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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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mardi 11 avril 2023

Dersou Ouzala ( film 1975)

 Dernière ligne droite avant les examens, et il s'avère que j'ai une matière portant sur les rapports entre la Russie et l'Alaska, mais dont une petite partie évoque aussi la Sibérie et les relations commerciales avec la Chine.

Et dans la liste des choses à faire pour le préparer il y avait comme conseil de regarder Dersou Ouzala, film d'Akira Kurosawa, qui se passe justement à la frontière Russe-Chinoise au début du XX° siècle.

Est-ce que tu veux préparer ton examen en regardant un film d'un réalisateur que tu apprécies particulièrement? Film que tu n'as pas encore eu l'occasion de voir en plus?

J'ai connu plus pénibles comme révisions!

Et comme par un fait exprès, en avril c'est le mois japonais.
Donc c'est parti pour une curiosité, un film d'un réalisateur japonais, mais tourné en Russie et en Russe, dont le personnage principal est un autochtone sibérien de l'ethnie Hezhen, appelée Golde dans le film.


Et c'est 100% du Kurosawa, avec ses plans larges de nature, ici celle de la région située entre Khabarovsk et Vladivostok. Il n'y a pas d'action incroyable, on reste dans la contemplation, avec de longues minutes sans dialogues, agrémentées de musique ou de sons, tels le vent qui souffle la neige sur une rivière gelée, le feu de camp qui crépite ( j'ai vraiment adoré la bande son d'Izaak Schwartz, elle sert magnifiquement le film, surtout lorsqu'il s'agit d'associer des rayons de soleils  - le coucher de soleil qui menace la survie des héros, avec le froid, les animaux sauvages qui peuvent attaquer la nuit, etc..- et effets sonores). et pourtant on est tenu en haleine, et ce même en connaissant la fin dès la première séquence. Et la dernière est vraiment...prenante, opposant la sécheresse administrative à la situation dramatique, mais... sans précipitation. Magnifique.

Et donc, c'est simplement la vie quotidienne et les difficultés d'une petite troupe militaire russe, venue procéder à des relevés topographique dans la vallée de l'Oussouri. Les militaires viennent de Khabarosvk, mais ne sont pourtant pas bien préparés à la dureté du travail dans la forêt sibérienne. L'aide providentielle leur arrive de manière inattendue, lors qu'un chasseur isolé se présente à leur rencontre, un tout petit bonhomme sans âge, nommé Dersou Ouzala. Les russes ont besoin de l'aide de quelqu'un qui connait bien la forêt, et Dersou , seul depuis la mort de sa famille, a besoin de contact humain. Le capitaine le prend en sympathie et le recrute comme guide. Au fil des jours, il découvre la vie quotidienne d'un chasseur, et se prend d'admiration pour ce courageux chasseur, si bien adapté à son milieu naturel.
Au point que lorsqu'on lui propose d'aller vivre en ville, Dersou refuse: qu'y faire? on ne peut pas chasser là bas.
Lorsque la troupe russe revient quelques années plus tard, ils retrouvent Dersou et leurs explorations communes reprennent. Mais le chasseur se fait vieux, sa vue baisse, comment continuer à vivre dans un lieu où la survit dépend de l'aptitude à voir le gibier, ou les prédateurs de loin?

Et, c'est tout, le quotidien en milieu hostile, et l'improbable histoire d'amitié entre deux personnes très différentes: Arséniev, captaine de la troupe russe, et Dersou, le vieux chasseur sibérien qui parle un russe pour le moins aléatoire... Mais les deux se comprennent, et le film prend le temps de développer leur lien d'amitié, de montrer par petites touche la culture sibérienne chamanique. Dersou ne se sent pas trop seul dans la forêt, car il voit des " gens" partout: les esprits des arbres, du feu, des animaux...

Mais que ce film est beau: plastiquement par ses plans larges, par son propos sur l'amitié et la tolérance, sur le respect de la nature par le personnage titre, qui est râleur mais incroyablement sympathique.


L'acteur, Maksim Mounzouk est excellent dan le rôle titre, et Iouri Solomine, qui tient le rôle du capitaine est très bon aussi ( et toujours vivant au moment où j'écris). Leur duo est parfait et ultra crédible.

Et toute cette histoire s'est réellement passée, le vieux chasseur a existé et a été immortalisé dans les écrits de Vladimir Arséniev, dont le sort, comme celui de sa famille, à l'époque stalinienne a été tragique. Il faudra un jour que je lise ces récits.

En tout cas le film est visible ci-dessous et en VOST fr ( même si ce n'est pas du japonais que vous y entendrez!)

mais quand même, l'affiche japonaise

Partie 1

Partie 2

Une très chouette pause cinéma dans mon programme de révisions,  qui me permet en plus du mois japonais, de valider dans le défi cinéma " film sur l'amitié"

jeudi 10 février 2022

Les voiles écarlates ( film 1961)

Nouveau film russe, enfin, soviétique, célébrissime en Russie, mais totalement inconnu en France.


Tiré d'une nouvelle d'Alexandre Grine (Grinievski), auteur du début du XX° siècle, le film est devenu culte, et a donné son titre à.. la fête de fin d'années  d'études et des nouveaux diplômés de Saint Pétersbourg. Le 25 juin, la ville organise une énorme fête, avec son et lumière, pyrotechnie, concerts géants, pour fêter les nouveaux diplomés, le clou du spectacle est l'arrivée dans le port historique de Saint Petersbourg d'un bateau à voiles, doté donc de voiles rouges, symbole des rêves qui se réalisent, d'aventure ( ta nouvelle vie commence après ton diplôme)


La française que je suis a envie d'ironiser sur le fait que tu peux rêver d'aller au Pôle Nord ou au Pôle Sud, mais en fait, ta première destination sera le Pôle emploi). Mais il faut reconnaître qu'ils y mettent le paquet. En temps normal, hein depuis le covid c'est différent, l'an dernier le spectacle a bien eu lieu mais sans spectateurs, il a été retransmis en vidéo.

Or dans la nouvelle comme dans le film, pas de jeunes diplômés pourtant. C'est un mélage entre film d'aventure de pirates et .. la belle au bois dormant. Oui, c'est curieux, dit commme ça.

Tout commence lorsqu'une marin parti pendant de long mois revient dans son village. Il apprend que sa femme est morte. Acculée par la misère, elle s'est retrouvée face à un choix: accorder ses faveurs à l'aubergiste et obtenir de la nourriture, ou rester fidèle à son mari et chercher une autre solution. Partie vendre les rares bijoux qu'elle avait, en plein hiver, elle meurt rapidement de pneumonie. Le marin doit a présent rester à terre pour s'occuper de sa fille, bizarrement prénommée Assol ( ne cherchez pas, ce n'est pas un prénom russe, d'ailleurs on ne sait pas trop où se passe cette histoire, dans un pays imaginaire, comme souvent).
Il doit renoncer à son métier et sa passion de la mer pour subvenir à leurs besoin, et fabrique des maquettes de bâteau qu'il tente de vendre dans la petite ville proche. Lorsqu'il a l'occasion de porter secour à l'aubergiste qui se noie sous ses yeux, bien évidemment, il s'empresse de laisser couler celui qu'il rend responsable de sa femme.
Commencent donc les problèmes pour Assol: mise de côté par les autres enfants " passque ton père, ben on dit que c'est un meurtrier!", elle se renferme sur elle-même , n'a plus d'amis que parmi les gens de la génération de ses parents, devient la fille bizarre qui vend des maquettes avec son père.


Et un jour, en se rendant à la ville, elle rencontre un conteur, qui voyant cette toute petite fille en train de perdre sa joie de vivre, lui raconte une histoire fantastique: certes sa vie actuelle n'est pas simple et ça va continer encore quelques temps, mais si elle y croit, si elle se raccroche à ses rêves, un jour elle vivra une vie merveilleuse pleine d'aventures: un bateau blanc aux voiles rouges viendra la chercher elle et son père et ils partiront avec leurs nouveaux amis les marins pour de lointains horizons. et évidemment, lorsqu'elle raconte ça a son père, des oreilles et des langues qui traînent on vite fait de propager l'histoire.  Qu'une gamine croit à ce genre de fable passe encore, mais plus les années passent, plus elle s'entête à attendre "son" bateau. Devenue jeune adulte, elle n'est plus seulement "la fille bizarre" mais carrément la zinzin, la folle du village.

En parallèle de l'histoire d'Assol, quelque part, mais très loin, dans une très loin qui ressemble à l'angleterre, vit Arthur, dans un château avec une famille très riche, des dosmestiques, des précepteurs. Arthur s'ennuie ferme à devoir apprendre des choses qui l'ennuient, et devoir poser pour des portraits de famille..
Arthur "petit lord Fauntleroy" qui veut littéralement qu'on le laisse mener sa barque comme il l'entend

Lui ce qu'il veut c'est partir à l'aventure, sur la mer, avoir son bateau et devenir capitaine. Devenu jeune adulte, lui aussi, n'a jamais abandonné et va saisir la première occasion de paertir pour s'engager comme mousse et grimper les échelons. Il fait tellement bien même dans son métier de rêve qu'il se voit confier le rôle de capitaine lorsque son chef part en retraite.


La suite on la devine...
Le capitaine Arthur, pris pour un pirate à la capitale, prend le large à tous les sens du terme, et son bateau et lui arrivent dans la petie ville où vit Assol. Mais comme elle travaille toute la nuit à ses maquettes, ils ne se rencontrent pas non. En se promenant sur la berge, il la trouve endormie au pied d'un arbre... et coup de foudre,bague au doigt, etc..de la fille qui dort profondément et est bien étonnée d'avoir un nouveau bijou à son réveil. 99% des gens dans la misère se seraient empressés d'aller la revendre pour.. ben ...manger? Mais pas elle, non, elle y croit, c'est un signe que son rêve est tout prêt de se réaliser.
Toute ressemblance avec une célèbre histoire n'est pas fortuite.
Et Arthur est beaucoup plus digne que n'importe quel prince de contes, il ne se permet pas de tripoter ou rouler un patin à une femme endormie, préférant qu'elle soit pleinement consciente

Entretemps l'ami Arthur, qui se demande quand même un peu a qui il a bien pu faire une demande en mariage sans même qu'elle ne le sache, s'enquiert discrètement auprès des villageois " ha, en me promenant, j'ai vu heu.. une drôle de fille qui dormait sur la berge, qui est-ce?" " ha ça c'est sûrement Assol-la-folle, elle est gentille mais timbrée cette nana, figurez vous que depuis son enfance, blablabla.."
Juste quelques mots de l'acteur Vassily Lanovoï, acteur de théâtre en premier lieu qui a eu une popularité incroyable en URSS, classé ici parmi les 10 sex-symbols de l'époque soviétique, tant pour sa bonne tête, que pour sa spécialisation en rôles héroïques.
Il est malheureusement mort il y a à peine plus d'un an du coronavirus.

Arthur sait maintenant comment il va pouvoir entrer en contact avec elle, tout en donnant l'impression d'être le prince charmant qui arrive sur son cheval, enfin son bateau ( tout en s'assurant que le refus est impossible, puisque c'est ce qu'elle attend depuis toujours!): il va se sentir une vocation de réaliseur de rêves et achête tout ce qu'il trouve de tissus rouge pour en faire des voiles. Et revient quelques temps plus tard remarqué de tous, tel un frimeur dans sa Ferrari au klaxon qui joue la cucaracha. J'exagère à peine: le gars fait monter un orchestre sur son bateau pour arriver , littéralement, en fanfare, afin que tous voient que oui, "les miracles peuvent se réaliser.." Et hop petite morale soviétique " peuvent se réaliser, oui mais seulement si on met tous ses efforts pour les réaliser".
Ouf c'est un peu moins naïf que " si on y croit"

Ca peut paraître un peu culcul-la-praline comme histoire, et effectivement, ça l'est un peut, mais ce détail de se bouger les fesses pour obtenir ce qu'on veut change pas mal les choses. Oui il y a le côté belle au bois dormant, mais l'héroïne de fait est une bosseuse qui trime pour se nourrir. Le héros n'est pas un simple opportuniste, il a fermement décidé de suivre la voie qui lui convenait n'en déplaise aux parents, et a trimé pour obtenir ce qu'il voulait.
L'histoire d'amour un peu cliché, avec l'inévitable gars raide dingue d'une fille à laquelle il n'a jamais adressé la parole, est finalement secondaire face aux notions d'espoir et de ténacité, et du fait qu'on doit prendre une part active à sa propre vie. Donc une conclusion inverse de la belle au bois dormant à laquelle il y a pourtant une évidente référence. Et rien que ça, ça donne un côté sympathique au film.

pour le voir, c'est par ici, je n'ai pas mieux à vous fournir qu'une version avec sous-titres en anglais, et je ne sais pas ce qu'ils valent ( réellement faits par quelqu'un ou générés automatiquement, vu que ce n'est pas précisié, il y a des chances qu'il y ait réellement eu un humain vivant pour s'en charger)
le film, vost anglais disponible

Catégorie "l'affiche est jolie"
(et donne envie de voyager)





dimanche 8 mars 2020

Taras Boulba - Nikolai Gogol

En Février, le challenge classique met à l'honneur les romans et histoires d'aventure (oui, bon j'ai du retard, je suis en train de déménager)

Après vérification sur mes étagères, j'ai trouvé comment concilier challenge classique, aventure et mes études (puisque mon fil rouge cette année est l'ami Niko, célèbre auteur dit russe qui était en fait ukrainien. Petit-russien comme on disait à l'époque. Mais d'expression russe. Rendons donc à l'Ukraine son auteur le plus connu.

oui je ne m'en lasse pas, je kiffe de voir ces vieilles photos
Kolia est né en 1809. Il y a donc plus de 2 siècles.
On a le privilège de voir la tête de quelqu'un né il y a PLUS de deux siècles.
Et franchement la coiffure un peu bizarre passe mieux en photo qu'en peinture.

(Anecdote:si vous vous demandez pourquoi le tsar était appelé " Tsar de toute les Russies", j'en avais déjà parlé au sujet du Musicien aveugle de V.Korolenko, voilà l'explication, il y avait 3 Russies à l'époque, la "grande" ( l'actuelle Russie, on comprend pourquoi vu sa superficie), la "petite" ( Ukraine ) et la Russie blanche ( Bielorussie, Беларусь  dont le nom signifie en russe et en biélorusse " Russie blanche" très précisément)

Partons donc à dos de cheval dans les plaines ukrainiennes, au milieu des cosaques.Je pense que oui ça peut entrer dans la catégorie " aventure"

Pour situer les gaillards à qui on va avoir affaire, des durs-à-cuire:

Ilia Repine " les cosaques Zaporogue écrivant aune lettre au sultan Mahmoud IV de Turquie ( oui, c'est le titre du tableau)

Par Ilia Répine — The Yorck Project (2002) 10.000 Meisterwerke der Malerei (DVD-ROM), distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. ISBN : 3936122202., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=158198


Donc que se passe-t-il dans cette histoire?
Tout commence lorsque Ostap et Andry, la vingtaine, les deux fils du cosaque Taras Boulba, rentrent chez leurs parents après avoir fini leurs études au séminaire. non qu'ils se destinent à une carrière religieuse, mais c'est le seul endroit au XVI° siècle où recevoir une instruction de base. Et même si leur père ne tient pas spécialement à ce genre de culture, il est nécessaire, même parmi les guerriers du fin fond de l'Ukraine,d'avoir quelques gens instruits, surtout en matière religieuse d'ailleurs car ils se veulent très chrétiens. malgré leur incroyable propension à se bagarrer entre eux pour tout et rien.
Et voilà à quoi ressemble le retour des deux étudiants chez papa...

ceci représente une part non négligeable de l'histoire
Et donc, ils sont instruits, certes mais il leur manque l'essentiel de l'éducation cosaque: la guerre.
Problème, les ennemis du moment sont les tatars, les turcs et un peu les polonais. Mais il y a un traité de paix en cours avec les turcs, les tatars sont alliés aux turcs et les cosaques n'ont pas la puissance militaire pour affronter deux armées ennemies en même temps. La situation avec les polonais est plutôt tranquille, mais ce sont les ennemis de toujours,ils ne sont alliés à personne et on raconte que... après tout peu importe du moment qu'on crée de toutes pièces une guerre pour permettre aux fils de Taras de gagner leurs premiers points d'XP  découvrir le sel de la vie de cosaque:la baston.

Bref sur la foi d'une rumeur, Taras fait évincer le chef militaire, placer comme chef un ami à lui, un vieux de la vieille nostalgique des conflits... et en avant pour la Pologne.
SAUF QUE.
Sauf que c'est le début de la fin: pendant ses études, Andry est tombé amoureux de la fille d'un chef militaire polonais, et passe rapidement à l'ennemi pour pouvoir ravitailler la ville assiégée où elle se trouve.
Sauf que, contrairement à ce qu'on croyait, la Pologne a des alliés, et les cosaques aventureux essuient une défaite cuisante.
Ca finira mal pour tout le monde (on pourrait dire moralité: qui cherche les ennuis les trouve)

Petite information qui a son importance ( pour moi): la traduction classique est mentionnée comme étant de Louis Viardot. Ce qui est faux. Louis Viardot était traducteur de l'anglais et explique lui-même comment il s'y est pris en ne parlant pas un mot de russe. La vraie traduction a été faite par "I T, jeune auteur russe", Viardot indiquant qu'il s'est contenté de retravailler le français pour le rendre plus français. il n'est donc que le correcteur.
Rendons-donc à Ivan ce qui lui appartient: traduction d'Ivan Tourgueniev ( quand-même!), correction de Louis Viardot.
(regardez donc comment ces deux là en sont venus à travailler ensemble, c'est très drôle. Un ménage à trois. Ca aurait pu mal tourner, mais au lieu de se battre, le mari et l'amant de madame Viardot ont également partagé leur travail et leur cercle d'amis. Ivan écrivant des livrets d'opérettes pour Pauline, chanteuse, et co-traduisant du russe avec Louis. Un excellent arrangement au final!)

Ceci étant dit, la traduction est vieillotte et a un défaut qui n'est plus acceptable: laisser les termes d'origine en italique pour les traduire entre parenthèses est possible, mais très lourd.. Surtout s'il y a des équivalents en français ( ce n'est pas extrait du texte, mais des choses du genre " il portait des valenki ( bottes d'intérieur en feutre) et une roubashka ( chemise russe). Il se servit un verre de thé au samovar ( théière russe typique) " → "il portait des chaussures d'intérieur en feutre et une chemise russe, il se servit un verre de thé". j'exagère le trait, mais à peine.

Parfois c'est l'inverse " ils avaient des armes et des fouets ( nagaïkas)" (mais tu as déjà traduit le terme pas son équivalent, Loulou, on se fiche du mot en russe!)

et on arrive à des absurdités:
Il y a un passage où on nous dit que " [le cheval] fit un écart en sentant sur son dos un poids de 20 pouds(1), car Taras était très grand et très gros, "
"le poud vaut 40 livres russes, environ 18 kilogrammes, N.D.T"
si Loulou avait pris le temps de faire la conversion, il aurait constaté " un poids de 360 kilos, car Taras était.. ha mais non c'est impossible, il doit y avoir un souci, il ne pourrait même pas se lever de sa chaise, alors monter à cheval..."
encore plus drôle donc:
adaptation des années 60 avec le très peu rond Yul Brynner en Tarass.
J'aime beaucoup Yul Brynner et son physique atypique, mais.. ici, il en fait pas très ukrainien. Il aurait été idéal en Genghis Khan ou en ennemi tatar.

Ce qui a pu d'ailleurs entraîner une confusion dans l'idée des gens: les cosaques, en tout cas ceux d'Ukraine sont ethniquement rattachés aux slaves et par proximité et histoire, peuvent avoir un peu de métissage avec les peuples turcs ... qui sont aussi caucasiens. Donc des bruns, des blonds, des roux.. probablement bronzés par la vie au plein air. En tout cas, pas la Horde d'Or non plus.
Ceci dit au XVI° siècle, avec les principes religieux, les métissages devaient être encore plus rares.

Exemple: Kozma Kryuchkov, authentique cosaque ukrainien, héros de la première guerre mondiale ( donc bien plus tard). C'est donc plutôt comme ça qu'il faut imaginer les gens qui gravitent autour de Taras.



Cependant les compétences des cosaques pour la guerre et en cavalerie font qu'ils ont été régulièrement employés militairement par la Russie, en troupes militaires organisées. Et ce jusqu'à la 1° guerre Mondiale où ils étaient encore une cavalerie d'élite. Par suite la Makhnovshina ( armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne)s'est placée dans la droite lignée des cosaques "hommes libres". autant dire que ça ne s'est pas très bien passé avec Staline


Pour en savoir un peu plus sur la culture cosaque,ici, Benjamin Brillaud parle en partie de la Makhnovchina ici:



avec un peu de retard, le classique de  février - aventure

Auteur dépressif devenu fou qui s'est laissé mourir de faim et achevé par les médecins estimant que les bains glacés en février et les saignées étaient un remède adéquat pour soigner la dépression. Ca compte comme mort particulièrement particulière.

mercredi 1 mars 2017

L'effrayante aventure - Jules Lermina

J'ai déjà parlé ici de cet auteur assez oublié pour les nouvelles "La deux fois morte" et "L'élixir de vie", que j'avais bien appréciées l'une comme l'autre. Qui toutes deux avaient un fond scientifique bien que farfelu, et tentaient d'expliquer le fantastique d'un point de vue rationnel.

Donc quelle peut être cette effrayant aventure? Cette fois, elle est plus Sf, ou plutôt commence un peu Sf et se termine plutôt dans le fantastique.
oui, il y a des monstres! Edition des moutons électriques, mais je l'ai trouvé libre de droit en e-book ici

Tout commence à Paris  dans les années 1910, par la découverte d'un cadavre qui est assez vite identifié comme étant celui de feu Mr Coxward, un anglais un peu boxeur, un peu arnaqueur et beaucoup voleur. Chose curieuse le cadavre semble avoir été jeté d'une importante hauteur.. au milieu d'une place, ce qui est impossible.  Une canaille qui ne manquera à personne, sauf que, autre bizarrerie l'heure de sa mort est estimée à 3h00 du matin, alors que la veille au soir elle était à Londres, recherchée par la police pour un vol. Impossible d'avoir traversé la manche en si peu de temps. Or, Mr Bobby, policier anglais qui a identifié la victime n'en démord pas: il s'agit bien du même, qui a trouvé un moyen inconnu de filer .. à l'anglaise . Evidemment , Mr Bobby n'est pris au sérieux par personne et surtout pas les journaux, qui se font un plaisir de moquer son patronyme si adapté. Mr Bobby va donc devoir laver son honneur terni par la presse française, et prouver ses dires. Son enquête va le mener par bien des détours chez Sir Athel Random, gentleman à l'apparence aussi banale que son nom le laisse supposer ( Lermina s'est bien amusé..), mais qui cache un savant farfelu, inventeur d'une machine volant,ressemblant à une cabane à outils dotée d'hélices: le vriliogire, propulsée au vrilium, l'invention de Sir Random. Alors qu'il escomptait mettre la dernière main à sa machine avant de l'essayer, elle lui a été dérobée justement par le dénommé Coxward qui pour échapper à ses poursuivants est entré dans le jardin pour se cacher dans la cabane à outil... mal lui en a pris, puisqu'il a mis en marche la machine qu'il ne savait pas manoeuvrer qui l'a donc propulséplein est jusqu'àce qu'il en tombe. Le bête accident, mais Mr Bobby avait raison.

Problème: il faut retrouver la machine, quelque part du côté de Paris, encore chargée d'une bonne dose de vrilium dont les effets peuvent être dévastateurs ( le Radium a été découvert en 1898, nombre de personnages réels sont mentionnés: le président Poincaré et le savant Poincaré, le savant Arago, le préfet Lépine, les écrits de Darwin ou les études de Richard Owen.. l'histoire fait donc appel aux connaissances et au cadre de son époque).
Random et Bobby partent donc à la recherche de la précieuse machine, flanqué du journaliste français Labergère, particulièrement gaffeur. Leur quête va involontairement les mener dans les sous-sols Parisiens, pas encore transformés en fromage à trous par les couloirs du métro, mais déjà bien instables et recélant d'étranges choses. Et je paierai cher pour voir la scène finale de mes yeux, en dépit de l'énorme erreur de .. quelques centaines de millions d'années qu'elle implique, ce qui m'a bien faite rire. Erreur involontaire de l'auteur ou assumée pour renforcer le côté cocasse, en tout cas ça marche.

Et j'ai bien aimé cette histoire complètement absurde, qui joue sur le choc des cultures: un policier au nom prédestiné, raide comme la justice, qui se retrouve confronté à un journaleux parisien qui ne prend rien au sérieux et ramène tout, absolument tout à une seule notion: les apéros. Cafés , bars et brasseries sont son obsession. A côté d'eux, le digne sir Random, très flegmatique comme tout anglais de roman qui se respecte... mais devient absolument impossible à maîtriser lorsqu'il s'embarque sur la science, capable alors qu'il est coincé dans un souterrain de s'embarquer sur l'analyse des roches qui l'entourent au lieu de se concentrer à chercher la sortie.
Le tout avec une bonne dose d'humour absurde et décalé, qui trouve toujours le moyen de se frayer un chemin même dans les situations épineuses.
Le livre est sorti en 1914, à la toute fin de la carrière de Lermina, déjà âgé lors de sa publication. Avec une étonnante prémonition:  2 ans plus tard , français et anglais allaient aussi se retrouver à vivre d'effrayantes , bien plus effrayantes aventures, coincés dans des souterrains, dans une situation catastrophique, avec des matières dangereuses susceptibles d'exploser à tout moment. Et cette fois ce ne serait plus pour rire.

Ce qui explique peut-être que cette histoire légère d'un auteur probablement classé vieillot déjà à l'époque ait été oubliée, les années qui ont suivi immédiatement n'étaient plus à la rigolade. Mais, au delà de la fantaisie,  il brosse surtout un savoureux portrait de la presse qui n'hésite pas à inventer des scoops pour faire un plus gros tirage que le journal du voisin, à attirer le chaland avec des manchettes racoleuses du genre " demain à 10h00 nous vous révèlerons toute l'affaire", à diffamer, à broder .. Labergère est un bon exemple du journaliste sans scrupule qui n'hésite pas à aller du jour au lendemain travailler pour la concurrence et démonter ce que lui-même écrivait la veille, ne vérifie jamais ses sources,  pour peut que ça soit lucratif.
C'est d'actualité, n'est-ce pas?

Donc je le classe SF pour l'emploi de la science, et l'invention avant l'heure d'un monoplace à propulsion atomique - ça n'est jamais clairement dit, mais, on comprend vite qu'une puissance colossale concentrée dans ce qui à la taille d'une pointe de crayon est forcément radioactive.
Mais on est tout autant dans le policer et le roman d'aventure. A lire pour rire, sans chercher non plus une énorme profondeur, mais c'est une lecture rafraîchissante et divertissante, avec en plus quelques vannes cyniques sur la police, les autorités et les journaleux.

mardi 12 janvier 2016

Les Quatre - Agatha Christie

Le 12 janvier 1976, soit il y a 40 ans tout pile, mourrait Lady Agatha Miller, alias Christie. 40 ans plus tard, elle est toujours l'une des romancières les plus lues et traduites au monde, les plus adaptées aussi ( en film, en série, au théâtre, en jeux vidéos, en fait, quasiment sur tous les supports imaginables)
et c'est aussi bien sûr une des figures incontournables du mois anglais. Pour moi, un mois anglais digne de ce nom se doit de compter un de ses livres.
Alors pour marquer le coup, une petite lecture commune avec les autres adeptes de la reine du crime s'imposait!
elle les a écrits.. à moi de les lire!

Et comme les deux dernières fois, j'ai pioché au hasard sur l'étagère des romans policiers en attente de lectures.
Les fois précédents , je l'avais dit, n'avaient pas été de franches réussites, les deux dataient de la fin de sa carrière: Les pendules date de 1963, et  L'hôtel Bertram de 1965.
J'ai donc pris les Quatre, que j'ai cru daté de la même période ( ce n'est que la traduction française qui est récente), et , bonne pioche cette fois. Ecrit en 1927, il est même antérieurs aux célébrissimes Dix Petits nègres, Le crime de l'Orient-Express ou Mort sur le Nil.

On y retrouve donc le duo phare de dame Agatha, Hercule Poirot et le capitaine Hastings.

Le capitaine marié quelques temps plus tôt, a quitté l'Angleterre depuis quelques temps pour aller vivre en Argentine comme gentleman farmer ou plutôt gentleman Ranchero avec Madame. Mais le voici de retour en Grande-Bretagne, pour quelques mois, bien décidé à aller rendre une visite surprise à son ami Hercule, qui ne bouge jamais ou presque de Londres. Le lecteur ne sera donc pas étonné d'apprendre que justement à ce moment là, Poirot est sur le départ pour une mission importante (et lucrative) au Brésil, bien décidé à aller rendre une visite surprise à son copain Arthur en Amérique du Sud.
Surprenant début pour qui connait les autres aventures d'Hercule Poirot. Et le reste est à l'avenant, visiblement l'écrivaine avait envie de s'amuser et glisse pas mal de coups de théâtres, quiproquos et références ( Hercule Poirot qui raconte avoir un frère nommé Achille,  la seule personne au monde aussi douée que lui, mais d'une inertie absolue. en ajoutant " tout détective se doit d'avoir un frère". Bon , reconnaissons qu'Achille est un nom un peu moins improbable que .... Mycroft, au hasard? ;) )

Mais les projets de voyages à l'autre bout du monde sont vite stoppés par l'arrivée impromptue d'un inconnu, visiblement choqué, qui cherche Poirot, et qui avant de mourir, se met à parler des "quatre", une association internationale de malfaiteurs à la tête de laquelle se trouvent 4 personnes: le N°1 est un gangster chinois, le n°2 est un millionnaire américain, le n°3 est une française, et le n°4 inconnu de tous.
Or justement Poirot avait déjà plus ou moins une enquête en cours sur cette société à l'organisation mafieuse. Et dès lors et pendant un an ( le roman commence en été, et le temps s'égrène jusqu'au suivant), à chaque nouvelle énigme qu'il va devoir résoudre, Poirot va trouver la trace de ces criminels en bande bien organisées, qui semblent prendre plaisir à jouer au chat et à la souris avec l'enquêteur.
Et le tiennent en échec! Ils sont partout: derrière l'enlèvement d'un scientifique à Paris, derrière l'assassinat d'un homme en pleine campagne anglaise, derrière la mort apparemment naturelle d'un joueur d'échecs américain, derrière l'accident de circulation d'une actrice de seconde catégorie...
Enfin un opposant, fut-il quadricéphale, digne du détective belge à l'égo surdimensionné!

Et en plus ce tome est drôle: Poirot et Hastings s'envoient régulièrement des vannes sur leurs défauts respectifs ( le côté tête brûlée d'Hastings qui agit d'abord et réfléchit après, son faible très fort pour les jolies rousses, et le manque de modestie légendaire d'Hercule Poirot).
Et surtout les références sont nombreuses. Je parlais plus haut de Mycroft, le frère de Sherlock Holmes, mais il y a une foule d'autres références à sherlock, à commencer par le titre qui ne peut que faire penser  au Signe des Quatre. Lhistoire du Jasmin Jaune a quelques points communs avec les Cinq Pépins d'orange..
On y retrouve aussi quelques invités de marques issus des précédents ouvrages d'Agatha Christie: l'inspecteur Giraud, la comtesse Rossakov..
Des références à des personnalités de l'époque ( la physicienne française mondialement célèbre qui travaille sur le radium, " de même niveau que Madame Curie"), à des événements de l'époque ( l'agitation bolchévique, les tentatives de coup d'état en Chine, la menace politique en Allemagne..)

Surpenant donc, on se retrouve deavnt une vraie histoire d'aventure, parfois improbable, de quiproquos et d'action au niveau mondial, non seulement de par le côté internationale de l'association criminelle, mais aussi par les voyages qui s'y effectuent: dans la campagne anglaise, à Paris, sur l'océan, en Belgique, en Italie..

Je vies de voir qu'il s'agissait en fait de nouvelles qui ont été retravaillées pour être rassemblées en un seul récit. Parfois dans ces cas là, la recette ne prend pas ( De la poussière à la chair de Bradbury souffrait de ce côté "rapiéçage", tandis que "les chroniques martiennes" du même auteur est une magnifique réussite).
Et la on est plutôt dans le deuxième cas: quelque chose d'inclassable, qui tient du roman d'aventure, du recueil de nouvelles, mais avec un liant qui tient suffisamment la route pour que ça marche.

Une bonne pioche, donc, et je le répète, cerise sur le gâteau, Hercule Poirot est mis en échec, et se fait vanner par Hastings. Il parle même de se marier à un moment. C'est dire l'originalité de la chose. Pas l'un des plus connus apparemment, mais en tout cas, un de ceux qui m'a le plus amusée à lire.
Au passage, j'avais vu l'adaptation dans la très fameuse série des enquêtes d'Hercule Poirot, et .. elle  n'a quasiment RIEN à voir, à part le titre et le nom des personnages. A commencer par la motivation des quatre ( dans la série, elle m'a parue bien pipeau,à la limite du ridicule!), l'ordre des événements n'a rien à voir,le rapport de force entre les quatre n'a rien à voir, la fin n'a rien à voir. Vraiment , c'est le même titre, le même héros, et les personnages ont les mêmes noms, mais c'est tout. Les deux histoires, papier et série TV, partent dans des directions totalement opposées, pas seulement simplement divergentes.
Donc si vous avez vu la version série, vous pouvez y aller sans problème, l'intention est différente et le résultat extrêmement différent.

idée 44: quelque chose de chinois
 

vendredi 11 décembre 2015

Moll Flanders - Daniel Defoe

Juste un sujet prévu pour juin dernier, mais au point où j'en suis, ce n'est que 6 mois de retard..

En fait j'abrège, puisque le titre entier est " les heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders".

Moll Flanders ( ce n'est pas son vrai nom, mais celui sous lequel elle est devenue célèbre tardivement) a mal débuté dans la vie:  née à Newgate ( prison de Londres) au XVII° siècle d'une mère voleuse, ça commençait sous de mauvais auspices. Abandonnée à la charité publique, c'est une petite fille, puis une femme combattive qui apprend vite à se débrouiller seule en comptant sur elle même.
Elle aurait même facilement pu s'en sortir et vivre correctement dès l'adolescence en travaillant comme couturière, seulement voilà, en rencontrant les femmes riches qui viennent lui donner du travail, elle développe un goût du luxe et ne veut pas seulement vivre correctement, mais "être une dame de qualité", pensant d'abord que ça veut dire une femme indépendante qui travaille à son compte, elle ne change pas d'avis en comprenant son erreur et espère monter dans l'échelle sociale. Sa seule obsession sera alors de se faire épouser par un homme riche. Elle y parvient, et le mari meurt vite, lui laissant un héritage colossal... qui sera vite dilapidé par son second mari, joueur qui part un jour pour fuir ses créanciers, lui laissant comme consigne de le considérer comme mort car il ne compte de toute façon pas revenir.

Celle qui se fait dès lors appeler Mme veuve Flanders, se trouve alors un 3° mari, planteur en Virginie, qui s'avère, par un hasard facétieux, être son demi frère. Retour en Angleterre pour la pseudo-veuve bigame, qui continu la chasse au mari, lâche la proie ( un banquier moyennement riche) pour l'ombre ( un homme ruiné qui se fait passer pour fortuné, dans l'espoir de dégotter une femme riche.. l'un abusant l'autre).
5 mariages successifs, quelques amants de passages et une fortune qui diminue d'année en année, puis la rencontre avec des gens douteux.. et il n'en faut pas plus pour  que la "veuve" se lance dans la même carrière que feue sa mère. "Travail" dans lequel sa débrouillardise et sa prudence la font exceller. Dès lors, celle que l'on surnomme "Moll Flanders" devient une voleuse suffisamment rouée pour se tirer à plusieurs fois de mauvais pas...
trouvé sur le très drôle 3 panel book review: présentation de lectures en Strips de3 cases

Que voilà un roman  jouissif et amoral, il a d'ailleurs été censuré pendant longtemps aux USA pour cette raison ( je ne sais pas si c'est encore le cas, mais ça ne m'étonnerait pas): l'héroïne est polygame, voleuse et d'une moralité plutôt élastique ( il n'y a que le mariage avec son demi-frère qui au final lui pose un réel problème de conscience). Elle met très vite ses scrupules dans sa poche, abandonne sans ciller la flopée d'enfants qu'elle a eu de ses cinq maris au cours des années et qui l'encombreraient plus qu'autre chose, surtout dans sa quête du riche pigeon qu'elle ne désespère jamais de dénicher.
Elle trompe, elle vole , elle ment.. au départ pour être plus riche, ensuite pour seulement survivre, plus tard encore pour échapper à la prison et à la peine capitale. Une héroïne amorale, mais dont l'énergie et la roublardise font malgré tout un personnage intéressant et pas unidimensionnel, elle ne s'abaisse jamais à voler les plus pauvres qu'elles, seulement les riches ( mais à son propre profit, contrairement à Robin des bois).
Car même si le traitement est humoristique il met en avant la réalité du XVII° siècle: une femme n'existe socialement que par son mariage: pas de mari (si possible riche) ou de "protecteur" = pas de vie sociale = obligation de se débrouiller par soi même. Ce qui laisse peu de possibilités: travailler pour un salaire de misère, en se débarrassant d'un maximum de bouches à nourrir, donc on abandonne sans trop de regret les enfants dont on ne voulait de toute façon pas vraiment, voler ou se prostituer. Ça reste discret, mais cette dénonciation indirecte de la condition féminine est assez inattendue.

Et le roman se permet même le luxe de ne pas finir de manière morale, je ne vous en dirait pas plus, mais l'auteur a du avoir une sympathie aussi pour son personnage et refuser de la punir de ses mauvaises actions, dictées au départ par la vanité, mais bien vite, par les circonstances extérieures, il faut dire que Moll va de déconvenue en déconvenue...je pense que c'est aussi, et surtout ça qui a du choquer.
How Shocking! Pas de mea culpa, pas de rédemption religieuse.. J'avoue que je craignais ça, une fin moraliste, il n'en est rien pour mon plus grand plaisir.

Je n'ai pas lu Robinson Crusoe, pourtant le roman le plus célèbre de Defoe, apparemment il serait moins réussi, de ce que j'ai pu lire comme critique. Ou en tout cas, il a moins de chance de me plaire. En tout cas, il doit certainement s'y passer moins de choses ( un type tout seul sur une île, vs une femme qui passe son temps à bouger d'une ville à l'autre d'un pays à l'autre..).
Donc je conseille à ceux que Robinson à ennuyé de tenter celui-là, il s'y passe énormément de choses.
Et vous pouvez même tenter le coup avec l'édition numérique libre de droit, je commence à devenir bien fan de ce site.. surtout pour mon manque de place chronique, j'ai commencé à remplacer pas mal de mes classiques par leur édition numérique

La vie de l'auteur aussi, mérite le détour: agitateur politique, pamphlétaire dont les écrits l'ont conduit en prison, agent secret...
N°23: une jambe ou un pied

lundi 24 novembre 2014

l'énigme des blancs-manteaux - JF Parot

Une bonne manière d'attaquer le Défi " siècle des Lumières" de Parthénia? Avec Jean-François Parot. Car en effet, le challenge couvre non seulement les auteurs de l'époque mais aussi  les auteurs contemporains qui écrivent sur cette période, les films, expositions documentaires, etc..

Et après avoir vu quelques épisodes adaptés de la série fétiche de l'auteur, hop, j'ai décidé de m'y atteler.

Ce tome est le tout premier de la série, on y fait donc connaissance avec notre sympayhique héros, Nicolas Le Floch, enfant trouvé élevé par le chanoine Le Floch, dont il a pris le nom, et filleul du marquis de Ranreuil qui a prus en charge son éducation. Et voilà donc Nicolas, à peine adulte, parti étudier le droit à Paris, qui se retrouve en peu de temps, grâce à l'intervention du providentiel parrain auprès de M. de Sartine, Lieutenant général de Police à Paris, promu comme assistant du commissaire Lardin, avec le but de devenir policier à son tour. Mais Nicolas est plutôt malin et comprends vite que le commissaire est louche, et, sous couvert d'apprendre les ficelles du métier, on attend plutôt qu'il espionne discrètement son chef pour le compte de Sartine.
Aussi, lorsque le commissaire disparait, c'est tout naturellement Nicolas qui sera, toujours discrètement, chargé de l'enquête, qui va mener de l'équarrissage de Montfaucon aux bordels, en passant par les quartiers louches du Paris de 1760, les salons bourgeois, les geôles de Châtelet et la cour.
L'enquête policières est plutôt intéressante, mais comme souvent dans les policiers 10/18, c'est la reconstitutions des lieux et de l'époque qui fait le sel du roman, entre personnages fictifs, et figures historiques réelles ( le roi, Monsieur de Sartine, le bourreau Sanson). A propos, j'ai de la chance d'avoir une assez mauvaise imagination visuelle, pour tout ce qui concerne le supplice de l'écartèlement. c'est vraiment barbare, même si l'auteur se base sur des comptes rendus d'époque qui ont bien du broder sur le sensationnel. Disons que dans ma tête, ça devient Monsieur Fantastique, l'homme élastique de chez Marvel. Si si, croyez moi, c'est bien mieux de l'imaginer comme ça.

Comme dit notre bon roi Arthur, à une autre époque: "L'écartèlement ça craint"

C'est rare, vraiment rare que je me prenne d'affection pour le héros d'un roman, en général ma préférence va aux personnages secondaires. Mais force est de constater que Nicolas est fort sympathique. L'adaptation TV n'est pas mauvaise, l'acteur principal cadre assez bien avec ce que le roman nous dis de son protagoniste. Mais j'avoue que le roman va au delà, avec une dimension humoristique que n'avait pas la série, qui gommait un peu certains traits de caractère de Nicolas, qui bien que malin sur certain points, a une propension à la naïveté et à la distraction assez réjouissantes ( et à s'arrêter parfois en plein milieu de son enquête parce que le temps est beau, qu'il a envie de rêvasser devant le paysage, de prendre l'air frais... ou de regarder son plafond! Quand à l'histoire du parrain et la raison de la fâcherie avec la fille de celui-ci, le lecteur comprend très très vite ce qu'il en est... et ricane de la naïveté de Nicolas.. ) Mais les personnages secondaires sont intéressants aussi,,j'aime beaucoup l'inspecteur Bourdeau, c'est donc dit, à l'occasion je continuerai la série. Je suis tombée par hasard l'autre jour sur une interviewe l'auteur qui avoue avoir rendu hommage aux 3 mousquetaires, via son personnage principal parti comme d'Artagnan à la capitale.
Non seulement il l'avoue, mais il le revendique comme influence directe.. si tu me prends par les sentiments, Jean-François, Alexandre Dumas est quand même un de mes auteurs préférés, et Les trois mousquetaires m'ont valu quelques nuits d'insomnie.. allez, encore une page, encore une page, non, encore un chapitre.

Je mentionnerai encore la cuisine, l'ami Jean-François ne manque jamais une occasion de parsemer son texte de recettes de cuisine, qui ne sont pas forcément à mon goût, mais la place importante de la bonne chère - comme chez Dumas, d'ailleurs - dans l'histoire est une autre raison pour que cette série me convainque entièrement.

Tiens je me dis que lors de mes précédentes virées sur Paris, j'avais fait un parcours Baudelaire. Ca pourrait être marrant, un parcours Parot, en suivant les lieux où se déroulent les enquêtes de ce cher Nicolas.
Je vois qu'il y a eu l'an dernier un challenge autour de cette série ( chez syl que j'ai déjà croisée dans le cadre du challenge halloween et british mysteries, du mois anglais et du mois belge, décidément, on a beaucoup de challenges en commum) , j'arrive un peu après la bataille. Tant pis, mieux vaut tard que jamais!
un marquis, un roi.. et madame de Pompadour
1/9
j'ai peu de lectures historiques cette année...mais je l'ai dit, plusieurs des personnages de cette histoire ont existé et quelques faits réels se mèlent à la fiction

jeudi 9 octobre 2014

Histoire sans héros & Vingt ans après - Dany & Van Hamme

4° lecture dans le cadre du partenariat entre la collection Signé et Babelio.
C'est cette fois un album double que j'ai eu la chance de recevoir.

Histoire sans héros, paru initialement en 1977 nous raconte la lutte pour la survie d'un petit groupe de rescapés d'un crash aérien, perdus en pleine jungle amazonienne.
A cette époque le sujet est encore dans toutes les têtes, si l'on pense au crash bien réel d'un avion en 1972,  dans lequel les joueurs d'une équipe de rugby n'avait dû sa survie qu'au fait de manger leurs camarades qui n'avait pas survécu.
Ici, pas de nécrophagie, mais l'isolement, les moustiques, le rationnement, les pumas qui rodent et attaquent mettent les nerfs à rude épreuve, et révèlent la part d'ombre, voire de cruauté, la lâcheté et la mesquinerie de certains, ou au contraire, un courage que personne n'aurait pu soupçonner, et surtout pas l'intéressé d'un autre.Surtout lorsque parmi ces antihéros se trouve un général corrompu venu d'une obscure dictature sud-américaine, à la gâchette facile, et qui fait tout pour continuer à se la couler douce.

C'est grâce indirectement à Jules Verne et à un gamin qui a sauvé " 5 semaines en ballon" que les naufragés vont échafauder un plan de la dernière chance: construire un ballon et s'enfuir par la voie des airs. Tout plutôt que crever de faim et de soif en pleine jungle.
Même s'il n'y a pas officiellement de héros, certains ressortent plus que d'autres: l'acteur en fin de carrière, la prof de math, l'homme d'affaire chinois, le général, le gamin, l'hôtesse de l'air ( ils ont des noms, mais ça n'a aucune importance), surtout dans la postface qui apporte un autre point de vue sur cette histoire. Une postface signée... Largo Winch, oui, le héros récurrent de Van Hamme et Philippe Francq. J'aime beaucoup cette idée, ce croisement entre une histoire indépendante et une série d'un même auteur.
pour voir l'évolution graphique: La brune en petite tenue, c'est là même que sur la planche du haut,dans le prologue. Day est entre temps passé par la BD olé-olé.. et ça se voit! Mais c'est surtout pour la dernière cas que je dis que le dessin a énormément évolué, j'aime cette " prise de vue"

Vingt ans après, paru lui en 1997, soit donc,  20 ans après revient à son tour sur ces événements.
C'est d'ailleurs impressionnant de voir l'évolution du dessin de Dany entre les deux!

Les quelques survivants du crash qui avaient réussi à fuir n'ont pas forcément réussi à oublier. Certains s'en sortent bien: le gamin devenu PDG, l'homme d'affaire chinois devenu représentant de son pays à l'ONU, d'autres ont sombré, dans la dépression ou la drogue. Ou on choisi un autre chemin en s'engageant dans la religion.
On commence par un prologue qui se passe juste quelques mois après Histoire sans héros, ou Maria, la prof de Math et Bob l'aventurier, repartent pour tenter en vain de localiser le dernier survivant qui s'est sacrifié pour permettre aux autres de s'enfuir et est resté dans jungle.
Vingt ans après,  et à des kilomètres de là, à Israël, un événement qu n'a a priori rien à voir va les forcer à faire face à leurs souvenirs traumatisants: une vieille dame qui a survécu au camp de Treblinka vient de reconnaître formellement son tortionnaire sous le déguisement bien sous tous rapport du représentant canadien , d'origine allemande, de l'organisation mondiale de la paix. Problème les documents qui auraient permis de l'identifier formellement on disparu, sauf.. une copie microfilmé que transportait l'un des passagers lors du crash.
Les services secrets vont donc les traquer pour essayer de retrouver dans l'immensité de la jungle l'épave de l'avion.
Sauf que.. L'ancien nazi qui s'est refait une virginité politique est toujours en contact avec une organisation néonazie qui a tout intérêt à faire échouer ces recherches.

Je dois dire que j'ai BEAUCOUP moins aimé cette suite. Le premier tome ne partait pas du tout dans ce sens, la seule note politique était donnée par le général, et la seule évocation d'espionnage tournait autour de lui. Et encore l'espion identifié comme tel dans le 1° tome et celui identifié comme tel dans la suite, sont 2 personnes différentes. A croire que cet avion contenait un certain nombre de gens qui avaient des choses à se reprocher!
Là , il y a trop de choses: le complot, les anciens nazis, les néonazis, les cartels de la drogue, le scénario va a toute allure, se balade d'un bordel de Thaïlande à un village de femmes girafes, avant d'aller à Panama city, puis dans une léproserie au bord de l'Amazone, jusque dans un village indigène du fin fond de la jungle..
Ca fait trop. déjà que je ne suis pas franchement fan de tout ce qui touche à l'espionnage...Donc malgré le dessin plus abouti que ce soit au niveau des personnages ou des décors,  j'ai eu du mal à accrocher.
Je note juste la phrase de Laurent dans la seconde partie, qui me plaît bien car j'adore les méta-références: " pour moi c'est comme si je relisais une vieille bande dessinée un peu oubliée". Je note aussi la référence à Jules Verne d'un côté.. et à Alexandre Dumas de l'autre.

Pour moi, c'est cet excès d'ambition qui est un peu dommage: les thèmes abordés dans le tome 2 n'étaient absolument pas en germe dans le tome 1, qui de fait est resté un one-shot pendant 20 ans. Donc je trouve la suite un peu tirée par les cheveux question scénario, trop pleine à ras-bord de thèmes, et trop rapide, question rythme, ce qui fait tomber à plat les retournements de situations (  j'ai fini par dire à haute voix pendant ma lecture "quoi, encore un traitre ?!Ah non, encore un faux traitre qui se fait passer pour un vrai traitre".. Même au cinéma, ce genre de facilité me gêne). Alors qu'Histoire sans héros jouais sur le côté huis-clos en pleine nature et sur les relations qui se nouent et les tensions qui s'exacerbent entre des personnages de caractère opposé, ce qui me parle plus. En un sens, en passant sur le plan espionnage, le récit perd en originalité.