samedi 11 août 2018

Sambre - Yslaire (et Balac)

J'avais déjà évoqué cette Bd, lorsque j'ai chroniqué " le ciel au dessus de Bruxelles" du même Yslaire, en disant qu'elle n'était pas du même niveau que Sambre justement.

Mais au moment de faire mes cartons avant de partir pour la Belgique et de laisser derrière moi mes chères BD pour un an au moins, j'ai cédé à la pulsion de la relire.

Voilà le crédo de Hislaire ( Yslaire, Sylaire), prénommé Bernard - comme son jeune héros.

« Je veux une histoire d’amour. C’est mon obsession, une histoire d’amour qui finit mal… J’ai envie de plonger dans une tragédie qui serait placée dans un cadre historique pour me ramener à cette littérature du XIXe qu’enfant, j’avais découvert dans la bibliothèque de mon père… Mais du Bossu ou des Trois mousquetaires, je n’ai retenu que l’histoire d’amour. La séquence finale de Robin des Bois, celle du bain de sang de Marianne, je l’ai relue dix fois et j’ai pleuré à chaque fois. Les livres m’ont fait beaucoup plus pleurer que les films ou les pièces de théâtre. Je voulais faire une bande dessinée qui provoque le même effet. »

On est prévenu, ce monsieur ne fait pas dans la demie mesure, ni dans la tiédeur.. il va y avoir dans cette histoire du sang de la violence et une bonne dose d'érotisme souvent macabre.




Tout commence.. au cimetière. Bernard et Sarah Sambre, tous deux roux aux yeux sombres comme leurs parents, enterrent leur père. On voit très vite que tout est assez malsain dans cette famille bourgeoise. Le frère et la soeur semblent toujours à couteaux tirés, s'adorent autant qu'ils se détestent. Raison de leur discorde? Leur père, connu de toute la région pour avoir sombré dans la folie longtemps avant son suicide. Bernard le craignait, Sarah l'adulait, et rend leur infidèle mère responsable de ce suicide. Elle se fixe désormais pour unique but de terminer "la guerre des yeux", l'ouvrage sur lequel travaillait Hugo Sambre avant de mourir, dans lequel transparait toute la folie de celui ci: seuls avaient droit d'entrer chez lui les personnes aux yeux sombres, les autres étaient persona non grata. La "guerre des yeux" était son credo, sa grande oeuvre, destinée à n'être lue de personne cependant, dans lequel il professait que la couleur des yeux est liée à l'origine et à l'avenir des humains, la supériorité des uns sur les autres aussi. Le pire étant les gens aux yeux rouges, ennemis des yeux sombres depuis l'aube des temps.






Il haïssait la bien nommée "Iris", autant qu'elle le fascinait, Iris la prostituée parisienne aux yeux... rouge sang, qu'il considérait comme une menace pour sa famille, sa némésis personnelle. Iris est morte depuis longtemps, mais elle a une fille, Julie, elle aussi brune aux yeux rouges.

Julie la voleuse, Julie la Braconnière qui épie Bernard en secret depuis toujours, depuis que sa mère lui a raconté que leurs destins sont liés.
Julie est passablement dingue elle aussi, dans son genre, et profite donc de cette occasion pour "vamper" ( le mot n'est pas exagéré) Bernard dans le cimetière. Lequel se laisse faire, il est jeune, naïf, idéaliste et sentimental, Julie est une jolie fille, et d'autant plus attirante que son père aurait totalement désapprouvé cette relation. Qui va mettre à feu et à sang ce qui reste de la famille Sambre.
Du village étouffant aux bas fonds de la rue des Innocents, de l'antre de Monsieur Saintange, trafiquant, recéleur et maquereau d'enfants, aux orgies mondaines de "Madame Liberté", du studio délabré d'un peintre à moitié fou aux barricades de 1848, c'est une histoire .. en rouge et en noir, servie par une palette de teintes sombres, sépia, gris orage.. en aquarelle somptueuse.

Yslaire seul aux commandes dès le milieu du second tome ( le scénariste Balac ayant quitté le projet à ce moment là) ne cache absolument pas ses influences littéraires:
le père Sambre se prénommait Hugo,les révolutionnaires des barricades semblent sortis des Misérables, Iris en robe rouge de bohémienne s'est jetée des tours de Notre Dame, Rodolphe semble une version adulte de Gavroche, mais aussi Poe - il sera question d'un cadavre emmuré comme dans le Chat Noir, d'autres touches évoquent le coeur révélateur, et encore Shakespeare : Sarah devenue folle et quasiment aveugle imagine du sang partout et passe son temps à se frotter les mains  et picturale ( la liberté guidant le peuple est un motif central)


Une oeuvre très littéraire, mais pas verbeuse, car elle ménage de longues planches muettes... allez, mini-reproche: on voit quand même venir la révélation sur les liens d'Iris et Hugo d'assez loin.

Yslaire a beau mettre en avant son histoire d'amour tragique, je n'aurais pas accroché s'il n'y avait pas eu toutes ces références et ce côté épique sur fond de révolution. Je ne suis pas du tout fan d'histoire d'amour lorsqu'il n'y a que ça, mais lorsqu'elle fait partie d'un tout, ça passe très bien. Et là, il y a justement le cadre ambitieux et les événements qui manquaient à d'autres titres de l'auteur.

Romantique? Oui absolument, au vrai sens du terme, avec sa majuscule.
Le terme est souvent galvaudé pour des choses nunuches, là on est en plein dans sa vraie acception, qui sous-entend une bonne dose de drame et de noirceur, la seule qui m'intéresse.


D'ailleurs, Sambre est plus qu'une BD, c'est son grand oeuvre, puisque outre ces 4 tomes d'origines parus entre 1986 et 1996 ( sous-titrés " deuxième génération" ) des suites sont en cours:  "troisième génération" a commencé à paraître depuis 2003 ( 5 tomes prévus, mais non terminé), "Dernière génération" est prévu ( 4 tomes).
Mais puisqu'on commençait à la deuxième génération, où est la première?
Elle a également paru sous le titre "  la guerre des Sambre", avec chaque fois 3 tomes évoquant la génération précédente ( Hugo et Iris, leurs parents, leurs grands parents...)
On remonte comme ça au fil des siècles. Je ne sais pas ce que valent les suites et les préquelles, mais je tenterai , vu que j'ai beaucoup aimé cet univers sombre, sensuel et violent, ce style graphique très personnel (qu'on aime ou qu'on déteste mais qui cadre bien avec le sujet: personnages souvent caricaturaux à l'exception des principaux protagonistes, couleurs volontairement restreintes, le dessin qui se précise et s'affine de tome en tome - 10 ans pour fignoler l'évolution, un peu raide au début, de plus en plus souple avec des cadrages plus audacieux)

sur les toutes premières planches, Bernard semble avoir 12 ou 13 ans à tout casser, ce qui rend la séquence sexy qui va suivre assez malsaine. On en sait pas au final son âge, mais il doit avoir plutôt 17 ou 18 ans.

Et depuis, l'auteur s'est confié sur.. une maladie génétique qui existe dans sa famille, se manifestant par... des problèmes oculaires,
un secret de famille qu'il semblait ignorer pourtant lors de l'écriture de sa série. Troublant.
Ici encore une page qui évoque les références historiques utilisées par Yslaire pour son oeuvre majeure, même sises personnages sont allégoriques pas question de faire dans l'à peu près au niveau de l'Histoire.

Voilà, relecture concluante, j'ai adoré ces quatre tomes ambitieux et flamboyants, qui concluent! Donc pour tenter une découverte de l'auteur, c'est exactement ce que je conseillerait. Une BD qui se classe facilement dans mon top 3 en franco-belge ( et je n'ai pas réfléchi aux deux autres!)

Par contre je croise les doigts pour que jamais, jamais il n'y ait d'adaptation cinéma. Les adaptations de BD sont à la mode et sont souvent des catastrophes. A l'extrême limite, une adaptation animée, mais pité, pas en prises de vues réelles. La force de la Bd, c'est justement son graphisme très travaillé et sa colorisation particulière, et je ne pense pas que ça serait retranscrit de manière convaincante.

mercredi 25 juillet 2018

Reprise officielle des études!

Youhou.. un mois que je me bats avec les paperasses, jamais les bonnes, pour le dossier d'inscription.

ca y est c'est officiel, j'ai eu confirmation il y a un quart d'heure: à la rentrée je serai donc à l'université Libre de Bruxelles en première année d'Histoire de l'art et archéologie orientation musicologie.


Je vais donc pouvoir faire une expérience de vie à l'étranger, même si ça n'est pas loin, et pendant AU MOINS un an faire ce que qui me plaît.

Mais voilà, j'ai le sésame tant attendu: un numéro d'étudiant et un numéro de lecteur.
Ne reste plus qu'à attendre encore 15 minutes pour me créer un compte officiel sur l'intranet de l'université et encore 30 autres pour aller payer la douloureuse.. et ce sera bon.

La prochaine mission est de dégotter un logement étudiant, j'ai déjà fait mes repérages. Bon on est au dessus de mes prix parce que tout a pris tellement de temps que les moins chers sont déjà partis. Et comme j'habite seule dans 39m² depuis 2 ans, je préfère quand même nettement le logement à 25m², plutôt qu'à 19, v'voyez.
Mais avec un peu de chance, ce sera plié avant la fin de la semaine, et je vais pouvoir tranquillement commencer mes cartons entre " je garde, mais je laisse ça au garde meuble, je garde et j'emmène, je donne, ou je benne au recyclage.

Amis belges, tenez vous bien, j'arriiiiiiiiiive. Ik kom!


mardi 10 juillet 2018

La laisse - Françoise Sagan

Voilà une lecture qui s'est glissée subrepticement au sein de mon mois anglais, partant d'une triple constatation

- quelqu'un a prêté ce livre à ma mère et comme je n'avais encore rien lu de cet auteur, c'était une occasion comme une autre, et elle pourra le rendre à son propriétaire.

-d'ailleurs, si les femmes sont bien présentes sur mon blog Japon, il y en a moins sur le blog général. La raison est simple: je choisis en général une lecture en fonction de son sujet, pas du genre de l'auteur.

- mais le fait est qu'il y a pas mal d'écrivaines,même célèbres que je n'ai pas eu l'occasion de lire ( Sagan donc, mais aussi George Sand, Marguerite Yourcenar ou Simone de Beauvoir par exemple. Bon je n'aime pas Duras par contre... le nouveau roman en général n'est pas mon truc) Mais donc , j'ai envie de faire une petite session rattrapage de ce côté ( je dois avoir au moins un titre de Colette et un de Sand en attente que je me décide.)



Et donc, peut être pas tous les mois vu le planning de ministre qui m'attend mais de temps en temps, je vais essayer de glisser un rattrapage hors challenge (pas forcément 100% nanas d'ailleurs, vu le nombre d'auteurs classiques que je n'ai pas encore lus, bien que certains occupent mes étagères depuis presque un quart de siècle, et même mes étagères virtuelles.

Et je commence donc par Françoise Sagan que je n'avais jamais lue. Ma mère aime bien ( de mémoire elle a surtout aimé "un orage immobile") et cette "laisse"-là qui a moins plus, mais pour moi c'était une découverte.

L'histoire d'un musicien pauvre qui s'est marié à une grande bourgeoise, au grand dam d'une belle famille qui ne voit en lui qu'un parasite et un raté.. il aurait rêvé une grande carrière de concertiste classique, qui n'a pas abouti.
Sa femme ne lui a jamais reproché ses échecs, ni de vivre à ses crochets, loin de là. elle a même tout fait pour que les choses continuent comme ça.
Sauf que pour une fois la chance sourit à Vincent, qui commence à se faire un nom, non comme musicien classique, mais comme compositeur de musique de film,et se rend compte, maintenant qu'il commence à gagner son argent, de toutes les anomalies de ces 7 dernières années: est-il normal pour un homme adulte de se laisser entretenir par une femme riche? Pire est-il normal d'accepter d'être infantilisé, et de recevoir de sa part de l'argente de poche tous les mois. Est-il normal de ne plus voir personne d'autre ou presque que ses amis à elle?

Peu à peu il se rend compte qu'elle lui a fait louper volontairement des opportunités d'emploi, que l'argument " tu as le talent d'être musicien classique, ne va pas te commettre dans une chose aussi vulgaire que la musique de films" est sans fondement, qu'elle ne s'est jamais vraiment intéressé à lui pour lui-même, et qu'elle l'aurait probablement bloqué aussi dans une carrière classique.Car ce que veut Laurence dans le fond, c'est un mari bien poli, effacé, sans plus de répondant qu'un enfant.. un joli petit toutou qu'elle tient en laisse.

L'histoire est connue.. dans l'autre sens: un homme qui va mettre sous cloche sa femme, on en a plein la littérature classique. Qu'on retourne la situation, et de suite, son absurdité apparaît clairement.. et c'est ça peut être le plus dramatique.

Mais quelque part, ça m'a parlé, parce que j'ai vécu ça, non avec un conjoint, mais avec un père manipulateur, pervers narcissique, possessif, jaloux, à contrôler en permanence qui étaient mes amis et a essayer de me mettre sous cloche.
Donc la situation du malheureux Vincent, je l'ai vécue, donc ça me parle.

Sans le paramètre argent, qui est très très important ici, dans le sens où en plus le héros se sent redevable à sa femme, et estime que tout l'argent qu'il gagne lui revient de droit, à elle, qu'il lui "rembourera" en quelque sorte le temps et l'argent qu'elle a "investi" dans leur mariage, etce d'autant qu'il se rend compte qu'elle ne l'a jamais vraiment aimé... ou tout au moins, qu'aimer quelqu'un ce n'est pas l'infantiliser et tout faire pour le faire échouer. Ni le critiquer sans cesse sur ses choix et jouer à la poupée avec en lui dictant jusqu'à sa tenue vestimentaire.

Et d'autres bizarreries se profilent; le beau-père fâché qui n'a jamais accepté son prolo de beau-fils, mais souhaite soudain se réconcilier depuis qu'il est devenu potentiellement riche, les amis de Laurence qui l'invitent depuis qu'il est devenu célèbre, et se battent presque pour lui vendre des choses ou lui donner des conseils " avisés" de placements. Ce qui signifie qu'il a donc gagné encore plus d'argent qu'il ne le croit, Et qu'il pourrait maintenant mettre les voiles sans difficultés et reprendre son indépendance.. si 7 ans de vie dans le confort et l'oisiveté n'avaient pas émoussé sa combativité pour se sortir de cette relation étouffante.

 Le récit est écrit à la 1° personne du point de vue de Vincent, et je n'ai pas souvent eu l'occasion de lire ainsi un récit écrit par une femme qui fait parler un homme en " caméra subjective", tiens.. les récits à la premières personne japonais sont plus classiques de côté: une autrice = un "je" de narration féminin aussi.

Donc j'ai bien aimé au final, même si ce n'est pas un coup de coeur absolu. si Françoise Sagan recroise ma route un jour, je tenterai peut être un autre livre, en tout cas.
J'avais vu une captation de sa pièce " Château en suède" que j'avais bien aimé aussi ( et qui m'avait d'ailleurs fait découvrir l'excellent Nicolas Vaude que je suis de loin en loin depuis, en tout cas pour sa carrière théâtrale), et je retrouve d'ailleurs dans la Laisse, qui est un roman des caractéristiques de pièce de théâtre. Peu de décors, des chapitres qui pourraient facilement correspondre à des scènes ( et même un final tout à fait dans les conventions du théâtre classique).

Et donc pas mal aussi pour commencer juillet.. et le festival d'Avignon,même si ça n'est pas  une pièce de théâtre, dans l'idée, on en est très proche.

lundi 25 juin 2018

L'excessive - Alexandra Lapierre

Un roman écrit par une française en plein mois anglais?

Hé oui, mais il se qualifie quand même car l'action se passe quasiment intégralement en Angleterre, pour la majeure partie de la vie de son héroïne, une duchesse anglaise du XVIII° siècle peu conventionnelle.
le portrait de couverture n'est pas un portrait de la vraie Elizabeth Chudleigh, mais de Jane Fleming-Harrigton.
Choix étonnant puisqu'il existe au moins un tableau représentant Elizabeth (voir en dessous)



Tout commence donc alors qu'Elizabeth Chudleigh,  a 13 ans. Orpheline de père, de petite noblesse sans titre et sans grande fortune, elle est jolie et vive et surtout dotée d'un sens de la répartie qui fait des ravage aurpès des messieurs du coin, jeunes ou moins jeunes. Tout la destine à une existence de campagnarde, mariée à un gentleman farmer aussi peu fortuné qu'elle, entre ses poules et ses vaches.
Sauf que la chance lui sourit lorsqu'elle rencontre le vieillissant monsieur Pulteney, politicien qui a ses entrées à la cour. Contre toute attente, Pulteney ne veut pas épouser la gamine: il est inconsolable de la mort de sa propre fille quelques temps plus tôt et décide donc de faire d'Elizabeth un substitut de la défunte. Il lui offre donc une éducation digne de ce nom, et plus tard, lorsque sa conversation et ses talents peuvent lui assurer une place dans la bonne société un emploi de dame decompagnie auprès d'Augusta, princesse deGalles et belle-ille du roi. Deuxième coup de chance, Elizabeth et Augusta s'entendent très bien, deviennent de vraies amies et la noble désargentée peut alors espérer une confortable vie, pour peu qu'elle arrive à ferrer un riche célibataire. Mais comme elle est très ambitieuse, ce sera un duc ou rien, et il va lui falloir beaucoup de persévérence pour arriver à ses fins..

Alors déjà, je tiens à le dire, c'est une lecture légère, rapide et facile. Loin d'être impérissable, et je confirme en ça le point de vue de la copine qui me l'a donné.
Le principal problème étant l'écriture, qui est assez plate, sans grande saveur.. très impersonnelle en fait. Ce n'est pas mal écrit, ce n'est pas non plus bien écrit, contrairement à ce que dit la chroniqueuse de elle en 4°de couverture. Disons, que c'est écrit correctement pour les gens qui ne lisent pas grand-chose à part les magasines féminins. Mais effectivement, on dépasse rarement le niveau rubrique à potins, et dont l'écriture est loin d'être au niveau qu'il le faudrait pour narrer les aventures de la pétulante et pétillante Miss Elizabeth Chudleigh, dont la particularité est justement d'avoir la langue bien pendue, la répartie facile et brillante, ce qui lui vaut pas mal d'inimitiés de la part des victimes de sa langue acérée,  mais pas mal aussi d'amitiés de la part de ceux qu'elle fait rire.

The real miss Chudleigh.

Ce personnage était du pain béni, ses aventures et déboires en font une sorte d'émule de Moll Flanders qui serait née du bon côté de la barrière sociale, les deux ont la même capacité à rebondir dans les situations adverses en gardant un optimisme indécrottable, tendance " ça aurait pu être pire".. Mais Alexandra Lapierre n'est pas Daniel Defoe...

Dommage car d'une part ça a été l'occasion de découvrir une sacrée nana doté d'un sacré culot, qui a réellement existé.

Dommage aussi car le récit se focalise tellement sur Elizabeth qu'il délaisse un peu les autres personnages, que ce soit la princesse Augusta de Galles, ou son sympathique mari le duc de Kingston, pourtant présenté comme un type bien sous tout rapport. Même son premier mari, le comte de Bristol, n'est que brièvement évoqué et seulement à travers le prisme de sa vision partiale ( elle l'a épousé nuitamment juste parce que c'était le meilleur parti disponible à ce moment, un mariage resté secret pour éviter les problème avec la famille du monsieur alors mineur, il réclame ses droits de mari légal , donc elle le perçoit comme un monstre. C'est un peu léger comme description... et ça ne fait pas un personnage qui est pourtant la némésis de l'héroïne)

Il y avait de la matière à un roman soit épique, soit humoristique, soit les deux.. le résultat n'est ni l'un ni l'autre, pas vraiment un roman de gare, plutôt un roman de plage ( ou de cure pour moi, je l'ai lu entre les soins respiratoires). On le lit sans déplaisir, mais, dans mon cas, sans grande passion. Je n'ai pas franchement été accrochée au point d'accélérer ma lecture pour savoir au plus vite ce qui allait arriver à Elizabeth, et ce uniquement à cause de cette écriture un peu molle et de ce parti pris uniquement centré sur elle. Vraiment dommage, ç'aurait pu être un bon livre s'il avait eu un peu plus d'ambition ( ce qui est paradoxal, lorsqu'on met en avant une héroïne caractérisée par son ambition). Distrayant, sans plus. Pas une déception, parce que je n'en attendais pas grand chose, en fait.

Passé des mains de ma copine aux miennes, il continuera donc son voyage en livre échange. Je vois qu'Alexandra Lapierre a aussi écrit un livre sur Artemisia Gentileschi. Ca aurait pu me tenter, mais.. non pas vraiment, je ne vais pas me précipiter dessus, vraiment l'écriture était trop fade pour moi.

jeudi 21 juin 2018

Henry Purcell ( 1659- 1695)

Hop, second billet musical pour le 21 juin, cette fois, ciblé, mois anglais oblige.

Bon, j'ai déjà parlé de la renaissance, de Gustav Holst, de William Hurlstone.

Mais pas  encore du plus connu des compositeurs anglais, que je gardais un peu comme icing on the cake,  quand on connait mon amour pour la musique baroque.

Comme je manque de temps pour rédiger, pour les détails de sa vie et de sa carrière, Wikipédia fera l'affaire.

Et donc directement, quelques un de mes airs préférés, dans la mesure du possible chantés par des anglais et anglaises. Ou au moins britanniques.

L'air de Didon ( Dido and Aeneas) Ici chanté par la mezzo-soprano Janet Baker ( toujours vivante au moment où j'écris!). Dans tous les cas , l'air peut être chanté par quasiment n'importe qui ( y compris contre ténor) en version concert, mais il s'agit bien d'une voix de mezzo-soprano ou d'alto dans l'opéra. C'est une reine, elle en impose, et la convention de l'époque c'était voix grave = personnage qui a le pouvoir.

L'air du génie du froid Extrait de King Arthur,  par le très drôle Christopher Purves, je sais que je l'avais déjà proposé ici, mais..

L'air en question a été transposé et a connu un grand succès en version contre-ténor chanté par Klaus Nomi dans les années 80, au point que pour le grand public c'est cette version aigue qui est la plus connue et presque la référence ( au point que même des femmes, y compris la très dispensable Arielle Dombasle l'ont chantée, enfin, massacrée. rien que d'y penser j'en frissonne. Mais de peur )
Là encore, c'est le génie, l'incarnation du froid et de l'hiver, une divinité. Ce ne peux pas être une petite voix aigue ( même si Nomi avec sa culture musicale faisait un bon boulot sur ce coup là, ses suiveurs.. beaucoup moins. Et j'y inclue Sting, que j'aime beaucoup par ailleurs, mais qui passe à côté de tout en lissant complètement le morceau et ses tremblements caractéristiques qui évoquent le froid justement. C'est un effet connu, on retrouve le même dans l'Hiver des 4 saisons de Vivaldi)

Music for a While. Par Alfred Deller. Là, on part dans les aigus, puisque c'est un contre-ténor. Et paradoxalement, c'est aussi une voix que j'aime bien, car elle sort de l'ordinaire et de plus Deller fait partie des gens qui ont remis la musique baroque , complètement oubliée au XX°siècle, sur le devant de la scène.

Music for the funeral of Queen Mary ( certains l'auront surtout entendu en version synthétisée dans Orange Mécanique), instrumentation d'origine par l'ensemble de John Eliot Gardiner. Les dissonances sont absolument somptueuses, surtout pour Man that is born of a woman. De la dentelle sonore!

Sortez les mouchoirs, c'est encore plus triste qu'un requiem. Composé en 1695 pour les funérailles de la Reine Mary, connue pour son goût de la musique, morte fin 1694, le morceau aura été rejoué...en 1695, pour les funérailles du malheureux Purcell, mort cette même année ( j'attire l'attention sur les dates tristement proches, en intitulé, oui, il est mort à 36 ans. En ayant laissé son nom)
Pour en savoir plus sur cette composition, considérée comme le chef d'oeuvre de son auteur: c'est ici.
De fait, lors des funérailles historiques de Mary, d'autres morceaux d'autres compositeurs, et surtout de Thomas Morley, avaient été joués, et seule la Marche, la Canzona et thou knowest lord de Purcell y figuraient.


Bon je vais alléger l'ambiance, pour terminer, avec deux petites chansons beaucoup plus joyeuses: parlons de banquets et de drague...

Bacchus is a pow'r divine...


 If Music be the food of love ... chante donc jusqu'à ce que j'en sois repu(e) de joie.

Je suis bien d'accord! Et d'ailleurs faut que je l'apprenne celle-là, dans le genre "plaisirs sonores" dont je parlais un peu plus tôt dans la journée, le texte du colonel Henry Hevenigham est joliment suggestif.
Ca  me changera de chanter quelque chose qui n'implique pas directement la mort de quelqu'un, ou qui ne soit pas les roucoulades d'une pure jeune fille un peu nunuche rêvant d'amour platonique.


If music be the food of love,
Sing on till I am fill’d with joy;
For then my list’ning soul you move
To pleasures that can never cloy.
Your eyes, your mien, your tongue declare
That you are music ev’rywhere.
Pleasures invade both eye and ear,
So fierce the transports are, they wound,
And all my senses feasted are,
Tho’ yet the treat is only sound,
Sure I must perish by your charms,
Unless you save me in your arms.

charming, isn't it?



la voix, arme de séduction massive!

21 juin, comme toujours un  sujet musique, ou plutôt sonore. Où je dévoile tout, tout sur mes obsessions auditives.

En fait, je suis tombée par hasard sur un extrait d'émission de radio, qui parle du pouvoir de séduction de la voix. Et bien sûr ça a résonné (c'est le cas de le dire) particulièrement chez moi.

L'émission: https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/pourquoi-la-voix-est-porteuse-de-desir
La transcription: https://labodessavoirs.fr/chroniques/effets-de-lamour-corps-voix-desir/

Si vous traînez ici depuis suffisamment longtemps, vous savez déjà à quel point ça s'adresse à moi. je suis un vrai petit coeur d'artichaut sonore. Dès qu'il s'agit de voix graves, je tends l'oreille attentivement.donc oui, pour me charmer, il faut avant tout charmer mes oreilles.
Donc oui, Barry White est cité en exemple, mais il y en a d'autres.

Comme le fait judicieusement remarquer l'animatrice, ce n'est pas simplement une question de timbre, mais aussi de respiration, de prosodie, d'intonation.. il y a une foule de paramètres à prendre en compte. Techniquement, si la voix me plait, j'ai envie de dire quasiment peu importe la tronche du gars. La couleur des yeux, des cheveux, de la peau, la taille, la rotondité ou la maigreur - tant que la santé n'est pas menacée, je vais quand même éviter le Jules qui risque de mourir dans moins de 5 ans parce qu'il mange trop ou pas assez  - je m'en contre-saint-ciboirise ( j'ai appris ça il y a quelques jours, j'avais trop envie de la recaser). 
Par contre, je l'avoue, je ne pourrais pas du tout sortir avec quelqu'un si sa voix m'insupporte. Chacun ses critères absurdes, je sais.
Donc oui madame, moi aussi j'ai déjà craqué pour quelqu'un à cause de sa voix :D Les hommes invités de l'émission, ne semblent pas trop de cet avis, mais bon...

J'ai envie de rajouter l'expressivité dans les critères. Il y a des voix qui peuvent me "parler", voire me charmer non à cause de leur timbre, mais à cause de leur expressivité. Ou d'une caractéristique particulière, un accent, une prononciation ... donc oui, je ne vais parler que de gens dont les voix me plaisent, et leur tronche, leur âge n'entrent absolument pas en ligne de compte.

Avec des exemples c'est mieux. Voilà quelques voix qui me plaisent,  pour différentes raisons. Par un détail, parce qu'elles sortent du lot. Rien ne m'ennuie plus que les voix standardisées, formatées pour plaire au plus grand nombre.

Donc voilà quelques voix hors du commun qui me plaisent. et pour quelles raisons. Principalement des messieurs, puisqu'on parle de "laisser le charme agir" mais .. pas seulement!

(Il y aura même au passage une voix qui plait à presque tout le monde, à ma connaissance, mais que je déteste absolument, juste pour essayer d'expliciter mon propos)

On va même commencer par les femmes, tiens, là je suis plutôt dans un état d'esprit " ouah, j'aimerais tellement avoir un voix de ce genre"!

Bonnie Tyler. Depuis toujours. J'aime bien sa voix rauque ( rock?) et son énergie qui en remontre à pas mal de rockers... qui n'ont pas de nichons!

Annie Lennox. j'ai vraiment besoin de développer? J'adore cette nana, et pareil, elle a le genre de voix qui a fait tilt tout de suite.

Autre style, mais alors là, vraiment très différent, j'ai totalement craqué pour cette chanteuse sibérienne: Youliana Krivoshapkina, avec son timbre léger et feutré, mais un style de chant très particulier, un peu dans le genre mongol (même si elle chante en langue Sakha), avec le chant de gorge du musicien en prime, ça me fait voyager, bref, je kiffe!


Mais celle dont la voix est un énorme coup de coeur pour moi est en fait une chanteuse classique: Nathalie Stuztmann ( qui en plus est chef d'orchestre et joue du basson). Si vous ne la connaissez pas, attention, surprise: c'est une contralto naturelle, donc une voix de femme naturellement très grave. Je conçois que ça puisse dérouter, mais franchement , si je pouvais troquer ma petite voix de soprano contre une autre, c'est bien pour un contralto aussi somptueux que je l'échangerai.


Pour la petite histoire, j'ai donc une voix naturellement soprano, qui ne me plaisait pas tellement.Je l'ai travaillée depuis une 20aine d'années, et sans en passer par le botox évoqué dans le reportage du début, je n'ai pas abaissé ma voix, mais étendue.. à la fois dans les graves et par ricochet dans les aigus. En développant la résonnance, et les harmoniques.
Je ne vais pas entrer dans les détails techniques, mais il faut savoir qu'un son est rarement pur, mais composé d'harmoniques. En clair si on chante un La du diapason (440 hertz) on entend également en écho le La inférieur (220 hertz, donc plus grave) et supérieur (880 hertz, plus aigu). Il y en a beaucoup d'autres et si ça vous intéresse, je vous renvoie à cette vidéo. Ce qui est expliqué pour un instrument au niveau des harmoniques est valide pour la voix.

Donc techniquement ma voix n'est pas vraiment devenue beaucoup plus grave, mais en jouant sur les harmoniques graves, elle le paraît. Elle est plus riche en harmoniques et c'est ce qu'on évoque quand on parle d'une voix riche, vibrante ou profonde, le fait qu'il y ait beaucoup plus d'harmoniques, et c'est très exactement ce qui va me faire fondre comme une tranche napolitaine au soleil de PACA ( vlà l'image)

BON SANG! j'ai tout faux, la dame a dit que pour pécho, il m'aurait fallu une voix aiguë, indiquant une faible masse corporelle (enfin, quand on me voit je casserais l'image de suite...). Sans compter que je fais tout pour éviter de partir dans les aigus désagréables y compris en cas de stress, au point que.. ben oui, je parle aux enfants et aux animaux comme à tout un chacun, avec ma voix normale, sans prendre un ton que je trouve geignard et qui me gêne beaucoup quand j'entends quelqu'un faire ça. Je pense à Olive Oil dans popeye.
Après cette digression, on passe donc aux messieurs...qui n'ont pas forcément tous cette richesse, mais qui vont compenser sur d'autres plans.

Le français de la sélection ( et l'aigu de la sélection aussi) Luc Arbogast. qui s'est fait connaître apparemment du grand public dans une émission TV. Je n'ai pas la TV. Mais  je l'ai découvert en 2007 en concert sur une place de ma ville, et.. j'ai adoré. Sa voix hors du commun, son style hors du commun. Je l'ai revu en 2008 devant la cathédrale de Strasbourg.dans les deux cas j'ai eu l'occasion de discuter un peu avec lui, et en plus il est très sympa, que demander de plus?
coup de coeur qui a fait ricaner pas mal de monde puisque non seulement je suis fan de voix graves mais aussi de messieurs à longs cheveux. Comme quoi, je sais aussi apprécier ce qui sont de mes critières...


Paul Williams. Le blondinet dans la vidéo. Il est tout petit, il n'est pas jeune, il n'est pas beau, il a une voix nasillarde, et assez peu grave... mais j'adore son expressivité. Et son humour noir.


Meatloaf, je l'avais déjà évoqué. Pourtant il a ( ou avait dans les années 70) une voix assez haute.. ou plutôt assez agile avec de bons graves de bon aigus, une énergie et une puissance vocale qui me plaisent beaucoup.

EDIT: car je ne peux pas croire que j'avais oublié William Elloitt Whitmore. La première fois que je l'ai entendu à la radio, ça a été un coup de coeur immédiat, mais j'avoue que je m'attendais à un chanteur noir du Mississsipi quiquagénaire. Et, sur cet enregistrement, il a 30-31 ( quarante ans tout pile cette année , en fait, il est plus jeune que moi.. ) Et donc sa voix ne correspond pas du tout à son physique, ce qui est ici une bonne surprise


Humm allez, je profite de la MAJ pour rajouter Tom Waits, sa voix si particulière et son style déjanté on adore ou on déteste, moi je kiffe. Et pour le plaisir, la très sous-entendue " Chocolate Jesus" avec sous titres pour ne pas perdre une miette de ces savoureux doubles sens.

Ou la fabuleuse ( et pas moins sensuelle) Tango till they sore
On continue vers les graves!

Leonard Cohen. Je l'ai redécouvert via le film Exotica, il y a quelques années. Je n'avais pas vraiment fait la relation avec le gars qui chantait "Suzanne" dans les années 70. L'évolution de sa voix est assez étonnante: dans les années 70 il chantait dans son registre haut, en accord avec ce qui était recherché à l'époque. Par la suite, il est revenu vers son timbre naturel... sans compter le fait que la voix baisse naturellement avec l'âge, mais le fait est que je préfère de trèèèès loin son timbre à 75 ans plutôt qu'à 40.
Je ne supporte pas la reprise par Jeff Buckley. Je n'aime ni la voix, ni le timbre, ni la tonalité du morceau, ni le manque d'expressivité de l'ami Jeff.. que j'appréciais pourtant assez sur ses propres morceaux. Mais désolée Jeff, tu ne peux pas rivaliser dans mon coeur avec un baryton-basse.

Aparté: il y a une voix que plusieurs copines adorent mais que je déteste au plus haut point, c'est celle du chanteur de Muse ( et alors là, c'est sans appel, elle me gâche toutes les compos du groupe, pourtant par ailleurs intéressantes). Sa manière de faire traîner toutes les voyelles et de reprendre très bruyamment sa respiration sont une torture auditive pour moi. Je ne sais pas si c'est lié à un souvenir ou à quelqu'un comme l'évoque la présentatrice du reportage de Radio France, auquel cas je n'ai pas la clé de ce mystère, ou juste que ces tics vocaux qui peuvent plaire à d'autres me donnent l'impression qu'il est constamment sur le point de s'étouffer, et c'est très pénible parce que j'ai aussi l'impression d'étouffer en l'entendant mais le fait est que c'est un énorme NON pour moi. Ce qui ma valu des " tu comprends rien à rien" lorsque je l'ai dit. Bah oui, les filles, ça s'appelle " chacune ses goûts", au moins je sais identifier pourquoi ça ne passe pas pour moi.

Retournons vers les voix qui me plaisent (et dont je suis consciente qu'elles peuvent être un repoussoir pour d'autres...)

Vladimir Vyssotsky. A ce niveau ce n'est plus une voix rocailleuse faudrait inventer autre chose.. caillouteuse? Mais j'adore! Si vous ne comprenez pas ce qu'il raconte c'est normal mais là encore c'est une question d'expressivité, et je pense que ça dépasse la barrière de la langue pour apprécier sans comprendre.
Là, oui, on peut dire que je suis sous le charme... et si on rajoute le paramètre " accent étranger" qu'évoquait la dame, oui, j'avoue, je craque et j'écoute avec un sourire parfaitement idiot.

Par contre messieurs, je vous déconseille quand même de faire comme lui et de fumer comme une cheminée. Vous aurez peut-être une voix hors du commun, mais vous risqueriez de gagner un aller simple au cimetière beaucoup plus tôt que prévu.

On reste au royaume des voix biiiien graves. Un compatriote de Vyssotsky, mais dans un tout autre registre musical et vocal, puisqu'il s'agit d'un chanteur classique et de musiques traditionnelles, Boris Shtokolov, quasiment inconnu du côté ouest du rideau de fer pour causes politiques, et que j'ai découvert par hasard récemment.
Et vous allez être obligés de me croire sur parole, mais ce qu'il fait au niveau des piano ( chanter très bas mais avec suffisamment de soutien vocal pour être entendu) , je ne l'avais jamais entendu à ce point là pour une voix de basse , qui a en plus de bons aigus par ailleurs.
Donc là oui, je peux le dire, si un monsieur chante comme ça en ma présence, ça risque de se finir au pieu assez rapidement... M'est avis qu'avec un atout pareil, le camarade Boris n'a pas du avoir trop de difficultés avec les nanas, de son vivant.


En tout cas, il y en a une derrière quia l'air totalement hypnotisée ici.  Je peux comprendre.

Je ne rentre bien sûr pas dans les débats " Ha non mais sur ce morceau X est meilleur que Y" " Mais non, vous n'y comprenez rien, c'est Z qui est meilleur que tout le monde" totalement improductif, puisque le but ici est de présenter en toute subjectivité des voix qui me plaisent, me font vibrer, moi, personnellement en personne.

Et puisque c'est comme ça, je continue avec une voix parlée, qui pour moi résume toutes les autres.

Je développerai à son sujet plus tard ( teasing!) mais pour l'instant je me contente de l'identifier sous l'appellation " le monsieur à la jolie voix", qui est la seule que j'avais pendant plusieurs mois ayant eu énormément de difficultés à trouver son identité...
Mais, "jolie voix"  c'est un doux euphémisme, lui a.. tout ce qui peut me plaire: le timbre, la prosodie, l'articulation, le calme, le coté posé, l'expressivité.. oui je suis totalement fan.
Alors désolée, oui, je sais, c'est ENCORE un russe qui parle en russe ( et en l'occurrence, lit des textes poétiques sur une radio en ligne, qui diffuse en continu) mais c'est parfois aussi très agréable de se laisser troubler par une charmante voix, anonyme, sans comprendre tout ce qui est dit.

Et là, je peux vous dire qu'une voix de ce genre, c'est carrément à la mairie que ça pourrait se conclure avant que le pauvre gars n'ait compris ce qu'il se passe ( et je rappelle que je suis célibataire par vocation, c'est dire l'effet dévastateur d'une telle voix sur moi...)

C'est ici que ça se passe, et c'est le cinquième onglet " poesia" pour ceux qui lisent le cyrillique.
Si certains d'entre vous se sont aventurés sur mon blog " linguistique", un sujet entier lui est consacré... ;)

Et je ne peux pas parler de "faire du charme avec sa voix" sans terminer sur une note éroticomique... avec Gérard Darmon  qui joue de son timbre de velours pour proposer une recette de gigot puissamment suggestive sur un ton lascif .

J'avoue que de tout le film, c'est cet extrait qui m'a faite mourir de rire ( avec la carioca bien évidemment, où il montre qu'en plus il sait chanter et pas mal du tout..), l'ami Gégé a un potentiel comique énorme.. et comme on dit, femme qui rit, femme au lit?
Il est à ma botte le CREUsson.. hahahahaha...désolée, ça me fera toujours éclater de rire.

vendredi 1 juin 2018

Language and accents!

Juin! C'est le retour du mois anglais, et comme je suis en pleine révision linguistique, j'avais envie de célébrer ça aussi. Le plaisir des langues étrangères, de les manier, de les retourner en tout sens, de faire des fautes qui peuvent être potentiellement hilarantes, bref de s'amuser avec les sons et les mots.

J'avoue que lorsque je pense à l'anglais, c'est vrai qu'en tant que francophone de naissance, je l'envisage plutôt sous son aspect "globish"de langue de communication internationale que sous son aspect esthétique.
Surtout avec la prédominance dans les médias de l'accent, ou plutôt des accents, venus des USA qui ne sont pas franchement ma tasse de thé...

Car oui, ceux qui viennent par ici régulièrement, savent quel est mon rapport au son. Je joue de la musique, je chante, je vais voir des films en VOST, j'apprends les langues étrangères.. mon monde est beaucoup plus sonore que visuel, depuis toujours. J'ai un goût presque sentimental pour, pêle-mêle: les sons graves, les voix ( pas toujours graves d'ailleurs, même si elles ont ma préférence) et évidemment, les mots, les jeux de mots, la création de mots-valises,  la créativité littéraire, les sous-entendus plus où moins égrillards, les accents plus ou moins faciles à comprendre...

Et il s'avère que j'ai justement un faible très... fort pour les accents britanniques, pour l'humour anglais, pour les gens qui s'amusent avec les mots en les dégustant avec un plaisir de fins gourmets.

Pour l'impayable John Cleese qui danse en sous-vêtements en déclamant du Lermontov en VO, avec un accent à couper au couteau, et me fait pleurer de rire.

Pour le drôlissime Eric Idle  qui nous incite, en plein moyen-orient antique, à regarder du bon coté de la vie, avec son anglais parfaitement parfait.


Pour la pétillante Felicity Lott qui chante avec classe le très salé " Alice is at it again" du non moins pétillant Noel Coward.


Pour, justement, le pétillant Noel Coward et son scat farfelu... qui méritait bien des sous-titres.


Mais il n'y a pas que l'humour, j'aurais pu évidemment mentionner Christopher Lee, une des plus belles voix du cinéma, ou Peter Ustinov, bien anglais malgré son nom, pour leurs compétences polyglottes, mais je viens de découvrir, divine surprise! Que le fort sympathique Tom Hiddleston est aussi assez doué en langues étrangères, au moins en français et espagnol, mais surtout, il a l'air de s'amuser énormément, et c'est CA l'essentiel.

Mais pour finir cette petite sélection, à tout seigneur tout honneur:  Stephen Fry.

Stephen Fry qui écrit, décrit le plaisir à la fois intellectuel et sensoriel de s'amuser avec les mots, et balance à propos des pisse-froid de la pureté langagière:  (et le plus drôle c'est qu'il les vanne avec un niveau de langage .. irréprochable)

"Do they ever let the tripping of the tips of their tongues against the tops of their teeth transport them to giddy euphoric bliss? Do they ever yoke impossible words together for the sound-sex of it? Do they use language to seduce, charm, excite, please, affirm and tickle those they talk to? Do they? I doubt it."

oooh-là-là ( in French dans le texte), suggestif, tout ça!
Petit canaillou, va... c'est un délice à lire, à dire et à écouter! :D
Rien que l'allitération en t présente dans cette phrase - très amusante à dire, alors même que je suis incapable de la prononcer de manière fluide - est effectivement un étourdissant plaisir euphorique. En tout cas je ne peux pas parvenir à la fin de la phrase sans sourire.. avant d'éclater de rire.

Bon, vous savez maintenant que pour me charmer, il faut avant tout charmer mes oreilles... 

Et comme avec le son, c'est mieux, une petite animation typographique absolument brillante, de ce texte lu par Mister Fry himself.
 Mais l'animation, bien qu'excellente, rend le texte un peu compliqué à suivre, alors, le voilà:
"For me, it is a cause of some upset that more Anglophones don’t enjoy language. Music is enjoyable it seems, so are dance and other, athletic forms of movement. People seem to be able to find sensual and sensuous pleasure in almost anything but words these days. Words, it seems belong to other people, anyone who expresses themselves with originality, delight and verbal freshness is more likely to be mocked, distrusted or disliked than welcomed. The free and happy use of words appears to be considered elitist or pretentious. Sadly, desperately sadly, the only people who seem to bother with language in public today bother with it in quite the wrong way. They write letters to broadcasters and newspapers in which they are rude and haughty about other people’s usage and in which they show off their own superior ‘knowledge’ of how language should be. I hate that, and I particularly hate the fact that so many of these pedants assume that I’m on their side. When asked to join in a “let’s persuade this supermarket chain to get rid of their ‘five items or less’ sign” I never join in. Yes, I am aware of the technical distinction between ‘less’ and ‘fewer’, and between ‘uninterested’ and ‘disinterested’ and ‘infer’ and ‘imply’, but none of these are of importance to me. ‘None of these are of importance,’ I wrote there, you’ll notice – the old pedantic me would have insisted on “none of them is of importance”. Well I’m glad to say I’ve outgrown that silly approach to language. Oscar Wilde, and there have been few greater and more complete lords of language in the past thousand years, once included with a manuscript he was delivering to his publishers a compliment slip in which he had scribbled the injunction: “I’ll leave you to tidy up the woulds and shoulds, wills and shalls, thats and whiches &c.” Which gives us all encouragement to feel less guilty, don’t you think?

There are all kinds of pedants around with more time to read and imitate Lynne Truss and John Humphrys than to write poems, love-letters, novels and stories it seems. They whip out their Sharpies and take away and add apostrophes from public signs, shake their heads at prepositions which end sentences and mutter at split infinitives and misspellings, but do they bubble and froth and slobber and cream with joy at language? Do they ever let the tripping of the tips of their tongues against the tops of their teeth transport them to giddy euphoric bliss? Do they ever yoke impossible words together for the sound-sex of it? Do they use language to seduce, charm, excite, please, affirm and tickle those they talk to? Do they? I doubt it. They’re too farting busy sneering at a greengrocer’s less than perfect use of the apostrophe. Well sod them to Hades. They think they’re guardians of language. They’re no more guardians of language than the Kennel Club is the guardian of dogkind.

The worst of this sorry bunch of semi-educated losers are those who seem to glory in being irritated by nouns becoming verbs. How dense and deaf to language development do you have to be? If you don’t like nouns becoming verbs, then for heaven’s sake avoid Shakespeare who made a doing-word out of a thing-word every chance he got. He TABLED the motion and CHAIRED the meeting in which nouns were made verbs. New examples from our time might take some getting used to: ‘He actioned it that day’ for instance might strike some as a verbing too far, but we have been sanctioning, envisioning, propositioning and stationing for a long time, so why not ‘action’? ‘Because it’s ugly,’ whinge the pedants. It’s only ugly because it’s new and you don’t like it. Ugly in the way Picasso, Stravinsky and Eliot were once thought ugly and before them Monet, Mahler and Baudelaire. Pedants will also claim, with what I am sure is eye-popping insincerity and shameless disingenuousness, that their fight is only for ‘clarity’. This is all very well, but there is no doubt what ‘Five items or less’ means, just as only a dolt can’t tell from the context and from the age and education of the speaker, whether ‘disinterested’ is used in the ‘proper’ sense of non-partisan, or in the ‘improper’ sense of uninterested. No, the claim to be defending language for the sake of clarity almost never, ever holds water. Nor does the idea that following grammatical rules in language demonstrates clarity of thought and intelligence of mind. Having said this, I admit that if you want to communicate well for the sake of passing an exam or job interview, then it is obvious that wildly original and excessively heterodox language could land you in the soup. I think what offends examiners and employers when confronted with extremely informal, unpunctuated and haywire language is the implication of not caring that underlies it. You slip into a suit for an interview and you dress your language up too. You can wear what you like linguistically or sartorially when you’re at home or with friends, but most people accept the need to smarten up under some circumstances – it’s only considerate. But that is an issue of fitness, of suitability, it has nothing to do with correctness. There no right language or wrong language any more than are right or wrong clothes. Context, convention and circumstance are all.

Ecrit en 2008, il y a donc tout juste 10 ans. 
(et je suis très contente de n'avoir eu qu'un seul mot à chercher dans le dictionnaire dans tout ce long passage de haute volée: sartorially)

Eclatez-vous, amusez -vous, dégustez les mots, savourez le langage, le vôtre  ...ou celui du pays voisin pour ce mois anglais :)

Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture