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jeudi 6 juin 2019

La Ravine - Serguei Essenine


Je sais, ce n'est plus l'hiver russe on a s'approche même de l'été, mais je termine mes lectures entamées qui attendaient patiemment la fin des examens pour être terminés.

J'avais déjà évoqué plusieurs cet auteur, le fil rouge de mon apprentissage de la langue, trop peu connu du côté ouest de l'Europe( car très difficile à traduire, dans la mesure où la quasi totalité de son oeuvre est poétique). Et de fait La Ravine est son seul roman en prose.. où surnagent quand même les images poétiques qui ont fait sa célébrité de son vivant et posthume.

Héros-limite, une maison d'édition suisse au catalogue très original, que je ne connaissais pas du tout
Je vois qu'ils ont édité deux textes de Daniil Kharms, que j'ai très envie de découvrir.
Traduction: Jacques Imbert



Déjà, situons, vu la taille du pays, ça ne fera pas de mal.
Les lieux mentionnés sont Tchoukhlinka et Ramenki. Tchoukhlinka est un lieu dit, situé actuellement dans la banlieue de Moscou, direction ESE, tandis que Ramenki est au SO de la capitale.
Voilà pour la situation géographique.
Mais à la lecture, cette histoire pourrait aussi bien se passer au fin fond de la Sibérie, tant le lieu dit " La Ravine" semble loin de tout.

Et de fait, c'est ce lieu dit qui va être le fil conducteur de la narration, le personnage central, les personnages humains vont, viennent.. et meurent beaucoup aussi.
Car ce qui est décrit, c'est la vie quotidienne des paysans pauvres dans la Russie de 1910 ( L'auteur, né en 1895 a 18 ans lorsqu'il rédige cet unique roman). Et on peut dire qu'elle est rude.

Tout commence par l'arrivée inopinée dans ce coin au milieu de nulle part de Kostia Karev, vagabond, qui par un concours de circonstance, se trouve mêlé à une partie de chasse avec Filip, plus ou moins garde chasse, et Vantchouk, paysan veuf et ivre du matin au soir qui essayer de séduire Olimpia, la soeur de Filip.
Kostia  se trouve plutôt bien à cet endroit et va y rester quelques saisons.

La raison qui a fat de Kostia un vagabond, c'est le mariage imposé par ses parents avec Anna, une femme qu'il ne déteste pas mais avec laquelle il n'a aucune affinités. Lors qu'il a découvert que celle-ci avait un amant, la solution lui est apparue toute simple: plutôt soulagé par cette chance providentielle partir. Laissant Anna aux mains de son amant et ses parents aux soins d'Anna.
C'est cet événement déclencheur qui va entrainer une foule de drames en cascade.

Kostia est pris en sympathie par le vieux meunier de la Ravine, parce qu'il ressemble à ce que serait devenu le neveu du meunier, s'il n'était pas mort très jeune dans un accident de chasse. A la mort du meunier, plutôt fortuné, qui économisait pour faire construire une église, Kostia hérite du moulin et de l'argent. trop peu pour une église, il songe à l'utiliser pour faire construire l'école qui manque cruellement dans ce coin... mais il n'en sera plus jamais question.
Et Kostia se mêle donc à la vie locale, développe une idylle avec Olimpia, plus tentée par cet étranger présentable que par son alcoolique soupirant officiel.

Mais Kostia n'est pas le genre d'homme à rester bien longtemps au même endroit: il tente de la convaincre de partir avec lui, mais Olimpia refuse, chevillée corps et âme qu'elle est à SA Ravine, et incapable de choisir entre son homme et son patelin.

Parallèlement à cette trame, une autre histoire se développe: la vie dans la famille de Kostia après son départ, qui suit son court... bien mal:une lettre reçue par les parents le déclarant mort, ils décident donc l'un après l'autre d'entrer en religion, laissant Anna seule, bientôt quittée par son amant, contraint à la mort de sa mère de rentrer chez lui.

Toute cette histoire est encore encadrée en quelques mots par la situation générale, peu brillante, de la Russie agricole: on est loin de tout, il y a bien eu quelques bruits au sujet de la révolte de 1905 à Saint Petersbourg, on a vaguement conscience de la guerre qui s'annonce, mais le problème reste le même:on vit tant bien que mal dans une quasi misère, il n'y a ni école, ni médecin, on s'adresse pour un enfant malade à la rebouteuse, et si elle déclare qu'il va mourir, hé bien, il mourra, c'est son destin, dieu l'a voulu. De toute façon, y aurait-il un médecin, il serait trop cher.
Sans parler des propriétaires terriens, qui, bien que le servage ait été aboli, continuent à exploiter et maltraiter les paysans, avec la complicité d'une police prompte à donner raison au plus riche.

Et donc, dans les magnifiques paysages bucoliques, c'est une multitude de drames qui se jouent, ponctuée de quelques moments de joie d'autant plus précieuse qu'on la sait éphémère.
Dans cette histoire, tout n'est que deuil et renoncement. Les hommes y sont à majorité lâches et les femmes doivent faire avec et renoncer.
On ne peut pas avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre, garder à la fois son amour et la Ravine. Alors on fuit, physiquement, symboliquement ou définitivement. Et pourtant malgré tout, cette oeuvre n'est pas déprimante. Plutôt résignée et mélancolique.

l'auteur, probablement à peu près au moment où il a dû écrire son roman
Rappelez vous, j'ai dit que l'auteur qui écrit cela, et qui connaît bien la vie agricole et ses difficultés a 18 ans.
Et il est étrange de voir à quel point le destin de Karev se rapproche de celui qui sera le sien: toujours en mouvement, ne pouvant rester à un même endroit ou avec les mêmes personnes que pour un temps limité, vagabond volontaire, chez lui partout, chez lui nulle part, voulant quitter la Russie et y revenant sans cesse...
Cette bougeotte l'a fait surnommer en France le " Rimbaud soviétique", je ne suis pas d'accord avec cette appellation si cliché qu'adore la littérature française, comme si l'un ne pouvait être que le clone de l'autre ignorant les particularités de chaque auteur. Oui ils ont des point communs, mais aussi de grandes différences, et, une telle appellation sur la fois d'une poignée de ressemblances (voyages, oeuvre poétique, et tendance au scandale) est injuste pour leurs talents respectifs.

Mais voilà, j'ai bien aimé, même si pour ma part, je reste quand même fan de l'oeuvre poétique d'Essenine.Il est bien dommage de se dire que ce talent en prose n'a pas été ré-exploité par la suite avec un peu plus de bouteille, mais après tout, l'auteur a choisi le mode d'expression qui lui convenait le plus, avec lequel il était le plus à l'aise.

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