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samedi 21 février 2026

A Jazzman's blues (film 2022)

 3e film, et après le très théâtral Ma Rainey, et l'excellent documentaire, c'est.. une mini déception.

Une assez classique histoire d'amour "interdite", d'obsession sentimentale .. et je suis assez opaque à ce genre de sujet.



Tout commence lorsque , dans un bled paumé du fin fond des états unis, dans les années 1980 une vieille dame noire entend un politicien local en campagne débiter des sornettes racistes à la télé. L'homme est un sudiste convaincu, le genre à faire du rocking-chair sur sa véranda ornée d'un drapeau sudiste.
La vieille dame fait donc l'assaut de son bureau, ne partira que lorsqu'il l'aura reçue. En vertu de quoi, se demande le politicien? La dame lui sort un paquet de vieilles lettres, argumentant quelle contiennent la preuve qu'un homicide a été commis 50 ans plus tôt. Et bien, c'est à la police qu'il faut les remettre, non? Non, il doit les lire lui, elles sont adressées à une certaine Leanne Harper qu'il connaît bien, puisque c'est le nom de sa mère.

Ce qu'il fait, découvrant ainsi l'histoire de deux personnes. 

Horace Boyd,  surnommé Bayou, un jeune homme délicat et sensible, fils d'une chanteuse amatrice de blues et d'un trompettiste amateur également. Bayou est adoré par sa mère, mais méprisé et raillé par son père: il chante très bien mais est nul en trompette, au contraire de Willie, son frère, le réussi de la famille, doué en trompette... Horace déteste son prénom et insiste pour qu'on l'appelle par son surnom. Vu sa famille dysfonctionnelle et sa catégorie sociale ( noir américain de la cambrousse profonde) il ne sait pas lire et, là encore est raillé par le paternel: Willie a appris à lire, Willie est doué, tu es bête. Et Willie bien sûr en profite pour mépriser aussi son petit frère.

Et Leanne Harper, qui vit assez isolée, élevée dans une famille extrêmement stricte qui lui interdit de se mêler au menu fretin des villageois. Ceux-ci ont du mal à supporter cette fille assez antipathique, qui les regarde de haut lorsqu'elle va lire seule près de la rivière. Elle est surnommée Bucket, telle un seau délaissé par sa mère qui l'a confiée à la garde d'un grand-père particulièrement revêche, et déteste ce surnom qui lui rappelle à quel point personne ne veut d'elle.

Et pourtant un jour elle s'arrête attire par la musique d'une fête et est témoin d'une scène d'humiliation publique, où Bayou est une fois de plus critiqué ouvertement par son père pour ne pas savoir jouer de trompette. Leanne prend immédiatement ce garçon en sympathie puisqu'ils sont tous les deux isolés et victime de leur famille. Et tous deux vont devenir amis, malgré l'opposition de la famille de la fille, se donnant rendez-vous lorsque le grand-père de Leanne dort. elle s'est donné pour mission, nuit après nuit de lui apprendre à lire, ce qu'il arrive à faire.
Evidemment on sait ce qui va se passer, coup de foudre, alors que l'un des deux est coincé par sa famille. Lorsque le grand-père l'apprend, il rappelle la mère démissionnaire pour qu'elle vienne cherche sa fille avant quelle ne tourne mal, en frayant avec les péquenauds. La mère tout aussi irascible que son père décide donc d'un coup d'emmener sa fille ( en fait, plus une tirelire sur pattes qu'un seau) pour qui elle d'autres ambitions.

Mais quel est le problème? Ben le problème c'est que Bayou a hérité du teint très sombre de son père, quand Leanne, métisse au teint très pâle comme sa famille, peut passer pour blanche et prétendre, une fois défrisée, à des études, un avenir dans la bonne société, et un mariage avec un riche blanc ignorant son ascendance noire. Et c'est très exactement l'ambition de la mère: en faire une parfaire femme du monde, et la marier avec un riche propriétaire blanc et vivre toutes les deux dans l'opulence aux crochets de sa future belle-famille. Ce qui n'est pas compatible avec un galant noir, surtout si on veut se faire passer pour ayant un pédigrée. que Leanne ne soit pas trop d'accord avec cette manipulation n'a aucune importance, elle doit obtempérer pour le porte monnaie de sa sangsue de mère.

Quelques années après, Leanne et sa mère reviennent dans la région, où entretemps, le paternel de Bayou calanché, Willie parti faire carrière et surtout abuser de la schnouff à Chicago, Maman et fiston ont ouvert un juke joint où il chantent. Et comme par hasard Leanne a été mariée au frère du très blanc et très raciste sheriff local, pour le compte du quel une amie de Bayou travaille comme bonniche. Une femme qui connait bien Mistress Leanne, enfin, Miss Bucket. Et là, c'est la succession de situations too much pour moi.

Déjà si tu veux garder l'identité de ta fille secrète, c'est stupide de la marier avec un mec de la ville à côté de laquelle elle a grandi, bien sûr que quelqu'un va la reconnaître et finir par vendre la mèche. Déjà c'est un très mauvais plan, peu crédible pour une mère censée être suprêmement calculatrice.

Ou bien sûr, qu'elle retrouve son amour de jeunesse qu'il a quitté sans une explication, et veuille à tout prix renouer avec lui. Evidemment, Leanne qui a très peu de jugeotte et bien qu'avertie du danger pour lui, insiste, et.. les deux se font pincer par la mère qui les balance à son beau frère " y'a ce noir, là, Bayou, il a sifflé ma fille, faut au moins le lyncher" ( oui, c'est e qu'on appelle une grosse, une très grosse ordure, cliché n°1). 
Ha ben non, ce que la mère ignore, c'est qu'ils ont fait autre chose, et vla-t-y pas que Leanne est enceinte, d'un enfant qui risque d'être un peu trop foncé et de provoquer sa chute sociale, voire, très concrètement, sa noyade " accidentelle" par un mari qui déjà la menace de la tuer si elle veut retourner vivre en ville, loin de la ville où il a des ambitions électorales," tu comprends chérie, pour être maire, je dois avoir une poti.. euh, une femme qui fait l'envie de tous avec son joli teint clair. Si tu pars vivre en ville, on se foutra de moi et je ne serais pas élu. Alors que bon si je suis veuf parce que, disons, tu t'es noyée en allant te baigner à la rivière, on me prendra en pitié"

Donc évidemment, Bayou doit prendre la fuite avec son frère repassé par là flanqué d'un producteur juif européen qui a fui l'Allemagne nazie (on est maintenant dans les années 1940, donc couche de clichés numéro 2: moi aussi, je sais ce que c'est d'être séparé de ses proches, et de devoir partir pour rester en vie.
 
En fait, cliché n°3, le producteur a repéré le talent pour le chant de Bayou, et son potentiel de vedette, alors qu'il a promis de s'occuper de la carrière de Willie. Lequel évidemment va crever de jalousie du succès de son frère, qui le relègue au second plan ( sans prendre en compte que ce qui fait sa disgrâce, c'est surtout sa dépendance à la piquouze, il est monté en gamme au fil de film. Frère Junkie, la drogue c'est mal ( cliché 4). Et donc lorsqu'ils vont retourner faire un petit concert chez leur mère pour attirer les clients qui désertent, c'est Willie qui va aller balancer Bayou au sheriff, trop content de pincer celui qui lui a échappé.

Ah, entretemps le gosse est né, bien pâle comme sa mère. Et qui est devenu cet enfant?
Ho ben ça alors, on ne le voyait tellement pas venir, c'est le politicien sudiste raciste du début, fils d'un noir très noir et d'une noire très pâle, à qui sa grand-mère qui a gardé les lettres que Bayou a écrite à Leanne, mais qui sont toutes retournées à l'envoyeur, sans jamais le dire à son fils ( alors que bon, ça aurait pu être un moyen de calmer son obsession: pleure un bon coup, tu as 18 ans, elle est partie, ça ne sert à rien d'écrire à tous les Harper de Boston en espérant qu'elle te réponde, regarde rous les courrier sont revenus " inconnue à cette adresse")

Après il y a des choses intéressantes, notamment sur le fait que le racisme cause la perte d'estime de soi. Si le père de Bayou le déteste, c'est parce qu'il a le teint aussi sombre que lui, et que son fils lui renvoie cette image de lui-même. S'il adule Willie, c'est parce lui a le teint plus clair et pourrait passer pour métis ou mexicain facilement, ce qui est un peu mieux.
Si la famille de Leanne est aussi hautaine , c'est parce qu'ils se sentent plus blancs que leurs voisins. elle même finit par essayer de se "blanchir" à ses propres yeux, en se montrant odieuse avec son ancienne voisine (qui lui rappelle d'une grande claque bien méritée qu'elle est et restera "Bucket" la péquenaude métisse même déguisée en femme du monde), mais sur laquelle elle compte quand même pour la couvrir lorsqu'elle commence à faire connerie sur connerie.

La collaboration entre émigrés juifs et noirs partis tenter leur chance dans le nord est un fait parfaitement attesté ( même s'il aurait pu être plus subtilement amené), l'abus de drogue dans le milieu du jazz aussi.
La dernière séquence en suspens aussi est intéressante: un politicien raciste qui a fait toute sa campagne à grand coup de drapeaux sudistes vient de découvrir qu'il est le fils d'un noir et d'une métisse, comment va-t-il pouvoir gérer cette révélation qui fait s'écrouler ses convictions.

Mais voilà, sans que ce soit un mauvais film, il n'est pas ouf narrativement, trop appuyé, trop démonstratif, avec trop d'invraisemblances, trop de " tout à fait par hasard", trop de Roméo et Juliette + Cain et Abel.
Et puis je n'aime pas quand les personnages sont cons comme des manches. L'obsession permanente de Bayou pour Léanne parce qu'ils se sont roulé un palot à 17 ans, est assommante et même adulte, il a la maturité émotionnelle d'un enfant de 10 ans. 

Et elle est un personnage dans le fond aussi détestable que sa mère: encore plus immature que lui, elle n'agit qu'à son bon vouloir, manipule les gens tout en prétendant faire le contraire, n'assume jamais les conséquence de ses actes, renvoie la faute sur les autres. Ce genre de personnage de femme-enfant qu'on est supposés trouver je ne sais pas... mignonne? attendrissante? Alors qu'elle est parfaitement insupportable et tête-à-claques. 
Donc c'est mal parti quand les deux personnages centraux sont un homme gentil mais couillon et manipulable, et une femme minaudante et manipulatrice. Ca peut donner quelque chose d'intéressant à condition de ne pas avoir une narration qui parte en tout sens et en fasse trop.

De fait, je crois bien que je n'ai apprécié que Hattie, la mère de Bayou, et Citsy, la voisine, qui sont plus intéressantes et dont les rôles sont mieux joués. Ira, le producteur juif passe aussi pas trop mal. Mais les autres, disons que à la fois au niveau des personnages et des acteurs, c'est pas fou-fou.
Peut être que ça serait mieux passé de ce point de vu si je l'avais regardé avant Ma Rainey, superbement interprété, là... j'ai trouvé le temps long et les acteurs pour la plupart, pas super convaincants.

Et les séquences musicales, si elles ne sont pas mauvaises musicalement à défaut d'être originales ont pour mois un défaut rédhibitoire: la qualité de son trop léchée, trop parfaite, une prise de son digne du XXIe siècle quand on est supposés enregistrer à l'arraché dans un club, chanter sans amplification. Le son amplifié est trop évident , et je vois tellement que les acteurs font du playback sur des chansons enregistrées en studio. C'est vraiment un truc qui a contribué à me faire sortir de l'histoire.

Un film qui pêche à mon sens par sa volonté de vouloir aborder trop de sujets à la fois, d'appuyer trop son propos, de manquer de subtilité dans son message, et d'avoir des personnages centraux casse-burettes au possible.

mercredi 15 octobre 2025

Falling like leaves - Misty Wilson

 Tiens et si j'ajoutais à mon programme une lecture d'automne pas halloweenesque? Une cosy lecture, sans grande prétention.

En fait en cherchant quelque chose au travail, pour renseigner un lecteur, je suis tombée sur une liste de lectures automnales, et la couverture de celui-ci m'a paru sympa: feuilles, café, deux amis qui discutent dans une ambiance automnale, écharpes, (quoique le gars est plutôt légèrement vêtu pour un automne en montagne) feuilles, citrouilles...
La panoplie des clichés, mais finalement assez proche de ce que j'avais pu voir au Canada, il ne manque qu'une bouteille de sirop d'érable.


Renseignement pris, c'est tout ce que je n'ai pas l'habitude de lire, comédie sentimentale ET jeunes adultes. Mais bon, pourquoi pas, faut un début à tout, il est disponible pour moins de 4€ sur Amazon en VO, au moins une lecture facile, ça sera le prétexte de lire un peu d'anglais, et si c'est trop nunuche, j'aurais au moins ce point d'accroche, en plus en l'ouvrant sur une appli, je peux surligner les mots que je ne connais pas, voyons le bon côté des choses.

Bon évidemment, on voit venir l'intrigue à des kilomètres, et dès le départ il y a LES clichés qui me posent un gros problème.
L'Héroïne: Ellis, est une gentille fille, mais FORCEMENT de riche famille. Au moins, elle a conscience d'être une privilégiée, puisque grâce à son paternel qui est haut placé dans un groupe de presse, elle a pu décrocher à 17, 18 ans, un stage dans ledit groupe de presse, qui va être très valorisant sur son CV. Sans compter le bénévolat auprès de malades. 
Elle habite FORCEMENT New-York, et vu le niveau de vie de ses parents peut briguer, à l'aise, c'est le cas de le dire, l'université de Columbia à l'issue du lycée et de son stage. Et est FORCEMENT passionnée de mode.
Damn'! J'aimerais tellement lire quelque chose où une ado aurait un loisir autre que les clichés fifille. Une fana de mécanique, d'astronomie, d'informatique, de... allez, soyons fous. De linguistique!
Ben non, c'est la fille à papa, modeuse, et déjà rompue à la navigation dans le grand monde pour s'ouvrir les portes d'une prometteuse carrière à grand coup de sourires commerciaux. Y'en a plein les films dans comme ça.

Les parents sont incompréhensibles. Ils se sont fâchés et ni une ni deux, décident de se séparer, la mère emmenant de force sa fille pour le patelin FORCEMENT paumé où vit sa soeur, sans prendre une seule seconde en compte le fait que c'est clairement un coup de poignard dans le dos que de l'obliger à partir le lendemain même pour Trouperdu-sur-gadoue, sans pouvoir prévenir son employeur, son lycée qui reprend le lundi suivant pour la dernière année, ses amis, l'hôpital où elle est bénévole...
Je veux bien que tu te frittes avec ton mari, mais... laisse ta fille finir son stage au moins, elle peut habiter avec son père pendant quelque temps et venir te rejoindre aux vacances, c'est pas comme s'il fallait se saigner aux 4 veines pour lui payer un studio en plein New-York, alors qu'à Bramble Falls ( littéralement Cascade des ronces, tu le sens le côté accueillant?), les jobs d'étudiants, beeeeen... 

Sérieusement, ta fille ado fait un stage qui lui plaît, a une vie sociale correcte, et un avenir professionnel qui s'amorce bien, ne lui mets pas des bâtons dans les roues juste pour faire iéch ton futur ex-mari.  La mienne aurait sauté de joie si j'avais pu trouver un stage avant les études, comme elle a sauté de joie quand mon père m'a faite embaucher à mi temps en CDD de 15 jours l'été dans le magasin où il travaillait, vu que ça me permettait de mettre une première expérience sur mon CV. 
Le père lui, ben.. " on l 'a décidé pour toi, c'est comme ça". En mettant la principale intéressée au pied du mur, le samedi matin avant la rentrée, alors qu'elle est en train de remplir l'équivalent local de Parcoursup pour l'année suivante, quels parents admirables! Faudra pas vous étonner si votre fille fait une dépression, une fugue, ou simplement vous fait la gueule pendant des années. Mais c'est un souci quand dans un livre la fille de 17 ans est plus mature socialement que ses parents. En tout cas, c'est sa première pensée " que vais-je dire au patron qui m'a prise en stage? Et je dois faire une permanence à l'hôpital le week-end prochain, je ne peux pas les laisser en plan... Et le lycée qui commence après-demain ( visiblement la carte scolaire n'est pas un problème aux USA, et on peut changer d'établissement en 2 jours sans prévenir en amont). Les parents, ben "non, on l'a décidé, le monde doit s'adapter"... Duo d'irresponsables.
Ellis est très vexée et ça se comprend. Et elle arrive à cette conclusion, comme le lecteur d'ailleurs,  que sa mère l'a emmenée sur un coup de tête, très précisément pour emmerder son père.

Et là, les choses vont de mal en pis: non seulement, elles déboulent chez tante Naomi (la soeur de la mère, dont je ne sais même plus si elle-même a un nom, tant elle passe vite au second plan), qui n'a pas beaucoup de place, et donc Ellis est remisée comme un carton, au milieu des cartons, sur un lit de camp dans un grenier mal aéré; la tante est la maire du bled et organise un million de fêtes et événements autour de l'automne, parce que Bramble Falls c'est l'équivalent automnal de Rovaniemi pour Noël: fêtes des pommes, fêtes des citrouilles, soirée halloween, autres fêtes totalement absurdes pour un cerveau européen. En fait, tout le récit est l'équivalent automnal d'un film de Noël, gentillet et cliché, mélangé a une comédie lycéenne. Et même pas franchement drôle comme comédie, c'est une succession de scènes assez détachées les unes des des autres, dont la conclusion est invariablement " ceux qui ne s'entendent pas sont forcés par les circonstances de collaborer" mais l'autrice n'est pas très douée pour le côté humoristique.

En tant qu'européenne ça me parait toujours d'un exotisme incroyable ces lycéens de 16 ans qui n'ont droit qu'au jus de pomme en vertu de la loi, mais peuvent conduire un 4x4 pour aller au lycée. Ces fêtes dignes d'un bal des débutantes organisées officiellement par les lycées ( essaye de faire ça dans un lycée français et tout le monde sera scandalisé qu'on pousse les jeunes à faire la fête au lieu d'étudier), ces clubs de tout et n'importe quoi même au fin fond de la brousse (ça c'est cool par contre, mon collège ou mon lycée n'avaient pas d'orchestre ni de club de théâtre, pas de budget)

Et donc c'est comme ça que commence la nouvelle vie forcée d'Ellis, obligée par sa mère à prendre part à toutes les fêtes à la con de tata ( elle nous héberge gratuitement, donc c'est normal de lui rendre la pareille en te portant volontaire, y'a pas à négocier, tu es volontaire, tu mettras ça sur ton CV en tournant que tu as aidé à l'organisation des fêtes municipales de Trouperdu-sur-Gadoue), presque poussée par celle-ci à lâcher ses cahiers:  sa fille trop sérieuse est trop concentrée sur ses études et ses résultats, elle devrait se décoincer, suivre l'exemple de sa cousine un peu glandeuse, se faire des amis, sortir avec des mecs.... . En fait la mère pousse sa fille à être TOUT ce que les parents européens ne veulent pas.

Et là, Ellis retrouve la seule personne qu'elle connaissait, un copain de vacances pas revu depuis 4 ans, nommé Cooper (pas Bradley, mais pas loin, et qui de geek binoclard passionné par la pâtisserie est devenu une bombe atomique qui pousse de la fonte, FORCEMENT, on est dans un univers où un petit maigrichon à lunettes est disqualifié sur le marché du célibat*). 
Ex-coapin, donc, qui lui fait la gueule, oui mais pourquoi? Ellis semble avoir encore moins de compétences sociales que moi et c'est pas peu dire. Essaye au pif " lui avoir roulé un palot il y a 4 ans et avoir rapidement rompu tout contact téléphonique dans les semaines qui ont suivi sans t'expliquer", ça me parait une piste à creuser. Donc Cooper, son meilleur pote, mais dont elle avait oublié même jusqu'à l'existence.
* Et je suis le genre de personne qui préfère Clark Kent et sa discrétion, à Superman, ouaip.

Et donc mission de l'automne pour Ellis: se rabibocher avec Cooper, se rabibocher avec sa mère, et devenir une ado standard qui se fait des amis (elle n'en voit pas l'intérêt puisqu'elle espère se barrer pour toujours de là dès les vacances de Noël. Bon, là, c'est un peu concon, rien ne t'empêche de te faire des potes même dans un endroit où tu n'iras pas souvent.. a condition de leur envoyer au moins un sms dans l'année!), apprendre à aimer la simplicité... Je vous parie 10€ contre un petit pois ( je n'en suis qu'à la moitié au moment où j'écris)  qu'avant le dernier chapitre, elle a trouvé l'amour de sa vie, s'est prise de passion pour les tartes aux pommes et ne veut plus rentrer en ville.

Revenons aux parents:
le père est curieusement aux abonnés absents, ne répond pas au téléphone et a tôt fait de remplacer sa fille absente par une autre stagiaire, plus jeune, plus motivée (dis-le directement que ta fille était incompétente et qu'elle ne faisait pas l'affaire!). Et la mère est incompréhensible. Oui plus encore qu'il y a quelques paragraphes. Ellis découvre par hasard que sa mère sait peindre et aime ça, elle n'a plus pris les pinceaux depuis 20 ans, elle a quitté son travail de galeriste pour s'occuper de sa fille unique.
Bon, soit, MAIS ce n'était pas une mère célibataire ou divorcée, au contraire: une seule fille à s'occuper et qui s'occupe très bien seule d'ailleurs, pas de travail mais un mari qui ramène beaucoup d'argent, probablement pas un ménage à faire toute seule:  elle avait littéralement tout le temps de se consacrer à son loisir au moins une heure par jour. Rien ne l'obligeait à tout lâcher donc l'argument (assez mesquin et manipulateur d'ailleurs)  " j'ai arrêté pour m'occuper de toi" est irrecevable. De plus, elle se plaint de ne pas être proche de sa fille, laquelle n'a pas de loisirs, pas de goût pour l'art. Là aussi, le manque de logique me pose problème, vu que c'était la configuration idéale pour l'initier à l'art, lui apprendre à dessiner, l'emmener au musée, faire des trucs ensemble etc... or non. " Ma fille ne s'intéresse à rien à part les études, ben, tu lui as littéralement donné l'exemple de quelqu'un qui n'a pas de loisirs. La mère qui renonce à sa vie et en fait porter la responsabilité à sa fille, et le père carriériste, tu m'étonnes qu'elle ne soit pas " une ado normale". Je vous l'ai dit que les parents sont irresponsables dans cette histoire.

Après voilà, je me moque, tout comme j'avais tourné en dérision les romans Harlequin lors d'un défi lecture. Je ne suis pas le public cible, encore moins puisque le schéma " film de Noël mais à Halloween" est aussi cousu de fil blanc qu'un scénario noellesque à Noël. Je ne suis pas fan non plus de l'écriture constamment au présent alors qu'on n'est pas dans un format journal, mais dans un récit classique même s'il est narré du point de vue d'Ellis. Mais bon, ça passe mieux en anglais qu'en français (et c'est pas mal de ne pas avoir à se peler les preterit, past continous et autres pour une lecture vite fait). Je suis plus gênée par le fait que, disons-le " tout le monde il est beau - voire très beau- tout le monde il est gentil". Et là on a droit à des tartines pour nous dire , au cas où on l'oublierait d'un chapitre à l'autre que Cooper est une bombasse, que Jake est une bombasse mais un peu maladroit, que Chloé " la nana du cours de maths" est une bombasse.
Pour le bon point,ça se lit plutôt facilement - donc c'est bien quand on se remet d'un accident et qu'on a du mal à se concentrer-, mais c'est plus sucré que les milk shake à la citrouille que s'envoie Ellis à longueur de pages sans prendre un kilo ou avoir une seule carie, haut en calories, mais faible en intérêt dramatique, MAIS ça n'est pas désagréable à lire. 

Disons qu'au delà de la couverture plutôt jolie qui donne envie de soupe au potiron, de gratin de courge, et de muffins ( euh, aux marrons ou aux noisettes, pas au potiron quand même), j'espérais vu les bonnes critiques qu'a défaut d'être très original, il éviterait de patauger dans les clichés, et là, il y va franco, comme dans la boue de la campagne: fâcheries et réconciliations, crise familiale, fêtes agricoles avec charrettes à chevaux sorties de la petite maison dans la prairie, avec Cooper dans le rôle de Charles qui conduit la charrette, inéviables blessures pour donner aux ex amis l'occasion de se soigner l'un l'autre et se réconcilier, héroïne qui pourrait être sympa si elle avait des centres d'intérêts autre que la couture et la mode, inévitable joueur de foot sympa mais indécrottable campagnard, triangle amoureux, re triangle amoureux et au milieu... l'obligatoire personnage "de minorité": noir, rondouillard et a-genre aux pronoms indéfinis. Ca fait beaucoup pour un seul, mais limite ce serait plus intéressant de développer celui-ci, au lieu d'avoir le point de vue mille fois exploité de "la princesse à la campagne". Non, personnage sous employé destiné à remplir le quota de représentativité. D'une manière générale, à part Ellis, Cooper et Jake, les autres sont assez figurants. Je ne demande pas un roman fleuve avec des tas de rebondissements, mais que les personnages qui y sont soient un minimum utiles.

Dommage, ça manque d'enjeu et d'inventivité narratifs. Appliquer une recette à la lettre, c'est bon pour le gratin de courge, mais pas ce qu'il y a de mieux pour un livre qui ira vite rejoindre l'immense liste des " vite lus, vite oubliés". Mauvaise pioche, je suis sûre qu'il y a des lectures ado qui valet le coup, mais celle -là n'en fait pas partie..le côté " lecture détente" ne veut pas dire laisser passer les clichés quand ils sont trop gros ou que les grosses ficelles sont nouées de manière trop visibles. Même à 17 ans, je n'étais pas le public visé, et ça m'aurait paru oubliable, vu que j'aimais l'action, l'histoire, l'aventure..

vendredi 27 octobre 2023

Inunaki, le village oublié ( Film, 2019)

 Après Chicago et Candyman, on continue avec les légendes urbaines, mais au Japon cette fois.

Enfin, légende urbaine, ou légende rurale plutôt en l'occurrence, puisque le titre signifie exactement "le village du chien hurlant". Un village maudit que partent chercher deux adolescents visiblement amateurs d'urbex (ou rurex pour le coup?) et d'histoires fantastiques.
Explorant un tunnel réputé hanté, ils trouvent un panneau qui indique " la Constitution du Japon ne s'applique pas ici". Cette histoire me dit quelque chose mais je n'arrive plus à me souvenir où est-ce que je l'ai lue ( Apparemment pas dans Yurei Attack, un petit livre consacré aux fantômes.
Peut être dans un des épisodes de Yamishibai ( punaise, on en est à 11 saisons, je me suis arrêtée à 4, j'ai du retard à rattraper!)

Prix du jury au festival de Gerardmer 2020. Ca a du vraiment être la dèche cette année là, parce que bon...
Disons-le de suite, sans être un navet, ce village oublié est loin d'être un film mémorable.


Dans cette histoire, c'est Akina, la fille, pourtant plus énergique et qui se moque de son copain Yuma un peu plus " poule mouillée " qu'elle, qui pète un câble parce qu'elle pense avoir été attaquée par des revenants. Lorsqu'il rentre, Yuma téléphone à sa grande soeur Kanade, psychologue pour lui dire qu'Akina semble avoir un problème mental. Mais ce qu'il attend de sa soeur est moins une aide psychologique que parapsychologique: Kanade avait le don de " voir des choses" quand elle était petite, et ça continue en fait.

Et très vite, on se rend compte qu'il y a bien un problème, mais plus général dans la famille ultra traditionnelle, où le père autoritaire méprise ses enfants et sa femme, qu'il rend responsable elle et son " sang maudit" de la "bizarrerie" de leur fils ( ça va, c'est juste un ado qui joue à se faire peur, rien de très chelou non plus, c'est pas non plus un monstre sanguinaire)
La folie soudaine d'Akina prend un tour inattendu puisqu'elle se suicide le lendemain même de l'escapade en se jetant du haut d'un pylône électrique, sur la route. Problème: le médecin qui l'a autopsiée est formel: elle s'est noyée, elle avait une grande quantité d'eau dans les poumons, or... pas la moindre goutte d'eau en vue. Etraaaaaange, est-ce que ça aurait une signification importante? ( spoiler-qu'on-voit-tous-venir: oui, la flotte va réapparaitre sans cesse.)

Et évidemment les problèmes vont s'amplifier, puisque Yuma (suivi en secret par son petit frère Kota, trop curieux pour son propre bien) veut éclaircir ce mystère... et que ce sont donc rapidement les deux frères de Kanade qui sont portés disparus, tandis que leur mère semble possédée par l'esprit d'un chien enragé. Apparemment la famille est surnommée " les chasseurs de chiens" depuis des lustres, et... cette histoire de village "du chien hurlant" sent le loup-garou à plein nez.

Bon, c'est du film fantastique japonais, donc on n'est pas dans les grands effets, plutôt dans l'ambiance " apparition de spectres dans les miroirs" (encore que celui là décide d'emblée de partir sur une "réelle" histoire de hantise, plutôt que d'entretenir le suspense). Mais il n'est pas franchement très prenant, je dois malheureusement le dire.

Il échoue, là où les bien plus anciens Ringu et Dark Water arrivaient à instiller une ambiance glauque à souhait, et c'est bien dommage. J'attendais quand même un peu mieux vu la réputation de Takashi Shimizu, et.. il m'est soudain revenu que j'avais vu il y a longtemps Ju-On et que je n'avais aucun souvenir de l'histoire. Mauvais signe.
Ben, relisant ma critique d'il y a 6 ans, ça avait déjà été un échec, et j'avais trouvé Ju-on mal ficelé. Et c'est pareil ici, le scénario se perd en chemin d'une histoire annexe autour de Ryotaro le gamin malade que soigne Kanade. C'est cool le Japon, il semble y avoir un psychologue attitré par patient, puisqu'elle vient la nuit prendre sa garde pour le surveiller comme...ben, une infirmière. Bon Ryotaro, c'est un peu Damien de la malédiction: un enfant adoptif, qui ne le sait pas, échangé par le père et le médecin à sa naissance. Sa mère célibataire est morte en couche, l'enfant des autres parents était mort né, donc quoi de plus "logique" que de refiler à sa mère un enfant, sans rien lui dire, en le faisant passer pour le sien, pour qu'elle ne soit pas malheureuse? Mouaif, c'est indéfendable à tous les niveaux.

Allez, bon, on va dire que le fond du film, c'est l'idée que les secrets de famille pourrissent la vie de tout le monde et finissent toujours par ressortir, La famille de Kanade a un secret en forme de malédiction, celle de Ryotaro a un secret, Akina avait un secret, le village caché avait un secret, les gens de la société d'électricité avaient un secret....

Rhaaa, j'aurais bien voulu aimer ce film, d'autant plus que je n'avais pas regardé de film fantastique japonais depuis au moins un lustre ( hé oui) mais comme Ju-On, sans être totalement mauvais, il a trop de défauts pour être repêché.
Il y avait justement plus de trouille dans les épisodes de Yamishibai ( qui eux ne durent que quelques minutes, ici c'est 1h44, qui auraient pu être mieux condensées). J'ai regardé jusqu'au bout par acquit de conscience, mais j'ai été tentée de l'accélerer si ça avait été possible. A défaut j'ai sauté quelques passages, mais ce n'est pas franchement le film que je conseillerais le plus.
Un mélange d'histoire de fantômes, de zombies et de chien-garous pas très convainquant. Déjà, je l'ai interrompu plusieurs fois pour écrire ma chronique, c'est signe qu'il n'est pas ouf', du moins pour moi. Il veut trop en faire.. et au final ne creuse réellement aucune idée, et reste assez mou. Mauvaise pioche.
Ghostland ne m'avait pas 100% convaincue, mais au moins il avait une ambiance spéciale. Là, il manque quelque chose, une patte, un style ( à part de considérer que les gamins à coupe au bol dans des histoires de fantôme soient le gimmick favori de Shimizu?). Donc peut vraiment mieux faire.

Mais si vous voulez tenter le coup malgré tout, c'est ici.

vendredi 19 août 2016

Les déceptions de l'été

Parce que c'est rarissime, mais je suis tombée sur une série de mauvaises pioches cet été ( qui donc m'ont fait louper une semaine du challenge RAT a Week), donc je vais en parler aussi.
D'abord, il y a eu le Malheur indifférent, que je n'ai pas spécialement aimé, mais que j'ai fini. C'est déjà une frustration.

Mais aussi plusieurs autres tentatives de lectures pour lesquelles, impossible.. pour diverses raisons la sauce n'a pas pris. Et c'est rarissime que je m'arrête en cours de route pourtant, même pas uen fois par an, mais là, paf! 4 coup sur coup.

-  Les Machines à Bonheur - Ray Bradbury. Et ça me fait mal de dire ça parce que j'aime beaucoup cet auteur. 
Mais là, c'est une édition qui date un peu et on sent que ça a été fait à la va vite. Alors qu'en général Présence du Futur se débrouille bien même si les traductions sont parfois datées.Et cette fois, non seulement la traduction est vieillotte mais en plus, la mise en page est à hurler.
Sincèrement c'est la première fois  que je vois une chose pareille: les passages de narration sont inclus dans le dialogue précédent. Sans aucune raison valable, autre que " gagner de la place" on dirait: le livre fait 317 p, et est imprimé tout petit, sans séparation nette des paragraphes, ça demande un effort soutenu de lecture, rien que parce qu'il faut sans cesse mentalement revenir à la ligne lorsqu'on se rend compte que non, ce n'est pas le personnage qui continue à parler, c'est revenu à la narration sans prévenir.
Exemple? Exemple.

(trois curés sont en train de discuter de la conquête spatiale et l'un d'eux vient de citer William Blake)
- Ca colle très bien ajouta le prêtre italien avec l'Âge de l'espace. Le père Brian considéra de son regard sévère l'homme scandaleux et immodéré.
- Je vous serais reconnaissant de ne pas nous renvoyer notre Blake à la figure.
-Votre Blake? dit l'homme pâle et fluet dont les cheveux noirs avaient de doux reflets. C'est étrange, je l'avais toujours pris pour un anglais.

Pas de guillemets, rien. C'est épuisant de lire une phrase comme ça et de devoir repartir en arrière sans cesse pour vérifier ce qui fait partie du dialogue, et ce qui n'en fait pas partie.
Une mise en page logique serait quelque chose comme

- " Ca colle très bien" ajouta le prêtre italien" avec l'Âge de l'espace. "
Le père Brian considéra de son regard sévère l'homme scandaleux et immodéré.
- "Je vous serais reconnaissant de ne pas nous renvoyer notre Blake à la figure."
- "Votre Blake?" dit l'homme pâle et fluet dont les cheveux noirs avaient de doux reflets. "C'est étrange, je l'avais toujours pris pour un anglais."

Donc peu lisible graphiquement.
Et c'est encore plus rageant que pour le coup, ce n'est pas un problème du à l'auteur, mais bien à l'édition française.
Est-ce que je le reprendrais? Tel quel, probablement pas, ce manque de lisibilité me fatigue les yeux. Mais si je le trouve dans une édition plus récente, sans problème.


- Le temps de la sorcière  - Arni Thorarinsson.
Autre livre autre problème
Emprunté dans la pile " libre service " au travail, je ne savais pas trop de quoi il s'agissait, et en fait, c'est un 3° tome qui fait sans cesse référence aux deux précédents même s'il est indépendant et devrait être lisible seul, sauf que c'est un peu ennuyeux de sentir qu'on est supposé connaître les personnages et leur passé (type  " avec ce qui lui est arrivé l'an dernier, je pense que si c'était mon cas, je puisse réagir aussi bien" Euh, ça serait sympa d'inclure les lecteurs qui vous rejoignent seulement maintenant dans votre groupe en fait! )
Mais aussi qu'il a des thématiques communes avec Meurtriers sans visage que j'ai lu en début d'année. Sauf qu'elles sont moins bien exploitées et qu'au bout de 30 pages le héros m'insupporte. Deux raisons de ne pas accrocher.
Et il y a LE problème: c'est un roman policier, donc le héros et enquêteur principal est journaliste. Et c'est quelque chose que je déteste, j'ai été échaudée par Le Poète de Connelly. Le coup du journaliste qui arrive à démêler l'intrigue là ou la police piétine, qui arrive à obtenir des renseignements ultra secrets, ça fait vraiment trop artificiel pour moi.certes ça a l'air moins naïf et grand-guignol que le Poète, mais.. non.


Est-ce que je le reprendrais. Non. Je l'ai laissé attendre depuis 2 semaines, et je n'ai en fait aucune envie de savoir ce qui va se passer. Et là, pour le coup, c'est bien un problème lié aux choix de l'auteur.




- Canyon street - Pierre Pelot
Un roman de SF plus complexe que ce à quoi je m'attendais en réalité. Et là, c'est moi le problème: à cause de la canicule, je dors très mal la nuit, et je pique souvent du nez en journée, en pleine lecture. Quand je commence à relire 4 fois le même paragraphe sans comprendre, c'est que ça n'est pas le bon moment. d'autant que je lis au travail quand il n'y a personne, et la pleine saison touristique, il m'est presque impossible de lire d'une traite ne serait-ce qu'un article de magazine sans être interrompue. Hors Canyon street n'est pas le genre de livres dont on peut lire 3 lignes, le reposer, en lire 3 autres le reposer, etc...

Est-ce que je le reprendrais? Oui, mais quand je serais lus fraîche et dispose, je sens qu'il a un potentiel auquel pour le moment, je ne suis pas en état de faire suffisamment attention


- Café Nostalgia - Zoe Valdès
Trouvé dans un jardin de lecture, en libre service, j'ai voulu tenter un livre cubain. et ça n'est pas une bonne pioche.
La 4° de couverture laissait présager une alternance entre le rêve et les souvenirs cubains de Marcela , l'héroïne expatriée en France, son intégration, ses difficultés quotidiennes.
et il y a des passages comme ça, intéressant, mais noyés dans les digressions de cette Marcela qui est vraiment tout ce que je déteste comme personnage et dans la vie: une femme assez orgueilleuse, nombriliste qui geint beaucoup ( ha j'ai refusé l'héritage faramineux de mon vieux mari super riche pour ne pas devoir quelque chose à qui que ce soit, mais enfin, je le regrette un peu. L'héritage, hein, pas le mari!), se plaint de ses aventures sentimentales sans avenir mais retombe sans cesse dans les mêmes travers.
Et puis c'est une fille indécise, au point d'être chiante. Une qui dit aimer se faire bronzer jusqu'à choper des coups de soleil ( preuve qu'elle vit intensément :D), et plus loin dire qu'elle n'est pas fan du soleil et de la chaleur, mais qu'elle aime ça quand même. Ferme-là! Juste, si c'est pour dire des âneries pareilles tais-toi!, nous casser les pieds avec ta liaison imaginaire avec ton voisin, ça va un moment , mais en reparler toutes les 2 pages, non.
Ca se complaît dans l'anecdotique à longueur de pages. Et je n'ai pas trop envie de lire un livre où on nous passe en revue des trucs comme " en prenant le métro pour rentrer chez moi après mon travail, j'ai vu des bottes aux pieds de la personne devant moi, elles ressemblaient à celles que portait mon ex avant que je ne lui en offre d'autres, qu'on lui a volées depuis en l'attaquant à main armée. et bien c'était bien mon ex en fait, avec ses vieilles godasses moches, dites donc. On s'est revus, blablabla, puis deux pages plus loin, je ne vais pas entrer dans les détails, blabla, mais enfin, on s'est quittés en mauvais termes parce qu'il était toujours aussi possessif et on ne s'est jamais revus depuis, peut-être qu'il s'est marié chez lui à Narbonne et qu'il a une fille qui s'appelle..."
Tu sais quoi? Je m'en fous. De toi, de ton ex, de la raison pour laquelle vous vous êtes frités, de ses godasses de sa ville, de sa famille imaginaire. Ca n'a aucun intérêt.

Et puis les clichés. La fille qui épouse à 19 ans un vieux de 70 ans pour fuir son île. Le galant français, ruiné mais qui dépense une fortune pour envoyer un bouquet de fleurs géant, la photographe qui réussit une carrière exceptionnelle qui l'emmène dans les milieux de la mode à New-York ( forcément dégueulasses, forcément peuplés de junkies, de putes, etc..) alors qu'elle part d'un concours local de photo qu'elle a gagné avec ses clichés de la misère du périphérique parisien. Le millionnaire qui la prend sous son aile parce que comme par hasard, Marcela ressemble comme deux goutte d'eau à sa défunte fille , qui comme elle était une passionnée de photo dotée d'un talent certain, l'ex SDF devenue riche qui sanglote sur la vanité de sa vie dans son 120m² du Marais..
Stop!
Pourtant j'aime bien l'idée des titres de chapitres: 5 comme les 5 sens, et un 6°intitulé " à mon seul désir" , en référence à la tapisserie de la dame à la licorne,justement sur le thème des 5 sens. Mais c'est tout ce que je sauverai.

Mais c'est snob, vindieux, c'est snob. Bourré de références à la "bonne culture": Proust ( dont Marcela dit que c'était mieux de le lire avant, parce que maintenant il est à la mode, alors c'est moins bien parce qu'elle doit partager son plaisir perso avec plein de gens), Prospero's Book de Peter Greenaway, Casablanca, Saint Germain des Près, les bouquinistes des quais Parisiens, et je ne sais plus quoi d'autre, même si je le lisais cet après midi, mais voilà, la citationnite aiguë a fait une victime de plus.

Et , cerise sur le gâteau, il y a ce que je déteste absolument chez un auteur. Mais pire que tout: les citations de marques. Probablement pour ancrer dans le réel, mais qu'est-ce que j'en ai à secouer de la parfumerie où elle va, sur quelle rue, plus dans quel grand magasin elle achète quoi, quel bain moussant elle utilise, de quel cinéma elle fréquente. Même si ce n'est pas le cas ( et sur un livre de 1998, ça ne l'est probablement pas)  j'ai l'impression que l'auteur fait du placement de produit.

Est-ce que je le reprendrais? hahahaha. Héroïne que j'ai envie de baffer, péripéties téléphonées, anecdotique sans grand intérêt, marques et clichés snobs. Dès demain il part au troc de livres le plus proche, je n'irai pas plus loin que le premier chapitre. Tant mieux s'il trouve son public, il n'est clairement pas pour moi.

Même si j'ai parfois des scrupules, m'obliger à lire jusqu'au bout un livre auquel je trouve zéro intérêt, c'était bon pour la fac, lorsque les partiels risquaient de tomber dessus, mais c'est fini (enfin, j'ai quand même fait une impasse magistrale sur Sanctuaire de Faulkner à l'époque, coucou sylvain , je sais que tu me lis et que tu ricanes)
Maintenant, je vais faire comme Michel Tremblay et les câlisser contre un mur.

samedi 11 juin 2016

Auprès de moi toujours - Kazuo Ishiguro

Aujourd'hui, c'est le jour de l'auteur anglais d'origine étrangère, et ça tombe bien j'ai retrouvé en déménageant ce livre qu'on m'avait donné il y a quelques temps, donc pourquoi pas.
Comme vous l'aurez deviné Kazuo Ishiguro est d'origine bulgare ( non je galèje.. il est bien sûr d'origine japonaise) et j'avais déjà lu de lui les Vestiges du jour  au lycée .

Ca remonte, et je n'arrive pas vraiment à me souvenir si je l'avais aimé ou pas, contrairement à son adaptation cinéma avec les excellents Anthony Hopkins et Emma Thompson, domestiques british jusqu'au bout des gants blancs, dont j'ai plutôt un bon souvenir. Oui, je me souviens en tout cas avoir préféré le film.

Celui-ci sorti en 2005, avait eu aussi il me semble un énorme succès.. que j'ai un peu de mal à comprendre en fait.

Je prends la couverture standard, la version que j'ai est ultra moche: l'affiche du film qui en a été adapté. Je n'en avais pas encore parlé je crois mais je hais ce procédé qui consiste à ressortir un livre avec l'affiche de l'adaptation ciné, et parfois un bandeau rouge " en ce moment au cinéma". Pire encore quand le bandeau est imprimé sur le livre!
Mais voilà, je n'ai pas accroché.  Comme il se déclare "ouvrage de science fiction" j'aurais tendance à dire que je l'ai trouvé vraiment médiocre sur ce point là, et pourtant je l'ai lu facilement, vite et sans déplaisir. Mais sans être passionnée en fait.
C'est ça! Une lecture " pour s'occuper".

L'histoire avait du potentiel mais j'ai hélas très vite deviné la raison d'être de ce pensionnat et la finalité de l'existence de ces enfants "privilégiés". Donc ça m'a vraiment gâché le suspense.

Qualité d'écriture, sans doute, efficacité narrative.. ben non. D'autant que je me suis souvent demandé pourquoi l'auteur prenait autant de détours pour raconter son histoire, se concentrant sur des micro-événements de la jeunesse et des études de ses héros.
Ce qui fait que pendant bien la moitié du récit, la science fiction promise se transforme en récit scolaire pas forcément passionnant: ha ouais, il y a du monde donc la narratrice nous explique qu'elle regarde par toutes les fenêtres du pensionnat pour essayer de voir dans l'encadrement les 2 secondes où il n'y aura personne et avoir l'illusion d'être seule  avec sa poignée de copines.
Oui il y avait là une idée à creuser, la sensation d'enfermement, ce pensionnat isolé dans un cadre à la fois idyllique et inquiétant, ces élèves sans le moindre contact direct avec l'extérieur. L'ambiance carcérale qui affleure sous l'image trop lisse de ces lieux. LE fait qu'ils adorent le film " la grande évasion" ou qu'ils aient été marqué par un récit de prisonniers pendant la guerre.  Hé bien non, l'auteur n'exploite pas et se contente d'une succession de tranches de vie, hop, on passe à autre chose, surtout ne pas laisser le temps aux personnages de développer un questionnement sur leur situation.

Du coup, les personnages sont ternes, mais ternes! Impossible pour moi de m'y intéresser, le regard de la narratrice devenue adulte s'attache plus à ses chamailleries d'école qu'à l"horreur qu'elle devrait ressentir en ayant constaté qu'on leur a menti sur toute la ligne. Non, pas de révolte , rien..

vous êtes prévenus...
Et comme je l'avais déjà fait, si vous connaissez le livre, vous pouvez surligner, si vous ne le connaissez pas, c'est à vos risques et périls, parce que pour bien faire comprendre ce que je n'ai pas aimé, je suis obligée de balancer le noeud de l'intrigue. Je laisse visible ce qui est sans danger...

Kathy, la narratrice,  est une "accompagnante", une sorte d'aide psychologique pour donneurs d'organes, et voit mourir plusieurs de ses amis d'enfance, élevés dans un cocon comme elle, élèves "privilégiés", on ne cessait de le leur répéter, d'un pensionnant à l'ancienne, mais haut de gamme, le top du top. Enfants sans avenir créés par clonage dans l'unique but de servir de banque d'organes ambulantes, destinés à être découpés, peu à peu au gré des "dons" qui sont la finalité de leur existence. il n'en font pas le choix, c'est ce qui a été décidé pour eux, bien avant leur création en laboratoire. Tout ça, on l'apprend peu à peu, c'est sensé distiller une horreur montante chez le lecteur, .. sauf si on l'a deviné dès le début.

Et tout le monde semble trouve ça normal,  non mais, raconte nous plutôt la fois où tu t'es fritée avec ta copine Ruth pour une énième broutille. Et hop digression "ça s'est passé en 4° année de junior, c'était avant tel événement mais après tel autre, moi je m'en souviens même si Ruth n'est pas d'accord sur l'époque..."

Ben là, non, OSEF.

Les personnages sont plutôt lisses, Kathy est extérieure aux événements qu'elle raconte même lorsqu'elle est y est partie prenante, certains sont franchement antipathiques ( Ruth est exaspérante: capricieuse, autoritaire, colérique, manipulatrice et gratuitement cruelle avec ses amis.. qui lui pardonnent tout parce que parfois , elle est vraiment sympa - ou plus prosaïquement parce qu'il y en a besoin comme ressort narratif, si tout le monde l'envoyait bouler dès qu'elle le mérite, la crédibilité l'emporterait sur le deus ex machina ).

Au début pourtant j'ai plutôt aimé l'histoire du petit Tommy, victime de harcèlement sous le nez de tout le monde sans que les profs ( pardon, les gardiens, c'est le mot utilisé) ne semblent s'en soucier.
Du coup, Tommy et Miss Lucy, la seule qui prenne maladroitement sa défense sont à peu près les seuls qui ne m'aient pas laissée totalement indifférente.
Tous les autres sont tellement ébauchés qu'il est difficile de s'y attacher.

Alors qu'un des enjeux cruciaux, via l'art qui est essentiel dans la formation des élèves,  est justement de faire comprendre au monde que les clones dont il s'agit ne sont pas des pantins vides d'esprit, mais des personnes dotées d'une sensibilité. Qui donc se laissent mener à l'abattoir comme des moutons, voilà pour la sensibilité. Dites, si le but est de nous prouver qu'ils sont sensibles, ça serait pas mal de les doter aussi d'un instinct de survie. Narrativement surtout, ça apporterait beaucoup.
Du coup, dans la foulée, un peu de caractérisation sociale ne serait pas de trop non plus, ça aussi ça manque. Quand je lis de la SF, j'aime bien en savoir un minimum sur l'ensemble de la société dans laquelle ça se passer ( là encore je vais citer 1984, mais au moins Orwell ne faisait pas l'économie de quelques détails , inséré dans le récit, pour nous expliquer comment marche son monde. Oui tant qu'à faire dans la comparaison, je prend le summum de la dystopie anglaise... J'aurais pu aussi parler d'Huxley)

Franchement, parce qu'il se lisait bien, et pour quelques moments intéressants, dont celui où les clones cherchent le "modèle" de l'un d'eux, la personne réelle qui est à l'origine de son existence comme un enfant adopté cherche ses parents biologiques,  j'étais prête à passer sur ces imperfections, mais ça, c'était avant le coup de théâtre final, d'une niaiserie sans nom.

Et puis qu'on est en alerte spoiler, spoilons donc:

Dans les derniers chapitres, les survivants de cette histoire retrouvent l'une des personnes qui peut enfin leur donner les clefs sur le programme dont ils ont fait partie.
Là j'attendais une explication moi aussi: qui en a eu cette idée stupide de créer des clones pour don d'organes, qui a eu l'idée encore plus stupide de les maintenir dans l'ignorance de leur état, pourquoi a -t-on fait ça, comment se fait-il que la population soit parfaitement au courant sans être scandalisée, pourquoi les profs qui étaient au courant ont accepté de participer à un tel programme, qui sont les bénéficiaires qu'onnne voit jamais, est-ce que le bénéficiaire des dons est la personne modèle à l'origine, est-ce qu'il y a un moyen d'éviter de crever lamentablement ? des choses comme ça...

Hahahaa.  Non.

Au lieu de ça, l'ancienne gardienne qu'ils retrouvent clouée dans un fauteuil roulant leur explique que non, ils nont aucun moyen de s'en sortir leur unique raison d'être est d'être découpés en tranches au profits d'inconnus qui les considèrent comme des sous-êtres humains,mais que c'était encore pire avant, et probablement après, qu'ils doivent s'estimer chanceux d'avoir eu une éducation top niveau parce qu'ils sont arrivés au moment où on espérait faire considérer les clones comme des humains à part entière, que l'expérience a fait long feu car la société n'était pas prête, c'est donc un fail monumental, maintenant j'ai autre chose à faire, les enfants, il est temps de retourner remplir la mission qui vous a été assignée et retourner sagement donner vos précieux organes à des gens qui se foutent totalement de savoir qui vous êtes, et que moralement, ça arrange de vous considérer comme du bétail. ah, vous pensiez que venir plaider votre cause en parlant d'amûûûur vous sauverait? Ben non , ça aussi on vous l'a plus ou moins laissé croire, parce que ça vous donnait de l'espoir et que grâce à ça vous avez évité la dépression.

En gros, soyez content d'avoir été choyés comme des boeufs de Kobe au lieu d'avoir été élevés en laboratoire, vous devriez même en être reconnaissants, même si au final, ça ne change rien, vous restez du bétail. du bétail qui a conscience de son statut et de sa destinée, car grâce à nous, qui vous avons bernés en vous laissant croire que vous auriez le choix, votre enfance a été heureuse. Et la preuve que c'est une réussite, que j'avais raison, que vous êtes aussi intelligents que des humains normaux c'est que vous êtes arrivés jusque dans mon bureau pour philosopher sur le sens de vos misérables existences, et l'injustice de votre destin, pauvres vous! Allez, tchaô, je suis en plein déménagement, et j'ai pas trop le temps.

Oui, c'est en substance ce que leur dit leur ancienne directrice.

Là, j'ai presque espéré un gros pétage de plomb, un meurtre sur la vieille peau clouée incapable de marcher et de se défendre, une révolte, une fuite pour vivre dans les bois en mangeant des racines et, quitte à vivre comme des fuyards, au moins mourir libres.
Un truc comme ça.
Même dans les films THX 1138 et L'âge de Cristal, le héros le faisait.

Et non: au revoir Madame, nos amitiés à Miss Emily. Une grosse colère au milieu d'un champ plus tard, nos 2 moutons acceptent leur destins et au lieu de tenter le tout pour le tout, la fuite et peut-être la mort s'ils sont rattrapés, n'envisagent pas un instant d'aller à l'encontre de ce pour quoi on les a programmés et qui est leur seule utilité.
Choisir une mort certaine au lieu d'une mort probable.. finalement miss Emily avait tort, ils sont de bons moutons, bien crétins. Dommage, Tommy, dans le fond je t'aimais bien, il y avait de l'espoir pour toi tu aurais pu t'en sortir quitte à vivre en marginal, sans tes boulets de copines.
 
FIN de l'ALERTE SPOILER.

De bonnes idées, mais noyées sous un flot d'événements anodins, de personnages secondaires parfois à peine mentionnés, de personnages principaux qui manquent de caractère, et d'une intrigue qui manque de percutant pour moi. Et un final navrant de bêtise pour couronner le tout. Je voulais faire preuve de mansuétude, mais cette conclusion est vraiment trop portenawak pour moi.
Je passe sur le fait qu'il soit à côté de la plaque sur l'évolution de la médecine, car si on y réfléchit deux minutes, la solution qu'il propose contre les maladies est socialement scandaleuse, et économiquement coûteuse. Alors que la solution " cellules souches" bien plus simple coûte déjà un bras. Un état aurait du être plein aux as ou suicidaire pour la proposer. Et totalitaire aussi. Mais ça, ça n'est jamais évoqué, des trucs énormes sont postulé sans qu'on évoque l'évolution progressive qui y a amené ( 1984) ou la révolte qui couve ( Le meilleur des mondes; Fahrenheit 451)

La SF promise est secondaire par rapport aux passages sentimentaux, un peu comme ce que j'avais ressenti avec La ballade de Lila K: un roman sentimental déguisé en roman de Sf.
En beaucoup moins kitsch et tarte au niveau de l'expression que Lila K quand même, qui m'avait fait plusieurs fois lever les yeux au plafond,  je le répète, ça se laisse lire, mais ça ne me laissera pas un souvenir impérissable. On est loin du " appelé à devenir le classique de nos vies fragiles" tel que le clame pompeusement le quatrième de couverture. Ouaip, c'est ce qui est imprimé derrière, en toute modestie.

Et en fait, comme Lila K, j'ai  l'impression que c'est de la SF pour les non-amateurs de SF. Quand on en a lu beaucoup, évidemment, les attentes sont déçues. Mais considéré comme un roman "d'éducation" sur une jeunesse aux perspectives d'avenir bouchées, il n'est pas si mauvais. Simplement, pourquoi en passer par ce cadre SF mal mené, quand n'importe quelle autre institution pour enfants en difficulté et sans avenir aurait fait l'affaire. Ca aurait pu être un orphelinat, un hôpital pour enfants malades, un hôpital psychiatrique, un camp de réfugiés, que ça marchait tout pareil sur 85% de ce qui est raconté.
Et si le but c'était d'écrire une allégorie sociale sur le plafond de verre des classes défavorisées ( c'est peut être ça en fait?) , ben ç'aurait été un peu plus parlant de le faire directement. Une allégorie doit être clairement compréhensible pour fonctionner. Vous voyez, j'essaye même de lui trouver une finalité pour le trouver moins raté.

Ha oui, un mot du titre qui, lui, est affreusement sentimentalo kitsch. Le titre original n'est pas " always by my side" comme on pourrait s'y attendre, mais Never Let me go, et le fait de le traduire est d'autant moins compréhensible qu'il s'agit du titre d'une chanson ( fictive) d'une chanteuse de Jazz (fictive) nommée Judy Bridgewater ( clin d'oeil à Dee-Dee?).. qui est cité tel-quel dans le texte.

Dans la catégorie " scénario prometteur qui part en sucette", je crois que j'ai trouvé ma sucette d'argent! (non, parce que la sucette d'or est indétrônable.. et c'était aussi un auteur anglais très en vue d'ailleurs). Je suis allée au bout très vite, mais surtout pour le finir le plus vite possible et passer à autre chose, tout en vérifiant s'il n'y aurait pas une amélioration, une révélation énorme sur la fin. Mais non.

Qu'on soit bien d'accord, je ne fais pas la rageuse gratuitement pour le plaisir d'aller à contre courant, j'ai attendu des années après sa parution pour le lire et pas quand tout le monde disait " lis ça, c'est génial", et la déception est à la hauteur du potentiel du scénario. c'est ça que j'appelle un scénario sucette. Quelque chose qui pouvait être bien mais a été mal exploité, mal amené, ou comporte trop d'invraisemblances ou de passages redondants, et donne un résultat frustrant.  Car lorsqu'on s'attend à quelque chose de nul et qu'on tombe effectivement sur quelque chose de nul, bah, ce n'est pas un scénario sucette. Juste un mauvais livre. C'est pour ça qu'ils sont finalement peu dans cette catégorie, 2 seulement depuis 2010. Ca reste très modeste. il y a d'autres livres que je n'ai pas aimés, je l'ai dit, mais souvent je n'en attendait rien de spécial.

La personne qui me l'avait donné n'a pas du trop l'aimer non plus, je le relâcherai donc sans regret au stand "livres en libre service" du cinéma où je vais, tant mieux s'il trouve un public.. je ne le suis clairement pas.

jeudi 11 décembre 2014

Les Royaumes du nord - Philip Pullman

Après avoir entamé Harry Potter, on m'a prêté le début de cette autre série jeunesse.
jolie illustration...

 Le sujet avait l'air sympa: des kidnappeurs qui sévissent à Londres, une petite fille qui part dans le grand nord pour essayer de libérer son meilleur ami qui fait partie des victimes, un univers alternatif où tout le monde se promène avec son "daemon" , un compagnon à l'apparence de petit animal doué de parole, qui on s'en rend assez vite compte, fait partie intégrante de son humain. Une sorte de manifestation de la conscience, qui ne peut pas s'aventurer trop loin de son maître. Un peu comme si Jiminy Cricket était relié à Pinocchio par un fil invisible.

alors là, j'annonce de suite la couleur, comme j'ai beaucoup à dire.. et  à redire sur ce livre, je ne vais pas faire dans la dentelle:
là, c'est on ne peut plus clair, ne venez pas gueuler que je vous ai tout gâché!

Lyra, l'héroïne, 11 ans, coule des jours tranquilles dans un collège assez huppé d'Oxford, ou elle est plus pensionnaire qu'élève. Sa vie est rythmée par les quelques visites de son oncles Lord Asriel, les mauvais tours qu'elle jours à tout un chacun, les bagarres avec les enfants des rues lorsqu'elle sort du collège, les escapades sur les toits ou dans les caves avec Roger, un gamin de son âge, qui travaille en cuisine.

Qui travaille? Mais attends ça se passe à quelle époque?

Ben à aucune. Et c'est là un petit peu le premier problème: on est dans un univers alternatif, en Angleterre, à Oxford , puis à Londres. Donc en terrain connu, sauf que... Sauf que les canaux et rivières anglais sont sillonnés par des péniches de gitans, lesquels se réunissent dans des marécages situés quelque part entre l'Angleterre et les pays bas. Sauf que tout le monde a un daemon. Sauf que le pays, et même apparemment toute l'Europe est sous l'autorité d'une sorte de secte religieuse qui s'oppose à la science. Sauf qu'on s'y éclaire à l'énergie ambarique, sans que ce terme ne soit jamais expliqué. Mais en même temps, on y connait l'atome, les photons, les particules élémentaires, on y pratique la théologie expérimentale, et  les autorités ecclesiastiques, représentés par la flippante Madame Coulter sont a couteaux tirés avec Lord Asriel sur la "Poussière", une sorte de particule élémentaire qui semble attirée par les adultes, mais pas par les enfants.

Madame Coulter est gentille, jolie, douce etc...et très colérique et accessoirement la chef du gang des ravisseurs à la solde de l'Eglise, qui enlève les enfants pour mener sur eux des expériences sadiques aux confins du grand nord.
Accessoirement, je ne peux pas la prendre vraiment au sérieux, étant donné qu'elle me fait penser à un hybride entre:

cette folle dégénérée pour le côté enlèvement d'enfant
et

cette folle dégénérée pour le côté enlèvement de masse et sacrifice
Sadiques oui, on cherche un moyen de les séparer de leurs daemon, une expérience traumatisante et potentiellement mortelle qui tient de la torture, de la lobotomie ( les gens privés de daemon sont mornes et  apathiques) et le mot est clairement dit à un moment , de la castration. Oui, car pour les autorités religieuses, on pense que si la Poussière est attirée par les adultes mais pas par les enfants, la raison est évidente: la Poussière est une manifestation physique du péché originel, rien que ça. Et que donc pour conserver les enfants purs du péché originel, il faut leur faire subir une petite opération.  Et comme les deamon ont la particularité de pouvoir changer de forme tant qu'on est enfant, et d'adopter une forme unique et définitive à l'age adulte..
Bon sang mais c'est bien sur, les daemons sont la manifestation du serpent de la génèse qui a tenté Eve, et le fait qu'ils trouvent leur forme finale à l'âge adulte prouve irréfutablement que Poussière = Péché Originel et Daemon = Démon.
Et donc pour protéger les enfants du péché ( contre leur gré, et visiblement celui du monde entier, puisqu'il faut le faire au bout du monde en toute discrétion au fin fond du grand nord), il suffit de les séparer de force de leurs daemon avec une petite guillottine conçue exprès pour..

''tendez.. Je note les mots qui apparaissent dans le bouquin: kidnapping, enfants mutilés,castration opération, guillotine, torture, sacrifices...
 Je vérifie l'âge du public visé sur la jacquette: " à partir de 10 ans".
on est bien d'accord...

SERIEUSEMENT? Je me suis mentalement mis dans la peau d'une lectrice de 11/12 ans, et je trouve ça quand même
- d'une part un peu compliqué entre les délires des fanatiques de dieu sur le péché originel, et franchement la branche scientifique n'est pas vraiment mieux: pour eux, la poussière est le signe d'un univers parallèle qu'on peut apercevoir sous forme d'une ville fantômatique dans les aurores polaires. Et l'énergie de désespoir dégagée par un enfant qu'on sacrifie en le coupant de son daemon peut ouvrir un pont entre les deux univers.. genre pont Bifrost de la mythologie nordique.
on est bien d'accord bis.

- D'autre part, carrément violent pour l'âge visé ( à moins que le public visé en Angleterre ne soit sensiblement plus âgé?) . M'enfin, entre Lyra qui est kidnappée à plusieurs reprise par Madame Coulter, qui se fait tirer dessus à coup de flèche par des mercenaires Tartares à la solde de cette dernière, qui manque se faire guillotiner - même si le lecteur adulte sait qu'à la moitié du livre l'héroïne sera sauvée in extremis, ce qui est un cliché parfaitement agaçant, au passage), qui se retrouve emprisonnée chez le roi des ours polaires et assiste à un duel d'ours ou le vainqueur tue, éventre le vaincue et mange son coeur.. Ah, j'oubliais: elle voit aussi plusieurs autres enfants mourir sous ses yeux ou quasiment.
Non, y'a rien qui vous chiffonne?

Les enfants, vous préférez être butés par les fanatiques religieux ou les fanatiques scientifiques? Vous préférez être canardé par des guerriers tartares ou par des sorcières? Ou alors vous avez le choix entre être mangés par des monstres des falaises ou des ours, c'est vous qui voyez. Je sais, on va m'objecter que les contes de fée sont violents. certes. Mais ils ne font pas 500 pages rien que pour le premier tome.

D'accord un livre jeunesse ne doit pas être forcément gnangnan, mais là il y a quand même exagération dans le sens inverse, ça saigne pas mal, et les thèmes sont soit incompréhensibles pour le commun des mortels
Ce délire mystico-scientifico-mormoil'noeud sur la Poussière, le péché originel et les mondes parallèles m'a paru très indigeste à 37 ans, alors à 10, je ne vous dis pas, je n'aurais même pas dépassé le chapitre 5.
L'héroïnes est agaçante. Lyra a au début du livre un vrai comportement de peste, doublée d'une je-sais-tout, le genre de gamins tête-à-claque qu'il est pénible de suivre pendant 500 pages, même si elle s'arrange par la suite en se prenant tuile sur tuile. Madame Coulter est totalement barge, le genre de personnage dont on pense "crève! crève! crève!" à chaque apparition. Lord Asriel est caractériel et au final totalement barge lui aussi. Les sorcières sont flippantes. Le mystère des parents de Lyra se devine à des kilomètres.
alors ai-je-tout détesté?
Non.
J'ai bien aimé les gitans qui sont les seuls adultes sympathiques de l'histoire, le petit Roger, qui réagit vraiment comme un enfant de 11/12 ans dans ce genre de situation: en ayant peur ( là où Lyra évolue trop vite, donc de manière peu crédible, de la petite peste intenable à l'héroïne courageuse qui doute peu)
Et surtout Iorek l'ours en armure. D'abord parce que je trouve agréable d'avoir un personnage central qui ne soit pas un humain, et même s'il sait bricoler et dispose d'un pouce opposable, il reste un ours blanc, marge à l'amble, grogne et mord. Et devinez quoi? C'est le personnage le plus sensé de toute cette histoire de fous!

Donc non, je ne lirai sans doute pas le tome 2: le scénario était prometteur mais part vraiment trop en sucette à mon goût. où si je le fais ce sera uniquement pour l'ours Iorek.

Je décerne donc pour la première fois sur ce blog la récompense ultime, la sucette d'or, destiné au scénario le plus prometteur qui part le plus vite en sucette. Et en plus à un livre que je n'ai pas détesté entièrement, mais qui m'a fait à longueur de page me demander si l'auteur n'était pas défoncé au plâtre quand il a écrit.
Le dernier Douglas Adams que j'ai lu m'a déçue, mais c'était de toute façon déjà à la base un scénario volontairement foutraque. Donc d'un point de vue scénaristique, les Royaumes du nord est une plus grande déception.

C'est agaçant de voir que d'une part un sujet prometteur est gâché par un auteur qui veut en faire trop, partout, toute le temps et semble partir dans ses délires en oubliant son objectif, et d'autre part de voir que ce livre a un noyau dur de fans, ce que je n'arrive pas, mais alors pas à comprendre. Bon sujet mais développent relou et raté.

Sifflez j'men fous!
bah, oui....
mot " royaumes" plus Iofur, le roi des ours
auteur anglais

samedi 22 novembre 2014

Salut et encore merci pour le poisson - Douglas Adams

Derrière ce titre hautement philosophique se cache le 4° tome de la trilogie en 5 volumes de Douglas Adams...
Après Le guide du voyageur galactique, Le dernier restaurant avant la fin du monde, et La vie, l'univers et le reste, c'est peu de dire que je me réjouissais de retrouver Marvin, Trillian, Zaphod, Ford et Arthur dans l'univers délirant de Douglas Adams.

Et c'est peu de dire que j'ai été très déçue par ce 4° tome.
Pas de Zaphod ni de Trillian, Ford apparait à peine, et Marvin encore moins.
Ce tome est tout entier consacré au retour d'Arthur sur Terre, une Terre qui n'a pas été détruite par les vogons ( univers parallèle? Ne rêvez pas , le sujet est à peine évoqué!), et sa réadaptation à une vie à peine absurde en regard de ses aventures des 3 premiers tomes.
et c'est bien le problème: bien que héros jusque là, Arthur l'anglais moyen était drôle de par son décalage avec le reste de la galaxie. Remis dans son élément normal, il redevient un type parmi tant d'autres. Il y a des moments assez drôles, c'est vrai, mais tellement peu. comme le type qui est un dieu de la pluie sans le savoir, et est constamment suivi par les nuages qui l'adorent et lui rendent hommage en se déversant à tout instants sur lui, à son grand dam et à sa totale incompréhension. Ce qui me fait systématiquement penser  au nom du Chef Rain-in the-face.

Le paradoxe est donc que ce tome manque de fantaisie de, folie et d'absurde. L'intrigue principale est terriblement ennuyeuse: Arthur va-t-il oui ou non réussir à conclure avec Fenchurch ( c'est son vrai nom!) la dépressive sortie de nulle part ou c'est tout comme. en fait il semble que Fenchurch soit purement et simplement la femme mentionnée en une ligne dans l'introduction du tome 1, celle qui a eu l'intuition génial que les problèmes de l'humanité pouvaient être réglés très facilement, avant d'être pulvérisée en même temps que la terre avant d'avoir eu le temps de parler de sa découverte. Il aurait mieux valu que ça en reste là, car Fenchurch, malgré les efforts évidents de Douglas Adams pour nous la rendre sympathique et farfelue, est un non personnage, ce qui la rend encore plus agaçante, dans le sens où il a complètement évacué Trillian, de son histoire pour lui faire de la place. Or Fenchurch, c'est juste Arthur au féminin, un personnage qui se laisse porter par les événements, vaguement incomprise, dépressive prise pour une folle par son frère, mais sans plus de précisions, il est très difficile de s'y intéresser.  J'ai vraiment l'impression qu'elle n'est là que pour qu'Arthur puisse s'envoyer en l'air. Au sens propre, puisqu'il maîtrise tant bien que mal la lévitation depuis le tome précédent et va apprendre à Fenchurch à léviter à son tour, et à faire des acrobaties en plein vol. Sauf que la lévitation, c'était cool tant que c'était gratuit. Que ça deviennent une simple métaphore sentimentale du type " je suis au 7° ciel" ou " sur un petit nuage", et c'est banal.

Etout est banal dans ce livre, à tel point qu'au passage où Adams dit " à partir de là, on va se concentrer sur le fait de savoir si Arthur a une vie sentimentale, si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez sauter directement au dernier chapitre où on retrouve Marvin" ou quelque chose comme ça.. hé bien j'ai été tentée de suivre son conseil. Je ne l'ai pas fait par acquit de conscience, mais j'aurais aussi bien pu, vu le nombre de fois ou j'ai soupiré devant la banalité de l'action, des personnages et le manque de folie de l'ensemble. Car oui, je fais partie des lecteurs qui se foutent éperdument de la vie sentimentale d'Arthur sur Terre.

Aussi je le dis tout net, je me renseignerai bien sur le 5° tome avant de le lire: si on n'y retrouve ni Ford, ni Marvin, ni Trillian, ni Zaphod, pour moi, la trilogie aura pour toujours 3 tomes seulement.
J'ai l'air très critique avec ce livre. Plus que sa valeur personnelle ( il n'est pas nul, juste dispensable), c'est , comme dans les séries de films, le canard boiteux de la série. C'est vraiment parce qu'il s'insère mal dans l'ensemble qu'il m' à autant déçue. est-ce que c'est du )à la traduction? Je ne sais pas, en tout cas elle m'a parue moins gratuitement vulgaire et je m'en-foutiste que celles des autres tomes, j'ai même l'impression qu'il y a une amélioration à ce niveau ( Le Grand ordre de la serviette disait il y a peu sur sa page Facebook que la traduction donnait l'impression que "les Monty Pythons avaient été traduits par le scénariste de mon curé chez les nudistes" J'ai l'impression que c'est vrai pour le tome 1 surtout.)

Après si, je lui reconnait au moins un avantage: avoir donné lieu a un choeur catastrophiste de dauphins, très kitsch, façon " ballet nautique des années 50" qui sert de générique à H2G2, le film. C'est maigre.


samedi 28 mai 2011

Le Poète - Michael Connelly

Apparemment, tout le monde ou presque sur la toile semble avoir adoré, je serai donc la note discordante. Une amie me l'a prêté en me disant " il est génial", mais voilà...

Il arrive mal: après que j'ai lu - et pas vraiment aimé - 2 titres de Patricia Cornwell où justement il était aussi question de: enquête, FBI, VICAP et serial Killer.

Il arrive mal aussi dans ma vie: à une période où je n'ai justement pas envie d'entendre parler de cadavres bien décomposés ( la copine a un peu oublié de me prévenir). Ok, une histoire de serial killer, on se doute que la route va être jonchée de macchabées, mais je trouve que l'auteur en fait justement trop dans le glauque, avec une fascination malsaine pour les détails bien macabres, au prétexte que ha oui, Gladden est un monstre, donc il faut en faire des caisses dans le genre grand-guignol. Et grosso-modo, les autres personnages sont tout aussi stéréotypés: la fliquette divorcée qui va retrouver l'amour quand elle ne s'y attend pas, le journaliste opiniâtre, l'ex-mari désagréable au possible...Tout ça se prend tellement au sérieux

Sans compter le côté assez peu crédible du journaliste qui arrive limite à mener l'enquête du FBI dans la direction qu'il veut. Et une histoire d'amour qu'on voit arriver à des kilomètres, avec le gros poncif du polar américain" ils se détestent, donc ils vont finir au plumard ensemble".

L'éide des meurtres signés d'un phrase de Poe était sympa, mais elle passe vite au second plan, juste un prétexte pour lier les meurtres ensembles. C'est dommage. La bonne idée se noie vite sous les flots d'hémoglobine.



D'autant que 500 et quelque pages, il y a forcément des longueurs, le héros voyage beaucoup, mais paradoxalement, le côté enquête pure piétine...
Et donc, je m'interroge, arrivée au 33° chapitre: est-ce que je classe l'affaire, ou est-ce que j'attends d'être en meilleures dispositions pour le finir?

Mais bon, même si globalement je trouve l'écriture meilleure que chez Cornwell, ça sent trop le réchauffé à mon goût, et même un jour d'optimisme forcené, je ne pense pas avoir le courage de me cogner les plus de 200 pages restantes. Apparemment, ceux qui ont aimé le début trouvent la fin géniale, les rares qui comme moi n'ont pas aimé trouvent la fin vraiment trop cinématographique. Mouais, du coup, ça ne me tente pas (pour tout vous dire, je viens même de chercher, sans succès, un gentil spoil qui me résumerait ça pour gagner du temps).
Si j'ai le courage de le finir je remanierai peut-être mon avis, mais d'ici là:
Troisième polar américain, et troisième déception
catégorie métier:  poète
C'est dit, je reviens au polar british, que je trouve en général plus subtil et moins racoleur.

lundi 25 avril 2011

Otaku Girls tomes 1 et 2 - Natsumi Konjoh

21/30, plus que 9 et c'est gagné :)
Vite, vite, le challenge BD finit ce mois ci, il est grand temps de mettre un peu le turbo, voila donc 2 tomes de plus. On retourne au Japon avec un manga parodique dont j'avais lu Beaucoup de bien ici et là, Otaku Girls, de Natsumi Konjoh, qui aborde le sujet de l'Otaku en version féminine et sur le mode de la rigolade.

 Problème: ça reste quand même un shôjô au dessin ultra classique, qui va nous parler d'amourettes lycéennes. Autant dire qu'il ne part pas gagnant, car ce genre de cadre commence à me fatiguer sérieusement.
Donc nous avons d'un côté le lycéen standard, Abe, qui par un concours de circonstance assez marrant devient le modèle attitré de Rumi Asai, seule membre du club d'arts plastiques de son lycée. Rumi est sympa, pétulante, voire un peu trop, et le naïf Abe en pince vite pour elle. Mauvaise pioche: Rumi est une Fujoshi, une fille otaku, fan de yaoi ( histoires d'amour homosexuelles plus ou moins sentimentales ou plus ou moins hot selon le cas), et elle voit le monde à travers le prisme de sa passion. Et se persuade donc qu'Abe est en couple avec son meilleur ami, mascotte du lycée, poursuivi par toutes les filles du coin, et qui voit l'occasion de se débarrasser de ses admiratrices pot de colle. Le trio est d'ailleurs vite rejoint par Matsui, une autre otaku, qui a du mal à assumer son obsession pour la série Gundam notamment, et va tenter de pousser Rumi dans les bras d'Abe, afin de se réserver l'autre garçon. Vous suivez? non? c'est normal! Vous n'êtes pas otaku, tant mieux pour votre santé mentale.

Car il faut bien le dire, le titre ne parlera pas à tout le monde, ce n'est pas la peine d'insister si déjà les mots "shojo, otaku, et yaoi" vous laissent perplexes. Et c'est bien là le problème. Autant le début est assez sympa, avec quiproquos rigolos, autant ça tourne très vite en rond, laissant de côté le lecteur qui n'est ni familier, ni spécialement fan de l'univers en question. et le manque d'un mini lexique (par exemple pour "otome road" quartier de Tokyo surnommé ainsi " la rue des jeunes filles", pour son grand nombre de librairies spécialisées, oui, je suis passée là bas un peu par hasard, c'est vrai qu'il y en a à la pelle, aux vitrines décorées d'affiche sans équivoques.. ou plutôt très équivoques).
D'autre part comme je ne suis absolument pas fan de Yaoi, et autres du même style (en fait, ce qui compte pour moi, c'est le scénario, et on ne peut pas dire que le Yaoi brille en général par cet aspect, en tout cas le peu que j'ai pu voir). Donc ça reste quand même très "private joke", le lecteur se retrouve vite dans la peau du héros qui ne comprend rien au fonctionnement des deux folles-dingues. Sauf qu'il persévère. Ce que je ne vais surement pas faire. Apparemment il y a7 volumes, je lis un peu partout que ça se dégrade vers le 4 ou le 5°, sauf que l'ennui pointe déjà son nez dès la moitié du premier pour moi. Ce quatuor de choc qui se veut original sombre déjà dans la banalité, avec des situations téléphonées au possible, on devine déjà la fin, qui dérive sur une très banale double histoire d'amour bien plate, avec héroïne barrée mais finalement très fleur bleue pour ne pas dire potiche.

En fait ce titre aurait pu me plaire mais il est arrivé après d'autres parodies qui m'ont plus parlé: Switch Girl, plutôt drôle bien qu'inégal sur le côté négligé que cache toute fille digne de ce nom -impossible de ne pas s'y reconnaître un peu-, et surtout Host Club ( ne fuyez pas devant ce titre qui laisse présager le pire), qui tire à boulets rouges sur tous les clichés du manga lycéen, et même du manga tout court, des scénarios improbables, des films de yakuza, des jeux vidéos, avec cette fois, une héroïne pas potiche du tout, et une autre otaku, beaucoup plus drôle.
oui car Natsumi Konjoh est une mangaka

Ceci étant, je laisse donc Otaku girls à celles à qui le sujet parlera, vu le concert de louanges, j'ai du passer complètement à côté du titre, tant pis. Je vais de ce pas retourner aux bons gros mangas de baston, tiens, ça me changera, un peu de violence gratuite!
(z'avez vu comment j'annonce bien le prochain sujet BD?)