteurs retenus pour leur talent plus que pour leur apparence.

Et donc ça m'amène à dire que mine de rien, dans ce blockbuster, les rôles sont moins figés que ce qu'on à l'habitude de voir au cinéma, du moins dans les films d'action et de SF: Ellie n'est pas la "jolie blonde décorative", elle ne déboule pas après une nuit passée à courir partout pour sauver sa peau et celle des autres toujours parfaitement coiffée et maquillée. Laura Dern n'est pas une super beauté standardisée et, c'est infiniment mieux: elle est crédible! Ca fait plaisir de voir une actrice qui joue un rôle de scientifique qui ne ressemble pas à une actrice, mais à une femme normale, elle aussi. Et vingt dieux, elle agit! Youhou! Et balance des petites phrases féministes, l'air de rien!

Pareil pour Alex qui aurait gagné à être un peu moins tête à claques, mais n'est au moins pas le cliché de l'ado rebelle passionnée de fringues. Des femmes d'action, qui rattrapent le coup quand les hommes sont défaillants, largués ou ont des idées à la con, mine de rien, dans les années 90 c'était rare, et ça l'est encore. (Alors que c'est notre quotidien... hein, toutes les héroïnes n'ont pas de cape)

Et rien que voir des personnages féminins qui servent à quelque chose narrativement, quand les hommes sont parfois relégués au second plan - et parfois condamné à mourir bêtement sur les gogues, ou pour une fois servir de de caution "sexitude" en posant en petite tenue de façon totalement incongrue (si si, je ne m'en lasse pas, le niveau de gratuité de cette séquence est un magnifique pied de nez aux femmes sexualisées à outrance pour tout et n'importe quoi*), pendant que les femmes se bougent, habillées des pieds à la tête, ça mérite d'être souligné.

Ceci dit maintenant il va falloir que je lise le livre, apparemment plus sanglant que son adaptation.

*Il y a une espèce de règle tacite à verbaliser: si dans une situation quelconque, une femme est dénudée - dans un film normal!-  alors qu'il n'y a pas de nécessité narrative (du genre elle est en maillot de bain sur la plage, ou à l'auscultation chez le médecin, ou pose comme modèle artistique parce que c'est son travail, ou que sais-je.., là c'est normal), et que personne n'y trouve rien de bizarre, mais que faire exactement la même séquence gratuite avec un homme à moitié nu paraît inhabituel, incongru ou saugrenu... c'est qu'on est en plein de sexisme ordinaire. 
Enfin, l'ami Jeff en petite tenue, oui, moi , je suis pour! Par souci d'égalité, bien entendu :D

vendredi 2 octobre 2026

La chose sur le seuil - H.P. Lovecraft

ou " le monstre sur le seuil" selon les traductions, "la chose" est plus vague et donc encore plus flippante, là ou le monstre donne un cadre, même si le mot monstre ou monstrueux est récurrent dans le texte.


Comme je manque de temps pour lire ( et d'énergie, ça rappelle trop le travail), j'ai tenté cette longue nouvelle en version livre audio, en allant marche, par un jour d'été caniculaire et bien peu propice à une histoire d'épouvante.
En livre audio, pour moi c'est du tout ou rien, soit j'adhère à la voix du lecteur et  c'est une bonne pioche, soit, pas du tout.
Et dans ce cas, c'est une très bonne pioche, malgré la chaleur encore caniculaire et la lumière crue de ce matin du 6 septembre, la voix du narrateur m'a embarquée du début à la fin dans l'imagination cauchemardesque de Lovecraft, et pourtant je l'avais déjà lue et chroniquée ici. Là, l'ambiance musicale, les temps de pauses, la voix du narrateur, tout marche.

Donc je reviens sur le sujet, là, on est bien dans l'épouvante fantastique: Daniel vient de tuer son meilleur ami Edward, et explique comment il en est arrivé là. Edward était un brave homme intelligent, cultivé, mais doté d'une imagination macabre et d'un goût marqué pour l'occultisme, mais qui souffrait d'un manque chronique de volonté et d'énergie, et d'une tendance à l'attachement obsessionnel.
Imagination fertile + peu de volonté + dépendance affective = la proie rêvée pour les manipulateurs et particulièrement, les sectes et autres du même genre.

Et particulièrement, il tombe dans les griffes de l'effrayante Asenath Waite, une femme dont tout nous dit qu'elle est malsaine: sa conversation, exclusivement basée sur l'occulte et la magie noire; son origine, elle vient d'Innsmouth, dont on raconte que les habitants ne sont pas tout à faits humains, à force d'union avec des démons; son entourage familial, puisqu'elle est la fille d'un vieil occultiste réputé pour être un sorcier et d'une femme qui n'est jamais apparue en public autrement que le visage caché; son apparence, angoissante à souhait: Asenath est une petite brune, qu'on trouve jolie, mais dont le regard fixe et les manières arrogantes font fuir tout être sensé. Tout le monde sauf Edward, envouté par elle, sans se rendre compte qu'il n'est pas envoûté métaphoriquement, mais concrètement. Ce n'est pas seulement de l'emprise mentale. Asenath a l'allure et les manières d'une sorcière, se comporte comme une sorcière, a une famille qui trempe dans la sorcellerie, parle de sorcellerie.. bref c'est une sorcière autant que 2+ 2 font 4.

La domination qu'elle exerce sur Edward l'amène à rapidement épouser celui-ci, le faire couper les ponts avec tout le monde, sauf avec Daniel dont elle n'arrive pas à l'éloigner. Daniel qui constate au fil du temps qu'Edward est de plus en plus malheureux, de moins en moins lui-même. Asenath, au delà de son don pour l'hypnose possède un pouvoir beaucoup plus dangereux. Elle sait échanger sa conscience avec celle des victimes faibles. elle a choisi Edward exactement pour ça. Elle rêve de prendre possession d'un cerveau d'homme, afin de rivaliser avec celui que fut son père, mort empoisonné sans qu'on puisse déterminer s'il s'agissait d'un accident, d'un suicide ou d'un meurtre.

Elle... ou quelqu'un d'autre. Asenath est-elle bien celle qu'elle prétend? Hop, mesure anti-spoil pour les gens qui ne l'ont pas lu. Bon, on le devine vite: Asenath, la vraie, était trop faible pour résister à son père. Le vieil Ephraïm possédait un sort lui permettant de rester vivant éternellement, en transférant sa conscience dans un autre corps. Il a échanger son esprit avec celui de sa fille, et l'a tuée alors que sa conscience à elle était dans son corps à lui. Asenath, la femme d'Edward, n'est autre que le vieil Ephraïm, qui, mécontent de devoir diriger un corps féminin, tel un parasite qui envahit un hôte temporaire avant de passer au suivant, espère récupérer pour lui l'organisme encore jeune et fringant d'Edward. Une possession au carré.Et donc, Edward, de plus en plus fréquemment dépossédé de son corps par sa sorcière de femme, tente d'avertir Daniel, qui réagit comme tout un chacun, et en déduis qu'Edward, à force de trainer avec une bonne femme au genre macabre et qui se prend pour une sorcière, a développé un délire de persécution.
La conclusion de cette histoire va amener Daniel à tuer Edward, ou plutôt la personne qui a pris possession de lui, et lui a fait subir un sort pire que tout ce que Daniel aurait pu imaginer. Elle est le mal à l'état brut, et continuera a nuire, peut-être même a essayer de faire de Daniel sa victime suivante s'il n'intervient pas...

Horreur, sorcellerie, possessions à plusieurs niveaux... Pour l'écouter ( si possible dans le noir par une nuit sinistre d'octobre, pour l'ambiance, ce sera probablement plus efficace qu'en faisant la vaisselle par exemple), c'est ici. 1h10 qui passent comme une lettre à la poste!
Et comme j'ai adoré la lecture de Philippe Bertin, je vais en tenter d'aoutre.
Il n'a pas lu que du Lovecraft, mais je pourrais quand même me laisser tenter par les 4h40 des Montagnes Hallucinées. Il a aussi entregistré des nouvelles plus courtes: Dagon, le modèle de Pickman, Herbert West, la cité sans nom.. Et plus étonnament, du Jean-Jacque Rousseu ( les confessions,la nouvelle Héloise, le promeneur solitaire.. ça c'est un grand écart digne d'un champion de gymnastique!)

Je vois le Scarabée d'or de Poe, qui sera donc ma sélection spéciale pour le traditionnel rendez vous du 7 octobre :)


jeudi 1 octobre 2026

Louves love - Sophie Bédard

 Grosse arrivée de BD indépendantes ces jours ci, et en voilà une qui sera parfaite pour ouvrir en douceur les bal des monstres.

Enfin, un monstre gentil en l'occurrence.


La sympathique Freddie, petite brune timide, travaille dans un café, quelque part au Québec. Elle vient de passer une semaine moisie: son "crush" - à qui elle n'a jamais adressé la parole, et qui donc ne sait rien de ses sentiments, vient de partir vivre en Angleterre. Un gros chien l'a mordue. La plomberie chez elle déraille. ET elle doit former la nouvelle employée.
surprise, la nouvelle est une très jolie femme, nommée Silver, et Freddie oublie illico sa peine de coeur, espérant bien se rapprocher de sa nouvelle collègue.
Et c'est le cas, le courant passe bien entre Silver et Freddie, qui par chance, sont toutes les deux lesbiennes.
Mais un énorme problème se profile. Alors que le rendez-vous se déroule comme sur des roulettes, Freddie se retrouve soudain dotée de griffes, de poils.. et fuit chez elle, ou elle est accueillie violemment par sa colocataire, Camilla. Forcément, Camilla voit arriver chez elle un loup-garou. 
Ce qui nous vaut ce dialogue absurde
- Tu es un loup-garou maintenant? Comment ce serait arrivé?
- Peut-être quand je me suis fait mordre par le gros chien noir la semaine dernière.
- Mais t'es allée à l'hôpital après...
- Ben oui, mais ils m'ont vaccinée contre la rage, pas contre la lycanthropie.

( car oui le point fort de cette BD ce sont les situations et les dialogues absurdes et ironiques. Lorsque Freddie explique l'origine de son nom, c'est parce que ses parents étaient fan de Freddie Mercury, ils espéraient qu'elle ait un talent musical, elle a du prendre des cours de musique pendant des années, mais .. chante comme une casserole, joue de la guitare comme un pied et en plus déteste la musique de Queen. Mmmmm pas bien ça!)

Mais l'insouciante Freddie se dit que bon, ça va, là c'est parce que c'était la pleine lune,  c'est ok, elle va avoir 4 semaines pour trouver une solution à son problème.
Sauf que non, sa transformation n'es pas liée à la pleine lune, mais à état émotionnel. Et donc, forcément, se trouver en présence de sa trop jolie collègue est une situation particulièrement stressante.
Pire encore, un chasseur de loup-garou ( assez maladroit et à l'allure de ninja), vient d'arriver en ville, qui se met donc en tête de se débarrasser du loup, enfin de la  louve-garoue? louve-garoute? Freddie n'arrive même pas à savoir comment se décrire pour le coup.

Bon, on voit venir la révélation de tellement loin que ce n'est pas un spoiler: bien sûr, le chasseur est une chasseuse, et bien sûr, c'est Silver, qui doit chasser une louve inoffensive et avec qui elle préfèrerait fricoter.
Mais Silver n'avait déjà pas trop envie de poursuivre cette carrière familiale. Elle est la XIV° de la famille à porter ce prénom chelou hérité de mère en fille, en soeur, en tante et en cousine (sa soeur aînée est "Silver XIII", laissez moi deviner leur nom de famille est "Bullet"?) et n'a aucun goût pour ce job. Son rêve à elle est de travailler dans un café et de se spécialiser en latte art. Elle a donc opté pour cette région précisément parce qu'on n'y avait pas signalé de loup garou depuis 10 ans, afin de pouvoir simplement exercer son job de rêve loin des exigences familiales.

C'est une BD assez courte (lue un samedi de mai au travail, pendant une heure hors service public, car oui, feuilleter, voir lire les nouveautés fait partie de mon taf! Oui je peux lire des BD au boulot, c'est pas cool ça?), au scénario peu original, mais on s'en fiche, ce n'est pas l'objectif. On vise l'efficacité, avec une métaphore transparente: la chasse au loup garou, c'est l'homophobie. Et les loups garous sont des gens comme vous et moi, à part leur petite spécificité, il n'y a donc aucune raison de les détester. Le dessin expressif et souvent drôle sert ce propos, les dialogues souvent absurdes font mouche, et Camilla la colocataire de Freddie est particulièrement savoureuse.

Le tout est léger, et propose une histoire d'amour lesbienne SANS drame, sans chichis, sans aborder de sujet plus lourds Heartstopper le faisait (harcèlement scolaire, maladie mentale, difficulté à trouver son orientation). Et mine de rien ça fait du bien, un sujet LGBT qui est traité comme un sujet non polémique, juste avec humour. Car c'est avant tout une comédie sentimentale, sans violence, sans pression, sans coercition, sans manipulation...

Je note deux choses qui font plaisir: 
Déjà, l'héroïne principale n'est pas un canon, mais une petite rondouillarde et son physique n'est jamais un ressort comique, donc, une héroïne qui a une vie professionnelle, amicale, sentimentale, tout en étant la nana la plus normale qu'on puisse imaginer. 
Et l'édition française, Exemplaire-Edition met un point d'honneur à traiter équitablement les auteurs et autrices, et à leur offrir une rémunération digne de ce nom, et une liberté créatrice (elle a été fondée par Lisa Mandel "libre comme un poney sauvage", ceci explique celà.. ).
Et donc leur première collection lancée est celle de romance queer (et ethique!), laissant la part belle aux autrices et auteurs LGBT ou militant anti homophobie. Louve love est le premier tome, on attend ces jours ci un titre de Lisa Mandel un de Jul Maroh, pour les noms les plus connus

Je rajoute la petite satisfaction personnelle d'ajouter une BD québécoise à ma liste de lecture, j'ai jusqu'à présent peu de lectures québécoises, et en matière de BD, la seule que je connaissais était " L'Ostie d'chat".

jeudi 4 juin 2026

Le petit guide de Miss Percy ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson

 Alors  oui, j'ai vu que l'autrice st américaine, il n'empêche, je l'ai quand même intégré au mois anglais: l'action se passe en Angleterre, l'héroïne est très anglaise, la campagne où elle vit aussi et l'humour est so british... Et c'est un bonbon à déguster. Le bandeau que la bibliothèque à gardé dit en substance: si vous aimez le thé, les gâteaux, Jane Austen et les dragons, ce livre est pour vous. J'avoue ne pas encore avoir lu Jane Austen, mais avoir savouré ce pastiche fantastique, où une "vieille fille" anglaise des années 1820 hérite entre autres, d'un oeuf de dragon, légué par un lointain parent qu'elle a très peu connu.


Ca c'est une petite découverte conseillée par ma chef qui adore ce genre de livres: du fantastique (Cosy Fantasy officiellement, mais je le classe plus dans le fantastique, dans la mesure ou Miss Percy vit dans un environnement normal et a bi
en du mal à accepter l'irruption d'un dragon dans son quotidien), mais bourré d'humour volontiers absurde. Et dont le personnage central est une célibataire quadragénaire, qui n'a rien qui la distingue: pas de talent particulier, pas de capacité magique, c'est une femme absolument banale qui se retrouve dans une situation qui elle, ne l'est pas. Mais ça fait plaisir d'avoir une héroïne qui ne soit pas douée en tout, jeune et forcément jolie. Et en plus elle n'est pas, mais alors pas du tout du matin, rondouillarde et très portée sur les pâtisseries, au risque de faire craquer ses robes, ce qui me la rend encore plus sympathique! Et bien qu'effacée et subissant régulièrement le sale caractère de sa mégère de petite soeur, qui lui rappelle bien trop souvent qu'elle l'héberge gratuitement ( dans un coin de grenier inconfortable) en échange de l'utiliser comme bonne à tout faire gratuite, Miss Percy, au contact de son dragon, se sent elle aussi pousser des ailes. Et découvre qu'il n'est pas trop tard pour s'affirmer, ruer dans les brancards, et reprendre sa vie en main. Et s'autoriser un flirt avec un sympathique monsieur d'âge équivalent, malgré le fait que sa soeur lui rabâche sans cesse qu'elle n'a rien à attendre le vie et qu'elle est biologiquement périmée pour ce qui est de la descendance.

Le personnage masculin central n'est pas non plus un fier guerrier, un elfe, un magicien, forcément jeune et fringuant, mais un pasteur taillé comme une armoire à glace, quinquagénaire qui se dégarnit un peu. Et il est absolument chou, avec son sens de l'humour souvent absurde, voire plutôt noir!

Et ces deux-là vont se retrouver bien malgré eux "parents adoptifs" d'un dragon, rien que ça. Il y a évidemment une histoire d'amour, qui n'est pas le centre de l'histoire, mais au contraire prend beaucoup de temps à s'amorcer entre ces deux improbables héros d'un certain âge, sinon d'un âge certain pour l'Angleterre rurale des années 1820. Et c'est très rafraîchissant de voir que des héros, habituellement cantonnés aux rôles comiques ou de toile de fond, et qui plus est avoir droit à une vie affective dont les romans ne font en général aucun cas. Et en prime une histoire d'amitié entre Miss Percy, et Mrs Babbinton, la cuisinière, facilement sexagénaire ou septuagénaire du pasteur, qui partent à l'aventure en duo, à deux comtés de leur village. La mamie déclarant que malgré la fatigue et les embûches, elle ne s'est jamais autant amusée. L'aventure ne s'arrête pas à 50 ans, et tente aussi les vieilles dames!

Il y a évidemment des antagonistes: Mister Reginald Hawthorne, un fauché qui estime que l'oeuf de dragon devrait lui revenir, simplement pour ne pas.. mourir de faim, et se faire une rente pour pouvoir trouver une épouse, et Miss Belinda, la nièce de Miss Percy, manipulatrice, vénale et voleuse, en plus d'être globalement bête et de n'avoir pour elle que le talent d'user de son charme pour arriver à ses fins ( mal éduquée, il faut le dire). Mais Reginald est moins motivé par la vénalité que par les difficultés quotidiennes, et donc difficile à détester, et Belinda est menée par sa bêtise et le fait d'avoir 17 ans et d'avoir grandi dans un milieu qui n'offre aux filles qu'un riche mariage arrangé comme objectif de vie. Elle est aussi peu responsable (à tous les sens du terme) qu'un caniche de concours, qui doit être mignon, bien brossé et parader pour satisfaire les ambitions de son maître, ici de sa caractérielle de mère. Enfin, ça c'est à la base, vu qu'à force de tout se voire passer par tout le monde elle développe une personnalité de garce manipulatrice (qui était déjà en germe, c'est elle le vrai dragon de l'histoire, vu qu'elle est du genre à incendier les cheveux d'une autre femme parce que l'homme qu'elle vise a osé parler à ladite femme). avant d'opter pour Reginald pour des raisons purement sentimentales: l'amour du gain et de la notoriété quand celui-ci parle de l'héritage qui doit faire sa fortune, l'autosatisfaction de séduire un homme décrit comme un Apollon ( mais très très naïf et manipulable), l'ambition sociale d'une jeune mondaine campagnarde d'aller à Londres, et aussi, il faut bien le dire, le plaisir de faire rager sa mère et sa tante qui détestent ce type louche au premier regard. Voilà un personnage qui pousse loin le niveau de casse-burnerie .

autre chose que j'ai bien aimé: l'autrice ne se prend aps au sérieux, et rapelle régulièrement à son lectorat qu'on se trouve dans un roman léger, en cassant à loisir le 4e mur, du style " si on était dans un autre genre de roman, il se passerait ceci ou celà" " il entra dans la pièce, et si on avait été sur une scène de théâtre, il y aurait eu un jeu de lumière et une musique dramatique pour montrer que c'est un moment décisif", " elle imaginait les paysages du pays de Galles survolés par des dragons.. un décor qu'on pourrait imaginer accompagné d'une musique grandiose aux accents germaniques, avec beaucoup de cuivres". C'est le genre de connivence avec le lecteur qui me fait beaucoup rire ( j'ai pensé à Georges de la Jungle " et nous retrouvons notre héroïne, au brushing toujours impeccable après sa première nuit passée dans la jungle"). Tout le monde n'aime pas, mais ça m'éclate.

Deux autres tomes sont sortis, où Miss Percy part à la recherche d'autres dragons au Pays de Galles et milite pour la réintroduction des dragons, et évidemment que je vais les lire, c'est trop drôle et je veux savoir quelle taille va atteindre Fitz adulte, car pour l'instant, il a a peu près la taille d'un gros chat.

jeudi 2 octobre 2025

Nos fantômes de France - Sandy Lakdar

Au moment où je rédige, c'est juin, et je n'ai pas encore décidé d'un fil directeur pour mon mois halloween, mais.. commençons donc avec des fantômes bien d'chez nous! 
Hop un petit ouvrage trouvé par hasard qui présente quelques célèbres lieux hantés et fantômes de notre pays, sous forme de petits contes. Traversons ensemble l'histoire (maudite) de France

J'aime bien cette couverture un peu BD, l'intérieur comprend aussi d'autre illustrations dans les mêmes tonalités étonnamment vives. On est plutôt habitués à des tons froids et pâles quand on parle de fantômes.


Et on commence en fanfare par l'Abbaye de Mortemer, dans l'Eure, réputée la plus hantée de France. On raconte qu'elle serait encore habitée par le fantôme de sa fondatrice, L'Impératrice Mathilde, petite fille de Guillaume le conquérant, et qui n'a pas réussi à faire valoir ses droits sur le titre de reine d'Angleterre. Mathilde, qui après une viee de batailles juridiques et  réelles, est venue vivre en Normandie où le fantôme de son propre père lui a assigné la mission de.. revenir elle aussi sous forme de fantôme protéger son abbaye. Au fil des siècles, d'autres fantômes l'y ont rejointe.
Mais fantômes ou pas, c'est un lieu très joli que j'aimerais bien visiter pour ses vestiges et son histoire.

Après la Normandie, direction l'Ariège et le château de Montségur, à la rencontre d'Esclarmonde de Péreille, femme cathare du XIII° siècle. Et justement, 1243/1244 c'est l'époque de la croisade des Albigeois. Etonnamment dans une histoire de fantômes, notre héroïne n'est pour une fois pas une très jolie femme, mais une malchanceuse, chétive et handicapée moteur qui n'a jamais pu quitter le château de sa famille ( les catholiques de l'époque on dû voir dans ce handicap une preuve d'hérésie sous forme de malédiction divine, alors qu'avec le recul, les nombreux mariages entre cousins, dans le vivier limité des cathares, afin de préserver la " pureté du lignage" sont plutôt à considérer). Et donc un ces cousins, tendant un guet-apens aux inquisiteurs, n'a fait qu'envenimer la situation et attirer la vindicte sur toute la famille. Le château assiégé, les cathares ont eu le choix: renier leur foi et avoir la vie sauve, ou être condamnés au bûcher. C'est le choix fait par Esclarmonde et sa famille. et plus de 200 autres personnes.
Là encore, c'est par assignation surnaturelle ( de la part d'un ange) que le fantôme d'Esclarmonde a été chargé de veiller sur les ruines de Montségur, jusqu'à 2016, où les instances Catholiques ont publiquement reconnu leur responsabilité et demandé pardon pour le massacre.
Donc apparemment, tout serait rentré dans l'ordre et Esclarmonde a pu enfin rejoindre l'autre monde, délestée de sa tâche.

Bon les deux précédentes ont un rôle positif de protectrices d'un lieu, ce qui me fait penser que ces histoires de fantômes sont probablement des résurgences inconsciente de déesses, fées et autres esprits de la nature, que la christianisation n'a pas totalement effacées... tous comme les saints et saintes correspondent souvent à des divinités païennes recouvertes d'un vernis chrétien.. mais grattez la peinture et la déesse celte déguisée en Sainte Bidule réapparait vite.

Les deux suivants sont nettement moins sympas, là, on a des tueurs en série ( des mecs, comme par hasard!)

Direction Tiffauges en Vendée, lieu d'une des plus sinistres affaires de crimes en série, puisqu'il s'agit du château de Gilles de Rais. Oui, le Baron compagnon d'armes de Jeanne D'arc et un homme qui décidément avait tous les défauts: violent, avide de pouvoir et d'argent, orgueilleux.. et qui dans l'espoir de rembourser ses dettes colossales s'en est remis à l'occultisme, histoire de cumuler l'utile (essayer de gagner de l'argent grâce au diable) et l'agréable ( enlever et massacrer des victimes au nombre... inconnu mais au moins douze assassinats reconnus par l'accusé) . De quoi se voir condamné à hanter son château pour l'éternité. Probablement que le diable ne voulait pas chez lui d'un type capable de vouloir prendre sa place?

Par contre le diable a été plutôt clément avec Jean L'écorcheur, boucher parisien le jour, assassin la nuit. Moins par méchanceté que par appât du gain, pour fournir en sang, peau, viscères humains, tout ce que Paris comptait comme alchimistes du temps de Catherine de Médicis. Elle-même ayant un talisman fourni par feus les parents de Jean. Mais Jean refusant de quitter les Tuileries, lorsque Catherine y a fait construire son palais, a été simplement assassiné. Forcément, il avait des documents compromettants impliquant beaucoup de nobles et menaçait de s'en servir. Mais bien qu'il n'ai jamais directement trempé dans l'alchimie, le diable, pour remercier Jean de ses services indirect lui a offert un poste de fantôme messager, vêtu de rouge sang, annonceur de mauvaises nouvelles, tout spécialement envers les divers familles régnantes successives. Jusqu'au jour où le palais des Tuileries disparait dans les flammes, c'était la clause mentionnée par le diable avant de faire de Jean un démon: "Si tu traverses les flammes, c'est fini, tu viendras passer l'éternité chez moi."
J'aime beaucoup cette histoire, faustienne, juste parce que j'imagine le diable comme ça, offrant un marché à Jean. 


Retour à un fantôme nettement moins dangereux: Lucie, du château de Veauce dans l'Allier. Il y a plusieurs légendes à son sujet, la plus courante étant qu'il s'agit d'une servante emmurée vivante dans la tour du château par la châtelaine, lorsqu'elle a compris que Lucie était devenue la maîtresse de son mari. J'avais visité de joli château au début des années 1990, ma famille étant originaire d'Auvergne, j'ai passé toutes mes vacances d'été à apprendre l'histoire sur le tas en visitant tous les châteaux du coin. Je me souvient de cette visite, car c'était le propriétaire d'alors , un vieux monsieur très drôle et passionné d'histoire, doté d'un fort accent étranger. Je vois qu'il était israélien, et qu'il est mort en 1998, et que depuis Lucie n'apparaît plus J'aime à penser que monsieur Tagori hante son propre château, comme un bon fantôme facétieux.

Le suivant est même un fantôme très sympa: Malo III de Coëtquen, et pour une fois un homme. Comme son nom et son prénoms l'indiquent, Malo est breton, c'est l'ancien propriétaire du château de Combourg. Un chevalier, proche de sa famille, mais qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie. Et on raconte donc que les fantômes de Malo ( ou de sa jambe de bois seulement) et d'un chat noir hantent les lieux, ou du moins les hantaient au XIX siècle. Et on même inspiré à un célèbre auteur, dont la famille a pris possession des lieux bien plus tard, sa plus fameuse oeuvre: Les Mémoires d'outre-tombe. Car il s'agit en effet du château acheté par la famille de Chateaubriand. J'avoue ne pas avoir encore lu ce titre fleuve, car je n'ai pas du tout aimé René ( 60 pages qui semblaient en faire 600, tellement j'ai eu envie de claquer le héros. Long comme... l'éternité, oui)

Etape suivante, on repart dans le Sud Ouest, au château de Puymartin, à Sarlat la Canéda. On le dit hanté par le fantôme de la châtelaine Thérèse de Saint-Clar, femme adultère qui a eu la malchance de se faire pincer par son mari, qui pour se venger l'a faite emprisonner jusqu'à sa mort dans  l'un de des tours du château ( décidément, il vaut mieux éviter de tromper son mari ou sa femme dans un château doté de tours et d'oubliettes). Evidemment la plupart des endroits supposés hantés sont aujourd'hui des lieux qui se visitent et qui ont donc tout intérêt à entretenir la légende. Un château hanté au fin fond de nulle part aura toujours plus de visites que le même, mais non hanté.

Mais on repart déjà, à Versailles, pour rencontrer Marie-Antoinette. Là, pas besoin d'épiloguer, la révolution la fin de la monarchie en France, tout ça, on connait bien le sujet. Mais donc des touristes anglais ont par la suite dit avoir vu Marie-Antoinette au Trianon. Bon je suppose qu'elle ne devait pas avoir toute sa tête pour qu'il l'aient reconnue - et oui, j'ai osé! Sinon ça pourrait tout aussi bien être Mme de Pompadour, mais c'est moins vendeur.

On redescend vers Poitiers, au château de Fougeret, hanté par bon nombre de fantômes. Félix, l'un des anciens propriétaires mort sans descendance, découvre à sa mort qu'il est resté sur les lieux et qu'il est loin d'être seul: un couple médiéval vit à la cave, un petit garçon court dans les couloir, une grand-même "vit" au 3E étage. Et Felix devient en quelque sorte le responsable de l'accueil des nouveaux venus. Ce sont de gentils fantômes, dont le seul objectif est de se faire remarquer des vivants, pour essayer de communiquer avec eux. Là encore cette histoire est finalement plutôt drôle.

Beaucoup plus que la dernière, qui nous parle de Geneviève Zaepffel, voyante bretonne des années 30, venue faire Carrière à Paris. Dire qu'on a acquis ses dons de médium en étant guérie dans l'enfance par le fantôme d'un druide, ça reste bon enfant. Mais passez l'expression, Geneviève merde, et pas qu'un peu: elle commence à se mêler de politique et faire de la propagande pro-Allemagne nazie, ce qui les conduisent, elle et son mari antisémites en prison. Les deux n'ont de cesse que de vanter les mérites du führer, jusqu'à, comme c'est étrange , août 1944, ou Geneviève prétend que la libération a réussi grâce à elle et ses dons. Une nana donc, à l'égo surdimensionné, et bien secouée. Et si la police ne l'a pas oubliée à la fin de la guerre, elle cependant réussi à s'en titrer sans trop de dommages et a continué à faire de l'argent avec l'occulte jusqu'à sa mort dans les années 1970. Et évidemment on raconte qu'elle est toujours dans sa maison du Tertre en Bretagne, pour veiller à ce qu'on ne touche pas à son portrait. Et.. punaise, elle fout les jetons. J'ai moins peur des spectres que de la folie, et son côté malsain se voit sur son portrait. C'était probablement moins un voyante qu'une perverse manipulatrice et c'est ça qui me saute aux yeux. pour en avoir bien connu quelques-uns.

Donc pour ce qui est de l'ouvrage en lui même pas grand chose à dire, c'est une collection d'histoire de fantômes français, et ça c'est déjà sympa, par contre je suis obligée de dire que le livre est hanté de fautes et de phrases assez mal écrites, ce qui donne une narration pas terrible.. C'est dommage, l'idée est bien, mais ça limite un peu le plaisir qu'on pourrait avoir à le lire.

et puiiiiis
Bretagne, Vendée, Sud-Ouest, Auvergne.. Il manque quelque chose à cette liste!
Donc voilà des fantômes de MA Région:

A Ménerbes dans le Vaucluse, la Baumo-Seguro est supposée hantée par un duo de fantômes, un bandit assassiné par son frère, qui s'est suicidé ensuite.  Ambiance! Les deux fantômes doivent encore se chamailler depuis la Renaissance. Ironiquement le nom de "Baume Seguro" en Provençal signifie la "grotte sûre". Elle est pourtant mal fâmée et bien "fantômée."
A Caromb, il y le manoir Pré-fantasti, où la encore une dispute entre deux frères ( alchimistes cette fois) a mal tourné. Le fantôme de celui qui a été tué est supposé hanter les ruines, mais est-il seul? Un homme riche a été tué par un voleur à proximité du lieu hanté, peut être bien qu'il y a maintenant deux fantômes!
A Auribeau, toujours dans le Vaucluse, il y à la Porte de l'au-delà où une veuve a vu apparaître le fantôme de son mari. Sauf qu'à l'inverse d'Orphée et Eurydice, c'est elle qui est allée volontairement le rejoindre dans le monde des morts. Yep, rien que ça, nous avons un portail entre le monde des vivants et celui des morts.
A Roussillon, bien qu'on s'éloigne des fantômes, plusieurs légendes tentent d'expliquer la couleur rouge des ocres. Feu des titans, sang des anges déchus, ou sang d'une suicidée, femme infidèle qui s'est jetée d'un haut de la falaise après que son mari lui a fait manger... son amant ( oui  ça sonne un peu comme les enfants de la Belle au bois dormant, la suite). Je vous rassure on sait maintenant que ça ne vient ni d'un massacre, ni d'un suicide, mais de la grande quantité d'oxyde de fer contenue dans le sol.

vendredi 18 octobre 2024

SOS fantômes ( film 1984)

On continue et on recule encore de 10 ans.
Il faut dire que 1984 est une sacrée année filmique ( fantômes ET monstres), donc je vais probablement faire un doublé .
Mais Donc on commence avec le cultissime Ghostbusters, alias SOS fantômes, que je n'avais même pas vu au cinéma à sa sortie. J'avais 9 ans, et mes parents devaient penser que j'étais trop jeune, je ne l'ai donc vu que plusieurs années après. Mais je dois avoir encore quelque part un badge de l'époque, distribué par le cinéma. Et je ne l'avais pas revu depuis des lustres




Mais tout est culte là dedans entre la musique, les répliques ( il te boufferait la gueule en moins de 2! Ho la ravissante voix de soprano... Bon d'accord, c'est un chien. La prochaine fois qu'on te demande si tu es un dieu, tu réponds " oui"), les acteurs, les effets spéciaux...même la VF, étonnamment, c'est un film que je n'ai jamais vu en VO. Comme plusieurs films cultes de ma jeunesse en fait, j'ai du mal à passer le cap de le voir en VO à cause des voix françaises auxquelles je suis habituée, à force de les avoir entendues à l'époque de film en film. Il faudra que je tente la VO un jour quand même.
Et quand je dis culte, c'est que le film a fait un tel tabac qu'il y a eu non seulement des suites ( mais dans ma tête ça s'arrête à 2!), des figurines, tout un tas de posters, des badges comme le mien trouzmille produits dérivés, y compris une série animée ( où pour la version française, c'est Maurice " boulette" Sarfati qui double les personnages de fantômes)

Bon évidemment, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard ( invasion de fantômes et de démons à New-York et 3 couillons chercheurs en parapsychologie fraîchement licenciés vont en profiter pour monter leur petite entreprise, qui fait vite un carton) et on s'en fout parce que c'est de la pure comédie. Dan Aykroyd, Bill Murray et le regretté Harold Ramis ( né en 1944, mort en 2014, encore des chiffres en 4) sont à donf' et c'est hilarant. Mention spéciale aussi à Rick Moranis, le comptable casse-burnes accro aux vitamines et aux vidéos de fitness, possédé par un esprit qui dot avoir 5 ans d'âge mental.

Ce qui me fait beaucoup rire c'est que l'image des chasseurs de fantômes transportant partout un matos électronique qui bipe et clignote a tellement été scellée dans l'esprit des gens par le film, que même les illuminés qui veulent faire un business paranormal ou simplement des vidéos de chasse au fantôme ont le même genre de bidules, tout en se prétendant sérieux. Parce que chasser les fantômes à l'ancienne, avec du gros sel, ça n'impressionne personne probablement.

Mais oui, c'est vraiment le genre de film à voir/ revoir sans espérer un scénario profond, parce que franchement les fantômes sont tous plus cocasse les uns que les autres. Dois-je rappeler que l'image la plus mémorable du film est une mascotte chamallow géante qui fout le zbeul en ville et parodie King Kong?  A voir sans se prendre la tête. D'ailleurs, ça va aussi être le cas du suivant.
la frousse!

Juste pour le plaisir, parce que quand même c'est une BO absolument dingue, qu'elle était partout à l'époque et qu'on s'ambiance toujours autant sur la chanson titre. Du moins, moi!
Ray Parker Jr - Ghostbusters


Haaa, les néons, les coiffures, les fringues, c'est un concentré des années 80!

Ha et pour la petite info, si on va à New-York, on peut aller voir a caserne de pompiers qui sert de décor au QG des chasseurs de fantômes. Ici. J'y penserai quand j'aurai l'occasion d'y aller.

vendredi 17 novembre 2023

Fées, ogres et lutins, contes merveilleux t2 - collectif

 Hop, une petite lecture de plus avant de s'acheminer vers la fin du mois Halloween ( bon, d 'accord, la fin officielle c'était la semaine dernière, mais pas grave, je prolonge)


Tome 2 alors que je n'ai pas lu le tome 1? Hé oui  je l'ai trouvé en boite à livre.
Bon ce n'est pas non plus une édition très intéressante, car c'est une édition scolaire et plus de la moitié des pages sont des jeux et tests à faire en classe avec un prof ( il n'y a pas les réponses à la fin)

Mais bon l'intérêt c'est que les contes présentés ne sont pas les plus connus.

- Les fées ( Perrault): l'histoire de 2 soeurs, la gentille, qui est évidemment l'esclave de sa mère et la méchante, à qui la mère passe tous ses caprices. Lorsque la gentille va puiser de l'eau à la fontaine, elle est abordée par une vieille dame qui lui demande de l'eau. c'est évidemment une fée qui en remerciement de sa serviabilité lui jette un " gentil sort": chaque fois qu'elle parlera, elle crachera des pierres précieuses. La mère insiste alors auprès de son autre fille, qui, de très mauvais gré, part à la fontaine et est abordée, non par une vieille dame, comme elle s'y attendait, mais par une autre fée, habillée en femme riche. La méchante fille met une très mauvaise volonté à rendre le service demandé, et est maudite: à chaque phrase , elle crachera un crapaud. La mère, voyant la malédiction en rend responsable la première et la chasse. La fille va donc pleurer dans les bois où arrive un roi, subjugué par sa beauté, sa gentillesse, son abnégation (et cette curieuse compétence " il vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants et la pria de lui dire d'où celà lui venait" .. mouais on te voit venir!) En fait, non c'est clairement dit, il trouve que " un tel don vaut mieux que tout ce qu'on peut donner en mariage à un autre" ( mouais tu serais pas un peu, beaucoup, bien plus intéressé par le sort que par la nana?  Pour moi la suite c'est " ils vécurent heureux et à chaque fois que la trésorerie était à sec, il faisait parler sa femme pour renflouer les caisses"). Je connaissais cette histoire depuis longtemps mais je ne me souvenais plus du titre ou de l'auteur. Par contre, la version que j'ai du lire étant jeune était expurgée du côté avide du roi, parce que , regarder le compte en banque de la dame plus que ses qualités, c'est moyen quand même.

- Dame Trude ( Les frères Grimm) une histoire très courte qui explique que la curiosité est un vilain défaut et qu'il faut toujours se méfier des vieilles dames qui habitent dans la forêt. Une petite fille à qui on a raconté qu'il faut éviter Dame Trude, parce que c'est une sorcière, veut savoir ce qu'il en est vraiment, et y va quand même. Il lui en cuira. Au sens propre. Ha, ben, on est chez les frères Grimm et ils n'y vont pas de main morte ( lol) lorsqu'il s'agit de faire passer leurs personnages de vie à trépas.

Il y a quelques jours je suis tombée sur cette image légendée:
" Quand tu lis un conte de fée, mais que c'est la version allemande"
Ha ben, c'est clairement PAS la version Disney

- Le cercueil de verre ( Frères Grimm), une histoire qui tient à la fois du petit tailleur, de la belle au bois dormant, de Blanche-neige et de pas mal d'autres.
Un tailleur pauvre, mais honnête, se perd dans la forêt, et après quelques mésaventures, voit un curieux spectacle: un cerf et un taureau se battent en duel, le cerf gagne et et éventre le taureau avec ses bois ( Version allemande, on vous dit). le cerf enlève littéralement le tailleur et l'emmène dans une grotte ( et être enlevé par une bête si enragée qu'elle peut tuer un taureau, pas glop!). Grotte enchantée où le tailleur, comme un voit du curieux matériel: fioles remplies de brumes multicolores, pierre mobiles qui jouent le rôle d'ascenseur ( on dirait le premier Prince of Persia!), et deux boîtes en verre: dans l'une une maquette superbement détaillée d'un château, pas un créneau ne manque. Dans l'autre une (jolie, hé ho) femme endormie, qui se réveille à son approche et lui dit d'ouvrir le loquet du cercueil. En sortant elle lui raconte sa mésaventure: C'est une comtesse (Célibataire. Elle s'entendait si bien avec son frère que les deux avaient décidé de rester célibataires et de vivre et régner ensemble. C'est chelou!) qui a été maudite, elle et sa famille, parce qu'elle a refusé les avances d'un sorcier. Le comte a été transformé en cerf, la comtesse plongée dans un coma artificiel "jusqu'à ce que l'élu vienne la réveiller". La miniature en boite c'est tout le château qui a été réduit à petite échelle, les fioles de brume, ce sont les larbins. Le sorcier c'est évidemment le taureau qui a été tué, rompant ainsi le sort qui scellait la caverne.
Et là, oh, my! Incroyable, la nana AGIT: elle explique quoi faire, avec son sauveur, elle trimballe le château miniature dehors, et pouf! il reprend sa taille. Puis elle ouvre les fioles et re-pouf! les brumes redeviennent des gens loufiats (faut pas pousser, ils ne vont pas non plus toucher leur plusieurs années d'arriérés de gages et aller prendre leur indépendance financière). Re-re-Pouf! Le cerf redevient comte.
Et le tailleur? Ben il se marie évidemment avec la comtesse, et va donc régner avec sa femme et son beau frère. Bon, finalement il n'a pas fait grand chose à part s'étonner et ouvrir un loquet, en fait. Mais au moins il n'a pas roulé de palot forcé à la fille, c'est déjà ça.
Mouais, y'a quand même plein de choses qui ne vont pas trop dans cette histoire: le mec ne sert pas à grand chose, donc honnête ou pas, ça ne change rien, ça aurait pu être une voleur que bon.. pareil!
La fille et son frère, mouais.. ça ressemble quand même à une histoire d'inceste qui se finit en ménage à trois.

-L'anneau magique ( conte tunisien) : une variante de l'histoire d'Ali Baba. Un homme pauvre a trois fille et un fils, et alors qu'il n'a plus un sou, il apprend qu'il y a un pays magique où les pierres précieuses poussent sur les arbres. Mais pour y arriver, il faut passer 3 ogres gardiens. Chaque ogre lui propose donc un marché: je te laisse passer si tu me donne une de tes filles en mariage " ha ok, cool, mais seulement après ma mort". Magnifique, il vend donc ses filles contre un laissez-passer. et evidemment, hop, moisson de pierres, retour au bercail, on vit richement un certain temps puis.. il meurt et les ogres viennent chercher les filles.
Seul le fils, Ali, reste , et hérite d'un coq. Il se le fait subtiliser par ruse par un sorcier, le récupère de justesse mais... bon que faire? Autant le faire cuire et le manger. Et à l'intérieur du coq, il y a, ho miracle, un anneau qui fait apparaître un génie: grâce à ça la fortune d'Ali est faite: chameaux, palais, richesse, la fille du sultan en mariage, le truc habituel. Jusqu'au jour ou le sorcier le retrouve et se met en tête de punir le voleur qui lui a volé ce dont il lavait d'abord arnaqué..
Sauf que.. stop stop stop. Vous vous souvenez des 3 filles casées avec les ogres? Ben, apparemment les ogres sont des maris sympas, puisqu'ils viennent avec 3 armées au secours de leur beau-frère. MUSIQUE! Yep, je sais, mais je ne pouvais pas louper ça (je n'ai pas d'images en tête quand je lis quelque chose, par contre, j'ai la bande son qui va bien).

- Outroupistache ( Frères Grimm): Un meunier vantard prétend que sa fille est capable de filer la paille et de la transformer en fil d'or. Le roi du pays, très cupide, est fort intéressé par ce talent, et séquestre donc la fille avec la tâche de filer la paille et de l'avoir transformée en or au matin, sous peine d'avoir la tête coupée ( très cupide et très cruel aussi puisqu'elle n'a rien fait.. c'est son père qui lui a attribué cette fausse compétence). alors qu'elle voit déjà sa dernière heure arrivée, un lutin se présente devant elle et lui propose de faire ce travail en échange d'un cadeau, la fille lui propose donc son collier. Et au matin miracle, le lutin a filé toute la paille en or. Le roi cupide, se dit que bon, une telle aubaine.... ce serait bien qu'elle arrive deux fois, et rebelote: même tâche, avec encore plus de paille, et même menace.  Et même procédé, la fille propose au lutin sa bague en échange.
Mais le roi n'est toujours pas satisfait, et.. re-rebelote: encore plus de paille, mais cette fois, la menace est encore pire, puisque si elle réussi , il épouse la fille ( et vu le roi, épouser un type capable de menacer quelqu'un s'il n'accomplit pas un prodige .. elle risque de ne pas garder sa tête sur son cou bien longtemps). Mais comme elle n'a rien a échanger, cette fois le lutin lui demande: " une fois que tu sera reine, tu paiera ta dette en me donnant ton premier enfant". Promesse pour se donner le temps de trouver une solution. Miracle, mariage, tout ça, et la reine oublie totalement sa promesse. Et se trouve donc contrainte de devoir tenir sa parole. Elle et le lutin vont trouver un terrain d'entente: elle a trois jours pour trouver le nom du lutin, si elle échoue, il emmènera l'enfant. Si elle réussit, elle est libérée de sa dette.
Je suis donc allée chercher le titre, car je connaissais cette histoire sous un autre: le nain Tracassin, et je pense qu'il est plus courant que "Outroupistache", vague déformation du titre allemand " Rumpelstilzschen" ( ça sonne déjà plus germanique, et signifie à peu près " petites échasses grinçantes") et on y retrouve cette idée assez répandue dans le monde que connaître le nom de quelqu'un, c'est avoir du pouvoir sur lui. Et d'ailleurs seul le lutin sera nommé, les autres sont toujours définis par leur métier ou leurs lien de famille: le meunier, le roi, la fille du meunier, le messager...

- Le Manoir de Coatbily ( légende bretonne), met en scène un endroit qui existe réellement, près de quimper. On raconte que le manoir était envahi la nuit par les korrigans, pas dangereux, mais extrêmement énervants, qui rendent chèvre le châtelain et sa famille en faisant du tapage à la manière d'esprits frappeurs. La solution proposée pour se débarrasser des korrigans est la suivante: leur tendre un piège une nuit de grand vent, en faisant en sorte que leur entrée fasse tomber et disperser un sac de son ou de plumes. Les Korrigans sont tenus par leur nature de tout rassembler, et si les plumes s'envolent au vent, il ne pourront pas tout récupérer, et meurtris dans leur orgueil, partiront casser les ripatons à quelqu'un d'autres. Je sais donc pourquoi il n'y a pas de Korrigan à Avignon: le Mistral entte 120 et 160 jours par an ( Le nom Avignon même signifierait " ville du grand vent" ou "seigneur du fleuve"). Un climat à ne pas mettre un Korrigan dehors.

- La Tarasque ( légende provençale), tiens puisqu'on parle d'Avignon, cette histoire se passe à proximité de chez moi, entre Avignon, Arles et le Thor, et principalement Tarascon. Un monstre y sévissait au début du premier siècle, dévorant les troupeaux et causant beaucoup de dégâts. La bête sera finalement capturée par Sainte Marthe, qui passait par là. Et c'est vraiment le cas: expédie avec quelques copines saintes, dont 3 sont prénommées "Marie", sur un radeau, depuis le proche orient, " allez, on est gentils on ne vous massacre pas, on vous envoie sans bouffe sur un radeau en pleine mer, en espérant que vous couliez, bon vent", elles arrivent totalement par hasard près du delta du Rhône, zone absolument repoussante, pleine de marécages et où personne ne viendrait volontairement. C'est l'origine légendaire du nom " Les Saintes-Maries-de-La-Mer", à l'endroit où elles auraient débarqué. En tout cas la légende est bien connue ici, on la raconte dès l'école primaire, fait partie du folklore et des fêtes locales. Elle est si connue que des os fossilisés trouvés dans le sud ont fait nommer leur préhistorique possesseur " Tarascosaure" en 1991. Je me dis que c'est peut-être même l'origine de la légende, popularisée à la Renaissance: si un pinpin de l'époque a trouvé un squelette de dinosaure, il aura alors pensé à la légende du dragon local. Sans savoir que la bestiole en question ne crachait pas de poison, mais devait être très dangereuse malgré ses ridicules petites papattes avant, et sa taille plutôt modeste.
Taille estimée à partir d'un seul fémur, mais qui sait si ce n'est pas un jeune qui aurait pu devenir bien plus gros comme les autres abélisauridés. En tout cas on est loin de la version mythologique: tête de lion, 6 pattes, carapace de tortue

Tiens, il est temps de demander à l'IA de bing de me le générer, histoire de se marrer.
"Un monstre à six pattes, une tête de lion, de grandes dents pointues, une crinière noire et une carapace de tortue . Il a des pointes le long du dos et une longue queue de serpent"
Y'a de l'idée, mais, 6 pattes, et une queue de serpent, pas une queue double avec une tête de serpent au bout!

6 pattes, tu ne sais pas compter jusqu'à 6? Mais j'aime bien sa tête de dragon-lion indonésien, qui est un bonus, puisque je ne lui ai pas dit que le monstre est supposé être la progéniture d'un monstre asiatique

la queue est mieux, mais je n'ai pas mes 6 pattes, tudieux!

- Le briquet ( Andersen): un conte totalement amoral!On peut être le type le plus mahonnête, et cupide, et panier percé, et voyeur,  du monde et devenir roi du Danemark. Je suppose que c'est le sel de l'histoire, et qu'Andersen y a discrètement mis un sens trèèès politique.
Un soldat en manoeuvre rencontre une sorcière sur la route. elle lui indique un arbre magique qui est la porte vers la richesse: sous l'arbre, il y a une grande salle dotée de trois portes, derrière chaque porte il y a un chien qui garde un trésor. Chaque chien a des yeux plus grands que le précédent, et garde un trésor plus important que le précédent. Elle prête donc au soldat un objet magique permettant de neutraliser les chiens, lui dit de prendre du cuivre, de l'argent et de l'or autant qu'il en veut, et pour elle, elle ne veut rien qu'un vieux briquet, qui se trouve là, un souvenir de famille oublié par sa grand mère des années plus tôt. Le gars ne se le fait pas dire deux fois, et remonte avec le pognon et le briquet, mais comme la sorcière ne veut pas lui dire à quoi sert le briquet, il la décapite. Cash!
Le gars, très riche va donc à Copenhague, mener la grande vie, entend parler de la fille du roi, qui est une belle femme, même que "personne ne l'a jamais vue, mais c'est une princesse, donc elle est forcément belle". Le jour où il se rend compte que le briquet permet d'invoquer les chiens et qu'ils peuvent comme un génie du proche orient, il va les utiliser pour aller reluquer la fille pendant son sommeil, l'enlever, se faire choper, échapper à la pendaison en invoquant ses chiens, leur faire attaquer le roi, devenir roi à sa place et épouser la fille, en échange de ... rester vivant.
Bref le conte se finit bien, mais... pas pour les valeurs morales qui sont bafouées du début à la fin, puisqu'on en déduit que " bah, être âpre au gain, tuer une vieille, enlever une fille et prendre le pouvoir par la ruse, c'est pas si grave, si à un moment donné, on a fait acte de générosité en distribuant de l'argent aux pauvres ". Andersen ne m'avait pas habituée à si peu d'honnêteté, elle est où, ta morale chrétienne, Hans-Christian, habituellement tu nous la colle partout?

-L'oiseau Phénix ( Andersen), haaa, on est sauvé, il se rattrape en liant l'histoire du Phénix au paradis, aux anges, à Adam et Eve. De ce fait, le phénix n'est pas pour lui une idole ou une légende païenne, mais quelque chose de tout à fait compatible avec le milieu chrétien. J'attendais qu'il symbolise l'espérance de retrouver un jour le paradis, mais ... non. C'est pour lui la lumière, le souffle lyrique, l'inspiration, qui n'a pas de frontière et son nom (on en revient à connaître le nom comme une formule magique) est Poésie.
J'ai du mal à considérer cette courte histoire comme un conte, plutôt comme une variation sur une légende, et je me demande comment est écrit le texte en danois: poème en prose avec effets littéraires, ou poème rimé, je suis à peu près sûre qu'il y a là des effets littéraires.

Ce qui est dommage dans ces histoires, c'est que dans le fond, le programme du titre soit assez peu suivi: fées: dans la première histoire plus 2 sorcières. Ogres: personnages secondaires de l'Anneau D'or. Lutins: un seul et des korrigans.
Mais le phénix ou la tarasque n'ont rien à faire là, plutôt dans une recueil sur les animaux fabuleux.
Plusieurs contes ont pour point commun, l'appât du gain ou du pouvoir.. mais là encore, plusieurs n'ont pas grand chose à voir.
Les contes de divers pays, pourquoi pas mais là encore, il y en a deux de Grimm et deux d'Andersen, ça aurait été plus intéressant d'en insérer d'autres hors Europe. C'est bien d'avoir choisi des textes assez peu connus, au lieu du Chat Botté, de Hansel et Gretel ou de la Reine des Neiges, et d'avoir chercher des  choses moins courantes.
Mais oui, cette hétérogénéité me gêne, elle fait un peu trop pagaille, et donne l'impression que le tout n'a pas été envisagé avec une vraie idée générale.
Sur les pages " jeux", je les ai plus ou moins passées, l'absence de  réponses fait que le livre est inutilisable par un enfant hors contexte scolaire ( même les parents ne pourraient pas apporter une réponse définitive à certaines questions qui relèvent plus de l'opinion personnelle ( que symbolise ceci ou celà, à quel autre conte cette histoire fait -elle penser.. sachant que la typologie des contes est si vaste que selon la culture personnelle du lecteur, ça peut être tout et n'importe quoi; quelle est la morale de cette histoire? Typiquement, je ne pense pas que ma réponse " l'appât du gain est mauvais, mais on a la droit de décapiter quelqu'un sur un coup de colère, et de pénétrer la nuit par effraction dans la chambre de quelqu'un pour peu qu'on soit riche et puissant" ou " l'appêt du gain et l'emploi de la violence, c'est pas si grave, si tu te maries honnêtement avec la fille à la fin ( sans lui laisser le choix de refuser)" soient validées par l'éducation nationale.
Et là encore, la morale peut être totalement différente selon la culture personnelle du lecteur... N'oublions pas que " les gens moches, vieux ou pas très malins sont forcément mauvais et on a le droit de les harceler, voire de les tuer", c'était acceptable à une certaine époque, mais plus en 2023, heureusement.