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lundi 12 décembre 2022

Aélita - Alexeï Nikolaievitch Tolstoï et Aélita film (1924)

 Alors avant toute chose, oui il s'agit bien de Tolstoï mais non, il ne s'agit pas du plus connu. Alexei, est excusez du peu, un parent éloigné de Lev Tolstoï ET d' Ivan Tourgueniev.
Mais malgré cette généalogique prestigieuse  et une bibliographique prolifique dans son,pays il est peu connu internationalement.
Et pourtant, autur de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, de littérature jeunesse, il y a de quoi faire.
Ses oeuvres les plus connues sont "La petite clef d'or, ou les aventures de Buratino" une réécriture de Pinnocchio adapté à la culture soviétique.

Version soviétique donc de Pinocchio

Ce personnage au nez pointu est d'ailleurs si célèbre qu'il est trouvable dans tous els supermarchés au rayon soda, en tant que logo d'une marque de limonade (que j'ai trouvée assez quelconque, un peu trop caramélisée pour moi)

Et l'autre oeuvre qui a eu son heure de gloire est Aelita, roman de SF du genre qu'on appellerait maintenant space-opera.
Le roman date de 1923 et a été tout de suite adapté sur grand écran.. enfin disont que les deux diffèrent tellement qu'on peut difficilement parler d'adaptation.

A ma droite le roman:
trouvable ici
J'ai choisi une édition et une traduction récentes, il a auparavant été traduit en français sous le titre
" le déclin de Mars"


à Saint Petersbourg, enfin, Petrograd, peu après la révolution d'Octobre, Mstislav Loss, ingénieur vieillissant, veuf, déprimé se lance à corps perdu dans un projet gigantesque: construire une fusée et partir sur mars, dans un voyage qui ressemble fort à un suicide programmé. Il faut dire que depuis quelques temps, la Terre capte des messages codés que personne n'arrive à traduire et qui semblent provenir de Mars. Loss est donc persuadé qu'il y a une vie, et même une vie évoluée qui cherche à communiquer, sur Mars.
Lorsque commence le roman, tout est prêt, il a fait afficher des annonces en ville pour recruter un compagnon de route, car personne n'est assez fou pour le suivre. Le fou providentiel sera Alexeï Goussev, ancien militaire en mal d'aventure qui tourne en rond depuis la fin de la révolution et se voir bien aller visiter une autre planête pour tuer le temps.
Les deux aventuriers partent et arrivent effectivement sur Mars ou vivent des martiens, la plupart au teint blanc-bleu, d'autres oranges, et pas tous amicaux loin de là. Les premières choses qu'ils voient sont des ruines, vestiges d'une ancienne guerre. Le comité d'accueil est... glacial. Loss et Goussev découvrent peu à peu la planète, ses paysages, son mode de vie, grâce à Aélita, fille de " Touscoub l'ingénieur", en quelque sorte le "tsar" de Mars. Aelita est une femme intelligente qui leur enseigne les base de la langue et cette première étape frnachie, leur dévoile des secrets que les ingénieurs préfèreraient laisser cacher: la vie sur Mars et celle sur Terre ont la même origine. L'ancienne civilisation terrestre atlante suite à un cataclysme, a construit des vaisseaux spatiaux et colonisé Mars.
Mais si la technologie martienne est largement plus avancée que la technologie terrienne, politiquement... C'est une société à deux vitesses, où l'élite vit en surface, tandis que les masses laborieuses et exploitées ( roman de 1923, hein!) vivent en sous-sol.
Ce que Loss et Goussev ne savent pas c'est que les tensions sont maximales, que les ouvriers sont sur le point de se révolter et de fait.. les terriens se retrouvent pris en pleine révolution contre le pouvoir de Touscoub.
Ils vont vite devoir repartir sur Terre avec la mission de répandre l'information: la Terre doit absolument éiter de faire les mêmes erreurs que Mars et ( on devine, en appliquant la doctrine socialiste) , les terriens doivent renoncer aux inégalités sociales pour sauver leur société. Celle de Mars est allée trop loin et n'a plus aucun espoir, sa civilisation est bien trop décadente.
Donc tout le roman est un avertissement politique déguisé en SF. Mais franchement bien ficelé, avec des passages très philosophiques sur le travail, la société, l'apparition et la disparition des civilisations. Le ton général est quand même assez triste.
Aelita est un personnage intéressant, une femme hors du lot, dotée de capacités télépathiques et qui  se sens mal intégrée à la société dont elle doit devenir un jour reine. Depuis son enfance elle voit en rêve les terriens et les paysages terrestres, l'arrivée de Loss et Goussev lui confirme qu'elle n'est pas dingue.
mais la révolution met un terme à ses espoirs d'aller sur Terre, suivant Loss pour lequel elle en pince sérieusement.
Donc un roman de SF politique vintage, qui n'a même pas peur d'évoquer des histoires sentimentales entre ressortissants de planètes différentes (dans les années 20 en général, même les relations entre gens de pays voisins ou de couleurs de peau différentes étaient tout sauf courantes). Plutôt audacieux!

A ma gauche ( très à gauche) le film. Qui je pense pour raisons techniques, transforme totalement le sujet.
Loss n'est plus un vieux blasé mais un jeune marié, doté d'une grande imagination, qui veut construire une fusée pour aller sur Mars depuis qu'il a capté un mystérieux message. La fusée n'est donc pas construite, et les séquences matiennens se passent en fait dans la tête du héros qui imagine ce qu'il pourrait bien se passer là haut.
Et si le film se passe sur Terre, il faut bien remplacer par dautre choses et là, c'est un peu la foire à neuneu au niveau du scénarion: mélodrame sentimental car Loss imagine que sa femme le trompe avec un nouveau voisin. Comédie sociale sur la vie quotidienne, la débrouille, les bourgeois nostalgique de l'anvien temps où ils pouvaient exploiter les "basses classes", comédie policière, via un enquêteur un peu nul qui se met en tête de trouver le responsable de vol de denrées destinées aux nécessiteux.
Une pincée de propagande, mais pas trop, ça reste très léger par rapport à d'autres films et à la decennie suivante.

Car étonnamment, on ne le sait pas toujours mais avant les années 30 et la mise en coupe réglée des studios de cinéma et des scénaristes, le cinéma d'URSS était vraiment friand de comédies sociales ( et dans ce genre j'ai bien aimé "la jeune femme au carton à chapeau")
Là je pense (personnellement, hein) que si la SF était déjà connue et appréciée en littérature, c'était quelque chose de tout nouveau pour le cinéma et donc les studios ont remanié pour aller vers ce qu'ils saveiet faire et ce que les spectateurs connaissaient ( le cinéma était un art jeune, de moins de 50 ans, et on découvrait à peine les possibilité du montage, donc.. on se mouille un peu mais pas trop)
Mais visuellement c'est très intéressant: les séquences terrestres sont trsè réalistes, très familières. Mais comme il était difficile de faire quelque chose d'aussi grandiose que ce que Tolstoï décrivait pour Mars, les séquances martiennes mettent le paquet sur le décors et les costumes, les plus futuristes possibles pour marquer l'altérité.
Et donc les passages sur Mars sont très Futuristes ( avec une majuscule cette fois) et tout à fait liés à la peinture et à l'architecture d'avant garde des années 1920. La costumière et le décorateur on fait un travail énorme.
Ce que je sur-kiffe.
Appareil de communication interplanétaire, technologie martienne 1924

Yep, j'adore ces esthétiques anguleuses

Puisqu'onn ne pouvait pas faire une planète Mars grandiose ( et multicolore dans le roman), fallait bien trouver un moyen de montrer que c'était très différents, ils se sont lâchés sur les costumes et le décor. Et donc des chapeaux délirants, du plastique, des angles.


Parce que...

Parce que, ça me rappelle l'expressionisme allemand, que je surkiffe.
Parce que le film fait partie des influences ouvertes de Fritz Lang pour Metropolis qui est clairement l'un de mes films favoris.
Donc oui, le film est moins bien narrativement que le roman ( intéressant  comme " documentaire" sur la vie en URSS en 1924, sur une époque où le cinéma avait encore un peu de liberté, pour des gens comme moi qui étudient le russe et la culture russe), mais oui, son choix esthétique très radical le sauve de l'oubli.
Le scénario a gommé toute la partie philosophie et triste du roman pour la remplacer par une comédie pas toujours convaincante, mais le choix visuel fait pour les passages SF le fait quand même sortir du lot. Sans ça le film serait assez quelconque, une comédie dramatique parmi d'autres.
Tel quel, c'est un OVNI cinématographique, c'est le cas de le dire

Donc j'ai bien aimé les deux, mais pas pour les mêmes raisons. Mais oui, je vous conseille soit de commencer par le film, soit de lire le livre en premier mais en gardant en tête que l'adaptation est tout sauf fidèle.

(et je viens là de vous résumer mon dossier de 4 pages pour une matière" art culture et société de l'URSS à travers le cinéma muet")

Film ( normalement Muet, mais pour la VF, ce sont des acteurs qui lisent les traductions des cartons), donc opui il y a une VF, même si malheureusmeent la qualité d'images est VHS, donc pas génialissime.
qualité visuelle un peu mieux, intertitres en anglais.
meilleure image, mais intertitres en russe.

Yep, une catégorie de plus " un film avec un détective privé" (même si ce n'est pas le personnage principal et qu'il est très gaffeur)

SF de 1923

vendredi 14 octobre 2022

La dame de pique ( film 1982)

Après le petit ratage autour de Poe, on reste dans l'adaptation litté raire, en fait, le sujet attendait depuis presque un an son occasion: un film qui adapte la Dame de Pique de Pouchkine.

Un peu, beaucoup en retard, mais dans la droite ligne de mon fil rouge de halloween dernier, voilà une adaptation de la nouvelle de Pouchkine. Mon départ précipité l'an dernier a fait que je n'avais pas pu l'intégrer au précédent défi.


Une version de 1982, pas extrêmement originale d'un point de vue cinéma, mais qui a été choisie par la prof de littérature, parce qu'elle suit à la lettre le texte de Pouchkine: les acteurs qui tiennent les rôles principaux ( Hermann, Lisa, la comtesse, Tomski..) ont des dialogues, les passages narratifs sont remplacés par une narratrice qui se promène dans Saint Petersbourg enneigé, en hiver.
donc rien de très original, mais au moins, on voit la ville en profitant du texte d'origine, auquel le film colle très fidèlement.

Hermann ne vend pas du rêve, on imagine mal un type plus banal... mais en même temps, ça cadre assez bien avec l'histoire: Hermann est un médiocre, qui n'a rien de particulier, rien qui le distingue et devient meurtrier par appât du gain, mais sans vraiment le vouloir. C'est un sale type, suffisamment intelligent, froid, calculateur pour manipuler les gens, mais ... c'est à peu près son seul talent.  Probablement un des plus sales types de la littérature russe qui en contient beaucoup, de sales types!

Or finalement, dans la très courte nouvelle de Pouchkine, il n'est jamais décrit. on ne sait aps trop à quoi il ressemble, on sait seulement qu'il est assez jeune, disons, l'âge d'être militaire, sans toutefois avoir encore eu l'occasion de faire carrière, et qu'il est obsédé par l'argent.
On s'imagine que c'est une charmant salaud, parce qu'il tourneboule Lisa. Mais en même temps, Lisa est une fille naïve, qui n'a jamais particulièrement plu à un homme (principalement parce qu'elle est pauvre, sa tête à elle n'a pas d'importance, ce qui compte c'est qu'elle soit manipulable facilement) donc, même un type banal dans son cas peut être un parti inespéré, s'il n'est pas trop regardant sur le fait qu'elle n'a pas de dot. Et on sait qu'au départ, il ne lui plaît même pas plus que ça, c'est seulement parce qu'il insiste qu'elle se dit que peut-être, pourquoi pas, sa chance a tourné, autant s'en saisir pour éviter un "honteux" célibat prolongé.

La bonne surprise pour moi à été de voir dans un tout petit rôle l'excellent Innokentii Smoktounovski, dont j'aime beaucoup la voix ( acteur de téâtre particulièrement doué pour la lecture de poèmes).
L'actrice qui tient le rôle de la contesse (82 ans au moment du film, c'est bien d'avoir pris quelqu'un qui a réellement l'âge du rôle au lieu de grimer une actrice plus jeune en vieille dame) est flippante à souhait . Et tiens, je vois qu'elle née le 7 avril, la meilleure date de l'année :D Elena Nikolaïevna Gogoleva, ce qui signifie que son père s'appellait Nikolaï Gogolev. Non, ce n'est pas le célèbre écrivain, mort presque 50 ans avant sa naissance, mais une simple "presque homonymie."

Mais je devine que le procédé, outre le choix artistique de rester au plus près du texte était aussi dicté par.. le budget disponible. Il est moins onéreux de montrer une église de la ville, et d'avoir la narratrice qui raconte ce qui se passe à ce moment de l'histoire, plutôt que d'engager des dizaines et des dizaines de figurants en cotumes XIX° siècle pour  représenter l'enterrement de la contesse, où se presse la moitié de la ville.
Ce n'est évidemment pas une adaptation très recherchée

Pour la nouvelle c'est par ici 

Pour la version illustrée, c'est par là 

Il me reste donc encore deux supports à explorer, l'opéra de Tchaïkovski et la version danse chorégraphiée par Roland Petit. j'espérais pouvoir aller voir l'opéra à un moment en Russie, mais le sort en a décidé autrement.

Bien que je n'ai pas de certitudes, je pense qu'il coche la catégorie " film qui n'est pas sorti en salles en France", je ne trouve pas d'affiche en français ni la moindre mention d'une quelconque VF.

Allez, catégorie: film qui n'est pas sorti en France


lundi 23 mai 2022

Nouvelles russes en VO

noubelle étape du voyage en 80 livres , on quitte un peu les rives de la Mer noire pour celles de la Baltique ( entre autres)
Liban-> USA-> Grèce-> Israël -> Russie
langues d'origine:
arabe du Liban -> anglais des USA-> grec ancien-> hébreu ancien-> russe
(je souligne ce que j'ai lu en langue d'origine)


Ne sachant pas trop comment les classer, j'ai décidé d'en faire un sujet gobal.
En voilà donc 5, il n'est pas impossible qu'un autre sujet se rajoute par la suite, si d'autres lectures en vo arrivent dans mon cursus.

Puisque dans le cadre de mes études j'en ai lu quelques unes cette année. Il n'y a donc pas de lien logique entre elles, que ce soit d'époque, du sujet ou de genre.
Commençons donc par les vivants, et en l'occurence les vivantes, et je vais remonter dans le temps en fonction des dates de naissance.

- шарфик ( la petite écharpe, le foulard) - Dina Rubina (née en 1953)
Une poétesse, Nina Arkadievna, 50 ans, reçoit un jour une proposition: une édition spéciale de son recueil de textes. Mais pour ce faire, elle doit fournir une photo d'elle, or elle n'en a pas de récentes, ni qui convienne spécialement à une quatriéme de courverture. L'éditeur insiste et a convainc de prendre part à une séance photo, avecle meilleur photographe possible, même si elle déteste ça.
Mauvaise surprise, le jour dit, le photographe n'arrive pas seul, il est accompagné d'un styliste, la journée de Nina s'annonce un calvaire. Et effectivement elle est très pénible. Mais contre toute attente,  le courant passe bien entre elle et le syliste, un jeune homme calme et qui ce jour là, fait des merveilles pour mettre en valeur la digne dame avec des foulards de couleur. Nina qui a quand même quelques préjugés se dit qu'un styliste est forcément homosexuel, bien qu'il ne corresponde pas vraiment au cliché du styliste expansif et introverti, et que c'est quand même un peu dommage, un si charmant garçon... or il n'en est rien, ils ont l'occasion de discuter lorsqu'il revient lui apporter les épreuves photo à choisir et lui raconte comment lui, si discret et réservé est devenu styliste: son ex petite amie, une mannequin coréenne lui appris l'art de nouer les foulards - elle était complexée par son lond cou et des " clavicules moches" et s'entortillait toujours de nombreuses écharpes pour masquer ces défauts. Le garçon a simplement pris goût à cet art de la "draperie". Les deux ont rompu fort longtemps avant, leurs différences de caractère les ayant progressivement éloigné plus encore que leurs différences de culture.

Une nouvelle que j'ai bien aimée, parce qu'elle parle de différences, que l'on surmonte ( le décalage d'âge entre Nina et le styliste ne les empêche pas de nouer une relation amicale) ou pas ( le styliste et son ex ont toujours vécu dans ceux mondes différents, et leurs aspirations étaient différentes) il y est question de liberté, de suivre sa voie, sans regret, en gardant un bon souvenir du passé, avec plus ou moins de nostalgie. Pas un coup de coeur absolu, mais une lecture plutôt sympathique.
texte en VO

-Дочь Бухары (La fille de Boukhara)- Lioudmila Oulistkaya (née en 1943).

Peu après la seconde guerre mondiale, un médecin militaire, Dmitry, rentre dans sa ville natale, avec sa jeune femme: une ouzbèque, très jolie, toute petite, une poupée. La foule de voisins, qui admire cette jolie femme, est cependant un rien raciste, personne ne se donne la peine de la connaître, et se contente de l'appeller " Boukhara" du nom de sa ville natale. Les choses vont empirer lorsque va naître une petite fille, Mila. Mila est malheureusement trisomique. Boukhara entreprend de tout faire pour que Mila ait la vie la plus normale possible, mais Dmitry, qui se sent coupable de la maladie de sa fille, ne peut plus supporter de la voir. Terrifié à l'idée d'avoir un autre enfant qui aurait la même maladie, il quitte femme et fille pour une autre femme, stérile, avec qui il n'y a donc pas de risque d'avoir un autre enfant " défectueux", et se contente d'envoyer périodiquement un peu d'argent pour se donner bonne conscience.
Or tant que Boukhara était mariée avec le médecin les choses allaient à peu près normalement. une fois que le mari la quitte, elle est une moins que rien, contre qui les voisins s'acharnent, font des pétitions, craignant ou feignant de craindre une " contamination" par la petite Mila.

Boukhara va donc devoir seule , avec juste l'aide d'une vieille infirmière qui travaillait chez son connard d'ex mari, trouver un travail, élever sa fille l'aider au maximum à atteindre l'autonomie, et ce en temps limité, car elle est de plus atteinte d'une maladie incurable. Sa dernière tache sera de trouver un mari convenable à Mila, histoire qu'elle ait une vie " standard". Elle jette donc son dévolu sur un gentil garçon lui aussi trisomique, et arrange une rencontre entre lui et sa fille, en négociant avec le père du garçon un véritable marriage arrangé. Mais par chance les deux jeunes gens handicapés s'entendent à merveille. L'idée est plus qu'il fassent front ensemble face aux moqueries, plutôt que de rester seuls chacun.

La nouvelle est assez courte, mais pour moi, elle pèche par son accumulation de thèmes difficiles: le déracinement, le racisme, la maladie, le parent fuyant, les difficultés économiques, la mère courage, re-la maladie. Il y avait là la matière à 3 ou 4 nouvelles, et j'ai une sensation de trop plein.
J'avais lu " Les enfants de Médée" de la même autrice il y a de nombreuses années, je l'ai encore sur mon étagère, mais il ne m'a pas laissé beaucoup de souvenir. Il faudra que je le relise. ca fait des années que son nom est pressenti pour un prix nobbel de littérature et disons qu'à priori, si je ne me souviens pas du roman, c'est qu'il ne m'a pas fait une forte impression. Ou que je l'ai lu à un mauvais moment, , seule une relecture me permettra de trancher.

texte en VO
Je n'ai pas trouvé de traduction, mais ce n'est pas non plus ma priorité, j'ai plus envie de tenter de traduire les deux suivantes.

- Корзина с еловыми шишками (Le panier de pommes de sapin)
- Konstantin Paoustovski (1892 - 1968):


Une courte nouvelle qui se passe en Norvège, près de Bergen. Un vieux monsieur qui se promène en forêt, rencontre par hasard une petite fille qui porte un lourd panier rempli de pommes de sapin ( comprendre: elle est d'une famille très pauvre, et elle a été envoyée ramasser des pommes de sapin pour que la famille puisse se chauffer en hiver). La petite fille, une petite rousse aux yeux verts de 8 ans,  Dagni Pedersen, est la fille du garde forestier. Le vieux monsieur se nomme Edvard Grieg. Touché par la vivacité de Dagni, il lui promet un joli cadeau.. mais pas tout de suite, car il lui faut le temps de le faire. Elle l'aura pour ses 18 ans, avant ce serait trop tôt. Dagni, qui ne sait pas qui il est, pense qu'il va lui fabriquer un jouet, et déçue, pense qu'il est un peu lent, s'il lui faut 10 ans pour fabriquer un objet. Ou bien qu'il la croit maladroite et qu'il craint qu'elle ne casse son cadeau, lorsque Grieg lui dit que c'est un cadeau " pour les adultes"
Elle aura l'occasion, effectivement 10 ans plus tard, de découvrir son cadeau: après son diplôme, elle part à Christiania ( Oslo depuis 1925), chez sa tante et son oncle, pour se détendre et qui sait peut être trouver un travail dans la grande ville. Ses parents travaillent dans un théâtre et elle découvre aussi le monde de l'art. Et elle va découvrir son cadeau lors d'un concert: Grieg, qui ne l'a jamais oubliée, lui a composé tout spécialement un morceau pour ses 18 ans. Un morceau qu'elle n'aurait effectivement pas apprécié à sa juste valeur en étant plus jeune.
Une fort jolie histoire sur l'amitié entre gens de générations différentes, le pouvoir expressif de l'art, et. la beauté des paysages norvégiens, le tout écrit dans un russe à la fois élégant pour les descriptions, mais également assez accessible ( niveau B1/B2)

texte en VO
Je ne l'ai pas trouvé traduit, donc... je suis fort tentée de faire ma propre traduction cet été, ça fait longtemps :)

- Состязание ( le concours)Vikentii Veressaeiev ( 1867 -1945).

Après la musique, la peinture. Une autre histoire qui parle du pouvoir d'évocation de l'art.
Dans une ville et un pays inconnu, tous les ans est organisé un concours de peinture. Le gagnant verra son oeuvre exposée sur la place principale de la ville pendant un an et gagnera outre la célébrité, un titre honorifique. Le gagnant des deux précédentes années, un peintre d'un âge disons vénérable, est donc ainsi surnommé " deux-fois-couronné", puisqu'il gagné deux précédentes éditions. et il est évidemment le favori pour la troisième année consécutive. Mais cette année, un autre concurrent, le seul capable de faire peur à " deux-fois-couronné", se présente. Il s'agit ni plus ni moins qu'un de ses élèves, le plus talentueux, nommé " Licorne". Les deux peintres découvrent le sujet en même temps et ont un an pour réaliser un tableau. Le thème de cette année ( est une peu pipeau quand même) " la beauté de La Femme". Il faut donc réasliser un tableau représentant ni plus ni moins que la plus belle femme du monde. Les deux peintres discutent brièvement: Tantdis que " deux-fois-couronné" se met de suite en quête du modèle parfait, "Licorne", lui l'a déjà trouvé . il se propose de peindre le portrait de la plus belle femme du monde, Zorka, sa petite amie. Zorka est une femme pauvre, qui vit dans une chaumière, vend des poissons au marché, pas spécialement laide, mais pas spécialement jolie non plus, une femme objectivement très quelconque, qui fait dire à " deux-fois-couronné" que l'amour est aveugle.
Qui du peintre chevronné qui recherche un modèle parfait, à la beauté surhumaine ( qu'il va d'ailleurs finir par trouver et rendre à la perfection), ou du débutant qui se contentera de peindre une femme du peuple, va gagner le concours? C'est à la foule de décider, car c'est elle qui va voter pour le meilleur tableau.

Celle-ci m'a un peu moins plu, par sa structure de conte un peu trop facile à mon goût, son sujet quand même un peu attendu , le fait que j'ai deviné le résultat avant la fin.. mais aussi la langue assez compliquée. On est en face d'un auteur symboliste, et donc les symboles, c'est toujours très personnel.. soit on adhère, soit on n'adhère pas à l'idée de l'auteur. Et là, bon, j'ai eu plus de mal avec cette quête de la "beauté". Ou plutôt l'idée que tout le monde aura la même conception un peu stéréotypée de la beauté en fait. et puis qui dit symbolisme dit "langue très alambiquée"

Texte en VO

Je n'ai pas non plus trouvé de traduction, donc j'y songe aussi. Peut-être qu'en le décortiquant, je l'apprécierai un peu plus, qui sait.

- Жалобная книга  (Le registre des réclamations) - Anton  Tchekhov ( 1860 - 1904)

Un texte très très court, paru dans un journal, comme s'il s'agissait d'une page d'un recueil des plaintes dans une gare.

Vous avez déjà lu les papiers qui servent à faire l'essai de stylos au rayon papeterie.. ou la porte des toilettes dans une lieu public? Ben voilà, c'est à peu près ça.
On y trouve tout et n'importe quoi SAUF de réelles réclamations sur la gare et les transports: une épigramme avec une caricature, un dénommé gars  qui déplore la perte de son chapeau, quelqu'un qui répond au message du dessus, la dénonciation  "Nikandrov est socialiste!", un autre se plaint du gendarme, encore un autre qui se plaint de la physionomie du chef de gare, un qui dénonce la femme du gendarme vue en galante compagnie, une déclaration d'amour... Le seul qui semble vouloir se plaindre de quelque chose en lien avec les trains a été raturé, et le chef de gare a bien du mal à faire régner l'ordre dans son cahier.

La conclusion m'a beaucoup fait rire, dans le fond, ça m'a rappellé un certain livre d'or dans un certain musée où je travaillais, je confirme que certaines interventions étaient complètement à côté de la plaque ( j'ai souvenir d'une " plainte" concernant les chaussures de la gardienne de telle salle qui faisaient trop de bruit quand elle marchait et que ça gênait et qu'il fallait lui dire de porter d'autres chaussures..)
Oui c'est bien vu, je soupçonnerai même Tchekhov d'avoir copié directement une page dans une vrai registre de plaintes :D

texte en VO
Texte en VF

 Dommage que le texte français perde en saveur : «Ты картина, я портрет, ты скотина, а я нет. Я — морда твоя». La phrase est une épigramme rimée en russe, la traduction  « Tu es l’image, moi le portrait, tu es une bourrique, pas moi. Je suis ta gueule. » ne lui rend pas honneur

 Tchékhov ayant été traduit, les 4 autres n'ont à ma connaissance pas de traduction en français. Laquelle préféreriez vous lire en premier? Je vous avoue que je suis moins tentée par la traduction de Lioudmila Oulitskaya, mais les 3 autres sont envisageables. Le but du jeu est quand même que je m'amuse un peu à le faire :)


Littérature russe, et en VO svp!


samedi 6 novembre 2021

La femme de mes rêves - Boulat Okoudjava

Et voilà une lecture inattendue qui s'est glissée dans mon programme halloween.

Pour les besoins d'un examen sur l"'autobiographe en littérature russe", j'avais une liste de titres possibles. Un à choisir et une analyse à en faire ( stylistique, ce qui impose de le faire sur le texte d'origine en VO). Mais comme je n'ai vraiment pas le niveau piur un long texte en russe, j'ai en parallèle lu la traduction.

Après avoir d'abord cherché si la médiathèque de ma ville disposait d'un des ouvrages à choisir ( et sur la dizaine de titres, il n'y en avait aucun), j'avais d'abord opté pour " journal d'une écolière soviétique": en rupture de stock. Puis la prose autobiographique de Marina Tsvetaeva: un pavé à plus de 25 euros.

donc Boulat Okoudjava était mon troisième choix et par chance, il s'agit d'un recueil de nouvelles, plus facile à lire quand on manque de temps. Mais évidemment, après l'exament de juin, j'ai traîné, traîné et.. oups, faudrait peut être que je le finisse avant de partir quand même...

Mais double bonus:
d'une part j'ai parlé de cet auteur dans le sujet sur la Géorgie, et ça me permet de marquer le coup de l'anniversaire de l'indépendance par une lecture d'un auteur russophone, mais non russe. Et les nouvelles se passent pour certaines à Tbilissi.
D'autre part c'est l'occasion de découvrir une autre facette de l'auteur, que je connaissais comme chanteur/ compositeur, extrêmement important dans la culture de l'époque soviétique: l'écrivain de prose.

Une lecture pour accompagne la dégustation des aubergines aux noix ( sujet précédent!)


Première nouvelle: La femme de mes rêves. Ce n'est pas ce que vous croyez. Derrière ce titre d'histoire d'amour se cache une... histoire d'amour. Familiale.
Le narrateur, dans la vingtaine, va retrouver sa mère, qu'il n'a plus vue depuis l'âge de 12 ans, et se demande à quoi elle va ressembler. Pour lui, qui a beaucoup changé en 10 ans, étant devenu adulte, il imagine une petite vieille, très différente de la mère de ses souvenirs d'enfant. C'est bien sûr cette mère presque irréelle, la femme de ses rêves.
Mais "la femme de mes rêves" est aussi le titre d'un film allemand qui passe à Tbilissi, une comédie. Le narrateur a donc prévu d'amener sa mère au cinéma voir le film, pour lui changer les idées et en guise de retrouvailles.
La mère n'a pas beaucoup changé physiquement, mais elle a beaucoup changé mentalement. elle ne répond pas aux questions ou très laconiquement et semble mutique. Le film allemand la met mal à l'aise. Ce que le fils, tout à sa joie de la retrouver n'a pas compris, car on lui avait caché l'endroit où elle se trouvait: soupçonnée d'espionnage elle a a été retenue prisonnière en camp  pendant tout ce temps. Elle a appris à se taire et se méfier de tout et de tous pendant 10 ans, ce n'est pas facile de reprendre une vie normale . (situation tout à fait authentique arrêtée à la mère de l'auteur, arrêtée quand il avait 14 ans, et qui de l'a revue que 10 ans plus tard)
Et cette nouvelle est adorable: le fils et la relation avec sa mère, son envie de tout faire au mieux, sa joie de retouver " sa maman à lui", son enthousiasme et son expression enfantins, ses espoirs un peu naïfs, l'humour ironique mais affectueux de la narration... c'est une très jolie découverte, si le sujet est sérieux, il est traité avec un ton léger. En tout cas la sincérité de l'auteur, via son narrateur, ne fait aucun doute.

Alors petit problème cependant, en comparant le texte d'origine et la traduction, beaucoup de passages n'ont pas été traduits, et c'est dommage, parce qu'on perd des clefs de lecture ( le narrateur fait un parallèle entre l'actrice du film qu'il a adoré, et sa mère, les deux se brouillent dans sa tête, de même la raison pour laquelle il a choisi précisément ce film et pas un autre est élidée, c'est quand même ballot. Alors oui, il y a des répétitions et ça peut paraître anecdotique au milieu du reste, mais l'auteur ne l'a pas écrit pour rien, et c'est son style, pour montrer que le personnage souffre tellement de la séparation qu'il se raccroche à ce qu'il peut pour ne pas déprimer. La nouvelle est assez courte, le livre en français fait 181 pages en tout, une ou deux de plus n'auraient pas été de trop)

Les deux suivantes " le matin dore d'une tendre lumière..." et " leçons de musique", sont encore plus ouvertement autobiographiques ( puisque le nom "Okoudjava" y est mentionné, déformé en Okoudjabo par un militaire russe un peu borné, qui ne se fait pas à l'idée que ce nom de famille géorgien puisse désigner un homme. La déclinaison en -va des noms de famille russes étant en effet féminine, mais c'est différent en géorgien. La langue ne connait pas les genres grammaticaux, donc son nom n'est ni féminin, ni masculin. Et il  n'est pas plus déclinable en russe que les noms en -vili ou en -dze courants en Géorgie, car le russe ne dispose pas de cette possibilité: les noms de famille étrangers se teminant par une forme possible en russe sont déclinables, les autres noms ne le son pas. Mon nom français qui se termine en -et, prononcé "é", est transcrit " e" et.. indéclinable)

Le matin tire son poétique titre d'une chanson soviétique et nous raconte comment le narrateur et un ami, âgés de 17 ans, ont fait des pieds et des mains pour être enrôlés volontaires dans l'armée, lors de la seconde guerre mondiale, alors qu'ils étaient trop jeunes pour être réquisitionnés.
Leçons
en est la suite directe et raconte la formation militaire à la dure du narrateur, qui ne se rend pas vraiment compte que le miitaire borné a pitié de lui, maigrichon et mal nourri, et tente de le dissuader d'aller au front, préférant en faire un instructeur pour les nouvelles recrues, souvent plus âgées que lui. La "musique ici " sont les consignes maintes fois entendues de l'instructeur, qu'il doit à son tour "entonner" pour les nouveaux. Consignes qui lui font l'effet d'une chanson, chantée par un autre voix que la sienne, tant elles sont en décalage avec sa réalité humaine.

La vie privée d'Alexandre Pouchkine ou le nominatif dans l'oeuvre de Lermontov
: oui c'est le titre! On retrouve notre peu lorieux narrateur après ses études de lettres, mollement poursuivies, se livrant tout entier à son penchant pour la flemme. Et pourquoi se démener, quand le fait d'avoir été blessé au front lui ouvre toutes les portes? Il se voit déjà chargé d'un bon poste à Moscou, prend le melon, et pourtant, il se retrouve envoyé comme professeur de littérature en province, ce qui lui déplaît. Pour éviter ça, il prétend devoir rester en ville pour écrire une thèse sur "le nominatif dans l'oeuvre de Lermontov". Le pipeau ne prend pas, il se retrouve nommé titualire de chaire de littérature à l'université de Trouperdu-sur-Gadoue, et son premier fait d'armes sera d'apporter la connaissance aux masses laborieuses, c'est à dire de faire une conférence devant des employés de kolkhoze. Au pif, il déclare vouloir la faire sur la vie privée d'Alexandre Pouchkine, ne prend pas la chose au sérieux, ne préparer rien et se retrouve le jour de la conférence. Le malaise et la honte qui s'emparent de lui lorsqu'il doit improviser vont un peu le faire redescendre sur terre et enterrer son orgueil. Ca rappelle un peu la conférence sur "les méfaits du tabac" de Tchékhov. En tout cas l'auteur ne cache ni sa bétise, ni son arrogance passées et ne se donne pas le beau rôle.

Quelques échecs parmi de totales réussites
: Et on continue, notre orgueilleux est maintenant professeur dans une école de banlieue, vivote avec un petit salaire, mais vient quand même  de se payer un beau manteau d'occasion, étranger. Ce qui le fait visiblement passer pour plus riche qu'il n'est. Et lorsqu'il décide avec un ami d'aller draguer des filles à Moscou, pour essayer de se dégotter une petite amie, il va tomber de haut: entre celles qui ne le regardent même pas, celles qui font semblant d'être intéressées mais se pour se moquer des deux don juan de pacotille, et celle très malhonnêtes qui se font inviter dans le restaurant le plus cher, prennent les plats les plus onéreux et se font entretenir... les réussites du titre son bien évidemment ironique. Le séducteur déconfit va devoir laisser son manteau en gage pour payer la note du restaurant. et ne reverra jamais aucune des donzelles qu'il a régalées. Mais dans le fond, on peu difficilement le prendre en grippe: c'est un sentimental, qui se fait pigeonner car il vit dans ses rêves et ne voit pas la rouerie, persuadé qu'il est de ne pouvoir tomber que sur une femme bien. Et de nouvelle en nouvelle, la vie se charge de lui donner les coups de pieds aux fesses mentaux, pas forcément mérités, mais nécessaires.

Le manteau: Voilà un titre qui fait immédiatemment penser à Gogol. Et de fait pour le narrateur/ auteur, la quête d'un nouveau manteau va devenir une obsession. Pas n'importe quel manteau, il en a un déjà: chaud, mais très moche et peu digne d'un enseignant, même d'un enseignant de province.Il rêve d'un manteau de cuir ( sans cacher que c'est surtout par orgueil qu'il fait ce caprice) Le mari d'une de ses collègues de travail va l'entrainer dans uen aventure rocambolesque: acheter des peaux de veau non tannées à l'abattoir, les saler pour les conserver et les amener chez un tanneur, assez loin de là, qui les leur préparera. Evidemment rien ne se passe comme prévu, et pire, les deux compères, considérés comme suspects, parce qu'ils ne sont pas de cette ville, sont repérés par la milice. L'autre gars arrive à s'esbigner discrtement, mais le malchanceux Boulat va passer la nuit chez les flics, sans savoir même ce qu'on lui reproche. car le fond de la nouvelles, moins que la quête non aboutie du manteau, c'est bien l'ambiance permanente de suspicion qui régnait en URSS dans les années 50. Il est d'ailleurs fait régulièrement référence à "l'autre géorgien moutaschu", celui qui souriait partout dans un cadre et que le narrateur se refuse à nommer.

Comment Ivan Ivanitch rendit tout un pays heureux: LA seule nouvelle du recueil qui ne soit pas à la première parsonne. Elle met en scène Ivan Ivanytch, employé d'une société, au moment de la perestroïka. Il n'a rien qui sorte de l'ordinaire, c'est un type normal, le plus banal du monde, souffre-douleur de son directeur, qui n'aime rien tant qu'écraser les plus faibles que lui. Mais Ivan Ivanytch a un loisir: fabriquer des cadres en bois sculptés, et il est excellent dans ce domaine. Un de ces cadres tombe on ne sait comment dans les mains du directeur d'une grande société japonaise, dont la passion est la peinture. Le cadre est parfait pour une de ses oeuvres, il décide donc d'inviter Ivan Ivanytch qui n'est jamais allé ailleurs qu'en URSS, à venir au Japon pour l'anniversaire de la firme. Le directeur est mortifié, car au bon vieux temps de l'URSS, c'est lui qui y serait allé, et non un employé insignifiant.
Maix voilà, Ivan, accepte l'invitation et découvre un tout autre monde, où son travail est apprécié, où les gens sourient ( au départ il prend les hôtesses de l'air pour folles, car un diction russe dit " celui qui sourit sans raison est soit un fou soit un idiot"), où son point de vue est écouté...
Evidemment, c'est une allégorie: un soviétique moyen qui n'a jamais connu que l'URSS arrive par hasard à découvrir un pays étranger, qui n'est pas le monde de perdition qu'on lui a fait croire.
Et le symbole de cette découverte est La matriochka: Ivan n'a pas eu le temps d'en acheter pour les gens qui l'ont invité, .. mais il va découvrir un magasin russe au Japon qui en vend. Et le symbole de son pays lui parait être là-bas terriblement factice, ces poupées, toutes les mêmes, toutes inexpressives comme le sont ses compatriotes n'ont aucun succès au Japon ( si Ivan avait su que.. véritablement, le symbole de la Russie est inspiré d'un objet traditionnel précisément japonais, quelle ironie!)

Une très sympathique lecture, j'ai bien choisi ( et j'ai réussi un magnifique 20/20 à mon épreuve de l'ittérature, en analysant la première nouvelle, ça ne m'était jamais arrivé en fac, trop fière de moi!). elles sont plus profondes et ironique qu'il n'y parait à première vue, et il s'en dégage souvent quelque chose de tragique derrière l'humour.

dimanche 26 septembre 2021

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine - A. Pouchkine

 allez, un peu de lectures classiques, il y avait longtemps.

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine est un recueil de 5 nouvelles, précédé d'une rapide biographie du dénommé Ivan (qui n'a jamais existé, mais passe pour l'auteur de ces récits, et leur narrateur qui rapporte ce qu'il a vu ou qu'on lui a raconté)

On peut les télécharger ici au format PDF, gratuitement

- Le coup de pistolet : un militaire, Silvio, tireur d'élite, a un jour maille à partir avec un autre militaire. Les deux décident de régler ça à la manière de l'époque: duel au pistolet. L'autre tire le premier mais rate Silvio, cependant devant l'attitude nonchalante de son opposant, qui mange tranquilement des cerises au lieu d'avoir peur, Silvio décide de reporter sine die son coup : à quoi sert de viser une ennemi qui tient si peu à la vie. Non, il décide de le réserver pour un autre jour, quand le gars d'en face aura de vraies raisons de tenir à la vie. La veille de son mariage avec une dame richissime par exemple.

- La tempête de neige: Les jeunes Maria, fille d'un riche propriétaire et Vladimir, militaire peu gradé, sont amoureux. Et comme on peut s'y attendre, la famille de Maria considère que ce n'est pas un bon parti pour elle. Les amoureux fomentent donc un coup classique: la fuite en pleine nuit et le mariage en secret, mettant les familles devant le fait accompli. Or une tempête de neige se lève, empêchant les projets, Maria peut partir et se rendre à l'église tandis que Vladimir se perd et n'arrive que le lendemain matin.
Maria est déjà rentrée chez elle, les parents n'ont rien su de son escapade nocturne. Elle tombe malade dans la foulée. Les parents, pensant qu'elle se laisse mourir de désespoir, consentent au mariage... que Vladimir refuse, quittant aussitôt la région. Que s'est il passé cette nuit pour entrainer une si rapide rupture?
Réponse: Maria s'est mariée, sans le vouloir, avec un inconnu venu se réfugier dans l'église cette nuit là, et que, dans la pénombre et emmitouflé dans ses vêtements, le prêtre et les témoins ont pris pour Vladimir. Ce n'est qu'après la célébration que l'erreur est découverte et que le nouveau marié s'enfuit. Fichu, Maria ne peut plus se marier, ni avec Vladimir, ni avec l'un de ses nombreux soupirants, elle serait bigame. Mais comment et où retrouver un mari qu'on a épousé par erreur, dont on ne sait rien et qui a pris la fuite?

- Le marchand de cercueils: un marchand de cercueils, nouvellement installé dans une ville , est invité à une fête entre voisins, le boulanger, le gendarme, le cordonnier, etc.. sont là L'alcool y coule à flot, tout se passe bien, mais une plaisanterie lancée " buvons à la santé de nos clients", passe très mal auprès de lui. Il rentre donc ivre et vexé, prétendant préférer boire avec ses clients morts plutôt qu'avec des vivants de si mauvaise compagnie. Ce qui se passe: en rentrant chez lui, la maison est pleine de fantômes et de squelettes. Précisément, des clients qu'il a tout au long de sa carrière, extorqués, leur vendant des cercueils de mauvaise qualité ou gonflant les prix. Malédiction.. ou simple delirium tremens?

- Le maître de poste: le maître de poste est un quiquagénaire que rencontre le narrateur lors d'un voyage. Il vit et travaille avec sa fille Dounia, une coquette de 14 ans qui se laisse très facilement conter fleurette, pour amadouer les voyageurs trop exigeants. Cette situation va évidemment dégénérer, le jour où Dounia va faire plus que se laisser draguer, et carrément s'enfuir à la ville avec un voyageur, dont elle devient la maîtresse. Le père finit par la retrouver, mais elle refuse même de lui adresser la parole. Une histoire qu'on pouvait voir venir: la maison du maitre de poste était décorée de gravures illustrant l'histoire du fils prodigue. Dounia, la fille prodigue, ne revient que quelques années plus tard, riche, mais beaucoup trop tard pour une réconciliation.

- La demoiselle paysanne: Dans une campagne loin de tout deux propriétaires imbus de leur gloire se détestent par principe.. sans jamais s'être rencontrés. Mouromsky, innovateur, a des dettes colossales, continue à en faire pour moderniser sa propriété sans grand résultat. Il vit avec sa  fille, Lisa, 17 ans impétueuse, fûtée , facétieuse. Anglomane convaincu, il lui fait apprendre l'anglais, lui a dégotté une vieille miss comme professeur particulier ( "payée à relire Paméla tous les six mois et à se plaindre de la Russie barbare" ), s'habille à l'anglaise, ce qui le rend passablement ridicule dans ce coin paumé de campagne où on ne parle même pas le russe, mais un patois local ( que Lisa se fait fort de pratiquer couramment, avec en tout cas plus d'enthousiasme que l'anglais)
Berestov, le traditionnaliste, préfère " vivre modestement à la russe plutôt que s'endetter à l'anglaise", il a un fils, Aleksei, 17 ans aussi, qui aimerait faire carrière dans l'armée, tandis que le père pense que mieux vaut tenir que courir et destine son fils à l'administration.
Les deux rejetons ne se sont pas rencontrés plus que les parents, mais chacun a entendu parler du charme exceptionnel de l'autre. C'est Lisa qui la première va trouver une combine pour rencontrer incognito son voisin: se déguiser en paysanne, se prétendre " Akoulina" ( un prénom très "terroir"), et aller ramasser "par hasard" des champignons là où Aleksei va chasser. Rencontre, discussion, et comme on le devine, coup de foudre: en 2 mois Aleksei est tout prêt à demander sa paysanne en mariage. Or entretemps les géniteurs ont fait connaissance, sont devenus amis et commencent à planifier un mariage entre Lisa ( qui ne s'est jamais montré à son galant sous sa vraie apparence, la seule fois où il l'a vue, elle s'était grimée en petite marquise pour ne pas être reconnue et avait tout fait pour se faire détester) et Aleksei qui, donc trouve la Lisa qu'il a vue fade, évaporée, et sans personnalité.
Comment se sortir de cette situation?

Ces 5 nouvelles sont très faciles à lire, souvent drôles ( hormis le maître de poste, véritablement tragique) car Pouchkine charge autant les riches que les pauvres, les artisans que les propriétaires parvenus, les hommes que les femmes, avec un humour souvent réjouissant et des petites vannes bien senties. On y retrouve des thèmes courants chez lui: le duel (Le coup de pistolet), le type de la ville venu s'enterrer à la campagne, mais qui continue à vivre comme en ville (la demoiselle paysanne), les histoires d'amour contrariées par les parents et leurs préjugés ( la tempète de neige, la demoiselle paysanne).. Des choses qui étaient aussi dans Eugène Oneguine ou dans la fille du capitaine. Du Pouchkine pur jus, et je retrouve le côté pince-sans-rire qui m'avait beaucoup plu dans ses autres oeuvres.

Et maintenant la révélation: il s'agit d'une mystification, doublée d'un pastiche. 

Mystification: Pouchkine était adepte de ce genre de choses, faisant parfois passer ses oeuvres pour celles d'autres auteurs. Ici, il fait passer ces nouvelles pour l'oeuvre d'un auteur mort depuis des décennies, Ivan Pétrovitch Belkine, entouré de mystère, dont les récits sont passés de mains en mains, donc.. intraçable. Malin.

portrait imaginaire de Pouchkine, coincé à Boldino pendant une quarantaine dûe à une épidémie de choléra (100% véridique)
S'enuyant comme un rat mort, ça a été la période la plus productive de sa vie: poèmes, Eugène Oneguine et ces récits de Belkine.
Tableau de Piotr Konchalovski, né bien après la mort de l'auteur, et qui donc en donne SA version, vu qu'il ne l'a jamais vu que sur des portraits faits par d'autres .
Ca cadre bien avec la situation :D



Et un pastiche, car il s'agit de réécritures très librement adaptées, de pièces de Shakespeare.
Le coup de pistolet, c'est Hamlet, qui remet sa vengeance jusqu'à ce qu'il trouve le moment le plus opportun.
La tempète de neige, c'est " la tempête", tout simplement*. Le marchand de cercueil peut être lié à Macbeth, le roi devenant un marchand peu honnête, tandis que le roi Lear a inspiré le père abandonné du maître de poste. Et le plus évident de tous, la demoiselle paysanne est une version comique à peine voilée de Roméo et Juliette.

En fait, plus exactement, il s'agit de parodies de la manière dont était présenté Shakespeare au XIX° sicèle au public russe.
Une philologue a mené une étude là dessus, et à comparé beaucoup de source. Je ne vous lierai pas son travail, qui est tout en russe. J'ai pu écouter à ce sujet une très intéressante conférence. Voici l'idée: A cette époque, il y avait peu de traductions de Shakespeare, surtout en russe. Les russes, qui pour beaucoup, parlaient couramment français, ont découvert Shakespeare via les traduction en français de Guizot ou François-Victor Hugo, traductions qui étaient souvent assez boiteuses, quand elles n'étaient pas tronquées.

Et donc traduire depuis une mauvaise traduction... vous imaginez le décalage avec l'ouvre d'origine.
De plus ces traduction ne s'adressaient pas à la société lettrée qui lisait déjà couramment le français ou l'anglais, mais à la bourgeoisie, qui voulait faire comme les nobles.. sans en avoir la formation intellectuelle, elle a donc été la première consommatrice de ces éditions, MAIS adaptée à ses goûts. Or le " goût bourgeois" en russe comme en français, est quelque chose de plat, sans saveur, sans originalité, bourré de poncifs...
La bourgeoisie veut du Shakespeare, on va lui en donner, elle ne veut pas de rdrames, on va lui lui donenr des tragédies adaptées qui finissent bien. Ce qui est attesté par les programmes de théâtres de l'époque.
D'Hamlet, exit l'histoire d'héritage, il ne reste que l'idée de vengeance retardée. Roméo et Juliette doit bien se finir. Macbeth pour le public russe de l'époque a été réduit à la seule invitation à dîner du spectre de Banquo, exit tout le reste ( qui est l'essentiel)
Ce ne sont donc pas directement les pièces de Shakespeare qui sont adaptées, mais leurs relectures bourgoises de cette époque, dont Pouchkine se moque allègrement, en les ridiculisant.

Et la plus impossible à reconnaître est Othello. La version russe de Desdémone est fiancée à un monsieur et les familles ne seulent pas de mariage. Ils vont se marier en secret. Mais elle est enlevée sur le chemin. Othello se croit trompé et la tue pour laver son honneur. On fait plus difficilement éloigné de l'oeuvre d'origine.
*La chercheuse russe voit dans "la tempête de neige" une adaptation de cette adaptation, alors que tout pointe vers "la tempête. On ne m'otêra pas de l'idée que Pouchkine étant un petit malin, il a fait un mix entre cette version contemporaine méconnaissable d'Othello, et la Tempête, très reconnaissable, mais assez méconnue du public de l'époque. Ce qui peut est assez clair, car les titres sont limpides, et le nom du mari de fortune est tiré de l'un des mots signifiant " Tempête" en russe.

D'après la conférencière, l'incipit qui retrace de manière apparemment sans intérêt les aventures du manuscrit ( dont certains sont déclarés disparus, car une bonne ignorante les a utilisés pour colmater les fissures d'une fenêtre.. humour typique de Pouchkine) est en fait une clef: les récits passent de main, traduits, retraduits, de plus en plus vidés de leur essence pour donner quelque chose de plat, juste bon à servir d'isolant en hiver, et dont l'auteur premier, de plus en plus méconnaissable, est difficile à retrouver.
Cette double lecture est passionnante.

Triple dose de classique: Du Shakespeare adapté puis parodié. ( tiens si je lisais les pièces que j'ai oubliées, moi...)


dimanche 6 juin 2021

Journée internationale de la langue russe

 Aujourd'hui 6 juin, c'est la journée internationale de la langue Russe.

Pourquoi aujourd'hui? Parce que c'est l'anniversaire de Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, l'écrivain russe le plus célèbre.


Quelques liens pour découvrir l'auteur phare de la littérature russe:
-extraits d'Eugène Oneguine en russe et français ( traduction d'A. Markowicz)
- quelques textes intégrals en version numérique, VO ert FV ( quoique les traductions soient assez anciennes)
- Le long poème " automne", interprèté par l'excellent acteur Innokenti Smoktounovski
- Lu par le même acteur Eugène Oneguine, livre audio https://www.youtube.com/watch?v=DGdPJPvHJA0
Même si vous ne comprenez pas tout, et c'est normal, c'est toujours une bonne chose d'écouter la langue. en essayant de repérer les mots que vous connaissez .
Pourquoi pas en suivant le texte téléchargeable en version originale de la bibliothèque russe, pour associer le son avec l'écrit? ( petit truc d'apprentissage personnel qui fait bien progresser)

Et un petit rappel de mes lectures de cet auteur

Eugène Oneguine
La fille du Capitaine
La dame de Pique

Amusez vous bien!

Всех с Днем русского языка!


Et comment passer à côté de cette date symbolique pour annoncer la bonne nouvelle?

J'ai réussi mon année et en conséquence: mon diplôme. J'attends maintenant la possibilité de le télécharger ou de le recevoir, mais j'ai les notes qui le prouve. Me voilà licenciée es langue russe.

Ce n'st pas tout. Je dévoile aussi mon grand projet pour lannée qui vient, qui m'a beaucoup occupée ces dernier temps et ce n'est pas fini:

J'ai postulé pour une année de Master en immersion en Russie, en échange bilatéral. Et mon dossier a été accepté.
Je suis donc attendue fin août à Saint Pétersbourg pour les deux semestres 2021/2022. Début des cours le 1 septembre précisément.

Problème: à l'heure actuelle personnen e sait rien. Impossible d'avoir des informations. J'attends l'invitation officielle de la part de l'université de Saint Pétersbourg, je leur ai envoyé les papier pour la demande de visa, mais à l'heure actuelle, on ne sait pas quand le service russe de migration acceptera à nouveau les ressortissants de l'Union européenne. Et si on me laisser entrer, il n'est pas dit que le gouvernement français me laisse, lui, sortir.

Mon statut est plus que flou: étudiante en convention bilatérale, C'est certes officiel, mais ce n'est ni du tourisme, ni un voyage d'affaire. Et impossible de savoir si étudier est un motif impérieux de déplacement ou pas.
De mon point de vue, ça devrait être considéré au même titre qu'un voyage d'affaire de longue durée, puisque c'est une formation qui va servir dans ma vie professionnelle. Mais pas dit que les gouvernements aient le même point de vue.

Mais voilà, dans 3 mois, je croise les doigts, je suis supposée à Saint Pétersbourg, en train de plancher sur els subtilités de la langue. J'y ai passé 3 courts jours il y a 6 ans, je rêvais d'y retourner, tant sa réputation d'être une des plus belles villes du monde n'est pas usurpée ( construite au XVIII siècle, suivant un plan étudié, l'architecture du centre est très homogène) et également une des plus culturelles :)


Je serais très mais alors très très très vexée qu'on me refuse ce qui m'a coûté beaucoup d'efforts, de fatigue et d'énervement, pour des raisons pipeau. Je promets d'y aller en tenue d'apicultrice avec 3 masques l'un sur l'autre s'il le faut, dûment vaccinée, donc ne me sortez pas le coronavirus comme excuse.


lundi 22 mars 2021

Nous - Evgueni Zamiatine

C'est très rare que je relise un livre, encore plus un livre que j'avais déjà chroniqué ici.. mais, pour cause de lecture obligatoire au second semestre, hop relecture de ce pionnier de la dystopie qui a influencé A la fois le Meilleur des Mondes et 1984.

C'est un miracle que dans un cours de littérature en fac, la lecture imposée soit un roman de SF, des choses changent, youhou!
Et donc, je l'avais précédemment lu sous le premier titre français " nous autres", je n'ai pas relu ma critique de l'époque pour ne pas m'auto influencer.
Mais donc, à ma plus grande satisfaction, le roman a été retraduit il y a quelques années, Et se contente du simple " Nous", qui est son titre original "Мы".



Plus j'y repense et plus je trouve que ce premer titre était complètement absurde, puis qu'il pose l'idée qu'il y a "nous" d'un côté et une altérité, qui n'est pas du tout pensée dans le roman. Les citoyens de l'état unitaires sont même incapables de se penser autrement que des rouages de l'Etat, parfaitement interchangeables. Au point de se considérer comme malades s'ils développent "l'imagination", cette chose qui les distinguent de la masse, et rien n'est plus douloureux, ni angoissant que d'être " différent". Et nombre se précipitent en masse pour se faire opérer ( lobotomiser) afin d'être enfin débarréssés de cette imagination encombrante qui les éloigne de la perfection, de l'idéal mécanique, du robot parfait et infaillible car dénué d'états d'âmes.

Il n'y a pas "d'autres", s'il y en a eu à un moment, 300 ans avant les faits narrés, soit ils ont disparu au delà du "mur vert" et on n'y pense même plus, soit ils sont retournés à l'état sauvage et dans ce cas, ils comptent pour quantité négligeable. D'autant que ce sont des mutants, couverts de fourrure " sauvage". Il n'y a que le "nous" qui existe, et doit exister,c'est ce que professe le narrateur. A peine arrive-t-il à se représenter une existence extra-terrestre, pour laquelle il a pourtant la mission civilisatrice de rédiger des notes afin de les convaincre des bienfaits de l'Etat unitaire et du nous indistinct.

Ou plutôt si il y a des autres.. perçus comme danger pour l'Etat et donc pourchassés, il y a forcément des mouvements de résistance interne qui se mettent en place. Mais ils sont considérés comme memebres malades à amputer pour soigner l'organisme dans son ensemble.

Donc ce "autre "n'avait strictement rien à faire là, dire "nous autres" c'est se penser par rapport et par opposition à quelque chose, et c'était à la limite de la trahison du contenu.
Donc je ne reviendrais pas sur la trame qui est celle développée par la suite par Orwell, avec la surveillance à tous les niveaux, Big Brother, et le grain de sable qui va enrayer ces rouages, de l'intérieur. Parce que dans cette société formatée, qui a élevé les mathématiques au rang de principe de vie, et qui considère l'imagination comme une dangereuse maladie mentale, on retrouve tout à fait la critique du totalitarisme qui a fait le succès du roman d'Orwell en 1948.

Sauf que.

Orwell a écrit 1984 en 1948. Soit après la fin de la guerre et de manière quasi contemporaine des totalitarisme (Les régimes Nazi et Mussoliniens avaient disparu, mais Staline était encore bien vivant et son régime aussi. Donc la société qu'il décrit est plus que vraisemblable, elle était réelle à ce moment là.

Huxley a écrit le Meilleur des Mondes en 1931, avant la pleine expansion des régimes totalitaires en Italie et Allemagne, mais déjà en pleine période stalinienne. Lénine est mort en  1924, les purges allaient avoir lieu au milieu des années 1930, les choses prnaient ue n mauvaise tournure en Italie et en Allemagne, donc là aussi, on peut se dire qu'il suffisait d'ouvrir les yeux et de faire un peu de déduction pour prévoir l'évolution des choses. Le système qu'il dépeint n'est pas encore tout à fait mis en place, mais il est vraisemblable.

Zamiatique a écrit "Nous" en 1920. La publication en a été immédiatement interdite en Russie pas encore URSS, où elle ne se fera qu'en 1988.
Or lorsqu'on lit le roman, on a vraiment l'impression qu'il décrit la situation avec 30 ans d'avance. Au point de se demander si les copies qui en ont circulé sous le manteau n'ont pas simplement servi de manuel politique à " So-so" ( je ne me remets pas de la découverte de ce surnom!)
Là, on peut parler de visionnaire.

Et donc, je recommande bien sur la lecture de cette retraduction qui s'attache à rendre le style , difficile et déconstruit, du texte d'origine. On est dans les années 20, priode du suprématisme et plus tard du constructivisme en peinture, du futurisme en poésie ( même si idéologiquement, beaucoup d'auteurs futuristes ont suivi le mouvement politique avec enthousiasme, au moins, au début, et donc se sont retrouvé en opposition totale avec les vues de Zamiatine, concernant l'objectif de sauteurs, de l'art...)
Mais le style d'origine est heurté, haché, mathématique...
La première traduction française était vraisemblablement une traduction.. de la traduction anglaise des années 1920, et dans un style très recherché, élégant, lyrique... Là encore, on peut parler de trahison du texte original ( à la décharge du traducteur français, si la version sur laquelle il avait travaillé était déjà éloignée du style d'origine)
Et ça passe mieux, les bizarreries qui m'avaient gênée il y a 10 ans n'y sont plus, le texte est plus formellement en accord avec son contenu.

vendredi 9 octobre 2020

Littérature, spectacles , fantastique : La veille de la saint Jean - Nikolaï Gogol /une nuit sur le Mont Chauve

Et une lecture imprévue qui s'est glissée dans mon programme.

Pour laquelle je retrouve mon fil rouge littéraire, l'autre Nikolaï ( décidément cette année, j'aurais été marquée par ce prénom, qu'en plus j'aime bien, y compris sa variante francophone Nicolas).
Et après Théophile et Edgar, c'est presque une thématique "moustaches internationales" en ce début de mois Halloween.

En fait, cet été, dans ma ville, a eu lieu un festival de son et lumière, comme depuis plusieurs années maintenant. Et l'une des animations était faite sur la musique de Moussorgski " une nuit sur le mont chauve".. Tout en précisant " d'après une nouvelle de Nikolaï Gogol"... Euh oui, mais laquelle?

Ni une ni deux, j'ai cherché, j'ai trouvé, j'ai téléchargé et j'ai lu cette histoire d'épouvante mettant en scène un couple de paysans cosaques, un personnage diabolique et " la reine des sorcières " dont le nom n'est pas mentionné dans la traduction que j'ai trouvée, mais qui est bien reconnaissable à son isba montée sur pattes de poules: Baba Yaga. Probablement parce que les traductions gratuites sont anciennes et trafiquaient un peu pour ne pas perdre un lecteur novice du XIX°siècle, qui n'aurait pas su qui était Baba Yaga.

Cette nouvelle est tirée des " veillées du hameau près de Dikanka", largement inspirées des contes et traditions ukrainiennes.

Kolia, le joyeux drille.
J'adore ces vieilles photos, ça donne une réalité à l'auteur, qui n'est plus seulement un nom sur une couverture. Il aurait même eu une bonne tête, avec un sourire, mais bon... encore un qui a eu une vie bien torturée d'auteur slave.

Un conteur très haut en couleur nous raconte une histoire, évidemment absolument vraie (que le diable nous patafiole si nous n'y croyons pas!) que racontait son propre grand père, qui la tenait de... etc...

Donc il y a très très très etc....longtemps, près du hameau de Dikanka, dans un village depuis longtemps détruit, vivait un cosaque veuf avec sa fille, la jolie brune Pidorka, et son fils Ivas, 6 ans.
Pidorka avait un galant, Petro, trop pauvre pour prétendre à sa main. Le père avait donc résolu de la marier avec un riche Polonais. Apprenant cela, Petro fit donc ce que tout cosaque ferait dans ce cas: noyer son chagrin à la taverne.
Où se trouvait un très inquiétant personnage, Basavriouk, à la réputation de mécréant, voire de diable.

Or Basavriouk propose un marché à Petro: de l'argent, beaucoup d'argent, bien plus que nécessaire pour pouvoir épouser Pidorka. A la condition de l'accompagner la nuit de la saint Jean (en fait, lors de la fête d' Ivan Koupala*, une fête d'origine païenne déguisée comme beaucoup d'autres en fête chrétienne), cueillir la " fleur de fougère" qui ne se trouve que cette nuit là,pour la remettre à la reine-sorcière. Cette fleur magique permet de faire de la divination et de localiser un trésor.

Ce que Petro fait, voyant alors des montagnes d'or apparaître à ses pieds... mais qu'il ne pourra obtenir qu'au prix d'un sacrifice humain. Or Petro n'est pas d'un naturel violent, et assassiner quelqu'un gratuitement n'est pas son genre.
Pire, la victime qu'il doit décapiter n'est autre qu'Ivas, le petit frère de Pidorka et son futur beau-frère.

Que va-t-il faire? Je ne le dirai pas, ce serait gâcher la suite de la nouvelle.

Car ce n'est pas la seule manifestation étrange, les autres villageois assistent à des phénomènes et hallucinations causées par Basavriouk. De fait, le village entier subit sa présence maléfique.

Mais comme l'auteur fait un récit de conteur, tout ceci est entremêlé de détails pittoresques, de descriptions des innocentes festivités de village (où on mettait le feu aux jupes des filles, histoire qu'elles les enlèvent et qu'on puisse voir leurs jambes, haaaa on savait s'amuser en ce temps là!)

Et donc c'est vendredi, c'est spectacle et théâtre:N°2: on va au concert. Et voir un spectacle son et lumières dans la foulée.

Une nuit sur le mont Chauve- que beaucoup de gens connaissent via Fantasia  avec un diable qui a traumatisé des générations de gamins.

Et donc la version de Moussorgski (écrite pour piano, remaniée pour orchestre par Rimski-Korsakov, rien que ça) se base librement sur cette histoire pour composer un poème symphonique narratif décrivant un sabbat de sorcières lors de la fête de Tchernobog - dieu slave des ténèbres, un peu hâtivement assimilé au diable par les autorités chrétiennes - jusqu'à ce que résonne la cloche annonçant l'aube et le retour des esprits dans leur monde ( donc un peu Halloween, un peu Walpurgis).

Comme c'est une musique narrative, elle décrit; dans l'ordre: les voix souterraines, l'apparition des esprits, l'apparition de Tchernobog, l'adoration de Tchernobog, le sabbat des sorcières, la cloche du matin, la disparition des esprits


Tchernobog "dieu noir", l'un des deux principes primitifs de la religion des anciens slaves. Le dieu de la mort, de la nuit, du mal, de la destruction. Comme comme le noir ne peut exister que par contraste avec le blanc, la nuit avec le jour,la destruction avec la création, Tchernobog a bien évidement un frère, Belbog " dieu blanc" ( oui, les noms ne sont pas très originaux!), qui représente, lui, les principes opposés. Le yin et le yang donc..

Et voilà, pour l'exhaustivité, le son et lumière sur une façade d'Avignon (la silhouette de chien n'en fait pas partie!). Evidemment ça rend moins bien qu'en réalité, mais ça reste très sympa. J'ai essayé de le filmer aussi, mais mon appareil photo n'a pas un son génial...)

* parlons donc de cette fête: Il est quand même rare qu'un dieu ait un prénom aussi banal qu'Ivan. Donc un dieu avec un prénom, ça intrigue.

De fait il s'agit d'une fête païenne dédiée à Koupalo, dieu de la fertilité et des récoltes, qui se déroulait au solstice d'été. Le nom "Koupalo" est vraisemblablement lié au verbe qui signifie " se baigner", et la fête implique justement de se baigner à la rivière, de sauter par dessus le feu, bref tout ce genre de rites purificateurs: on brûlait des vêtements appartenant aux malades en espérant se débarrasser magiquement de la maladie, les guérisseurs cueillaient des plantes médicinales et préparaient des médicaments et surtout, on festoyait, on dansait, on chantait, on picolait.. hommes et femmes allaient deux par deux cueillir les fleurs de fougères car on pensait que les fougères fleurissaient cette nuit là, indiquant l'emplacement de fabuleux trésors. Bon, les gens ne revenaient pas forcément avec une fleur ou un trésor, plutôt en ayant conclu une promesse de mariage.
Bon en un sens, si tu pars avec un charmant monsieur et que tu reviens en l'appelant " mon trésor" ou équivalent ukrainien, techniquement, c'est que la magie a opéré.

Mais gare aux sorcières qui sortaient aussi jouer de mauvais tours aux humains cette même nuit.

Donc une fête joyeuse, désordonnée, et tout à fait de mon goût, qui n'a pas plu aux autorités chrétiennes, lesquelles se sont empressées, comme partout ailleurs, de la rhabiller de manière plus chrétienne en fête de Jean le Baptiste.
Hop,on  colle un prénom au dieu païen et on en fait un saint, on garde l'idée de l'eau et de la purification, le fait de sauter au dessus du feu, et exit les sorcières et la magie ( même si techniquement, un miracle, c'est simplement un autre nom pour un "TGCM"). De fait, cette célébration n'a pas totalement disparu, bien qu'elle déplaise toujours beaucoup aux religieux de tous bords. Il y a des mouvements " païens", qui revendiquent leur slavité,et les fêtes préchrétiennes, mais malheureusement, ils sont souvent noyautés par des groupes extrémistes politiques, et au final la sympathique fête où il s'agit de se baigner en chantant et en tressant des couronnes de fleurs se transforme en meeting politique nationaliste.

mardi 22 septembre 2020

C'est l'automne!

 Et je continue sur ma lancée avec quelques poèmes sur l'automne. Et dire qu'il y en a beaucoup , c'est un euphémisme, l'automne semble avoir particulièrement inspiré les auteurs


L'automne à Peterhof, probablement un des endroits les plus majestueux de la planète ( palais de Pierre Le Grand, rien que ça. Une pure merveille d'architecture et de jardins)

Et bien évidemment, à tout seigneur tout honneur: Pouchkine, puisque les deux extraits parlant respectivement du printemps et de l'été sont en fait tirés d'un long poème de 11 strophes ( plus une douzième inachevée) titré " l'automne". Lui et moi avons en commun de ne pas aimer ni le printemps ni l'été, mais d'adorer l'automne

( Les premières strophes situent le texte en octobre, puis descendent en flammes le printemps et l'été)

V
Дни поздней осени бранят обыкновенно,
Les jours de fin d'automne sont banals
Но мне она мила, читатель дорогой
mais elle* m'est douce, cher lecteur
Красою тихою, блистающей смиренно.
Magnifique et calme, elle est humblement brillante
Так нелюбимое дитя в семье родной
Comme un enfant mal aimé par sa famille
К себе меня влечет. Сказать вам откровенно,
M'atttire à lui. Pour le dire franchement
Из годовых времен я рад лишь ей одной,
Parmi les saisons, elle est la seule à me réjouir.
В ней много доброго; любовник не тщеславный,
Il y a en elle beaucoup de bon. Je ne l'aime pas pour rien,
Я нечто в ней нашел мечтою своенравной.
J'ai trouvé chez elle quelque chose comme un rêve capricieux.

VI
Как это объяснить? Мне нравится она,
Comment l'expliquer, elle me plaît
Как, вероятно, вам чахоточная дева
comme, vraisemblablement, une jeune phtisique
Порою нравится. На смерть осуждена,
parfois peut plaire. Condamnée à mort
Бедняжка клонится без ропота, без гнева.
La malheureuse s'incline sans murmure, sans colère
Улыбка на устах увянувших видна;
On voit un sourire sur ses lèvres fanées
Могильной пропасти она не слышит зева;
Elle n'entend pas le baillement des profondeurs de la tombe.
Играет на лице еще багровый цвет.
Sur son visage joue  encore un reflet pourpre
Она жива еще сегодня, завтра нет.
Elle est encore vivante aujourd'hui, mais pas demain.

VII
Унылая пора! Очей очарованье!
C'est un moment triste! Un charme pour les yeux!
Приятна мне твоя прощальная краса —
Ta beauté d'adieu m'agrée
Люблю я пышное природы увяданье,
J'aime le flétrissement somptueux de la nature
В багрец и в золото одетые леса,
La forêt habillée d'or et de pourpre
В их сенях ветра шум и свежее дыханье,
Le bruit et le souffle frais du vent dans les foins
И мглой волнистою покрыты небеса,
Et les cieux couverts d'une brume ondulante
И редкий солнца луч, и первые морозы,
Et le rare rayon de soleil, et les premières gelées
И отдаленные седой зимы угрозы.
Et au loin la grise menace de l'hiver.


VIII
И с каждой осенью я расцветаю вновь;
Et à chaque automne, je refleuris
Здоровью моему полезен русский холод;
Le froid russe est bon pour ma santé
К привычкам бытия вновь чувствую любовь;
Je ressens à nouveau de l'amour pour les habitudes de la vie
Чредой слетает сон, чредой находит голод;
Je rêve en quantité, j'ai faim en quantité
Легко и радостно играет в сердце кровь,
Le sang joue légèrement et joyeusement dans mon coeur
Желания кипят — я снова счастлив, молод,
Les souhaits bouillonnent - je suis à nouveau heureux et jeune
Я снова жизни полн — таков мой организм
Je suis à nouveau plein de vie - mon organisme est comme ça
(Извольте мне простить ненужный прозаизм).
(S'il vous plaît, pardonnez moi cet inutile prosaïsme)

*le mot automne est féminin en russe

Le joyeux Pouchkine ne peut as rester sérieux très longtemps et c'est justement pour ça qu'il est si particulier. En tout cas je partage pleinement son enthousiasme pour la forêt automnale.

et on retrouve l'enregistrement de l'excellent Innokenti Smotktunovski, à partir de 2'20 cette fois.

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Un autre auteur que je n'avais pas encore mentionné ici:
Konstantin Balmont. son nom ne sonne pas très russe et pour cause, il est d'origine écossaise ( tout comme Lermontov). Et hormis ses activités d'auteur il était également linguiste et traducteur.


Вы умрете, стебли трав,
Vous allez mourir, les tiges des herbes
Вы вершинами встречались,
Vos pointes se rencontraient
В легком ветре вы качались,
Vous vous êtes balancées dans le vent léger
Но, блаженства не видав,
Mais sans voir la béatitude
Вы умрете, стебли трав.
Vous allez mourir, les tiges des herbes.

В роще шелест, шорох, свист
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet
Тихий, ровный, заглушенный,
Silencieux, égaux, étouffés
Отдаленно-приближенный.
éloignés et approchants.

Умирает каждый лист,
Chaque feuille meurt,
В роще шелест, шорох, свист.
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet.

Сонно падают листы,
Les feuilles tombent ensommeillées,
Смутно шепчутся вершины,
Les cimes chuchotent vaguement
И березы, и осины.
des bouleaux et des pins

С измененной высоты
De différentes hauteurs
Сонно падают листы.
Les feuilles tombent, ensommeillées.

1899.

Trois strophes avec répétition du premier vers, c'est proche de la forme rondeau européenne, ce qui n'est apparemment pas très courant en poésie russe.
Je veux mettre en avant, ce vers,que je trouve très beau, au niveau de la sonorité ( allitération en " sh", avec en plus un de mes mots favoris " shelest"( bruissement, ce mot me plaît beaucoup et est entré spontanément dans ma mémoire)

В роще шелест, шорох, свист ( v roshè shelest, shorah, svist)

Malheureusement, j'ai beau fouiller le net,je ne trouve pas d'enregistrement.Un autre poème du même auteur aussi intitulé "l'automne", bien plus connu, existe dans une bonne dizaine de versions,  mais pas une seule de celui-là, dommage.

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Alexandre Blok, j'en avais aussi parlé au sujet de l'été. Un petit galopin cet Alexandre, à qui l'automne donne des idées

Золотит моя страстная осень
Mon automne passionné dore
Твои думы и кудри твои.
tes pensées et tes boucles.
Ты одна меж задумчивых сосен —
Tu es seule au milieu des pins pensifs
И поешь о вечерней любви.
et tu chantes l'amour vespéral.
Погружаясь в раздумья лесные,
En plongeant dans les pensées de la forêt
Ты училась меня целовать.
tu m'as appris à embrasser.
Эти ласки и песни ночные —
Ces caresses et ces chants nocturnes
Только ночь — загорятся опять.
S'embrasseront de nouveau - seulement la nuit.
Я страстнее и дольше пробуду
Je resterai plus longtemps et avec plus de passion
В упоенных объятьях твоих
dans tes étreintes enivrantes
И зарей светозарному чуду
Et à l'aube, d'un brillant miracle
Загорюсь на вершинах лесных.
je m'embraserai sur les cimes de la forêt.

Novembre 1902 

Pas de chance là encore, personne n'a enregistré les sensuelles images de Blok en simple lecture, j'ai juste trouvé une dame qui joue du piano et chante. Le poème a donc été mis en musique, mais le son est assez mauvais et on n'entend pas bien le texte, couvert par la musique. Donc plutôt qu'un son pas terrible, ce sera pas de son du tout.

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Comment passer sous silence mon poète préféré? Revoilà Serguei Essenine.

bon, voilà, l'auteur en tenue traditionnelle au milieu des arbres dénudés, ça fera "un peu automnal"
Pour plus d'information sur l'auteur lui même, et son étrange vie, j'en ai parlé ici et .


Cette fois la traduction n'est pas de moi, mais de Christian Mouze ( in Poèmes 1910 - 1925)

Тихо в чаще можжевеля по обрыву.
Осень — рыжая кобыла — чешет гривы.
Doucement, dans le genévrier, sur la pente
L'automne- jument rousse- démêle sa crinière

Над речным покровом берегов
Слышен синий лязг ее подков.
Sur le drap de la rivière qui recouvre les berges,
C'est un bleu cliquetis de fer à cheval.

Схимник-ветер шагом осторожным
Мнет листву по выступам дорожным
Le vent pélerin d'un pas prudent
foule le replat du feuillage

И целует на рябиновом кусту
Язвы красные незримому Христу.
et embrasse sur les sorbiers
les plaies rouges d'un christ invisible

1914-1916 гг. ( entre 1914 et 1916)

Hop, l'enregistrement

Et parce qu'il y en a un autre, plus tardif sur ce thème. Même traducteur et même recueil,je n'aurais pas traduit pareil, probablement de manière à coller un peu plus au texte avec lequel il prend quelques libertés)

По-осеннему кычет сова
En automne crie le hibou
Над раздольем дорожной рани.
Sur la blessure de la route
Облетает моя голова,
Alors ma tête choit
Куст волос золотистый вянет.
Mes cheveux blonds se fanent.

Полевое, степное «ку-гу»,
Hou hou! Des champs et de la steppe
Здравствуй, мать голубая осина!
Bonjour, tremble bleuté, ma mère!
Скоро месяц, купаясь в снегу,
Bientôt la lune, se baignant dans la neige
Сядет в редкие кудри сына.
s'assiera sur les boucles de ton fils.

Скоро мне без листвы холодеть,
Bientôt sans feuilles, je serai glacé
Звоном звезд насыпая уши.
Un tintement d'étoile à mon ouie
Без меня будут юноши петь,
Les jeunes chanteront sans moi
Не меня будут старцы слушать.
Les vieux ne m'écouteront plus

Новый с поля придет поэт,
Un nouveau poète viendra dans les champs,
В новом лес огласится свисте.
Un nouveau sifflement dans la forêt.
По-осеннему сыплет ветр,
Par l'automne le vent se précipite,
По-осеннему шепчут листья.
Par l'automne les feuilles parlent bas.

1920 г. ( 1920. L'auteur qui à l'air ici très désabusé a de fait.. 25 ans. Ceci dit, il ne survivra pas bien longtemps, poussé à la paranoïa par la politique de l'époque assez peu tolérante avec les extravagants, et par le classique abus d'alcool)
et cette fois, deux versions, une lecture 

Et une mise en musique par un certain Gueorgui Sviridov. En général j'ai du mal avec  les mises en musique d'Essenine, mais là, le côté vaporeux de la musique me plaît et c'est en plus chanté par un de mes chanteurs classiques favoris mort il y a bientôt 3 ans, et sa magnifique voix de baryton me manque beaucoup. Il faut que je me procure cette partition pour la déchiffrer, ce peut être un excellent projet linguistique et musical.


Rendez vous en décembre pour le solstice d'hiver!