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samedi 3 octobre 2026

Jurassic Park ( film fantastique / SF 1993)

 Je l'avais dit, un petit " in Memoriam Sam Neill " s'imposait. Au départ j'aurais vraiment voulu revoir la mini série Merlin, parfaite pour Halloween, les légendes la magie, l'enchanteur tout ça, mais je ne suis pas sûre de la trouver avant la fin du mois.

Donc va pour le film qui en a fait une vedette internationale.


Alors oui, ce n'est pas à proprement parler un film " de trouille", mais il en reprend tous les codes, avec plus de budget: petit groupes d'individus disparates, liés par le hasard, huis-clos sur une île isolée dont il est impossible de s'enfuir à cause de l'éloignement et des conditions météo, millionnaire qui joue au démiurge sans se soucier des conséquences (et en créant des hybrides, ça ressemble quand même beaucoup au Dr Moreau, ça!), gros monstres affamés, pleins de griffes et de dents, qui ont très envie de goûter à la viande d'humains... Et dans ce registre de jeu de massacre, il est très efficace, précisément parce qu'il prend le temps d'installer son action, de montrer qui sont ses héros leur vie et leur travail quotidien avant de les plonger dans une situation qui tourne au cauchemar survival; parce que les personnages centraux sont assez peu nombreux: Hammond, le millionnaire, le couple de scientifiques, les deux sales gosses, Malcolm le mathématicien ( dont on se demande un peu ce qu'il fait là, en fait!) , l'avocat, le traitre, et quelques scientifiques figurants du parc , qui feront de parfaites premières victimes. Donc, c'est assez facile à suivre, et on peut prendre les paris sur "qui va mourir en premier" ( Bon, pas Samuel L Jackson, lui c'est un second rôle de luxe quand même, on ne l'a pas engagé pour tuer son personnage après 10 minutes! Mais j'avais totalement oublié qu'il faisait partie de ce casting assez incroyable)

Donc, je ne l'avais pas revu depuis sa sortie, et j'ai kiffé le revoir parce qu'il est avant tout très FUN! Et sans être trop n'imp' niveau science. Enfin, passé le fait mille fois débunké depuis qu'on puisse recréer des dinosaures avec de l'ADN trouvé dans un estomac de moustique fossilisé. Au mieux tu obtiendrais un moustique jurassique, au pire un hybride d'un dinosaure en particulier et de moustique. Ce qui est à peu près aussi crédible que... tout à fait au hasard, un scientifique qui inventerait une machine à téléporter et fusionnerait par accident avec une mouche, je dis ça comme ça et sans viser personne :D

Ce sur quoi j'avais tiqué à l'époque est toujours ce sur quoi je tique. 

Donc commençons par les poncifs ou imprécisions qui me gonflent (dans tous les films en général):

- La nana qui veut absolument un enfant alors que son mec n'en veut pas => bon ben, vous avez des objectifs de vie trop différents, rompez et restez amis, ou collègues de travail, mais arrête de lui casser les oreilles plusieurs fois par jour avec tes allusions pas discrètes aux enfants. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, tu le saoules et toute la salle de cinéma en même temps. 
C'est rarement l'inverse d'ailleurs, un gars qui veut des enfants et une femme qui n'en veut pas. Et ça me gave précisément parce qu'Ellie est, pour une fois, un personnage de femme scientifique, compétente, courageuse, intéressante, MAIS que le scénario s'escrime à la renvoyer à l'image attendue des femmes qui, dans le fond, ne seraient pas complètes sans cocher la case maternité. Ca insinue qu'on ne peut pas avoir de personnage de femme accomplie sans ça. Et donc, on renvoie encore, une fois de plus, les femmes dans les cordes de la maternité comme seul horizon valide. Ce ne serait pas aussi pénible si le cinéma offrait d'autres portraits de femmes, or, en général, celles qui ne sont pas franchement branchés par ça.. peuvent mourir avant la fin du film, vu qu'elles n'ont pas de famille et que personne ne les regrettera (même Ellen Ripley dans Aliens se retrouve à devoir jouer les mères de substitution pour une gamine dont le scénario se serait bien passé)

- Le traître qui est forcément un cliché sur pattes. Le gros. Le nerd. Le faignant. Le vénal. Le ridicule. Le puéril. Ca fait un peu trop pour en faire un "méchant" vraiment intéressant. 
Et puis forcément ce genre de méchant est un peu moche et ringard, au côté des héros forcément charismatiques ( parce que quand le méchant est beau et intelligent, il meurt à la fin et dignement avec passage de rédemption où il reconnait ses erreurs)

- Le vague triangle amoureux (mais pour une fois, le troisième larron se prend les pieds dans le tapis  avec sa drague un peu lourde MAIS n'insiste pas. Bon point pour toi, Ian. Un peu relou, mais pas irrespectueux!) dont on voit à des kilomètres que ça ne marchera pas parce que Ian fanfaronne et surtout drague une femme qui n'a absolument aucun point commun avec lui. Là on sent bien que c'est le rebondissement obligatoire, rentré au chausse-pied dans le scénario parce qu'il faut un suspense du style " va-t-elle quitter son mec pour l'autre?" ( mauvais plan, il dit lui même être plus doué pour le divorce que pour le mariage). Or là, ça tombe à plat. On est là pour les monstres, pas pour écouter un personnage se plaindre que son mars ne veut pas d'enfant, et l'autre énumérer ses échecs matrimoniaux pendant que le troisième essaye d'éviter tout ce qui a 2 pattes, veut tout le temps manger et cause des dégâts partout  (enfants ou raptors, c'est du pareil au même. Je te soutiens Alan, je te soutiens!)

-Les gosses insupportables et qui en plus sauvent la mise à tout le monde en même temps qu'il mettent tout le monde en danger ( enfin, surtout Alex). Mais qu'est ce que ça me saoule le cliché du gosse qui est une petite tête à claque, fait n'importe quoi ( éteignez cette foutue lampe et restez planqués au lieu d'aller chercher les autres, z'avez jamais vu un film d'horreur, sans dec!), mais s'avère être un génie de l'informatique capable de trouver la solution à un code secret sur lequel tous les adultes se cassent les dents depuis la moitié du film parce que " ha, mais ça ressemble à un de mes jeux vidéo". 
Bon point: le nerd des jeux vidéos est une fille. Mauvais point : elle gueule sans cesse, ce qui est le meilleur moyen d'attirer les ennemis. Très mauvais point: comme c'est un enfant, elle et son frère s'en sortent toujours par la magie du TGCS ( Ta gueule, c'est le scénario): on ne mange pas un enfant, si c'est un des personnages principaux. Ce serait plus crédible de dire " le T-rex, n'en veut pas c'est une trop petit proie, y'a rien à manger là-dessus, à la limite les deux ensemble ça lui ferait 2 biscuits apéro". Ha le petit génie de 12 ans qui se la pète face aux gens qui ont un doctorat dans le domaine, c'est un de mes clichés les plus détestés.

- Accessoirement le mec qui se lance dans une entreprise super hasardeuse, où il y a déjà eu un accident mortel, au point que ses sponsors menacent de le lâcher s'il ne renforce pas la sécurité, et qui trouve que c'est une excellente idée de tester le concept ni fait ni à faire sur sa propre famille. Il mérite le trophée du grand-père de l'année, John!

Et il y a le poncif spécial "nerd de la préhistoire", enfin, plusieurs...
- L'équipe qui dégage un squelette parfaitement préservé  avec de simples pinceaux, parce qu'il est en gros à 2cms sous le sable. Si c'était le cas, il n'y aurait pas besoin d'engins de chantiers de toute taille. Ce qu'on dégage est de la roche prise dans de la roche. Si c'était du sable facile à dégager, ton squelette serait 
1- en très mauvais état. 
2 - visible depuis des lustres. Les rares cas où ça arrive, c'est un os qui émerge, mais quand même bien pris dans de la roche, souvent suite à un glissement de terrain qui jusque là le protégeait. Si seulement c'était aussi facile de trouver et dégager un fossile, tout le monde le ferait (et bon courage pour le trouver sous des mètres de roche grâce à un détecteur ou je ne sais quoi, les gars, ce sont des os pétrifiés, donc de la roche dans de la roche, je me tue à vous le dire. Il n'avait pas un squelette en métal que je sache!)

- Les raptors . Et la griffe de raptor. P'tain, Alan, tu est paléontologue, tu es supposé connaître ton job. Ce que tu tiens à la main, pour menacer un sale gosse de l'éventrer avec, c'est une griffe de Deinonychus ( Bon, faute à moitié pardonnée, c'est Michael Crichton qui a fait ce choix dans son roman parce qu'il préférait le terme Velociraptor... Mais ça aurait été marrant d'entendre tout le monde galérer à prononcer "Deinonychus") . Il fait 3,5 m de long pour un bon mètre de haut, il arrive à la taille d'un humain moyen, et on le connait depuis 1969.
oui, il a une gueule étrange, comme un jeune allosaure ( là ça aurait pu coller, l'allosaure était vraiment du jurassique, lui). et il me fait peine avec ses papattes qui semblent cassées, mais sur les livres de l'époque, on le représentait avec ces pattes bizarrement pliées façon... zombie


 Le vélociraptor faisait 1m50 de long et 75 cms de haut.
Ca, c'est un vélociraptor, par le paléoartiste Frederic Wierum. Oui on dirait un oiseau en colère, il fait moins peur, mais je le trouve super classe! Allez lui dire en face que c'est juste un gros dindon!

Et au fait en latin, raptor, ça veut dire " voleur", et non rapace. Rapace en dérive, on suppose parce qu'il " vole" les lapins dans les champs. 
Gigantoraptor = voleur géant, microraptor = voleur minuscule

- Les vélociraptors de l'histoire sont encore plus gros, donc ce pourrait être des Utahraptors... qui étaient inconnus au moment de l'écriture du scénario. Pas d'bol, la réalité a rattrapé la fiction, mais trop tard. Mais l'explication que j'ai trouvée est savoureuse et pour le coup, bien plus logique et liée à ce que je vais rajouter plus loin sur les effets spéciaux: le raptor était un costume manipulé par un marionnettiste caché à l'intérieur, il devait donc obligatoirement être plus grand qu'un humain adulte. Si c'était pour éviter des images de synthèse hasardeuses des années1990, tant mieux, vous auriez même pu les rendre encore plus grands!

- Tyrannosaure, vélociraptor, Deinonychus, Tricératops, Parasaurolophus.. tout ça, ce sont des bestioles du crétacé. Le bouquin aurait dû s'appeler " Crétacéparc". Le brachiosaure et le dilophosaure (d'ailleurs trop petit, pour une fois que ce n'est pas l'inverse) sont valides pour un parc sur le jurassique. Solution: tu l'appelles le Mésozoo, et tu peux y mettre des bestioles du Trias au Crétacé.

Et maintenant les bons points ( outre la musique de John williams qui est excellemment épique)

- J'lai dit,  et je l'redis, il va à l'essentiel: pas trop de personnages ( donc on a le temps de s'inquiéter un peu pour chacun, enfin, sauf pour Denis, qui ne meurt pas assez vite), action resserrée, présentation intelligente des lieux ( pas besoin d 'en faire des caisses pour qu'on comprenne à quel point le plus gros problème ET avantage d'Isla Nublar est son isolement.  Un hélico qui galère à se poser et un bateau qui doit partir avant la tempête suffisent à faire ressentir que sur une île loin du continent, le moindre pépin peut prendre une ampleur catastrophique . Pareil pour la mise en scène qui en 1993 savait encore que l'angoisse vient moins d'un gros montre rugissant que d'une immense pièce silencieuse montrée en plan large mais dont on ne voit pas tous les recoins; qui ne sacrifiait pas ces moments à trop de musique ou de jumpscares téléphonés. Ce n'est pas souvent avec Spielberg, mais il a fait preuve d'une sobriété de mise en scène plus efficace que toutes les grosses démonstrations. Sobriété = efficacité narrative!

- Les décors naturels et les effets spéciaux, les deux vont ensemble. Les dinos étaient à peu près conformes au consensus scientifique de l'époque ( y compris les raptors sans plumes avec leurs pattes avant dans le mauvais sens!), hormis quelques modifications " cosmétiques" de taille ou de collerettes à l'existence invérifiables. Et comme il s'agissait en 1993 de marionnettes et d'animatroniques, une technique aboutie et parfaitement éprouvée, depuis Ray Harryhausen, elle a bien vieilli même plus de 30 ans après. C'est même un paradoxe savoureux que la technique la plus ancienne ai mieux vieilli que les séquences d'informatique avec Denis ou Alex, pourtant le top niveau de l'époque.. qui on pris un très sale coup de vieux avec l'évolution phénoménale de l'informatique. La technique qui a plus de 100 ans d'âge paraît moins datée que l'informatique qui 30 ans plus tard à l'air préhistorique! Et les décors naturels, ben.. ça m'a frappée. Les films récents sont souvent sombre, avec une colorimétrie très neutre. Les effets spéciaux sur fond bleu ou vert n'ont pas le relief des marionnettes et les paysages incrustés sur les mêmes fond n'ont pas l'ampleur des paysages naturels. L'immersion est beaucoup plus forte que dans bien des films plus récents qui abusent du fond vert pour probablement économiser sur les décors et le tournage en extérieur.

- La distribution: Tout le monde s'amuse et ça se voit. Les personnages sont super réussis et interprétés.
Jeff Goldblum en tête, qui se régale à rendre son personnage à la fois relou mais super attachant, avec ses phrases à l'emporte-pièce, souvent orgueilleuses mais pleines de bon sens dans le contexte. Ian Malcolm, c'est tellement ton pote qui se la raconte parfois un peu trop, mais qui te sort LA phrase sortie de nulle part, à hurler de rire, sur un ton détaché. Et qui ne manque pas d'autodérision. La neurodivergence est forte chez cet homme!
Point bonus pour le décalage entre l'assurance du personnage et le fait qu'il soit hors-jeu  dès que l'action s'intensifie, à devoir attendre, blessé dans une pièce fermée, que les autres sauvent tout le monde. Un héros... mais qui ne sert pas à grand chose (déjà un mathématicien pour l'ouverture d'un parc à thème qui n'a rien à voir avec son domaine, on se demande bien ce qu'il fout là, si ce n'est pour être la troisième signature " caution scientifique" sur le contrat). Et là où Jeff Goldblum est excellent, c'est qu'il le joue exactement comme ça: le mec dépassé par les événements qui se demande du début à la fin ce qu'il fout là, et finit par poser à moitié à loilpé façon chappelle sixtine quand il n'a plus rien à faire :D. Tu m'étonnes que le personnage soit devenu culte: il est sarcastique, à la ramasse et l'acteur s'éclate tellement que ça fait mouche (attention, subtile référence à un autre film, saurez-vous retrouvez lequel?). 

Bon je suis partiale, je surkiffe Jeff (et, entre nous, madre mia, qu'est-ce qu'il vieillit bien! Cette classe absolue, même quand il chantonne Fernande de Georges Brassens, si avec ça vous restez de marbre, je ne peux plus rien pour vous :D! Nous aussi en France, on t'adore, Jeff, tu reviens jouer du piano ici quand tu veux!)

Allez, pour le plaisir, et parce que cette phrase est devenue un mème parfait chaque fois que les choses tournent mal, et qu'on l'avait prédit.

Le très regretté Sir Richard Attenborough, frère de David, dont je parlais cet été, est parfait en grand-père limite plus puéril de que ses petits enfants, et totalement inconscient (et quand il raconte des souvenirs de puces savantes, Ellie l'envoie bien bouler pour avoir mis tout le monde dans la mouise jusqu'au cou, et c'est génial. Pas de pitié pour les jérémiades du vieux cinglé!) . Et lui aussi s'amuse bien, ça se voit!

- Alan Grant. Ce personnage m'éclate totalement. Au re-visionnage du film, je me suis dit " j'avais oublié à quel point je SUIS Grant". Il déteste les enfants, moi aussi. J'avoue que menacer d'en éventrer un particulièrement casse-burette avec une griffe de dinosaure, c'est tentant. Il adore la paléontologie, moi aussi.
Il n' a aucune envie qu'on l'emmerde ( moi non plus), et préfère qu'on le laisse tranquillement faire ses fouilles dans son patelin paumé. Mais n'accepte à contrecoeur d'aller voir le projet de Hammond que parce que celui-ci lui file un gros chèque qui va lui permettre de continuer à bosser sans avoir à faire du porte à porte pour obtenir des subventions. La triste réalité de la science.

Et bien sur le regretté Sam Neill, là aussi, je suis partiale, mais c'est un acteur que j'aimais beaucoup, le type qui avait du charisme sans même essayer de rentrer dans les petites cases prédéfinies du cinéma, capable de tout jouer avec un talent égal.
Y compris caresser un tricératops en caoutchouc comme si c'était une vache dans un pré, avec un enthousiasme de gamin. Ce plan me fera toujours marrer. Je me demande combien de fois il a dû le refaire pour arriver à être convainquant...

J'ai vu dans une interview qu'il avait été assez étonné d'être retenu pour un rôle dans un film d'aventure parce qu'il n'avait pas le profil d'un acteur de film d'aventure, et qu'il trouvait sa tête très banale. Ben, justement, ça fait tellement plaisir de voir des gens "normaux", des acteurs retenus pour leur talent plus que pour leur apparence.

Et donc ça m'amène à dire que mine de rien, dans ce blockbuster, les rôles sont moins figés que ce qu'on à l'habitude de voir au cinéma, du moins dans les films d'action et de SF: Ellie n'est pas la "jolie blonde décorative", elle ne déboule pas après une nuit passée à courir partout pour sauver sa peau et celle des autres toujours parfaitement coiffée et maquillée. Laura Dern n'est pas une super beauté standardisée et, c'est infiniment mieux: elle est crédible! Ca fait plaisir de voir une actrice qui joue un rôle de scientifique qui ne ressemble pas à une actrice, mais à une femme normale, elle aussi. Et vingt dieux, elle agit! Youhou! Et balance des petites phrases féministes, l'air de rien!

Pareil pour Alex qui aurait gagné à être un peu moins tête à claques, mais n'est au moins pas le cliché de l'ado rebelle passionnée de fringues. Des femmes d'action, qui rattrapent le coup quand les hommes sont défaillants, largués ou ont des idées à la con, mine de rien, dans les années 90 c'était rare, et ça l'est encore. (Alors que c'est notre quotidien... hein, toutes les héroïnes n'ont pas de cape)

Et rien que voir des personnages féminins qui servent à quelque chose narrativement, quand les hommes sont parfois relégués au second plan - et parfois condamné à mourir bêtement sur les gogues, ou pour une fois servir de de caution "sexitude" en posant en petite tenue de façon totalement incongrue (si si, je ne m'en lasse pas, le niveau de gratuité de cette séquence est un magnifique pied de nez aux femmes sexualisées à outrance pour tout et n'importe quoi*), pendant que les femmes se bougent, habillées des pieds à la tête, ça mérite d'être souligné.

Ceci dit maintenant il va falloir que je lise le livre, apparemment plus sanglant que son adaptation.

*Il y a une espèce de règle tacite à verbaliser: si dans une situation quelconque, une femme est dénudée - dans un film normal!-  alors qu'il n'y a pas de nécessité narrative (du genre elle est en maillot de bain sur la plage, ou à l'auscultation chez le médecin, ou pose comme modèle artistique parce que c'est son travail, ou que sais-je.., là c'est normal), et que personne n'y trouve rien de bizarre, mais que faire exactement la même séquence gratuite avec un homme à moitié nu paraît inhabituel, incongru ou saugrenu... c'est qu'on est en plein de sexisme ordinaire. 
Enfin, l'ami Jeff en petite tenue, oui, moi , je suis pour! Par souci d'égalité, bien entendu :D

vendredi 2 octobre 2026

La chose sur le seuil - H.P. Lovecraft

ou " le monstre sur le seuil" selon les traductions, "la chose" est plus vague et donc encore plus flippante, là ou le monstre donne un cadre, même si le mot monstre ou monstrueux est récurrent dans le texte.


Comme je manque de temps pour lire ( et d'énergie, ça rappelle trop le travail), j'ai tenté cette longue nouvelle en version livre audio, en allant marche, par un jour d'été caniculaire et bien peu propice à une histoire d'épouvante.
En livre audio, pour moi c'est du tout ou rien, soit j'adhère à la voix du lecteur et  c'est une bonne pioche, soit, pas du tout.
Et dans ce cas, c'est une très bonne pioche, malgré la chaleur encore caniculaire et la lumière crue de ce matin du 6 septembre, la voix du narrateur m'a embarquée du début à la fin dans l'imagination cauchemardesque de Lovecraft, et pourtant je l'avais déjà lue et chroniquée ici. Là, l'ambiance musicale, les temps de pauses, la voix du narrateur, tout marche.

Donc je reviens sur le sujet, là, on est bien dans l'épouvante fantastique: Daniel vient de tuer son meilleur ami Edward, et explique comment il en est arrivé là. Edward était un brave homme intelligent, cultivé, mais doté d'une imagination macabre et d'un goût marqué pour l'occultisme, mais qui souffrait d'un manque chronique de volonté et d'énergie, et d'une tendance à l'attachement obsessionnel.
Imagination fertile + peu de volonté + dépendance affective = la proie rêvée pour les manipulateurs et particulièrement, les sectes et autres du même genre.

Et particulièrement, il tombe dans les griffes de l'effrayante Asenath Waite, une femme dont tout nous dit qu'elle est malsaine: sa conversation, exclusivement basée sur l'occulte et la magie noire; son origine, elle vient d'Innsmouth, dont on raconte que les habitants ne sont pas tout à faits humains, à force d'union avec des démons; son entourage familial, puisqu'elle est la fille d'un vieil occultiste réputé pour être un sorcier et d'une femme qui n'est jamais apparue en public autrement que le visage caché; son apparence, angoissante à souhait: Asenath est une petite brune, qu'on trouve jolie, mais dont le regard fixe et les manières arrogantes font fuir tout être sensé. Tout le monde sauf Edward, envouté par elle, sans se rendre compte qu'il n'est pas envoûté métaphoriquement, mais concrètement. Ce n'est pas seulement de l'emprise mentale. Asenath a l'allure et les manières d'une sorcière, se comporte comme une sorcière, a une famille qui trempe dans la sorcellerie, parle de sorcellerie.. bref c'est une sorcière autant que 2+ 2 font 4.

La domination qu'elle exerce sur Edward l'amène à rapidement épouser celui-ci, le faire couper les ponts avec tout le monde, sauf avec Daniel dont elle n'arrive pas à l'éloigner. Daniel qui constate au fil du temps qu'Edward est de plus en plus malheureux, de moins en moins lui-même. Asenath, au delà de son don pour l'hypnose possède un pouvoir beaucoup plus dangereux. Elle sait échanger sa conscience avec celle des victimes faibles. elle a choisi Edward exactement pour ça. Elle rêve de prendre possession d'un cerveau d'homme, afin de rivaliser avec celui que fut son père, mort empoisonné sans qu'on puisse déterminer s'il s'agissait d'un accident, d'un suicide ou d'un meurtre.

Elle... ou quelqu'un d'autre. Asenath est-elle bien celle qu'elle prétend? Hop, mesure anti-spoil pour les gens qui ne l'ont pas lu. Bon, on le devine vite: Asenath, la vraie, était trop faible pour résister à son père. Le vieil Ephraïm possédait un sort lui permettant de rester vivant éternellement, en transférant sa conscience dans un autre corps. Il a échanger son esprit avec celui de sa fille, et l'a tuée alors que sa conscience à elle était dans son corps à lui. Asenath, la femme d'Edward, n'est autre que le vieil Ephraïm, qui, mécontent de devoir diriger un corps féminin, tel un parasite qui envahit un hôte temporaire avant de passer au suivant, espère récupérer pour lui l'organisme encore jeune et fringant d'Edward. Une possession au carré.Et donc, Edward, de plus en plus fréquemment dépossédé de son corps par sa sorcière de femme, tente d'avertir Daniel, qui réagit comme tout un chacun, et en déduis qu'Edward, à force de trainer avec une bonne femme au genre macabre et qui se prend pour une sorcière, a développé un délire de persécution.
La conclusion de cette histoire va amener Daniel à tuer Edward, ou plutôt la personne qui a pris possession de lui, et lui a fait subir un sort pire que tout ce que Daniel aurait pu imaginer. Elle est le mal à l'état brut, et continuera a nuire, peut-être même a essayer de faire de Daniel sa victime suivante s'il n'intervient pas...

Horreur, sorcellerie, possessions à plusieurs niveaux... Pour l'écouter ( si possible dans le noir par une nuit sinistre d'octobre, pour l'ambiance, ce sera probablement plus efficace qu'en faisant la vaisselle par exemple), c'est ici. 1h10 qui passent comme une lettre à la poste!
Et comme j'ai adoré la lecture de Philippe Bertin, je vais en tenter d'aoutre.
Il n'a pas lu que du Lovecraft, mais je pourrais quand même me laisser tenter par les 4h40 des Montagnes Hallucinées. Il a aussi entregistré des nouvelles plus courtes: Dagon, le modèle de Pickman, Herbert West, la cité sans nom.. Et plus étonnament, du Jean-Jacque Rousseu ( les confessions,la nouvelle Héloise, le promeneur solitaire.. ça c'est un grand écart digne d'un champion de gymnastique!)

Je vois le Scarabée d'or de Poe, qui sera donc ma sélection spéciale pour le traditionnel rendez vous du 7 octobre :)


jeudi 1 octobre 2026

Louves love - Sophie Bédard

 Grosse arrivée de BD indépendantes ces jours ci, et en voilà une qui sera parfaite pour ouvrir en douceur les bal des monstres.

Enfin, un monstre gentil en l'occurrence.


La sympathique Freddie, petite brune timide, travaille dans un café, quelque part au Québec. Elle vient de passer une semaine moisie: son "crush" - à qui elle n'a jamais adressé la parole, et qui donc ne sait rien de ses sentiments, vient de partir vivre en Angleterre. Un gros chien l'a mordue. La plomberie chez elle déraille. ET elle doit former la nouvelle employée.
surprise, la nouvelle est une très jolie femme, nommée Silver, et Freddie oublie illico sa peine de coeur, espérant bien se rapprocher de sa nouvelle collègue.
Et c'est le cas, le courant passe bien entre Silver et Freddie, qui par chance, sont toutes les deux lesbiennes.
Mais un énorme problème se profile. Alors que le rendez-vous se déroule comme sur des roulettes, Freddie se retrouve soudain dotée de griffes, de poils.. et fuit chez elle, ou elle est accueillie violemment par sa colocataire, Camilla. Forcément, Camilla voit arriver chez elle un loup-garou. 
Ce qui nous vaut ce dialogue absurde
- Tu es un loup-garou maintenant? Comment ce serait arrivé?
- Peut-être quand je me suis fait mordre par le gros chien noir la semaine dernière.
- Mais t'es allée à l'hôpital après...
- Ben oui, mais ils m'ont vaccinée contre la rage, pas contre la lycanthropie.

( car oui le point fort de cette BD ce sont les situations et les dialogues absurdes et ironiques. Lorsque Freddie explique l'origine de son nom, c'est parce que ses parents étaient fan de Freddie Mercury, ils espéraient qu'elle ait un talent musical, elle a du prendre des cours de musique pendant des années, mais .. chante comme une casserole, joue de la guitare comme un pied et en plus déteste la musique de Queen. Mmmmm pas bien ça!)

Mais l'insouciante Freddie se dit que bon, ça va, là c'est parce que c'était la pleine lune,  c'est ok, elle va avoir 4 semaines pour trouver une solution à son problème.
Sauf que non, sa transformation n'es pas liée à la pleine lune, mais à état émotionnel. Et donc, forcément, se trouver en présence de sa trop jolie collègue est une situation particulièrement stressante.
Pire encore, un chasseur de loup-garou ( assez maladroit et à l'allure de ninja), vient d'arriver en ville, qui se met donc en tête de se débarrasser du loup, enfin de la  louve-garoue? louve-garoute? Freddie n'arrive même pas à savoir comment se décrire pour le coup.

Bon, on voit venir la révélation de tellement loin que ce n'est pas un spoiler: bien sûr, le chasseur est une chasseuse, et bien sûr, c'est Silver, qui doit chasser une louve inoffensive et avec qui elle préfèrerait fricoter.
Mais Silver n'avait déjà pas trop envie de poursuivre cette carrière familiale. Elle est la XIV° de la famille à porter ce prénom chelou hérité de mère en fille, en soeur, en tante et en cousine (sa soeur aînée est "Silver XIII", laissez moi deviner leur nom de famille est "Bullet"?) et n'a aucun goût pour ce job. Son rêve à elle est de travailler dans un café et de se spécialiser en latte art. Elle a donc opté pour cette région précisément parce qu'on n'y avait pas signalé de loup garou depuis 10 ans, afin de pouvoir simplement exercer son job de rêve loin des exigences familiales.

C'est une BD assez courte (lue un samedi de mai au travail, pendant une heure hors service public, car oui, feuilleter, voir lire les nouveautés fait partie de mon taf! Oui je peux lire des BD au boulot, c'est pas cool ça?), au scénario peu original, mais on s'en fiche, ce n'est pas l'objectif. On vise l'efficacité, avec une métaphore transparente: la chasse au loup garou, c'est l'homophobie. Et les loups garous sont des gens comme vous et moi, à part leur petite spécificité, il n'y a donc aucune raison de les détester. Le dessin expressif et souvent drôle sert ce propos, les dialogues souvent absurdes font mouche, et Camilla la colocataire de Freddie est particulièrement savoureuse.

Le tout est léger, et propose une histoire d'amour lesbienne SANS drame, sans chichis, sans aborder de sujet plus lourds Heartstopper le faisait (harcèlement scolaire, maladie mentale, difficulté à trouver son orientation). Et mine de rien ça fait du bien, un sujet LGBT qui est traité comme un sujet non polémique, juste avec humour. Car c'est avant tout une comédie sentimentale, sans violence, sans pression, sans coercition, sans manipulation...

Je note deux choses qui font plaisir: 
Déjà, l'héroïne principale n'est pas un canon, mais une petite rondouillarde et son physique n'est jamais un ressort comique, donc, une héroïne qui a une vie professionnelle, amicale, sentimentale, tout en étant la nana la plus normale qu'on puisse imaginer. 
Et l'édition française, Exemplaire-Edition met un point d'honneur à traiter équitablement les auteurs et autrices, et à leur offrir une rémunération digne de ce nom, et une liberté créatrice (elle a été fondée par Lisa Mandel "libre comme un poney sauvage", ceci explique celà.. ).
Et donc leur première collection lancée est celle de romance queer (et ethique!), laissant la part belle aux autrices et auteurs LGBT ou militant anti homophobie. Louve love est le premier tome, on attend ces jours ci un titre de Lisa Mandel un de Jul Maroh, pour les noms les plus connus

Je rajoute la petite satisfaction personnelle d'ajouter une BD québécoise à ma liste de lecture, j'ai jusqu'à présent peu de lectures québécoises, et en matière de BD, la seule que je connaissais était " L'Ostie d'chat".