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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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jeudi 30 décembre 2010

l'Avenir d'une illusion - Sigmund Freud

Il était temps: le plus ancien livre de ma pile, qui attendait depuis 1995 que je me décide enfin à le lire. Acheté à la demande de la prof de philo, puis finalement elle avait abandonné l'idée de nous faire lire Freud au profit de Platon. et depuis, pas franchement envie, un peu peur aussi de me recolleter avec la philosophie, Freud ça inquiète un peu, est-ce que ça ne va pas être trop ardu, trop théorique, trop tiré par les cheveux?

Et finalement, bonne surprise: le texte, n'est pas trop dur à lire, même s'il se contredit parfois, les courts chapitres permettent de fractionner la lecture avant de saturer trop, la structure en est hyper classique ( faux débat avec un faux opposant, on fait comme ça depuis les grecs, la structure n'est pas du tout aussi abrupte que je le craignais.

Et même, chose à laquelle je ne m'attendait pas du tout, il y a de l'humour! Oui! quelques petites vannes subtiles ici ou là, sur le communisme en plein essor ( le texte date de 1927), , sur l'intolérance, ou un peu d'auto dérision vis à vis de la vaine gloire, ou des remarques antisémites qu'il a appris à encaisser depuis belle lurettes- en gros " sifflez, j'm'en fiche!":
" le seul à qui cette publication puisse nuire c'est moi-même. Je m'apprête à entendre les reproches les plus désagréables, on va m'accuser d'être superficiel, d'avoir l'esprit borné, de manquer d'idéalisme et de la compréhension des intérêts les plus élevés de l'humanité. Mais d'une part, ces représentations ne sont pas nouvelles pour moi; d'autre part quand on s'est placé, dès son jeune âge, au dessus de la désapprobation de ses contemporains, en quoi cette désapprobation peut-elle importer lorsqu'on est devenu un vieillard et qu'on est certain d'être bientôt soustrait aux effets de la faveur ou de la défaveur des hommes? Il en était autrement aux siècles passés: de telles allégations vous assuraient l'écourtement de l'existence et vous fournissaient une occasion toute proche de faire des observations personnelles sur la vie future" (p52, j'adore cette dernière pique!)

Donc, de quoi est- il sujet qui puisse attirer ainsi les foudres du bourgeois bien pensant, De religion. J'avoue que j'avais un peu peur d'y trouver les sempiternelles références aux frustrations sexuelles qu'on ressort systématiquement vis-à-vis de freud, mais non, on passe à côté, il a écrit d'autres choses, ouf!
Donc, la religion. Freud nous explique donc que, du point de vue psychologique d'un thérapeute, rien ne distingue la religion d'une névrose obsessionnelle. Mieux, elle est une névrose obsessionnelle façonnée au fil du temps par des générations d'humains, pour calmer leurs angoisses face à une nature hostile contre laquelle il ne peuvent rien, et dont ils ne peuvent pas accepter les lois, la première étant la mort.
Alors oui, on sait,  on va tous mourir, ça n'est pas nouveau tout ça.; Mais rappellons le contexte: 1927: l'Europe sort d'une guerre, les gens sont encore traumatisés, beaucoup sont encore croyants et pratiquants, à l'époque l'opuscule a du faire l'effet d'une vraie bombe. Maintenant encore, il suffit de voir les intégristes pour se dire que finalement de la pratique religieuse à l'obsession, il n'y a qu'un pas.
Donc le problème pour Freud est que le fait religieux ( animiste, puis monothéiste) est une névrose, mais une névrose commune, intégrée , transmise, à tel point que plus un croyant ne se pose de question sur la symbolique des rites, le pourquoi, le à quoi ça sert, le comment ça se fait.  Et donc une névrose d'autant plus difficile à extirper, surtout à une époque et dans un pays , ou l'enseignement religieux fait partie intégrante de l'enseignement tout court.

Rassurez-vous (ou non) vous ne trouverez pas dans ce court texte de réponse définitive au problème religieux. Mais c'est une bonne surprise, une lecture finalement intéressante qui ne découragera pas le croyant pur et dur de croire, mais rassurera un peu l'athée ou le sceptique qui se sent moins seul à se dire que la religion avec ces " fais-ceci, fais pas ça, "est un peu trop infantilisante à son goût.

mardi 28 décembre 2010

La Farce de maistre Pathelin - anonyme

et pour la lettre X du Challenge ABC, un peu de triche ne fait pas de mal.. X donc comme Anonyme (plusieurs auteurs sont avancés: Guillaume Lorris, Jean de Meung, Pierre Blanchet, Antoine de la Salle, Guillaume Alecis le plus probable). Dans le doute l'auteur restera donc X.
Ce qui permet en plus de faire un coup double avec le challenge médiéval.

Et de triche, il est beaucoup question dans ce qui est peut être le texte le plus connu de la littérature médiévale française.

Après les fabliaux la dernière fois, penchons-nous donc un peu sur la farce, pièce de théâtre jouée sur les marché, foires, parvis de bâtiments officiels, et ancêtre direct du théâtre comique à la Molière. L'intrigue est souvent très simple, triviale voire grivoise, la Farce  était souvent représentée dans le cadre d'une fête religieuse, entre deux mystères ( pièces morales à thème religieux, vies de saints...). Il fallait donc trouver quelque chose pour éviter que le public ne parte avant même la fin du mystère de la vie de Saint-Machin, d'où l'autorisation de de "farcir" la représentation d'une pièce plus légère. l'âge d'or de la farce se situe au XIV° siècle, celle de Pathelin date d'environ 1460 ( texte d' incunable de 1486 pour l'édition Larousse). Un texte tardif, donc, et plus développé que le tout-venant souvent des fabliaux transposés pour la scène.

Le thème du texte peut être résumé facilement: " a Voleur,voleur et demi". Une première partie nous présente l'avocat véreux et néammoins sans le sou Pierre Pathelin, parti au marché gruger un marchand drapier tout aussi peu honnête que lui. Le drapier lui laisse emporter six aunes de tissus - au prix largement gonflé- à crédit, il devra venir à la fin du marché se faire payer et en plus offrir un repas gratuit par son client, qui a déjà bien sûr prévu de  le rouler dans la farine.
Deuxième étape: lorsque le drapier arrive, Pathelin et sa femme lui jouent un comédie à leur façon: Il est malade, fou, délirant depuis des semaines et n'a pas pu aller au marché. Le marchand a du rêver. Lorsqu'il comprend qu'il a été joué, il revient, mais Pathelin contrefait cette fois la possession démoniaque. A quoi le drapier finir par se convaincre que c'est le diable lui même qui lui a volé son drap.

On pourrait s'arrêter là, mais coup de théâtre!  Le drapier vient également d'assigner en justice son berger qui lui vole des moutons, et qu'il a pris sur le fait en train de se faire un festin des bêtes qu'il devait garder. Or, le berger vient prendre justement Pathelin comme avocat. Le berger devra se faire passer pour simple d'esprit, et donc, en fonctiond ela justice médiévale: certes coupable, pris sur le fait, mais irresponsable de ses actes, donc non condamnable
Et lors du procès, le drapier ne sait plus ce qu'il doit faire, mélange le vol de tissus et le vol de moutons, et passe à son tour pour fou, est débouté. Pathelin semble avoir joué le drapier une seconde fois, sauf que le plus malin de tous n'est pas l'avocat, mais le berger, qui trouve en sus un moyen imparable de ne pas payer son avocat.
Donc une intrigue passablement complexe pour l'époque,qui brocarde un peu comme dans les fabliaux les bourgeois mesquins, la justice forcément véreuse, l'avarice..(le nombre de références au monde judiciaire laisse d'ailleurs à penser que l'auteur est probablement un clerc qui brocarde son domaine).

  A lire absolument en vieux français pour profiter de la savoureuse langue de l'époque. Assez dure à suivre, il faut le reconnaître: question de rythmique, tout est écrit en octosyllabes, la grammaire est plus que fluctuante. Certains textes plus anciens m'ont parfois paru moins compliqués, du temps où il y avait encore des cas sujets et cas régimes pour s'y retrouver. Tout ça ayant disparu dans la langue de Pathelin, la langue est déjà très libre, on se dit parfois qu'il était temps que le XVI° siècle approchant vienne standardiser un peu tout ça pour plus de clarté, même si on perd un peu en verve.
Très intéressant aussi dans cette édition les notes et commentaires philologiques qui viennent mettre également un peu plus de clarté dans tout ça ( enfin, moi j'aime l'étymologie donc, ça ne me gêne pas de passer du texte au commentaire). en tout cas,  c'est avec un grand plaisir que j'ai découvert la preuve que la Fontaine est un copieur: les flatteries de Pathelin au marché rappellent déjà beaucoup le Corbeau et le renard, la preuve est faite aux vers 438 à 459, où la fable est citée intégralement.. vers 1460, elle était donc déjà connue du peuple, suffisamment pour qu'on y fasse référence sur les marchés dans une pièce populaire.

Promis, après l'humour populaire sous forme de fabliau et le théâtre comique sous forme de fable, on passera à des choses plus héroïques ou plus historiques.

lundi 27 décembre 2010

Le fantôme de Canterville et autres contes - Oscar Wilde

Et voila donc la lettre W de mon challenge ABC, qui aura changé bien des fois. Partie sur l'idée de lire en anglais une pièce de Wilde, il m'a fallu réorienter mon choix faute de temps. Et au moins ce petit recueil cadre aussi avec le challenge 2€, quelle chance.



On y trouve donc 5 nouvelles: Le fantôme de Canterville, le prince Heureux, le Géant Egoiste, l'ami dévoué et Le rossignol et la Rose.

Le fantôme de Canterville, qui est probablement la plus célèbre des cinq est, disons-le de suite, un bijou d'humour absurde. Le fantôme de la vieille propriété de Canterville Chase, qui terrorise lords et duchesses depuis  trois siècles se trouve vendu, en même temps que la propriété, à une famille d'américains bien terre à terre, et qui n'ont aucune intention de se laisser perturber par un fantôme. Toute une première partie est dédiée aux tentatives piteuses du fantôme pour terrifier ses hôtes, à grand coups d'apparitions de tâches de sang indélébile (qui ne tiendra pas longtemps face au Détergent "super nettoy-tout" du fils de la famille) et de grincement sinistres et nocturne de chaînes ( à quoi le père trouve la solution la plus humiliante qui soit pour un digne fantôme: un flacon d'huile pour graisser ces chaînes qui empêchent le monde de dormir).  Les passages ou le fantôme se prépare tel un acteur pour ses meilleurs rôles sont un délice, avec à chaque fois un nom bien théâtral: "Daniel le muet, ou squelette du suicidé", "Martin le maniaque ou le mystère masqué", "Isaac le noir, ou le chasseur des bois de Hogley", "Jonas Sans-Tombe, ou le voleur de cadavres de Chertsey Barn", "le moine vampire, ou le bénédictin exangue".
Et au final, ce sera la fille de la famille, discrète bien élevée, et dans le fond la moins "américaine" de tous, qui trouvera la solution pour sortir le fantôme devenu dépressif de ce mauvais pas, dans une seconde partie plus triste où l'on en vient presque à plaindre le revenant malchanceux.
Le tout émaillé de piques à savoureuses à l'égard des américains, c'est assez jubilatoire.

Le prince Heureux, contrairement à son titre est une histoire particulièrement triste, ou une statue dotée d'une âme et un petit oiseau s'escriment à sauver une ville de la misère, sans que personne ne leur témoigne le moindre intérêt en retour. Une allégorie donc, qui reviendrait à dire que contrairement à ce que l'on pense " un bienfait est toujours perdu". Je l'avais déjà lu dans un recueil en VO, et par contre je n'ai pas tellement accroché à la traduction d'Albert Savine. Idem pour le Géant Egoiste, traduit par la même personne ( qui n'est pas le même traducteur que pour le fantôme). Là encore, le fait de l'avoir déjà lu en VO me gêne un peu, mais de toute façon l'association jeunesse = printemps est un peu facile à mon goût, et la fin tombe dans le réligieux, c'est un peu dommage.

L'ami Dévoué est, comme le prince heureux, une histoire triste: un grand naïf sympathique se fait rouler et exploiter par quelqu'un qui se prétend son ami, et ne se rend compte absolument de rien. Cette histoire d'amitié intéressée est assez ignoble, car, avouons-le, le lecteur lambda reconnaîtra toujours au moins une personne de sa connaissance. en tout cas, ça m'a rappelé pas mal de noms! C'est en tout cas un Wilde Désabusé qui nous parle, lui aussi devait avoir pas mal de gens en tête en écrivant celà, agrémenté de petites vannes contre les critiques et les "conteurs modernes". Plus intéressant donc que le sujet en lui même, c'st tout ce que l'auteur laisse affleurer de son état d'esprit qui m'attire dans ces contes.
Quand au Rossignol et la Rose, on en devine la fin des les premières lignes, peut être le conte le plus cynique et ironique des cinq. Un homme se lamente de n'avoir pas de roses rouges pour offrir à sa belle, qui n'ira danser avec lui que s'il lui en apporte une  - là normalement n'importe quel lecteur sensé se dit que la fille le mène en bateau et trouvera n'importe quel prétexte pour refuser-, mais non l'homme ne voit rien et continue à se lamenter sur son sort pour une fille qu'on devine ingrate. Et l'oiseau qui le prend en pitié ne devine rien non plus...et bien sur l'homme ne fait rien que se lamenter, l'oiseau se démène pour lui fournir une rose rouge.. que la fille refuse: une ingrate, un idiot narcissique et un oiseau naïf, agissant pour un motif ultra-personnel personne n'est épargné cette fois... le parfait négatif du Prince Heureux et de son oiseau, qui oeuvraient pour le bien de tous
.
Je retiens donc Le fantôme pour son humour, le Prince Heureux et le Rossignol ( car ils forment une sorte de dyprique). Les deux autres sont plus anecdotiques, surtout le Géant. Mais c'est toujours un immense plaisir de retrouver l'humour cynique d'Oscar Wilde, qui est quand même l'auteur d'un de mes romans favoris, toutes catégories confondues.

mardi 21 décembre 2010

La pierre et le sabre - Eiji Yoshikawa

abc2010

Après quelques semaines de ralentissement des défis pour cause de santé pas terrible, c'est reparti avec:


En route pour le Japon du XVII° siècle et la lettre Y du Challenge ABC, voici donc "la Pierre et le sabre" de Yoshikawa Eiji.. un pavé (780 pages et ce n'est que le premier volume d'un dyptique!) qui narre les aventures de Takezô et Matahachi, têtes brûlées et mauvais garçons d'un village de campagne du Kansai ( région d'Ôsaka/ Kyoto) qui rêvent de gloire et de brillante carrière militaire dans un pays encore plus ou moins féodal, mais sur le point d'être unifié par le shogun Tokugawa Ieyasu.

Comme il s'agit d'un roman historique, la plupart des personnages et des rebondissements importants sont véridiques et font partie de l'histoire du Japon. Takezô deviendra sous le nom de Musashi le plus célèbre escrimeur du pays, le parangon du samouraï même. Cette première partie narre ses exploits ( assez souvent contestables d'ailleurs) depuis la bataille de Sekigahara (octobre 1600, qui voit la victoire de Tokugawa Ieyasu et son accession au pouvoir) et l'évolution mentale, morale et technique du sauvageon Takezô et sa transformation en véritable kendoka digne de ce nom.
J'ai lu ici et là beaucoup de commentaires qui comparent le roman à "autant en emporte le vent", allez savoir pourquoi, pour moi, c'est plutôt du côté des "trois mousquetaires" qu'il faut lorgner. Et même, question structure, du côté du western. avec Musashi en bon - mauvais côté compris, Matahachi en truand ( un truand un peu minable qui usurpe l'identité d'un samouraï reconnu pour son propre profit), et Sasaki Kojirô en brute fière aux méthodes coercitives et aux motivations encore floues.
La bonne la très bonne surprise, c'est que le roman mi action/mi philosophique ne traîne pas en longueur, la narration est bien maîtrisée en dépit de coups de théâtre un peu faciles - personnages qui se croisent et se recroisent à 500 m près sans jamais se voir), mais comme l'action est bien menée, ça passe bien. Et cerise sur le gâteau, l'auteur délaisse parfois son personnage central au profit des personnages secondaires souvent plus intéressants. Notamment les femmes. Que se soit Ôtsu, la groupie - désolée il n'y a pas d'autre mot!- de Musashi qui bien qu'elle pleure souvent, sait se montrer une femme de caractère, Akemi la malchanceuse exploitée depuis son enfance par sa maquerelle de mère, Yoshino Dayû la geiko symbole d'éducation et de classe, toutes ont leurs petits moments de gloire avec même quelques notations discrètement féministes qui font plaisir. Et surtout, allez savoir pourquoi, j'adore Ôsugi, la veille dame acariâtre qui a décidé de se venger d'un tort imaginaire que lui aurait causé le héros, et le poursuit avec une opiniâtreté souvent comique, n'hésitant pas, à 60 ans passés à provoquer en duel un escrimeur reconnu.

Matahachi le double "raté" du héros est intéressant aussi, peu de choses séparent les deux amis, si ce n'est d'avoir été bien aiguillé en ce qui concerne Musashi, on a souvent la sensation qu'il s'en est fallu de peu pour que les choses soient totalement différentes. La rencontre avec le moine farfelu Takuan et ses leçons très peu orthodoxes, un peu de chance, un peu plus de discipline aussi.

Et, comme il y a un second volume et que pas mal de choses restent en suspens, je crois que j'ai trouvé ma lettre Y pour l'an prochain, ce sera donc du même auteur "la parfaite lumière", j'ai hâte de savoir  ce que vont devenir les héros en partance pour la nouvelle ville d'Edo (Tôkyô), d'en savoir plus sur le mystérieux et fanfaron Sasaki dont l'affrontement inévitable avec Musahi promet beaucoup, de retrouver Takuan l'imprévisible moine, et surtout la vieille rombière Ôsugi qui m'a bien fait rire à ses dépends. Tant de questions en attente de réponses!

et puis cerise sur le gâteau, comme tout le volume se passe dans le Kansai ou j'ai passé quelques jours, c'est un vrai plaisir de voir à quoi ressemblent les lieux auxquels il est fait référence. Alors pour le plaisir:
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A Nara (Livre II: l'eau) La pagode Kofûkji et le Todaiji (plus grand bâtiment en bois du monde qui contient une statue géante du bouddha)
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A Kyoto le Kyomizudera (livre II, mémé Ôsugi provoque Musashi en duel devant ce temple et les badauds médusés)
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Ginkakuji ( temple d'argent, mentionné plusieurs fois dans le livre IV)
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et Gion, le quartier des plaisirs célèbre pour ses geiko, mentionné aussi plusieurs fois. Pas de chances, je ne suis pas allée jusqu'à Osaka ou Himeji, qui sont aussi évoqués au livre I et II.. Trop bête, va falloir que j'y retourne ;)

mercredi 20 octobre 2010

L'assommoir - Emile Zola

Voilà enfin l'auteur qui a motivé le thème de ce challenge ABC. Je n'avais pas encore lu un seul Zola, je n'ai donc pas eu à chercher bien loin pour trouver ma lettre Z. Quand au titre, c'est une descente chez un libraire d'occasion qui a décidé: un volume quasi neuf à 1e, ça ne se refuse pas. D'autant que j'ai quelques Jules Verne dans cette édition déjà, ils iront bien ensemble sur l'étagère " XIX° siècle".

L'édition "petite bibliothèque Lattès", des livres de tout petit format, tout mignons, tout bleus... hélas, j'avais oublié un détail, mais de taille: les coquilles. Nom d'un chien qu'est-ce qu'il y en a! Des lettres qui sautent, ce qui donne parfois quelque chose comme " un con de son fichu", au lieu d'un coin, bien sur.. Ou un personnage qui perd une lettre, Coupeau - un nom pourtant hautement dérisoire-, qui se trouve appelé "Coupeu".. et j'en passe. Ca serait peu important s'il n'y en avait pas autant, ce qui est assez indigne d'un éditeur de cette importance.

Donc l'Assommoir, les aventures - mésaventures plutôt-, de Gervaise, blanchisseuse quittée par son concubin Lantier, qui se marie avec son voisin monsieur Coupeau, un brave homme, couvreur, qui de sobre qu'il est, sombre dans l'alcoolisme, par accident, par hasard, et qui y entraine sa famille. C'est ainsi qu'on le présente en général, un drame social sur l'alcool et ses ravages. Mais c'est bien plus que ça. C'est aussi la peinture d'une humanité qui creuse sa propre tombe, à force d'accoutumance: accoutumance à l'alcool, mais aussi accoutumance à la misère: plus personne ne s'offusque de voir une femme ou un enfant mourir sous les coups d'un parent alcoolique, c'est normal! plus personne ne s'offusque de voir un vieux voisin mourir de faim, c'est normal! On se prend à espérer que Gervaise, l'héroïne qui veut prendre sa vie en main va ruer dans les brancards, mais non, elle se laisse submerger par l'indolence - Zola nous précise régulièrement que sa vraie nature la porte à l'indolence et à la gourmandise. Et si Coupeau boit son patrimoine, Gervaise est aussi coupable que lui: mal vue par la famille, elle laisse son orgueil prendre le pas sur sa raison, et se ruine pour un dîner pantagruélique au lieu de payer ses dettes, à seule fin de faire crever sa belle-soeur de jalousie. Et bien sûr, c'est un mauvais calcul. Le plus rageant dans l'histoire, c'est que le lecteur la voit s'enfoncer dans les dettes à force de mauvais choix, et continuer à s'enfoncer sans sourciller lorsqu'elle a l'occasion de faire changer les choses. Il y a longtemps que je n'avais pas autant pesté contre un héros de bouquin - preuve indéniable chez moi que je suis à fond dans l'histoire. C'est pourquoi j'ai du mal à voir Gervaise entièrement en victime d'un sort qui s'acharne. Elle ne saisit pas les occasions de s'en sortir, aveuglée qu'elle est par le fatalisme. Inversement Coupeau n'est pas non plus entièrement coupable: à la suite d'un accident de travail, il n'a plus le courage de remonter sur un toit risquer sa peau pour un salaire de misère, et devient alcoolique à la suite de ce qui serait maintenant considéré comme une dépression nerveuse, mais qui à l'époque passe pour de la flemme pure et simple. Et la plupart des personnages sont à cette image: pas entièrement blancs ni noirs. Gervaise se fait plumer par Lantier son ex, revenu mettre son nez dans les affaire du ménage coupeau, Virginie la langue de vipère qui se moquer se fait plumer à son tour. La belle-soeur (assez langue de vipère elle aussi), que Gervaise imagine riche et avare trime toute la journée au dernier étage d'un appartement délabré, pour un salaire peu mirobolant. Il n'y a pas grand monde qui soit tout blanc ou tout noirs là dedans, hormis la petite Lalie, la voisine de 8 ans, la seule vraie de vraie victime, battue et laissée mourir de faim par son sadique de père : la fille justifie son père, en plus, n'ayant connu toute sa vie que la violence par " c'est l'alcool qui l'a rendu fou, il n'y est pour rien, on doit tout pardonner aux fous", - alors qu'il devait déjà avoir des penchants sadiques à al base. Et bien sur tout le monde ou presque autour meurt emporté par la cirrhose, sauf lui. Là encore on peut être heureux que les mentalités aient changé! Par contre, ce qui ne change pas, c'est le rapport à l'argent, les gens qui se complaisent dans l'endettement, se laissent écraser, font des dettes pour payer les dettes qui leur serviront à payer leur dettes.. et finalement achètent autre chose. Pour Gervaise, ce sera de la nourriture fine hors de ses moyens, pour le Quidam du XXI° siècle, le dernier objet hi-tech à la mode... . Et sur ce point là, qui n'était peut-être pas le propos principal de Zola à son époque, l'histoire reste très très actuelle.
Un autre sujet secondaire très intéressant est amené par le forgeron Goujet, qui voit évoluer son usine avec la révolution industrielle, et le chômage augmenter par contrecoup: la mécanisation arrive, la production à la chaîne apparait, les usine commencent par baisser les salaires, plus on licencie. La aussi..ce n'est plus la mécanisation qui pose problème, ce sont les délocalisations. Les paroles ont changé, mais la musique est la même. Au final, c'est plutôt tout ce qui tourne autour de l'alcool qui est daté, depuis que les gouvernement on fait des efforts dans le domaine de la santé publique.

 On m'avait prévenue, Zola, c'est ennuyeux, gnagna, des descriptions, gnagna.. (personnellement je ne comprends pas ce que la plupart des gens a contre les descriptions, mais bon..). Et, partie comme ça, je ne m'attendais pas à adorer. Hé oui! Au contraire, j'ai trouvé tout ce là très bien écrit - même si l'argot de l'époque a un peu vieilli, mais sinon, c'est vivant, bien écrit.. Et je retrouve ce que j'ai déjà dit pour Alexandre Dumas (voir sujet sur le Comte De Monte-Cristo): quel talent narratif! Celui que je retrouve d'ailleurs chez pas mal d'auteurs de la même époque: Dumas donc, mais aussi Jules Verne, Balzac, ou Jules Vallès également. Cet art de savoir raconter une histoire, sans perdre le fil, cette manière de donner l'impression de savoir où l'ont va dès les premières lignes, sans pour autant écrire une histoire cousue de fil blanc dont la fin se devine à des kilomètres. Chapeau, rien que pour ça, il mérite l'appréciation maximale!

Une chose est sûre: il y a déjà sur mon étagère un autre Zola qui attend l'occasion d'être lu!

mardi 12 octobre 2010

Phèdre - Jean Racine

Aussi curieux que celà paraisse, je n'avais jamais eu l'occasion de livre Phèdre pendant toute ma scolarité.. Du Molière en pagaille, le Cid de racine, un peu de Shakespeare, mais pas de Racine ( j'ai bien du lire Andromaque, il me semble, il y a quelques années, en dehors du cadre scolaire, mais, sans certitude).
Mes seuls contacts avec Phèdre étaient d'avoir du étudier la Tirade de l'acte I scène 3, hors contexte bien évidemment.
Je ne comprendrais jamais la logique des programmes scolaires, genre " reader's digest", nous avons sélectionné pour vous les meilleurs moments de la littérature classique, vous pouvez briller en société sans vous casser la tête à lire tout le livre..


Bon, je passerai sur le visuel de cette couverture que je trouve moche, absolument moche, cette statue grecque photoshopisée à yeux bleus... bof quoi!

Sinon, La pièce en elle même... bref résumé pour ceux/celles qui comme moi, on lu d'autres auteurs au collège...
Rappel mythologique.
Phèdre, descendante d'une famille à l'histoire plutôt chargée - elle est la fille des souverains de Crête Pasiphaé et Minos, soeur d'Ariane, et demi-soeur du Minotaure, puisque Pasiphaé a trompé son mari avec Poséidon déguisé sous l'aspect d'un taureau, et que le Minotaure est le résultat de cette relation illicite. Poséidon aura, sous son nom latin de Neptune, une importance dans la pièce de Racine. Le Minotaure se nourrit de chair humaine, le roi de Crête entre en guerre contre le roi d'Athènes, et livre en pâture les prisonniers de guerre au monstre, plutôt que ses propres sujets. Thésée, héros athénien qui est également un descendant de Poséidon d'ailleurs, part alors pour la Crête, et tue le Minotaure. Il repart en pour l'Attique avec Ariane qu'il laissera en route dans l'île de Naxos, et Phèdre, qu'il garde comme femme, étant veuf d'Antiope la reine des amazones, avec laquelle il avait eu un fils, Hippolyte.

Voilà ou en est l'histoire, au moment ou commence la pièce: Thésée parti à la guerre est porté disparu, la rumeur prétend qu'il est mort. Et  l'inimitié entre Phèdre et son beau-fils est de notoriété publique, celle-ci l'ayant fait bannir tant elle ne peut supporter sa vue. Or, la réalité est qu'elle est tombée amoureuse de son beau-fils, et a cherché à l'éloigner pour éviter de se mettre en fâcheuse posture, un tel attachement étant considéré comme tabou, incestueux ( même s'il ne sont pas réellement de la même famille). Mais, la situation politique étant instable, Hippolyte revient à la cour, pour avoir des nouvelles de son père. Lorsque Phèdre le revoit, sa passion reprend vigueur, et elle tente de se laisser mourir de faim plutôt que d'affronter la réalité.
La nouvelle de la mort de Thésée arrive alors, Oenone - gouvernante et amie de Phèdre - la ramène à la raison, l'empêche de se suicider. Puisque Thésée n'est plus là, plus de tabou: Phèdre avoue son amour à Hippolyte, qui évidemment tombe des nues, et le prend assez mal. D'autant qu'il est très fier, admire son père pour son héroïsme autant qu'il le méprise pour ses nombreuses conquêtes féminines, et se tient éloigné des femmes en général pour éviter de tomber dans le même travers que son père, et de Phèdre en particulier, puisqu'elle clame partout qu'elle le déteste ( un joli cas de névrose, tiens!)

La dessus, il faut mentionner un autre personnage: Aricie, fille d'un ennemi de Thésée, qu'il retient prisonnière dans son palais, frappée d'ostracisme: interdiction lui est faite de jamais se marier, Thésée espère ainsi faire disparaître sans effusion de sang la dernière survivante des ses ennemis( oui, c'est compliqué cette histoire). Ce qui arrangeait plutôt Aricie, décidée de toute façon à rester célibataire. Sauf que... bien évidemment Aricie tombe amoureuse d'Hippolyte (pour son côté "intraitable" justement, et hop, encore une névrosée), et lui d'elle.Bon, là dessus, je trouve que le fier Hippolyte et la fière Aricie reviennent un peu vite sur leurs principes, mais bon, il n'y a que 5 actes, il faut élaguer)

Or, Thésée que tout le monde croyait mort revient, et trouve son fils embarrassé que sa liaison avec Aricie puisse être découverte, Phèdre embarrassée d'avoir fait un aveu tabou. Oenone pour sauver la mise à Phèdre décide donc de faire croire à Thésée que c'est Hippolyte qui a fait des avances taboues à Phèdre, que c'est pour celà qu'elle le fuit. Thésée attribue l'attitude penaude d'Hippolyte - à cette situation, le chasse et le maudit, laissant le soin à Neptune ( vrai père d'Hippolyte même si Racine n'en parle pas), de le punir. Hippolyte, maudit et déshérité, se préparer alors à s'enfuir avec Aricie. Mais il meurt avant d'avoir pu mettre son projet à exécution, dans un accident de char provoqué par un monstre marin - puisque Neptune punit l'aveuglement de Thésée en réalisant son voeu. Rongées de culpabilité, Oenone et Phèdre se suicident, et Thésée, qui se retrouve tout seul, décide finalement d'adopter Aricie orpheline par sa faute, de manière à corriger un peu le tir.

Etonnamment, j'ai trouvé cette pièce plutôt intéressante, malgré une aversion pour le théâtre rimé ( alexandrins parfaits, deux hémistiches bien régulières à chaque fois, rimes plates.. j'avoue que j'ai beaucoup de mal à ne pas me laisser endormir par ce style, souvent volontiers emphatique en plus). Mais voila, il se passe beaucoup de choses, peut-être un peu trop même pour 5 actes; l'actionne traîne pas en longueur. les personnages sont tous plus ou moins névrosés, il y aurait beaucoup à dire là dessus si on voulait attaquer une analyse psychologique. Surtout Oenone d'ailleurs, manipulatrice, personnage qui agit, tandis que Phèdre est plutôt passive, se laisse mener par les événements, quitte à regretter. Elle passe son temps à fuir, plutôt que d'affronter ses problèmes: fuite devant Hippolyte, en se laissant mourir de faim, fuite devant Thésée en refusant de se monter, et fuite devant tout au final en se suicidant.
Mais voilà au final, je ne dirais pas que ça m'a énormément plu, sur ce genre de sujet, je préfère directement le théâtre grec ou latin, au moins on évite les fioritures langagières dans les traductions. Cependant, c'est une assez bonne surprise, vu que je pensais ne pas aimer du tout. Peut-être qu'en la voyant sur scène, j'aurais un avis différent encore.

Un lecture du challenge ABC et aussi du Challenge 2€


2/25





samedi 4 septembre 2010

La Mort en été - Yukio Mishima

Difficile de résumer globalement un recueil de nouvelles, par essence disparates. Certes des thèmes communs surnagent, la mort, le renoncement, la superstition, l’opposition entre le Japon traditionnel – et les traditions féodales, et la modernité qui menace de submerger ces traditions, le tout lié par un pessimisme presque total.
La Mort en été, donc, narre la dépression d’une mère de famille suite à la mort de deux de ses enfants et de sa belle sœur, et son lent retour la vie. La fin étant plutôt ouverte, on peut assez facilement la voir en négatif, comme en positif, je pencherai plutôt pour cette seconde option, au vu du cheminement intérieur de l’héroïne : la tristesse est toujours là, mais il faut l’accepter, prendre sur soi, et surtout, comme l’exige la bienséance à la japonaise. Pas très joyeux, mais cependant, une lueur d’espoir.
3 millions de Yens, m’a rappelé de loin l’ambiance des Choses de Perec, dans sa peinture d’un couple pour qui l’argent et le bien être matériel sont une obsession. De loin seulement, car là où les héros des choses sont dépensiers, les protagonistes de 3 millions sont parcimonieux à l’extrême, chipotent sur le moindre yen, et acceptent l’humiliation des riches pour amasser de l’argent ( on ne saura pas au final, de quelle nature exactement est cette humiliation, au lecteur d’imaginer).
Les bouteilles thermos. Une nouvelle qui ne m’a pas marquée plus que ça, un japonais expatrié aux Usa retrouve par hasard une ancienne maîtresse et sa fille, se rappelle temps passé avec elle, avant de rentrer au pays retrouver son épouse, soumise comme il se doit. Pas très palpitant, la faute à une narration peu fluide. C’est celle, avec l’histoire du prêtre de Shiga et les sept ponts, qui accuse le plus le coup de la double traduction ( du Japonais à l’anglais, de l’anglais au français, à la demande expresse de Mishima. ). On sent qu’on passe à côté de quelque chose, et c’est dommage.
Le prêtre du temple de Shiga, la nouvelle suivante donc, pâtit aussi d’une narration alourdie par la traduction. La conception bouddhiste de l’autre monde est intéressante, le parallèle entre les 2 personnages, obsédés par la perte de la pureté et donc du droit à accéder au Pays Pur, n’est pas sans intérêt non plus, mais c’est un petit peu long.
Patriotisme : A coup sûr, LA nouvelle choc du recueil. Les dernières heures, ressenties de l’intérieur, d’un militaire et de sa femme qui ont décidé de se suicider pour raison politique. A l’érotisme de la scène précédente succède la description par le menu du rituel de Seppuku ( et son équivalent pour la femme, consistant à couper la carotide avec un poignard, le nom de Jigai n’est jamais mentionné, le seppuku proprement dit étant un suicide très ritualisé réservé aux hommes). Nouvelle d’autant plus perturbante si on sait qu’elle a été adaptée au cinéma avec Mishima lui-même dans le rôle du lieutenant suicidaire. Et d’autant plus impossible à lire de nos jours sans penser que l’auteur mettait déjà en scène son propre suicide par Seppuku quelques années plus tard.
Dojoji et Onnagata, les deux textes suivants, sont intéressants dans le sens où ils explorent les deux facettes du théâtre japonais traditionnel, qui tente de perdurer à l’époque contemporaine.
Dojoji, une saynète absurde qui met en scène la vente aux enchères d’une énorme armoire interrompue par l’irruption d’une femme assez dérangée, est intrigante. Elle ne m’avait pas emballée, jusqu’à ce que je fasse des recherches sur ce titre bizarre . En fait il s’agit de la ré-interprétation par Mishima d’un sujet classique de théâtre Nô : Une femme poursuit de ses assiduités un moine du temple Dojoji, qui se retrouve coincé sous une cloche de bronze. La femme s’avère être une sorcière, qui se changeant en dragon, cuit le pauvre moine à l’étouffée sous sa cloche. Sachant cela, j’ai pu a apprécier l’ironie du détournement, en tout cas, ça m’a donné envie d’en savoir plus sur le Nô.
L’onnagata donne a voir de l’intérieur, la préparation d’une pièce de Kabuki, l’autre forme du théâtre japonais. Le héros tombe amoureux sans s’en rendre compte d’un onnagata, à savoir l’acteur spécialisé dans les rôles féminins (là aussi quelques recherches rendent la chose plus intéressante : le Kabuki était à l’origine un théâtre de femmes, des femmes travesties jouant les rôles masculins, mais, suite à un décret, les femmes en ont été évincées, et comme dans le théâtre grec, certains acteurs hommes se sont donc spécialisés dans les rôles travestis). Au passage, la nouvelle permet de mieux cerner peut-être une des raisons du mal être de l’auteur, difficile à assumer dans le Japon des années 50/60.
Les langes, comme les sept ponts, n’a rien de particulier, trop court pour vraiment intéresser.
La Perle, chose surprenante , est une nouvelle plutôt drôle : une dame de la bonne société invite d’autres dames de la bonne société à son anniversaire. La perle de sa bague se détache te disparaît, ce qui va amener peu a peu toutes ces dames à se soupçonner mutuellement : l’une d’entre elle l’à-t-elle mangée par mégarde en la prenant pour une décoration du gâteau, ou pire : Y aurait-il une voleuse parmi elles ? La bonne société, ses codes et ses principes sont passées à la moulinette avec un humour inattendu au milieu de tous ces textes sombres, et ça fait du bien.
joecool
Donc, globalement un avis positif, j’en retiens surtout les 2 textes sur le théâtre, pour m’avoir donné envie d’en savoir plus, Patriotisme, pour son côté choc et sans fard, et la Perle, pour son humour.
Pour les curieux:
Un dossier clair sur le nô:
Pour en savoir plus sur le kabuki
le Seppuku  (sans images gores, rassurez-vous!)

Et une lecture commune pour le challenge ABC et le challenge In the mood for Japan 


Ubu Roi - Alfred Jarry


Pour cette lettre J, j'ai décidé, soyons fous, d'inaugurer un nouveau support: l'E-book. Je n'avais pas encore essayé, mais bon, pourquoi pas. Ubu est donc disponible, libre de droit (car plus ancien que les 100 ans fatidiques) ici, au format PDF.

Sur le format d'abord. Bien sûr il y a l'énorme avantage de ne pas prendre de place, et donc de ne pas venir s'empiler sur une pauvre étagère déjà surchargée. Et Bien sûr, il y a aussi l'énorme inconvénient de devoir avoir son ordi sous la main pour le lire - ne parlons pas des visionneurs d'E-Books, au prix par trop prohibitif encore pour l'instant. Le format PDF n'est pas trop pénible à lire si on ne passe pas des heures et des heures d'affilée dessus, la lecture reste aisée, moins fatigante que ce que je craignais. Donc, ça sera un oui pour moi, mais seulement pour les ouvrages que je ne tiens pas absolument à rajouter dans ma collection, que je n'ai aps le temps d'aller chercher à la médiathèque, qui sont tout le temps sortis ou indisponibles, et assez courts surtout.

Donc Ubu. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en fait. Le personnage est connu, on y fait souvent référence, on en vante l'absurde et la dérision mais je ne savais pas trop de quoi ça parlait au juste. Et finalement c'est une bonne surprise, notamment parce qu'il s'agit d'un détournement parodique de Macbeth, que j'ai également cette année au programme de l'ABC. Et, en ayant lu d'abord Macbeth, par chance, j'ai pu apprécier la parodie qu'en donne Jarry.
Evidemment, c'est un peu étonnent, les deux premiers actes laissent un peu perplexe, le Troisième démarre très fort, lorsqu'Ubu, despote idiot, pingre, sûr de lui, et prétentieux commence son " train de réformes" à son propre profit, secondé par sa mégère de femme. A ce moment là, la critique de la démagogie ( donner de l'argent par-ci par-là pour gagner la confiance du peuple), de la haute finance ( récupérer un maximum de sous par ailleurs en spoliant un maximum de gens) et de la législation ( promulguer finalement des lois pour se mettre à l'abri) est bien vu. Ca reste assez proche de ce qui se passe encore ici où là sur ce globe. Ubu devenu roi décide que puisqu'il a le trône, il n'est plus question de séparation des pouvoir: le juridique, le judiciaire, l'exécutif.. l'Etat, c'est lui. Ajoutons à tout ça qu'il a quand même une chance hors du commun qui lui permet systématiquement d'échapper aux situations périlleuses où le met régulièrement sa bêtise et son incroyable couardise. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de fanfaronner même lorsqu'il s'est rendu ridicule( Ubu dans une grotte avec ses sbires, attaqués par un ours, se mettra hors de danger laissant les autres se dépêtrer avec la bête, et prétendra quand même avoir tour fait, car c'est grâce à lui bien sûr que l'animal à été tué. Hé oui, car il a prié Dieu avec ferveur, et ça a d'autant mieux réussi, qu'il est monté tout en haut d'un rocher pour que ses prières aillent plus vite!)
Poltron, goinfre, malhonnête, pingre, prétentieux, abruti, ne retenant rien de ses échecs.. le portrait du politicard sans cervelle de base. Autant dire que son coup d'état miteux ne durera que quelques jours, car il réussi par ses réformes fiscales à se rentre impopulaire en moins de 48h.


Une bonne surprise donc que cette courte pièce, une vision de la politique totalement désabusée et cynique, mais qui fait mouche. Après le style, très oral, est particulier, les créations lexicales foisonnent. "De par ma chandelle verte" et " cornegidouille" sont les jurons fétiches d'Ubu à ce propos. On accroche ou pas.

En tout cas, ça annonce déjà dès la fin du XIX° le théâtre de Ionesco. Replacée dans son époque, on devine que la pièce n'a pas été très bien accueillie. De nos jours, c'est bien évidemment moins étonnant, les surréalistes et le théâtre de l'absurde sont passés par là, mais la critique politique reste savoureuse. Par contre il faut préciser que la première représentation s'est faite en théâtre de marionnettes. Et d'ailleurs, ça semble convenir tout à fait, on a du mal à se l'imaginer jouée par ces acteurs en chair et en os. Le côté " pantin" cadre en fait tellement bien avec l'idée même du fantoche politique que je le vois difficilement autrement ( ou alors si: dessin animé, papier découpé, théâtre d'ombres, etc..) mais pas en représentation "réelle"

Une lecture dans le cadre du challenge ABC!

mercredi 25 août 2010

L'ami Fritz - Erckmann-Chatrian

C'est parti pour la Lettre E!

fritz
(oui, une vieille édition, trouvé pour trois fois rien encore une fois lors du désherbage annuel de la médiathèque)
en voila un qui reviens de loin, et pour cause, il a été sélectionné uniquement parce qu'il me fallait un classique pour la lettre E. Car à la base je ne suis pas fan du tout de littérature "folklorique", mais bon, je me souviens en avoir vu une adaptation télé qui ne m'avait pas déplu il y a quelques années, avec Jean-Philippe Ecoffey dans le rôle titre, si je me souviens bien. Mais de là à me rappeler de ce qui se passait, c'est une autre paire de manches. Dans mon souvenir, il était surtout question de la vie au quotidien dans une petite ville d'Alsace au XIX° siècle, sur fond de rivalité franco-prussienne, autour d'une bande de joyeux lurons, sommés par les circonstances de renoncer plus ou moins à leur insouciante.

Snoopyperplexe
Aie Aïe Aïe! Autant le dire de suite, le film que j'avais vu prenait de grandes libertés avec le roman. Et je suis tentée de rajouter " heureusement. car il faut bien l'avouer, le roman évoque à peine le cadre politique, et sorti de là, hé bien, il ne reste plus grand chose. Une histoire d'amour assez bêtasse entre un vieux garçon noceur de 36 ans et une gamine de la campagne que pourrait être sa fille.
Bon, a priori, le personnage clef est sympathique, célibataire convaincu, insouciant fêtard qui trouve son bonheur quotidien entre parties de cartes à la taverne et constitution d'une cave à faire pâlir d'envie tous les autres noceurs de la ville. Mais patatras! Le scénario se mêle de prouver par A + B que le héros a tort, que l'amour c'est le centre de tout, qu'il doit vite fait bien fait se caser. Oui bon pourquoi pas. encore que...

Mais d'une part, le sympathique héros, dès qu'il tombe amoureux, se transforme quasi instantanément en grande nouille sentimentale qui ne vit plus que pour sa dulcinée, ne pense plus qu'à elle, ne voit plus rien d'autre... ce qui limite beaucoup l'interêt du Roman.
D'autre part le personnage féminin,est .. on va être gentille, un énorme tas de clichés assez navrants. Forcément jolie, forcément gentille, forcément timide comme doit l'être une fille des années 1860, forcément travailleuse comme doit l'être une épouse modèle,  forcément propre avec des dents forcément blanches étincelantes, et qui sans l'avoir jamais apprise danse forcément la valse comme une vraie mondaine ( signalons au passage qu'il s'agit d'une campagnarde qui trime à la ferme du matin au soir, du coup la crédibilité est réduite à néant). Bref un personnage totalement  irréaliste qui fait tâche dans le reste du roman, qui essaye de garder un côté naturaliste dans les descriptions de promenades à la campagne, de parties de quilles entre amis, de fêtes de villages.. Et l'histoire d'amour en parait d'autant plus artificielle, comme un fil conducteur sans grand intérêt pour lier ensemble une succession de tableaux qui eux ne sont pas dénués d'intérêt - la collecte d'impôt dans un village misérable du fin fond de la montagne, ou les villageois préfèrent se cotiser pour acheter un manteau d'or à la statue du saint local plutôt que de payer leur impôts. Il y avait là pourtant des pistes intéressantes, mais pas très bien exploitées, avec souvent des dialogues un peu trop grandiloquents.

Dommage, parce que je note quand même quelques points qui m'ont plu: c'est assez bien écrit, surtout les descriptions de situations ou de paysages, à vous donner des envies de vacances à la campagne. Les scènes folkloriques genre " une fête de village en 1860" sont très visuelles, on imagine très bien quelques tableaux dans le goût impressionniste. le héros sans préjugés qui fraye avec les bohémiens ou le vieux rabbin du quartier juif au mépris du qu'en-dira-t-on, c'était une bonne idée aussi. Oui mais voila, tout centrer sur une histoire d'amour un peu ridicule avec un personnage féminin aussi cliché "bobonne" que le héros est non-conformiste, ce n'était pas une bonne idée.

Donc oui, effectivement, le scénario du film a eu l'idée maline de renforcer le contexte historique qui passe un peu à la trappe dans le roman, car dans le fond, il n'y a pas grand chose d'autre à en tirer.
A part une célébrité relative pour la région où se situe l'action du roman, qui organise régulièrement la fête de l'ami Fritz, probable prétexte à déguster des cochonnailles à l'instar des ripailleurs du livre, ce qui n'est déjà pas si mal.
Mais au final, non, il ne me laissera pas un souvenir impérissable, si ce n'est d'une bonne idée mal menée.


Une lecture du challenge ABC!

vendredi 30 juillet 2010

1984- George Orwell

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Et on continue avec un monument de la science fiction et de la littérature tout court, j’ai nommé 1984 d’Orwell, qui trouve donc sa place à la fois dans le challenge ABC et le défi SF.
SF
D’ailleurs, je pourrais également envisager de le faire rendre dans une catégorie «  seconde chance », j’avais déjà essayé de le lire il y a quelques années sans arriver à le finir. Et, je dois avouer que j’ai cette fois encore calé à peu près au même endroit, je n’arrivais plus a avancer, à peu près au début de la seconde partie à partir du moment ou Winston le héros entame sa liaison à hauts risques avec Julia. Les deux fois, j’ai eu du mal à avancer, mais cette fois, je me suis obligée à continuer et grand bien m’en a pris.

En effet, je comprends mieux pourquoi je coince à cet endroit :la première partie, qui présente le héros, sa société, l’impasse dans laquelle il se trouve est un peu lente, mais intéressante, puisqu’il s’agit de mettre en place le cadre. La seconde partie me parait longue justement parce que le lecteur se retrouve exactement dans la situation du héros : dans l’expectative d’une chose ( en l’occurrence l’arrestation), qui doit venir, dont on sait pertinemment qu’elle doit venir , mais qui tarde, qui tarde. Et on se prend en pleine figure cet univers poisseux où aucune échappatoire n’est possible. D’où rejet, et tentation d’échapper en reposant le livre. En tout cas, c’est l’impression que j’ai eu. D’autre part, je lui reproche un côté un peu daté, on voit très très clairement à quoi il est fait allusion, Big Brother et sa grosse moustache, la délation les camps de petits espions, le marché noir – tout ça est trop précis, pas assez général à mon goût pour être toujours vraiment d’actualité, enfin, en Europe du moins. Là, j’ai quand même envie d’ajouter «  et c’est tant mieux ! ». Mais sur ce point là, je trouve que, de mémoire, « Le meilleur des mondes », son éternel rival en matière de dystopie, a beaucoup mieux passé le cap des ans, avec sa société consumériste, ses loisirs calibrés et ses pilules euphorisantes, on en est pas loin actuellement.
Arrivée là, à mi chemin, je me demandais encore pourquoi un livre somme toute assez daté, lent et où il ne se passe pas grand-chose avait acquis ce statut de culte, en me disant que sans doute la fin devait être énorme.

ET LA, CEUX QUI VEULENT LE LIRE SONT PRIES DE REGARDER AILLEURS OU ALORS A VOS RISQUES ET PÉRILS, VOUS AVEZ ÉTÉS PRÉVENUS !
Impossible d’éviter le spoil, même en tournant autour du pot et en essayent d’en dire le moins possible.

Et bon dieu, quelle fin ! Mais quelle fin ! Il y a longtemps que je n’avais pas lu une fin aussi terrible. Bien amenée, logique, mais, sans trop parler de l’intrigue, la plus épouvantable et désespérante possible. Et pourtant, en effet, une telle fin justifie amplement le statut de culte du livre. L’action décolle vraiment dans cette 3° partie – sans bouger pourtant- on ne peut plus lâcher le livre avant de savoir comment les choses vont tourner, entre Winston et son euh.. bourreau ? instructeur ? en tout cas les répliques de ce dernier sont glaçantes au possible, à tel point que les passages de violence réelle sont presque un soulagement (ça m’a un peu rappelé, bien que je ne l’ai pas vu depuis longtemps, Orange Mécanique, pour le côté humiliations érigées en moyen de pression et violence encadrée par l’état pour maintenir les déviants à l’état de moutons bien dociles)

C’EST FINI, VOUS POUVEZ REVENIR !

Après, il y a une chose en particulier que je trouve très très très intéressante, en tant que passionnée de linguistique, c’est la réflexion sur l’utilisation du langage comme instrument de la pensée politique ( avec l’addendum sur le Novlangue)
snoopycontent

Donc, bref, au final, un avis positif, bien que je rame toujours au même endroit, je mets un 10/10 à la fin, malgré le côté daté qui me gêne un peu aux entournures ( maintenant, après être tombée par hasard sur le website francophone du syndicat d’initiatives de Corée du nord* –jamais je n’aurais cru possible qu’il y en ait un , et en français en plus -, j’en suis restée baba : c’est vraiment le même blabla que celui des télécrans d’Orwell, quasiment à la virgule près ! Daté, donc, sauf dans certaines parties du monde)

* Le site de la Corée du nord, édifiant, et qu’on ne peut pas voir :
sans frémir après avoir lu 1984 ( et sûrement avant de l’avoir lu  aussi, remarquez !)

  •  pour les curieux on y trouve de charmants gifs animés, un poing qui écrase la maison blanche, un drapeau US que l’on fait brûler, des petits chars et lance roquette à mettre sur son téléphone portable,
  • Des Phrases que ne je ne peux m’empêcher de citer pour exemple :« Sous  la sage direction de Kim Jong Il l’art Juche de Corée est en plein      épanouissement suscitant ainsi une grande répercussion chez les peuples du monde. »
  •  Ou encore :« Notre bonheur d’aujourd’hui, nous le devons au Président Kim Il Sung qui a libéré le pays et a mené une politique tout à fait      populaire, et au Dirigeant Kim Jong Il,continuateur de l’œuvre de Kim Il Sung,qui pratique à son tour une politique pour le peuple. Nous vivons sous un régime authentiquement bienfaisant. »
Je vous jure que je n’invente rien, c’est du pur copié-collé, pour les curieux qui voudraient vérifier, c’est par là : http://www.kcckp.net/fr/index.php
donc finalement quand même encore un peu d'actualité.

Tout ça me donne une furieuse envie de relire Le meilleur des mondes, pour faire une petite analyse comparée, comme au bon vieux temps de la fac