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samedi 1 avril 2023

Histoire de la Russie d'Amérique et de l'Alaska - Michel Poniatowski

 Ca faisait longtemps que je n'avais pas parlé de lectures et pour cause, voilà ce qui m'a occupée de fin février à maintenant.
Une fiche de lecture développée à faire sur cet ouvrage.

Je ne vais donc pas rentrer dans le détail, au cas où l'un de mes camarades futurs tomberait dessus, mais simplement évoquer vite fait cet ouvrage méconnu sur ce sujet méconnu aussi.

Pour préciser, ce cours là n'était pas prévu pour moi cette année, mais l'une des profs de l'université étant absente, il a fallu que l'université cherche une solution de secours pour que ma promotion puisse valider cette matière. Donc on colle en second semestre de M2 une matière de premier semestre de M1, que certains ont déjà passée l'an dernier d'ailleurs. Ce n'est pas mon cas, j'étais à Saint Pétersbourg, donc le problème ne se pose pas, ça ne fait pas doublon. Mais avoir  mois et demi pour se farcir le programme qui correspond en théorie à une trimestre complet, ce sont les études en "mode expert". 
C'est une organisation qui mérite un "laissez-passer A38 d'or"

Mais, il y a pire: ho joie de ceux qui l'ont déjà passée l'an dernier et doivent se la refaire sous un autre code, en remplacement.

Et il n'y a sur ce sujet que ce seul ouvrage accessible au grand public. Datant de 1958 et donc  commander en ligne parce que pas disponible en bibliothèques chez moi, évidemment.

C'est le seul absolument le seul ouvrage édité sur ce sujet en français.
Il y a des ouvrages scientifiques , de chercheurs en histoire en russe et en anglais, mais  le sujet n'a pas été abordé vraiment en français.
Et je n'avais pas la possibilité matérielle de lire un ouvrage de plus de 300 pages en anglais ou en russe sur la géopolitique en moins d'un mois pour préparer un examen imprévu au départ.


Car le saviez-vous? L'Alaska a été pendant tout le XVIII° siècle et une bonne partie du XIX° une colonie russe. Une terre d'outremer qui a connu un destin similaire à la Louisiane pour la France: trop loin, trop difficile d'accès, ça coûte beaucoup d'argent, et ça n'en rapporte pas beaucoup, malgré la présence d'or, argent, cuivre et charbon, peu accessibles.

Donc comme pour la Louisiane, le bout de terre a été revendu par les autorités au pays en train de se développer: les USA. Qui n'a pas trop su quoi faire de cette patate chaude. Ou plutôt très froide.
Certes, il y a de l'or, du bois, du pétrole, mais c'est loin de tout.

La Russie avait conquis ces territoires inhospitaliers pour une seule raison: la chasse pour le commerce de fourrure. Les animaux de Sibérie dont la fourrure était recherchée s'était raréfiés et les survivants étaient devenus très méfiants, il a donc fallu aller plus loin.
Ce livre n'est pas celui d'un chercheur, il date de 1958 et est rédigé par Michel Poniatowski,  homme politique, un peu avant d'entamer sa vraie carrière.
Donc écrit en période de guerre froide, où la Russie, devenue URSS se mordait les doigts d'avoir cédé ce qui devenait une tête de pont américaine à proximité de ses côtes les plus orientales. Tout ça pour espérer signer un traité d'amitié ou d'amitié " commerciale" avec les USA au milieu du XIX° siècle, plutôt que de le vendre à l'Angleterre,  qui avait déjà les territoires canadiens. O la Russie de l'époque était en guerre commerciale avec les anglais, donc pas question de leur céder le moindre terrain, autant le vendre justement, aux pires ennemis des anglais, ceux qui ont rué dans les brancards.

Si vous avez regardé un planisphère un jour en vous demandant " mais pourquoi ce bout, loin de tout, collé au Canada n'est pas une province canadienne mais un état des USA? C'est pas logique". Ben voilà. ce n'est pas logique. C'est la conséquence d'une mésentente entre la Russie et l'Angleterre au milieu du XIX° siècle.

Le sujet n'est peut être pas super tentant comme ça,mais le livre est bien écrit, de manière assez littéraire et raconte la conquête de la Sibérie et de l'Alaska comme un roman d'aventure ( un peu trop, il manque de rigueur pour une exploitation en tant que source pour un travail universitaire) Mais ça se laisse lire et j'ai découvert des choses que j'ignorais totalement, comme le fait que ces territoires loin de tout sont devenus une plaque tournante du commerce dans le Pacifique, au tout début des échanges commerciaux mondialisé. Et que la Russie, va ces postes avancés en Amérique, commerçait avec la Californie et Hawaï, au point que les rois rivaux de deux îles d'Hawaï, très malins et ayant compris l'intérêt stratégique de leur emplacement pour les ravitaillements, n'hésitaient pas à s'allier avec les puissances opposées.. pour se faire la guerre entre eux. Enfin, jusqu'au moment de s'allier et de mettre tout le monde dehors.
Bref c'est intéressant, raconté comme un roman, je m'attendais à quelque chose de très aride, et ça ne l'est pas , hormis le dernier chapitre contemporain, remplis de chiffres, qui évoque la position stratégique de l'Alaska en 1958 ( du coup, oui, c'est obsolète, puisque antérieur à la fin de la guerre froide.)

Mais en effet, je ne m'étais jamais vraiment intéressée à ce coin là du globe et je me suis prise à chercher des images, et wow.
Ca y est j'ai envie d'y aller.
apparemment ça n'a pas trop changé depuis le temps

Ou à essayer d'imaginer d'après les descriptions (et c'est hyper du pour moi) la Californie de 1830, un endroit sauvage où il n'y a que quelques pueblos tenus par des religieux espagnols, qui s'entendent plutôt bien avec les populations amérindiennes locales.

Des pueblos nommés Sacramento, San Diego, San Francisco...  qui se sont aussi développés en partie via le commerce portuaire avec entre autre la Russie.

Ca y est j'ai envie d'y aller. Apparemment ça a BEAUCOUP changé depuis le temps !

Enfin voilà, la lecture n'était pas trop pénible, même instructive sur un sujet que je ne connaissais pas et auquel je n'aurais jamais pensé m'intéresser un jour. donc c'est toujours bien d'apprendre des choses.
Même s'il n'entre pas dans la thématique tour du monde puisque Poniatowski, malgré son nom est français, bien que descendant du dernier roi de Pologne. Damn' je ne peux même pas le classer comme auteur polonais.

a la limite en challenge classique, puisqu'il date de 1958, ça me permettra de lui donner de l'audience.

Allez oui

un essai de 1958.


Idée n°96: une carte ou un plan

lundi 14 novembre 2022

Piter FM ( film 2006)

Allez, après Halloween, on quitte doucement l'ambiance macabre pour un peu de comédie, ça fait toujours du bien. Je n'ai pas choisi le 14 novembre pour rien: Il y a un an jour pour jour, et après des mois d'incertitudes je posais enfin mes valises à Saint Pétersbourg... sans savoir que mon expérience allait tourner court dès fin février.😭

Je continue avec les films russes, cette fois une comédie contemporaine, pas inoubliable mais plutôt sympathique dans le genre tranche de vie. Le film est à petit budget et ça se voit, mais les acteurs s'amusent bien. Je vois qu'il a eu le prix du premier meilleur film au festival de Honfleur, donc il a été distribué en France, mais...je n'en avais jamais entendu parler.
Je l'ai vu coupé en morceaux, sur une plateforme très sympa , permettant de voir des films étrangers ( et en particulier de pays slaves) en VO et en étudiant le vocabulaire, mais la traduction et les fiches mémo qu'on peut se faire proposent par défaut une traduction en anglais, qu'on ne peut pas enlever.
Donc à part de se faire ses propres fiches sur anki ( ou en format paspier pour les adeptes du système " fiches et boîte à chaussures") la traduction de chaque réplique n'est qu'en anglais.
Ici: Piter FM


On ne cherche en rien à être original, les héros ont les prénoms tout à fait génériques de Macha et Maksim, mais ho, joie, ce n'est pas une histoire d'amour entre les deux ( on peut supposer que ça évolue comme ça après le générique de fin, ou de manière totalement différente, mais à chacun son opinion). L'important c'est de montrer le quotidien et les relations entre les gens dans uen rgande ville, en l'occurence Saint Pétersbourg. Et j'ai été ravie de voir sur l'écran, après mon retour, des endroits que j'ai visité. C'est tout à fait autre chose que de voir le film avant d'y aller.

A ma gauche, Macha, trentenaire farfelue qui travaille comme annonceuse sur Piter FM " Radio Piter", petit surnom familier de la ville de Saint Pétersbourg., une grande station de radio . Son travail consiste principalement à annoncer les prévisions météos, les conditions de circulation, présenter les nouveautés musicales et les sponsors, et annoncer les messages personnels et les disques à la demande. Bref rien de bien passionnant... une speakerine.
Macha est en stress ce matin là, elle doit aller avec Kostia, son fiancé, aller acheter sa future robe de mariée, réserver une voiture, etc..Macha et Kostia se marient bientôt, ce qui la met sous pression. A l'approche de ce grand changement, elle se demande si elle fait le bon choix. Elle et Kostia se connaissent depuis la primaire, sortent ensemble depuis des années et, leur relation est déjà enlisée dans le train train, usée.. le résultat de l'habitude. Elle le sait au fond d'elle et n'ose pas se l'avouer ni l'avouer à Kostia: elle l'aime comme un copain d'enfance, mais s'ennuie à mourir avec lui. Ou plutôt ce qu'il est devenu, un homme d'affaires obsédé par le temps, l'argent, la respectabilité, rugeux avec les gens pour montrer son importance... ne lui convient plus du tout. Or, rompre ou simplement mettre les choses à plat lui ferait de la peine et elle préfère lui mentir et se mentir pour "le ménager".
On sait tous très bien que se marier ou simplement continuer à sortir avec quelqu'un par défaut parce qu'on le connaît et qu'on ne veut pas le froisser, c'est une très mauvais idée - qui se soldera d'ailleurs par un divorce ou une séparation très rapide.
Macha est pétulante et originale, Kostia est routinier et soucieux des apparences, ils ne sont simplement plus fait l'un pour l'autre.

A ma droite Maksim: il est architecte, et vient de gagner un concours dont le prix était un emploi en Allemagne. Il a quelques jours pour faire ses valises et partir rejoindre son nouveau travail. Mais un départ aussi soudain demande beaucoup de démarches administratives qui l'ennuient et lui font reconsiderer la chose: veut-il vraiment quitter sa vie et ses amis? Il n'a objectivement aucune raison de rester: le travail s'annonce passionnant et lucratif, c'est l'occasion d'une expérience à l'étranger, et sa copine l'a plaqué peu de temps avant. Mais on ne quitte pas facilement Saint Pétersbourg.

Ces deux là ne vont PAS se rencontrer, en tout cas, pas physiquement, bien qu'ils en cessent de se croiser: Le matin même, sur le chemin du travail, Macha a perdu son téléphone portable, puis une fois au travail, elle a dédié un disque à la demande "à Maksim, l'architecte chanceux qui vient de trouver un travail en Allemagne, de la part de ses amis". Maksim écoute souvent l'emission matinale et entend l'annonce, mais il ne sait pas que le téléphone qu'il a ramassé le matin même sur le trottoir, perdu quelques secondes plus tôt par quelqu'un est celui de la dame de la radio qui vient précisément de lui dédier une chanson. Lorsqu'elle appelle son propre numéro pour savoir où est son téléphone et fixer un rends-vous pour le récupérer, il ne reconnait pas la voix de la radio. Et puis "Macha" ... il y en a des centaines à saint Pétersbourg. Pendant 3 jours, ils vont se fixer des rendez-vous qui tombent à l'eau, à cause du travail de Macha, d'un imprévu administratif de Maksim qui traîne en longueur, d'un pv...
Mais les discussions se prolongent, et il est parfois plus simple de raconter sa vie et ses problèmes à un inconnu. L'un comme l'autre se rendent compte au fil de ces parenthèses téléphoniques, que leurs vies ont pris un sens qui leur déplaît, et finissent pas se soutenir l'un et l'autre pour prendre leurs responsabilités et faire ce qui comptent vraiment pour eux.
Macha comprend que sa relation ne mène à rien et qu'elle doit rompre. Maskim comprend au contraire que sa vie actuelle lui plaît et qu'il ne veut pas en changer. Ils ont trouvé un interlocuteur leur permettant de faire le point, puisqu'ils n'arrivent pas à s'exprimer avec leurs proches.

Et au delà de ces deux là, en toile de fond, la ville est un personnage à part entière.
C'est une histoire d'amour oui... mais dédiée surtout à Saint Pétersbourg, chose que je comprends tout à fait.
Le jour même où j'y ai mis les pieds, j'ai voulu y rester. J'ai ressenti cet étrange phénomène de me dire " je suis rentrée chez moi". J'y avais passé 3  jours en 2016, et j'avais eu la sensation d'y avoir laissé un bout de moi, de ma conscience . Et là, je venais de le retrouver.
Le destin en a décidé autrement, et je peux vous dire que je n'ai qu'une idée en tête: y retourner et y rester vraiment. Le morceau de conscience qui y est resté cette fois est encore plus grand.

Donc un petit film très sympa, dont le vrai sujet est " reprendre sa vie en main", assez fûté pour ne pas conclure en casant obligatoirement ses héros - ce qui se passe après le film est laissé au choix de chaque spectateur - et qui m'a faite sourire parce que " haaaa mais je connais cet endroit, hooo mais j'y suis allée!".
C'est une comédie Russe, donc un style beaucoup basé sur ce concept d'un personnage en crise qui doit se remettre à flot. Ce n'est pas de la grosse rigolade, plutôt de la comédie qui fait sourire, en montrant par exemple à quel point les problèmes viennent d'une administration qui freine des 4 fers ( les français comprendront tout de suite " le laisser-passer A 38"), la "propiska" est un sujet inépuisable de malentendus et de contournements plus où moins légaux: il s'agit d'une inscription obligatoire sur son lieu de logement, héritée de siècles de nécessités d'indiquer sans cesse où on réside. Impossible d'emménager ou de quitter un apparement sans faire des démarches d'incriptions ou de désinscriptions. Et dans les grandes villes, à cause de la demande plus haute que l'offre, il faut souvent ruser. J'y reviendrai prochainement en parlant d'un film des années 20 qui avait déjà un quiproquo à ce sujet.

un film avec un split screen (ça reste encore la manière la plus simple de montrer deux personnes au téléphone ou ce que chacun fait de son coté en attendant l'autre... au mauvais endroit)


mardi 1 novembre 2022

Les chroniques de Viy 3 (Film 2019)

 Et voilà, suite et fin de cette surprenante trilogie et..
Ouiiiii je ne l'avais carrément pas vu venir, l'identité du nazgûl coupable. A voir toujours sur le même site, pour un tarif assez modeste ( 3 ou 4 euros seulon que vous voulez une version HD ou SD. Mais je ne l'avais aps dit, pour els allergiques au sous-titrage, les trois existent doublés en français)

Cette fois le sous-titre est "une terrible vengeance" est c'est aussi le titre d'une des nouvelels des Veillées du hameau que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire. Mais partez du principe que presque toutes les nouvelles parlent de sorcellerie.


Ah oui, et pour prouver mes précédents dires, cette fois, même l'affiche me fait un clin d'oeil Sauron, côté rouge, perché sur la flèche de l'amirauté. Je ne l'avais pas dit mais Viy est un démon particulier, il a des paupières très lourdes, atteignant le sol et qu'il ne peut pas soulever seul. Mais quiconque les soulève et regarde dans ses yeux est bien mal barré. Donc l'oeil est bien un motif 100% lié au contexte de la nouvelle, même s'il appelle une référence au Seigneur des anneaux... qui a été écrit bien plus tard. Ce n'est pas simplement une référence  gratuite au film de Jackson non plus. Mais dans ce cas là, puisque le contexte s'y prête, autant ne pas s'en priver.


Donc nous avions laissé il y a 2 jours le malchanceux Niko, dans les choux après une éprouvante séance d'exorcisme du Viy, le démon. Bon là, le scénario est évident: le héros ne peut pas être mort, tout le monde dans la salle sait qu'il a un glorieux avenir d'écrivain  qui l'attend, donc relax, il va s'en sortir.

Qu'est ce qu'il se passse quand on est épileptique et qu'on fait un exorcisme? On tombe dans les pommes.
Et quand on est malchaceux? Ben, les gens vous croient mort.
Et très malchanceux? Ben, non seulement ils vous croient mort et organisent vos funérailles avant de vérifier que vous l'êtes vraiment.
Et quand on est le roi des poissards? On se réveille mort dans son cercueil, avec des visions cauchemardesques, on arrive à sortir de sa tombe en mode zombie, tout le monde est content.Vous, certes, mais surtout les autorités de pouvoir vous coffrer car, si vous n'êtes pas le criminel puisque les crimes ont commencé avant votre arrivée,  vous êtes au minimum son complice et donc... la justice n'attend que de vous juger et vous pendre.

Ca ne peut pas être pire non? Ben.. si, parce que quand une population superstieuse a vu un gars supposé mort sortir de sa tombe, elle en déduit, non pas qu'il a eu la chance de ne pas être enterré vivant suite à erreur médicale et aussi la chance d'avoir un cercueil fragile en bois de récupération, mais que c'est un sorcier, et qu'il faut donc le brûler sur le champ.
Et si la crémation est impossible pour cause d'orage instantané (et providentiel, provoqué par une gentille sorcière mais chut parce que les autres lui feraient aussi la peau) la population, qui devrait se dire que " c'est ptêtre bien un signe divin, on s'apprêtait à brûler un innocent, qu'est-ce qu'on est bêtes!" en conclut que " le barbecue est remis, on n'a qu'à le pendre, ça fera l'affaire". Comment Nikolaï-la- scoumoune va-t- il se sortir de ce mauvais pas? D'autant que pendant cee temps, le ou les assassins courent encore.

Alors oui, ne cherchez pas une vraie biographie de l'écrivain là-dedans, hein... par contre cette dernière partie est très divertissante.

Et c'est avec plaisir que j'ai découvert que le vrai criminel n'est aucun des deux personnages que je soupçonnais. Par contre, tous deux étaient louches hein, on est d'accord. Cette identité est révélée par un flashback d'un événement qui s'est produit auparavant, 163 ans plus tôt pendant la guerre entre les cosaques et les polonais. Ce qui permet d'intégrer de manière plutôt sympa la trame ( remaniée) de Taras Boulba.
Ici, pas de fils indignes, mais deux soeurs bagarreuses, parties venger leur cosaque de père qui a été tué par un sorcier polonais nommmé ... Casimir 😂😂😂 (non mais ça ne fait rire que les français. Mais peut importe si Casimir est un sorcier et un fort bel homme, avec un bagout à vous entortiller les nanas en deux phrases, je ne peux absolument pas prendre ce prénom au sérieux).
Les deux frangines ont obtenu d'une vieille qui vit dans la forêt (je parie qu'elle s'appelle Yaga) un collier permettant de sceller les pouvoirs de n'importe quel sorcier ou sorcière, mais ce genre d'artefact est dangereux à utiliser si c'est pour de mauvaises raisons, une vengeance personnelle par exemple. Et évidemment les choses vont mal tourner et Cahahahahaha... simir arrive, avant d'être occis, à lancer une malédiction qui a donc des répercussions plus d'un siècle et demi après.
Ce qui explique aussi pourquoi dans le premier film, Nikolaï avait des visions de cosaques à cheval dans la plaine, et pourquoi les meurtres vont toujours par 13 (avec une 13° victime toujours très particulière), les jours des anciennes fêtes liées aux divinités traditionnelles et ce avec une périodicité de 30 ans. Il y avait une logique à ce qui ne paraissait pas spécialement en avoir, mais il fallit attendre le 3° film pour le savoir.

Ceci dit, je veux ce collier magique anti sorciers, il est splendide et irait parfaitemetn dans ma collection d'objets en forme de serpents.

Bon pour conclure, sans trop en dévoler, Nikolaï va rentrer vivant  à Saint Petersbourg, en ayant enfin appris ce qui s'est passé au moment de sa naissance et pourquoi il a ces dons paranormaux. Vivant et en un seul morceau, bien que j'aie perdu le compte du nombre de fois où il a failli être trucidé... et fait une petite dépression lorsqu'il comprend qu'il a failli calancher plusieurs fois parce que tout le monde l'a manipulé comme un échantillon de démonstration pour parvenir à ses fins sans prendre en compte une seule seconde les conséquences de ses actes. Ca se comprend.

Ceci dit, ces (més)aventures font une matière parfaite pour un auteur en manque d'inspiration, pas vrai?
Et la toute fin m'a beaucoup , mais alors beaucoup fait rire, en ce qu'elle fait intervenir Alexandre Pouchkine et Mikhaïl Lermontov en mode " ligue des gentlemen extraordinaires" (je rappelle que pour les russes, ces deux là et Gogol sont les 3 plus  importants auteurs, les trois cadors de la littérature nationale. Avec allez, Tolstoï, pour avoir les 4 fantastiques. Les russes se demandent souvent, et j'ai encore eu cette question il y a moins d'une semaine, pourquoi Dostoïevski est si apprécié à l'étranger, alors que ce n'est pas un siiiiii bon écrivain, pour eux)

Et vous savez quoi ? Ces quelques secondes totalement n'imp'  m'ont vraiment fait rêver d'une version slave de la ligue des Gentlemen extraordinaires. Alors oui, je pense que pour apprécier cette trilogie, il ne faut pas chercher le réalisme biographique, mais vraiment le prendre avec le même degré de sérieux que le comics d'Alan Moore, et juste savourer les références littéraires. Et comme ça, on passe plutôt un bon moment.

Et puis je suis toute contente que Oleg Menshikov, qui n'était pas dans le second film, revienne. J'ai toujours trouvé cet acteur très bon dans les rôles de type absolument roublard, trop sympathique pour être vraiment recommendable, encore plus menaçant quand il sourit que quand il tire la tronche. Il cite Hamlet à un moment mais pour le coup moi aussi. Quand cet acteur est dans un film, c'est bien souvent un personnage auquel " je me fierais autant qu'aux crochets d'une vipère". Non qu'il n'ait fait que ça, mais il a un talent spécial pour ce genre de rôles.

Et là, coup de vieux en découvrant que l'acteur avait 58 ans dans le film!
58 berges! La vache. Ceci dit, ça va, malgré quelques rides, mère nature a été plutôt sympa avec lui.
Si vous avez déjà l'impression de l'avoir vu quelque part c'est normal, il était dans deux films qui ont eu un beau succès en Europe: Soleil Trompeur et Le Barbier de Sibérie. Y'a presque 30 ans de ça.

Enfin voilà, une chouette découverte qui change un peu de ce que j'ai l'habitude de regarder en cette saison. Et qui m'a bien occupée en ce Week-End halloweenesque.
J'ai vu qu'un film soviétique existe aussi, adaptant pour sa part la nouvelle " Viy" directement, donc je le regarderai aussi probablement à un moment ou un autre.

Et vous n'avez pas fini d'avoir des sujets sur Gogol, parce que j'ai un bon paquet de titres à lire encore et je ne parle même pas des Âmes Mortes que je devrais lire aussi à un moment pour compléter ma culture dans le cadre de mes études.
Mon RAT de la semaine est devenu un marathon ciné en fait :D


dimanche 30 octobre 2022

Visite de cimetière en Russie ( 2) - le cimetière Vagankovo de Moscou

 A première vue, le cimetière Vagankovo n'est pas génialissime, un cimetière un peu " banal", comme un autre. Certes grand et avec beaucoup d'arbres, mais... pas l'endroit le plus touristique de Moscou quand même. Moins touristique en tout cas que celui de Novodievitchi que j'avais présenté ici même, il y a plusieurs années. Je disais alors qu'il fallait absolument que j'aille voir celui de Vagankovo et que je retourne à Novodievitchi, je n'ai pu réussir que l'un des projets.

J'y suis allée spécialement pour 3 personnes (et faut de temps, dans la neige et avec peu de repères je n'en ai trouvé que 2.

Le premier est Serguei Essenine, donc j'ai parlé X fois ici, l'auteur que j'ai découvert au lycée et qui m'a donné envie de m'accrocher à la langue, dans l'espoir de le lire un jour en VO.
Le second est le composteur/interprète et acteur Vladimir Vissostky pour qui j'ai aussi une affection particulière. C'est celui que je n'ai pas trouvé.
Le troisième est l'écrivain/ musicien/ acteur.. Boulat Okoudjava dont j'ai chroniqué un livre ici même l'an dernier.

Et en cherchant mon chemin la bonne surprise a été de trouver pas mal de tombes sympas, principalement de sportifs et d'acteurs.
et bizarrement, je suis étonnée de trouver si peu de photos, je pense que c'est le moment où mon téléphone ( remplaçant l'appareil photo tombé en passe) était plus que plein. donc j'en ai relativement peu.

Leonid Filatov, acteur et réalisateur, scénariste, écrivain..
Visiblement encore très populaire. Pas connu de moi en tout cas.
Sur la tombe est écrit " pour qu'ils se souviennent" apparemment c'est le titre d'une série de documentaires qu'il a réalisés, judicieusement utilisé.

Boulat Okoudjava, l'un des 3 à qui je voulais rendre visite.

L'hiver a été particulièrement neigeux, même si là, ça avait commencé pas mal à fondre.

En février, donc encore peu de temps après le nouvel an.
Ce n'est pas parce qu'on est mort qu'on ne doit plus fêter le nouvel an avec sapin et guirlandes!
(car oui en Russie, on se fiche de noël, on fait des arbres de nouvel an, on regarde des films de nouvel an et on chante des chansons de nouvel an)

Galina Benislavskaya, morte à 29 ans. Elle ne doit sa célébrité à la mort de la personne qui est enterrée juste devant: elle s'est suicidée et a demandé à être enterrée derrière la tombe de l'écrivain Sergueï Essenine. Amie et secrétaire de celui-ci, lorsqu'il a été trouvé mort dans des cironctances douteuses ( suicide, ou meurtre déguisé en suicide), elle s'est sentie coupable de ne pas avoir pu empêcher ça. Il avait des tendances dépressives, et elle a pensé qu'elle aurait pu empêché ça, probablement, et ne s'en est pas remise.

Et voilà Serguei. Poète lyrique du début du XX° siècle, à la mort donc, fort mystérieuse. Mais on peut par contre affirmer qu'il fait partie des désabusés du régime soviétique.

Et bien qu'il soit mort fin 1925, sa popularité fait que sa tombe reste constamment fleurie

Une étrange sculpture sous verre!

Vladimir Kraïnev, pianiste et pédagogue. Qui avait une tête très sympa!

Anatolii Tarassov, hockeyeur et entraîneur de hockey, a logiquement une tombe ornée de crosses

Oleg Korotaev.. son domaine d'activité est indiqué par la sculpture à l'avant: deux gants e boxe, qui émergent de la neige: boxeur professionnel

Dommage que je ne retrouve plus mes autres photos, il y avait en particulier beaucoup de sportifs dans ce cimetière là.
C'est rageant, je sais que j'avais beaucoup plus de photos, mais.. elles ont probablement disparu au moment où mon appareil a décidé de rendre l'âme.

vendredi 28 octobre 2022

Les chroniques de Viy 1 (film 2017)

Voilà un film dont un copain m'avait parlé il y a déjà bien 2 ans, et donc j'ai fini enfin par le trouver, à voir en ligne pour 2€ en vostf, ce qui est moins cher encore qu'une scéance de ciné.

Curieusement, Le titre français et son sous-titre " les origines du mal" n'ont rien à voir avec le titre russe qui est le nom du personnage principal et " le début". Il y a 3 films pour le moment, car il s'agit en fait d'une série (2017, 2018, 2019), je ne sais pas si elle se conclut ou si elle est en hiatus à cause du corona qui a rendu les tournages un rien compliqués depuis...

Après une séquence d'ouverture au fin fond de la forêt ukrainienne, ou 3 bandits s'apprètent à faire passer un fort mauvais moment à une malheureuse prisonnière, arrive un étrange personnage à cheval. Les bandits se disant qu'ils vont pouvoir en plus détrousser le type perdu ont à peine le temps de se rendre compte que les gens persus dans la forêt n'ont pas de piquants dans le dos avant d'être massacrés.. et la prionnière avec. Petit détail qui compte, le personnage à l'allure de nazgûl absorbe le sang de la femme.

Parallèlement, par un matin blafard à Saint Pétersbourg, en 1829 : un policier fait le tour d'une scène de crime. Une dame qui allait se marier avec un riche marchand est trouvée morte, qui a fait le coup? Devant le peu d'indices, le policier pressé de rentrer chez lui car le dîner l'attend, est prompt à conclure qu'il s'agit d'un vol qui a mal tourné. Mais son clerc qui est visiblement mal à l'aise est victime d'une attaque nerveuse et griffonne quelques mots avant de s'effondrer. Le policier explique alors au commissaire, Yakov Petrovitch Guro, que travailler avec le clerc Nikolaï Vassilievitch est impossible: il est trop émotif, s'évanouit sur les scènes de crimes se met à écrire des mots sans suite. Très curieux le commissaire Guro interroge Nikolaï qui lui explique qu'il a la sensation que la victime connait son meurtrier, et les trois mots qu'il a écrit " volcan, croix, agneau" lui sont venus spontanément et sont liés à l'identité du criminel. En suivant cette piste, le commissaire Guro trouve rapidement le coupable.. et commence à s'intéresser à cet étrange clerc qui semble doté de dons médiumniques.

Nikolaï Vassilievitch a bien des soucis: épileptique, sa santé fragile l'empêche de travailler correctement, or, il rêve de devenir écrivain. Mais, toujours insatisfait, il ne cesse de détruire ses manuscrits, écrit sous alias.
Ca vous rappelle quelqu'un? Ce n'est pas un hasard.
D'ailleurs, dès son apparition, il n'y a aucun doute, tant la coupe de cheveux du personnage est caractéristique.

Un des mes auteurs favoris, fortement porté sur le fantastique, le folklore et les histoires horribles ( Nuit d'Ivan Koupala ne faisait pas dans la dentelle!).. transformé en médium, contraint de mettre ses dons encombrants au service de la police pour.  Voilà qui ne pouvait que piquer ma curiosité.

La phrase d'accroche en russe " la plus sombre nuit avant l'aube" est un jeu de mot sur le titre d'une nouvelle de Gogol " la nuit avant Noël"

Le titre original est donc bien " Gogol. Le début". C'est quand même faire un peu trop confiance à la culture littéraire des français que de mettre Viy dans le titre ( qui est bel et bien le titre d'une nouvelle de Gogol, réputée bieeeeen glauque, qu'il faudra quand même que je lise un de ces jours).

Et lorsque Guro lui annonce qu'il part enquêter sur des meurtres non élucidés ( 3 femmes ont été trouvées mortes dans la forêt près de Poltava, probablement victimes de crimes rituels), Nikolaï saute sur l'occasion de s'incruster. car il a des visions liés à ces lieux précis.. Den argumentant qu'il est natif de la région et peut être utile à Guro, moscovite ET extravagant,. Deux raisons qui font qu'il va avoir bien du mal à mener son enquête dans un village qui ne semble pas avoir évolué depuis le moyen âge et où on se méfie autant des moscovites et des fonctionnaires que du diable.

L'arrivée de Guro au village est d'ailleurs un gros un très gros clin d'oeil au  Revizor. Ou lorsque celui-ci quelques instant après raconte avoir enquété sur des vols de manteaux chez les fonctionnaires.
 Les références aux oeuvres de Gogol sont savoureuses ( un des bandits parlait au tout début de son chef.. Taras; un forgeron  doué en dessin, nommé Vakula qui est le héros de la nouvelle " la veille de Noël") et le duo marche plutôt bien entre l'extravagant, narquois policier un peu hautain à l'humour très noir, et son clerc torturé, à la sensibilité nerveuse qui le mène régulièrement à deux doigts de la nausée ou de l'évanouissement ( ce qui est un peu compliqué lorsqu'on doit jouer le rôle de Watson pour un Sherlock très sarcastique). Et il faut dire que cette propension aux visions et aux évanouissements lui causent d'épouvantables cauchemars, où il se voit enterré vivant, autopsié, empoisonné par la sorcière du moulin ( qui n'existe plus depuis des années mais semble liés à une série de meurtres vieux de plus de 30 ans) harcelé par les fantômes de dizaines de femmes qui lui demandent de l'aide...

Par contre il a une phobie des escargots, dont je ne sais pas si elle est attestée chez le vrai Nikolaï ( Héliciphobie, et oui, je viens de chercher ça existe!), c'est peut être un vrai clin d'oeil aussi, mais je n'ai pas trouvé d'information à ce sujet. Tout ce que je sais, c'est que l'écrivain était quelqu'un d'extrêment soigneux de sa personne, avec une tendance à faire des dépenses déraisonnables en matière de mode ( mais visiblement pas chez le coiffeur). Donc oui, un dandy qui déteste ce qui est gluant/ visqueux/ baveux, ça se pourrait.

Visuellement, tout est dans les tons noirs/ bleu/ grois / blanc/ blafard qui pourrait presque évoquer un film en noir et blanc, n'était-ce Guro qui détonne littéralement avec ses lunettes bleues ou son manteau rouge. Un peu un mélange étrange mais assez réussi entre Sleepy Hollow, les films fantastiques de la Hammer, les légendes slaves et les nouvelles de N.V. Gogol.
Avec même un hilarant clin d'oeil  au Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Suivi de l'apparition de Pouchkine. Quand je vous disais que c'était un mélange bien improbable. Le film semble nous dire de ne pas trop le prendre au sérieux ( témoins ces "petits oiseaux" - des personnages qu'une sorcière fait voler magiquement - qui semblent voler autour de la tête du docteur ivre, j'ai éclaté de rire avec cet effet BD pour souligner le côté " abusé" de la séquence. Abusé, mais volontairement, et donc...😂)
il y a des tronches de cinéma comme on n'en voit plus du tout ou presque dans le cinéma depuis Sergio Leone, et ça aussi, ça fait plaisir. Dernière mention + pour la musique, plutôt efficace.

ET, surprise: le film est divisé en 2 partie " meurtres à Dikanka" et " La veste rouge".. hé ben je n'avais pas vu venir ce que se passe à la fin de la première (et qui me fait penser qu'à l'origine, il s'agissait d'une série de téléfilms qui ont finalement été montés en film)
En tout cas , un film plus fantastico-marrant qu'horrifique et j'ai passé un bon petit moment de cinéma qui me donne envie de voir la suite.
Ca tombe bien, elle est disponible sur le même site, donc, je pourrai continuer ces jours-ci.

C'est toujours un plaisir de revoir le farfelu Oleg Menchikov. Je ne connaissais pas l'acteur qui tient le rôle principal, Alexandr Petrov ( il lui manque bien 2 cms de nez pour faire un Gogol tout à fait convainquant, le grand écrivain avait un pif immense!), qui s'en sort vraiment pas mal avec un rôle plutôt casse gueule de héros un rien peureux et qui manque régulièrement être assommé, étranglé, trucidé par tout le monde, quand il n'hallucine pas.

officiellement classé horreur-fantastique, même s'il est plus souvent drôle qu'horrifique, j'ai bien envie de m'en servir pour valider cette catégorie!

vendredi 2 septembre 2022

Ivan le Terrible ( film 1945)

Attention, monument du cinéma.. que je n'avais pas encore vu, et que j'aurais du analyser l'an dernier dans le cadre de ma première année de Master. J'ai profité des derniers jours avant le début du Master 2 pour lire les documents de l'an dernier. Et constater que donc, j'aurais dû l'année passée regarder le film et l'analyser, on a vu pire comme " devoir".


et.. et bien oui, il mérite sa réputation, et bien que long ( deux parties pour plus de 3h00), j'ai regretté que la 3ème n'ait pas été tournée. Les trilogies ça ne date pas de la guerre des étoiles!

Car au delà de son sujet de commande par le pouvoir soviétique - une réhabilitation de l'image d'Ivan IV dit le Terrible, en tant que souverain positif - c'est une reflexion extrêment intelligente sur le pouvoir et la manière dont il pervertit tout le monde: le tsar, ses proches, les nobles, les gens du peuble, les religieux.

Ivan, fraîchement couronné, et encore bien coiffé, va mener une ambitieuse politique réformatrice et ne plus se laisser marcher sur les pieds, pour mener son pays envers des lendemains qui chantent et...
on sent déjà que ça va partir en cacahuète assez vite.
(alors oui, l'acteur est un peu âgé -la quarantaine- pour camper le héros à 17 ans, mais ce qu'ont fait les maquilleurs par la suite est à la limite de la sorcellerie. J'ai eu du mal à croire que c'est le même qui tient le rôle du début à la fin)

Positif, oui, dans la première partie et c'est intelligent de montrer le personnage unaniment détesté de manière plus humaine, avec la nécessaire démonstration de pouvoir du nouveau souverain ( âgé de 17 ans, et manipulé toute sa vie par les nobles de hauts rangs , afin d'obtenir des avantages pour eux mêmes), afin de s'imposer. Ivan est couronné, sa première décision va être de mettre de l'ordre dans l'administration, dans les impôts,  dans le commerce aux frontières, face aux royaumes voisins... en s'appuyant sur la petite noblesse (pour raison idéologiques, remplacée par des gens du peuple dans le film).

Ceci est tout à fait vrai. On oublie assez souvent que celui qui a été surnommé "Le Terrible" était au début un souverain progressiste et dont les réformes ont rencontré beaucoup de resistance de la part de ceux qui auparavant de payaient pas d'impôts ( nobles et religieux), et ont soudain vu le vent tourner et une contribution pécuniaire leur être demandée. Il y a toujours des gens qui au nom d'une tradition qui leur est extrêment favorable, font tout pour éviter le moindre changement, quitte à fomenter moult attentats et assassinats.

oui, ça va très vite partir en cacahuète, tata Efrosinia et le cousin Vladimir ont l'air tout sauf ravis du couronnement de leur parent le plus proche.


Nota sur le surnom : traduit en français par Terrible ( au sens donc " qui fait peur") , le mot russe " Grozny" est plus vaste, et peut signifier le sévère, le menaçant, le puissant, "celui dont il faut se méfier" (c'est aussi le nom de la ville de Grozny en Tchétchénie..). Alors que terrible semble concerner plutôt son caractère personnel, le terme russe renvoie plutôt au politicien intraitable qu'il ne vaut mieux pas se mettre à dos.
Et nota bis, sur l'historicité. Un film ou un roman historique n'est pas toujours 100% fidèle à la réalité, on tord un peu l'histoire pour la faire rentrer dans un scénario de quelques heures.
Pour gagner du temps, voilà un extrait de mon cours qui explique les libertés prises par le scénario avec la chronique historique, ça me gagne le temps de résumer tout ça.

C'est ce qui est montré dans la première partie. autant dire que Staline a été entièrement satisfait du résultat de cette oeuvre de commande, qui montre que la fin justifie les moyens.

Par contre la seconde a été interdite, Staline a compris le danger qu'il y avait à laisser passer une oeuvre qui montre un souverain manipulé, et le fait que le pouvoir rend n'importe qui fou : Ivan entouré de complots et de traîtres, méfiant, paranoïaque.. mais paradoxalement manipulable par des gens habiles, isoléet à la recherche d'un soutien, d'un ami fiable, ne voit pas d'où viennent réellement les menaces.C'est à dire de très près. Il ne soupçonne pas, pendant très longtemps, sa tante Efrosinia, d'être le cerveau des tentatives de renversement. Efrosinia est si dévorée d'ambition politique, qu'elle ferait tout pour reverser son neveu, et mettre à la place son propre fils Vladimir, gentil benêt et fantoche idéal, à la tête de l'état, afin de pouvoir elle-même diriger le pays à sa guise.
Quitte à en passer par l'assassinat. Tata, qui tient beaucoup de la vieille sorcière, a un plan simple: puisque le seul appui d'Ivan, la seule personne en qui il a confiance est sa femme Anastasia, faisons en sorte d'envoyer Anastasia ad patrès. Mieux, faisons en sorte qu'Ivan l'empoisonne lui-même à son insu.

Et c'est précisément Vladimir, le plus inoffensif de tous, qui se retrouve in fine victime " collatérale" de cette course au pouvoir entre la tante et le neveu ( on parle ici de Vladimir le personnage du film, non du vrai cousin historique, mais il fallait pour la narration shakespearienne, montrer que la soif du pouvoir sacrifie tout le monde, y compris ceux qui n'en veulent pas). Tous sont, sans discernement, victimes d'un système politique, qui broie les individus. Pire les roturiers de la garde rapprochée d'Ivan sont aussi montrés comme des profiteurs. On devait montrer un tsar fort  mis au pouvoir par la volonté du peuple, on voit le même peuple manipuler le tsar en proie au doute pour obtenir sa part du gâteau.
Vous voyez le problème en URSS en 1945, le "camarade Staline" l'a vu aussi. Joseph, parano lui-même, se serait-il senti visé personnellement, lui qui s'était identifié au tsar réformateur de la première partie?
Autant dire que la censure n'a pas autorisé la diffusion de la seconde partie, et encore moins le tournage de la conclusion, qui aurait été suivant la progression, d'une noirceur absolue, chacun allant de plus en plus loin dans la traîtrise et la folie.

Graphiquement c'est splendide. Le réalisateur et son chef opérateur font ce que j'adore: l'image, le cadrage, la mise en scène, le montage, le découpage ont du sens. Le décor est employé à la manière théâtre pour enrichir le sens du jeu des acteurs et des dialogues:
le mysticisme complètement délirant d'Ivan, persuadé d'être investi d'une mission divine, n'est pas dit, il est montré par des icones toujours plus grandes, toujours plus écrasantes, aux personnages toujours plus monstrueux.
non, ce n'est pas une séquence de magie noire, mais un enterrement...
regardez le plafond...

là, c'est plus clair... honnêtement ce ne sont pas les motifs qu'on voit habituellement sur les peintures murales orthodoxe, plutôt sur les danses macabres européennes. La crosse du pope semble être la faux du squelette...
photo de tournage, vous voyez ce que je veux dire avec les décors et les personnages monstrueux. Ce soleil est flippant. Les motifs d'yeux, menaçants, sont partout ( l'oeil de Moscou!)

Ivan lui-même ressemble de plus en plus à un de ces prédicateurs demi-fous, dont le plus mémorable a été Raspoutine. L'acteur fait un travail incroyable, j'ai vraiment du mal à croire que c'est le même qui tient le rôle du tsar dans la séquence d'ouverture et pendant le film, chapeau aux maquilleurs aussi!

Oui c'est le même, la nécessité était qu'il ressemble le plus possible au portrait imaginaire d'Ivan peint par Vasnetsov

Donc tante Efrosinia qui tient de Baba Yaga et Ivan ressemble à Koschchei l'immortel.

La profondeur de champ, le décor, les effets d'ombre et de lumière, les rappports de taille visiblement faussés entre premier et second plans, tout est calculé pour dire quelque chose - notamment des complots qui se trament.
exemple type d'image à double sens: le tsar au premier plan, démesuré, a quitté le pouvoir mais va revenir à l'appel de la foule des roturiers, venus le chercher dans sa retraite. On peut le voir en sauveur, en "petit père du peuple" légitimé par la population humble (ce qu'à compris Joseph)
on peut aussi le voir comme une menace gigantestque, un type à l'égo démesuré, qui se prend pour un dieu et veut qu'on l'implore de revenir.

Jolie trouvaille aussi, le dallage en échiquier où se tient l'audience du roi de Pologne, entouré de sa cour, avec le traître, lequel fait valoir au roi que renverser le tsar et mettre à sa place quelqu'un qui serait l'allié de la Pologne, moi par hasard... - au delà de la simple action. 
j'ai eu du mal à saisir que c'était le roi de Pologne, avec sa fraise et sa tenue au summum de la mode Renaissance, j'ai pensé à un dignitaire espagnol ou des Pays-bas.
Mais le roi de Pologne, si élégant soit-il, est rongé de la même ambition que les autres, simplement c'est un mal qui prend encore la peine de se camoufler sous des atours de respectabilité.

voilà ce que je veux dire, les ombres ne sont pas cohérentes, ce n'est pas un hasard, ni le globe, ni le dignitaire n'ont d'ombre portée. Eisenstein est passé par le dessin et le théâtre il sait donc ce qu'il fait avec ce profil méphistophélique...

.. avec ce genre de plans.
le complot a échoué, le détenteur du pouvoir est hors champ, inatteignable, encore plus intangible que les peintures murales, l'égal de dieu le père ( des peuples)
Mais... il n'est aussi plus que l'ombre du jeune souverain du début. Il a conqui le pouvoir et vaincu ses proches, mais au prix de sa propre âme.

La parodie de coronnement finale fait écho à la première séquence d'ouverture, les plats en forme de cygnes noirs de l'avant dernière séquence - un banquet - font écho aux plats en forme de cygnes blancs de la seconde séquence - un banquet aussi. La fête est malgré les apparences, beaucoup plus sinistre.
Une autre chose qui m'a sauté aux yeux, parce que j'ai travaillé dans un musée de peinture religieuse, où il y avait beaucoup de tableaux représentant la cène: le banquet avant la fin est une cène. Ivan au milieu, en sombre Jésus, son cousin ivre finit affalé sur ses genoux dans la posture habituellement dévolue à Saint Jean (enfin, mi-saint Jean, mi-toutou docile pour le coup).. Et après la cène, c'est implicite, quelqu'un va mourir. Mais pas celui qu'on croit. Or, faire du sale type parano le "Jésus" de cette cène, c'est assez culotté, mais aussi c'est le présenter comme la victime de l'histoire pour qui ont peut ressentir de la compassion..

Vladimir le benêt est vraiment le personnage qu'on ne peut pas détester, celui qui ne ferait de mal à personne et dont le sort est parfaitement injuste.
ah, ce n'est aps une erreur, la séquence finale est en couleurs, on peut supposer qu'elle servait de poiunt de bascule avant le 3° film. Ou plus prosaïquement, que l'équipe avait enfin mis la main sur des pellicules couleur. Le budget du film était illimité, mais le maréiel manquait quand même pendant la guerre.

J'ai toujours eu l'impression sur ce genre de tableaux que Saint Jean était en fait rond comme une boule de billard.

Donc on est bien au delà de la seule critique du pouvoir contemporain qui a chiffonné le camarade Staline, on est vraiment dans la parabole du pouvoir en général dont la première victime est précisiément celui qui s'y enferme en l'exerçant. 

Mais que ça fait du bien de voir ça, une image construite, porteuse de sens, pas juste là pour faire joli, mais pour faire réfléchir. On est vraiment dans la continuité de l'expressionisme allemand, autant dire que j'adore.

Et une autre référence qui m'est venue en tête, mais que je trouvais trop tirée par les cheveux, concernant les trognes patibulaires jusqu'à la caricature, le découpage et le cadrage est aussi avancée ici: celle du dessin animé ( du temps où Disney faisait dans l'horreur). Efrosinia et la sorcière de Blanche neige ont pas mal de points communs. en tout cas les deux réalisateurs se connaissaient, Eisenstein était dessinateur et appréciait beaucoup le travail de son confère américain.
En fait, entre nous, ça me manque , ces films ou tout le monde n'était pas beau-standard, sexy et tout le tintouin. Où il y avait des vraies gueules de cinéma.

Et je n'ai pas encore parlé de la structure, proche de l'opéra, la séquence d'ouverture fait incontestablement penser à celle de l'opéra Boris Godounov, autre célèbre personnage pris dans les mailles du pouvoir, beau-frère du fils et successeur d'Ivan, et proche lui. La comparaison entre ces deux oeuvre qui ont le pouvoir, la folie et la même famille comme thèmes me parait légitime, et je pense que la similarité des séquences d'ouverture n'est pas un hasard. en tout cas, Prokofiev s'est chargé de la musique du film et l'a clairement conçue comme un opéra, avec séquences musicales intégrées à l'intrigue. tout y est menaçant, y compris la berceuse que chante Efrosinia à son fils  adulte, pour le convaincre qu'elle ne veut pas le sacrifier (il y est question d'un castor qui va être chassé, tué et dépecé pour faire un manteau pour le couronnement du futur tsar Vladimir.. lequel comprend plutôt, comme l'auditeur, qu'il est le castor allégorique qui va être sacrifié au pouvoir)

Donc oui, vraiment, il mérite son statut de pierre angulaire du cinéma mondial. Je vois pas mal de sites américains contemporains qui font un parallèle avec Game of thrones ( mais je pense qu'ils doivent faire le pari de le caser partout dès qu'il est question de lutte pour le pouvoir, en 1980, on nous aurait collé Dallas), evidemment pour dire que Game est plus amibitieux, plus esthétique, plus sexy, plus violent, plus réaliste. Et conclure que le film qui date donc de presque 70 ans est "le game of throne" soviétique , tout comme les rois maudits est " le game of throne à la française".
alors déjà, qu'on soit bien clair, one ne peut pas comparer des choux et des carottes, comparez avec un fill sur le même sujet de  1945. Tiens, le Hamlet de Laurence Olivier, 1947. Ben, c'est kif kif. La violence reste hors champ.
Et faire "sexy" n'est absolument pas le propos ici, les histoires d'alcôve, on s'en fiche. C'est la politique qui compte Le traître voudrait bien se taper Anastasia, et tente sa chance surtout à partir du moment où elle risque d'être veuve, et où son fils nourrisson n'a pas l'âge de régner. Draguer la possible veuve est un moyen simple de mettre ses fesses sur le trône.

allez, ça m'a faite rire: pause clope sur le tournage, la "morte" en grille une, en attendant ses funérailles.

Pour aller plus loin  après la version d'Eisenstein et son acteur Nikolaï Tcherkassov, après les portraits cauchemardesque de Vasnetsov et d'Ilia Repin ( qui le présente comme un petit vieux, alors qu'il est supposé avoir 51 ans au moment de la mort de son fils), ou une version plus récente en série.
Bref à quoi pouvait il ressembler réellement?
A une force de la nature, une armoire à glace de presque 1m80 et 90 kilos, donc fort impressionnant  - même si François Premier le dépassait en hauteur et Henri VIII, en largeur.

L'enquête menée sur son squelette a permsi d'estimer sa taille, son apparemence , mais aussi de confirmer ce qu'on soupçonnait, ses violentes sautes d'humeur n'était pas uniquement dûes à un caractère paranoïaque mais aussi à un empoisonnement chronique au mercure, alors utilisé pour soigner diverses maladies. Un remède pire que le mal on est d'accord, et j'en reparlerais d'ici peu pour un autre personnage, réputé lui au contraire pour son calme, sa discrétion, et son caractère amical, les effets secondaires sont très variés, mais les sautes d'humeur violentes en sont un, répertorié.

Ici plusieurs étapes de la reconstruction jusqu'à obtenir un buste (article en russe, mais photos) basé sur le squelette, les descriptions d'époque, les icônes - forcément irréalistes, les portraits de ses parents et grands parents, que les gens comparent à un lutteur professionnel à la retraite.
et du buste  au portrait robot. Les commentaires sont déçus " on dirait Ashot ( nom arménien) qui va au marché", apparemment il parait trop oriental pour beaucoup ( même si sa grand  mère était byzantine, donc.. ce qui est maintenant la Turquie) Par contre les descriptions d'époque le décrivent ayant les yeux gris, donc.. ça reste un débat ouvert et houleux de savoir à quoi ressemblait le tsar. Probablement parce que devant la multiplicité des images proposées, et celle du film ou des tableaux sont marquantes chacun a déjà choisi " le sien".
il coche deux catégories que j'ai déjà validées: film en noir et blanc et tournage compliqué ( pendant la guerre, déménagement des studios à plusieurs reprises, surveillance  du tournage pour que le film respecte la ligne du parti... )

Et il n'y a pas de catégorie " film mythique"

lundi 6 juin 2022

Leto ( film 2018)

 Difficile de trouver du temps pour regarder des films depuis quelques semaines.

Mais les vacances approchent, et je vais pouvoir peu à peu rattraper mon retard de visionnage.

Donc, nouveau film russe dans la liste , Leto de Kirill Serebbrennikov. Je n'avais pas pu le voir à sa sortie ( j'étais en Belgique, il a avait été présenté en VO un seul jour, un lundi dans l'après midi dans le cadre d'un festival, et j'avais cours à cette heure là...)
Pour ceux qui sont tentés,, il est visible gratuitement sur le site d'ARTE, jusqu'au 28 juin 2022. visionnable en VF, ou VOSTfr ici 

Après il faudra aller le voir en VOD sur universciné, ici 


Ce film raconte les débuts et l'accès à la notoriété de Viktor Tsoï et de son groupe de rock " Kino", à Leningrad dans les années 80, avec l'appui de Mikhaïl " Mike" Naoumenko, chanteur et guitariste du groupe " zoopark", un autre groupe majeur de l'époque. Mike est un musiqien aguerri, chanteur et guitariste mais qui pour survivre pratique aussi un autre métier: gardien d'usine. Il traduit aussi des paroles de chansons de Bowie, Blondie, Lou reed, le Velvet underground , les Sex Pistols, les stooges, les Rolling stones.. en russe, pour que son groupe ou d'autres puisse les interpréter ( ce qui serait maintenant considéré comme du plagiat, mais a été le seul moyen de faire découvrir le rock au public soviétique, de manière détournée. Il est aussi illustrateur et le soir copie les pochettes d'album en dessisn, puisqu'il faut bien que ces réinterprétations aient des jaquettes. a une autre moment, on verra Tsoï vendre des affiches, c'est à dire des dessins qu'il a fait, des copies de posters représentant les vedettes internationales, telles que Marc Bolan, dont il est impossible de trouver des posters en URSS.
au moment où commence le film, Mike est un peu en panne d'inspiration, la rencontre avec viktro et Liona, les deux membres fondateurs du futur groupe Kino, va lui donenr une idée: ces deux là ont un talent certain, une envie de composer du rock authentiquement russe, mais n'ont pas encore trouvé leur style. Mike peut ajouter à ses multiples activités celle de mentor et producteur, et aider à lancer leur carrière. Et c'est cette histoire qui va être racontée.

Tsoï est encore, plus de 30 ans après sa mort, immensément populaire dans les pays russophones. On peut sans problème le considérer comme le symbole du rock soviétique.
Et lorsqu'on étudie le russe , impossible de passer, à côté, il y aura forcément un moment où on se retrouvera à écouter les chansons de Kino. Autant dire qu'avec le statut de superstar du chanteur, un tel film biographique était attendu au tournant.
Et c'est moins au final une vraie biographie des début de Tsoï et Kino qu'un portrait global de la scène rock et alternative russe des années 1980, des aspirations au changement ( et d'ailleurs " changement" sera l'un des titres phares de Kino)

Et la suprise sympa pour moi a été de revoir dans un petit rôle (en durée) mais marquant, l'excellent Alexandre Kuznetsov découvert dans Лучше, чем люди, où je l'avais trouvé vraiment au dessus du lot.
Ici il joue le rôle du " Sceptique", le narrateur en quelque sorte. Qui lorsque le film part dans l'esthétique clip et la fantaisie, vient 
commenter que l'acteur principal " n'est pas ressemblant" ou nous dire que  "Ca ne s'est pas passé comme ça... mais on aurait bien aimé" . Or qu'est-ce qui ne s'est pas passé comme ça? Par exemple , un concert rock où les spectateurs auraent simplement pu se lever, taper des mains, taper des pieds, chanter ensemble. Une bagarre dans un train, entre les punks et les rockers d'un côté et les  bons communistes de la génération d'avant les accusant d'antipatriotisme pour avoir chanté une chanson des Sex Pistol ou de Lou Reed. Ce personnage là vient donc nous rappeller que la réalité de la jeunesse rock en URSS en 1980, ce n'est pas la réalité de la jeunesse rock occidentale de la même époque.

Tout doit être approuvé par un comité qui valide les textes ( qui pour les auteurs à les faire passer pour des textes satiriques, raillant la jeunesse désoeuvrée, quand le vrai sens est plutôt la jeunesse raillant un système politique sclérosé qui les limite au désoeuvrement et à l'inaction en les empêchant de s'exprimer. Mais qui en 1980 aurait seulement pu imaginer que 10 ans plus tard, ce système là volerait en éclat, pas toujours avec des effets positifs d'ailleurs. Le dégel a amené la liberté de parole et la disparition de la censure, mais les effets pervers de la libéralisation de sont aussi faits sentir au niveau économique ( corruption à grande échelle, apparition des oligarques...). Les concerts rocks sont proprets, on s'y assoit bien sagement, brandir une banderole à la gloire du groupe est considéré comme du hooliganisme, il y a un service de sécurité qui veille à ce que la bienséance soit respectée...
On est dans un pays où certaines denrées sont si compliquées à trouvée, qu'une femme peut acheter une tasse de café avec le café dedans à un type qui tient un stand sur une foire aux disques, et ramener en tram la tassse pleine de café qui refoidit, dont elle renverse la moitié dans les transports, à son mari pour lui en faire cadeau, parce qu'il aime le café corsé et que c'est hyper difficile à trouver. Une société où on habite encore dans des appartements communautraires, où tout le monde se rassemble dans la cuisine pour écouter un concert improvisé, pendant que les enfants sont gardés par une voisine.

Le film n'est pas parfait, son esthétique n'a pas mis tout le monde d'accord, certains passages sont un peu longs, mais globablement je l'ai bien aimé. J'ai trouvé les rajouts d'illustrations dans l'image - on aime ou on n'aime pas -utilisés de manière intéressante et pertinente, et suivis en général du commentaire du Sceptique  "tout ça évidemment , ne s'est jamais passé comme ça" ou " on aurait bien voulu".. ce qui rappelle que oui les gens auraient bien voulu agir de manière spontanée, plus libre, voire carrément désordonnée, être punks, se rebeller contre le système.. mais que ça n'était pas possible aussi facilement que d'incruster des dessins dans une image.
Mais que la volonté était quand même là en germe ( des passages où les quidame lambda va commencer à citer en anglais, avec un accent parfois à couper au couteau, des textes de Lou Reed, Bowie ou Iggy Pop... qui pour moi, indiquent la portée universelle de la musique et des aspirations auxquelles elle correspond, mais aussi au fait que quoi qu'on fasse, la cuture rock arrivera tôt ou tard et s'incrustera même malgré les plus rétifs des quidams.)
Le film a d'ailleurs gagné le prix de la meilleure bande son au festival de Cannes, et je confirme, c'est un plaisir à entendre.
J'ai aussi trouvé intéressant d'avoir glissé des allusion au destin de Tsoï: Mike veut qu'il enregistre rapidement: ce gars à la voix si étrange est un ovni, et on ne sait pas ce qui pourrait arriver: arrêter sa carrière pour travailler, se marier et avoir des enfants, être mobilisé en Afghanistan, avoir un accident...
il s'est effectivement marié et a eu un enfant (sans toutefois arrêter sa carrière), l'une de ses plus célèbres chansons parle de mobilisation forcée pour la guerre ( "j'ai mon groupe sanguin inscrit sur ma manche, souhaite- moi bonne chance, souhaite- moi ne pas rester couché sur l 'herbe) , et il est effectivement mort tragiquement jeune (28 ans) dans un accident de voiture.

Une autre chanson, plutôt folk, au titre étrange " concombres en aluminium" me semble parler de travail absurde dans les usines , ce genre de travail dont on disait qu'il était vital pour la patrie ( " je plante des concombres en aluminium dans un chant de bâches, trois sages tchouktches me disant sans cesse " le metal ne pousse pas , le jeune n'en vaut pas la chandelle, le résultat n'est que de la fatigue") Je pense que ces concombres poussent dans une usine d'armement...
Je ne connais pas Zoopark par contre, je vais donc m'y pencher aussi. Mike est lui aussi mort brutalement assez jeune (apparemment d'une hémorragie cérébrale, juste un an après son copain Viktor) et c'est un petit détail assez triste à la fin du film: présenter le premier concert de Kino, avec Mike dans le public, et incruster à côté des deux principaux personnages leurs dates de mort, moins de 10 ans plus tard.

Film avec une chanson que j'aime ( plein en fait)