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lundi 29 décembre 2014

les rois maudits (t-1) - Maurice Druon

Quand j'ai vu le challenge royal l'an dernier chez Liliba, j'ai immédiatement décidé que ça serait LA bonne excuse pour relire les rois maudits de Druon. Bon, j'ai pris du retard dans mes projets c'est vrai.

Parce que j'ai beau faire, en matière de roman historique, j'en reviens toujours aux rois maudits. Fortune de France ne m'a pas autant plus, j'ai laissé le tome 3 en hiatus.
Parce que je ne résiste pas à la rouerie ni a l'abattage de sire Robert d'Artois, ni à celles de sa tante Mahaut.
Parce que je dois être une des rares personnes dans le pays répondre "Philippe le bel" à la question " citer les rois de France qui ont le plus marqué les français" ( contrairement à ce que disent les Inconnus dans "une famille en plomb")
Parce qu'une partie de l'histoire se passe chez moi, et que j'ai la tour Philippe le Bel en face de moi quand je regarde par la fenêtre à mon travail ( ceci expliquant la raison précédente)
Parce que tous les personnages sont soignés dans ce livre, y compris les plus secondaires... je n'y déteste personne, pas même Louis le Hutin.. pas même la (un peu) nunuche Marie de Cressay, c'est dire.
en fait j'ai une édition reliée non illustrée. Mais quand je pense qu'il en existe une avec Depardieu sur la jaquette, ça me rend malade. Je déteste ces rééditions opportunistes avec l'image du dernier film en date

Donc pour les gens qui ne connaîtraient pas encore, bien que cette série risque fort de connaître un regain de popularité ces temps-ci. En effet, GRR Martin l'a citée comme étant la principale source d'inspiration pour sa série Le Trône de Fer, ça peut donner idée à certains d'aller voir à la source.
Mais soyez prévenus, ici, pas de dragons, mais les origines romancées de la Guerre de cent ans, sur fond d'intrigues politiques.

Nous sommes en 1314, après des années de prison, de privations et de tortures, le procès des templiers ( tout à fait authentique) s'achève enfin.  L'ordre autrefois extrêmement riche, si riche qu'il pouvait prêter d el'argent même aux rois, a été accusé d'hérésie et s'est réduit comme peau de chagrin, entre les arrestations, les éxécutions ou ceux qui ont pris la fuite. Les seuls rescapés, le grand-maître Jacques de Molay et trois de ses compagnons d'infortune, sont vieux, miséreux et malades. Mais il n'empêche: ils gênent le roi de France et pas mal d'autres personnes qui ont eu la judicieuse idée de leur emprunter beaucoup d'argent juste avant leur capture. Il commence d'ailleurs à se murmurer que moins que l'hérésie, ce sont les dettes que les puissants ont contractées auprès du Temple qui ont décidé de leur arrestation et de leur exécution. Au moment ou commence ce premier tome, les derniers templiers sont condamnés à être exécutés, brûlés vifs en place publique. Le grand maître réserve malgré tout sa vengeance pour ce dernier jour et maudit le roi, sa famille, et les gens qui ont participé à la ruine de l'Ordre du Temple.

Deuxième intrigue, imbriquée à la première: Le complot mené par Robert II comte d'Artois, contre sa tante Mahaut. Suite à une situation complexe et au fait que l'Artois n'applique pas la loi salique, c'est Mahaut qui a pu hériter du comté, alors que son neveu s'estime en être le légitime héritier, suivant les lois du royaume de France. Or il se trouve que les deux filles de Mahaut d'Artois et une de ses nièces ont épousé les  trois fils du roi. Et il se trouve aussi que deux d'entre elles font porter à leurs maris de magnifiques paires de cornes. Deux fils du roi de France cocus. Robert espère donc utiliser cette information à son propre profit: discréditer les épouses infidèles ( qui sont aussi des cousines à lui hein...), et via leur disgrâce, faire déshérier sa tante.. à son propre profit.

Ah, ce personnage, je l'adore! Il réussit la prouesse d'être infréquentable, manipulateur, parfaitement salaud... et extrêmement sympathique en même temps. Le personnage qu'on aimerait détester, mais qu'on n'arrive pas à détester, tant il est intelligent et roué. A la fois complètement trompeur, puisqu'il parvient à se faire passer pour un rustre un peu lourdaud aux yeux de tous, et désarmant de franchise.. à bon escient. Un tacticien hors pair quand il s'agit de servir ses propres intérêts. Disons qu'un mensonge n'est jamais aussi crédible que quand il contient un fond de vérité, et que le Robert est aussi crédible sous ses deux faces de manipulateur rusé que de seigneur un peu extravagant et un peu lourdaud qui brasse de l'air et gueule fort et ostensiblement, il est les deux à la fois, et si bien que personne ne le soupçonnerait d'être en fait très très malin. Peut-être même mon personnage favori tous romans confondus, je n'ai jamais réfléchi à la question. Et Mahaut est aussi dans mon top 3 des personnages féminins, allez, disons première ex-aequo avec Grand-mère Osugi de "la pierre et le sabre", elles ont d'ailleurs plus d'un point commun.

Robert et Mahaut, sa tante sont le duo central du roman, mais face à eux, il y a une galerie de personnages tout aussi passionnants qu'eux. Ma préférence va comme souvent aux autres personnages très rusés de l'intrigue: Tolomei, le banquier Lombard qui tient les puissants au creux de sa main - ha le passage où il prête de l'argent à l'archevêque Jean de Marigny est très très drôle.  Et un personnage qui n'apparaît pas dans ce premier tome, le pape Jean XXII (qui se fait élire pape lors d'un conclave particulièrement long et pénible, en se faisant passer pour souffreteux, malade, qui va mourir dans l'année.. et va règner 18 ans). Le lecteur assiste à leurs manipulation comme un complice et c'est jouissif

Et comme j'ai vu les 2 adaptations filmées, je vais me faire le plaisir de les comparer
Claude Barma vs. Josée Dayan. Fight!
voilà c'est dit, dès le départ, dans ma tête Robert, c'est lui, et personne d'autre et puis c'est tout.
- longueur: avantage à Claude Barma, chaque tome est adapté en un épisode de 1heure ( si je me souviens bien), quand Josée Dayan élague au maximum pour tout faire tenir dans 30 minutes, alors forcément, ça va à cent à l'heure et on perd beaucoup beaucoup d'informations au passage

- interprétation: aheum.. j'ai presque honte là. après je peux comprendre qu'on n'accroche pas au côté très théâtral de la première version, mais quand même. J'ai presque eu l'impression que la 2° version avait fait le pari d'avoir le maximum d'erreurs de casting ( parce que Depardieu, comment dire un bon gros jovial pétant de santé dans le rôle d'un templier qui vient de passer des années au cachot, et qui est expressément décrit comme vieilli, maigre comme un clou et malade, ça n'est pas crédible. Pas du tout.). De même, même si j'apprécie Jeanne Moreau par ailleurs, avoir une Mahaut très vieille face à un Robert d'âge moyen, on perd énormément de ce qui était au centre du livre: la rivalité entre deux personnages entiers qui n'ont pas plus de 20 ans d'écart. La vraie Mahaut historique est née en 1268, son neveu en 1287, donc exactement19 ans d'écart, et même si on mourrait jeune au moyen-âge. L'action se passe en 1314, Mahaut est donc censée avoir 46 ans et Robert 27 (pour le coup, c'est Jean Piat qui était un peu âgé pour le rôle en fait.. ). Mahaut est une femme pleine d'énergie et de poigne qui défend avec acharnement sa position et son droit d'héritage face à un neveu aussi énergique et acharné qu'elle.

voilà, là c'est crédible
Une femme Pair de France qui siège aux débats royaux pied à pied avec les hommes, porte volontiers la cotte de maille et jure régulièrement " Mon neveu, ce loup méprisable" ou "encore un tour de mon putois de neveu". Pas une vieille dame frêle qui manipule les autres depuis son fauteuil.
oui.. mais en fait non.
 La pauvre Jeanne Moreau faisait vraiment sorcière là ... et je pourrais continuer comme ça.

En fait, il y a quand même un acteur de la seconde version que j'ai trouvé être un bon choix: Claude Rich en Jean XXII, le seul qui ait réussi à me faire oublier Henri Virlojeux l'espace d'un moment. Sauf que.. on revient au premier problème: il n'apparaît pas plus de 10 minutes, du fait de l'élagage du scénario. C'est vraiment du gâchis.
Louis Seigner en banquier dans la première version. Je ne sais même plus qui tenait ce rôle dans celle de Josée Dayan, c'est dire si ça n'était pas inoubliable.

- décors: Druillet ou.. minimaliste. Alors je le dis j'ai trouvé les décors de Druillet magnifiques, vraiment. Mais pour de la SF. Là c'est dommage, mais d'une part ça ne cadrait pas avec le sujet, d'autre part.. c'est dommage d'avoir utilisé d'aussi beaux décors pour un résultat aussi loupé.

Donc oui, hein, je reste à la version de Barma et je garde Hélène Duc comme la seule et unique Mahaut digne de ce nom, et Jean Piat comme le seul et unique Robert. Philippe Torreton n'était pas mauvais, mais il manquait d'ampleur. Robert est censé être un sale type charismatique auquel le lecteur pardonne tout car charismatique justement, et.. c'est ce qui lui manquait dans la deuxième version. On avait un Robert auquel on ne peut pas s'attacher, un peu trop Iznogoud " un jour je serai calife comte à la place de ma tante"
Hélène Duc, dont j'ai appris avec un brin de tristesse la mort en novembre dernier, un billet donc dédié à sa mémoire.


Tiens j'étais en train de me poser la question et quelqu'un y a réfléchit: faire un parallèle entre le roman originel et sa vision version GRR Martin, parce qu'en fait.. ça ne saute pas aux yeux, c'est le moins qu'on puisse dire ( bon évidemment,  Jeoffrey/ Louis le Hutin, ça oui, c'est évident: Louis est tellement à la masse que dès qu'il ouvre la bouche c'est pour s'entendre répondre " Louis, taisez vous!) par contre, l'idée que le gigantesque Robert, à plusieurs reprises qualifié de géant, soit devenu le minuscule Tyrion est très très drôle. Et pourtant suivant la même logique, j'ai totalement accroché à ce personnage dès le premier épisode: même sens du calcul, même rouerie cachée derrière une image de pilier de taverne et une apparente désinvolture.




lundi 24 novembre 2014

l'énigme des blancs-manteaux - JF Parot

Une bonne manière d'attaquer le Défi " siècle des Lumières" de Parthénia? Avec Jean-François Parot. Car en effet, le challenge couvre non seulement les auteurs de l'époque mais aussi  les auteurs contemporains qui écrivent sur cette période, les films, expositions documentaires, etc..

Et après avoir vu quelques épisodes adaptés de la série fétiche de l'auteur, hop, j'ai décidé de m'y atteler.

Ce tome est le tout premier de la série, on y fait donc connaissance avec notre sympayhique héros, Nicolas Le Floch, enfant trouvé élevé par le chanoine Le Floch, dont il a pris le nom, et filleul du marquis de Ranreuil qui a prus en charge son éducation. Et voilà donc Nicolas, à peine adulte, parti étudier le droit à Paris, qui se retrouve en peu de temps, grâce à l'intervention du providentiel parrain auprès de M. de Sartine, Lieutenant général de Police à Paris, promu comme assistant du commissaire Lardin, avec le but de devenir policier à son tour. Mais Nicolas est plutôt malin et comprends vite que le commissaire est louche, et, sous couvert d'apprendre les ficelles du métier, on attend plutôt qu'il espionne discrètement son chef pour le compte de Sartine.
Aussi, lorsque le commissaire disparait, c'est tout naturellement Nicolas qui sera, toujours discrètement, chargé de l'enquête, qui va mener de l'équarrissage de Montfaucon aux bordels, en passant par les quartiers louches du Paris de 1760, les salons bourgeois, les geôles de Châtelet et la cour.
L'enquête policières est plutôt intéressante, mais comme souvent dans les policiers 10/18, c'est la reconstitutions des lieux et de l'époque qui fait le sel du roman, entre personnages fictifs, et figures historiques réelles ( le roi, Monsieur de Sartine, le bourreau Sanson). A propos, j'ai de la chance d'avoir une assez mauvaise imagination visuelle, pour tout ce qui concerne le supplice de l'écartèlement. c'est vraiment barbare, même si l'auteur se base sur des comptes rendus d'époque qui ont bien du broder sur le sensationnel. Disons que dans ma tête, ça devient Monsieur Fantastique, l'homme élastique de chez Marvel. Si si, croyez moi, c'est bien mieux de l'imaginer comme ça.

Comme dit notre bon roi Arthur, à une autre époque: "L'écartèlement ça craint"

C'est rare, vraiment rare que je me prenne d'affection pour le héros d'un roman, en général ma préférence va aux personnages secondaires. Mais force est de constater que Nicolas est fort sympathique. L'adaptation TV n'est pas mauvaise, l'acteur principal cadre assez bien avec ce que le roman nous dis de son protagoniste. Mais j'avoue que le roman va au delà, avec une dimension humoristique que n'avait pas la série, qui gommait un peu certains traits de caractère de Nicolas, qui bien que malin sur certain points, a une propension à la naïveté et à la distraction assez réjouissantes ( et à s'arrêter parfois en plein milieu de son enquête parce que le temps est beau, qu'il a envie de rêvasser devant le paysage, de prendre l'air frais... ou de regarder son plafond! Quand à l'histoire du parrain et la raison de la fâcherie avec la fille de celui-ci, le lecteur comprend très très vite ce qu'il en est... et ricane de la naïveté de Nicolas.. ) Mais les personnages secondaires sont intéressants aussi,,j'aime beaucoup l'inspecteur Bourdeau, c'est donc dit, à l'occasion je continuerai la série. Je suis tombée par hasard l'autre jour sur une interviewe l'auteur qui avoue avoir rendu hommage aux 3 mousquetaires, via son personnage principal parti comme d'Artagnan à la capitale.
Non seulement il l'avoue, mais il le revendique comme influence directe.. si tu me prends par les sentiments, Jean-François, Alexandre Dumas est quand même un de mes auteurs préférés, et Les trois mousquetaires m'ont valu quelques nuits d'insomnie.. allez, encore une page, encore une page, non, encore un chapitre.

Je mentionnerai encore la cuisine, l'ami Jean-François ne manque jamais une occasion de parsemer son texte de recettes de cuisine, qui ne sont pas forcément à mon goût, mais la place importante de la bonne chère - comme chez Dumas, d'ailleurs - dans l'histoire est une autre raison pour que cette série me convainque entièrement.

Tiens je me dis que lors de mes précédentes virées sur Paris, j'avais fait un parcours Baudelaire. Ca pourrait être marrant, un parcours Parot, en suivant les lieux où se déroulent les enquêtes de ce cher Nicolas.
Je vois qu'il y a eu l'an dernier un challenge autour de cette série ( chez syl que j'ai déjà croisée dans le cadre du challenge halloween et british mysteries, du mois anglais et du mois belge, décidément, on a beaucoup de challenges en commum) , j'arrive un peu après la bataille. Tant pis, mieux vaut tard que jamais!
un marquis, un roi.. et madame de Pompadour
1/9
j'ai peu de lectures historiques cette année...mais je l'ai dit, plusieurs des personnages de cette histoire ont existé et quelques faits réels se mèlent à la fiction

dimanche 10 novembre 2013

Les mille et un fantômes - Alexandre Dumas

Haaa encore une histoire de fantômes. Et pour l'occasion je retrouve un auteur que j'apprécie particulièrement, dans un registre qui lui est moins habituel: les nouvelles fantastiques. Et on le trouve gratuitement ici

Et même pour un recueil de nouvelles, le format est inhabituel: tout commence comme un récit classique de partie de chasse qui en fait va servir de "support" aux différentes nouvelles.

En effet, tout commence classiquement, un héros, nommé Alexandre Dumas ( tiens, tiens), écrivain ( tiens  donc!), raconte comment un automne, il partit à Fontenay-aux-Roses pour une partie de chasse qui s'avère décevante. Et comment, préférant rentrer avant les autres chasseurs, il arrive en ville et se retrouve témoin de l'arrestation d'un homme qui vient se constituer prisonnier: il vient de tuer sa femme en la décapitant, et raconte que la tête coupée lui a parlé. Dumas est invité, après la déposition, à venir dîner chez le maire de la ville, avec les autres témoins et le commissaire, pour signer sa déposition dans un cadre confortable. Et Evidemment la conversation va rouler sur ce qui divise la population: une tête coupée est-elle encore vivante, et peut-elle parler? Les morts vivants existent-ils?..A partir de là, chacun y va de sa petite histoire, espérant prouver au médecin, le seul sceptique de la compagnie que oui, les morts vivants existent.et chaque récit constitue une nouvelle, liée aux autres car chaque fois quelqu'un enchaîne du genre " ha mais c'est comme moi, il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé..."

Tout commence par le maire, monsieur Ledru (le soufflet de Charlotte Corday): celui ci entend prouver que oui, une tête coupée garde sa sensibilité , au moins quelques temps. Plus jeune il a assisté à l'exécution de Charlotte Corday, et a remarqué que la tête coupée avait réagi à une claque assenée par le bourreau. Il commence alors des expériences sur les têtes des condamnés, jusqu'à ce qu'un drame se produise, qui lui permettra d'affirmer que oui: une tête coupée garde sa sensibilité et peut même parler, il l'a vécu.

Deuxième récit, celui du Docteur robert (le chat, l'huissier et le squelette), qui entend prouver que vu les circonstances dramatiques, le maire a été victime d'une hallucination causée par ses nerfs à vifs.. et d'ailleurs, celui lui rappelle l'histoire d'un juge, qui sombre dans la folie après avoir été maudit par un condamné: pensant un mois tous les soirs, il voit apparaître un chat, à l'heure où le condamné a lancé sa malédition. Puis le mois suivant, un huissier, qui le suit partout. Et enfin, le mois d'après un squelette, que personne d'autre ne voit. Ce que le médecin attribue à une sorte d'autosuggestion. Et que les autres convives bien sûr, considèrent comme un récit de hantise.

C'est aussi l'idée du chevalier Lenoir, ancien responsable des fouilles de Saint-Denis, lors de la destruction des tombeaux royaux, pendant la révolution (les tombeaux de Saint-Denis): suite à l'exécution de Marie Antoinette, la foule enragée vient pour vider les tombeaux royaux et se débarrasser des anciens rois, unanimement détestés.. sauf Henri IV. Aussi lorsqu'un type raille et ridiculise son cadavre (parfaitement conservé), il manque se faire lyncher. et lorsqu'on le retrouve moitié mort dans la fosse commune où on été jeté les rois, pour tout le monde, c'est clair: Henri IV s'est vengé.

Sur quoi le brave curé Moulle enchaîne (l'Artifaille): oui un mort peut survivre et se venger. D'ailleurs lui même a connu autrefois un bandit de grand chemin, qu'il a ramené à grand-peine à la religion en lui donnant une médaille bénie. Or lorsque le bandit a été arrêté et pendu, et que le bourreau a tenté de venir récupérer la médaille,  comme la loi l'y autorisait, le pendu ne s'est pas laissé faire.

Arrive ensuite le récit du convive le plus étrange du dîner: monsieur Alliette, écrivain, qui pour le civil est âgé de 75 ans, mais clame à qui veut l'entendre qu'il en a en fait 275 ans. En effet, pour lui la mort n'est que temporaire, et que tout ou partie du corps peut survivre et même garder la mémoire( le bracelet de cheveux) C'est ainsi qu'il raconte comment il a autrefois rencontré en cure thermale une dame qui avait eu la prémonition de la mort de son mari, mais qui n'avait pu, à cause de son état de santé, revenir à temps pour l'enterrement. A son retour, et conformément aux dernières volontés du défunt, elle se fait faire un bracelet avec les cheveux du mort, qui dès lors l'avertit en lui serrant le poignet à chaque danger qu'elle court.

Récit qui fait réagir la dernière convive, Madame Hedwige, une polonaise très pieuse et très pâle, qui y voit diablerie et vampirisme, car elle même, alors qu'elle fuyait la guerre entre la Pologne et la Russie, fut victime d'un vampire( les monts Carpathes) Arrêtée dans sa fuite par des bandits de grand chemin, elle est sauvée par un châtelain moldave, qui s'avère être le demi-frère du chef des bandits. Bien sûr, les deux frères vont se disputer la femme, jusqu'à ce que le mauvais meure, et revienne se venger d'Hedwige et de son frère. Elle a survécu, mais est resté très pâle depuis lors.

J'ai beaucoup apprécié ces histoires. Un peu moins, toutefois, la dernière qui manque de subtilité: le bon frère est blond aux yeux bleus, calme, ressemble à un saint Michel, un vrai seigneur, le mauvais est brun aux yeux sombres, caractériel, ressemble à un démon, un vrai saigneur.. dès la description des deux frères on devine qui est le gentil, qui est le méchant.. j'ai vainement espéré un retournement de situation, à la Alexandre Dumas, mais.. non. Du coup elle est planplan et attendue.
Mais à part ça, j'apprécie énormément l'idée d'une série d'histoires enchâssées dans un récit plus vaste, ça donne du liant aux nouvelles, et l'ensemble paraît plus homogène qu'un recueil de nouvelles sans lien les unes avec les autres.
J'avais déjà parlé par ailleurs du talent narratif de Dumas, qui pour moi, compense tout les petits défauts qu'il peut y avoir par ailleurs - une nouvelle plus faiblarde, un personnage ennuyeux dans Le comte de Monte-Cristo. C'est exactement ça: les nouvelles s'enchaînent l'une à l'autre exactement comme une conversation, où chacun rebondit sur le récit précédent, c'est très agréable à lire.

Fantômes, morts-vivants, vampires...
N°19
1849
parce qu'il y est question de l'exécution de Charlotte Corday, et de l'ouverture des tombeaux de saint Denis.
Même si on sait depuis qu'Henri IV n'a pas eu de traitement de faveur, et que sa tête fait beaucoup parler d'elle encore ces jours -ci

j'ai failli oublier ce Challenge là!

lundi 29 juillet 2013

Jules César/ Antoine et Cléopâtre - W. Shakespeare

J'avais prévu une lecture Shakespearienne pour le mois anglais, mais, à l'époque je n'avais trouvé que des traductions de François -Victor Hugo. Je ne mens pas, le recueil que j'avais trouvé contenait trois pièces dont le Marchand de Venise, et je n'avais pas vu le nom du traducteur. Et après avoir vainement essayé de lire chaque pièce, j'ai vérifié, et Damned!
Pourquoi tant de haines? paaaarce que! Parce que tout simplement je trouve les traductions du fifils à papa absolument indigestes au point de me faire relire plusieurs fois les premières pages sans y rien comprendre. Je le disais déjà , sans compter que je n'ai jamais publié mon billet ABC 2010 sur Macbeth, parce que je suis une fois de plus tombée sur une de ses traductions et que je n'ai rien compris ( si ce n'est qu'il fait du mot à mot.. mais vraiment du mot à mot du genre "To make a fool out of somebody "n'a jamais voulu dire " faire le fou de quelqu'un".. j'en pleurerais tiens..)

Et donc, j'ai fais la tournée des bouquinistes et ai trouvé une édition que je ne connaissais pas " bibliothèque de Cluny", une collection Armand colin des années 50
Et après avoir vérifié que le texte est lisible, j'ai eu la joire de voir dans la préface " comme la plupart des traducteurs[..] nous avons utilisé au départ la traduction de F-V Hugo. [...] Pourtant, elle donnait prise aux critiques par des erreurs caractérises, des lourdeurs, des expressions maladroites ou équivoques". Donc en gros, c'est une base mais tellement grossière qu'on l'a entièrement remaniée. Joie et bonheur!


Donc en ce qui concerne la traduction finale, je ne sais pas exactement de qui elle est les éditeurs des années 50 ne s'embêtaient pas à citer leurs traducteurs. Mais elle est lisible: pas d'énormes boulettes qui laissent transparaître un anglicisme évident.

Donc pièce 1: Jules César. Et surprise, le grand Jules n'apparaît que très peu, l'argument est plutôt autour de la conspiration des Ides de Mars et de ce qui s'ensuit ( Jules César est assassiné dès le III° acte, et on l'a peu vu auparavant). Le personnage central est Brutus et ses hésitations à prendre part à la conspiration, un peu comme Hamlet, sauf que Brutus se décide à agir beaucoup plus vite, et sur des motifs on va dire fallacieux ( César n'est pas mauvais, mais il risque de le devenir, donc autant couper court). Cassius, l'autre principal conspirateur, le moteur même de la conspiration est lui beaucoup plus intéressé par le pouvoir. J'ai beaucoup apprécié le fait qu'un des thèmes centraux soit l'amitié, et surtout la destruction d'une amitié. Cassius fait appel à l'amitié que Brutus  a pour lui pour l'embobiner - il n'y a pas d'autre mot- dans son projet d'assassinat. De fait ils deviennent complices avant tout, et les dissensions éclatent entre eux. Ils sont obligés de se faire bonne figure car ils sont tous deux dans la même barque, mais le coeur n'y est plus.
en face, un autre duo: Marc-Antoine, orateur et manipulateur de talent bien qu'il s'en défende ( j'adore la manière dont il retourne la foule à leur avantage en ayant l'air de respecter les conspirateurs, grand moment) et Octave , le futur auguste, bien décidés à venger César. Mais là aussi, leur duo est un duo de circonstance pour atteindre un même but, et l'hostilité entre le chef militaire aguerri et le jeunot futur empereur, qui éclatera dans la pièce suivante est déjà latente. Tout ça est passionnant, parce que très politique, et finalement pas si éloigné de ce que j'avais pu apprendre en cours de latin. un pièce de tacticiens en fait, je convient que ça peut rebuter les gens qui attendent du romanesque, mais j'ai bien aimé.

Et bien ri aussi. Ca c'est la faute aux conventions théâtrales de l'époque qui paraissent terriblement kitsch aujourd'hui. La propension des personnages à se suicider pour un rien après une grande tirade bien léchée ( après vérification Porcia s'est bien suicidée en mangeant des braises - ce qui doit être le suicide le plus bizarre de l'Histoire ou peu s'en faut- mais après seulement la mort de son mari, ce qui est moins tiré par les cheveux que de se suicider parce qu'il est parti en campagne militaire.. comme tout romain).
 Et cette propension à mourir en scène. Le théâtre classique français ne représentait pas la mort sur scène, et ce n'était parfois pas un mal, parce qu'il y a possibilité de faire dire à un personnage " il s'est passé une épée au travers du corps, il a agonisé pendant es heures dans une mare de sang".. c'est glauque mais.. là non, on a un comique involontaire de répétions grâce aux didascalies: il se jette sur son épée et meurt. Il est poignardé et meurt. Le problème est le même dans Cléopâtre: Le serpent la mord et elle meurt, la servante tombe raide morte..j'ai l'impression que tout le monde bien portant une seconde avant décède instantanément, et finalement très proprement. Il n'y a finalement que la mort d'Antoine qui dure un peu plus et donc paraît un peu plus réelle.. bien que le passage où on le hisse mourant par une fenêtre manque sérieusement de dignité..
autre problème: les anachronismes. Parce que des romains qui parlent d'enfer, de démons, de jugement dernier, ou entendent sonner une horloge, et cachent des poignards dans leurs pourpoints...De même qu'il est question à un moment d'utiliser une pertuisane ( une sorte de hallebarde). Les romains utilisaient des lances certes, mais là.. Ca m'a faite rire autant que s'il avait été mentionné un mousquet ou une arquebuse. Enfin je suppose que les spectateurs de l'époque s'en fichaient et qu'un romain en robe de chambre ne leur posait pas de souci particulier, qu'il en leur venait pas à l'idée que les choses aient même pu être autrement que ce qu'il voyaient au quotidien. Mais moi, ça me fait marrer. désolée William, je sais que ça n'était pas le but.
juste pour le plaisir, le buste retrouvé il y a quelques années dans le Rhône, et assimilé à César. Simplement parce que c'est une oeuvre d'une qualité extraordinaire, indépendamment de l'identité du personnage, et qui dégage vraiment une impression  saisissante lorsqu'on la voit "en vrai".

Pièce 2: Antoine et Cléopâtre. On retrouve  d'un côté Antoine, qui oublie tout ses devoirs de triumvir à la cour de la reine Cléopâtre, et d'un autre Octave, qui essaye de lui rappeler justement, face à la menace que constitue Sextus Pompée, fils de Pompée le grand, bien décidé à se faire un nom dans cette période troublée. Mais Antoine n'en fait qu'à sa tête, tout manipulé qu'il est par Cléopâtre.
J'ai moins aimé que Jules César, bien que la pièce soit plus connue. On retrouve les soucis que je mentionnais plus haut , les anachronismes , bien qu'il y en ait moins, les personnages qui meurent en une fractiuon de seconde.. Mais le principal problème pour moi vient de Cléopâtre. On la suit dans les dernières années de sa vie, ça n'est plus une adolescente ( la Cléopâtre historique est morte avait en gros 40 ans à sa mort)n, et c'est avant tout un chef d'état. or cette dimension de reine est complètement mise de côté au profit d'un comportement mi gamine capricieuse,  mi mégère non apprivoisée. Et c'est bien dommage, parce que certaines répliques laissent à penser qu'il y a une grande part de calcul dans ses geignements pour obtenir d'Antoine  l'appui dont elle besoin face à Octave. Mais non, elle continue à se comporter en casse-pied capricieuse ( qui moleste un messager parce qu'il nui lui apporte pas les nouvelles qu'elle voudrait entendre) les trois-quart du temps. Et c'est bien dommage, car cette Cléopâtre qui manque singulièrement de dignité me gâche une partie du plaisir. On a bien du mal à voir en elle un personnage qui puisse fasciner tout le monde. Faire peut à cause de ses sautes d'humeur, à la limite, mais fasciner, assez peu. Je suppose que Shakespeare a voulu mettre en avant qu'une reine est une femme avant tout, mais ça ne colle pas avec le fait de mettre en avant son sens tactique et son intelligence. Là elle fait juste casse- pied capricieuse. J'aurais préféré que la pièce joue justement sur les deux tableaux: la différence entre Cléopâtre dans le privé - plus soupe au lait, plus caractérielle, si on veut, et la Reine. C'est dommage , car elle aurait pu être un bon personnage, si elle avait un peu plus de nuances.
Je sais on va me dire " la plus grande histoire d'amour de tous les temps" (argumentaire du film de 1963), mais justement, j'ai du mal à y croire, ayant déjà lu chez le même auteur des portraits plus subtils, je sais qu'il peut le faire. Et c'est rageant de voir qu'il passe à côté.Après ça n'est que mon ressenti..
Théâtre, festival, tout ça...
un empereur et une reine...
...et là, on ne peut plus historiques!
Joie, une nouvelle lecture pour le Gilmore challenge. dommage je ne trouve pas de gif Jules César
Shakespeare étant contemporain du début de l'empire britannique, ça compte!
parce que Antoine et Cléopâtre
Parce que César, Antoine, Octave, Brutus, etc..

dimanche 28 juillet 2013

Cyrano de Bergerac - Edmond Rostand

et hop, 2° lecture théâtrale de ce festival.
en l'occurrence une relecture puisque j'avais déjà lu Cyrano il y a pas mal d'années. Lue et appréciée. Et la relecture confirme ce que j'en avais pensé à l'époque.
Détail drôle, cette édition est illustrée d'une photo de Jacques Weber dans le rôle-titre au théâtre, qui jouait le comte de Guiche dans le film de Rappeneau

C'est brillant, plus que brillant même, une réputation amplement méritée. Tant au niveau de l'action, menée tambour battant, des personnages hauts en couleur, de l'écritue.
On est  dans le pastiche de théâtre classique, en alexandrins, tout en le dynamitant: unité de lieu? on s'en fiche. unité de temps? puis quoi encore, l'action s'étale sur 15 ans. unité d'action: ça part dans tous les sens. Et j'adore ça.
Les alexandrins sont littéralement pulvérisés, émiettés entre plusieurs personnages; le théâtre classique tourné gentiment dérision dès le début du premier acte, foisonnant de personnages,qui nous montre une représentation telle qu'au XVII° siècle: on rit, on se bat à l'épée, on joue aux dés, on picole, on vient se faire admirer, mais on s'intéresse finalement peu à la pièce quand un spectacle bien plus intéressant se passe dans la salle.

Et les morceaux de bravoure qui s'enchaînent sans qu'on puisse vraiment en choisir un.
L'évolution des personnages du début à la fin de la pièce est une bonne surprise qui donne de la crédibilité à l'ensemble: Cyrano d'abord, qui n'est pas monolithique. Parfois agaçant dans ses fanfaronnades ( il y a des moments où je le claquerais volontiers, à cause de sa fixette: j'ai un grand nez, donc je suis moche, donc tout le monde me déteste alors que ses amis lui soulignent que "non, tiens , regarde, tu as impressionné l'ouvreuse du théâtre, profite de l'occasion"-sisi, ça n'est pas dit comme ça, mais c'est l'idée-  n'importe, il s'enferre dans son complexe). Mais souvent drôle, et de plus, il révèle une vraie profondeur, certes lorsqu'il passe son curieux marché avec Christian pour séduire Roxane à eux deux, mais aussi lorsqu'il démontre son sens de l'amitié envers Le Bret, envers Ragueneau, envers la "communauté" des cadets de Gascogne. Ou, dans le passage que j'adore, lorsqu'il refuse une offre en or de Richelieu afin de garder son indépendance:

 Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! 

 Pour moi, toute la pièce et tout Cyrano est là, dans ce passage. En tout cas, c'est un personnage riche et je conçoit qu'il puise être un véritable défi pour un acteur: arriver à la fois à rendre cette volonté de lutter contre les masques imposés par les mondanités, tout en se cachant derrière quelqu'un d'autre, et ce sans que l'une ou l'autre de ces facettes ne sonne faux.

En face il y a Roxane, j'avais presque oublié à quel point son évolution fait plaisir: on croit au début avoir affaire à une mondaine évaporée qui ne s'intéresse qu'à l'esthétique et au beau langage, une de celle qui s'évanouirait pour un rien , mais qui mise au pied du mur sait se montrer pragmatique et prendre dans l'urgence des décisions extrêmes: se débarrasser avec un art consommé de la manipulation de l'envahissant comte de Guiche,se marier, comme ça, en un quart d'heure, pour sauver la mise à Christian - même si la manoeuvre échoue. Et arriver en plein champ de bataille, amenant du ravitaillement à l'armée qui meurt littéralement de faim, en ayant fait preuve de sang-froid et d'un talent d'infiltration sans pareil, ce qui lui vaut l'admiration de tous les hommes présents. Et rien que pour ça, pour cette héroïne tout sauf gentiment douce mièvre ou soumise, chapeau bas à Edmond Rostand! 

Evidemment, avec deux personnages aussi flamboyant, le pauvre Christian paraît terne ( et en a conscience, ce qui le rend aussi sympathique dans le fond).

J'avais vu il y a très longtemps le film de JP Rappeneau, qui m'avait assez agréablement surprise ( bien que je sois loin d'être fan de Depardieu, j'avoue que ce n'était pas la catastrophe que je craignais et qu'il s'en tirait honorablement) notamment le passage du siège d'Arras, en décors naturels, la brume du petit matin ( de mémoire) tout ça, ça mettait en valeur ce IV° acte, un peu parent pauvre entre l'acte du Balcon et l'acte V, plein de panache ( oui, j'ose!)
non je n'allais quand même pas illustrer ce sujet avec Jean Vilar, quand même...
Je n'ai pas encore vu la version mythique que Claude Barma, mais comme je viens de voir que l'INA la propose en VOD ça ne saurait tarder, surtout avec une des figures mythiques du festival d'Avignon, je ne peux pas passer à côté.

De guiche est Comte, puis Duc,  Valvert est Vicomte, Christian est Baron.. en fait presque toute l'aristocratie est là
Le siège d'Arras de 1640 est un épisode tout à fait réel de la Guerre de trente ans, auquel ont participé le vériatble Cyrano et son véritable cousin par alliance, le Baron de Neuvilette. 
a e propos, j'ai vérifié les surnoms des précieuses proposés par Rostand que je trouvais à pleurer de rire:Urimédonte, Félixérie, Cassandace, Barthénoïde ( d'ailleurs je n'arrive pas à croire celui qui dans la pièce les trouve exquis, j'entends dans ma tête cette réplique avec une bonne dose de sarcasme). et si, ce sont d'authentiques surnoms de précieuses de l'époque
Non, je ne l'ai pas oublié!!
idée n°66: un nez ( bah oui!!)


dimanche 14 juillet 2013

Salomé - Oscar Wilde

C'est Juillet et chez moi, juillet , c'est la fête du théâtre, donc du 8 au 31 juillet, le théâtre va être à l'honneur ici. En plus ça fera un peu descendre la PAL qui menace de me submerger!

Du coup, les billets " théâtre" seront ornés de cette splendide photo de Jean Vilar en Richard II

Et on commence par Salomé d'Oscar Wilde, réécriture ultra célèbre  du mythe de la danseuse biblique.
La pièce est très courte et se lit vite, et en français s'il vous plait! en effet l'édition que j'ai est bilingue, mais elle a été écrite par Wilde directement en français et traduite dans sa langue natale seulement dans un second temps. Donc, VF obligatoire!

L'introduction de cette édition est très intéressant, car elle cite les principales sources de Wilde, car au final la Salomé biblique n'est évoquée que très brièvement sans même être nommée : elle y est mentionnée la fille d'Herodiade ou la fillette, et nulle précision n'est donnée sur le type de sa danse, c'est la vogue de l'orientalisme à la fin du XIX° siècle qui en a fait d'une part une adulte, et d'autre part une danseuse du ventre à moitié nue et provocante.. Dans l'imaginaire moyen-oriental de l'époque elle était peut être habillée de pied en cap après tout.Qu'il s'est plutôt inspiré de Salammbô de Flaubert pour le côté " exotisme orientalisant". Et des tableaux de Gustave Moreau.

Autre grosse différence entre la danseuse biblique et celle de Wilde: la Salomé traditionnelle n'a pas de volonté propre, pas d'instinct vraiment meurtrier, elle fait seulement ce qu'on lui demande: danser parce que le roi lui a demander, et demander la tête du prophète parce que c'est ce que sa mère lui a demander. Celle de Wilde au contraire a des idées bien arrêtées: elle a fait des avances à Jean ( ici nommé de manière plus plus orientale Iokanaan) celui-ci les a repoussées, elle s'avise donc que la seule manière de le mettre en son pouvoir est de le faire tuer. C'est vraiment sa propre décision, une décision excessive je vous le concède.
Mais tout le monde est excessif dans cette version: le capitaine syrien qui se suicide parce que Salomé ne le remarque pas, Salomé qui veut la mort de celui qui refuse de la regarder.

Le regard sur l'autre est au centre de la pièce: Hérode regarde trop Salomé, qui n'a d'yeux que pour sa future victime, le tout sous 'l"oeil" de la lune omniprésente. Bon, évidemment, il faut accepter la convention théâtrale classique, assez artificielle, que tout se passe en l'espace de quelques heures, d'une heure même, vu la brièveté de la pièce. Par conséquent, tout est un peu précipité et la psychologie des personnages s'en ressent, ils auraient gagné à être fouillé, mais restent ici au niveau de l'archétype, chacun vissé à sa monomanie: Iokanaan ne fait rien d'autre que divaguer et maudire (soit, il est enfermé depuis longtemps dans une citerne, ça peut affecter le comportement), Hérode ne fait que craindre que ces malédictions attirent le malheur sur lui, mais ne peut se résoudre à se débarrasser de Iokanaan de crainte de s'attirer le mauvais oeil. Salomé ne sait que provoquer et harceler le prisonnier. Et Hérodiade est persuadée que tout ce qui est dit de mal la concerne.Un monomaniaque, une paranoïaque, une sadique et un peureux chronique, belle brochette de cas pathologiques!

En fait, L'intérêt de la pièce est plutôt d'être une suite de tableaux, exactement picturaux. Les illustrations d'Aubrey Beardsley sont d'ailleurs devenues ultra célèbres, mais on apprend en appendice que Wilde ne les aimait pas: trop caricaturales.. sur ce point je suis assez d'accord avec lui. En fait, c'est plutôt les dorures des deux Judith ( l'autre coupeuse de tête, parfois difficile à distinguer de Salomé sur les représentations) de Klimt que j'ai en tête.

Là c'est Judith ( la légende est directement sur le tableau), mais elle correspond assez bien à la Salomé de Wilde. Il n'a pas connu le tableau, peint en 1901 , puisqu'il est mort un an plus tôt, mais je pense qu'il aurait apprécié cet air cynique et ces dorures.

et quand je dis qu'il est compliqué de les différencier: Salomé et Judith par Cranach l'ancien
Seuls leurs attributs peut les identifier: le plateau pour Salomé, l'épée pour Judith.
Aparté: L'an dernier il y avait à Montpellier une très intéressante exposition sur Caravage et son influence, qui mettait en rapport les 3 personnages bibliques coupeurs de tête, Salomé, Judith et David. Ou cette problématique de la différenciation était mise en avant: les 3 têtes coupées n'ont pas la même valeur, d'un point de vue mythique ( acte de bravoure pour David et Judith, et acte honteux pour Salomé, même si elle n'est que l'instrument d'Hérodiade, vraie instigatrice du meurtre), et que ça devient parfois très subtil chez quelqu'un qui brouillait volontiers les pistes comme le Caravage.

Enfin, sans être inoubliable, c'est une lecture intéressante, en ce qu'elle fait de Salomé une héroïne agissante, et agissante pour son propre compte, dangereuse, mais moderne et qui revendique sa volonté. Et ça, fin XIX°, ça n'était pas monnaie courante au théâtre.
Même si la pièce est écrite en français, Wilde est un auteur Irlandais et donc,entre dans le défi commonwealth!
Réécriture d'un mythe célèbre
Hérode est tétrarque, Hérodias et Salomé sont princesses,
Hérode Antipas et Hérodiade sont attestés historiquement , donc ça marche!
idée 57: une tête ( oui, en haut dans le plateau, coupée bien sûr)

dimanche 27 janvier 2013

Charly 9 - Jean Teulé

Charly 9 de Jean TeuléComme j'ai bien aimé l'adaptation dessin animé du Magasin des suicides du même auteur, un ami m'a prêté Charly 9.
alors je sais que c'est un gros carton éditorial de l'an passé, que la plupart des gens que je connais ont beaucoup aimé, mais autant le dire de suite, malgré mon goût pour l'histoire et particulièrement pour la période moyen-âge et Renaissance.. Ben non je n'ai pas accroché.

Il faut dire que je ne connais pas du tout Teulé, donc je ne sais pas ce qu'il écrit d'habitude ( oui, je n'ai même pas lu Le Magasin). La couverture laissait plutôt présager quelque chose de sérieux en dépit du titre ( qui me rappelle Apostrofe des Inconnus, avec l'académicien qui veut traduire Charlie d'Orléans en verlan). Mais voilà l'ami qui me l'a prêté a oublié de me dire qu'il s'agit en fait d'une grosse farce, d'une farce kolossale. Tout y est caricaturé à l'extrême et je ne m'attendais pas à ça: gags de situation (même si certains sont plutôt drôles)  et langage mi-grossier, mi-époque. Bon oui d'accord, ça devait jurer à tour de bras à l'époque, mais quand même Ronsard qui s'exclame " ho putain, le sujet!", ça fait bizarre.
Autant le décalage entre langage familier et situation marchait bien avec Kaamelott, car tout était bien mené, la mise en scène enlevée, les acteurs motivés et les dialogues bien écrits, autant là, à l'écrit, avec un scénario mal ficelé, ça tombe à plat 9 fois sur 10.

L'autre problème, et de loin le plus gênant: que de clichés! Au XXI° siècle, se complaire encore et encore dans le cliché du futur Henri III folle perdue et limite travesti qui joue les hommes de main, et qui fait du vaudou sur son frère, pour le compte de sa mère Catherine de Médicis, présenté comme une espèce de sorcière manipulatrice.. Je croyais qu'on en était sortis, de ce vieux cliché. et visiblement non. Sans compter Marguerite, la reine Margot, forcément incestueuse, forcément sinistre, présentée comme une gothique vêtue de noir qui danse avec un bocal contenant la tête coupée d'un de ses amants.

Rien de nouveau sous le soleil.. on brasse et on touille de vieux clichés.

ensuite le roi Charles, qui devient peu à peu Charly en sombrant dans la folie. Et là aussi quelque chose me gène: il semble impossible d'avoir un portrait de fou qui ne fasse pas plus ou moins clairement référence à Hamlet. En tout cas, c'est l'impression que j'ai. La scène où le roi brutalise sa soeur est un ressemble un peu, beaucoup à celle ou Hamlet rudoye Ophélie-  tiens d'ailleurs c'est vrai, dans cette même scène, Marguerite se promène dans le Louvre avec un crâne sous le bras... non, vous n'arriverez pas à me convaincre que c'est juste une coincidence.
Un peu plus loin,  c'est une espionne cachée derrière une tenture que le roi tue d'un carreau d'arbalète.. comme Hamlet tuant d'un coup d'épée Polonius caché derrière une tenture. Coïncidence encore?
Je suis sure qu'il y en d'autres encore, car j'ai vraiment eu l'impression que Charles est un décalque de Hamlet, tout au long de ma lecture, mais j'ai la flemme de chercher.

J'aurais voulu apprécier ce livre, mais voilà, trop de clichés, trop de scènes convenues, des références qui sautent aux yeux, un manque global de subtilité.. dommage parce que derrière tout ça, j'ai la sensation que Teulé a du talent et une maîtrise certaine de l'ellipse ( il y en a beaucoup). Mais qu'à trop vouloir faire comique, il s'est enferré quelque part ( car oui, les premières pages, à défaut d'être subtiles - le gentil roi manipulé vs les nobles manipulateurs - laissaient présager quelque chose de plus intéressant.. mais voilà, ça tourne vite en rond)

Challenge "Histoire" Je lui laisse donc malgré tout la possibilité de me convaincre, je ne jugerai pas sur un seul roman que j'estime raté, et je lirais le Magasin à l'occasion.

idée 33: un oeil

mardi 4 septembre 2012

Marie- Antoinette - Stefan Zweig

un billet lecture, il y avait longtemps.

Il faut dire que l'été a été tout sauf reposant, et de plus une collègue m'a prêté ce pavé ( je ne m'attendais pas à un livre de quasi 500 pages) auquel j'ai quand même eu du mal a accrocher je l'avoue. Mais je l'ai terminé!

Déjà, je sais que Zweig est adulé par pas mal de monde, ce qui en fait un auteur presque intouchable, et pourtant, à la lecture de Marie-Antoinette, j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi il a autant d'admirateurs. Mais bon, étant donné que la biographie est loin d'être un de mes genres favoris, je lui laisserai une autre chance de me convaincre, via un texte de fiction.

Alors oui, je reconnais qu'il s'est documenté, le livre est complet, très complet, trop complet j'ai envie de dire. Et en même temps, il passe à côté de choses essentielles, à se concentrer uniquement sur son personnage central. Marie Antoinette est partout, je suis même étonnée qu'il consacre un chapitre à Mirabeau. En plus, lorsque Zweig l'a écrit, la psychanalyse était une discipline nouvelle, et il se jette dedans à pieds joints, de manière un peu exagérée. Ce qui donne des passages assez étranges, lorsqu'il nous dit que la cause principale de la Révolution française est la frustration sexuelle de la reine... oubliant totalement de regarder ce qui se passait autour ( à part ça la révolution était en germe depuis pas mal d'années dans les écrits des philosophes des lumières, mais comme il ne prend pas en compte le cadre social, il passe le fait totalement sous silence). Pour nous dire quelques pages plus loin qu'une fois le mariage consommé, une fois mère de famille, elle s'est calmée, sauf que les fêtes , les dépenses ont continué. Il y a là un manque de logique dans son raisonnement.
De même son insistance dans les premiers chapitre à souligner à quel point Marie Antoinette est vive, jolie, gaie - oui, d'autre part il peut difficilement souligner son bon sens quand même Marie-Thérèse parle de sa fille comme d'une " tête à vent"- et Louis XVI timide, lourdaud et ennuyeux.. ben sur moi ça a l'effet inverse: la ficelle est tellement grosse que je suis obligée de prendre Louis XVI en sympathie ( car oui, souligner " regardez la pauvre fille d'à peine 14 ans, mariée contre son gré à un étranger, un homme qu'elle n'a jamais vu et qui a un caractère tellement différent du sien", ben il suffit de réfléchir 5 minutes pour se dire que c'était le lot d'à peu près tout le monde à l'époque, du moment qu'il y avait quelques sous ou un titre, voire un simple champ. Et que le sort des garçons n'était pas finalement plus enviable: "regardez le pauvre garçon de 14 ans, marié sans qu'on lui demande son avis par son grand-père à une étrangère au caractère si différent du sien" , ça marche aussi dans les deux sens...)

Autant le dire de suite, Marie- Antoinette m'énerve dans le sens où elle aurait eu vingt fois l'occasion de redresser la barre et de s'éviter une fin sinistre. C'était à peu près le même énervement qu'en lisant L'assommoir d'ailleurs, vis à vis de Gervaise qui laisse passer toutes les occasions de s'en sortir par orgueil mal placé. sauf que Zola faisait un oeuvre de fiction, et bizarrement avec des personnages ayant existé, ça passe beaucoup moins bien.  Je trouve ce livre très daté, car il se veut précis et manque d'objectivité. Il romance trop. dans une bigraphie, des phrases comme
"Dans la salle surchauffée où viennent se dérouler les débats, la flamme des chandelles  vacille en même temps que frémit de curiosité et d'anxiété le coeur des hommes" ou
"légère et dégagée la machine se détache sur le ciel gris, oublié par un dieu cruel, et le oiseaux, ignorant la signification de ce sinistre instrument, le survolent avec insouciance."
Ben c'est tellement trop pathétique, que finalement, ça casse complètement l'effet d'une scène de procès ou d' Execution ( alors qu'il vient de reprocher le ton trop lyrique du comptee rendu du procès par l'accusateur public Fouquier-Tinville, au passage).

Alors, même si le livre devient plus intéressant à partir de l'affaire du collier, définitivement, non, je ne suis toujours pas convaincue par le bien fondé des biographies, surtout lorsqu'elles prétendent définir que ce que untel pensait à ce moment là, et ce qui se passait dans sa tête.

Alors que j'avais beaucoup aimé le manga la rose de Versailles ( qui s'est inspiré largement de ce livre), car il introduisait des personnages de fiction au final bien plus intéressant que les personnages historiques., je trouve que Zweig reste trop à mi chemin: pas assez objectif pour une étude historique, pas assez romancé pour être vraiment intéressant.

Par contre il y a une chose qui est intéressante: c'est de voir comment un écrivain étranger à travers ses choix lexicaux, trie les informations qui vont dans son sens: il ne parle au final quasiment pas des personnages qui sont considéré comme importants d'un point de vue français ( Robespierre est à peine évoqué, juste pour reconnaitre son intégrité et le fait qu'il détestait cordialement Hébert, lequel devient un personnage de premier plan. Si on se souvient de nos cours d'histoire, c'était quand même plutôt l'inverse). Ou la part active, passée le plus souvent sous silence qu'on pris les frères de Louis XVI à sa chute ( il faut croire que la restauration a fait du bon travail pour faire oublier à quel point a rendu service aux ambitions personnelles des futurs Louis XVIII et Charles X, et que lutter contre elle et sauver leur frère aurait été totalement contre leurs projets)

Et d'autres partis pris en disent beaucoup plus long sur l'histoire contemporaine de Zweig en Autriche dans les années 30 que sur la France de la fin du XVIII° siècle... lorsqu'il insiste sur le déracinement de la jeune reine, ou le racisme dont elle a été victime ( le mot n'est pas dit, mais lorsqu'on se réfère à quelqu'un en rappelant son origine étrangère, c'est l'idée) je viens de vérifier, mais comme par hasard, le livre a été écrit juste avant qu'il ne parte lui-même en exil.
En avait-il conscience? ça, ce serait intéressant à savoir!

lundi 30 avril 2012

les ailes du corbeau - Ellis Peters

Et nous voilà de retour en Angleterre au temps de la guerre civile. le roi Etienne vient de sortir de prison et de reprendre le pouvoir à sa cousine l'impératrice Mathilde (comme je lis les tomes de la série dans l'ordre où je les trouve, c'est vrai, c'est un peu dur à suivre). Il entreprend donc de faire le tri parmi ses sujets, afin de bannir ceux qui sont restés fidèles à l'impératrice. Hugh Berringar, le sheriff "intérimaire" de Shrewsbury, partisan dévoué du roi, vient donc d'être officialisé dans sa fonction, avec pour tache ingrate de mettre sous les verrous un fuyard chargé d'entrer en contact avec les partisans de l'impératrice afin d'organiser une rébellion. tache qu'il compte bien remplir le plus mollement du monde, ne cachant pas qu'il préférerait que le fuyard soit déjà parti sur une autre juridiction que la sienne, tant elle l'ennuie (il le précise d'ailleurs assez lourdement à son ami Cadfael, le moine un peu roublard et qui connaît tout le monde: si quelqu'un de bien intentionné pouvait lui donner un signalement du quidam, ça serait le seul moyen qu'il ait de se mettre à sa recherche, tandis que, s'il reste bien caché sous une fausse identité, sans se faire remarquer, il lui est impossible de l'attraper, n'est-ce pas...)

Or, au même moment, le brave curé de la paroisse de Shrewsbury étant décédé, son successeur, le très sévère père Ailnoth entre en fonction. C'est lui, le corbeau du titre, silhouette sèche flottant perpétuellement dans un grand manteau noir. Lorsque ce dernier est retrouvé noyé dans un étang quinze jours à peine après sa prise de fonction, la liste des suspects potentiels est loin d'être courte, car le nouveau curé avait réussi à se mettre à dos la paroisse entière en un temps record. Ici, un paysan dont il avait mis en doute brutalement le statut d'homme libre, là, un boulanger qu'il avait accusé de fraude sans preuve, un voisin dont il avait déplacé les bornes la famille d'un enfant mort sans baptême car le curé avait refusé d'interrompre la messe pour le baptiser à temps, ou celle d'une femme de moeurs légères, suicidée après qu'on lui a refusé la confession et l'accès à l'église...Le brave Berringar se retrouve donc avec deux énigmes à résoudre: la mort du curé, et la recherche du fuyard. A moins que les deux affaires soient liées? Et il va bien avoir besoin de l'aide et de la perspicacité de son comparse, notre héros, le moine Cadfael.

Ce n'est pas la meilleure de aventures du moine gallois que j'ai eu l'occasion de lire, il faut dire que le père Ailnoth était tellement désagréable et imbu de lui même que, comme les villageois, on se fiche a peu près comme d'une guigne de savoir qui l'a tué. De plus comme il s'agit du tome 6 ou 7, il est fréquent fait référence à des volumes antérieurs que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, c'est un peu plus difficile à suivre.L'intrigue autour des partisans de l'impératrice est un peu plus intéressante, pour son contexte historique, je connais peu cette période, il va falloir que je me documente. J'avais vu l'adaptation de ce tome en série TV, et il est assez différent: l'épisode gommait presque totalement les différentes querelles du curé et de ses voisins, ainsi que l'histoire du fuyard, pour s'articuler autour de la femme noyée qui ne pouvait être enterrée chrétiennement tant que le doute subsistait. Dans la version papier, ça reste très secondaire: elle est trouvée par les gens de la ville en aval, qui, ne sachant pas s'il s'agit d'un suicide ou d'un accident, préfèrent l'enterrer en suivant le rites, au cas où. De même la version Tv tranchait nettement sur la mort du curé, donnait un rôle important au bedeau quand le livre reste plus flou à ces deux sujets.
 Mais comme toujours, le livre se laisse lire avec plaisir, justement parce que la série gommait un peu trop le cadre historique à mon goût. et puis, il y a toujours quelques touches d'humour et d'ironie bien agréables, Cadfael et son ami Hugh sont des personnages hauts en couleur et fort sympathiques. Je vais quand même essayer à l'occasion de trouver les tomes qui me manquent, histoire de voir au moins la rencontre entre Cadfael et Hugh.
petit bac spécial policier, animal: le corbeau