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jeudi 2 avril 2020

La mort d' Ivan Illitch - Lev Tolstoï

Et deux autres nouvelles en prime, toutes sur le thème de la mort.

En même temps , vu le titre , ce n'est pas un spoiler que d'annoncer qu'Ivan Illitch va mourir.




Donc, nouvelle 1: la mort d'Ivan Illitch. D'entrée dès la première page, nous apprenons qu'Ivan Illitch est mort.Il n'a pas eu une vie bien réussie et il rate sa mort. C'est à dire que ses "amis" viennent présenter par obligation leurs condoléances à la famille, qui les reçoit également par obligation, tout en pestant intérieurement contre cet abruti d'Ivan qui a eu la mauvaise idée de mourir le jour de la partie de cartes hebdomadaire, et ça dérange le train-train habituel.

Et le récit part à rebours, pour nous présenter feu son héros , sa vie morose de grand bourgeois convenable, juge, marié par convenance à une femme convenable mais acariâtre, qui a passé 20 ans de mariage à râler et à rendre son mari responsable de toutes les tuiles qui a pu leur arriver ( mutation en province, décès dans la famille... des choses sur lesquelles il n'avait objectivement aucune influence). Mais voilà que le juge qui avait pouvoir de vie et de mort, ou au minimum, d'envoyer les gens moisir jusqu'à leur mort en prison, doit affronter quelque chose qui lui échappe, réellement, et n'obéira pas à sa volonté: la maladie. Peu importe d'où elle vient, il la met sur le compte d'un accident domestique, la description ressemble plutôt à un cancer. Mais Ivan va mourir à petit feu, tout en découvrant l'abominable hypocrisie qui l'entoure, et la vanité de son pouvoir.Il se sait mourant, mais les médecins s'obstinent à lui cacher son état, sa famille chuchotte pour qu'il n'entende pas la vérité. Et Ivan n'en peut plus de tous ces faux-semblants. Sa seule consolation est la compagnie de son domestique Guérassime, le seul qui ne prenne pas de masque pour lui parler.
Et tout le récit est axé autour de ça: ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui se sait condamné et découvre soudain que toute sa vie a été basée sur le mensonge, qui se trouve soudain dans une situation sur laquelle il n'a pas de prise et dont l'issue est inévitable.
Et c'est très intéressant, psychologiquement.

Nouvelle 2: maître et serviteur. Le maître, Vassili Andréitch, est un propriétaire riche et roublard, toujours à l'affût d'un nouveau moyen de s'enrichir. El n'est pas méchant, mais est d'autant plus insupportable qu'il est réellement persuadé de rendre service à ses serviteurs en les roulant. Le serviteur, Nikita, est un paysan, qui lutte avec grande difficulté contre un penchant pour l'alcool qui l'a mis plus d'une fois dans la mouise. Mais c'est un brave homme qui essaye sincèrement de changer et traite avec respect les animaux en général et son cheval en particulier.
Or, ce jour d'hiver, le maître a décidé de partir pour traiter une affaire dans un village voisin, affaire urgente, car il craint que la bonne affaire ne lui passe sous le nez. Même si celà les oblige tous deux à partir en pleine tempête de neige.
Par deux fois, ils s'égareront, tourneront en rond, aboutiront dans un autre village où on leur déconseille de partir de suite, la nuit tombe, ils risquent encore de se perdre, qu'ils restent au chaud, ils pourront toujours partir au matin.Mais Vassili s'entête et veut coûte que coûte partir, Nikita n'a pas d'autre choix que de suivre... et évidemment, ils vont se perdre encore et devoir passer la nuit dehors, en pleine forêt, dans une tempête de neige, avec les loups qui rôdent. Et là ce qui compte,c'est le changement que la peur, le froid et le danger vont opérer dans la tête de Vassili,qui va passer de pensées " je compte l'argent que je vais gagner", à " je ne peux pas mourir je suis riche, si j'abandonnais Nikita, lui peut mourir, il n'a pas une belle vie, contrairement à moi" à " je dois sauver coûte que coûte Nikita" . il faut un danger de mort pour que le maître se rende compte enfin, qu'il y plus important que l'argent, et qu'un serviteur est avant tout un autre être humain.

Nouvelle 3: les 3 morts.
La encore 2 personnages vont mourir: Un riche dame tuberculeuse qui refuse l'idée de la mort et s'obstine à vouloir partir au soleil en Italie, où elle est persuadée de guérir, en dépit des recommandations de son médecin et de sa famille. elle refuse d'accepter l'évidence, et en veut à la terre entière. Le second, est un vieux paysan qui agonise à la maison près d'un poêle. Mais il est en paix avec l'idée de la mort et ne se fâche pas lorsqu'on lui dit " je peux prendre tes bottes? Elles sont presque neuves et tu ne t'en servira plus".Parce qu'il a assimilé cet état de fait:la mort fait partie de la vie...
Le 3°.. je n'en dirai rien pour ne pas gâcher la surprise.

Je n'avais pas encore lu Tolstoï et j'ai beaucoup aimé ces nouvelles très intéressantes psychologiquement, presque violente dans leur récit clinique de la maladie et de la mort, mais empreintes d'un cynisme souvent drôle.Ce qu'il en ressort, c'est vraiment l'idée presque stoïcienne que la mortest inévitable, donc autant prendre ses précautions pour la succession, accepter cette idée et surtout vivre avant qu'il ne soit trop tard. C'est vraiment trop désespérant d'arriver au point de non retour, celui où plus aucune rémission n'est possible, en se disant " si j'avais su..."
Donc oui, je les classe parmi les nouvelles philosophiques, celles qui vont rester longtemps en mémoire et faire réfléchir au sens de sa propre vie.Et tout ça, sans lourde leçon de morale. Mystique un peu, mais pas prosélyte ( coucou Dostoïevski! Tu me gonfles avec ça).
Renseignement pris, il semble que Tolstoï a influencé Gandhi dans son concept de résistance non-violente. Et en effet il y a quelque chose de très oriental dans ce point de vue: la vie et la mort sont imbriquées, elles ne sont pas opposées, mais sont liées. La mort est la fin du monde pour celui qui meurt... mais n'est qu'un micro événement qui dérange à peine l'organisation d'une famille, et n'a absolument aucune importance à l'échelle du monde. C'est triste, mais la Terre n'arrête pas de tourner pour autant.

Depuis qu'il y a des gens sur terre, personne n'a jamais réussi à ne pas mourir. Et c'est parfois utile de le rappeller.

jeudi 26 mars 2020

Astérix tomes 1 à 3 - R. Goscinny et A.Uderzo

Voilà, un classique que j'intègre avec un brin de tristesse, actualité oblige.

Merci, messieurs! Astérix fait vraiment partie de mes références quotidiennes, je le citais encore il y a peu
au sujet de Taras Boulba
Et comment rendre hommage à quelqu'un mieux qu'en relisant ses oeuvres? Car oui, je n'avais plus relu les Astérix depuis très longtemps. Et s'il y a bien un classique de la BD, c'est cette série, enfin, en
concurrence avec une autre:

Le monde ( des lecteurs de BD) se divise en deux catégories:ceux qui ont grandi avec Tintin et ceux qui ont grandi avec Astérix . Bon il y a probablement ceux qui ont lu les deux aussi, ou dont le souvenir d'enfance est plutôt Gaston Lagaffe. Mais je fais indubitablement partie de l'équipe Astérix. J'ai découvert les Tintin plus tardivement, et j'ai plus de mal à accrocher, pour moi la série accuse plus son âge. Mais j'adore Gaston, bien que je l'aie découvert aussi sur le tard. Après,je n'irais pas comparer les graphismes, Tintin est largement antérieur, et donc, n'a pas encore le découpage et la dynamique cinématographique qui fait qu'Astérix passe très bien en adaptation animée et tintin beaucoup moins.

Et donc, ben relecteur cette semaine, ça tombe bien, on est tous coincés chez nous, autant faire des pauses BD.
Et finalement autant je me souvenais bien du tome 1, autant j'avais oublié ce qui se passait dans la Serpe d'Or et chez les Goths.

Comme toujours en Bd, les premiers tomes ne sont pas les meilleurs, la série doit prendre ses marques autant scénaristiquement que graphiquement.




Une aventure d'Astérix le Gaulois ( 1961), c'est simplement le titre du Tome 1, qui deviendra le sous titre de la série par la suite: où l'on découvre la situation, le village, les personnages, aux prises  avec Caius Bonus et Marcus Sacapus, respectivement centurion et décurion du camp retranché romain de Petitbonum, désireux de se procurer la potion magique qui rend invincible, afin de prendre le pouvoir, faire un putsch contre Jules César et "former un triumvirat à deux".
Donc évidemment, l'adaptation en film étant diffusée plusieurs fois par an, on s'en souvient bien.Mais quand même le coup de la potion capillaire ultra-rapide et ultra efficace reste très drôle ( c'est ça qu'il me faudrait en ce moment, je suis prête à payer en sesterces s'il le faut!).
Pour la BD, graphiquement Astérix et Obélix sont proches de leurs versions actuelles et vont subir peu de changement ( Obélix sera euh, moins rayé et plus... rond, enfin, bas de poitrine, au fil des tomes), Abraracourcix et Panoramix ressemblent un peu à ce qu'ils vont devenir, par contre Assurancetourix va beaucoup changer: dans ce premier tome, c'est un des rares personnages secondaires nommés, il a un certain âge,les cheveux blancs et une moustache blanche, et est plus présenté comme casse-pieds que franchement musicalement horrible. Le dessin animé plus tardif lui donne son graphisme définitif et sa légendaire voix qui fait fuir tout le monde.
Graphiquement, j'avais oublié, les premières planches sont.. . très très colorées.du genre psychédéliques, ça  change en cours de tome pour quelque chose de plus sobre, mais vraiment au départ, on est en plein chez les hippies.C'est surprenant.
Et au niveau de l'histoire, maintenant, ça parait très illustratif, puisque c'est le premier tome, et il faut donc présenter les personnages, les lieux, les situations. Pour le lecteur fan qui connaît tout ça par coeur, c'est assez lourds, mais en 1961, il fallait bien en passer par là.
marrant au départ, la potion magique n'était pas préparée parle druide en réponse à un besoin de baston imminente, mais toujours prête et distribuée régulièrement.






La Serpe d'or (1962):Le gui pour avoir des pouvoirs magiques, doit être cueilli avec une serpe d'or. Et sans gui magique, pas de potion magique itou.Or Panoramix vient de casser la sienne, et Astérix et Obélix vont être envoyés à Lutèce acheter une serpe chez Amérix, le meilleur fabricant de serpes, et cousin d'Obélix (dont il est un sosie en minuscule et maigre). Mais impossible de trouver Amérix qui semble avoir disparu, impossible d'acheter une serpe dans toute la ville... car une mafia gauloise a mis la main sur le marché des serpes d'or, qu'elle revend un prix exorbitant à l'approche de la réunion annuelle des druides dans la forêt des carnutes.
Et c'est sympa de voir arriver les premières caricatures (Raimu, patron du restaurant "soleil de Massilia" )
Le graphisme s'améliore de page en page, les personnages secondaires prennent peu à peu leur forme définitive. Mais pas encore dans les meilleurs albums, la série est encore en rodage.


Astérix et les goths ( 1963) suite logique, Astérix et Obelix escortent le druide à la grande réunion annuelle des druides, dans la forêt des Carnutes.. IL va s'y passer le concours du meilleur druide et Panoramix (légèrement orgueilleux) a prévu de présenter sa potion magique qui va lui valoir une victoire facile ( bien que Septantesix, druide belge, fasse fort avec sa potion d'invincibilité. Etonnant, il a aussi inventé les frites, qui seront pourtant réinventées dans Astérix et les Belges). Et une bande de guerriers goths, dotés de casques à pointes, venus enlever le meilleur druide de Gaule, va en effet embarquer Panoramix créant la plus grande des paniques. Il faut donc aller le sauver.

Là, la série commence à trouver son ton, mélangeant les références aux invasions barbares, à la guerre franco-prussienne (les "guerres Astérixiennes", et la division du " pays" en de nombreuses entités indépendante) à la seconde guerre mondiale, et à la partition RFA/RDA (les goths de l'est et les goths de l'ouest), et des anachronismes savoureux.

Et on trouve les premières influences nettes sur Kaamelott, et c'est sympa de les repérer:
-le garde romain qui annonce que les goths envahissent le pays des goths -> les 3guerriers pictes qui rentrent chez eux après avoir enlevé Guenièvre.
-la réunion de la forêt des Carnutes, avec les jeux de mots nuls -> la réunion du corbeau et son concours de blagues " sans alcool"
- Septantesix crée une potion d'invincibilité qui permet de retirer les frites de l'huile bouillante à mains nues sans se bruler - > Merlin invente par hasard une potion d'invincibilité qui permet de plonger les mains dans l'eau bouillante sans se brûler
- Un autre druide invente le potage en poudre transportable en sachet, et la marmite en poudre qui va avec ->les seules inventions de Merlin qui fonctionnent sont culinaire:la conservation des abricots, la potion à réduire le temps de dessalage des filets de morue.
-Cloridrix l'interprète du roi Téléféric, qui ment comme un arracheur de dents ->l'interprète du roi burgonde.
- Et évidemment, depuis le début, les citations latines que personne ne comprend " je souhaiterais un peu plus d'enthousiasme et un peu moins de latin quand je demande un volontaire!" ->les citations latines du roi Loth.

Donc prochainement..les 3 tomes suivants ( on est encore avant 1970, donc das les clous du challenge "je lis des classiques."

vendredi 20 mars 2020

C'est le printemps

Et je n'aime pas ça. Le printemps pour moi est synonyme d'allergies et donc de cortisone.

Et j'ai eu envie de voir quelle saison inspirait le plus les auteurs russes ( j'ai ma petite idée), en regardant sur mon site de référence en poésie.

Printemps 339 textes
Eté 143 textes
Automne 242 textes
Hiver 334 textes

Héééé non, j'aurais parié sur l'hiver, le printemps l'emporte d'une courte tête. Mais je n'étais pas la seule à ne pas aimer le printemps et dans certains cas, le sujet "printemps" ne sert qu'à dire  " je n'aime pas le printemps, l'hiver c'est bien mieux!"

Ca fait longtemps que je n'ai pas fait un petit exercice de traduction volontaire: voilà donc 4 auteurs et 5 textes, deux " anti" et trois "pro" printemps.

Alexandre Pouchkine n'est plus à présenter, Fiodor Tiouttchev est un de ses contemporains du "siècle d'or" et presque 100 ans plus tard,  Alexandre Blok et Anna Akhmatova, deux auteurs majeurs du "siècle d'argent", les deux époques les plus marquantes de la poésie russe.

Il m'a été difficile de trouver des textes où le printemps est vraiment le thème du texte et non une allégorie. Plus on avance dans le temps, plus il représente autre chose ( la jeunesse, la joie, la tristesse le passé, la nostalgie, ce que vous voulez..) chez les symbolistes, il est impossible d'en trouver un qui ne dise pas autre chose.

Et comme pour Essenine l'an dernier, traductions de moi, faites assez rapidement et vraiment pas destinées à une édition quelconque, mais plutôt à faire connaitre la littérature russe aux participants,  du challenge classique en particulier. Donc même chose que l'an dernier, je ne cherche pas à faire joli, et encore moins rimé, donc je colle volontairement aux textes, à leurs répétitions pour donner l'idée de ce qui est dit. J'ai vraiment toujours un gros blocage avec la poésie traduite et '"re-rimée" en français qui s'éloigne souvent de l'esprit du texte pour faire joli.

Pour le côté joli, mieux valent les enregistrements en VO.

Si je vous demande au hasard de citer un auteur russe, 99 chances sur 100 que ce soit son nom qui vous vienne en tête.

Alexandre Pouchkine n'aimait pas le printemps!
(extrait de "automne")

Теперь моя пора: я не люблю весны;
Maintenant, c'est ma saison: je n'aime pas le printemps;
Скучна мне оттепель; вонь, грязь — весной я болен;
Le dégel m'ennuie; ça pue, c'est boueux, je souffre au printemps;
Кровь бродит; чувства, ум тоскою стеснены.
Le sang fermente; les sens et l'esprit sont un peu angoissés.
Суровою зимой я более доволен,
Je suis plus satisfait d'un hiver rigoureux
Люблю её снега; в присутствии луны
J'aime sa neige; sous la lune
Как лёгкий бег саней с подругой быстр и волен,
Avec une amie, que la course du traîneau est légère, rapide et libre,

Когда под соболем, согрета и свежа,
Quand bien au chaud et fraîche, sous la zibeline,
Она вам руку жмёт, пылая и дрожа!
Ardente et tremblante, elle vous prend la main!

Enregistrement  (de 0'40" à 1'12".. mais écoutez quand même le reste du texte, l'acteur est très bon)



et encore:
Весна, весна, пора любви,
Printemps, printemps, saison de l'amour
Как тяжко мне твое явленье,
Que ton arrivée m'est pénible,
Какое томное волненье
Quelle langoureuse agitation
В моей душе, в моей крови…
Dans mon esprit et dans mon sang...
Как чуждо сердцу наслажденье…
Que les réjouissances sont étrangères à mon coeur...
Все, что ликует и блестит,
Tout ce qui pavoise et brille
Наводит скуку и томленье.
me tourmente et m'ennuie.

Отдайте мне метель и вьюгу
Donnez moi la tempête de neige et le blizzard
И зимний долгий мрак ночей.
Et les longues ténèbres des nuits d'hiver.
(1827)

enregistrement

Fiodor Tiouttchev
jusqu'à il y a quelques secondes je connaissais son nom , mais pas sa tête

Orage de printemps

Люблю грозу в начале мая,
J'aime l'orage de début mai,
Когда весенний, первый гром,
Quand le premier tonnerre printanier,
Как бы резвяся и играя,
Comme bâtifolant et jouant,
Грохочет в небе голубом.
Retentit dans le ciel bleu.

Гремят раскаты молодые!
Les jeunes éclairs grondent !
Вот дождик брызнул, пыль летит…
La pluie éclabousse, la poussière vole...
Повисли перлы дождевые,
Les perles de pluie sont suspendues,
И солнце нити золотит…
Et le fil du soleil est d'or...
С горы бежит поток проворный,
De la montagne court un torrent rapide,
В лесу не молкнет птичий гам,
Dans la forêt, la gamme des oiseaux ne se tait pas ,
И гам лесной, и шум нагорный —
Et la gamme de la forêt et le bruit de la montagne...
Все вторит весело громам…
Tout fait joyeusement écho au tonnerre  ...
Ты скажешь: ветреная Геба,
Tu diras: la venteuse Hébé
Кормя Зевесова орла,
En nourrissant l'aigle de Zeus,

Громокипящий кубок с неба,
Смеясь, на землю пролила!
En riant, a renversé sur la terre
Une coupe tonitruante venue du ciel!


(1828)

enregistrement 

Hop, un bond dans le temps

Un autre Alexandre

difficile de trouver une photo où il ne fasse pas trop la tête...

Alexandre Blok, poète majeur de la fin du XIX° et début du XX°siècle. Précurseur de la période littéraire du siècle d'Argent ( en référence au siècle d'or,incarné par Pouchkine).  Symboliste et donc très souvent difficile à traduire.
Ce texte ci, par contre, reste encore assez simple

La petite isba vétuste

Ветхая избушка
La petite isba vétuste
Вся в снегу стоит.
Se dresse dans la neige
Бабушка-старушка
La vieille grand-mère
Из окна глядит.
regarde par la fenêtre
Внукам-шалунишкам
Ses malicieux petits-fils
По колено снег.
dans la neige jusqu'aux genoux.
Весел ребятишкам
Les joyeux gamins
Быстрых санок бег…
(font) une course rapide de luge
Бегают, смеются,
Ils courent, ils rient
Лепят снежный дом,
Ils construisent une cabane de neige
Звонко раздаются
Голоса кругом…
Aux alentours des rires
éclatent bruyamment

В снежном доме будет
Dans la maison de neige
Резвая игра…
on jouera allégrement
Пальчики застудят, —
Les doigts refroidis
По домам пора!
il sera temps de rentrer!
Завтра выпьют чаю,
Demain on boira du thé
Глянут из окна —
en regardant par la fenêtre
Ан уж дом растаял,
La maison aura déjà fondu
На дворе — весна!
Dehors, c'est le printemps!
enregistrement

Anna Akhmatova


Anna Gorenko, dite Akhmatova. Et comme Nikolaï Gogol, elle était d'origine ukrainienne. Donc je  le signale.
Elle n'a vraiment pas eu de chance, beaucoup de ses proches ont été déportés lors des purges staliniennes et elle-même a subi la censure et l'interdiction de ses écrits par le jdanovisme artistique. Jdanov la détestait particulièrement.

Перед весной бывают дни такие:
Il y a de tels jours avant le printemps:
Под плотным снегом отдыхает луг,
La prairie se repose sous une neige épaisse
Шумят деревья весело-сухие,
Les arbres bruissent, joyeusement secs
И теплый ветер нежен и упруг.
Et le vent tiède est doux et souple.

И легкости своей дивится тело,
Et le corps s'étonne de sa propre légèreté
И дома своего не узнаешь,
Et tu ne reconnais pas ta propre maison
А песню ту, что прежде надоела,
Mais la chanson, dont auparavant, tu avais soupé

Как новую, с волнением поешь.*
Comme une nouvelle, tu la chantes avec enthousiasme.

(* jeu de mot intraduisible entre deux verbes proches "manger" et "chanter". Celui du vers précédent est assez facile à rendre en français, mais là,soit on perd l'une, soit l'autre idée. Peut être quelque chose comme " tu t'en délectes"..mais on s'éloigne du texte source)
(1915)
enregistrement

un peu de poésie pour le printemps. On continue le  21 juin pour l'été...

jeudi 12 mars 2020

Le malheur d'avoir de l'esprit - Alexandre Griboïedov

Donc je continue mon challenge classique en lien avec mes études. Après Tchékhov, retournons un siècle plus tôt,vers 1820. On va rigoler ( oui, c'est possible, même avec un auteur slave!)

Voilà une pièce très, très connue en Russie, qui a eu de nombreuses traductions en français, au point d'avoir plusieurs titres possibles: Le Malheur d'avoir de l'esprit, Du malheur d'avoir de l'esprit, le malheur d'avoir trop d'esprit, Quel malheur que l'intelligence! Malheur à l'homme d'esprit!... La traduction est un art:D)

« Горе от ума », techniquement " le malheur vient de l'esprit. Je vais donc prendre le titre le plus classique.Notons que j'ai lu la seule disponible à la bibliothèque municipale et qui datait un peu. Je vois qu'il y en a une de Markowicz, je n'ai pas tari d'éloges sur son adaptation de Pouchkine, donc, à retenter à l'occasion,je manquais vraiment de temps pour la commander et attendre son arrivée avant les partiels de janvier)

Quand je dis que la pièce est très connue dans son pays d'origine, c'est vraiment très connue: certaines répliques sont passées dans la langue courante, surnommées les " mots ailés": des répliques ciselées, des vacheries à l'emporte pièce que les gens peuvent citer dans une discussion quotidienne ( un peu comme les français avec des extraits des fables de La Fontaine, quand on dit " la raison du plus fort est toujours la meilleure" ou" Adieu, veau, vache, cochon, couvée.." ou plus récemment des citations de Kaamelott, qui est la seule oeuvre contemporaine francophone à avoir atteint un tel statut, et, bien que série télévisée, tient d'avantage du théâtre que de tout autre chose). Donc, voilà une pièce culte.

Et bien qu'elle ai été traduite plusieurs fois, elle est quasiment inconnue ici, car très rarement représentée. D'autant qu'elle a beaucoup de points communs avec notre célèbre Misanthrope, donc à choisir, c'est toujours Molière qui sera représenté. en tout cas, la dernière trace que je trouve d'une série de représentations en France remonte à mars 2007, à Paris comme toujours...

Celui qui ne respecte pas les convenances sociales est vite mouton noir tout désigné

Tout commence lorsque Alexandr Tchatskii, jeune homme désargenté de la bonne société, revient chez M.Famoussov, son protecteur. Il vient de passer 3 ans à l'étranger, comme il était de mise à l'époque, à se former à la culture européenne. Il en revient avec de idées politiques progressistes peu acceptées dans le panier de crabes de la noblesse russe de 1820. D'autant que Tchatskii est depuis toujours une vraie langue de vipère, très intelligent, mais très caustique, y compris vis-à-vis des gens auxquels il est redevable.
Son intention est de demander la main de Sophia, la fille de M. Famoussov, qu'il connait depuis toujours, et avec qui il pratiquait joutes verbales et remarques acerbes. Sauf qu'en trois ans, Sophia a changé, elle en a marre des railleries parfois méchantes de Tchatskii et préfère les minauderies de Moltchaline (son nom veut dire le silencieux par extension, celui qui fait les choses en douce) son soupirant du moment.

Et tout se déroule sous les yeux de Lisa, servante de la famille, une vraie soubrette futée de comédie, et de Tchatskii, qui, tous les deux ont vite vu clair dans le jeu de Moltchaline: séduire Sophia, fille unique, car son père est immensément riche, et l'épouser pour encaisser dans le futur l'héritage colossal qui l'attend. Mais évidemment, Sophia ne veut pas les croire et met les mises en garde sur le compte de la raillerie gratuite et de la médisance: Tchatskii juge Moltchaline après 10 minutes de conversation.

Sauf que Tchatskii est pénétrant et a évidemment raison. Et ne supporte plus les hypocrites, qu'il va au cours de la journée voir défiler chez Famoussov à l'occasion d'une fête. Sauf que personne ne veut écouter quelqu'un qui critique ouvertement la société les petits arrangements mesquins, et évidemment, comme il tire à vue sur tous, il ne trouve pas de soutient.

Donc on retrouve une version russe, plus jeune et plus politisée, d'Alceste. Mais Sophia n'est pas Célimène, ce n'est pas une coquette qui veut être courtisée, elle croit que Moltchaline s'intéresse réellement à elle pour ce qu'elle est, non pour ce qu'elle a. Donc pour elle le calcul est vite fait: entre celui qui est poli, et socialement présentable, même s'il est un peu ennuyeux, et le type intelligent, mais qui ne sait pas parler sans se moquer et va vite se mettre à dos la ville entière, c'est vite vu!

Et donc, même une fois que les manigances de Moltchaline apparaissent clairement, Tchatskii n'est pas non plus le bienvenu pour autant, puisque Sophia ne veut pas risquer sa place sociale .Quelque part Sophia est plus raisonnable que Célimène, même du haut de ses 18 ans. En tout cas son choix est mesuré, non pas dictée  par l'orgueil d'être admirée, peu importe par qui, mais par son propre intérêt. Elle ne remplace pas un soupirant par un autre parce qu'il n'y a plus que lui, ne manipule pas Tchatskii pour s'en amuser...elle sait qu'ils ne pourraient pas s'entendre bien longtemps et que ça se terminerait très vite par une rupture.

Et Tchatskii est, lui, moins raisonnable qu'Alceste: Alceste est coléreux et pointe les travers de la société, mais il n'est pas gratuitement railleur, c'est, de mémoire, un des défauts qu'il reproche aux autres justement.
Tchatskii est intelligent pour être sarcastique, mais le fait sans états d'âme et sans se préoccuper du tort qu'il pourrait faire. Les deux pièces se ressemblent, mais ne sont pas une copie.
Mais comme, j'adore le Misanthrope, j'ai aussi beaucoup aimé ce démontage en règle de la haute société et de son hypocrisie. Et Tchatskii est la première apparition notable du personnage d'Homme de Trop en littérature russe, souvent trop vite considéré comme l'équivalent russe du héros romantique et torturé.Il est intéressant de noter que, comme Eugène Onéguine, autre grand représentant de ce type littéraire, il apparait dans une oeuvre ouvertement drôle.

En tout cas, ce n'est pas la littérature russe qu'on connait, sombre et torturée, c'est une comédie et c'est très drôle.
En voilà une version E-book, gratuite, mais vieille traduction et une looooongue présentation (l'orthographe des noms peut varier selon les traductions)

Et pour voir la pièce en voilà une version en VO, désolée, pas de sous-titres et... mais c'est une idée :)

mars: théâtre

Par contre, pour ne pas déroger à la règle, l'auteur est mort jeune dans des circonstances tragiques ( mais pas un duel pour une fois)

Mort avant 35 et dans des circonstances particulières, combo!: Mort à 34 ans, assassiné dans l'ambassade où il travaillait, lors d'une tentative de coup d'état.
J'aimais trop ce challenge pour l'oublier: donc même s'il est mort et enterré, je le ressuscite quand un auteur que je lit entre dans le cadre. Bon a priori, 99% de mes lectures entrent dans le cadre " auteur mort", mais j'aime bien signaler ceux qui ont un "plus"

dimanche 8 mars 2020

Taras Boulba - Nikolai Gogol

En Février, le challenge classique met à l'honneur les romans et histoires d'aventure (oui, bon j'ai du retard, je suis en train de déménager)

Après vérification sur mes étagères, j'ai trouvé comment concilier challenge classique, aventure et mes études (puisque mon fil rouge cette année est l'ami Niko, célèbre auteur dit russe qui était en fait ukrainien. Petit-russien comme on disait à l'époque. Mais d'expression russe. Rendons donc à l'Ukraine son auteur le plus connu.

oui je ne m'en lasse pas, je kiffe de voir ces vieilles photos
Kolia est né en 1809. Il y a donc plus de 2 siècles.
On a le privilège de voir la tête de quelqu'un né il y a PLUS de deux siècles.
Et franchement la coiffure un peu bizarre passe mieux en photo qu'en peinture.

(Anecdote:si vous vous demandez pourquoi le tsar était appelé " Tsar de toute les Russies", j'en avais déjà parlé au sujet du Musicien aveugle de V.Korolenko, voilà l'explication, il y avait 3 Russies à l'époque, la "grande" ( l'actuelle Russie, on comprend pourquoi vu sa superficie), la "petite" ( Ukraine ) et la Russie blanche ( Bielorussie, Беларусь  dont le nom signifie en russe et en biélorusse " Russie blanche" très précisément)

Partons donc à dos de cheval dans les plaines ukrainiennes, au milieu des cosaques.Je pense que oui ça peut entrer dans la catégorie " aventure"

Pour situer les gaillards à qui on va avoir affaire, des durs-à-cuire:

Ilia Repine " les cosaques Zaporogue écrivant aune lettre au sultan Mahmoud IV de Turquie ( oui, c'est le titre du tableau)

Par Ilia Répine — The Yorck Project (2002) 10.000 Meisterwerke der Malerei (DVD-ROM), distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. ISBN : 3936122202., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=158198


Donc que se passe-t-il dans cette histoire?
Tout commence lorsque Ostap et Andry, la vingtaine, les deux fils du cosaque Taras Boulba, rentrent chez leurs parents après avoir fini leurs études au séminaire. non qu'ils se destinent à une carrière religieuse, mais c'est le seul endroit au XVI° siècle où recevoir une instruction de base. Et même si leur père ne tient pas spécialement à ce genre de culture, il est nécessaire, même parmi les guerriers du fin fond de l'Ukraine,d'avoir quelques gens instruits, surtout en matière religieuse d'ailleurs car ils se veulent très chrétiens. malgré leur incroyable propension à se bagarrer entre eux pour tout et rien.
Et voilà à quoi ressemble le retour des deux étudiants chez papa...

ceci représente une part non négligeable de l'histoire
Et donc, ils sont instruits, certes mais il leur manque l'essentiel de l'éducation cosaque: la guerre.
Problème, les ennemis du moment sont les tatars, les turcs et un peu les polonais. Mais il y a un traité de paix en cours avec les turcs, les tatars sont alliés aux turcs et les cosaques n'ont pas la puissance militaire pour affronter deux armées ennemies en même temps. La situation avec les polonais est plutôt tranquille, mais ce sont les ennemis de toujours,ils ne sont alliés à personne et on raconte que... après tout peu importe du moment qu'on crée de toutes pièces une guerre pour permettre aux fils de Taras de gagner leurs premiers points d'XP  découvrir le sel de la vie de cosaque:la baston.

Bref sur la foi d'une rumeur, Taras fait évincer le chef militaire, placer comme chef un ami à lui, un vieux de la vieille nostalgique des conflits... et en avant pour la Pologne.
SAUF QUE.
Sauf que c'est le début de la fin: pendant ses études, Andry est tombé amoureux de la fille d'un chef militaire polonais, et passe rapidement à l'ennemi pour pouvoir ravitailler la ville assiégée où elle se trouve.
Sauf que, contrairement à ce qu'on croyait, la Pologne a des alliés, et les cosaques aventureux essuient une défaite cuisante.
Ca finira mal pour tout le monde (on pourrait dire moralité: qui cherche les ennuis les trouve)

Petite information qui a son importance ( pour moi): la traduction classique est mentionnée comme étant de Louis Viardot. Ce qui est faux. Louis Viardot était traducteur de l'anglais et explique lui-même comment il s'y est pris en ne parlant pas un mot de russe. La vraie traduction a été faite par "I T, jeune auteur russe", Viardot indiquant qu'il s'est contenté de retravailler le français pour le rendre plus français. il n'est donc que le correcteur.
Rendons-donc à Ivan ce qui lui appartient: traduction d'Ivan Tourgueniev ( quand-même!), correction de Louis Viardot.
(regardez donc comment ces deux là en sont venus à travailler ensemble, c'est très drôle. Un ménage à trois. Ca aurait pu mal tourner, mais au lieu de se battre, le mari et l'amant de madame Viardot ont également partagé leur travail et leur cercle d'amis. Ivan écrivant des livrets d'opérettes pour Pauline, chanteuse, et co-traduisant du russe avec Louis. Un excellent arrangement au final!)

Ceci étant dit, la traduction est vieillotte et a un défaut qui n'est plus acceptable: laisser les termes d'origine en italique pour les traduire entre parenthèses est possible, mais très lourd.. Surtout s'il y a des équivalents en français ( ce n'est pas extrait du texte, mais des choses du genre " il portait des valenki ( bottes d'intérieur en feutre) et une roubashka ( chemise russe). Il se servit un verre de thé au samovar ( théière russe typique) " → "il portait des chaussures d'intérieur en feutre et une chemise russe, il se servit un verre de thé". j'exagère le trait, mais à peine.

Parfois c'est l'inverse " ils avaient des armes et des fouets ( nagaïkas)" (mais tu as déjà traduit le terme pas son équivalent, Loulou, on se fiche du mot en russe!)

et on arrive à des absurdités:
Il y a un passage où on nous dit que " [le cheval] fit un écart en sentant sur son dos un poids de 20 pouds(1), car Taras était très grand et très gros, "
"le poud vaut 40 livres russes, environ 18 kilogrammes, N.D.T"
si Loulou avait pris le temps de faire la conversion, il aurait constaté " un poids de 360 kilos, car Taras était.. ha mais non c'est impossible, il doit y avoir un souci, il ne pourrait même pas se lever de sa chaise, alors monter à cheval..."
encore plus drôle donc:
adaptation des années 60 avec le très peu rond Yul Brynner en Tarass.
J'aime beaucoup Yul Brynner et son physique atypique, mais.. ici, il en fait pas très ukrainien. Il aurait été idéal en Genghis Khan ou en ennemi tatar.

Ce qui a pu d'ailleurs entraîner une confusion dans l'idée des gens: les cosaques, en tout cas ceux d'Ukraine sont ethniquement rattachés aux slaves et par proximité et histoire, peuvent avoir un peu de métissage avec les peuples turcs ... qui sont aussi caucasiens. Donc des bruns, des blonds, des roux.. probablement bronzés par la vie au plein air. En tout cas, pas la Horde d'Or non plus.
Ceci dit au XVI° siècle, avec les principes religieux, les métissages devaient être encore plus rares.

Exemple: Kozma Kryuchkov, authentique cosaque ukrainien, héros de la première guerre mondiale ( donc bien plus tard). C'est donc plutôt comme ça qu'il faut imaginer les gens qui gravitent autour de Taras.



Cependant les compétences des cosaques pour la guerre et en cavalerie font qu'ils ont été régulièrement employés militairement par la Russie, en troupes militaires organisées. Et ce jusqu'à la 1° guerre Mondiale où ils étaient encore une cavalerie d'élite. Par suite la Makhnovshina ( armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne)s'est placée dans la droite lignée des cosaques "hommes libres". autant dire que ça ne s'est pas très bien passé avec Staline


Pour en savoir un peu plus sur la culture cosaque,ici, Benjamin Brillaud parle en partie de la Makhnovchina ici:



avec un peu de retard, le classique de  février - aventure

Auteur dépressif devenu fou qui s'est laissé mourir de faim et achevé par les médecins estimant que les bains glacés en février et les saignées étaient un remède adéquat pour soigner la dépression. Ca compte comme mort particulièrement particulière.

Féminise ta culture

Comme c'est le mois de mars, et que donc "journée internationale des droits des femmes", j'ai décidé de faire non pas 31 sujets au rythme d'1 par  jour pendant 1mois, mais un sujet avec 31 femme, célèbres ou moins célèbres.


J'ai vu passer ce mot-clef sur les réseaux sociaux cet automne, mais comme je fais toujours tout différemment de tout le monde, je n'ai pas suivi le mouvement et j'ai préféré faire ça à ma manière, pour le 8 mars.
Parce que non mais, j'fais ce que je veux :p

Et évidemment parce que c'est moi, il y aura beaucoup,  beaucoup de musiciennes. et on va essayer d'en trouver dans tous les domaines et de différents pays. Et on va voyager dans le temps aussi. avec des femmes réelles et quelques personnages fictifs marquants.

1- Littérature - Française - Pernette du Guillet, moins connue que Louise Labé, qui ne s'effrayait pas de parler en rimes de choses auxquelles les dames n'étaient même pas censées penser..

 2- Musique - Américaine - Aretha Franklin. Parce que je vous défie de rester immobiles en entendant ça..

3- Musique - Multiculturelle ( Mexicano-polono-libanaise née aux USA et morte au Canada) Lhasa de Sela, parce que j'ai adoré son premier album (moins le suivant) et surtout ce morceau qui me revient en tête à chaque fois qu'il pleut..

4- Peinture - Anglo-Mexicaine - Leonora Carrington, qui a eu droit à son article à part il y a quelques années.

5- Science - Japonaise - Ogino Ginko, première doctoresse diplômée au Japon ( et qui n'est pas l'inventrice de la fameuse et inefficace méthode de contraception)

6- Cinéma et science - Autrichienne - Hedy Lamarr, actrice et inventrice d'un système de codage informatisé qui sert encore pour le wifi et le GPS entre autres. Evidemment, il a fallu des décennies pour que l'Amerique accepte l'idée qu'une femme, qui plus est actrice de cinéma, puisse être aussi une inventrice.

6 - Musique - Allemande - Elizabeth Schwarzkopf : ma chanteuse classique favorite.

7- Danse et Musique - américaine - Josephine Baker (parce qu'on peut être une femme et ne pas se prendre au sérieux, et faire des grimaces en dansant sans laisser le cerveau au placard!)

8- Femme Politique - Anglaise- THE QUEEN! Parce qu'il paraît qu'elle a un bon sens de l'humour so british.

9 - Inventrice - Allemande - Melitta Bentz: on connait son prénom, mais pas son nom.C'est l'inventrice du filtre à café. Rien que pour ça, je lui dis Vielen Dank!

10-  Inventrice - Belge - Louise Agostini: inventrice de la boîte de chocolats/pralines (j'ai vu ça en Belgique et ça m'a faite sourire). Parce qu'avec un café, rien de mieux qu'un chocolat!
pas trouvé de photo de Louise, mais c'était la femme du propriétaire de cette fameuse société
11 - Musique - Sud-Africaine - Miriam Makeba.  chanteuse et militante politique

12- Science - Polonaise - Marie Curie ... Evidemment, comment ne pas la citer...

13 - Femme politique - Egypte - Hatchepsout : pharaon(ne). et pas "femme de pharaon". Bâtisseuse et politicienne pacifique.

14 - Littérature - française - Marie de France. première écrivaine connue de langue française ( en fait anglo-normand, mais ce n'est plus du latin, déjà)

Al finement de cest escrit
qu'en Romanz ai traitié e dit
me numerai pur remembrance
Marie ai num si sui de France

15- Musique - anglaise - Dame Felicity Lott: mon autre chanteuse classique favorite.

16- Exploration - française-  Alexandra David-Neel. Je copie la liste de ses "occupations" sur wikipédia: orientaliste, tibétologue, chanteuse d'opéra, féministe, journaliste et anarchiste, écrivaine et exploratrice, franc-maçonne et bouddhiste française.
Chanteuse, voyageuse et polyglotte. Et qui, à 99 ans, voulait refaire son passeport pour repartir en Asie :) Autant dire que je lui voue une admiration sans bornes.
Avec Aphur Yongden,son fils adoptif
17- Cinéma -américaine - Katharine Hepburn. Elle avait une tête qui sortait de l'ordinaire, était talentueuse et drôle. Son duo comique avec Cary Grant ( dont les rôles sérieux ont un peu fait oublier le talent pour la comédie et l'absurde) dans l'Impossible M. Bébé est anthologique.

18- Femme politique -française - Mahaut d'Artois, bien plus subtile que la version autoritaire des Rois Maudits ( bien que tante Mahaut soit un personnage de femme à poigne inoubliable)
incarnée par l'excellente Hélène Duc, oubliez la version Jeanne Moreau
19- Exploration - suisse- Isabelle Eberhardt. Exploratrice de l'Afrique du nord, passionnée de culture africaine et soufie, polyglotte. Je laisse le général Lyautey dire ce qu'il pensait d'elle, c'est un compliment fabuleux! « elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! »

20- Littéraure - Japonaise - Murasaki Shikibu. Première romancière du Japon, et première romancière du monde, de fait,  le genre littéraire n'existait pas avant

21- Femme politique - Russe ( enfin, plutôt allemande) - Catherine II. On peut regretter que de progressiste elle soit devenue conservatrice en prenant de l'âge, mais c'est une "cheffe d'état" qui a marqué l'histoire.

22 - Lucy. Pas de métier,évidemment, pas de pays non plus, ce serait absurde. Elle n'est même pas une de nos ancêtres directe, mais ses quelques os ont révolutionné la manière de percevoir l'humain en tant qu'espèce. Elle mérite donc sa place en tant que femme marquante.

23 - Femme Politique - française . Simone Veil. Juste: merci pour tout Simone!

24 - Scientifique- Babylonienne- Tapputi-Belatekallim ( " Surintendante Tapputi") probablement la première femme scientifique connue, considérée comme pionnière de la chimie. Inventrice d'une méthode de distillation de parfum, vers - 1200. Je vous laisse le temps d'assimiler la date.
seul son nom est mentionné en écriture cunéiforme sur une tablette
25 -  Ecrivaine, poétesse - russe  Marina Tsvetaeva. Je n'ai pas le niveau pour lire ses textes poétiques en VO et la poésie traduite,c'est pas le mieux , mais il y a longtemps que je veux lire son essai sur Pouchkine, je le note mentalement dans un coin de ma mémoire.

26- Femme politique - Tahitienne - Pomaré IV. 50 ans de règne passés à essayer de lutter contre l'ingérence française dans ses îles.

27 - Musique  - brésilienne- Francisca "chiquinha" Gonzaga. Une compositrice, musicienne , chef d'orchestre et activiste sociale - que j'ai découverte un peu par hasard via une série TV il y a des années de ça, et qui m'est toujours restée en mémoire.
28 -  personnage fictif - "chevalière"ukrainienne - Vassilissa Mikoulichna. Personnage fictif de chanson de geste de l'Ukraine médiévale, mais j'avais trop envie de la rajouter: une preuse chevalière qui fait évader son benêt de mari de la prison, où il s'était trouvé par fanfaronnade. Elle est forte et futée, bref, l'héroïne que je voudrais être.

D'ailleurs c'est de faille, sa soeur Nastassia ne se déguise pas en homme pour duper le tsar, mais.. comment dire, faut pas la chercher
28 (bis) Nastassia Mikoulichna - et qui conteste se prend un coup de massue

29- personnage fictif - vieille dame - Sophie dans le château ambulant.
Parce que Mamie Sophie est inoubliable Même si son apparence est due à un sortilège, c'était bien la première fois qu'on voyait une vieille dame personnage principal d'un dessin animé, sans qu'elle ne soit cantonnée au ménage et à la cuisine- même si c'est le rôle qu'elle endosse pour "payer" son logement chez Hauru le magicien.
et ça évidemment, c'est pas chez Disney ( pourvu que disney inc. se contente de refaire ad nauseam des versions live de ses dessins animés et oublie de faire un live du château ambulant. Ou n'adapte jamais la geste de Vassilissa Mikoulichna avec des chansons niaises)

30 - personnage fictif - guerrière - Eowyn - Le seigneur des anneaux.Non content d'être un génie de la linguistique, Tolkien nous a offert un beau personnage de femme forte: qui botte le derche du roi-sorcier qui ne peut être tué par aucun homme? Et là, "tu te bats comme une fille" devient un compliment.

31 - Héroïne   française - Octavie Delacour. Bon, elle n'a pas trucidé de chez nazgûl,mais elle a réussi à faire bouger la gendarmerie à coup de charentaises, en 1914, et évité une invasion allemande en Normandie, paysanne et héroïne de guerre, la seule du patelin à savoir différencier des anglais et des allemands.
L'histoire est trop drôle et relatée façon film muet dans l'excellent " petit théâtre des opérations", faudra que j'en reparle, de cette websérie.


et enfin, la plus importante:

elle n'a rien inventé, elle n'est connue que d'une poignée de gens, n'a pas repoussé d'invasion,  elle a suivi une école d'ingénieurs en électricité dans les années 20/30. Elle a écrit une quantité phénoménale de lettres à sa famille durant sa vie, elle m'a appris à lire avant même que j'entre à la maternelle à 3 ans et demi ( et je m'y suis ennuyée à mort puisque je savais déjà lire les gros titres, et lire couramment avant le CP),elle  m'a transmis son goût de la culture, de l'histoire, de la science et des voyages. Elle aurait eu 110 ans cette année.

C'est ma Mémé Odette! Donc je dédie ce sujet à ma mémé Odette que je n'ai pas connue assez longtemps, puisque j'avais 10 ans quand elle est morte ( et elle aurait détesté que j'emploie un euphémisme comme disparue, décédée, partie, nous a quittés..)

samedi 7 mars 2020

3 pièces courtes de Tchékhov


Oui,j'ai du retard et je n'ai pas encore chroniqué Taras Boulba, promis,ça vient.

Mais en plus de Griboiédov que j'avais prévu, je suis allée un peu à l'improviste voir hier une représentation de 3 courtes pièces de Tchékhov.

Et le théâtre, c'est toujours mieux sur scène.


Une mise en scène du théâtre du rond-point de Valréas, qui venait donc jouer en voisin à Avignon.
Je ne sais pas s'il s'agit d'une troupe amateur ou professionnelles, mais ils étaient très bons et j'ai passé une excellente soirée.
Les deux premières pièces sont humoristiques, la dernière est plus tragique.

Première pièce, une demande en mariage:
Ivan Vassilievitch, propriétaire terrien de 35 ans, et d'une nervosité extrême, décide qu'il est tant de se marier et va donc demander la main de Natalia Stepanovna, la fille de son voisin Stepan Stepanovitch, également propriétaire terrien.
Après un moment d'angoisse, croyant qu'Ivan endimanché vient lui demander des sous, Stepan accepte volontiers,  et semble presque soulagé à l'idée de se débarrasser de Natalia.

On comprend vite pourquoi, à peine a-t-il laissé Natalia et Ivan seuls, qu'avant que celui-ci ait pu lui faire directement sa demande, Natalia cherche la dispute, au sujet d'un pré aux vaches qui est en litige entre les 2 familles depuis 300 ans. Stepan attiré par les cris entre à son tour dans la dispute, et Ivan s'en va, sans avoir fait sa demande, en menaçant ses voisins de faire appel au cadastre et au tribunal. Car tous les 3 sont des querelleurs particulièrement irascibles
Lorsqu'enfin Natalia comprend qu'elle a cherché une bagarre idiote, et qu'elle a peut- perdu le seul homme qui veuille bien d'elle et de son épouvantable caractère, elle tente de rattraper le coup auprès d'Ivan,s'amendant, lui reconnaissant les droits sur le pré.. mais la réconciliation dégénère bien vite en nouvelle dispute au sujet des mérites de leurs chiens de chasse respectifs.Saque personne n'ai un seul instant l'idée de pointer l'absurdité de la dispute: s'ils se marient, dans le fond, le pré comme les chiens appartiendront bien aux deux.


Le jubilé: Monsieur Khirine, colérique employé de banque, doit écrire un discours pour l'insupportable et vantard monsieur Tchépoutchine, son directeur, à l'occasion des 15 ans de la banque. C'est important, une délégation des inspecteurs du travail va venir lui remettre un prix

Khirine essaye en vain de travailler, et, lui qui déteste qu'on l'interrompe, est d'abord empêché par Tchépoutchine, qui se mèle de sa vie privée, puis par madame Tchépoutchine, bavarde et vaine qui entreprend de leur raconter sa semaine de vacances chez sa mère et ses manoeuvres pour dissuader sa soeur de se marier avec un homme pas assez riche de leurs points de vue, en passant par son trajet en train et les gens av qui elle a parlée...son mari essaye de la mettre dehors. A peine son maria-t-il pu la faire sortir, qu'ils sont à nouveau interrompus par une vieille dame: son mari a été licencié de l'armée, et elle s'est mis entête que le directeur de la banque pourra , en tant que notable, le faire réintégrer, ou , a défaut, lui verser le reliquat de salaire que l'armée a oublié de lui verser.

Ce qui va dégénérer en bagarre générale, pile au moment où la délégation arrive, pour se retrouver au milieu de l'empoignade.

Le chant du cygne: Vassili Vassilievitch, 68 ans, acteur, assume très mal son âge. Il e retrouve par hasard enfermé seul un soir au théâtre, après s'être endormi dans sa loge.constatant qu'on l'a oublié, au sens propre, il fait le bilan amer de sa vie: il a été adulé du public et l'est encore, mais a perdu depuis longtemps la foi dans son art, et ressent donc terriblement ce décalage, cette sensation de tromper le public.
Mais il n'est pas seul:il y a là Nikita le souffleur vieillissant, son compère de toujours.Tous deux vont se remémorer la gloire passée, et pour Nikita, Vassili va rejouer quelques extraits du roi Lear, de Boris Godounov, de Hamlet.. dans une interprétation où il va, pour un instant, retrouver le sommet de son art.



J'ai beaucoup aimé ces 3 pièces, plus accessibles pour découvrir les  différentes facettes de Tchékhov comique, cynique, tragique, que ses longues pièces. Le salle n° 6 est aussi un bon choix pour découvrir les oeuvres non théâtrales de l'auteur.

Petite note: la troupe est du sud-est, et par moment, les acteurs ont un fort accent provençal. Ce n'est pas une critique, d'autant qu'ils ont eu la bonne idée d'en jouer pour renforcer le caractère comique de la demande en mariage. Ce sont donc des péquenauds russes, mais du sud de la Russie vé! Disons que ça se passe vers Odessa.
Je ne sais pas si le spectacle sera repris au festival d'Avignon, en tout cas je le conseille.

en l'occurrence, je vais voir des classiques.