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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

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mardi 22 septembre 2020

C'est l'automne!

 Et je continue sur ma lancée avec quelques poèmes sur l'automne. Et dire qu'il y en a beaucoup , c'est un euphémisme, l'automne semble avoir particulièrement inspiré les auteurs


L'automne à Peterhof, probablement un des endroits les plus majestueux de la planète ( palais de Pierre Le Grand, rien que ça. Une pure merveille d'architecture et de jardins)

Et bien évidemment, à tout seigneur tout honneur: Pouchkine, puisque les deux extraits parlant respectivement du printemps et de l'été sont en fait tirés d'un long poème de 11 strophes ( plus une douzième inachevée) titré " l'automne". Lui et moi avons en commun de ne pas aimer ni le printemps ni l'été, mais d'adorer l'automne

( Les premières strophes situent le texte en octobre, puis descendent en flammes le printemps et l'été)

V
Дни поздней осени бранят обыкновенно,
Les jours de fin d'automne sont banals
Но мне она мила, читатель дорогой
mais elle* m'est douce, cher lecteur
Красою тихою, блистающей смиренно.
Magnifique et calme, elle est humblement brillante
Так нелюбимое дитя в семье родной
Comme un enfant mal aimé par sa famille
К себе меня влечет. Сказать вам откровенно,
M'atttire à lui. Pour le dire franchement
Из годовых времен я рад лишь ей одной,
Parmi les saisons, elle est la seule à me réjouir.
В ней много доброго; любовник не тщеславный,
Il y a en elle beaucoup de bon. Je ne l'aime pas pour rien,
Я нечто в ней нашел мечтою своенравной.
J'ai trouvé chez elle quelque chose comme un rêve capricieux.

VI
Как это объяснить? Мне нравится она,
Comment l'expliquer, elle me plaît
Как, вероятно, вам чахоточная дева
comme, vraisemblablement, une jeune phtisique
Порою нравится. На смерть осуждена,
parfois peut plaire. Condamnée à mort
Бедняжка клонится без ропота, без гнева.
La malheureuse s'incline sans murmure, sans colère
Улыбка на устах увянувших видна;
On voit un sourire sur ses lèvres fanées
Могильной пропасти она не слышит зева;
Elle n'entend pas le baillement des profondeurs de la tombe.
Играет на лице еще багровый цвет.
Sur son visage joue  encore un reflet pourpre
Она жива еще сегодня, завтра нет.
Elle est encore vivante aujourd'hui, mais pas demain.

VII
Унылая пора! Очей очарованье!
C'est un moment triste! Un charme pour les yeux!
Приятна мне твоя прощальная краса —
Ta beauté d'adieu m'agrée
Люблю я пышное природы увяданье,
J'aime le flétrissement somptueux de la nature
В багрец и в золото одетые леса,
La forêt habillée d'or et de pourpre
В их сенях ветра шум и свежее дыханье,
Le bruit et le souffle frais du vent dans les foins
И мглой волнистою покрыты небеса,
Et les cieux couverts d'une brume ondulante
И редкий солнца луч, и первые морозы,
Et le rare rayon de soleil, et les premières gelées
И отдаленные седой зимы угрозы.
Et au loin la grise menace de l'hiver.


VIII
И с каждой осенью я расцветаю вновь;
Et à chaque automne, je refleuris
Здоровью моему полезен русский холод;
Le froid russe est bon pour ma santé
К привычкам бытия вновь чувствую любовь;
Je ressens à nouveau de l'amour pour les habitudes de la vie
Чредой слетает сон, чредой находит голод;
Je rêve en quantité, j'ai faim en quantité
Легко и радостно играет в сердце кровь,
Le sang joue légèrement et joyeusement dans mon coeur
Желания кипят — я снова счастлив, молод,
Les souhaits bouillonnent - je suis à nouveau heureux et jeune
Я снова жизни полн — таков мой организм
Je suis à nouveau plein de vie - mon organisme est comme ça
(Извольте мне простить ненужный прозаизм).
(S'il vous plaît, pardonnez moi cet inutile prosaïsme)

*le mot automne est féminin en russe

Le joyeux Pouchkine ne peut as rester sérieux très longtemps et c'est justement pour ça qu'il est si particulier. En tout cas je partage pleinement son enthousiasme pour la forêt automnale.

et on retrouve l'enregistrement de l'excellent Innokenti Smotktunovski, à partir de 2'20 cette fois.

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Un autre auteur que je n'avais pas encore mentionné ici:
Konstantin Balmont. son nom ne sonne pas très russe et pour cause, il est d'origine écossaise ( tout comme Lermontov). Et hormis ses activités d'auteur il était également linguiste et traducteur.


Вы умрете, стебли трав,
Vous allez mourir, les tiges des herbes
Вы вершинами встречались,
Vos pointes se rencontraient
В легком ветре вы качались,
Vous vous êtes balancées dans le vent léger
Но, блаженства не видав,
Mais sans voir la béatitude
Вы умрете, стебли трав.
Vous allez mourir, les tiges des herbes.

В роще шелест, шорох, свист
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet
Тихий, ровный, заглушенный,
Silencieux, égaux, étouffés
Отдаленно-приближенный.
éloignés et approchants.

Умирает каждый лист,
Chaque feuille meurt,
В роще шелест, шорох, свист.
Il y a des bruissements, des bruits, des sifflements dans le bosquet.

Сонно падают листы,
Les feuilles tombent ensommeillées,
Смутно шепчутся вершины,
Les cimes chuchotent vaguement
И березы, и осины.
des bouleaux et des pins

С измененной высоты
De différentes hauteurs
Сонно падают листы.
Les feuilles tombent, ensommeillées.

1899.

Trois strophes avec répétition du premier vers, c'est proche de la forme rondeau européenne, ce qui n'est apparemment pas très courant en poésie russe.
Je veux mettre en avant, ce vers,que je trouve très beau, au niveau de la sonorité ( allitération en " sh", avec en plus un de mes mots favoris " shelest"( bruissement, ce mot me plaît beaucoup et est entré spontanément dans ma mémoire)

В роще шелест, шорох, свист ( v roshè shelest, shorah, svist)

Malheureusement, j'ai beau fouiller le net,je ne trouve pas d'enregistrement.Un autre poème du même auteur aussi intitulé "l'automne", bien plus connu, existe dans une bonne dizaine de versions,  mais pas une seule de celui-là, dommage.

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Alexandre Blok, j'en avais aussi parlé au sujet de l'été. Un petit galopin cet Alexandre, à qui l'automne donne des idées

Золотит моя страстная осень
Mon automne passionné dore
Твои думы и кудри твои.
tes pensées et tes boucles.
Ты одна меж задумчивых сосен —
Tu es seule au milieu des pins pensifs
И поешь о вечерней любви.
et tu chantes l'amour vespéral.
Погружаясь в раздумья лесные,
En plongeant dans les pensées de la forêt
Ты училась меня целовать.
tu m'as appris à embrasser.
Эти ласки и песни ночные —
Ces caresses et ces chants nocturnes
Только ночь — загорятся опять.
S'embrasseront de nouveau - seulement la nuit.
Я страстнее и дольше пробуду
Je resterai plus longtemps et avec plus de passion
В упоенных объятьях твоих
dans tes étreintes enivrantes
И зарей светозарному чуду
Et à l'aube, d'un brillant miracle
Загорюсь на вершинах лесных.
je m'embraserai sur les cimes de la forêt.

Novembre 1902 

Pas de chance là encore, personne n'a enregistré les sensuelles images de Blok en simple lecture, j'ai juste trouvé une dame qui joue du piano et chante. Le poème a donc été mis en musique, mais le son est assez mauvais et on n'entend pas bien le texte, couvert par la musique. Donc plutôt qu'un son pas terrible, ce sera pas de son du tout.

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Comment passer sous silence mon poète préféré? Revoilà Serguei Essenine.

bon, voilà, l'auteur en tenue traditionnelle au milieu des arbres dénudés, ça fera "un peu automnal"
Pour plus d'information sur l'auteur lui même, et son étrange vie, j'en ai parlé ici et .


Cette fois la traduction n'est pas de moi, mais de Christian Mouze ( in Poèmes 1910 - 1925)

Тихо в чаще можжевеля по обрыву.
Осень — рыжая кобыла — чешет гривы.
Doucement, dans le genévrier, sur la pente
L'automne- jument rousse- démêle sa crinière

Над речным покровом берегов
Слышен синий лязг ее подков.
Sur le drap de la rivière qui recouvre les berges,
C'est un bleu cliquetis de fer à cheval.

Схимник-ветер шагом осторожным
Мнет листву по выступам дорожным
Le vent pélerin d'un pas prudent
foule le replat du feuillage

И целует на рябиновом кусту
Язвы красные незримому Христу.
et embrasse sur les sorbiers
les plaies rouges d'un christ invisible

1914-1916 гг. ( entre 1914 et 1916)

Hop, l'enregistrement

Et parce qu'il y en a un autre, plus tardif sur ce thème. Même traducteur et même recueil,je n'aurais pas traduit pareil, probablement de manière à coller un peu plus au texte avec lequel il prend quelques libertés)

По-осеннему кычет сова
En automne crie le hibou
Над раздольем дорожной рани.
Sur la blessure de la route
Облетает моя голова,
Alors ma tête choit
Куст волос золотистый вянет.
Mes cheveux blonds se fanent.

Полевое, степное «ку-гу»,
Hou hou! Des champs et de la steppe
Здравствуй, мать голубая осина!
Bonjour, tremble bleuté, ma mère!
Скоро месяц, купаясь в снегу,
Bientôt la lune, se baignant dans la neige
Сядет в редкие кудри сына.
s'assiera sur les boucles de ton fils.

Скоро мне без листвы холодеть,
Bientôt sans feuilles, je serai glacé
Звоном звезд насыпая уши.
Un tintement d'étoile à mon ouie
Без меня будут юноши петь,
Les jeunes chanteront sans moi
Не меня будут старцы слушать.
Les vieux ne m'écouteront plus

Новый с поля придет поэт,
Un nouveau poète viendra dans les champs,
В новом лес огласится свисте.
Un nouveau sifflement dans la forêt.
По-осеннему сыплет ветр,
Par l'automne le vent se précipite,
По-осеннему шепчут листья.
Par l'automne les feuilles parlent bas.

1920 г. ( 1920. L'auteur qui à l'air ici très désabusé a de fait.. 25 ans. Ceci dit, il ne survivra pas bien longtemps, poussé à la paranoïa par la politique de l'époque assez peu tolérante avec les extravagants, et par le classique abus d'alcool)
et cette fois, deux versions, une lecture 

Et une mise en musique par un certain Gueorgui Sviridov. En général j'ai du mal avec  les mises en musique d'Essenine, mais là, le côté vaporeux de la musique me plaît et c'est en plus chanté par un de mes chanteurs classiques favoris mort il y a bientôt 3 ans, et sa magnifique voix de baryton me manque beaucoup. Il faut que je me procure cette partition pour la déchiffrer, ce peut être un excellent projet linguistique et musical.


Rendez vous en décembre pour le solstice d'hiver!



jeudi 17 septembre 2020

Bilan de printemps - été

 Ce n'est pas trop mon habitude de faire des bilans, mais... cette fois j'en avais envie, tant la période que nous avons vécue sort de l'ordinaire.

la comète Neowise à Cherbourg.
Oui je préfère cette image à des masques ou du gel hydroalcoolique pour résumer les 6derniers mois.
Même si je n'ai pas pu la voir de mes propres yeux.
Mais traditionnellement les comètes annoncent des catastrophes. et 2020 n'est pas finie...

Tout d'abord, je dois dire que pour moi, qui suis introvertie, être consignée chez moi n'était absolument pas une contrainte, plutôt une réelle joie. Je n'ai pas pu trouver le job que j'aurais voulu pour financer mes études, c'est le seul point négatif, mais j'ai pu avancer sur des projets personnels. De mon point de vue, la période a été ultra positive, donc désolée d'avance pour ceux qui auront eu du mal avec le confinement.

Dommage, mes cheveux ne poussent pas aussi vite que ceux de Raiponce.

Et quand on me dit Corona ma première pensée est " Satellites de reconnaissance pendant la guerre froide" et " Corona Borealis".

Et alors, que s'est-il passé?

ETUDES:
- Après une première session d'examens passée en conditions difficiles, à cause de la grève des transports, la seconde s'est faite tranquillement de chez moi par ordinateur. Économie de temps, d'argent, de stress👍 Si je pouvais passer les examens de l'année à venir dans ces conditions , ce serait un réel bonheur. 4 examens ont été annulés, car ils n'étaient pas adaptables en version à distance, ce qui veut donc dire que j'ai pu allouer plus de temps aux 8 restants, et obtenir au final des résultats probablement supérieurs à ce qu'ils auraient été en conditions habituelles. J'ai donc réussi ma seconde année, malgré les difficultés de départ qui m'ont obligée à travailler beaucoup plus vite que je ne l'aurais normalement fait ( pour cause de validation tardive de mon année en Belgique). En route vers le diplôme!

- je ne suis pas partie en vacances à l'étranger cette année, et je ne le regrette pas vraiment. Mon budget était restreint de toute façon, et le sera tant que je ne trouve pas un nouveau job. Donc, pas de regret, je n'aurais probablement pas pu me le permettre.J'ai pu par contre participer à un stage intensif de russe sur un mois, à distance avec des professeurs de l'Université de Moscou. Là encore, en temps normal, je n'aurais pas pu, économiquement parlant ,aller passer un mois en immersion, avec la nécessité de se loger et de se nourrir. C'était donc inespéré.

VIE QUOTIDIENNE ET LOISIRS

- j'ai déménagé avec deux mois de retard dans un appartement plus grand et moins chaud, donc si nous sommes reconfinés à l'avenir, ce sera dans de meilleures conditions.

- je reconnais que mon rythme de lectures a été bien diminué avec les études, les examens, le stage, donc il faut que je me remotive de ce côté, mais d'autres activités ont pris le pas. J'ai commencé à faire de la musculation en salle en février, j'ai du arrêter dès mi-mars- pour cause de fermeture de salle, j'ai pu reprendre à la réouverture juste après mes examens. L'effet du sport n'est pas flagrant mais commence un peu à se voir. Et surtout à se faire sentir d'un point de vue interne. J'ai gagné en force, j'ai amélioré mon sens de l'équilibre assez aléatoire et j'ai retrouvé mon grand écart que je n'avais plus fait depuis bien 20 ans. Ce n'est pas encore tout à fait au point, mais je suis fière de moi. Je n'ai plus rien à voir avec la chose molle et déprimée qui subissait sa vie et son travail sans but, jusqu'en 2017.

- Mais j'ai quand même lu un roman en entier en allemand et une nouvelle en russe (entre autres choses: pour cette langue, j'ai surtout bossé l'oral et la dictée), et commandé des livres, ce n'est pas comme si j'en avais des quantités à lire en attente.

- J'ai récupéré mon clavier, et devant l'impossibilité de jouer du basson en orchestre cette année, j'ai commencé à apprendre à en jouer. Il ne me servait qu'à déchiffrer les partitions de chant sans plus.. J'ai utilisé une application et des ressources en ligne et je m'amuse bien, je progresse lentement mais sûrement et j'arrive à jouer des accords, ce que je n'avais jamais réussi à faire.

- Nouveaux potes internationaux, nouveaux projets... le café des langues a été mis en attente pour cause de virus, j'espère le relancer à la rentrée. Il y a d'autres projets à moyen terme, qu'il faut attendre la rentrée pour les mettre en forme. Toujours le même problème, tant qu'on ne sait pas trop comment faire avec le virus..

LA SURPRISE, LE TRUC AUQUEL JE N'AURAIS PAS CRU IL Y A 6 MOIS!

- La chose la plus inattendue qui découle du confinement c'est que je me suis trouvé un intérêt à regarder de la danse. Je n'avais pas zéro connaissances dans ce domaine, j'ai fait de la danse moderne pendant plusieurs années quand j'étais ado. Mais je ne m'étais jamais vraiment intéressée aux spectacles en eux-mêmes. En fait j'aimais bien pratiquer, mais regarder, pas vraiment. Donc, l'occasion s'est présentée, j'ai dit "pourquoi pas, par curiosité, je mourrai moins bête"

Or, printemps a rimé avec confinement!
le Theâtre Bolchoï met des vidéos en ligne-> autant que j'en profite, je vais devoir me renseigner sur ce domaine un jour ou l'autre pour mes études -> tiens je vais regarder ça, un spectacle moderne, les personnages principaux sont masculins, pas de tutus à l'horizon, thématique romaine, ça peut me plaire -> en fait c'était sympa à regarder, et je dois dire que les gars ont une plastique de rêve, je n'avais jamais fait gaffe à ça, c'est bien agréable à voir -> allez je regarde les autres spectacles -> je ne pensais pas qu'on pouvait éclater de rire avec de la danse, je vais aller voir comment d'autres interprètes abordent le rôle comique -> hooo punaise, mais ce type-là est exceptionnellement bon, a un vrai talent d'acteur et est ultra drôle, je vais voir ce qu'il a fait d'autre -> en fait la danse, je voyais ça un peu comme un sport, mais si les interprètes sont bons, c'est du théâtre sans texte, et c'est bien cool en fait-> vais me renseigner sur l'artiste-> hé mais, non seulement il est talentueux et drôle, mais il a une culture gigantesque, et parle clairement et en articulant, cet homme-là est une mine d'or pour apprendre du vocabulaire spécifique et des infos de première qualité-> le gars a cumulé tellement de tuiles dans sa vie qu'un poissard pareil gagne toute ma sympathie -> bon, c'est officiel, je suis fan de quelqu'un et de son travail dans un domaine que j'ignorais à peu près totalement il y a 3 mois.-> Si ça continue, c'est qu'il va même réussir à me convaincre de regarder un spectacle de danse classique en entier, le grand brun!

Donc j'ai changé de point de vue sur quelque chose, j'y ai trouvé un intérêt, donc merci le virus, le confinement, le théâtre et le grand Niko.

Le problème jusque là était que, chaque fois, j'étais tombée sur des spectacles qui me confortaient dans une idée reçue: c'est un domaine assez inégalitaire. Je m'explique: dans 99% des situations de la vie quotidienne, on se plaint que les femmes soient effacées par rapport aux hommes, et là, très souvent, c'est l'inverse. Soit, ils servent surtout de faire valoir aux femmes et c'est frustrant, soit, ils semblent là pour faire un concours de gymnastique, et c'est sympa, mais autant regarder un championnat de gymnastique dans ce cas. Jusqu'à ce que j'en trouve quelques-uns qui savent s'imposer au lieu de rester en retrait. Wouhou, enfin de l'égalité!
(bon, trèèèèès honnêtement, regarder les gambettes de filles en jupette, fussent-elles très compétentes, est beaucoup moins mon plaisir qu'admirer celles de leurs alter ego de genre masculin. L'égalité s'arrête là où commence le fantasme. J'assume totalement cette phrase, j'apprécie de regarder les messieurs, et les trouve d'autant plus troublants s'ils jouent sur l'ambigüité et cassent les codes féminins/ masculins mais je n'ai jamais eu de doute sur mon orientation. Une femme qui joue sur l'ambigüité et les codes, je vais trouver qu'elle est super, mais pas troublante.)

-  Ce qui m'a donné envie de me remettre moi-même à la pratique de la danse, or il y a un club près de mon nouveau chez-moi qui propose des cours pour adultes débutants. Je peux toujours aller me renseigner à la réouverture, ça ne coûte rien. Enfin là encore, virus, tout ça, rien n'est annoncé.

Et donc je conclus ( avec un peu d'humour tendancieux, on ne se refait pas ) en disant que si je n'ai pas pu voir la comète, dans mon ciel urbain trop pollué de lumières, j'ai donc passé l'été à admirer les étoiles et la lune. Je comprends mieux maintenant pourquoi certaines personnes emmènent des jumelles pour voir un spectacle 😇

Voilà  un fort beau clair de lune, bien ronde, bien blanche. Il n'y a pas a dire, la pleine lune est vraiment son aspect le plus charmant. Qui sied à mon esprit contemplatif. Il ne manque qu'une coupe de saké et une paire de dango pour s'organiser un tsukimi digne de ce nom.

Je ne sais pas qui est cet anonyme artiste dont la face cachée me sert régulièrement à prouver l'intérêt astronomique du théâtre, ni si l'endroit vaut l'envers, vu qu'on ne voit pas vraiment sa tête, mais tel quel, il a un ravissant ... euh... sourire. C'est donc un bien joli poster rieur.
Là, qu'est-ce que je vous disais sur l'ambigüité troublante, ce monsieur a de plus belles jambes, harmonieusement musclées, que je n'en aurais jamais, à en pâlir d'envie même en tant que femme :)

Désolée, mon cher monsieur, il faut reconnaître que cette image sur le vif est peut être réductrice de votre personne, mais reste une bonne vitrine pour votre art. C'est une entrée en matière comme une autre, et si je dois en passer parce ce genre de visions pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de l'art chorégraphique, tant pis je me ferai violence et j'en passerai par là. Avec abnégation. Maintenant, nous pourrions aussi en discuter en fesse... euh face à face. Enfin de mettre enfin un nom et un visage sur la photo, quand même! (hé ho, ce n'est pas moi qui ai commencé, la personne qui l'a prise savait TRES BIEN ce qu'elle mettait en valeur, vu le cadrage.)

Donc voilà, mi septembre, l'année universitaire va commencer le mois prochain pour moi, autant que ce soit avec une ravissante vision d'optimisme en tête. Allez, en 2020/2021, je décroche la lune (à tous les sens que vous voulez) et je vous souhaite de la décrocher aussi (itou, celle que vous voulez!)

jeudi 27 août 2020

Mois Halloween

 Bon,  nous voilà presque à la fin du mois d'août, il va falloir songer au mois Halloween...

Et ça me donne le sourire!

Oui, déjà, mais vu mon manque de temps et d'énergie pour tout ce qui n'est pas mes études, la musique ou le sport, ce sera déjà une bonne chose de s'y pencher dès à présent, j'ai loupé le coche des 10 ans et de la thématique française l'an dernier, pour cause de retard dans la réception de mes cours, et donc de nécessité de mettre les bouchées doubles pour rattraper le mois de décalage.

Il n'y a pas encore à l'heure actuelle de thématique précise, plusieurs sont proposées (sorcellerie et magie au féminin, les contes et légendes, les bateaux fantômes, les ogres...)

Et déjà 2 dates à retenir:

Le 1 et le 31. Cette année en octobre , il y a deux pleines lunes. La première  est aussi la fête de " tsukimi" au Japon ( "contemplation de la lune".. non je ne vais pas faire ma blague favorite, ici, pas de suite. Je l'ai faite sur facebook, donc certains et certaines savent ce que ça veut dire)
Et la fête de tsukimi est l'occasion de boire du saké à la pleine lune. Pas de loups garous ici, mais la légende du lapin de la lune. Et il y a aussi l'histoire de Kaguya hime.
Et je vois que je n'ai jamais chroniqué " Fantômes du Japon" de Lafcadio Hearn, ni Ludwig Kakumei de Kaori Yuki qui détourne les contes de Grimm. Donc des pistes pour sortir deson hibernation le blog sur le Japon.

Et de mon côté, bien que les 4 sujets m'intéressent, je vais corser la difficulté, en essayant de rattacher tout ça au coeur de mes études, ET à mon fil rouge de l'année sur les arts scéniques (avec ou sans vieilles dentelles). Donc spectacles, concerts et tout ça. Peut-être quelques films aussi?A voir.

Sans " déflorer" le mystère (et ce mot est déjà un indice), il y aura au moins 2 sujets "fantomatiques" liés à Théophile Gautier, que je redécouvre, et à leurs adaptations. Et un autre, lié à un célèbre auteur allemand de contes, un auteur en solo, donc loupé,ce ne sont pas les frères Grimm, même si je les prévois aussi.. un jour. Donc oui à priori je m'oriente plus sur la thématique des contes, qui a l'avantage en plus de rentrer dans le cadre du challenge " je lis des classiques"

J'ai reçu aujourd'hui un livre de nouvelles fantastiques russes et ukrainiennes, donc celui là y sera, probablement divisé en plusieurs parties car il contient 29 nouvelles et que j'aime présenter les choses de manière complète, donc pour éviter de faire un seul sujet en 29 points, ce sera plus sage d'en faire deux ou trois.

et oui, il y a bien sûr une nouvelle " Baba Yaga", elle est incontournable.
source de cette splendide illustration


Je me tâte, est-ce que je vous embête avec les adaptations sur scène de La dame de Pique? Il y en a deux , l'une en opéra par Tchaïkovski, l'autre en danse moderne par Roland Petit, que je n'ai pas encore vue.
Non mais c'est surtout que ça va m'imposer de vous parler encore plusieurs fois du MÊME interprète, qu'il va revenir encore deux ou trois fois au minimum avant la fin de l'année et je ne voudrais pas lasser, ou passer pour une groupie.
De toute façons, d'une manière ou d'une autre, vous le verrez à peu près à chaque fois que je découvrirai un spectacle chorégraphique et que j'en parlerai... autant vous y faire, je n'ai pas fini de vous (j'ose ou pas? Allez zou!) casser les noisettes avec les spectacles, la Russie et le talentueux Nikolaï :D

Pour la thématique bateau fantôme, il y a le Hollandais Volant de Wagner, je dis ça comme ça ( et avec un sourire sadique )
Et le 7 octobre, comme d'habitude pour moi, c'est le jour d'Edgar Poe, je trouverai bien un petit sujet à faire. Pour les 3 autres sujets, il me suffira de voir s'ils cadrent avec des journées thématiques pour les programmer, c'est déjà prêt.

Ca va être mortellement génial.

Et pour se mettre en train.. c'est le cas de le dire, un petit clip d'Ultra vomit, en souvenir des grèves de janvier dernier.


Le train est annoncé avec un retard de 3000 ans ... Pour la petite blague, en janvier, certains de mes trains ont été annulés pour cause de grève, j'ai fait une demande de remboursement avec les pièces nécessaires, j'ai eu un accusé de réception de ma demande. Mi juillet, j'ai reçu de nouveaux mails me demandant de re-fournir les mêmes pièces.aujourd'hui, j'ai reçu 2 mails m'informant  que ma demande était en cours de traitement.. alors que je n'ai pas répondu au précédents mails, puisque j'avais déjà tout fourni. On m'annonce u délai de traitement de 4 mois, parce qu'il y a trop de demandes à traiter.Donc pour une demande de remboursement faite en janvier, on me dit fin aout qu'il faudra encore 4 mois pour la traiter. Super, je serai remboursée à la fin de l'année .

mardi 25 août 2020

Calligrammes

 Juste un petit article pour marquer les 140 ans de la naissance de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.
Guillaume Apollinaire donc, c'est plus rapide.

Un vrai de vrai européen, fils d'une mère polonaise et d'un père italien né à Rome, naturalisé français.Et mort pour la France dans de tristes cironstances.

140, ce n'est pas un anniversaire très marquant, mais comme je ne sais pas ce qu'il en sera de ce blog dans 10ans.. . je profite de l'occasion.

Et plutôt qu'un long compte rendu de lecture, faute de temps, j'ai envie de mettre en avant ses très visuels calligrammes, par lesquels je l'ai découvert , quand j'étais au collège. Je pense me souvenir, avec la colombe poignardée et Lou, qui sont les deux plus connus.

Calligrammes, donc, sous titré  "Poèmes de la paix et de la guerre"j'aurais voulu le mettre en avant il y a 2 ans dans le cadre du centenaire de l'armistice, ça n'a pas été possible.

Et j'y repensais ily a quelques jours en retrouvant dans un carton "Corps et biens " de Desnos, et en le feuilletant. Il y a quelques fantaisies visuelles qui doivent beaucoup a précurseur du surréalisme qu'était Apollinaire, mais en moins développées quand même.

Certains sont plus légers , un chat composé de dictons sur les chats, d'autres sentimentaux, d'autres encore tellement tragiques que les transcrire linéairement serait les affadir, profitez donc de l'effet graphique:



Certains ne sont pas très faciles à lire, il y a des pâtés et des taches..difficile de faire autrement en contexte de guerre, et la facture du texte rappelle la condition de son écriture.












L'intégralité du recueil est lisible ici ( enfin, il faut beaucoup agrandir)

samedi 1 août 2020

danse et mythologie greco-romaine

Puisque j'y suis, je continue ma découverte des arts de la scène ( en fait en fouillant le net, je me dis "tiens, tel truc irait pour tel challenge, donc pourquoi pas")

Donc après la danse indienne et Shiva, je suis revenue à une de mes mythologies favorites, car après tout, l'Europe est pétrie de culture grecque et ce ne sont pas les références qui manquent au niveau scénique à cet héritage.

Mais pour éviter de partir dans tous les sens, j'ai volontairement écarté les choses trop anciennes, car
souvent il s'agit d'opéras avec intermèdes dansés, ( Atys, les fêtes d'Hébé, Jason, Médée, Platée...), donc il faudrait au moins une sujet par pièce pour pouvoir évoquer la musique, le chant, la danse...La mythologie était un peu LE sujet incontournable pendant des siècles

J'ai sélectionné des pièces courtes, ou des extraits pouvant donner une idée assez précise, je ne vais pas vous bassiner, au moins pour le moment, avec un spectacle de 2h00 et X tableaux et personnages, le problème serait le même que précédemment: une oeuvre = un sujet

Et pour être plus précise aussi, du moderne. Pas forcément très contemporain, mais voilà, je me suis attaquée à ce domaine par l'angle qui me parlait le plus. Et il y a moins de choix que dans les oeuvres anciennes, la mythologie était moins en vogue, ça limite donc.

ATTENTION! Alerte lascivité. Le hasard fait que les 3 exemples que j'ai trouvés concernent un satyre, Apollon, et un demi-dieu "belle plante", tous bien troublants car mis en scène par des chorégraphes qui ont vraiment décidé de jouer sur ce tableau.
Je n'ai pas trouvé de ménades ou de naïades pour rétablir l'équilibre, juste quelques nymphes et muses par ci-par là. Pas d'héroïne ou de déesse, personne n'a mis Athéna ou Artémis en scène, du moins pas récemment, il semblerait. 
Si ça avait été une thématique moyen-orientale, Salomé, Shéhérazade, là, il y avait de quoi faire mais... oooooh Shéhérazade, Rimsky-Khorsakov, les contes, les mille et une nuits.. oui voilà une trèèèèès bonne idée pour une prochaine fois.

Donc voilà, pour aujourd'hui, on va mater des gars en petite tenue :)

1894: Prélude à l'après midi d'un faune. Musique de Claude Debussy, chorégraphie de Vaslav Nijinsky.
Alors oui, mythologie gréco-romaine, il s'agit d'un faune plutôt que d'un satyre, et le poème de Mallarmé mentionne la Sicile comme lieu de l'action.

Un faune, donc, se prélasse au bord de la rivière, joue de la flûte ( et Mallarmé insiste lourdement sur le côté suggestif de l'instrument, après tout les faunes sont connus pour leur côté obsédé sexuel). Donc, il (se) tripote la flûte en épiant les nymphes qui viennent se baigner, essaye d'en attraper une, mais ne peut récupérer qu'un voile qu'elle a perdu en s'enfuyant. Qu'a cela ne tienne, c'est l'occasion de faire un brin de fétichisme avec le vêtement.

Le titre le plus connu de cette sélection, tant la représentation a été un tournant culturel, le costume du faune est resté célèbre et a été revu et revu ensuite ailleurs. Ne serait-ce que dans un des meilleurs clips de Queen, où il y a, non pas un, mais toute une troupe de faunes tachetés ( pourquoi ce choix? Des créatures mi humaines mi chèvres, on les imagine plutôt vaguement marron qu'avec des taches)
Déjà le texte de Mallarmé était chaud, mais imaginez la réaction à cette "débauche" sur scène à la fin du XIX° siècle.

Ne me demandez pas pourquoi la vidéo est tronquée par moments, peut-être que l'enregistrement d'origine était coupé. Il date des années 60,70 au plus tard. Ah oui, l'interprète est "un peu" connu, Rudolph Noureev, ça devrait vous dire quelque chose. J'ai du mal avec lui en tant que chorégraphe ( que je trouve, disons, contestable, pour être gentille) mais là, soyons justes, ce n'est pas lui qui est responsable de cette bizarrerie. Ce sont plutôt les années 1890 qu'il faut incriminer.


Mais, autant j'aime beaucoup la musique de Debussy, et les costumes des nymphes, beaucoup moins les taches " vaches" du faune,  autant j'ai encore du mal avec cette chorégraphie très raide, "hiéroglyphique",où tout le monde passe le plus clair de son temps de profil, alors que la musique est au contraire très sinueuse. On va dire que c'était de l'art expérimental. J'aime bien l'idée générale mais la forme ne me convainc pas totalement.

1928 (mais remanié de nombreuses fois):  Apollon Musagète. Musique Igor Stravinsky, chorégraphie Georges Balanchine.
Pour le coup, la danse et la musique sont le centre même de l'intrigue puisque le dieu de la lumière, parfois du soleil, des arts est aussi musicien (Apollon, la lyre, tout ça) et qu'il rencontre les muses Calliope ( la Poésie) Polymnie (la rhétorique) et Terpsichore (la danse) et les amène au Parnasse: Apollon musagète, textuellement, "qui conduit les muses". Ses demi-soeurs donc ( puisqu'elles sont les filles de Zeus et Mnémosyne, et lui le fils de Zeus et Léto)

Apparemment il y a eu plusieurs remaniements pour arriver à une version très très épurée:pas de décors, costumes très simples. Mais la chorégraphie a un petit côté jazz par moments (moins fou-fou que d'autres du même chorégraphe ceci dit, du genre "les rubis" où la troupe entière vêtue en rouge interprète des pierres. Des pierres qui dansent. Et symbolisent euh...les rubis sur la couronne du roi/de la reine de Géorgie. Fallait le savoir!)*
*en danse, plus encore qu'en théâtre, les rôles ne sont pas toujours des personnages vivants: La rose malade? Bon toi tu joues le rôle de la rose, et lui c'est l'insecte qui veut manger la rose. Le spectre de la rose? Level up! Cette fois, tu va nous interpréter le parfum de la fleur. Sois le plus immatériel possible, tu es un parfum. Et après tu nous fera la statue en or, tu es prié de bouger comme si tu faisais 500 kilos. Mais je crois qu'avec les pierres, là, on arrive au maximum du symbolisme.

Et voilà un petit extrait d'une dizaine de minutes, pas de deux de Terpsichore et Apollon par un duo italien.
Apollon est ... très décoratif au début, il met deux bonnes minutes à arrêter de faire la statue dans son coin. Je ne connaissais pas ce danseur, mais force est de constater qu'ils n'ont pas pris le plus moche de la troupe (Apollon, quand même...faut ce qu'il faut). Je dois reconnaître que le dieu du soleil arbore une fort belle lune.

Un peu plus long, une version de 1960, avant dernier remaniement, où il y a encore un peu de décor ( un escalier pour symboliser le Parnasse), d'accessoires, et des costumes un peu différents.
J'ai bien aimé, mais c'est sûr que les fans de décors flamboyants resteront sur leur faim.

Visiblement, soit Apollon est un géant, soit ce sont des mini-muses. Ce n'est pas un effet d'optique puisque ils se tiennent par les mains et sont sur le même plan. Et qu'elles sont en plus sur la pointe des pieds ( mais demandez à un danseur quelle est la qualité première d'une danseuse, j'en ai entendu un avec un bon sens de l'humour absurde répondre: " être la plus petite et compacte possible, c'est plus simple pour la porter à bouts de bras")

Ceci dit mythologiquement parlant, être le dieu de la beauté et de la jeunesse ne met pas à l'abri des râteaux, et Apollon s'en est pris quelques uns ( et toujours des nymphes ou des mortelles, les déesses savaient que c'était un piège, il faut croire).

C'est un BEL enfoiré, qui s'est vengé assez souvent: chantage sexuel refusé par Cassandre, il lui ôte le don de convaincre.
Dryopé? Agression sexuelle.
Daphné? harcèlement jusqu'à ce qu'elle préfère être changée en arbre.
Castalie? elle a préféré se suicider.
Marpessa: elle lui préfère un humain, la honte!
Coronis? Le fait cocu avec un humain et se prend une flèche.
Et ce ne sont là que les filles, les moeurs inclusives des dieux grecs sont légendaires.
Puis alors, un sacré caractériel,capable de faire la peau, au sens propre, au centaure Marsyas qui jouait mieux que lui  de la musique. Ou de trucider toute une famille parce que Niobé s'est moquée de sa mère ( ce n'est pas malin, c'est vrai). Apollon est un dieu dont il faut se méfier, peut-être charmant mais surtout vicieux.

Allez, le suivant n'a tué personne, ne s'est vengé de personne, n'a abusé de personne, il part donc de base avec des points "sympathie".
C'est parti pour Narcisse, la belle plante. Bon, on connaît la fleur, et le narcissisme, complexe des gens qui se regardent un peu trop le nombril, mais au final, la légende est heureusement  moins basique que "ho le boulet, il est tombé à l'eau en se regardant dedans".

Narcisse, (demi-dieu, ou fils d'une nymphe selon des versions) qui est tout mignon mais pas très intéressé par les relations sentimentales - ça se comprend, c'est un gamin de 13, 14 ans maximum, peut être même moins - est victime d'une malédiction: il vivra très vieux, à condition de ne jamais voir sa propre image.
Et, comme il a envoyé bouler tous les gens qui lui couraient après, femmes, hommes, divinités ( oui, mythe grec, tant qu'à faire tout le monde tente sa chance, même avec un gamin...ok autre temps, autres moeurs, et c'est une légende mais je trouve ça quand même bien sordide. Je ne peux pas m'empêcher de compatir), dont la nymphe Echo, elle en appelle à Némésis , déesse de la vengeance. Puisqu'il n'aime personne, il tombera donc amoureux de la seule personne qu'il ne pourra jamais atteindre: lui-même.
On connait la mythologie grecque et ce qui arrive dans ces cas-là: malgré toutes les précautions, il va finir par se voir dans une rivière, tomber à l'eau en essayant d'attraper son reflet, et se noyer. Ou, selon les variantes, par mourir de faim sur place à force de se regarder. Ou par se suicider puisque la situation est sans issue (et qu'on ne peut pas se libérer d'une malédiction par la volonté et la rationalité)

Ceci dit, la psychanalyse lui a peut-être fait un mauvais procès, car une autre version, elle aussi antique, explique qu'il était inconsolable depuis la mort de sa soeur jumelle, et allait simplement à la rivière voir l'image qui lui rappelle sa soeur ( bon, est-ce que faire une fixette sur sa soeur est mieux qu'une fixette sur soi-même, ça reste à débattre)
Un peu moins con-con, mais encore plus déprimant que la version d'Ovide qui a servi de base aux tableaux, adaptations scéniques et à la psychologie.

Intéressant d'ailleurs, certains mythes rapprochent ce personnage d'Artémis, déesse de la chasse, et soeur jumelle d'Apollon. Il y a donc quelque chose autour de la gémellité, et de l'eau ( fils d'une nymphe et du dieu du fleuve, cette histoire ne pouvait que... tomber à l'eau. Sifflez j'm'en fous)
Un historien, se basant sur les fouilles archéologiques et les diverses sources a entrepris de redonner à ce personnage un peu plus de crédibilité que simple légende locale pour expliquer la floraison des narcisses au bord de l'eau chaque printemps... Et j'ai carrément envie de lire cet ouvrage.

Et après cette explication, Narcisse, donc comme on l'attend, tout jeune et tout mignon, et qui se noie bêtement.

1960 : Musique de Nikolaï Tcherpnin, chorégraphie Kassian Goleyzovskiy, et j'en ai bavé pour trouver des infos sur cet illustre inconnu, donc une page très succincte en anglais. La page en russe est nettement plus informative, mais j'ai la flemme de la traduire. Ce qu'il faut savoir: un type pas mal provocateur qui s'est attiré les foudres du régime conservateur car auteur de chorégraphies trop sensuelles... Et en effet, Jdanov a du se retourner dans sa tombe.
Je kiffe carrément la musique (elle date, de 1911), une chouette découverte, il va falloir que je fouille ce qu'à écrit le compositeur, j'adore et pas qu'un peu.

La pièce est très courte, moins de 5 minutes, donc enfin! Quelque chose en entier.


Ce grand brun, vous l'avez déjà vu sur ce blog il y a quelques temps. Plus âgé, avec plus de "bouteille" professionnelle (et un peu moins maigrichon aussi). Là, il débutait, mais... déjà rien à redire. Et vous le reverrez, prenez ça pour une promesse - ou une menace, comme vous voulez - vu que j'ai été instantanément conquise par son expressivité et son travail. Et son sympathique sourire, ça compte aussi. Ce gars là a, de mon point de vue, un charme fou - bien plus que le pourtant très bien roulé Apollon italien - donc je ne vais pas me priver de l'admirer.

Je vais donc re-pointer ce que j'avais déjà pointé: non seulement, il est excellent en tant que danseur mais aussi dans le jeu théâtral. Le monsieur est connu pour être un érudit en culture classique et littérature, il a probablement lu tout ce qu'il pouvait trouver sur le sujet avant d'aborder son rôle. Son Narcisse est bondissant, joyeux, un peu gamin, et adorable. Et l'interprète s'amuse clairement à en faire des caisses avec la suggestion reprochée au chorégraphe. En plus, qui de mieux placé qu'un brun aux yeux sombres et au teint mat pour incarner un demi-dieu grec tel qu'on peut l'imaginer? Le physique de l'emploi, j'aurais du mal à me représenter un Narcisse blondinet, peu importe la fleur jaune.


De mon côté j'ai toujours imaginé que cette histoire absurde (imaginez un type de l'antiquité, qui, même en allant tous les jours puiser de l'eau à la rivière, n'aurait jamais remarqué qu'on se voyait dedans. Malédiction ou pas, il est soit bigleux, ce qui expliquerait le fait de se pencher trop, soit un peu crétin. Dans ma mansuétude, j'opte pour " bigleux") venait simplement d'une anecdote du genre "VDM antique"

- Mais... pourquoi tu es trempé?
- Ben, euh, je suis un peu tombé à l'eau.
- Et comment tu as fait ton compte?
- J'ai vu quelqu'un au fond de la rivière qui risquait de se noyer donc j'ai voulu l'aider, je n'ai pas réussi à l'attraper, pis en fait, c'était simplement mon reflet. LOL.
- D'accord, tu as bon fond, mais tes gaffes et ta naïveté deviendront légendaires. Dans 25 siècles, on se paiera encore ta fiole. Eh les gars, vous voulez connaître la dernière de Cicisse?

Une paire de lunettes et le problème était réglé.
Echo et Narcisse - J.F. Lagrenée
En " écho" au faune qui mate les nymphes au bord de l'eau, les nymphes ne se font pas prier non plus pour épier les messieurs en petite tenue.
Hé ho, on a beau être une nymphe, on a des yeux, c'est fait pour s'en servir !
J'aurais bien voulu rajouter Orphée de Stravinsky, mais je n'en trouve que des versions concertantes, tant pis. Et j'ai volontairement exclu la mise en scène d'Orphée de Pina Bausch parce qu'elle se base sur un opéra baroque, donc hors de mes critères d'époque et de longueur.

Bon, il n'y a pas de mois officiel "mythologie gréco-romaine" pour le challenge contes et légendes. Donc je choisis arbitrairement le 1°août , histoire de ne plus être dans la période" indienne" du challenge. Attendre la fin de l'année pour coller au calendrier des fêtes d'Apollon ou des faunes non, ou octobre (Saint Narcisse) non plus. Les hyacinthies (fêtes d'Apollon et Hyacinthe*) sont passées
Donc je marque le coup avec la période ou Apollo5 était sur la lune, 30 juillet au 2 août 1971. Parce que pourquoi pas, c'est très logique!

*une autre belle plante liée à Apollon.  Franchement, si tu as des jumeaux et que tu veux te faire détester à vie par tes fils, tu peux légalement les appeler Hyacinthe/ Jacinthe et Narcisse. Totalement mythologique, totalement légal, en lien avec le même dieu, et 100% végétal. 100%  difficile à assumer aussi, surtout pour Narcisse qui va avoir besoin d'un bon sens de l'humour pour supporter les vannes. Ceci dit on peut aussi légalement appeler son gosse Apollon, ça sera dur à vivre, surtout s'il est plutôt moche. Félicitez-moi de ne pas avoir eu d'enfants, j'avais plein d'idées pour leur pourrir la vie. 😈

jeudi 23 juillet 2020

Die Leiden des jungen Werther / Les souffrances du jeune Werther - Goethe

Un des défis de cet été était de lire quelque chose en allemand. En récupérant mes cartons au garde meuble, j'ai donc retrouvé mes livres en VO, et en déménageant, j'ai aussi trouvé l'édition francophone qui était chez mes parents.

Or j'ai eu envie de tenter une méthode autre pour pratiquer les langues.
Elle était proposée dans une conférence par mon homonyme Lydia Machova qui l'a utilisée pour compléter son apprentissage d'espagnol.
Lire un livre bilingue , tout en écoutant l'enregistrement en livre audio.
Je n'ai pas d'attirance spéciale pour les livres audios en français mais là, l'intérêt est de pouvoir écouter la prononciation tout en lisant. Et donc d'améliorer l'écoute et la sensibilité aux sons de la langue. et in fine sa propre prononciation. Ecouter beaucoup de textes en russe, même sans les avoir sous les yeux a été très efficace de ce point de vue, et , bien qu'ayant un assez bon niveau en allemand, il me reste quelques pierres d'achoppement ( les h aspirés qui n'existent pas en français, les voyelles de différentes longueurs.. qui peuvent vraiment différencier les mots: aus et Haus, ihr et hier, den et denn)

Jusqu'à présent je n'étais pas allée plus loin que de lire des nouvelles avec une édition bilingue.

Donc le choix de Goethe..
- parce que auteur absolument incontournable de la littérature de son pays ET mondiale.
- livre classique, dont j'avais déjà l'édition en vo et une traduction
- qui dit livre classique dit facilité à trouver un enregistrement, et il ne m'a pas fallu plus de 30 secondes pour  le trouver sur youtube.
- la structure en roman épistolaire permet de le découper facilement pour étaler la lecture sur plusieurs jours, d'autant que je l'ai lu 3 fois: Une première fois en écoutant, une seconde en VO, en prononçant à haute voix ce que je lisais et en prenant des notes de vocabulaire à ajouter un jour à une liste, et une troisième en VF pour vérifier le sens . Donc 3 fois plus de temps.



Donc avant ma lecture voilà à eu près ce qui me restait en mémoire.. " l'histoire d'un type aux tendances dépressives qui tombe amoureux d'une femme mariée, et n'arrive pas a dépasser ça." Et bien sûr la fin,attention spoiler, au cas où l'illustration su mon édition française ne serait pas assez explicite, il finit par ce suicider..
J'avais aussi en mémoire deux choses: j'avais bien ri en le lisant ( alors que ce n'est absolument pas le but), d'une part parce que le héros se rend très souvent ridicule avec ses accès maniaco-depressifs et.. l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère quand il s'agit de glisser des vannes sur la bureaucratie, la société de son époque, les importuns, les imbéciles... J'ai presque l'impression qu'il a écrit l'histoire d'amour tout autour juste pour donner un cadre à ses portraits de la vie quotidienne en Hesse au XVIII°siècle.

Donc Werther, un jeune bourgeois assez fortuné est parti se mettre au vert après avoir brisé le coeur d'une femme.Il se retrouve dans une petite ville. Il est supposé s'occuper de régler un différent entre sa tante et sa mère pour une question d'héritage, chose qu'il ne fait absolument jamais. Ses seules occupations sont: promener dans la campagne et dessiner les paysans pittoresques qu'il rencontre ( et au XXI° siècle sa gentille condescendance de riche oisif auprès des autochtones qui triment aux champs est assez pénible, mais autres temps autres moeurs). Jusqu'au jour où il rencontre Charlotte "Lotte", esclave serviable fille aînée de famille bourgeoise, dont la vie se passe à s'occuper de ses 8 frères et soeurs. On ne voit jamais son père qui passe son temps à se promener à cheval et la laisse trimer. Quand elle a 5 minutes à elle Charlotte aime bien lire des romans sentimentaux, ou jouer du clavier.
Et surtout Charlotte est très fiancée à Albert, un type qu'elle adore visiblement, est momentanément absent, lui aussi pour une histoire d'héritage et lui manque beaucoup.Werther, qui est au courant de tout ça, avant même de la rencontrer, va malgré tout développer une obsession sentimentale pour Charlotte, se faire des châteaux en Espagne sur la vie avec Charlotte à la campagne.. qui s'écroulent évidemment au retour d'Albert.

Ha, Charlotte, j'avais oublié à quel point ce personnage est ennuyeux. En fait c'est le problème, elle n'est vue qu'à travers des délires obsessionnelles de Werther. On sait qu'elle est jolie et a les yeux noirs, mais tout le reste ne sont que ses délires. Je pense que Goethe en a fait justement un personnage si " parfait" ( aux yeux du héros) que pour faire comprendre à quel point c'est une femme très banale en fait, si on transposait actuellement , une femme au foyer qui lit des romans de gare en attendant le retour de sonpetitami/ mari.
Ce qui me fait dire ça, c'est que peu avant la rencontre de Charlotte, Werther lui même explique avoir discuté avec un paysan, fou amoureux de sa patronne et dit quelque chose comme " son enthousiasme et sa sincérité font plaisir à voir, mais je préfère ne pas rencontrer la dame, et continuer à l'imaginer au travers du portrait qu'il en fait. La réalité serait probablement bien décevante" . Goethe est bien trop malin pour que ce mini épisode qui n'a l'air de rien ne soit pas significatif"
Mais non Charlotte est parée de toutes les qualités, un ange, une merveille, la plus belle femme au monde, la plus gentille, la plus intelligente, la plus dévouée, la plus, la plus...sa présence est baume pour les mourants ( oui oui, qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas une subtile ironie)
Ce qui en littérature en fait un non personnage.
Je pense qu'il n'y  pas non plus de hasard dans le fait qu'Albert comme Werther aient la même préoccupation ( recouvrer un héritage) et se répondent en écho: Albert cherche un travail et en trouve, Werther vadrouille et ne fait rien malgré la promesse faite à sa mère de gagner sa vie.

Enfin, ça c'est la première partie,pas forcément la plus passionnante, en tout cas bien trop sentimentale.La seconde est celle dont je me souvenais le plus, à croire que Goethe a décidé d'emballer tout ça sous un dehors de roman sentimental juste pour faire la pilule: il tire a boulets rouges sur la société de ce coin paumé de l'Allemagne de la fin du XVIII° siècle. C'est très drôle et assez jouissif...

Donc notre sombre héros, comprenant qu'il n'a aucune chance avec une femme quasiment mariée, ou qui s'estime déjà comme telle, se décide donc à se mettre en quête d'un travail. Comme un bon bourgeois instruit de l'époque, il n'a pas énormément de choix, et devient secrétaire d'un ambassadeur, puis d'un comte.
L'ambassadeur est un bureaucrate tatillon, du genre à lui faire refaire X fois un dossier parce qu'il y a trop d'adjectifs dans sa prose ( ou quelque chose de ce genre. Bon sang, j'ai eu la même!) , et déteste le comte, homme intelligent et cultivé, et surtout, qui a le pouvoir que n'a pas un bureaucrate. Le comte déteste les gratte-papiers faux-cul. Le comte a Werther en sympathie et ce dernier fait un peu le tampon entre l'administration et la noblesse. Mais il reste juste un bourgeois qui n'a pas sa place dans les cercles nobles, même de province, peu importe que son employeur l'apprécie ou pas personnellement, socialement il reste un serviteur, prié de dégager sitôt qu'arrivent les gens imbus de leurs titres. il y a aussi Fraulein B, une femme qui lui plaît parce qu'elle ressemble à Charlotte, mais nantie d'une vieille tante vaguement titrée qui rend toute relation impossible. Les bourgeois de la ville sont souvent des gens qui- passez l'expression- pètent plus haut que leurs culs.
En tout cas ces portraits au vitriol sont jouissif, et on devine Goethe qui parle par la voix de son personnage. En tout cas, les hypocrites, les mesquins, les jaloux, les arrivistes, les gens qui se la racontent, les bas du front s'en prennent tous pour leur grade et deux siècles et demi après , ça n'a pas vieilli. J'ai lu à voix haute des passages de la VF à ma mère qui y a reconnu des gens, elle aussi. On a toutes les deux bossé dans ce papier de crabes prêts à tout pour passer devant les autres qu'est l'administration, et il y a deux siècles et demi, c'était déjà comme ça.


Donc retour à la case départ pour Werther qui en, en tant que penseur sensible à défaut d'être toujours sensé, et farouchement opposé aux inégalités qu'il ne peut pas combattre à on petit niveau,  retombe dans son travers et revient se faire du mal en tournant autour de Charlotte, mariée entretemps et contente de l'être. Ca finira mal, vu que Goethe distille la fin peu à peu par petites touches dans les pensées noires que Werther écrit à son meilleur ami, ce n'est pas une surprise.

L'influence du livre a été telle à l'époque qu'il y a eu une Werthermania, chez les gens qui se sentaient peu en phase avec leur société: les femmes adoptant la même robe que Charlotte au bal, les hommes s'habillant de la même manière que le héros, et certains, révolté à vide, suivant hélas la même pente fatale que lui ( 12 ans plus tard, ils auraient vu bouger des choses au niveau social, en France et dans le reste de l'Europe). Je suis presque sûre qu'il y a eu une vague de naissances de Charlotte et Albert suite à la parution.  on ne sait pas le prénom du héros, mais en tout cas son nom évoque obligatoirement " Wert", la valeur. Donc plus ou moins " Valeureux" mais une valeur qui ne trouve pas d'emploi réel, ou simplement une place qui lui convienne.

(ceci dit sur un thème voisin, il y a le plus tardif  René de Châteaubriand qui est in-supp-or-table. Tiens faut que je dise à quel point il m'a ennuyée, celui là.au moins Werther a le mérite, dans sa rédaction de passer un message, tellement bien senti qu'il est toujours d'actualité,sur la société et ses travers.)

1777, un des romans les plus importants de la littérature allemande,
je crois qu'on peut parler de classique.
Je vous le recommande, au moins pour la charge sociale, qui permet de tempérer les jérémiades du héros jamais content.
Et mission accomplie:lire un livre en entier et log en allemand. Je suis fière de moi.
Les prochains seront plus courts.
A noter qu'il y a une adaptation en opéra par Jules Massenet, crée en français et.. traduite en allemand ( donc d'après un livre allemand traduit en français, la logique , figure1), qui concentre l'action de 3 ans sur 3saisons,et prend le parti que l'attirance de Werther et Charlotte soit réciproque, amour impossible parce qu'elle est fiancée,  déclaration d'amour, tout ça , tout ça.. Ce qui n'est pas le cas dans le livre d'origine: il sait un minimum se tenir et ne se lance pas dans une déclaration qui pourrait lui valoir une mise à la porte directe et une fin abrupte du roman, elle l'a probablement deviné ou le prend simplement pour un simple ami excentrique comme on en a tous, mais .. Friendzone version XVIII°siècle.

La version livre audio auf deutsch
J'aurais voulu mentionner le traducteur, mais l'edition que j'ai est si ancienne.. qu'elle ne le mentionne même pas ( ça se faisait comme ça auparavant, juste l'auteur, comme sil avait écrit directement en Français). il n'est pas daté, mais d'après ce que je trouve sur le net,l'édition daterait de 1944, donc  probablement un livre ayant appartenu à ma grand-mère maternelle ou à ma grand-tante, il n'y a qu'elles qui lisaient ce genre de choses .
C'est marrant, je n'y avait pas pensé, mais de me dire que l'une d'elles l'a lu auparavant, que j'ai repris le flambeau de la littérature classique, ça me fait plaisir,il y a une sorte de lien psychologique des générations. De se souvenir que des gens que j'ai à peine connus car j'étais jeune à leurs morts respectives, avait tels loisirs, lisaient ceci... ce n'est plus seulement un nom sur une page de généalogie. Le sachant, je garderai le livre au lieu de le mettre dans une boîte à livres, même si la traduction est datée.

La version Massenet est bien plus basique, moins " il s'est monté la tête tout seul", et bien sûr évacue toute la partie intéressante et la charge sociale si importante dans le roman. C'est ballot!
En voilà une version que je n'ai pas écoutée en entier, mais José Carreras est une valeur sûre. Après je ne suis pas fan de Massenet, donc l'écouterais-je un jour en entier, je ne sais pas...


mercredi 8 juillet 2020

La danse de Shiva (mythes et légendes)

Je quitte un instant la Russie pour faire un passage en Inde, qui est le pays mis à l'honneur en juillet par le challenge Contes et légendes.

Or, il s'avère que j'ai décidé depuis avril/mai un peu par hasard, de m'intéresser de plus près à la danse. En tout cas à la danse en général, j'ai pratiqué la danse moderne quand j'étais plus jeune, donc je connais un peu, le classique reste plus abstrait à mes yeux encore, mais je tente le coup à petite dose maintenant que j'ai trouvé une voie d'accès. On y reviendra.

Par contre j'aime beaucoup et depuis longtemps la danse indienne, même si je connais assez peules histoires qu'elle raconte.

Je suis bien fan du danseur et chorégraphe Ragunath Manet, que j'ai eu la possibilité de voir sur scène ici-même à Avignon.
Quand je dis que j'apprécie la danse indienne il faut en fait comprendre que j'apprécie les danses sacrées.  Le côté Bollywood, j'ai beaucoup, beaucoup de mal avec ça.
Et l'année où le même interprète avait présenté un spectacle de danses de cinéma, j'avais beaucoup moins accroché. Le même gars n'a pas du tout la même énergie, le même engagement. Non qu'il ne prenne pas son métier au sérieux, mais c'est probablement au niveau de ses croyances personnelles qu'il y a une différence. Il est infiniment plus intéressant à voir dans les danses sacrées qui sont le coeur de sa pratique.

Et donc Inde + danse = Shiva.
Puisque la danse est l'une des représentations les plus connues du principal dieu indien. Et corollaire: les  chorégraphies tournent donc souvent autour des légendes mettant en scène Shiva.

Shiva étant le dieu créateur et destructeur, il détruit l'ancien monde et crée le nouveau par le biais de sa danse cosmique, liée donc aux concepts des réincarnations et renaissances dans la pensée indienne.
L'essentiel est là, la destruction n'est pas une fin, c'est une fin ET un commencement.


voilà un lien qui explique assez bien les détails  de cette représentation.
Et un autre qui parle du dieu en général, car là n'est pas mon propos.
Et un autre pour présenter les types de danses indiennes.

Celle que je connais, puisque c'est celle que j'ai vue c'est le baratha Natyam qui a la particularité de raconter des histoires de manière très codifiée. Hop, quelques explications sur le baratha Natyam par Ragunath Manet. Et, forcément, c'est pour moi un plaisir de l'entendre parler un français parfait.
Je trouve l'approche indienne très intéressante, de considérer que théâtre, danse et musique sont 3 aspects d'un seul et même art.

Dommage, il n'y a pas de vidéos assez longue le montrant sur scène, ou au moins, une chorégraphie entière. En tout cas pas autour de la danse de Shiva
Voilà un tout petit extrait, en plein air dans la ville de Rishikesh


Donc pour avoir la danse de Shiva en entier, il va falloir se tourner vers une autre vidéo, qui présente la kuchipudi, un autre type de danse. Je suis loin d'en savoir assez pour en dire plus ou de pouvoir différencier l'une de l'autre. Je me bornerai à dire que " j'aime" Voilà la danse en question par Raja et Radha Reddy 

Danse de la destruction de Shiva

Partie 1: Présentation et explications en anglais au sujet la structure d'un temple indien basée sur un mandala, et de la thématique de la danse


Partie 2


Partie 3

Partie 4

Partie 5: explication des postures et codes ( en anglais)

Partie 6

Ca se sent que je suis en manque de théâtres et de spectacles, en ce mois de juillet sans vrai Festival d'Avignon?

dimanche 21 juin 2020

fête de la musique - musique russe du XX°siècle

toujours dans la thématique de mes études..
En fait, récemment une agence de voyages a proposé cette liste d'oeuvres du XX° siècle sur les réseaux sociaux, j'en connais certaines, d'autres pas, donc...

Allons y pour la playlist, que je vais compléter avec mes choix, puisque cette année la fête de la Musique se fera à la maison.


Il y en a donc 12, uniquement orchestrales, donc je vais faire pareil et ne pas intégrer d'oeuvres chantées (opéras ou chansons)
Techniquement, Tchaïkovski n'est pas du XX°siècle, donc je vais le garder à part et le compléter par d'autres morceaux du XIX°.

Autre bonne raison pour l'isoler, il est très connu du grand public ( le lac des cygnes, quand même. D'ailleurs j'ai prévu de parler à une autre occasion de ces oeuvres là..), les autres le sont beaucoup moins.
Désolée Piotr, je ne te sélectionne pas, mais tu sera la tête d'affiche du sujet suivant.

Dans les 3 qui restent, je connais et apprécie particulièrement Scriabine, mais.. pas forcément ces oeuvres là

Je vais donc ajouter aux 9 morceaux restants 6 choix personnels, de ces compositeurs ou d'autres,  pour faire une décente playlist de 15 / 18 titres.

Scriabine: il n'est pas très connu du grand public européen, et sa musique est très variée car il a évolué du romantisme vers un style précurseur du dodécaphonisme et de la musique contemporaine,et aurait continué à explorer des choses s'il n'était pas mort )4" ans.
Deux particularités,
il a eu, à un moment de sa vie, un problème à la main droite et ne pouvant plus jouer de piano normalement, il a donc composé ce qu'il ne trouvait pas, des morceaux pour main gauche seule, afin de pouvoir continuer à jouer le temps que son autre main guérisse.
Et, il était synesthète et associait les tonalités et les couleurs ( do majeur = rouge, ré majeur = jaune, mi majeur = blanc, etc...).il avait prévu tout un système d'éclairages pour son oeuvre Prométhée, et est donc un pionnier du spectacle "son et lumière"..qu'il n'a pas pu réaliser tel qu'il l'imaginait, car les moyens techniques étaient trop limités.

Concerto Sonate n°2 (petite correction l'opus 19 est une sonate et pas un concerto).On est encore dans la veine un peu romantique / impressionniste de Scriabine. C'est probablement plus accessible aux novices que ses oeuvres plus tardives.
(5 dièses à la clef et des altérations accidentelles!)

Prométhée "le poème du feu" ( avec l'éclairage tel que le compositeur l'avait pensé.Il y a des explications d'abord, le concert commence à 10 minutes. je plains les instrumentistes d'avoir du jouer dans une pénombre bleutée, bonjour la galère)

Symphonie n°3 " Le divin poème"

Et les ajouts: Prélude pour la main gauche ( et on sent que ça lui causait du souci)

"Vers la flamme"( titre original en français). Si Vladimir Horowitz lui-même estime que c'est un morceau difficile, je veux bien le croire! Et ça sonne presque jazz par moments...


Rachmaninov: Un compositeur que je connais très peu, ce qui n'est pas étonnant car il a surtout composé pour piano seul, et ce n'est pas ce que je préfère.
Je sais seulement que sa musique contient beaucoup de gammes, arpèges qui ne cessent de monter et descendre.. un peu comme chez Liszt Parfois, mais , je ne sais pas pourquoi, j'aime beaucoup Liszt , mais Rachmaninov ne m'attire pas plus que ça. En tout cas, beaucoup moins que Scriabine.
Concerto N°2

et le concerto n°3 confirme: ce n'est pas vraiment mon truc.

Prélude n°2: il est un peu plus connu, en tout cas de moi. Par contre là j'aime bien l'introduction en accords bien graves, et les dissonances.




Prokofiev
Concerto n°1:j'adore. C'est assez primesautier et bondissant, on dirait de la musique de film (et le compositeur a souvent composé pour le cinéma justement)
Concerto Sonate n°7: Là encore, banco. Ca m'évoque bien le style de l'amour des trois oranges" du même Prokofiev. Je trouve que cette musique a un côté humoristique pas déplaisant du tout ( voilà.. Rachmaninov est bien trop sérieux pour moi)

Concerto pour violon: oui! enfin un autre instrument que le piano. Pas de chance, c'est du violon, et j'ai beaucoup de mal avec cet instrument ( en fait, j'ai une hyperacousie qui me rend les sons aigus très douloureux à entendre.donc le violon, la flûte, le piccolo, le celesta sont des instruments de torture pour moi. Alors que l'alto ou la flûte alto,juste un peu plus graves, me conviennent bien) Les instruments aigus passent quand ils sont dans l'orchestre


Je suis obligée de re-citer Pierre et le loup, sans lui je n'aurais pas choisi des années après de jouer du basson.

La suite du Lieutenant Kijé, il y a encore quelques passages très connus (la troïka, la romance).Et il faut absolument que je lise le texte d'origine qui est une satire sur la bureaucratie - par suite d'une erreur administrative le Lieutenant Kijé fait une brillante carrière dans l'armée.. alors qu'il n'existe pas!
La romance est devenue mondialement célèbre car c'est le thème qu'a repris Sting pour la chanson " Russians"


Il manque quand même des gens importants, je vais donc ajouter

Stravinsky

Ici l'Oiseau de feu s'impose. au moins pour sa "berceuse" extrêmement dure au basson ( enfin pour moi,dont l'instrument n'est pas professionnel et manque d'aménagements permettant de jouer dans le registre aigu en pianissimo.Les bassons, c'est comme une voiture: plus ils sont chers, plus il y a d'options de confort)

Pas très original, mais le sacre du printemps avec ses rythmes très marqués  et son introduction au basson ,est inévitable (et je pourrais dire la même chose que pour l'oiseau de feu)


Chostakovitch. Je vous épargnerai la valse de la "suite pour orchestre de variétés", trop connue.
Et je reviens sur le Clair ruisseau qui a été ma découverte de ce printemps. C'est un spectacle drôle, enlevé, mais aussi une musique très sympa.
Et si vous vous demandez pourquoi il y a un gars en robe longue qui ressort en premier lieu lorsque vous recherchez, il va falloir que vous regardiez le spectacle
Adagio:

Aram Katachtourian: on connait sa célébrissime danse des sabres, j'ai parlé de Spartacus, donc cette fois, c'est la symphonie n°1que je mets en avant, avec ses petites références à la musique de sa région natale ( Arménie)

Et.. allez, soyons fous, un billet XIX°siècle pour proposer les 3 oeuvres de Tchaïkovski et quelques uns de ses contemporains?

samedi 20 juin 2020

C'est l'été...

Et je n'aime pas plus l'été que le printemps, je crains terriblement la chaleur.

Mais bon, sacrifions au rituel et au dieu du soleil...

Dajbog, (" dieu qui donne") dieu solaire slave et personnification de l'été.
J'avais déjà parlé de Yarilo comme dieu solaire, c'est vrai, mais il y en a plusieurs, Yarilo c'est le soleil du printemps, celui de la germination du blé, des forces vitales ( associé à sa soeur la déesse de la mort).Dajbog est le dieu du soleil estival et des moissons ( associé au dieu ou à la déèsse "Messiats", dont le nom signifie "mois "et "lune") fils du dieu du ciel.
ce n'est pas une bizarrerie d'avoir deux dieux solaires ou plus :Apollon et Hélios en Grèce, Apollon et Sol à Rome

Et qu'en est-il de nos amis poètes? donc une fois de plus, je traduis "à la sauvage" en essayant de garder les images plutôt que de faire joli en français.

On se souvient que Pouchkine, n'aimait pas le printemps, auquel il préfère l'hiver.
Sans surprise...

Ох, лето красное! любил бы я тебя,
Ho, l'été rouge! Je t'aimerais,
Когда б не зной, да пыль, да комары, да мухи.
S'il n'y avait pas la chaleur, et la poussière, et les moustiques, et les mouches.
Ты, все душевные способности губя,
Toi qui tortures toutes les compétences spirituelles sur nos lèvres;*
Нас мучишь; как поля, мы страждем от засухи;
Nous souffrons de la sécheresse comme les champs;
Лишь как бы напоить да освежить себя —
Hormis boire et se rafraîchir
Иной в нас мысли нет, и жаль зимы старухи,
Nous n'avons pas d'autre idée, et regrettons la petite vieille " Hiver" **
И, проводив ее блинами и вином,
Et en lui offrant des blini et du vin
Поминки ей творим мороженым и льдом.
Nous lui faisons une veillée funèbre avec des crèmes glacées et de la glace.

1833
* Très approximatif, difficile de trouver quelque chosequi ne soit pas boîteux en français
** hiver est un mot féminin en russe

enregistrement par Innokentyi Mikhaïlovitch Smoktounovskyi ( toujours extrait de " automne", de 1'46" à  2'17" décidément l'acteur m'amuse beaucoup tellement il est convaincu par qu'il fait. en tout cas il me donne un sourire immense. Je viens de vérifier, c'était un acteur de théâtre - ça saute aux yeux et aux oreilles - et qui a souvent fait des narrations et voix off au cinéma - ça ne m'étonne pas, il a un petit côté qui m'évoque Jean Topart et ce n'est pas un mince compliment)


Donc, qu'en pense Fiodor Tiouttchev?

«Летний вечер» Soir d'été

Уж солнца раскаленный шар
La boule brûlante du soleil
С главы своей земля скатила,
A touché terre de la  tête,
И мирный вечера пожар
Et le paisible incendie du soir
Волна морская поглотила.
A été englouti par le flot marin.
Уж звезды светлые взошли
Les étoiles lumineuses se sont levées.
И тяготеющий над нами
Et gravitant au-dessus de nous
Небесный свод приподняли
ont soulevé la voute céleste
Своими влажными главами.
Avec leurs têtes humides.
Река воздушная полней
La rivière rafraichissante
Течет меж небом и землею,
Coule entre le ciel et la terre,
Грудь дышит легче и вольней,
La poitrine respire plus légèrement et plus librement,
Освобожденная от зною.
Libérée de la chaleur.
И сладкий трепет, как струя,
Un doux tremblement, comme un jet,
По жилам пробежал природы,
S'écoulait dans les veines de la nature
Как бы горячих ног ея
Коснулись ключевые воды.
Comme si les eaux vives 
touchaient ses pieds échauffés.

1829

enregistrement ( je ne sais pas du tout qui est le récitant)

Pas de texte d'Anna Akhmatova cette fois,mais en voilà un d'Alexandre Blok, poète symboliste et autre représentant majeur du siècle d'argent

«Летний вечер» Soir d'été

Последние лучи заката
Les derniers rayons du crépuscule
Лежат на поле сжатой ржи.
couchent le seigle court dans le champ.
Дремотой розовой объята
Etreinte d'un rose ensommeillé
Трава некошенной межи.
L'herbe non coupée du "meja"*
Ни ветерка, ни крика птицы,
Ni petit vent, ni cri d'oiseau
Над рощей — красный диск луны,
Au dessus des buissons - le disque rouge de la lune,
И замирает песня жницы
Et la chanson des faucheurs meurt
Среди вечерней тишины.
Dans le silence du soir.
Забудь заботы и печали,
Oublie tes soucis et tes peines;
Умчись без цели на коне
Galope sans but à cheval
В туман и в луговые дали,
Dans la brume et les prairies
Навстречу ночи и луне!
A la rencontre de la nuit et de la lune

13 décembre 1898
( je viens d'en baver, vraiment. Poésie symboliste, il y a beaucoup de vocabulaire peu courant.Bon courage à qui voudra traduire Mallarmé en russe, le sonnet en X surtout)
Enregistrement

* définition de meja:étroite bande de terre non cultivée entre des exploitations agricoles voisines 
Je n'ai aucune idée de comment ça s'appelle en français. 😅

Contemporaine d'Anna Akhmtova, Marina Tsvetaïeva , l'autre poétesse célèbre du Siècle d'Argent.Etautrice également d'une biographie dePouchkine que j'espère lire, un jour.. quand j'aurai avancé mes dizaines de lectures en attente.

Летом En été

— «Ася, поверьте!» и что-то дрожит
"Assia, croyez-moi!", et quelque chose tremble
В Гришином деланном басе.
dans la basse que laisse échapper Grisha.
Ася лукава и дальше бежит…
La rusée Assia s'éloigne encore plus.
Гриша — мечтает об Асе.
Grisha rêve d'Assia.

Шепчутся листья над ним с ветерком,
Les feuilles murmurent au dessus de lui, dans la brise
Клонятся трепетной нишей…
Se penchent comme une alcôve frémissante*
Гриша глаза вытирает тайком,
Grisha sèche discrètement ses yeux,
Ася — смеется над Гришей!
Assia se moque de Grisha!
1910

*pour cette phrase-ci je ne suis pas vraiment sûre, ils est plutôt question d'une "niche tremblante", mais en français, niche est ambigu. j'ai plutôt l'impression que les feuilles encadrent l'amoureux éconduit, debout dessous comme une statue dans sa niche
 enregistrement ( dommage, la musique est hors sujet et trop forte, et le lecteur va trop vite)

Rendez-vous en Septembre pour ma saison favorite, et ce n'est pas Pouchkine qui va me contredire.