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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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jeudi 13 octobre 2022

Le temps qui passe

Parce que j'en parlais hier au sujet de Billy Brouillard, et que mon admiration sans faille pour Charles Baudelaire est maintenant connu des visiteurs ici..

Hop, comme ça pour le plaisir, quelques textes de Charles, qui correspondent bien au temps qu'il faisait lors de ma visite du cimetière cental, tiens... Le temps qu'il fait, le temps qui passe...

L'horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! "

 

Il y a une vingtaine d'année ce texte avait été mis en image de manière brillante sur la page " perte de temps", mais l'animation était en flash, et flash, n'existant plus, la page existe encore mais n'est plus accessible, nous narguant d'un ironique " pour visualiser la page, mettez flash à jour".
Il faudra donc se contenter de ma mise en musique par Mylène Farmer, que je trouve assez réussie malgré un synthé très daté.
Le texte me plaît en ce qu'il imite la rythmique du tic-tac en destructurant les alexandrins d'un vers à l'autre. Les rimes embrassées donnent un effet de balancier, les  24 vers de 12 syllabes rendent les 24 heures du jour divisés en quarts d'heures, les allitération en t  rendent le tic tac.. c'est brillant.

Même thématique quoique moins connu du grand public, moins réussi de mon point de vue (8 quatrains d'octosyllabes, le chiffre 4 est mis en avant, et.. crest moins efficace de mon point de vue comme construction. Je suis moins fan des rimes plates, il faut dire)

L'examen de minuit

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit :
- Aujourd'hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d'un hérétique ;

Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau
Le faible qu'à tort on méprise ;
Salué l'énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière ;

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L'ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !...
- Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !

L'ennemi, dans le texte du même titre, c'est le temps , qui passe, qu'on perd.. tout autant que le spleen et l'ennui.
(Rimes croisées cette fois, vous les aurez toutes eues)

L'ennemi

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Allez, encore un que j'adore ( la construction du texte va de plsu en plus vers l'étroitesse, du ciel, vers la toile d'araignée au fond du cerveau).. Le temps et l'ennui entraîenent l'angoisse, et personne, à mon sens ne sait la rendre aussi bien que lui

Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Hum, allez, cette fois ce n'est pas Charles mais il y a une logique ( voir la dédicace des fleurs du mal)

L’HORLOGE

      Vulnerant omnes, ultima necat.
La voiture fit halte à l’église d’Urrugne,
Nom rauque, dont le son à la rime répugne,
Mais qui n’en est pas moins un village charmant
Sur un sol montueux perché bizarrement :
C’est un bâtiment pauvre, en grosses pierres grises,
Sans archanges sculptés, sans nervures ni frises,
Qui n’a pour ornement que le fer de sa croix,
Une horloge rustique et son cadran de bois,
Dont les chiffres romains, épongés par la pluie,
Ont coulé sur le fond que nul pinceau n’essuie.
Mais sur l’humble cadran regardé par hasard,
Comme les mots de flamme au mur de Balthazar,
Comme l’inscription de la porte maudite,
En caractères noirs une phrase est écrite ;
Quatre mots solennels, quatre mots de latin
Où tout homme en passant peut lire son destin
« Chaque heure fait sa plaie, et la dernière achève. » — (Théophile Gautier, L’Horloge)

oui, elle a été repeinte

jeudi 23 juin 2022

Le corsaire - George Byron

Quoi de mieux pour un tour du monde de la littérature étrangère que d'y intégrer une histoire de voyageurs. En l'occurence des pirates qui écument la méditerannée sur leur bateau. Le mois anglais part en vacances en Grèce.

Et ça aura été l'occasion d'apprendre le prénom de Byron, que je ne connaissais pas, et de lire cet auteur célèbre, que je n'avais pas encore lu. J'avoue que le choix est venu parce que j'ai vu mentionné l'adaptation scénique en Russie du texte de Byron. Bon, mon retour ayant été plus que précipité, je n'ai même pas eu le loisir de décider si j'irais la voir ou pas ( mais il y a toujours la solution facile: en fouillant le net, il y a des captations)

Hissez haut, on part à l'aventure. A l'abordage! ambiance "musique de films de pirates" ou Bouzouki,  ou encore une adaptation par Verdi, au choix.


Alors attention, je vais être critique, j'ai été assez consternée par ma lecture, eu égard à la célébrité de l'auteur. Et donc, comme il faut que j'explique, ça va spoiler et à grands coups de sabre d'abordage!

Faisons donc connaissance avec le héros de l'histoire, le redoutable pirate Conrad, qui comme son nom ne l'indique pas est grec, et qui terrorise avec son équipage l'est de la méditerranée, et en particulier la flotte turque. Corsaire est un abus de langage, rien d'officiel dans leur activités, il s'agit bel et bien de pirates.
La description que Byron fait de Conrad est... disons pour le moins étrange, car bien qu'il soit décrit précisément, il est difficile de s'en faire une idée. On sait qu'il est de taille moyenne, d'allure sportive, le teint mat, brun aux cheveux ondulés, le goût de l'aventure. Franchement, dit comme ça, c'est vendeur, il aurait du succès sur "peeratic.com" ou sur "plunder".

En tout cas, jusque là, c'est mon genre de gars, donc je demande à voir. Regardons de plus près son profil:

Pseudo: Conrad_la_terreur_ de_Méditerranée

En Bref: Propriétaire d'un bateau, j'aime l'aventure et les jolies femmes. Femmes d'action ok, mais seulement si elles ne tuent personne pour m'aider, ça me complexe qu'une faible  femme vienne à ma rescousse.

Loisirs: j'aime le pillage, les rapines, le butin, les sous, la grosse thune, les actions d'éclat, faire peur aux gens et les lampes décoratives.

Qualité principale:  je suis né pour être le chef. Mais je suis un peu sentimental: par exemple je ne laisse pas mes subalternes massacrer des faibles femmes devant moi, c'est pas gentil.

Défaut principal: j'ai des tendances suicidaires, mais je suis aussi très indécis et j'ai parfois du mal à savoir si je veux vivre ou mourir. Les deux à la fois.

Valeurs personnelles: on peut tuer mille personnes sans remord dans le feu de la bataille, mais trucider nuitamment pour sauver sa peau celui qui vous a fait prisonnier et veut vous faire executer sans jugement, c'est lâche et indigne d'un pirate.

Photo de profil
longs cheveux bouclés, yes! Bon, je ne suis pas fan de la moustache... mais bon, je ne critiquerai pas ouvertement la moustache d'un pirate ronchon qui a un sabre à la main.

Mais, pour tout le reste, son apparence est si étrange qu'elle met les gens mal à l'aise, car l'homme est passé maître dans l'art de cacher ses pensées. Par contre il n'est pas doué pour cacher le fait qu'il cache des choses. On voit comme le nez au milieu de la figure et la moustache juste en dessous qu'il est louche. Et donc pas franchement le type sympa et avenant, plutôt une bonne tronche de conspirateur. Ce caractère très renfermé, très sombre, voire carrément sinistre fait qu'il est craint de tous, y compris de ses subalternes.
C'est beaucoup moins mon genre de gars, d'un coup.

Et pourtant ce type intraitable a une faiblesse, sa nana, Médora (et là je vous laisse le temps de ricaner, comme je me le laisse aussi) qui est une parfaite femme de marin, attendant le retour de celui qui passe parfois la voir en coup de vent:
" je suis venu te dire bonjour. Bonjour. Ca m'a fait plaisir de te voir. Je repars.
- tu restes quand même dîner avec moi?
- non j'ai des trucs de pirate à faire, on mangera ensemble dans quelques jours si je suis encore en vie d'ici là. Allez, je pars: j'ai une furieuse envie de piller. Pense bien à allumer la lampe en haut de la tour, pour que je retrouve l'île en revenant"

C'est presque ça. Et là, j'étais déjà en train de regretter qu'elle ne soit pas une femme de pirate, prenant au minimum à bras le corps la gestion du repaire, à défaut d'être elle même une vraie de vraie piratesse.
Non, elle reste à se lamenter dans son phare " ouin, il est parti, que vais-je devenir?" ( heu suggestion: un individu autonome, je te propose de commencer par apprendre que tu peux exister et même penser en l'absence de quelqu'un. Après un cran au dessus dans l'autonomie: tu apprendras à lacer seule tes chaussures...)

Oui, je sais, Byron n'était pas réputé pour être le plus féministe des auteurs, mais là, c'est un non-personnage: à part son nom un peu "gentil toutou" on sait juste qu'elle a les yeux bleus et des tresses brunes. Et la personnalité, disons, moins d'un phare que d'une lampe de chevet ( vous connaissez le " test de la lampe"? Si dans un roman, un film, ou autre, vous pouvez remplacer un des personnages par , disons, une lampe, et que le scénario ne change pas d'une virgule, c'est que le personnage ne sert à rien.  Or la différence flagrante entre Médora et une vraie lampe, c'est que parfois une lampe a du génie)

Et donc pendant que Médora, très décorative, reste assise à ne rien faire en s'ennuyant comme un rat mort, Conrad et ses camarades vont mettre la peignée aux méchants turcs et à leur chef le Pacha Seyd, avant qu'il ne décide d'attaquer le premier, car il déteste les pirates...
Mais comme pirates ne veut pas dire" gougnafiers sans foi ni loi", ils font quand même gaffe à sauver les femmes du harem, avant de foutre le feu aux bâtiments.

Bonne idée: Gulnare, la favorite du sultan, qui se pensait déjà cuite au sens le plus littéral, se dit qu'elle va devoir le remercier de l'avoir libérée de sa condition d'esclave. Et que, bon, il n'est pas mal le moustachu, elle se le taperait bien elle lui exprimerait volontiers sa gratitude en tête à tête. Mais RETOURNEMENT DE SITUATION, siiiii imprévisible: une poignée de pirates mal organisés attaque une forteresse remplie à ras bord de gardes professionnels armés jusqu'aux dents, et ils perdent la bataille. Quelle surprise!
Mais ouf, Gulnare qui a un minimum d'instinct de survie et sait à quoi sert sa cervelle, se met à réfléchir: "Adieu la liberté. Bon, à moi de trouver un moyen de les libérer. Comme ça p't'être que je pourrai partir avec eux et si tout se passe bien, devenir la nana de leur chef, monter en grade, me débarasser du chef, m'approprier le bateau et voguer à l'aventure yo-ho!" Hélàs, cette dernière partie n'est pas mentionnée par Byron.

Ni une ni deux, Gulnare entreprend de manipuler le pacha, en lui faisant miroiter que la bande des pirates étant amoindrie, il serait judicieux de relâcher le chef: il est affaibli et sera facile à reprendre, mais surtout il a amassé au cours de sa turbulente carrière des trésors qu'il serait  trop bête de laisser perdre: relâche-le, surveille-le de loin,  suis-le jusqu'aux trésors et empare toi en même temps des sous et du pirate, elle est pas cool mon idée?
Sauf que le pacha a bien compris qu'elle essaye de le doubler: "fais gaffe, on ne me la fait pas, il t'a sauvée, tu veux te me quitter pour lui, garce! En fait, il pourrait bien me prendre l'idée de faire une double exécution du pirate et de la traîtresse."

Mais Gulnare n'est pas Médora, c'est une femme d'action, qui revient donc nuitamment expliquer à Conrad: "je m'en fous que tu sois casé, je t'aime, et je vais te libérer. D'ailleurs, si ta dulcinée tenait à toi, elle serait déjà là pour le faire, moi j'dis ça comme ça...Et en plus en t'aidant, je m'aide aussi, sinon je reste esclave du pacha juqu'à ce qu'il en ait marre de moi et me fasse jeter dans un sac à la mer. Allez, on se casse ensemble, chiche. Par contre, pour sortir, il faut passer par la chambre de Seyd qui dort, et un petit peu le tuer pour pouvoir s'enfuir".

Conrad est un homme de principes: buter des tas de gens ouvertement n'est pas un problème, poignarder nuitamment son ennemi qui dort, c'est mal, etc... donc, devant tant de chichis, Gulnare va le faire elle-même, et ce faisant... gagne le mépris de Conrad.

Attention moment WTF n°1: Seyd mort, Conrad la suit, tout en la détestant, parce que c'est une criminelle qui a osé poignarder quelqu'un lâchement.
OUI MAIS, en même temps, il lui doit la vie et l'espoir de revoir son île et de rallumer sa lampe. Donc il ne peut pas trop la détester.
OUI MAIS, il se déteste encore plus qu'il ne la déteste, parce que c'est lui qui est responsable: c'est pour lui qu'elle a tué quelqu'un " ha, je suis un misérable parce que par ma faute une femme, une faible créature faite pour la douceur, a commis un acte criminel" ( heu, non, elle te l'a dit, si elle ne l'avait pas buté, impossible de sortir, et elle et toi vous feriez un double mixte au bout d'une corde le lendemain)

Et pendant ce temps, chez la très peu brillante gardienne de phare: elle voit revenir une barque avec quelques uns des compagnons d'armes, mais sans Conrad. Se disant qu'il est mort, et qu'elle n'a plus personne à aimer, elle n'a donc plus à craindre de le perdre et peut faire sa vie... ( Ok Médora, c'est bien de tenter, ne perds pas espoir: penser, c'est pas évident quand on n'a jamais fait ça)
Oui mais là, l'un d'eux lui dit " En fait il a été arrêté, il est en prison, il n'est pas encore mort, tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir".

Et là moment WTF n°2: tant qu'elle pensait qu'il était mort, elle rafermissait sa volonté. Il est peut être vivant. Elle flanche, ha, je n'en peux plus de ce tourment il n'est peut être pas mort celui que j'aime,  DONC ( un bon gros"donc" qui n'a aucun sens) elle se suicide. Pof, la lampe s'éteint. Et Conrad revenant, la trouve morte, verse 2 larmes (oui, mais des larmes de pirate, c'est rare!) puis se tire en barque, abandonnant tout le monde: Gulnare, ses assistants-pirates et un cadavre à enterrer. FIN

J'ai rarement lu un développement psychologique aussi n'imp' dans une oeuvre. Et on n'excusera pas la chose par l'âge, son contemporain Frankenstein est largement mieux mené. Moll Flanders est plus ancien, mais le développement psychologique de l'héroïne était crédible. Mieux, l'Illiade et l'Odyssée sont complètement plus anciens et réussissent à avoir des personnages plus crédibles. Là, tout le monde est tellement perché, que ça devient drôle.

Alors oui je sais, héros romantique tout ça, tout ça, ça me passe au dessus, je ne suis pas romantique pour deux ronds. Mais au moins Goethe avait un sens de l'humour qui rendait Werther supportable (et il y a pire, je ne vous ai pas parlé de René, qui m'a donné envie de le claquer à chaque page, j'ai horreur des personnages geignards. Au moins Conrad n'a pas ce défaut)

Il y a même des moments où l'auteur nous dit sur plusieurs strophes qu'il n'en a pas grand chose à brosser et nous décrit le coucher de soleil puis le lever de lune sur la Méditerrannée avant d'enchaîner que " ha, en fait ça n'a pas de rapport avec mon histoire, c'est beau et pittoresque, mais on n'est pas là pour ça".
Par contre, il nous dit à l'envi que Conrad n'est pas né méchant, qu'il a été poussé à devenir mauvais par les circonstances dans sa jeunesse et... non, ça, il ne nous le racontera pas, alors que ça a complètement à voir avec son histoire et que c'est pertinent . Mais oui, c'est ça que je veux savoir: comment il en est arrivé là! Je suppose que Jojo a eu la flemme de réfléchir à trouver des raisons au comportement de son héros.

Mais, bon sang, elle n'est pas finie ton histoire! C'est que le début, il y a seulement 3 chapitres!
Je veux savoir moi, ce qui va arriver à Gulnare, si elle va devenir piratesse à son tour vu que c'est une femme d'action et que le chef s'est barré, presque en lui laissant le bateau. Si Conrad, dégoûté des aventures maritimes et ne pouvant plus voir un phare en peinture, va décider de changer de vie et pourquoi pas de devenir le gentil gars qu'il aurait du être.
Ou au minimum, Jojo,  raconte leur passé: où et comment a-t-il trouvé Medora, comment elle s'est retrouvée dans un phare sur une île perdue au milieu de rien, et comment un chef pirate a-t-il pu s'intéresser cette nana qui n'a pas grand chose sous les tresses, ça, ça aurait été un minimum intéressant. Bref, quelque chose qui donne une raison de s'intéresser tant soit peu aux personnages.
Mais là, il n'y a pas de toile de fond, les personnages n'ont pas d'histoire, et sur les 3 principaux, un est purement décoratif. Tous les autres sont des PNJ 😞

Enfin, à défaut de me convaincre, Byron m'aura faite rire avec la tentative de suicide de Conrad (nuit d'orage hors de sa cellule: il tend ses chaînes au dehors en espérant que la foudre vienne le griller, alors que jojo vient justement de nous dire  1- qu'il est indifférent à son sort et à sa prochaine execution, et donc s'en fout totalement de passer de vie à trépas 2- qu'il s'inquiète de savoir ce que deviendra Médora, qui ne sait pas encore manger toute seule qui ne peut pas vivre sans lui, et donc préfèrerait ne pas mourir quand même. Mais pourquoi tu veux te suicider dans ce cas, crétin?)

En fait voilà ce qui s'est passé dans ma tête pendant toute ma lecture:

pirates + Angleterre.
"Les pirates bons à rien"
Oui, j'ai vraiment imaginé Gulnare avec une fausse barbe

Mais, je vais quand même prochainement redonner une chance à Byron, car dans l'édition électronique se trouve Lara, un second texte. Je n'aime pas rester sur un échec.

traduction ici ( ancienne par Amable Regnault)
texte en anglais

Comme il s'agit de poésie, j'ai quand même cherché un enregistrement en VO du texte.. et... impossible. J'ai trouvé nombre d'autres textes, mais la seule version du corsaire enregistrée ici est en espagnol. Dommage j'aurais probablement plus apprécié de l'entendre que de le survoler aussi en VO ( même si la musicalité poétique ne règle pas la pauvreté narrative et les personnages bons pour l'asile)
et comme Byron est on ne peut plus classique:

Classique anglais XIX° siècle
Etape anglaise

23/06: c'est l'été, il fait chaud, le mois anglais est en vacances au bord de la mer: thématique Seaside.
et bon, c'est raccord: les pirates, ça navigue sur la mer, hein...


vendredi 19 novembre 2021

Poésies de Vahan Terian

 Il y a peu, j'ai consacré un sujet aux nouvelles de Boulat Okoudjava, écrivain, chanteur, compositeur soviétique d'originne géorgienne (et ce fait ressort souvent dans ses nouvelles, ne serait ce que par opposition à son célèbre "compatriote moustachu").
Mais si je connassais l'auteur j'ai découvert en lisant et en cherchant des informations qu'il était le petit-neveu de Vahan Terian, l'un des plus célèbres poètes arméniens.
J'avais hésité entre apprendre les bases de l'arménien et du géorgien, il n'en fallait pas plus pour m'intriguer, puisque malgré l'importante communauté arménienne qui vit en france, la littérature, et encore plus la poésie du pays nous sont inconnues. Certes, la poésie est une des choses les plus difficilées à traduire, et en ce qui concerne l'arménien, vu que je ne connais rien à la langue, je ne peux pas dire dielle procède par rimes, et vers de longueurs codifiées, comme en français, ou par alternance de suyllabes accendtuées ou non accentuées comme en russe ou en allemand.

Je trouve UNE anthologie de poésie arménienne traduite en français. Epuisée bien évidemment.

Faisons donc connaisance avec l'oncle, après avoir parlé du neveu.

Donc Vahan Ter-Grigorian, dit Terian  (1885- 1920, oui c'est malheureusement jeune, il est mort de tuberculose): un copain de Maxime Gorki. Pour faire plaisir à rachel, je le mentionne, mais aussi parce que c'est important d'un point de vue littéraire, il se place plutôt du côté des gens modestes, du peuple.
Pour ME faire plaisir, et parce que c'est aussi important pour la littérature, je précise que l'ami Vahan était polyglotte, et outre l'arménien, le géorgien et le russe, il a étudié le français le latin, l'arménien classique, l'arabe et le persan, et a traduit Baudelaire en arménien.
Rien qu'avec ça, j'ai déjà une énorme sympathie pour le monsieur, et pour enfoncer le clou, je vous rajoute sa photo

Mazette! sacré beau gars, je n'ai jamais caché mon faible pour les bruns aux yeux foncés.
Si j'avais vécu vers 1900, tonton Vahan aurait été carrément mon genre, autant au physique qu'au mental


Mais puisqu'il est mort et enterré, contentons nousde lire ce qu'il a écrit:
voilà les rares textes que j'ai pu trouver traduits en français:

Je viendrai ( trad: Louise Kieffer)

Moi je viendrai, quand tu resteras seul

Sous les ombres mélancoliques du soir

Quand tu enterreras tes rêves brisés

Et t’éloigneras découragé…


Moi je viendrai comme une chanson oubliée,

Tissée de prières, d’amour et de fleurs,

Quand dans ton cœur sans vie, affluera le chagrin

Je t’appellerai vers d’autres rives.


Moi je viendrai quand tu seras triste,

Quand tes rêves seront dissipés pour toujours,

Je prendrai ta main je prendrai ta peine

J’allumerai d’autres lumières dans ton âme…

Mon Tombeau ( trad: Louise Kieffer)


Vous, ne vous approchez pas de mon tombeau,

Soudain s'éveille une envie de pleurer à chaudes larmes

Mon cœur ne trouve pas un seul pleurs.

Que mon tombeau reste au loin.


Là où sont morts le tapage, les chants et les voix,

Qu'autour de moi s'étende un silence éternel,

Qu'on ne se souvienne plus de moi, qu'on m'oublie !

Vous, ne vous approchez pas de mon tombeau.


Laissez se reposer mon cœur fatigué,

Laissez-moi rester au loin, seul,

Que je ne sente pas que l'amour existe, et les chimères et les pleurs.



Chant jubilatoire au souvenir impérissable de
Stépan Chahoumian ( trad: Gérard Hekimian)

Ton cœur comme un autel en feu, tu fus l'incendie,
Ton cœur brûlé aux nuits piégées, tu fus l'incendie.

Ton cœur rongé par la passion , tu fus l'incendie,
Ta folle fièvre, égide amour , tu fus l'incendie;

Contre-noirceur du monde au mal , tu fus l'incendie,
Comme un drapeau semblable au sang , tu fus l'incendie,

Au loin, sans gîte à ta folie , tu fus l'incendie,
Rose de feu ton cœur ardent vécut l'incendie.

Témoin levé sur son bûcher, tu fus l'incendie,
Ton cœur de feu comme soleil , tu fus l'incendie…

En tout cas, ça me parle et je ne suis pas du tout surprise qu'il ait choisi de traduire Baudelaire.
Voilà la traduction en anglais d'un texte arménien.. qui éveille chez moi une sensation familière

to an unknown girl
(Walking toward and past me)

Light is failing, night is falling.
House to house the dark comes calling.
A stranger walks toward me, alone,
her face familiar as my own.

As in fairy tales, the fountain dances
beside us, blessing our passing glances.
Her calm gait, her rhythmic stride
continue into what I write.

Fate's gift: this moment occurs,
luminous and without words
like a scene from a romance
but just a small happenstance.

Familière aprce que je ne peux pas ne pas penser à " à une passante", de Baudelaire. Réminiscence, hommage, pastiche.. en tout cas il y a une.. correspondance.

et là aussi, c'est baudelairien en diable ( ou en diablesse)

I love your dark and wicked eyes

I love your dark and wicked eyes, as deep
as the mysterious evening is deep, and dark
as the spell that dusk casts. I love the vast
seascape of your eyes where sin
hesitates like twilight before flickering past
where luck and chance have been.
I love your eyes, their drunken golden haze,
eyes that magnetize the lost like wordless beams
and torture the soul with their pitiless
caress. I love their dark and mysterious depths.

НЕЗНАКОМОЙ ДЕВУШКЕ ( à la fille inconnue, traduction en russe cette fois)

Вечер в сумраке плыл седом,
Мгла ходила из дома в дом.
Я в пути тебя встретил вдруг,
Незнакомый мой, близкий друг.

Песню звонкую пел родник,
Был понятен его язык.
Легких ног оставляя след,
Шла ты — вечера нежный свет.

Как нежданная радость, ты
Мне явилась в лучах мечты.
Вдаль увел тебя пыльный путь, —
Никогда тебя не вернуть.

Перевод Т.Спендиаровой



Par contre je maitiens que je préfère la traduction de poésie qui préfère garder le sens du texte, plutôt que de vouloir recréer des rimes.

En vo: http://www.teryan.com/vt_Poetry_mtnshax.html
c'est très beau, mais je n'y comprends rien. je vois des récurrences graphiques  en fin de ligne qui peuvent faire penser à des rimes, mais rien n'est sûr..

en anglais. http://www.teryan.com/vt_Poetry_english.html

Et en russe. a défaut de pouvoir lire l'arménien dans le texte, je peux me faire une idée via les autres langues, de l'esprit de l'auteur. En tout cas à priori de ce que lit me plait, sa sensibilité personnelle me parle... et en effet, la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre, c'est aussi un peu ce qu'on peut trouver chez son célèbre petit neveu.

Je ne dis pas qu'ils se copient les un les autres, mais... ça me fait plaisir de voir une continuité, même ténue, entre Charles, Vahan et Boulat
ET c'est frustrant de ne pas pouvoir lire les textes en vo

vendredi 9 avril 2021

coup de foudre littéraire!

Et je ne pouvais pas passer sous silence ce fait, en particulier aujourd'hui. C'est parti pour une authentique déclaration d'amour à un auteur. Et ça, même le 14 février, je ne le ferai pas.

Car oui, il en va de l'art comme d'autres émotions et il m'est arrivé d'avoir des coups de foudre artistiques, en musique, en spectacles, en peinture, en littérature... Et pourtant je ne suis pas un coeur d'artichaut.

Dont un qui ne s'est jamais démenti, ni affadi.

J'ai fait connaissance de Charles en 1994. Et entre lui et moi, c'est à la vie à la mort. Et ce, bien qu'il soit déjà... très mort. Depuis le 31 aout 1867 très exactement.

Je ne manque jamais une occasion lorsque je suis du côté de Montparnasse , d'aller lui rendre une petite visite, lui raconter les nouvelles " tiens, tes textes ont été traduits et enregistrés en russe par un acteur, c'est étonnant de voir de quelle manière ils ont été adaptés dans une autre langue..."  et après je vais voir Robert, mon autre coup de foudre littéraire qui habite à quelques pas, dans un autre carré...non, pas de jalousie dans ce domaine. Pas pu aller voir l'ami Sergei qui lui, passe son éternité dans un autre cimetière. J'ai parfois encore d'autres enthousiasmes, mais les trois sont ceux vers qui je reviens, encore et toujours. Parce qu'ils savent me parler.

Cependant, Charles a une place à part, premier amour littéraire, ça ne s'oublie pas.
Or aujourd'hui pile mon Charles préféré fête ses 200 ans (et j'ai fêté mes 44 ans avant-hier, on n'a finalement que 2 jours de différence lui et moi.. à une poignée d'années près, c'est vrai), il me fallait le célébrer dignement!

Et c'est bien simple, de Charles, j'aime tout: son oeuvre poétique, son oeuvre en prose, ses critiques , ses aphorismes, et bien sûr ses traductions. Même quand il est moins inspiré, il parvient encore à me plaire et ne m'a jamais déçue.

Pourquoi une telle passion?
Parce qu'il est inclassable.

Pas vraiment classique, bien qu'il ait beaucoup usé de la forme sonnet, qu'il tord en tout sens pour en briser le rythme, tout en respectant souvent à la lettre les conventions de rimes.

Plus vraiment romantique, bien qu'il se laisse parfois aller à des élans lyriques.

Pas encore symboliste non plus, même s'il a posé les jalons du mouvement.

Parnassien à la rigueur, dans son approche de l'art pour l'art, sans toutefois avoir la froideur et l'impersonnalité des parnassiens, et en tout cas, il n'en a certainement pas la retenue. Au contraire dans ses textes, Charles est partout. On n'écrit pas " Mon coeur mis à nu" quand on est un parnassien.

Inclassable et c'est bien pour ça que je l'aime autant, j'aime les originaux et les moutons noirs, qui ne peuvent pas se définir en 2 mots. J'aime son axiologie inversée. J'aime son goût du voyage, réel ou mental. J'aime son approche éminemment sensorielle de la littérature.

Voyons, maintenant, vous devriez avoir deviné de qui je parle avec autant d'affection.

Charles n'était pas ce qu'on pourrait appeler un beau gars. Mais avait ce regard perçant des gens qui sortent vraiment du lot. Voir .. tiens, Edgar Poe, par un hasard troublant.

Il n'y a pas que moi d'ailleurs qui suis sous le charme, voici ce que Gustave a écrit à Charles:

« … depuis huit jours, je le relis, vers à vers, mot à mot et, franchement, cela me plaît et m’enchante. — Vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme. Vous ne ressemblez à personne (ce qui est la première de toutes les qualités). L’originalité du style découle de la conception. La phrase est toute bourrée par l’idée, à en craquer. — J’aime votre âpreté, avec ses délicatesses de langage qui la font valoir, comme des damasquinures sur une lame fine. […] Ah ! vous comprenez l’embêtement de l’existence, vous ! […] Ce qui me plaît avant tout dans votre livre, c’est que l’art y prédomine. Et puis vous chantez la chair sans l’aimer, d’une façon triste et détachée qui m’est sympathique. Vous êtes résistant comme le marbre et pénétrant comme un brouillard d’Angleterre ».
Je sais beaucoup moins bien écrire que Gustave, mais c'est ce que je ressens. En tout cas c'est un compliment fabuleux qu'il fait à son collègue écrivain.

Un autre Charles en dit
« tout concorde à l’effet produit, laissant à la fois dans l’esprit la vision de choses effrayantes et mystérieuses, dans l’oreille exercée comme une vibration multiple et savamment combinée de métaux sonores et précieux, et dans les yeux de splendides couleurs ». Il parfaitement perçu la particularité de son écriture. Charles n°1 était il synesthète? " Correspondances" me donne à penser que oui.

Evidemment, ce n'est pas un secret, on plaît rarement à tout le monde, et surtout lorsqu'on sort du lot et qu'on ne se limite pas à la tiédeur, en égratignant au passage les conventions de son époque.
Louis Goudall en dit: « Baudelaire a réussi à se faire passer dans le monde des lettres pour un poète de génie » quand on voit comment, à la publication de ses poèmes, sa « réputation et [son] talent […] se brisèrent en mille pièces », ajoutant : « Je défie bien la postérité d’en retrouver un morceau ». "Comment pourrait-il en être autrement", explique-t-il, "devant l’ inspiration puérilement prétentieuse », l’« entassement d’allégories ambitieuses pour dissimuler l’absence d’idées », la " langue ignorante, glaciale, sans couleur  et le goût partout affiché pour l’immonde et le scabreux. Non, décidément Baudelaire  ne sera plus cité désormais que parmi les fruits secs de la poésie contemporaine ».

Simple question:

En 2021, qui connait Baudelaire au moins de nom? Les fleurs du mal, Le spleen de Paris, Mon coeur mis à nu, ça devrait évoquer quelque chose.
Bon, et maintenant, qui se souvient de Louis Goudall? Auteur de "Hermine de village" ou du " Martyr des Chaumelles" (merci Google)

C'est bien ce que je pensais. La postérité a tranché. Qu'on aime ou pas c'est une chose. Mais j'ai vraiment du mal à comprendre comment Goudall arrive à considérer " glaciale et sans couleur" l'écriture de Baudelaire. C'est tellement éloigné de la réalité que je ne vois qu'une explication: la bonne vieille jalousie. Celle qui vous fait dire " ils sont trop verts et juste bons pour des goujats".  Je note que c'est un auteur tout à fait mineur qui est le plus virulent. Flaubert a su reconnaître sans détour le talent de son contemporain, et ça, c'est la marque d'un esprit supérieur. Seul quelqu'un de conscient  de son peu de talent - et frustré par ce fait - et à l'auto-estime vaillante a pu à ce point se sentir menacé. 

Donc allons-y...

Pour moi le texte suivant est le texte phare de la poésie de Baudelaire, et celui, de toute la littérature francophone,  que j'aurais aimé écrire ( je cherche encore un monsieur amateur de littérature à l'opulente crinière brune à qui je pourrais le lire parce qu'après tout, la littérature et les émotions artistiques n'ont ni genre, ni âge, ni pays...bon une langue oui, et il vaut mieux comprendre le français ou être sensible à la musique et à la sonorité. Ou alors juste se laisser aller au plaisir des sons)



Charles (pré) symboliste:

LA CHEVELURE
Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure

Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !


La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.


J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève !
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?


Pourquoi? Je vous le disais, approche éminemment sensorielle (et sensuelle ici aussi), mais ce texte entremêle sans cesse les impressions visuelles, sonores, tactiles, gustatives, olfactives avec l'imagination, la mémoire.. Sans gradation, sans échelle de valeur, sans les placer simplement l'une après l'autre. C'est une fête des 5 sens. Sans oublier le cerveau et l'imagination qui mêle allégrement tout ça.

Donc "glaciale et sans couleur", vraiment?

Dans la même veine:


Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


Je répète, une écriture glaciale et sans couleur? Est-ce que Goudall a ouvert le livre? 

Charles Romantique (au sens le plus strict du mot, dans la mouvance de la littérature germanique)

Les Litanies de Satan

Ô toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Ô Prince de l’exil, à qui l’on a fait tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l’amour le goût du Paradis,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Ô toi qui de la Mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l’Espérance, — une folle charmante !


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d’un échafaud,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi dont l’œil clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi dont la large main cache les précipices
Au somnambule errant au bord des édifices,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
De l’ivrogne attardé foulé par les chevaux,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui, pour consoler l’homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles
Le culte de la plaie et l’amour des guenilles,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

Père adoptif de ceux qu’en sa noire colère
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,


Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !

PRIÈRE
Gloire et louage à toi, Satan, dans les hauteurs
Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence !
Fais que mon âme un jour, sous l’Arbre de Science,
Près de toi se repose, à l’heure où sur ton front
Comme un Temple nouveau ses rameaux s’épandront !


Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

Evidemment, dans une période de bienséance religieuse, écrire une prière au diable en détournant la forme " litanie" n'a pas plu à tout le monde.
Vous connaissez aussi mon affection pour le diable de la cathédrale de Liège.
Plus Lucifer que Satan, mais c'est bien Lucifer qui est décrit dans la première strophe.





Oui il y aura du "encore". Charles va revenir tout au long de l'année, j'en fais mon invité très spécial.
Donc il y aura des sujets qui lui seront dédiés, je ne sais pas encore, analyse d'un texte en particulier ( et pourquoi pas d'un des précédents) ou chronique sur un livre, j'en ai un aussi lié à ses pérégrinations à Paris, catalogue d'une exposition que je n'ai pas vue ... Le voyage est un texte très long qui ne peut être mis intégralement ici et mérite au moins un sujet dédié.
De plus j'avais également mentionné au sujet du Spectre de la Rose l'influence de Théophile Gautier ( "poëte impeccable" à une époque où le mot s'écrivait encore avec un tréma. Mais il y en a d'autres, évoqués dans les phares ou le thyrse (le personnage évoqué dans le thyrse est.. aussi un de mes compositeurs préférés, je vous le dis, Charles et moi sommes en harmonie)
Mais en cette année des 200 ans de mon auteur favori, il est impensable de ne le mettre à l'honneur qu'une fois.

et quel classique!


vendredi 2 octobre 2020

Littérature, spectacles, fantastique: le spectre de la rose- T. Gautier et C.M von Weber

Non, je ne vous ficherai absolument pas la paix avec les spectacles, le théâtre et la danse cette année.Et comme on est encore plus ou moins coincés chez nous  et que les spectacles reprennent timidement, mais sans assurance que les salles ne soient pas refermées d'ici quelques jours: C'est vendredi, je vous emmène au théâtre.

Parce que finalement pas mal de spectacles sont adaptés de textes littéraires ou de contes. Qui sont remplis à ras-bord de : sorciers, sorcières, créatures mythiques, divinités, monstres, revenants. Donc une mine pour le mois halloween.

Et qui dit littérature fantastique dit XIX° siècle, et il y a du beau monde, ne serait-ce que pour la France: Théophile Gautier, car l'auteur du Capitaine Fracasse et du roman de la Momie était aussi un amateur de fantastique et particulièrement d'histoires de fantômes (la cafetière, par exemple), Prosper Mérimée ( La Vénus d'Ille, Lokis) ou plus inattendu Alexandre Dumas (1001 fantômes).

Sans parler de l'Allemagne, Heine, les nixes, mais... en fait non, non je ne pourrai pas passer les contes de ETA Hoffman sous silence très longtemps. Ne serait-ce que par l'adaptation faite par Offenbach de plusieurs textes fantastiques ( avec entre autres donc une poupée mécanique et une apparition inquiétante, un fantôme, un pacte démoniaque...)

Difficile de trouver un portrait de Théophile qui ne donne pas l'impression d'être au bord du gouffre.
Jeune, ça allait, vieux,c'était"Théo-la-déprime" ou" Théo-les-valoches"
Ou peut-être a-t-il été lui même hanté et subi les insomnies causées par les fantômes?

On commence donc gentiment avec Théophile et un fantôme pas du tout effrayant.
Peut-on même imaginer - à part Casper le gentil fantôme - un spectre plus sympathique et si peu dangereux que l'esprit d'une fleur coupée qui vient tourmenter sa "meurtrière" sous forme de parfum? C'est adorable.

Extrait de la Comédie de la Mort, recueil de Théophile Gautier ( qui m'a l'air d'avoir eu un sacré bagou pour draguer, un peu baratineur quand même. Mais bon, on ne va pas s'amuser à comparer avec la qualité de la poésie deux siècles plus tard, on en pleurerait. Il me suffit de savoir que mon idole littéraire absolue l'admirait pour que Théo gagne des points avec moi)

Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.
Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
À ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.
Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Écrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser.

J'adore cette allitération en"p" de la première strophe, et celles en "s(s)"

(De mon côté, je suis Idéfix: il est absolument interdit de m'offrir des fleurs coupées, je suis capable, vraiment de vous envoyer... sur les roses. Mais bon, dans le doute, il parait qu'il y a un moyen de ressusciter la plante, la dame du texte ne le connaissait pas, elle aurait donc pu apaiser l'esprit en faisant repousser un rosier entier, et avoir la satisfaction de profiter du parfum des fleurs tous les jours sans les sacrifier. Il suffit d'une pomme de terre , la poésie y perd ce que l'horticulture y gagne)

Alors donc, adaptation?

Adaptation! L'avantage c'est que c'est très court, moins de 10 minutes pour un spectacle. C'est déjà pas mal pour un poème de trois strophes.

Mais je tiens d'abord à souligner ce qui peut faire tiquer: les costumes. Oui, c'est très bizarre. Mais ils sont estampillés 1911, et, pas plus qu'on ne pourrait changer la chorégraphie, on ne change les costumes. C'est comme ça, c'est gravé dans le marbre.


Positif: la dame a une jupe longue, personnellement je préfère ça aux tutus qui ressemblent à une fraise de la Renaissance autour de la taille.
Négatif: elle a un chapeau qui évoque un bonnet de nuit couvert de crème fouettée.

Positif: première fois dans l'histoire de la danse que le monsieur a le rôle principal, au lieu d'être un faire valoir qui se contente de soulever la dame le plus haut possible. Et interpréter le rôle d'un parfum requiert un bon talent d'acteur.
Négatif: Tenue de natation 1910 avec bonnet de bain à fleurs. Soyons honnêtes, ce n'est pas évident de trouver quelque chose pour habiller quelqu'un en parfum (la suggestion " et s'il ne portait QUE du parfum?" pour tentante qu'elle soit, était irrecevable en 1910. Et s'avèrerait douloureuse en pratique, vu les sauts que fait le spectre)
Voilà les costumes, ça, c'est fait.

Donc le résultat est à la fois très curieux et super mignon, ni vraiment classique ni vraiment moderne. C'est un duo qui n'en est pas vraiment un: les danseurs ne se regardent pas la plupart du temps et se touchent à peine, ce qui est logique, puisque l'esprit est impalpable et invisible. Ce n'est que quand la femme est en plein rêve qu'elle peut l'apercevoir et essayer de le poursuivre, d'où le côté complètement aérien. Le tout sur le "rondo brillant en ré bémol majeur"de Carl Maria Von Weber, alias" Invitation à la valse" , morceau pour piano solo réorchestré par Berlioz, qui a le don de me mettre de bonne humeur. Ce très court spectacle m'a donné un sourire immense.

Et forcément, quand on a l'un des meilleurs sous la main , pourquoi en changer? Je fais donc appel une fois de plus à mon fil rouge brun, le grand Nikolaï.
Et il reviendra encore parce que d'une part: talent et charisme. Et ce qu'il fait avec ses bras et ses mains est fascinant, j'ai rarement vu quelqu'un avec des mains aussi expressives, même pour du mime par exemple - et puis je vais avoir besoin d'illustrer d'autres sujets, et j'ai beau essayer de regarder d'autres interprètes, je ne suis pas convaincue, alors autant continuer avec le même. Surtout qu'il y a de quoi raconter à son sujet, même sur le plan humain.

Et d'autre part, alors qu'il est parfois difficile de trouver des sources vidéo de qualité, ou de plus de quelques minutes, il a accepté, pour ne pas dire encouragé, de laisser mettre en ligne des centaines d'heures d'archives, relativement récentes, initialement destinées à lui-même, pour évaluer ses propres prestations ( donc on n'y voit malheureusement pas toujours les spectacles en entier, il n'est pas rare qu'un artiste demande à des amis de le filmer pour pouvoir juger de ce que voient les spectateurs depuis la salle, de ce qui peut être amélioré...et en général on devient dans ce cas le spectateur le plus intransigeant du monde pour soi-même :D . Mais vu qu'à l'époque on filmait avec un caméscope à cassettes, difficile de capter la totalité d'un spectacle, ou l'intégralité de l'action quand le but est d'isoler justement un interprète dans un groupe.)

Probablement en grande partie aussi pour faire enrager ses anciens employeurs, qui aimeraient bien faire oublier qu'il a un jour bossé pour eux. Il ne les a pas officiellement mises en ligne lui-même, mais pour qu'une chaîne "non officielle" ait accès à des archives privées, c'est que le propriétaire les a mises à disposition*

Et donc troisième bonne raison: faire rager les rageux.


D'ailleurs, juste pour voir comment peut évoluer de manière impressionnante le physique de quelqu'un après des années d'entraînement intensif, histoire de rester dans la botanique, je vous renvoie comparer la rose avec Narcisse je vous assure que c'est le même interprète (comme quoi, il ne faut jamais désespérer à la vue d'un ado un peu maigrichon, ça peut finir par s'arranger)

*Donc il faut que j'explique, parce que les médias européens, en tout cas non russophones n'ont pas parlé de cette affaire, ou alors de manière très imprécise, à chaud, et sans en donner la conclusion.

Episode 1 du feuilleton " les tuiles de Nikolaï", à se demander s'il n'a pas été victime d'un envoûtement.

Histoire de dingue: gros bras de fer de la vedette avec le théâtre du Bolchoï qui, suite à un très gros différent avec la direction. L'artiste a découvert et mis au jour des magouilles, des bricolages pas jolis-jolis, des irrégularités dans les recrutements..., a fait son syndicaliste, les a portés devant un tribunal, parce que c'est quelqu'un qui ne peut absolument pas la fermer quand il y a une injustice ou une malhonnêteté. Signaler les irrégularités à la direction c'est bien... sauf quand des gens hauts placés trempent dedans.

Son contrat n'a donc pas été prorogé et les gens corrompus sont restés en place
.
La direction a essayé d'effacer tout souvenir de sa présence sur scène: suppression de toute photo où il figurait, pas d'édition en DVD ou VOD des spectacles où il a participé...comme s'il n'avait simplement jamais été là. Même dans les archives du Bolchoï présentant les vedettes des années passées. On y trouve des gens sur les X dernières décennies, mais... pas la moindre trace de son passage.

Petite précision qui a son importance: il a été la vedette masculine absolue de la troupe pendant plus de 15 ans, qui faisait salle comble quasiment rien que sur son seul nom. Oui, à ce point, et non, je n'exagère pas. Quand j'ai découvert cet artiste il y a quelques mois, et avant de chercher des sources en VO pour savoir de qui il s'agissait, n'ayant jamais vu son nom nulle part, j'étais loin de m'imaginer à quel point il était populaire dans son pays. Surtout dans la mesure où la danse est perçue comme un art très élitiste en France. Imaginez juste un danseur classique devenir plus célèbre que l'est un footballeur chez nous. C'est EXACTEMENT ça.

Les imbroglio juridiques entre l'étoile et sa direction ont passionné les journaux, les émissions TV, les amateurs de spectacles, et même les quidams lambda. Ce n'est pas tous les jours qu'il y a une énorme affaire juridique entre la direction du théâtre le plus connu du monde et sa principale tête d'affiche.

Et ça c'est juste la partie "gentille"
chapitre 1.2
Car il y a une suite, alors que Nikolaï a vu son contrat non renouvelé et est parti finir sa carrière ailleurs tranquillement, le directeur du théâtre a été attaqué. Pas en justice, à main armée. Et a publiquement accusé évidemment celui qui a été viré est parti d'avoir fomenté le coup. Et là encore, tribunal, procès...avant que le vrai coupable ne soit identifié. Un type discret et tranquille que personne n'aurait soupçonné. Ce qui cadre mieux avec une attaque en traitre que la grande gueule, bardée de diplômes en droit du travail - oui, il a été gravement malade et a occupé sa convalescence en passant entre autre des diplômes dans plusieurs domaines - qui rameute toute la justice parce qu'il est sûr et certain de ce qu'il avance. Mais dans l'idée de certains, pas de fumée sans feu, et une réputation ternie est difficile à rattraper, même lorsqu'on a été innocenté publiquement.
La première fois que j'en avais parlé, j'avais émis l'hypothèse, sans avoir de preuves, que ça pouvait être un casse-burettes patenté au tempérament de feu. C'est donc le cas, mais sur un plan juridique.
 
Je n'arrive même pas à déterminer si le gars est un poissard d'anthologie ou le type le plus chanceux du monde. Disons un poissard qui a une chance insolente pour les trucs vraiment graves et des nerfs à toute épreuve pour tout le reste. Je trouverai l'occasion de vous raconter comment Niko est revenu d'entre les morts, et ce n'est même pas une blague halloweenesque.

Donc, dans ce rose costume vintage qui peut faire sourire, il y a en fait un intellectuel érudit, qui parle couramment français et probablement d'autres langues, anime des émissions littéraires pour parler de sa passion pour la littérature classique et a je ne sais combien de diplômes dans je ne sais combien de domaines. Oui, ça paraît trop beau pour être vrai, mais la réalité dépasse parfois la fiction et il y a donc UN personnage de roman dans le monde réel. Me voilà réconciliée avec le monde réel.

Coeur géant! Ce monsieur a gagné mon admiration et mon respect définitifs et pas seulement pour son talent, son expressivité et son sourire franc et direct. Intellectuel féru de littérature et d'art en général, sens de la justice développé, je-m'en-foutisme total vis-à-vis des critiques et des potins, humour volontiers sarcastique et énergie à soulever des montagnes, voilà quelqu'un selon mon coeur! 👍

mardi 22 septembre 2020

C'est l'automne!

 Et je continue sur ma lancée avec quelques poèmes sur l'automne. Et dire qu'il y en a beaucoup , c'est un euphémisme, l'automne semble avoir particulièrement inspiré les auteurs


L'automne à Peterhof, probablement un des endroits les plus majestueux de la planète ( palais de Pierre Le Grand, rien que ça. Une pure merveille d'architecture et de jardins)

Et bien évidemment, à tout seigneur tout honneur: Pouchkine, puisque les deux extraits parlant respectivement du printemps et de l'été sont en fait tirés d'un long poème de 11 strophes ( plus une douzième inachevée) titré " l'automne". Lui et moi avons en commun de ne pas aimer ni le printemps ni l'été, mais d'adorer l'automne

( Les premières strophes situent le texte en octobre, puis descendent en flammes le printemps et l'été)

V
Дни поздней осени бранят обыкновенно,
Les jours de fin d'automne sont banals
Но мне она мила, читатель дорогой
mais elle* m'est douce, cher lecteur
Красою тихою, блистающей смиренно.
Magnifique et calme, elle est humblement brillante
Так нелюбимое дитя в семье родной
Comme un enfant mal aimé par sa famille
К себе меня влечет. Сказать вам откровенно,
M'atttire à lui. Pour le dire franchement
Из годовых времен я рад лишь ей одной,
Parmi les saisons, elle est la seule à me réjouir.
В ней много доброго; любовник не тщеславный,
Il y a en elle beaucoup de bon. Je ne l'aime pas pour rien,
Я нечто в ней нашел мечтою своенравной.
J'ai trouvé chez elle quelque chose comme un rêve capricieux.

VI
Как это объяснить? Мне нравится она,
Comment l'expliquer, elle me plaît
Как, вероятно, вам чахоточная дева
comme, vraisemblablement, une jeune phtisique
Порою нравится. На смерть осуждена,
parfois peut plaire. Condamnée à mort
Бедняжка клонится без ропота, без гнева.
La malheureuse s'incline sans murmure, sans colère
Улыбка на устах увянувших видна;
On voit un sourire sur ses lèvres fanées
Могильной пропасти она не слышит зева;
Elle n'entend pas le baillement des profondeurs de la tombe.
Играет на лице еще багровый цвет.
Sur son visage joue  encore un reflet pourpre
Она жива еще сегодня, завтра нет.
Elle est encore vivante aujourd'hui, mais pas demain.

VII
Унылая пора! Очей очарованье!
C'est un moment triste! Un charme pour les yeux!
Приятна мне твоя прощальная краса —
Ta beauté d'adieu m'agrée
Люблю я пышное природы увяданье,
J'aime le flétrissement somptueux de la nature
В багрец и в золото одетые леса,
La forêt habillée d'or et de pourpre
В их сенях ветра шум и свежее дыханье,
Le bruit et le souffle frais du vent dans les foins
И мглой волнистою покрыты небеса,
Et les cieux couverts d'une brume ondulante
И редкий солнца луч, и первые морозы,
Et le rare rayon de soleil, et les premières gelées
И отдаленные седой зимы угрозы.
Et au loin la grise menace de l'hiver.


VIII
И с каждой осенью я расцветаю вновь;
Et à chaque automne, je refleuris
Здоровью моему полезен русский холод;
Le froid russe est bon pour ma santé
К привычкам бытия вновь чувствую любовь;
Je ressens à nouveau de l'amour pour les habitudes de la vie
Чредой слетает сон, чредой находит голод;
Je rêve en quantité, j'ai faim en quantité
Легко и радостно играет в сердце кровь,
Le sang joue légèrement et joyeusement dans mon coeur
Желания кипят — я снова счастлив, молод,
Les souhaits bouillonnent - je suis à nouveau heureux et jeune
Я снова жизни полн — таков мой организм
Je suis à nouveau plein de vie - mon organisme est comme ça
(Извольте мне простить ненужный прозаизм).
(S'il vous plaît, pardonnez moi cet inutile prosaïsme)

*le mot automne est féminin en russe

Le joyeux Pouchkine ne peut as rester sérieux très longtemps et c'est justement pour ça qu'il est si particulier. En tout cas je partage pleinement son enthousiasme pour la forêt automnale.

et on retrouve l'enregistrement de l'excellent Innokenti Smotktunovski, à partir de 2'20 cette fois.

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Un autre auteur que je n'avais pas encore mentionné ici:
Konstantin Balmont. son nom ne sonne pas très russe et pour cause, il est d'origine écossaise ( tout comme Lermontov). Et hormis ses activités d'auteur il était également linguiste et traducteur.


Вы умрете, стебли трав,
Vous allez mourir, les tiges des herbes
Вы вершинами встречались,
Vos pointes se rencontraient
В легком ветре вы качались,
Vous vous êtes balancées dans le vent léger
Но, блаженства не видав,
Mais sans voir la béatitude
Вы умрете, стебли трав.
Vous allez mourir, les tiges des herbes.

В роще шелест, шорох, свист
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet
Тихий, ровный, заглушенный,
Silencieux, égaux, étouffés
Отдаленно-приближенный.
éloignés et approchants.

Умирает каждый лист,
Chaque feuille meurt,
В роще шелест, шорох, свист.
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet.

Сонно падают листы,
Les feuilles tombent ensommeillées,
Смутно шепчутся вершины,
Les cimes chuchotent vaguement
И березы, и осины.
des bouleaux et des pins

С измененной высоты
De différentes hauteurs
Сонно падают листы.
Les feuilles tombent, ensommeillées.

1899.

Trois strophes avec répétition du premier vers, c'est proche de la forme rondeau européenne, ce qui n'est apparemment pas très courant en poésie russe.
Je veux mettre en avant, ce vers,que je trouve très beau, au niveau de la sonorité ( allitération en " sh", avec en plus un de mes mots favoris " shelest"( bruissement, ce mot me plaît beaucoup et est entré spontanément dans ma mémoire)

В роще шелест, шорох, свист ( v roshè shelest, shorah, svist)

Malheureusement, j'ai beau fouiller le net,je ne trouve pas d'enregistrement.Un autre poème du même auteur aussi intitulé "l'automne", bien plus connu, existe dans une bonne dizaine de versions,  mais pas une seule de celui-là, dommage.

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Alexandre Blok, j'en avais aussi parlé au sujet de l'été. Un petit galopin cet Alexandre, à qui l'automne donne des idées

Золотит моя страстная осень
Mon automne passionné dore
Твои думы и кудри твои.
tes pensées et tes boucles.
Ты одна меж задумчивых сосен —
Tu es seule au milieu des pins pensifs
И поешь о вечерней любви.
et tu chantes l'amour vespéral.
Погружаясь в раздумья лесные,
En plongeant dans les pensées de la forêt
Ты училась меня целовать.
tu m'as appris à embrasser.
Эти ласки и песни ночные —
Ces caresses et ces chants nocturnes
Только ночь — загорятся опять.
S'embrasseront de nouveau - seulement la nuit.
Я страстнее и дольше пробуду
Je resterai plus longtemps et avec plus de passion
В упоенных объятьях твоих
dans tes étreintes enivrantes
И зарей светозарному чуду
Et à l'aube, d'un brillant miracle
Загорюсь на вершинах лесных.
je m'embraserai sur les cimes de la forêt.

Novembre 1902 

Pas de chance là encore, personne n'a enregistré les sensuelles images de Blok en simple lecture, j'ai juste trouvé une dame qui joue du piano et chante. Le poème a donc été mis en musique, mais le son est assez mauvais et on n'entend pas bien le texte, couvert par la musique. Donc plutôt qu'un son pas terrible, ce sera pas de son du tout.

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Comment passer sous silence mon poète préféré? Revoilà Serguei Essenine.

bon, voilà, l'auteur en tenue traditionnelle au milieu des arbres dénudés, ça fera "un peu automnal"
Pour plus d'information sur l'auteur lui même, et son étrange vie, j'en ai parlé ici et .


Cette fois la traduction n'est pas de moi, mais de Christian Mouze ( in Poèmes 1910 - 1925)

Тихо в чаще можжевеля по обрыву.
Осень — рыжая кобыла — чешет гривы.
Doucement, dans le genévrier, sur la pente
L'automne- jument rousse- démêle sa crinière

Над речным покровом берегов
Слышен синий лязг ее подков.
Sur le drap de la rivière qui recouvre les berges,
C'est un bleu cliquetis de fer à cheval.

Схимник-ветер шагом осторожным
Мнет листву по выступам дорожным
Le vent pélerin d'un pas prudent
foule le replat du feuillage

И целует на рябиновом кусту
Язвы красные незримому Христу.
et embrasse sur les sorbiers
les plaies rouges d'un christ invisible

1914-1916 гг. ( entre 1914 et 1916)

Hop, l'enregistrement

Et parce qu'il y en a un autre, plus tardif sur ce thème. Même traducteur et même recueil,je n'aurais pas traduit pareil, probablement de manière à coller un peu plus au texte avec lequel il prend quelques libertés)

По-осеннему кычет сова
En automne crie le hibou
Над раздольем дорожной рани.
Sur la blessure de la route
Облетает моя голова,
Alors ma tête choit
Куст волос золотистый вянет.
Mes cheveux blonds se fanent.

Полевое, степное «ку-гу»,
Hou hou! Des champs et de la steppe
Здравствуй, мать голубая осина!
Bonjour, tremble bleuté, ma mère!
Скоро месяц, купаясь в снегу,
Bientôt la lune, se baignant dans la neige
Сядет в редкие кудри сына.
s'assiera sur les boucles de ton fils.

Скоро мне без листвы холодеть,
Bientôt sans feuilles, je serai glacé
Звоном звезд насыпая уши.
Un tintement d'étoile à mon ouie
Без меня будут юноши петь,
Les jeunes chanteront sans moi
Не меня будут старцы слушать.
Les vieux ne m'écouteront plus

Новый с поля придет поэт,
Un nouveau poète viendra dans les champs,
В новом лес огласится свисте.
Un nouveau sifflement dans la forêt.
По-осеннему сыплет ветр,
Par l'automne le vent se précipite,
По-осеннему шепчут листья.
Par l'automne les feuilles parlent bas.

1920 г. ( 1920. L'auteur qui à l'air ici très désabusé a de fait.. 25 ans. Ceci dit, il ne survivra pas bien longtemps, poussé à la paranoïa par la politique de l'époque assez peu tolérante avec les extravagants, et par le classique abus d'alcool)
et cette fois, deux versions, une lecture 

Et une mise en musique par un certain Gueorgui Sviridov. En général j'ai du mal avec  les mises en musique d'Essenine, mais là, le côté vaporeux de la musique me plaît et c'est en plus chanté par un de mes chanteurs classiques favoris mort il y a bientôt 3 ans, et sa magnifique voix de baryton me manque beaucoup. Il faut que je me procure cette partition pour la déchiffrer, ce peut être un excellent projet linguistique et musical.


Rendez vous en décembre pour le solstice d'hiver!



samedi 20 juin 2020

C'est l'été...

Et je n'aime pas plus l'été que le printemps, je crains terriblement la chaleur.

Mais bon, sacrifions au rituel et au dieu du soleil...

Dajbog, (" dieu qui donne") dieu solaire slave et personnification de l'été.
J'avais déjà parlé de Yarilo comme dieu solaire, c'est vrai, mais il y en a plusieurs, Yarilo c'est le soleil du printemps, celui de la germination du blé, des forces vitales ( associé à sa soeur la déesse de la mort).Dajbog est le dieu du soleil estival et des moissons ( associé au dieu ou à la déèsse "Messiats", dont le nom signifie "mois "et "lune") fils du dieu du ciel.
ce n'est pas une bizarrerie d'avoir deux dieux solaires ou plus :Apollon et Hélios en Grèce, Apollon et Sol à Rome

Et qu'en est-il de nos amis poètes? donc une fois de plus, je traduis "à la sauvage" en essayant de garder les images plutôt que de faire joli en français.

On se souvient que Pouchkine, n'aimait pas le printemps, auquel il préfère l'hiver.
Sans surprise...

Ох, лето красное! любил бы я тебя,
Ho, l'été rouge! Je t'aimerais,
Когда б не зной, да пыль, да комары, да мухи.
S'il n'y avait pas la chaleur, et la poussière, et les moustiques, et les mouches.
Ты, все душевные способности губя,
Toi qui tortures toutes les compétences spirituelles sur nos lèvres;*
Нас мучишь; как поля, мы страждем от засухи;
Nous souffrons de la sécheresse comme les champs;
Лишь как бы напоить да освежить себя —
Hormis boire et se rafraîchir
Иной в нас мысли нет, и жаль зимы старухи,
Nous n'avons pas d'autre idée, et regrettons la petite vieille " Hiver" **
И, проводив ее блинами и вином,
Et en lui offrant des blini et du vin
Поминки ей творим мороженым и льдом.
Nous lui faisons une veillée funèbre avec des crèmes glacées et de la glace.

1833
* Très approximatif, difficile de trouver quelque chosequi ne soit pas boîteux en français
** hiver est un mot féminin en russe

enregistrement par Innokentyi Mikhaïlovitch Smoktounovskyi ( toujours extrait de " automne", de 1'46" à  2'17" décidément l'acteur m'amuse beaucoup tellement il est convaincu par qu'il fait. en tout cas il me donne un sourire immense. Je viens de vérifier, c'était un acteur de théâtre - ça saute aux yeux et aux oreilles - et qui a souvent fait des narrations et voix off au cinéma - ça ne m'étonne pas, il a un petit côté qui m'évoque Jean Topart et ce n'est pas un mince compliment)


Donc, qu'en pense Fiodor Tiouttchev?

«Летний вечер» Soir d'été

Уж солнца раскаленный шар
La boule brûlante du soleil
С главы своей земля скатила,
A touché terre de la  tête,
И мирный вечера пожар
Et le paisible incendie du soir
Волна морская поглотила.
A été englouti par le flot marin.
Уж звезды светлые взошли
Les étoiles lumineuses se sont levées.
И тяготеющий над нами
Et gravitant au-dessus de nous
Небесный свод приподняли
ont soulevé la voute céleste
Своими влажными главами.
Avec leurs têtes humides.
Река воздушная полней
La rivière rafraichissante
Течет меж небом и землею,
Coule entre le ciel et la terre,
Грудь дышит легче и вольней,
La poitrine respire plus légèrement et plus librement,
Освобожденная от зною.
Libérée de la chaleur.
И сладкий трепет, как струя,
Un doux tremblement, comme un jet,
По жилам пробежал природы,
S'écoulait dans les veines de la nature
Как бы горячих ног ея
Коснулись ключевые воды.
Comme si les eaux vives 
touchaient ses pieds échauffés.

1829

enregistrement ( je ne sais pas du tout qui est le récitant)

Pas de texte d'Anna Akhmatova cette fois,mais en voilà un d'Alexandre Blok, poète symboliste et autre représentant majeur du siècle d'argent

«Летний вечер» Soir d'été

Последние лучи заката
Les derniers rayons du crépuscule
Лежат на поле сжатой ржи.
couchent le seigle court dans le champ.
Дремотой розовой объята
Etreinte d'un rose ensommeillé
Трава некошенной межи.
L'herbe non coupée du "meja"*
Ни ветерка, ни крика птицы,
Ni petit vent, ni cri d'oiseau
Над рощей — красный диск луны,
Au dessus des buissons - le disque rouge de la lune,
И замирает песня жницы
Et la chanson des faucheurs meurt
Среди вечерней тишины.
Dans le silence du soir.
Забудь заботы и печали,
Oublie tes soucis et tes peines;
Умчись без цели на коне
Galope sans but à cheval
В туман и в луговые дали,
Dans la brume et les prairies
Навстречу ночи и луне!
A la rencontre de la nuit et de la lune

13 décembre 1898
( je viens d'en baver, vraiment. Poésie symboliste, il y a beaucoup de vocabulaire peu courant.Bon courage à qui voudra traduire Mallarmé en russe, le sonnet en X surtout)
Enregistrement

* définition de meja:étroite bande de terre non cultivée entre des exploitations agricoles voisines 
Je n'ai aucune idée de comment ça s'appelle en français. 😅

Contemporaine d'Anna Akhmtova, Marina Tsvetaïeva , l'autre poétesse célèbre du Siècle d'Argent.Etautrice également d'une biographie dePouchkine que j'espère lire, un jour.. quand j'aurai avancé mes dizaines de lectures en attente.

Летом En été

— «Ася, поверьте!» и что-то дрожит
"Assia, croyez-moi!", et quelque chose tremble
В Гришином деланном басе.
dans la basse que laisse échapper Grisha.
Ася лукава и дальше бежит…
La rusée Assia s'éloigne encore plus.
Гриша — мечтает об Асе.
Grisha rêve d'Assia.

Шепчутся листья над ним с ветерком,
Les feuilles murmurent au dessus de lui, dans la brise
Клонятся трепетной нишей…
Se penchent comme une alcôve frémissante*
Гриша глаза вытирает тайком,
Grisha sèche discrètement ses yeux,
Ася — смеется над Гришей!
Assia se moque de Grisha!
1910

*pour cette phrase-ci je ne suis pas vraiment sûre, ils est plutôt question d'une "niche tremblante", mais en français, niche est ambigu. j'ai plutôt l'impression que les feuilles encadrent l'amoureux éconduit, debout dessous comme une statue dans sa niche
 enregistrement ( dommage, la musique est hors sujet et trop forte, et le lecteur va trop vite)

Rendez-vous en Septembre pour ma saison favorite, et ce n'est pas Pouchkine qui va me contredire.