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mercredi 15 octobre 2025

Falling like leaves - Misty Wilson

 Tiens et si j'ajoutais à mon programme une lecture d'automne pas halloweenesque? Une cosy lecture, sans grande prétention.

En fait en cherchant quelque chose au travail, pour renseigner un lecteur, je suis tombée sur une liste de lectures automnales, et la couverture de celui-ci m'a paru sympa: feuilles, café, deux amis qui discutent dans une ambiance automnale, écharpes, (quoique le gars est plutôt légèrement vêtu pour un automne en montagne) feuilles, citrouilles...
La panoplie des clichés, mais finalement assez proche de ce que j'avais pu voir au Canada, il ne manque qu'une bouteille de sirop d'érable.


Renseignement pris, c'est tout ce que je n'ai pas l'habitude de lire, comédie sentimentale ET jeunes adultes. Mais bon, pourquoi pas, faut un début à tout, il est disponible pour moins de 4€ sur Amazon en VO, au moins une lecture facile, ça sera le prétexte de lire un peu d'anglais, et si c'est trop nunuche, j'aurais au moins ce point d'accroche, en plus en l'ouvrant sur une appli, je peux surligner les mots que je ne connais pas, voyons le bon côté des choses.

Bon évidemment, on voit venir l'intrigue à des kilomètres, et dès le départ il y a LES clichés qui me posent un gros problème.
L'Héroïne: Ellis, est une gentille fille, mais FORCEMENT de riche famille. Au moins, elle a conscience d'être une privilégiée, puisque grâce à son paternel qui est haut placé dans un groupe de presse, elle a pu décrocher à 17, 18 ans, un stage dans ledit groupe de presse, qui va être très valorisant sur son CV. Sans compter le bénévolat auprès de malades. 
Elle habite FORCEMENT New-York, et vu le niveau de vie de ses parents peut briguer, à l'aise, c'est le cas de le dire, l'université de Columbia à l'issue du lycée et de son stage. Et est FORCEMENT passionnée de mode.
Damn'! J'aimerais tellement lire quelque chose où une ado aurait un loisir autre que les clichés fifille. Une fana de mécanique, d'astronomie, d'informatique, de... allez, soyons fous. De linguistique!
Ben non, c'est la fille à papa, modeuse, et déjà rompue à la navigation dans le grand monde pour s'ouvrir les portes d'une prometteuse carrière à grand coup de sourires commerciaux. Y'en a plein les films dans comme ça.

Les parents sont incompréhensibles. Ils se sont fâchés et ni une ni deux, décident de se séparer, la mère emmenant de force sa fille pour le patelin FORCEMENT paumé où vit sa soeur, sans prendre une seule seconde en compte le fait que c'est clairement un coup de poignard dans le dos que de l'obliger à partir le lendemain même pour Trouperdu-sur-gadoue, sans pouvoir prévenir son employeur, son lycée qui reprend le lundi suivant pour la dernière année, ses amis, l'hôpital où elle est bénévole...
Je veux bien que tu te frittes avec ton mari, mais... laisse ta fille finir son stage au moins, elle peut habiter avec son père pendant quelque temps et venir te rejoindre aux vacances, c'est pas comme s'il fallait se saigner aux 4 veines pour lui payer un studio en plein New-York, alors qu'à Bramble Falls ( littéralement Cascade des ronces, tu le sens le côté accueillant?), les jobs d'étudiants, beeeeen... 

Sérieusement, ta fille ado fait un stage qui lui plaît, a une vie sociale correcte, et un avenir professionnel qui s'amorce bien, ne lui mets pas des bâtons dans les roues juste pour faire iéch ton futur ex-mari.  La mienne aurait sauté de joie si j'avais pu trouver un stage avant les études, comme elle a sauté de joie quand mon père m'a faite embaucher à mi temps en CDD de 15 jours l'été dans le magasin où il travaillait, vu que ça me permettait de mettre une première expérience sur mon CV. 
Le père lui, ben.. " on l 'a décidé pour toi, c'est comme ça". En mettant la principale intéressée au pied du mur, le samedi matin avant la rentrée, alors qu'elle est en train de remplir l'équivalent local de Parcoursup pour l'année suivante, quels parents admirables! Faudra pas vous étonner si votre fille fait une dépression, une fugue, ou simplement vous fait la gueule pendant des années. Mais c'est un souci quand dans un livre la fille de 17 ans est plus mature socialement que ses parents. En tout cas, c'est sa première pensée " que vais-je dire au patron qui m'a prise en stage? Et je dois faire une permanence à l'hôpital le week-end prochain, je ne peux pas les laisser en plan... Et le lycée qui commence après-demain ( visiblement la carte scolaire n'est pas un problème aux USA, et on peut changer d'établissement en 2 jours sans prévenir en amont). Les parents, ben "non, on l'a décidé, le monde doit s'adapter"... Duo d'irresponsables.
Ellis est très vexée et ça se comprend. Et elle arrive à cette conclusion, comme le lecteur d'ailleurs,  que sa mère l'a emmenée sur un coup de tête, très précisément pour emmerder son père.

Et là, les choses vont de mal en pis: non seulement, elles déboulent chez tante Naomi (la soeur de la mère, dont je ne sais même plus si elle-même a un nom, tant elle passe vite au second plan), qui n'a pas beaucoup de place, et donc Ellis est remisée comme un carton, au milieu des cartons, sur un lit de camp dans un grenier mal aéré; la tante est la maire du bled et organise un million de fêtes et événements autour de l'automne, parce que Bramble Falls c'est l'équivalent automnal de Rovaniemi pour Noël: fêtes des pommes, fêtes des citrouilles, soirée halloween, autres fêtes totalement absurdes pour un cerveau européen. En fait, tout le récit est l'équivalent automnal d'un film de Noël, gentillet et cliché, mélangé a une comédie lycéenne. Et même pas franchement drôle comme comédie, c'est une succession de scènes assez détachées les unes des des autres, dont la conclusion est invariablement " ceux qui ne s'entendent pas sont forcés par les circonstances de collaborer" mais l'autrice n'est pas très douée pour le côté humoristique.

En tant qu'européenne ça me parait toujours d'un exotisme incroyable ces lycéens de 16 ans qui n'ont droit qu'au jus de pomme en vertu de la loi, mais peuvent conduire un 4x4 pour aller au lycée. Ces fêtes dignes d'un bal des débutantes organisées officiellement par les lycées ( essaye de faire ça dans un lycée français et tout le monde sera scandalisé qu'on pousse les jeunes à faire la fête au lieu d'étudier), ces clubs de tout et n'importe quoi même au fin fond de la brousse (ça c'est cool par contre, mon collège ou mon lycée n'avaient pas d'orchestre ni de club de théâtre, pas de budget)

Et donc c'est comme ça que commence la nouvelle vie forcée d'Ellis, obligée par sa mère à prendre part à toutes les fêtes à la con de tata ( elle nous héberge gratuitement, donc c'est normal de lui rendre la pareille en te portant volontaire, y'a pas à négocier, tu es volontaire, tu mettras ça sur ton CV en tournant que tu as aidé à l'organisation des fêtes municipales de Trouperdu-sur-Gadoue), presque poussée par celle-ci à lâcher ses cahiers:  sa fille trop sérieuse est trop concentrée sur ses études et ses résultats, elle devrait se décoincer, suivre l'exemple de sa cousine un peu glandeuse, se faire des amis, sortir avec des mecs.... . En fait la mère pousse sa fille à être TOUT ce que les parents européens ne veulent pas.

Et là, Ellis retrouve la seule personne qu'elle connaissait, un copain de vacances pas revu depuis 4 ans, nommé Cooper (pas Bradley, mais pas loin, et qui de geek binoclard passionné par la pâtisserie est devenu une bombe atomique qui pousse de la fonte, FORCEMENT, on est dans un univers où un petit maigrichon à lunettes est disqualifié sur le marché du célibat*). 
Ex-coapin, donc, qui lui fait la gueule, oui mais pourquoi? Ellis semble avoir encore moins de compétences sociales que moi et c'est pas peu dire. Essaye au pif " lui avoir roulé un palot il y a 4 ans et avoir rapidement rompu tout contact téléphonique dans les semaines qui ont suivi sans t'expliquer", ça me parait une piste à creuser. Donc Cooper, son meilleur pote, mais dont elle avait oublié même jusqu'à l'existence.
* Et je suis le genre de personne qui préfère Clark Kent et sa discrétion, à Superman, ouaip.

Et donc mission de l'automne pour Ellis: se rabibocher avec Cooper, se rabibocher avec sa mère, et devenir une ado standard qui se fait des amis (elle n'en voit pas l'intérêt puisqu'elle espère se barrer pour toujours de là dès les vacances de Noël. Bon, là, c'est un peu concon, rien ne t'empêche de te faire des potes même dans un endroit où tu n'iras pas souvent.. a condition de leur envoyer au moins un sms dans l'année!), apprendre à aimer la simplicité... Je vous parie 10€ contre un petit pois ( je n'en suis qu'à la moitié au moment où j'écris)  qu'avant le dernier chapitre, elle a trouvé l'amour de sa vie, s'est prise de passion pour les tartes aux pommes et ne veut plus rentrer en ville.

Revenons aux parents:
le père est curieusement aux abonnés absents, ne répond pas au téléphone et a tôt fait de remplacer sa fille absente par une autre stagiaire, plus jeune, plus motivée (dis-le directement que ta fille était incompétente et qu'elle ne faisait pas l'affaire!). Et la mère est incompréhensible. Oui plus encore qu'il y a quelques paragraphes. Ellis découvre par hasard que sa mère sait peindre et aime ça, elle n'a plus pris les pinceaux depuis 20 ans, elle a quitté son travail de galeriste pour s'occuper de sa fille unique.
Bon, soit, MAIS ce n'était pas une mère célibataire ou divorcée, au contraire: une seule fille à s'occuper et qui s'occupe très bien seule d'ailleurs, pas de travail mais un mari qui ramène beaucoup d'argent, probablement pas un ménage à faire toute seule:  elle avait littéralement tout le temps de se consacrer à son loisir au moins une heure par jour. Rien ne l'obligeait à tout lâcher donc l'argument (assez mesquin et manipulateur d'ailleurs)  " j'ai arrêté pour m'occuper de toi" est irrecevable. De plus, elle se plaint de ne pas être proche de sa fille, laquelle n'a pas de loisirs, pas de goût pour l'art. Là aussi, le manque de logique me pose problème, vu que c'était la configuration idéale pour l'initier à l'art, lui apprendre à dessiner, l'emmener au musée, faire des trucs ensemble etc... or non. " Ma fille ne s'intéresse à rien à part les études, ben, tu lui as littéralement donné l'exemple de quelqu'un qui n'a pas de loisirs. La mère qui renonce à sa vie et en fait porter la responsabilité à sa fille, et le père carriériste, tu m'étonnes qu'elle ne soit pas " une ado normale". Je vous l'ai dit que les parents sont irresponsables dans cette histoire.

Après voilà, je me moque, tout comme j'avais tourné en dérision les romans Harlequin lors d'un défi lecture. Je ne suis pas le public cible, encore moins puisque le schéma " film de Noël mais à Halloween" est aussi cousu de fil blanc qu'un scénario noellesque à Noël. Je ne suis pas fan non plus de l'écriture constamment au présent alors qu'on n'est pas dans un format journal, mais dans un récit classique même s'il est narré du point de vue d'Ellis. Mais bon, ça passe mieux en anglais qu'en français (et c'est pas mal de ne pas avoir à se peler les preterit, past continous et autres pour une lecture vite fait). Je suis plus gênée par le fait que, disons-le " tout le monde il est beau - voire très beau- tout le monde il est gentil". Et là on a droit à des tartines pour nous dire , au cas où on l'oublierait d'un chapitre à l'autre que Cooper est une bombasse, que Jake est une bombasse mais un peu maladroit, que Chloé " la nana du cours de maths" est une bombasse.
Pour le bon point,ça se lit plutôt facilement - donc c'est bien quand on se remet d'un accident et qu'on a du mal à se concentrer-, mais c'est plus sucré que les milk shake à la citrouille que s'envoie Ellis à longueur de pages sans prendre un kilo ou avoir une seule carie, haut en calories, mais faible en intérêt dramatique, MAIS ça n'est pas désagréable à lire. 

Disons qu'au delà de la couverture plutôt jolie qui donne envie de soupe au potiron, de gratin de courge, et de muffins ( euh, aux marrons ou aux noisettes, pas au potiron quand même), j'espérais vu les bonnes critiques qu'a défaut d'être très original, il éviterait de patauger dans les clichés, et là, il y va franco, comme dans la boue de la campagne: fâcheries et réconciliations, crise familiale, fêtes agricoles avec charrettes à chevaux sorties de la petite maison dans la prairie, avec Cooper dans le rôle de Charles qui conduit la charrette, inéviables blessures pour donner aux ex amis l'occasion de se soigner l'un l'autre et se réconcilier, héroïne qui pourrait être sympa si elle avait des centres d'intérêts autre que la couture et la mode, inévitable joueur de foot sympa mais indécrottable campagnard, triangle amoureux, re triangle amoureux et au milieu... l'obligatoire personnage "de minorité": noir, rondouillard et a-genre aux pronoms indéfinis. Ca fait beaucoup pour un seul, mais limite ce serait plus intéressant de développer celui-ci, au lieu d'avoir le point de vue mille fois exploité de "la princesse à la campagne". Non, personnage sous employé destiné à remplir le quota de représentativité. D'une manière générale, à part Ellis, Cooper et Jake, les autres sont assez figurants. Je ne demande pas un roman fleuve avec des tas de rebondissements, mais que les personnages qui y sont soient un minimum utiles.

Dommage, ça manque d'enjeu et d'inventivité narratifs. Appliquer une recette à la lettre, c'est bon pour le gratin de courge, mais pas ce qu'il y a de mieux pour un livre qui ira vite rejoindre l'immense liste des " vite lus, vite oubliés". Mauvaise pioche, je suis sûre qu'il y a des lectures ado qui valet le coup, mais celle -là n'en fait pas partie..le côté " lecture détente" ne veut pas dire laisser passer les clichés quand ils sont trop gros ou que les grosses ficelles sont nouées de manière trop visibles. Même à 17 ans, je n'étais pas le public visé, et ça m'aurait paru oubliable, vu que j'aimais l'action, l'histoire, l'aventure..

vendredi 18 octobre 2024

SOS fantômes ( film 1984)

On continue et on recule encore de 10 ans.
Il faut dire que 1984 est une sacrée année filmique ( fantômes ET monstres), donc je vais probablement faire un doublé .
Mais Donc on commence avec le cultissime Ghostbusters, alias SOS fantômes, que je n'avais même pas vu au cinéma à sa sortie. J'avais 9 ans, et mes parents devaient penser que j'étais trop jeune, je ne l'ai donc vu que plusieurs années après. Mais je dois avoir encore quelque part un badge de l'époque, distribué par le cinéma. Et je ne l'avais pas revu depuis des lustres




Mais tout est culte là dedans entre la musique, les répliques ( il te boufferait la gueule en moins de 2! Ho la ravissante voix de soprano... Bon d'accord, c'est un chien. La prochaine fois qu'on te demande si tu es un dieu, tu réponds " oui"), les acteurs, les effets spéciaux...même la VF, étonnamment, c'est un film que je n'ai jamais vu en VO. Comme plusieurs films cultes de ma jeunesse en fait, j'ai du mal à passer le cap de le voir en VO à cause des voix françaises auxquelles je suis habituée, à force de les avoir entendues à l'époque de film en film. Il faudra que je tente la VO un jour quand même.
Et quand je dis culte, c'est que le film a fait un tel tabac qu'il y a eu non seulement des suites ( mais dans ma tête ça s'arrête à 2!), des figurines, tout un tas de posters, des badges comme le mien trouzmille produits dérivés, y compris une série animée ( où pour la version française, c'est Maurice " boulette" Sarfati qui double les personnages de fantômes)

Bon évidemment, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard ( invasion de fantômes et de démons à New-York et 3 couillons chercheurs en parapsychologie fraîchement licenciés vont en profiter pour monter leur petite entreprise, qui fait vite un carton) et on s'en fout parce que c'est de la pure comédie. Dan Aykroyd, Bill Murray et le regretté Harold Ramis ( né en 1944, mort en 2014, encore des chiffres en 4) sont à donf' et c'est hilarant. Mention spéciale aussi à Rick Moranis, le comptable casse-burnes accro aux vitamines et aux vidéos de fitness, possédé par un esprit qui dot avoir 5 ans d'âge mental.

Ce qui me fait beaucoup rire c'est que l'image des chasseurs de fantômes transportant partout un matos électronique qui bipe et clignote a tellement été scellée dans l'esprit des gens par le film, que même les illuminés qui veulent faire un business paranormal ou simplement des vidéos de chasse au fantôme ont le même genre de bidules, tout en se prétendant sérieux. Parce que chasser les fantômes à l'ancienne, avec du gros sel, ça n'impressionne personne probablement.

Mais oui, c'est vraiment le genre de film à voir/ revoir sans espérer un scénario profond, parce que franchement les fantômes sont tous plus cocasse les uns que les autres. Dois-je rappeler que l'image la plus mémorable du film est une mascotte chamallow géante qui fout le zbeul en ville et parodie King Kong?  A voir sans se prendre la tête. D'ailleurs, ça va aussi être le cas du suivant.
la frousse!

Juste pour le plaisir, parce que quand même c'est une BO absolument dingue, qu'elle était partout à l'époque et qu'on s'ambiance toujours autant sur la chanson titre. Du moins, moi!
Ray Parker Jr - Ghostbusters


Haaa, les néons, les coiffures, les fringues, c'est un concentré des années 80!

Ha et pour la petite info, si on va à New-York, on peut aller voir a caserne de pompiers qui sert de décor au QG des chasseurs de fantômes. Ici. J'y penserai quand j'aurai l'occasion d'y aller.

vendredi 11 octobre 2024

Shaun of the dead ( film 2004)

 Et c'est reparti pour le film du vendredi, édition Halloween. L'an dernier, j'ai fini avec une comédie néozélandaise sur les zombies, et donc, cette année je commence par une comédie anglaise sur des zombies aussi.
Figurez vous que je n'avais PAS pu voir Shaun jusqu'à présent, même s'il est sorti il y a 20 ans...
Et enfin l'occasion s'est présenté et... je ne regrette pas. C'est tellement anglais. Du thé, de l'humour absurde, des acteurs qui ont la tête de monsieur et madame tout le monde, des gags sortis de nulle part ( les deux groupes de survivants, semblables en tout points , jusqu'aux détails vestimentaires, qui se croisent entre deux palissades et font connaissance comme si de rien n'était " tiens je te présente mon cousin, ma mère, mon colocataire...",  en pleine apocalypse zombie).




Donc on a Shaun, le mec un peu raté qui bosse dans un magasin de matériel audio, en mode zombie, avec des collègues zombies, des clients zombies... tellement habitué à ne rien écouter jusqu'au bout qu'il ne se rend pas compte que des nouvelles alarmantes surgissent de toutes parts. Un satellite s'est écrasé quelque part au dessus de Londres, une épidémie de grippe très contagieuse se répand, de plus en plus de gens sont absents du travail à cause de ça, des SDF bouffent des pigeons tous crus dans les parcs, des gens sont attaqués et mordus par des quidams... L'apocalypse zombie a commencé, mais Shaun, habitué à son train train, ne voit rien. Faut dire que lui même a tout du zombie dès le réveil, et vit avec deux colocataires, dont Ed, son meilleur pote, parasite, petit dealer, qui passe sa vie à zombifier sur le canapé en jouant à des jeux vidéos. Donc.. pour Shaun tout est normal, jusqu'à ce que sa nana, lassée de son apathie , le plaque. Donc, double problème: il va lui falloir à la fois essayer de survivre, et reconquérir le coeur de sa petite amie.
Ce qui vaut au film le sous titre de " comédie romantique avec des zombies", car bien sûr rien ne resserre les liens que d'avoir à massacrer des morts vivants ensemble.
Et c'est l'anti Walking Dead, qui commençait bien et devenait vite ennuyeux à force de se perdre dans des intrigues relationnelles sans intérêt. Là, la rupture et l'épidémie mondiale sont mises au même niveau, et c'est ça qui est drôle. Que faire, où se réfugier.. il faudrait trouver un endroit avec portes blindées, où on puisse manger, boire, fumer et s'occuper - en espérant qu'un débile n'ait pas l'idée de défoncer la fenêtre à coup de chaise pour y entrer, mais préparez -vous tout le monde est plus ou moins crétin dans ce film, à un moment ou un autre -  et le pub est un choix parfait, bien qu'il soit précisément la cause de la rupture de Shaun.

On ne sait pas comment ça commence, toutes les explications amorcées sont ignorées par le personnage principal. On ne sait pas comment ça finit, mais on sait que certains zombies on survécu, son devenus inoffensifs, et peuvent servir de main d'oeuvre taillable et corvéables à merci, ou comme distraction du style " vachette d'interville", donc il y a malgré tout quelques piques sur la zombification des masses via les médias. Vu que pour certains, ça ne change strictement rien à leur mode de vie antérieur.
Décor: quelconque
Costumes: banals
Equipe: bancale
y'a pas de doutes, ce réalisme n'est vraiment pas hollywoodien, où de super beautés survivent en chemise propre et brushing impeccable, c'est un film anglais. Et c'est tant mieux.



Et que serait un film anglais sans une bande son aux petits oignons? Forcément un film qui massacre du zombie à coup de ... jambe coupée sur fond de " Don't stop me now" et place de manière délicieusement absurde" You're my best friend", ... j'ai envie de dire , du moment que tu mets du Queen dans ta bande son, tu gagnes des points avec moi. Et caler Goblin ( groupe italien de rock progressif, auteur de l'excellente BO de Suspiria et de Danw of the Deads de George Romero), c'est encore mieux!

cadeau: la playlist de la topissime BO
Et si on rajoute le gag qui m'a fait plaisir, où Shaun et Ed lapident des zombies à coup de disques vinyles, en mode " pigeon d'argile", maiiiis en choisissant soigneusement quels disques utiliser :D

- Purple Rain?
- Certainement pas!
- Sign O' the Times?
- Encore moins!
- Batman... la BO?
- Vas-y!
- Dire Straits?
- Lance-le!

Les gars, je vous suis reconnaissante d'avoir épargné deux excellents albums, j'aurais fait pareil. Mais pourquoi tant de haine pour Batman, ce n'est pas le meilleur, mais quand même...y'a de bon titres dessus.

Je vois que  Shaun est le premier film d'une "trilogie sans et cornet de glace" ( parce que dans chaque film, un personnage mange un cornet de glace) dont chacun parodie un genre cinématographique précis: Ici, le film d'horreur, le second est une parodie de film policier et le troisième une parodie de SF. Nul doute que je vais continuer et regarder les suivants, histoire de  retrouver les acteurs principaux dans des univers différents ( très bande de copains, avec la présence appréciée du trop rare Bill Nighy que j'aime beaucoup, les autres étaient une découverte, et un mini caméo de Martin Freeman)

En tout cas ce mois Halloween commence parfaitement!

lundi 14 novembre 2022

Piter FM ( film 2006)

Allez, après Halloween, on quitte doucement l'ambiance macabre pour un peu de comédie, ça fait toujours du bien. Je n'ai pas choisi le 14 novembre pour rien: Il y a un an jour pour jour, et après des mois d'incertitudes je posais enfin mes valises à Saint Pétersbourg... sans savoir que mon expérience allait tourner court dès fin février.😭

Je continue avec les films russes, cette fois une comédie contemporaine, pas inoubliable mais plutôt sympathique dans le genre tranche de vie. Le film est à petit budget et ça se voit, mais les acteurs s'amusent bien. Je vois qu'il a eu le prix du premier meilleur film au festival de Honfleur, donc il a été distribué en France, mais...je n'en avais jamais entendu parler.
Je l'ai vu coupé en morceaux, sur une plateforme très sympa , permettant de voir des films étrangers ( et en particulier de pays slaves) en VO et en étudiant le vocabulaire, mais la traduction et les fiches mémo qu'on peut se faire proposent par défaut une traduction en anglais, qu'on ne peut pas enlever.
Donc à part de se faire ses propres fiches sur anki ( ou en format paspier pour les adeptes du système " fiches et boîte à chaussures") la traduction de chaque réplique n'est qu'en anglais.
Ici: Piter FM


On ne cherche en rien à être original, les héros ont les prénoms tout à fait génériques de Macha et Maksim, mais ho, joie, ce n'est pas une histoire d'amour entre les deux ( on peut supposer que ça évolue comme ça après le générique de fin, ou de manière totalement différente, mais à chacun son opinion). L'important c'est de montrer le quotidien et les relations entre les gens dans uen rgande ville, en l'occurence Saint Pétersbourg. Et j'ai été ravie de voir sur l'écran, après mon retour, des endroits que j'ai visité. C'est tout à fait autre chose que de voir le film avant d'y aller.

A ma gauche, Macha, trentenaire farfelue qui travaille comme annonceuse sur Piter FM " Radio Piter", petit surnom familier de la ville de Saint Pétersbourg., une grande station de radio . Son travail consiste principalement à annoncer les prévisions météos, les conditions de circulation, présenter les nouveautés musicales et les sponsors, et annoncer les messages personnels et les disques à la demande. Bref rien de bien passionnant... une speakerine.
Macha est en stress ce matin là, elle doit aller avec Kostia, son fiancé, aller acheter sa future robe de mariée, réserver une voiture, etc..Macha et Kostia se marient bientôt, ce qui la met sous pression. A l'approche de ce grand changement, elle se demande si elle fait le bon choix. Elle et Kostia se connaissent depuis la primaire, sortent ensemble depuis des années et, leur relation est déjà enlisée dans le train train, usée.. le résultat de l'habitude. Elle le sait au fond d'elle et n'ose pas se l'avouer ni l'avouer à Kostia: elle l'aime comme un copain d'enfance, mais s'ennuie à mourir avec lui. Ou plutôt ce qu'il est devenu, un homme d'affaires obsédé par le temps, l'argent, la respectabilité, rugeux avec les gens pour montrer son importance... ne lui convient plus du tout. Or, rompre ou simplement mettre les choses à plat lui ferait de la peine et elle préfère lui mentir et se mentir pour "le ménager".
On sait tous très bien que se marier ou simplement continuer à sortir avec quelqu'un par défaut parce qu'on le connaît et qu'on ne veut pas le froisser, c'est une très mauvais idée - qui se soldera d'ailleurs par un divorce ou une séparation très rapide.
Macha est pétulante et originale, Kostia est routinier et soucieux des apparences, ils ne sont simplement plus fait l'un pour l'autre.

A ma droite Maksim: il est architecte, et vient de gagner un concours dont le prix était un emploi en Allemagne. Il a quelques jours pour faire ses valises et partir rejoindre son nouveau travail. Mais un départ aussi soudain demande beaucoup de démarches administratives qui l'ennuient et lui font reconsiderer la chose: veut-il vraiment quitter sa vie et ses amis? Il n'a objectivement aucune raison de rester: le travail s'annonce passionnant et lucratif, c'est l'occasion d'une expérience à l'étranger, et sa copine l'a plaqué peu de temps avant. Mais on ne quitte pas facilement Saint Pétersbourg.

Ces deux là ne vont PAS se rencontrer, en tout cas, pas physiquement, bien qu'ils en cessent de se croiser: Le matin même, sur le chemin du travail, Macha a perdu son téléphone portable, puis une fois au travail, elle a dédié un disque à la demande "à Maksim, l'architecte chanceux qui vient de trouver un travail en Allemagne, de la part de ses amis". Maksim écoute souvent l'emission matinale et entend l'annonce, mais il ne sait pas que le téléphone qu'il a ramassé le matin même sur le trottoir, perdu quelques secondes plus tôt par quelqu'un est celui de la dame de la radio qui vient précisément de lui dédier une chanson. Lorsqu'elle appelle son propre numéro pour savoir où est son téléphone et fixer un rends-vous pour le récupérer, il ne reconnait pas la voix de la radio. Et puis "Macha" ... il y en a des centaines à saint Pétersbourg. Pendant 3 jours, ils vont se fixer des rendez-vous qui tombent à l'eau, à cause du travail de Macha, d'un imprévu administratif de Maksim qui traîne en longueur, d'un pv...
Mais les discussions se prolongent, et il est parfois plus simple de raconter sa vie et ses problèmes à un inconnu. L'un comme l'autre se rendent compte au fil de ces parenthèses téléphoniques, que leurs vies ont pris un sens qui leur déplaît, et finissent pas se soutenir l'un et l'autre pour prendre leurs responsabilités et faire ce qui comptent vraiment pour eux.
Macha comprend que sa relation ne mène à rien et qu'elle doit rompre. Maskim comprend au contraire que sa vie actuelle lui plaît et qu'il ne veut pas en changer. Ils ont trouvé un interlocuteur leur permettant de faire le point, puisqu'ils n'arrivent pas à s'exprimer avec leurs proches.

Et au delà de ces deux là, en toile de fond, la ville est un personnage à part entière.
C'est une histoire d'amour oui... mais dédiée surtout à Saint Pétersbourg, chose que je comprends tout à fait.
Le jour même où j'y ai mis les pieds, j'ai voulu y rester. J'ai ressenti cet étrange phénomène de me dire " je suis rentrée chez moi". J'y avais passé 3  jours en 2016, et j'avais eu la sensation d'y avoir laissé un bout de moi, de ma conscience . Et là, je venais de le retrouver.
Le destin en a décidé autrement, et je peux vous dire que je n'ai qu'une idée en tête: y retourner et y rester vraiment. Le morceau de conscience qui y est resté cette fois est encore plus grand.

Donc un petit film très sympa, dont le vrai sujet est " reprendre sa vie en main", assez fûté pour ne pas conclure en casant obligatoirement ses héros - ce qui se passe après le film est laissé au choix de chaque spectateur - et qui m'a faite sourire parce que " haaaa mais je connais cet endroit, hooo mais j'y suis allée!".
C'est une comédie Russe, donc un style beaucoup basé sur ce concept d'un personnage en crise qui doit se remettre à flot. Ce n'est pas de la grosse rigolade, plutôt de la comédie qui fait sourire, en montrant par exemple à quel point les problèmes viennent d'une administration qui freine des 4 fers ( les français comprendront tout de suite " le laisser-passer A 38"), la "propiska" est un sujet inépuisable de malentendus et de contournements plus où moins légaux: il s'agit d'une inscription obligatoire sur son lieu de logement, héritée de siècles de nécessités d'indiquer sans cesse où on réside. Impossible d'emménager ou de quitter un apparement sans faire des démarches d'incriptions ou de désinscriptions. Et dans les grandes villes, à cause de la demande plus haute que l'offre, il faut souvent ruser. J'y reviendrai prochainement en parlant d'un film des années 20 qui avait déjà un quiproquo à ce sujet.

un film avec un split screen (ça reste encore la manière la plus simple de montrer deux personnes au téléphone ou ce que chacun fait de son coté en attendant l'autre... au mauvais endroit)


mardi 12 juillet 2016

Le Misanthrope - Molière

Ho, un Molière que je n'avais encore ni lu, ni vu.
En cette première semaine de RAT d'été, et en plein festival, il me fallait au moins une lecture théâtrale. Au minimum!

Et donc de passage chez ma mère, j'ai pris, un peu au hasard, le premier venu sur l'étagère Molière ( ça me fait bizarre de me replonger dans un classique Larousse, mais pas ceux que j'ai connus moi au lycée,  non, ceux de la période 50/60, la génération de mes parents avec couverture violette indistincte.Je ne sais pas si c'est mon père où ma mère qui a du l'étudier en cours, tiens...)
oui, et ça sent bon le vieux papier,

Ca s'appelle donc le Misanthrope. Mais à la lecture on comprend vite que ça pourrait aussi se titrer " l'asocial", "le colérique" ou même "le casse-bonbon". Oui.

Car Alceste, notre héros, plus qu'un misanthrope est en fait un intransigeant, qui ne peut supporter les travers horripilants de certains de ses contemporains: La jalousie, la mesquinerie, la médisance, l'hypocrisie.
A tout cela, on ne peut pas franchement lui donner tort, bien au contraire.

Mais pas de chance pour Alceste, il évolue dans la bonne société, la très haute société du XVII° siècle, celle des coquettes pour qui la médisance est une seconde nature, et des petits marquis, qui se gonflent d'importance de pouvoir assister au lever ou au coucher du roi. autant dire, le pire panier de crabes possible.
Et autant de raison de se fâcher pour Alceste, qui ne fait pas dans la demie mesure et ne se contente pas de réprouver silencieusement. bien au contraire, il tempête, il rage et fait du foin, souvent de manière démesurée. Ce défaut fait qu'il est encore malgré tout bien en vue dans cette société, où son extravagance fait rire et ne déplaît pas, en particulier aux dames qui trouve sont honnêteté plutôt charmante, bien que bruyante.
Mais évidemment, on est dans une comédie, donc ce râleur invétéré, en plus d'amuser involontairement la galerie, est doublé d'un naïf, qui s'est entiché de Célimène, femme intelligente et piquante.. surtout quand il s'agit de médire à droite et à gauche. Tout ce qu'Alceste déteste. Et il en a conscience et vient d'ailleurs, tout au long de la pièce, essayer de demander à Célimène si elle compte un jour, se décider entre lui et la nuée de prétendants qui l'entoure, et changer son comportement bien trop mondain. Essayer seulement car sans cesse, quelqu'un arrive et l'interrompt.

C'est une pièce étrange, à la fois humoristique: le côté colérique outré du héros, les interruptions dont il est sans arrêt la victime, le petits marquis ridicules qui courtisent Célimène. Oronte en particulier, qui casse littéralement les pieds à tout le monde  et à Alceste en particulier pour avoir son avis sur un sonnet de sa composition.. mais ne supporte pas qu'on lui dise que son texte est mauvais! et va jusqu'à intenter un procès pour que la justice lui donne raison sur le sujet " le texte est peut être mauvais, mais les conventions sociales font qu'il aurait dû, poliment, le trouver bon".
Mais aussi se teinte d'autres choses: le sarcasme envers les moeurs et les conventions de l'époque ( comment donner tort à Alceste sur le fond de ses colères, même si elles prennent des proportions qui le rendent ridicule), mais aussi sur l'impossibilité de pourvoir tout seul changer les choses et les gens ( et il fallait bien  s'attendre que Célimène qui dit du mal de tout le monde en dise aussi de ses prétendants.. et le fait qu'elle se fasse plaquer par les 4 en même temps est plutôt jouissif...Hé oui, à courir plusieurs lièvres, on repart les mains vides)

Du coup, j'ai beaucoup aimé cette demi teinte, d'une comédie moins franchement rigolote, mais plus sarcastique, plus grinçante que d'autres. Et je préfère la subtilité de cette peinture de moeurs aux coups de bâtons guignolesques des fourberies de Scapin, qui m'a toujours ennuyée. Mais poliment, sans rouspéter, bien que dans l'absolu, je me sente assez proche d'Alceste sur certains points.

Prochaine mission, voir la pièce. Il y a une version disponible sur le site de l'INA, filmée en 1977 dont la distribution me tente bien.. Quand je serai un peu plus en fonds, je prendrais un pass (3€/ le mois, sur un mois ou deux, c'est possible, d'autant que le premier mois est gratuit), pour voir tout ce qui me tente (yep! je vais enfin voir la fin de Belphégor, ou Chorus, emission musicale qui programmait The Police, the Cure, james Brown, John Lee Hooker autant qu'Art Blakey, Téléphone, Magma ou Rory Gallagher)