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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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samedi 21 février 2026

A Jazzman's blues (film 2022)

 3e film, et après le très théâtral Ma Rainey, et l'excellent documentaire, c'est.. une mini déception.

Une assez classique histoire d'amour "interdite", d'obsession sentimentale .. et je suis assez opaque à ce genre de sujet.



Tout commence lorsque , dans un bled paumé du fin fond des états unis, dans les années 1980 une vieille dame noire entend un politicien local en campagne débiter des sornettes racistes à la télé. L'homme est un sudiste convaincu, le genre à faire du rocking-chair sur sa véranda ornée d'un drapeau sudiste.
La vieille dame fait donc l'assaut de son bureau, ne partira que lorsqu'il l'aura reçue. En vertu de quoi, se demande le politicien? La dame lui sort un paquet de vieilles lettres, argumentant quelle contiennent la preuve qu'un homicide a été commis 50 ans plus tôt. Et bien, c'est à la police qu'il faut les remettre, non? Non, il doit les lire lui, elles sont adressées à une certaine Leanne Harper qu'il connaît bien, puisque c'est le nom de sa mère.

Ce qu'il fait, découvrant ainsi l'histoire de deux personnes. 

Horace Boyd,  surnommé Bayou, un jeune homme délicat et sensible, fils d'une chanteuse amatrice de blues et d'un trompettiste amateur également. Bayou est adoré par sa mère, mais méprisé et raillé par son père: il chante très bien mais est nul en trompette, au contraire de Willie, son frère, le réussi de la famille, doué en trompette... Horace déteste son prénom et insiste pour qu'on l'appelle par son surnom. Vu sa famille dysfonctionnelle et sa catégorie sociale ( noir américain de la cambrousse profonde) il ne sait pas lire et, là encore est raillé par le paternel: Willie a appris à lire, Willie est doué, tu es bête. Et Willie bien sûr en profite pour mépriser aussi son petit frère.

Et Leanne Harper, qui vit assez isolée, élevée dans une famille extrêmement stricte qui lui interdit de se mêler au menu fretin des villageois. Ceux-ci ont du mal à supporter cette fille assez antipathique, qui les regarde de haut lorsqu'elle va lire seule près de la rivière. Elle est surnommée Bucket, telle un seau délaissé par sa mère qui l'a confiée à la garde d'un grand-père particulièrement revêche, et déteste ce surnom qui lui rappelle à quel point personne ne veut d'elle.

Et pourtant un jour elle s'arrête attire par la musique d'une fête et est témoin d'une scène d'humiliation publique, où Bayou est une fois de plus critiqué ouvertement par son père pour ne pas savoir jouer de trompette. Leanne prend immédiatement ce garçon en sympathie puisqu'ils sont tous les deux isolés et victime de leur famille. Et tous deux vont devenir amis, malgré l'opposition de la famille de la fille, se donnant rendez-vous lorsque le grand-père de Leanne dort. elle s'est donné pour mission, nuit après nuit de lui apprendre à lire, ce qu'il arrive à faire.
Evidemment on sait ce qui va se passer, coup de foudre, alors que l'un des deux est coincé par sa famille. Lorsque le grand-père l'apprend, il rappelle la mère démissionnaire pour qu'elle vienne cherche sa fille avant quelle ne tourne mal, en frayant avec les péquenauds. La mère tout aussi irascible que son père décide donc d'un coup d'emmener sa fille ( en fait, plus une tirelire sur pattes qu'un seau) pour qui elle d'autres ambitions.

Mais quel est le problème? Ben le problème c'est que Bayou a hérité du teint très sombre de son père, quand Leanne, métisse au teint très pâle comme sa famille, peut passer pour blanche et prétendre, une fois défrisée, à des études, un avenir dans la bonne société, et un mariage avec un riche blanc ignorant son ascendance noire. Et c'est très exactement l'ambition de la mère: en faire une parfaire femme du monde, et la marier avec un riche propriétaire blanc et vivre toutes les deux dans l'opulence aux crochets de sa future belle-famille. Ce qui n'est pas compatible avec un galant noir, surtout si on veut se faire passer pour ayant un pédigrée. que Leanne ne soit pas trop d'accord avec cette manipulation n'a aucune importance, elle doit obtempérer pour le porte monnaie de sa sangsue de mère.

Quelques années après, Leanne et sa mère reviennent dans la région, où entretemps, le paternel de Bayou calanché, Willie parti faire carrière et surtout abuser de la schnouff à Chicago, Maman et fiston ont ouvert un juke joint où il chantent. Et comme par hasard Leanne a été mariée au frère du très blanc et très raciste sheriff local, pour le compte du quel une amie de Bayou travaille comme bonniche. Une femme qui connait bien Mistress Leanne, enfin, Miss Bucket. Et là, c'est la succession de situations too much pour moi.

Déjà si tu veux garder l'identité de ta fille secrète, c'est stupide de la marier avec un mec de la ville à côté de laquelle elle a grandi, bien sûr que quelqu'un va la reconnaître et finir par vendre la mèche. Déjà c'est un très mauvais plan, peu crédible pour une mère censée être suprêmement calculatrice.

Ou bien sûr, qu'elle retrouve son amour de jeunesse qu'il a quitté sans une explication, et veuille à tout prix renouer avec lui. Evidemment, Leanne qui a très peu de jugeotte et bien qu'avertie du danger pour lui, insiste, et.. les deux se font pincer par la mère qui les balance à son beau frère " y'a ce noir, là, Bayou, il a sifflé ma fille, faut au moins le lyncher" ( oui, c'est e qu'on appelle une grosse, une très grosse ordure, cliché n°1). 
Ha ben non, ce que la mère ignore, c'est qu'ils ont fait autre chose, et vla-t-y pas que Leanne est enceinte, d'un enfant qui risque d'être un peu trop foncé et de provoquer sa chute sociale, voire, très concrètement, sa noyade " accidentelle" par un mari qui déjà la menace de la tuer si elle veut retourner vivre en ville, loin de la ville où il a des ambitions électorales," tu comprends chérie, pour être maire, je dois avoir une poti.. euh, une femme qui fait l'envie de tous avec son joli teint clair. Si tu pars vivre en ville, on se foutra de moi et je ne serais pas élu. Alors que bon si je suis veuf parce que, disons, tu t'es noyée en allant te baigner à la rivière, on me prendra en pitié"

Donc évidemment, Bayou doit prendre la fuite avec son frère repassé par là flanqué d'un producteur juif européen qui a fui l'Allemagne nazie (on est maintenant dans les années 1940, donc couche de clichés numéro 2: moi aussi, je sais ce que c'est d'être séparé de ses proches, et de devoir partir pour rester en vie.
 
En fait, cliché n°3, le producteur a repéré le talent pour le chant de Bayou, et son potentiel de vedette, alors qu'il a promis de s'occuper de la carrière de Willie. Lequel évidemment va crever de jalousie du succès de son frère, qui le relègue au second plan ( sans prendre en compte que ce qui fait sa disgrâce, c'est surtout sa dépendance à la piquouze, il est monté en gamme au fil de film. Frère Junkie, la drogue c'est mal ( cliché 4). Et donc lorsqu'ils vont retourner faire un petit concert chez leur mère pour attirer les clients qui désertent, c'est Willie qui va aller balancer Bayou au sheriff, trop content de pincer celui qui lui a échappé.

Ah, entretemps le gosse est né, bien pâle comme sa mère. Et qui est devenu cet enfant?
Ho ben ça alors, on ne le voyait tellement pas venir, c'est le politicien sudiste raciste du début, fils d'un noir très noir et d'une noire très pâle, à qui sa grand-mère qui a gardé les lettres que Bayou a écrite à Leanne, mais qui sont toutes retournées à l'envoyeur, sans jamais le dire à son fils ( alors que bon, ça aurait pu être un moyen de calmer son obsession: pleure un bon coup, tu as 18 ans, elle est partie, ça ne sert à rien d'écrire à tous les Harper de Boston en espérant qu'elle te réponde, regarde rous les courrier sont revenus " inconnue à cette adresse")

Après il y a des choses intéressantes, notamment sur le fait que le racisme cause la perte d'estime de soi. Si le père de Bayou le déteste, c'est parce qu'il a le teint aussi sombre que lui, et que son fils lui renvoie cette image de lui-même. S'il adule Willie, c'est parce lui a le teint plus clair et pourrait passer pour métis ou mexicain facilement, ce qui est un peu mieux.
Si la famille de Leanne est aussi hautaine , c'est parce qu'ils se sentent plus blancs que leurs voisins. elle même finit par essayer de se "blanchir" à ses propres yeux, en se montrant odieuse avec son ancienne voisine (qui lui rappelle d'une grande claque bien méritée qu'elle est et restera "Bucket" la péquenaude métisse même déguisée en femme du monde), mais sur laquelle elle compte quand même pour la couvrir lorsqu'elle commence à faire connerie sur connerie.

La collaboration entre émigrés juifs et noirs partis tenter leur chance dans le nord est un fait parfaitement attesté ( même s'il aurait pu être plus subtilement amené), l'abus de drogue dans le milieu du jazz aussi.
La dernière séquence en suspens aussi est intéressante: un politicien raciste qui a fait toute sa campagne à grand coup de drapeaux sudistes vient de découvrir qu'il est le fils d'un noir et d'une métisse, comment va-t-il pouvoir gérer cette révélation qui fait s'écrouler ses convictions.

Mais voilà, sans que ce soit un mauvais film, il n'est pas ouf narrativement, trop appuyé, trop démonstratif, avec trop d'invraisemblances, trop de " tout à fait par hasard", trop de Roméo et Juliette + Cain et Abel.
Et puis je n'aime pas quand les personnages sont cons comme des manches. L'obsession permanente de Bayou pour Léanne parce qu'ils se sont roulé un palot à 17 ans, est assommante et même adulte, il a la maturité émotionnelle d'un enfant de 10 ans. 

Et elle est un personnage dans le fond aussi détestable que sa mère: encore plus immature que lui, elle n'agit qu'à son bon vouloir, manipule les gens tout en prétendant faire le contraire, n'assume jamais les conséquence de ses actes, renvoie la faute sur les autres. Ce genre de personnage de femme-enfant qu'on est supposés trouver je ne sais pas... mignonne? attendrissante? Alors qu'elle est parfaitement insupportable et tête-à-claques. 
Donc c'est mal parti quand les deux personnages centraux sont un homme gentil mais couillon et manipulable, et une femme minaudante et manipulatrice. Ca peut donner quelque chose d'intéressant à condition de ne pas avoir une narration qui parte en tout sens et en fasse trop.

De fait, je crois bien que je n'ai apprécié que Hattie, la mère de Bayou, et Citsy, la voisine, qui sont plus intéressantes et dont les rôles sont mieux joués. Ira, le producteur juif passe aussi pas trop mal. Mais les autres, disons que à la fois au niveau des personnages et des acteurs, c'est pas fou-fou.
Peut être que ça serait mieux passé de ce point de vu si je l'avais regardé avant Ma Rainey, superbement interprété, là... j'ai trouvé le temps long et les acteurs pour la plupart, pas super convaincants.

Et les séquences musicales, si elles ne sont pas mauvaises musicalement à défaut d'être originales ont pour mois un défaut rédhibitoire: la qualité de son trop léchée, trop parfaite, une prise de son digne du XXIe siècle quand on est supposés enregistrer à l'arraché dans un club, chanter sans amplification. Le son amplifié est trop évident , et je vois tellement que les acteurs font du playback sur des chansons enregistrées en studio. C'est vraiment un truc qui a contribué à me faire sortir de l'histoire.

Un film qui pêche à mon sens par sa volonté de vouloir aborder trop de sujets à la fois, d'appuyer trop son propos, de manquer de subtilité dans son message, et d'avoir des personnages centraux casse-burettes au possible.

samedi 14 février 2026

Quincy (documentaire 2018)

 Deuxième visionnage et c'est aussi un gros coup de coeur.

Il s'agit cette fois d'un documentaire consacré à Quincy Jones, j'avais déjà parlé de lui via un podcast écouté l'an dernier, alors qu'il était encore en vie ( il est décédé en novembre 2024 à l'âge respectable de 91 ans)
Réalisé par sa fille, il suit de près Quincy au quotidien , sans occulter à la fois le caractère hors du commun de ses projets et de son énergie incroyable pour un octogénaire , et ses problèmes de santé - plus que graves. Porté par l'envie de mener à bien un projet qui a probablement été l'un des plus importants pour lui, et alors qu'il a failli mourir deux fois au long de ce périple, on le voit déplacer des montagnes et aller jusqu'au bout, ce qui force l'admiration.


Ce qui le motive tant, c'est d'être à 85 ans le maître de cérémonie pour l'inauguration en fanfare d'un musée consacré à l'histoire des afro-américains, et vu son carnet d'adresse rempli de gens à qui il a mis le pied à l'étrier, il était en effet le mieux placé pour organiser un fête mémorable.
C'est cette organisation qu'on suit sur deux heures, entrecoupée d'images d'archives qui retracent sa carrière, depuis ses débuts avec Billie Holiday, Billy Eckstine, Lionel Hampton, Dizzy Gillespie et d'autre sommités de la scène jazz, ses études en France avec Nadia Boulanger où il a pu apprendre à composer et harmoniser pour cordes*, ses succès en musique de cinéma, son activité de producteur et découvreur de talent, son amitié sincère et indéfectible avec Ray Charles...

* dans la série, " le racisme est tellement con que ça en devient absurde", aux USA il lui était interdit de composer pour cordes, car "les cordes sont des instruments réservés aux blancs". Ca me fait le même effet que lorsque j'entends que jouer du basson n'est pas féminin.
Dans ma famille, on dit " c'est bête à brouter du gravier".

Mais le fait que le documentaire soit réalisé par sa fille apporte une autre touche, un côté beaucoup plus sensible et personnel: elle ne cache pas les soucis de santés de son père, qui n'est ici pas seulement la vedette mondiale, mais quelqu'un de proche de sa famille, qui a réussi a maintenir une relation avec ses enfants malgré la surcharge de travail qui a failli lui coûter la vie à plusieurs reprises par trop de stress et de fatigue. Elle ne cache pas non plus son insécurité primordiale: petit garçon privé de la présence de sa mère à 7 ans, car elle était schizophrène et a été internée en psychiatrie, elle lui inspirait une telle terreur. Ce qui est probablement à l'origine de ses échecs sur le long terme avec les femmes. A la question " Papa, est-ce qu'il y a une chose pour laquelle tu n'est pas doué, sa réponse est sans appel" le mariage". C'est peut être une des raison qui fait qu'il est allé chercher des femmes diamétralement opposées à sa mère, ses 3 épouses successives étant de blondes européennes.

Mais au delà de la personnalité hors du commun du monsieur, le documentaire est en filigrane, un portrait très touchant d'un vieux monsieur, qui a du mal à accepter la vieillesse et le déclin de ses forces. Il est lucide, est parfaitement conscient que son temps est compté, et son émotion est palpable, lorsque Ray Charles lui dédie une chanson pour son anniversaire, un vieux monsieur célébrant son amitié avec son pote de toujours. C'est adorable.


Mais triste également, lorsque Quincy, poussé en fauteuil roulant, surtout destiné à le forcer à se ménager, visite le musée avant son ouverture et fond en larmes en voyant honorés sur les panneaux et dans les vitrines des gens qu'il a connu mais ne sont plus là: Ella Fitzgerald, Cab Calloway, Ray, Miles Davis, Michael Jackson, Prince ( oui, même lui avec qui il n'était pas spécialement en bons termes, vu qu'il faisait concurrence à Michael Jackson et avait refusé de participer à "We are the world"... la mort remet les compteurs à zéro). Sa prise de conscience " ils sont tous morts, tous..." est douloureuse, même pour le spectateur. Philosophiquement, c'est difficile. Constater la mort des autres, c'est recevoir le rappel que la sienne est inéluctable, et pour un octogénaire, proche. Voire peut être dans les jours qui suivent ( même s'il a survécu 6 autres années après l'inauguration)
En tout cas j'ai bien envie, si je vais un jour à Washington, de voir le musée en question.


Mais cette fois encore, c'est une excellente pioche, un documentaire instructif sur l'individu, mais aussi sur la lutte collective d'une communauté, avec une réflexion toute en finesse sur le temps qui passe: voir ce vieux monsieur tenter de se raccrocher à ses souvenirs oblige à penser, soi-même, à la brièveté de la vie, la valeur de la santé, la nécessité de faire ce qu'on veut faire ici et maintenant.

Et cerise sur le gâteau, moi qui ne l'avais vu en photo qu'au minimum quadragénaire, puis se dégarnissant avant d'être chauve, voilà Quincy... jeune.

Ben je ne m'attendais pas à ce qu'il ait été aussi charmant, je comprend qu'il ait eu son petit succès auprès des européennes, le trompettiste de jazz venu étudier la musique classique🎺🎶
Son comparse Miles Davis avait également été le Roméo d'une certaine Juliette, en France. La trompette, y'a pas, c'est la classe!

mardi 10 février 2026

Strange Fruit, la chanson d'abel - A. Dan et V. Hazard (BD)

 Une petite BD ça vous tente?

On va reparler de Billie Holiday, mais pas seulement.
Le ffil directeur est en fait la chanson Strange Fruit, qu'elle a interprétée de chanson magistrale, mais dont elle n'est pas l'auteur.

J'aime beaucoup cette couverture, où l'auteur est dans l'ombre " lumineuse" de l'interprète. 
Et pourtant la chanson, leur plus gros succès, leur a causé du tort, à tous les deux


L'auteur est Abel Meeropol, professeur d'université, juif, communiste, qui a eu envie d'écrire ce texte anti-raciste lorsqu'il a vu un photo de lynchage en 1930. Deux noirs du sud des Etats-Unis, pendus à un arbre, sans procès équitable, sur une simple suspicion, et tout autour, une foule de blancs, joyeux comme à la fête.
Pour Abel, dont les ancêtres ont fui l'Europe et les pogroms, cette situation n'est que trop familière, et son engagement anti-raciste est aussi un engagement personnel contre l'anti-sémitisme.

Bien des années après, en 1956, Abel revient voir Billie, avec une requête : qu'elle cesse de prétendre avoir écrit la chanson. Pas pour les droits d'auteur qu'il touche déjà, mais précisément parce qu'elle est un message qui lui tient à coeur.

 Tous deux se racontent alors ce qui leur est arrivé depuis 25 ans.
Pour Billie, les mauvaises fréquentations, l'alcool, la drogue, et les flics qui la piègent pour en faire un exemple à chaque fois qu'elle s'en sort. Alors que d'autres vedettes, qui usent et abusent des stupéfiants sont tranquilles, parce qu'elles sont blanches.

Pour Abel, une carrière de parolier de chansons patriotiques, mais très vite, la suspicion et l'inscription sur la liste grise du Maccarthysme. Ses sympathies communistes, bien qu'on ne puisse pas les prouver formellement en font aussi un type à surveiller. Son engagement atteindra son apogée lorsqu'il adopte officiellement les enfants d'Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'espionnage soviétique et exécutés , toujours dans le cadre de la chasse aux sorcières.
Dans ce monde où, malgré la loi, certains refusent de hiérarchiser noirs et blancs, on croise aussi Frank Sinatra ( son amitié avec Sammy Davis Jr est restée célébre), Miles Davis ( qui n'a pas pu épouser Juliette  Greco, elle aurait aussi été victime du racisme si elle s'était mariée avec lui et l'avait suivi aux USA), Lester Young (tyrannisé à l'armée, lorsqu'on découvre que sa femme est blanche), ou encore James Baldwin, noir, communiste et homosexuel.

Malheureusement, en 2026, force est de constater que les choses ne s'arrangent pas vraiment. Et que cette thématique est hélas loin d'être reléguée dans les livres d'histoire. Donc tant que le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie et tout un tas d'autres choses bien moisie continueront à pourrir la vie des gens, Strange fruit reste un texte universel, peu importe qui sont les victimes, blancs, noirs, hommes femmes, juifs, athées, autres...

Une lecture très intéressante, qui fouille, entre autres, dans les poubelles puantes de Hollywood.