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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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samedi 28 février 2026

The piano lesson ( film 2022)

 Et dernier film du mois, une autre adaptation d'August Wilson... Et j'ai gardé le titre en anglais pour évacuer la confusion avec la Leçon de Piano de Jane Campion.


On garde le principe d'une adaptation de pièce, qui prend son temps, avec une petite touche fantastique cette fois -ci, bien sympathique et surtout allégorique.

Un piano à l'histoire particulière, devient la raison d'une dispute particulièrement féroce entre un frère et une soeur qui n'arrive pas à se mettre d'accord à propos de cet héritage.

Dans les années 1930, Boy Willie, agriculteur dans le sud des Etats Unis, se pointe avec une cargaison de pastèques à vendre à Pittsburg, et déboule chez son oncle. Tonton héberge Berniece, la soeur de Boy, et sa fille. On comprend vite que Berniece est veuve, et est venue dans le nord chez leur oncle pour travailler, en permettant à sa fille de grandir dans un endroit relativement moins risqué pour des noirs pendant la ségrégation. ( même si subtilement la narration indique que ce n'est pas si tranquille, une remarque faite par la mère à la petite fille qui va a l'école " n'attire pas l'attention sur ta couleur", où l'absolue nécessité de lui lisser au maximum les cheveux.. comment faire comprendre à un enfant que quelque chose ne va pas avec son apparence. Ce genre de petits détails qui indique que le racisme est si systémique que les gens pensent que quelque chose cloche avec eux)
On comprend également très vite qu'entre le frère et la soeur, la question du piano hérité de leurs ancêtres n'est pas la seule raison de discorde. Berniece est veuve parce que feu son mari a été tué dans un menu larcin commis en compagnie de Boy, et elle le rend responsable de de la mort de celui-ci.
Donc Boy est venu avec la ferme intention de convaincre sa soeur de vendre le piano dont ils ont hérité et qu'elle veut garder bien qu'elle n'en joue plus depuis des années. C'est une pièce magnifique, il est sculpté à la main, et pourrait se vendre un prix qui cumulé avec la vente des fruits pourrait lui permettre d'acheter du terrain, de cultiver encore plus et in fine, de vivre ieux sans manquer de nourriture. Son point de vue se défend.
Berniece veut malgré tout garder le piano, c'est un témoin de l'histoire familiale, car il a été volé des années avant un même de leur famille au riche propriétaire blanc dont il était l'esclave. Bien des années plus tôt, le propriétaire avait eu des revers de fortune et avait revendu une partie de ses esclaves, dont l'arrière grand-mère et le grand père de Berniece et Boy. A la demande de la femme du propriétaire, fâchée d'avoir perdu sa femme de chambre et son petit esclave, l'arrière-grand père, excellent artiste et ébéniste, avait sculpté sur le piano les portrait de sa femme et de son fils. il ne s'était pas arrêté là et avait également sculpté tous les membres de sa famille, ses propres parents et grands parents, tantes, cousins. Transformant à la joie de la propriétaire le simple piano en oeuvre d'art, et inscrivant ainsi tout son arbre généalogique dans un objet de luxe appartenant à un riche blanc. donc puisque leur arbre génalogique y figure, les parents et oncles de Bernice et Boy se sont appropriés l'objet qui n'a pas de valeur autre que pécuniaire pour les blancs, mais une valeur historique et même politique pour eux. L'argument de Berniece se défend aussi.

Entretemps, des choses se passent autour de ce piano. L'ancien propriétaire blanc vient et son fantôme semble être revenu hanter la maison de l'oncle, pourtant situé à des centaines de kilomètre, pour demander qu'on lui restitue son piano. C'est la petite fille et l'oncle qui le voient.
Et donc Berniece a un double problème: essayer de faire comprendre a sa fille qu'il n'y a pas de fantômes.. enfin, peut être que si, ou bien est-ce une vision de culpabilité due au vol et à des siècles d'injustices? Et essayer de convaincre son frère que cet héritage n'est pas que le leur mais aussi celui de tous leurs frères et soeurs, sur des générations et des générations.
Il y a bien des fantômes à exorciser dans cette histoire, et ce n'est pas que celui du propriétaire, mais plutôt l'Histoire elle même. Et ce ne peut être fait qu'en conservant la mémoire des générations passées.
Ce qui donne lieu en une séquence intense d'exorcisme musical, dont on comprend bien qu'il est allégorique. Pour vaincre ses fantômes, et ses différents avec son frère, Berniece doit les accepter. 

Le film est un peu plus long que Ma Rainey, et là encore, il est intéressant de compléter par les interviews qui l'accompagnent pour mieux en saisir le sens, et ce que code l'ambiance fantastique ( à voir les commentaires sur allociné, beaucoup de gens sont passés à côté, s'attendant à voir un film purement fantastique , avec de l'action...et ont été rebutés par le côté pièce de théâtre)

Là encore on retrouve Denzel Washington aux manette, avec ses fils, Malcolm à la réalisation et John-David dans le rôle principal, et sa fille Katia, productrice. Une histoire de transmission familiale, orchestrée par toute une famille, c'est savoureux.
Mais alors la grosse surprise, c'est Samuel L Jackson dans le rôle de l'oncle très cool. Je l'associais surtout à des films d'action, ça fait plaisir de le voir dans un tout autre genre de rôles et il est très bon et méconnaissable ( au point qu'il m'a fallu l'interview pour comprendre que pendant 2h00 de films je ne m'étais même pas rendue compte que c'était lui. Et que ce n'est pas seulement mon manque de mémoire des visages qui est en cause)

Donc des 4 visionnages chroniqués, seul A Jazzman's blues est une déception, Quincy est un documentaire, donc à part, et les deux films portés par Denzel sont une excellente surprise.
Il me restera à voir quand je le trouverai Fences, le 3° film de la série d'adaptations d'August Wilson, avec Denzel lui-même et Viola Davis, clairement je pars avec les meilleurs espoirs, là!

Défi "100 disques et plus dans l'année", troisième volume: février

 J'ai dis le mois dernier que je gardais Malicorne pour illustrer un autre mois, allons-y.
Le groupe se distinguait par son emploi d'instruments anciens (vielle à roue, dulcimer, cromorne...)
Voilà donc Marie Yacoub, jouant du dulcimer des appalaches (le nom dulcimer tout court est employé pour d'autres instruments proches du tympanon)


Et pour le son? Voilà Sam Edelston qui joue du Black Sabbath au dulcimer.


Petit mois, déjà, parce que plus court évidemment et parce que j'ai eu des , disons, des soucis de coeur (enfin, pas cardiologiques, plutôt sentimentaux, et plutôt dans le bon sens, des choses s'amorcent légèrement avec un ex-collègue que j'apprécie beaucoup, on verra bien comment ça évolue - pour l'instant vers un statu quo, il a avait rompu, on a un peu fricoté, il s'est "remis avec son ex oui, mais..." - et je veux aussi qu'il sache que, bon, de mon côté la porte est ouverte que ce soit amicalement ou " et plus si aff". 
Et donc ça veut dire entretenir les bonnes relations, et donc passer pas mal de temps à échanger avec lui, temps que je ne passe pas à écouter de la musique :D) Mais le bon signe c'est que, quelle que soit la relation future, c'est loin d'être quelque chose qui m'angoisse, je suis très sereine. Pas de stress, d'un commun accord. En plus le monsieur est musicien amateur, donc on a des points communs. Et sa collection de disques, mamma mia, c'est un rêve!

Allez, Ecoutes (8). Je continue sur ma lancée " métallique" du mois dernier

- I shouldn't be telling you this - Jeff Goldblum & the Mildred Snitzer Orchestra ( jazz 2019). Oui LE Jeff Goldblum, à la filmographie impressionnante, qui est aussi pianiste de jazz. Et va d'ailleurs tourner en Europe cet été en tant que pianiste. Un disque qui n'est pas révolutionnaire, mais très sympa, dans le style  petit ensemble de jazz années 50, et me rend l'ami Jeff encore plus sympathique qu''avant.

- Sly lives! - Sly and the family stone ( funk, 2025), BO d'un documentaire dédié à Sly Stone décédé l'an dernier, il y a du très connu, mais aussi des versions alternatives des extraits de répétition, donc c'est intéressant pour les musiciens amateurs comme moi.

- Monsters and Robots - Buckethead (1999, metal progressif) Oui je fais le grand écart . Je ne connaissait ce guitariste virtuose et excentrique que de nom, et si ce qu'il fait est parfois très expérimental, limite un peu trop, je suis fascinée par sa démarche artistique très intelligente et originale. 

- Giant Robot - Buckethead (1994, Metal progressif): Un type capable d'avoir sur le même disque des titres comme " Buckethead's chamber of horrors" et "I love my parents" mérite qu'on s'y intéresse.

- Dragon's kiss - Marty Friedman (1988 Metal) ★: je ne l'avais pas écouté depuis au moins 25 ans. Le disque qui m'a fait découvrir le metal, donc rien que pour ça, ça mérite l'étoile de distinction!

- Love at first sting - Scorpions ( 1984, hard rock)★: pour qui a connu les années 1980, ça c'est tellement l'essence de ces années là. L'album qui a fait connaître internationalement le groupe ( et 2 méga tubes, Rock you like a Hurricane je surkiffe, bien plus que still loving you, même si je préfère Blackout du précédent). Et j'aime beaucoup la voix très expressive de Klaus Meine, trop rarement cité dans les classement des meilleurs chanteurs de hard rock. Que c'est bon de réécouter ça!

- Colma - Buckethead ( 1998, ambient, trip hop)★: rien à voir avec les deux autres, c'est un album très acoustique, très planant (le guitariste l'a composé pour sa mère en convalescence après une opération), donc musique plutôt douce, qui prouve qu'il sait faire plein de choses, et pas que du très expérimental. Que de l'instrumental, je sens que je vais souvent l'écouter quand je bosse!

- Herzeleid - Rammstein ( 1995, metal industriel), je me remets à l'allemand, donc je pioche dans les groupes qui chantent en allemand. Bon l'industriel n'est pas ce que je préfère, et l'accent de Till Lindemann est assez compliqué à comprendre ( ex Allemagne de l'Est, c'est particulier!)

Pratique (forcément, en baisse, Février et ses 28 jours obligent)

Piano 16h30
Basson 30 minutes ( cette honte intergalactique! mais je n'ai pas pu participer à la répétition de février, à cause du travail, ceci explique cela)
Chant: rien, angine et allergies rendent la chose compliquée

samedi 21 février 2026

A Jazzman's blues (film 2022)

 3e film, et après le très théâtral Ma Rainey, et l'excellent documentaire, c'est.. une mini déception.

Une assez classique histoire d'amour "interdite", d'obsession sentimentale .. et je suis assez opaque à ce genre de sujet.



Tout commence lorsque , dans un bled paumé du fin fond des états unis, dans les années 1980 une vieille dame noire entend un politicien local en campagne débiter des sornettes racistes à la télé. L'homme est un sudiste convaincu, le genre à faire du rocking-chair sur sa véranda ornée d'un drapeau sudiste.
La vieille dame fait donc l'assaut de son bureau, ne partira que lorsqu'il l'aura reçue. En vertu de quoi, se demande le politicien? La dame lui sort un paquet de vieilles lettres, argumentant quelle contiennent la preuve qu'un homicide a été commis 50 ans plus tôt. Et bien, c'est à la police qu'il faut les remettre, non? Non, il doit les lire lui, elles sont adressées à une certaine Leanne Harper qu'il connaît bien, puisque c'est le nom de sa mère.

Ce qu'il fait, découvrant ainsi l'histoire de deux personnes. 

Horace Boyd,  surnommé Bayou, un jeune homme délicat et sensible, fils d'une chanteuse amatrice de blues et d'un trompettiste amateur également. Bayou est adoré par sa mère, mais méprisé et raillé par son père: il chante très bien mais est nul en trompette, au contraire de Willie, son frère, le réussi de la famille, doué en trompette... Horace déteste son prénom et insiste pour qu'on l'appelle par son surnom. Vu sa famille dysfonctionnelle et sa catégorie sociale ( noir américain de la cambrousse profonde) il ne sait pas lire et, là encore est raillé par le paternel: Willie a appris à lire, Willie est doué, tu es bête. Et Willie bien sûr en profite pour mépriser aussi son petit frère.

Et Leanne Harper, qui vit assez isolée, élevée dans une famille extrêmement stricte qui lui interdit de se mêler au menu fretin des villageois. Ceux-ci ont du mal à supporter cette fille assez antipathique, qui les regarde de haut lorsqu'elle va lire seule près de la rivière. Elle est surnommée Bucket, telle un seau délaissé par sa mère qui l'a confiée à la garde d'un grand-père particulièrement revêche, et déteste ce surnom qui lui rappelle à quel point personne ne veut d'elle.

Et pourtant un jour elle s'arrête attire par la musique d'une fête et est témoin d'une scène d'humiliation publique, où Bayou est une fois de plus critiqué ouvertement par son père pour ne pas savoir jouer de trompette. Leanne prend immédiatement ce garçon en sympathie puisqu'ils sont tous les deux isolés et victime de leur famille. Et tous deux vont devenir amis, malgré l'opposition de la famille de la fille, se donnant rendez-vous lorsque le grand-père de Leanne dort. elle s'est donné pour mission, nuit après nuit de lui apprendre à lire, ce qu'il arrive à faire.
Evidemment on sait ce qui va se passer, coup de foudre, alors que l'un des deux est coincé par sa famille. Lorsque le grand-père l'apprend, il rappelle la mère démissionnaire pour qu'elle vienne cherche sa fille avant quelle ne tourne mal, en frayant avec les péquenauds. La mère tout aussi irascible que son père décide donc d'un coup d'emmener sa fille ( en fait, plus une tirelire sur pattes qu'un seau) pour qui elle d'autres ambitions.

Mais quel est le problème? Ben le problème c'est que Bayou a hérité du teint très sombre de son père, quand Leanne, métisse au teint très pâle comme sa famille, peut passer pour blanche et prétendre, une fois défrisée, à des études, un avenir dans la bonne société, et un mariage avec un riche blanc ignorant son ascendance noire. Et c'est très exactement l'ambition de la mère: en faire une parfaire femme du monde, et la marier avec un riche propriétaire blanc et vivre toutes les deux dans l'opulence aux crochets de sa future belle-famille. Ce qui n'est pas compatible avec un galant noir, surtout si on veut se faire passer pour ayant un pédigrée. que Leanne ne soit pas trop d'accord avec cette manipulation n'a aucune importance, elle doit obtempérer pour le porte monnaie de sa sangsue de mère.

Quelques années après, Leanne et sa mère reviennent dans la région, où entretemps, le paternel de Bayou calanché, Willie parti faire carrière et surtout abuser de la schnouff à Chicago, Maman et fiston ont ouvert un juke joint où il chantent. Et comme par hasard Leanne a été mariée au frère du très blanc et très raciste sheriff local, pour le compte du quel une amie de Bayou travaille comme bonniche. Une femme qui connait bien Mistress Leanne, enfin, Miss Bucket. Et là, c'est la succession de situations too much pour moi.

Déjà si tu veux garder l'identité de ta fille secrète, c'est stupide de la marier avec un mec de la ville à côté de laquelle elle a grandi, bien sûr que quelqu'un va la reconnaître et finir par vendre la mèche. Déjà c'est un très mauvais plan, peu crédible pour une mère censée être suprêmement calculatrice.

Ou bien sûr, qu'elle retrouve son amour de jeunesse qu'il a quitté sans une explication, et veuille à tout prix renouer avec lui. Evidemment, Leanne qui a très peu de jugeotte et bien qu'avertie du danger pour lui, insiste, et.. les deux se font pincer par la mère qui les balance à son beau frère " y'a ce noir, là, Bayou, il a sifflé ma fille, faut au moins le lyncher" ( oui, c'est e qu'on appelle une grosse, une très grosse ordure, cliché n°1). 
Ha ben non, ce que la mère ignore, c'est qu'ils ont fait autre chose, et vla-t-y pas que Leanne est enceinte, d'un enfant qui risque d'être un peu trop foncé et de provoquer sa chute sociale, voire, très concrètement, sa noyade " accidentelle" par un mari qui déjà la menace de la tuer si elle veut retourner vivre en ville, loin de la ville où il a des ambitions électorales," tu comprends chérie, pour être maire, je dois avoir une poti.. euh, une femme qui fait l'envie de tous avec son joli teint clair. Si tu pars vivre en ville, on se foutra de moi et je ne serais pas élu. Alors que bon si je suis veuf parce que, disons, tu t'es noyée en allant te baigner à la rivière, on me prendra en pitié"

Donc évidemment, Bayou doit prendre la fuite avec son frère repassé par là flanqué d'un producteur juif européen qui a fui l'Allemagne nazie (on est maintenant dans les années 1940, donc couche de clichés numéro 2: moi aussi, je sais ce que c'est d'être séparé de ses proches, et de devoir partir pour rester en vie.
 
En fait, cliché n°3, le producteur a repéré le talent pour le chant de Bayou, et son potentiel de vedette, alors qu'il a promis de s'occuper de la carrière de Willie. Lequel évidemment va crever de jalousie du succès de son frère, qui le relègue au second plan ( sans prendre en compte que ce qui fait sa disgrâce, c'est surtout sa dépendance à la piquouze, il est monté en gamme au fil de film. Frère Junkie, la drogue c'est mal ( cliché 4). Et donc lorsqu'ils vont retourner faire un petit concert chez leur mère pour attirer les clients qui désertent, c'est Willie qui va aller balancer Bayou au sheriff, trop content de pincer celui qui lui a échappé.

Ah, entretemps le gosse est né, bien pâle comme sa mère. Et qui est devenu cet enfant?
Ho ben ça alors, on ne le voyait tellement pas venir, c'est le politicien sudiste raciste du début, fils d'un noir très noir et d'une noire très pâle, à qui sa grand-mère qui a gardé les lettres que Bayou a écrite à Leanne, mais qui sont toutes retournées à l'envoyeur, sans jamais le dire à son fils ( alors que bon, ça aurait pu être un moyen de calmer son obsession: pleure un bon coup, tu as 18 ans, elle est partie, ça ne sert à rien d'écrire à tous les Harper de Boston en espérant qu'elle te réponde, regarde rous les courrier sont revenus " inconnue à cette adresse")

Après il y a des choses intéressantes, notamment sur le fait que le racisme cause la perte d'estime de soi. Si le père de Bayou le déteste, c'est parce qu'il a le teint aussi sombre que lui, et que son fils lui renvoie cette image de lui-même. S'il adule Willie, c'est parce lui a le teint plus clair et pourrait passer pour métis ou mexicain facilement, ce qui est un peu mieux.
Si la famille de Leanne est aussi hautaine , c'est parce qu'ils se sentent plus blancs que leurs voisins. elle même finit par essayer de se "blanchir" à ses propres yeux, en se montrant odieuse avec son ancienne voisine (qui lui rappelle d'une grande claque bien méritée qu'elle est et restera "Bucket" la péquenaude métisse même déguisée en femme du monde), mais sur laquelle elle compte quand même pour la couvrir lorsqu'elle commence à faire connerie sur connerie.

La collaboration entre émigrés juifs et noirs partis tenter leur chance dans le nord est un fait parfaitement attesté ( même s'il aurait pu être plus subtilement amené), l'abus de drogue dans le milieu du jazz aussi.
La dernière séquence en suspens aussi est intéressante: un politicien raciste qui a fait toute sa campagne à grand coup de drapeaux sudistes vient de découvrir qu'il est le fils d'un noir et d'une métisse, comment va-t-il pouvoir gérer cette révélation qui fait s'écrouler ses convictions.

Mais voilà, sans que ce soit un mauvais film, il n'est pas ouf narrativement, trop appuyé, trop démonstratif, avec trop d'invraisemblances, trop de " tout à fait par hasard", trop de Roméo et Juliette + Cain et Abel.
Et puis je n'aime pas quand les personnages sont cons comme des manches. L'obsession permanente de Bayou pour Léanne parce qu'ils se sont roulé un palot à 17 ans, est assommante et même adulte, il a la maturité émotionnelle d'un enfant de 10 ans. 

Et elle est un personnage dans le fond aussi détestable que sa mère: encore plus immature que lui, elle n'agit qu'à son bon vouloir, manipule les gens tout en prétendant faire le contraire, n'assume jamais les conséquence de ses actes, renvoie la faute sur les autres. Ce genre de personnage de femme-enfant qu'on est supposés trouver je ne sais pas... mignonne? attendrissante? Alors qu'elle est parfaitement insupportable et tête-à-claques. 
Donc c'est mal parti quand les deux personnages centraux sont un homme gentil mais couillon et manipulable, et une femme minaudante et manipulatrice. Ca peut donner quelque chose d'intéressant à condition de ne pas avoir une narration qui parte en tout sens et en fasse trop.

De fait, je crois bien que je n'ai apprécié que Hattie, la mère de Bayou, et Citsy, la voisine, qui sont plus intéressantes et dont les rôles sont mieux joués. Ira, le producteur juif passe aussi pas trop mal. Mais les autres, disons que à la fois au niveau des personnages et des acteurs, c'est pas fou-fou.
Peut être que ça serait mieux passé de ce point de vu si je l'avais regardé avant Ma Rainey, superbement interprété, là... j'ai trouvé le temps long et les acteurs pour la plupart, pas super convaincants.

Et les séquences musicales, si elles ne sont pas mauvaises musicalement à défaut d'être originales ont pour mois un défaut rédhibitoire: la qualité de son trop léchée, trop parfaite, une prise de son digne du XXIe siècle quand on est supposés enregistrer à l'arraché dans un club, chanter sans amplification. Le son amplifié est trop évident , et je vois tellement que les acteurs font du playback sur des chansons enregistrées en studio. C'est vraiment un truc qui a contribué à me faire sortir de l'histoire.

Un film qui pêche à mon sens par sa volonté de vouloir aborder trop de sujets à la fois, d'appuyer trop son propos, de manquer de subtilité dans son message, et d'avoir des personnages centraux casse-burettes au possible.