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jeudi 31 décembre 2020

Conte de fée ou histoire d'horreur (2) - les textes

Et hop, deuxième partie, après avoir décidé de me pencher sur le côté flippant du mignon conte de Noël que toutes les compagnies de danse dignes de ce nom mettent en scène pour les fêtes de fin d'année, il faut donc examiner les sources.
C'est à dire les deux versions du texte.

Au commencement, il y a E.T.A Hoffman, auteur de nouvelles hétéroclites mais souvent avec un sens de l'humour assez caustique et des sujets pleinement fantastiques: l'homme au sable est finalement un prototype de SF, avec un naïf qui tombe amoureux d'une femme automate, autant dire, un robot avant l'invention du mot. Aventures de la nuit de la saint Sylvestre est une diablerie, qui fait référence au fait de vendre quelque chose au malin , son âme, son ombre ou son reflet. Le violon de Crémone fait intervenir un fantôme. Du très bon, du très allemand finalement...
oui, il est un peu inquiétant, Ernst Theodor August

Ensuite il y a Alexandre Dumas père. Oui notre Alex national, des Trois Mousquetaires.. qui ne dédaignait pas à l'occasion écrire des histoires fantastiques ( la femme au collier de velours, les milles et un fantômes)
Dumas qui donc emprunte la trame de l'histoire à Hoffman, alors peu connu en France, bien qu'il ait été traduit. C'est cette seconde version qui a été mise en musique par Tchaïkovski et de ce fait mondialement popularisée.
MAIS problème; Tchaïkovski aimait bien le conte de Hoffman, et pas vraiment la version plus gentille de Dumas.
Pas le choix, c'est une oeuvre de commande, Piotr, tu fais ce qu'on te dit et tu nous mets en musique la version qui finit bien. Est-ce pour cette raison, et pour rappeler le texte d'origine qu'il a quand même glissé dans sa musique des accords assez menaçants par moments?

Mais donc voilà les textes.
Il y a plein de versions, mais je trouve ce visuel assez réussi et inquiétant.
Sachant que celle que j'ai lu est une vieille traduction libre de droits, pas toujours très claire.
Les éditions récentes doivent avoir une meilleure traduction , je pense.


ETA Hoffmann:
J'ai tenté de le lire en allemand, mais je ne l'aurais pas fini à temps: il y a beaucoup de vocabulaire militaire, car  le gamin de la famille joue à organiser des batailles avec ses petits soldats, et même en français, j'ai eu pas mal de difficultés, n'étant pas au fait de ce vocabulaire. Donc maintenant que je connais l'histoire par la traduction, je pourrais peu à peu, page à page, la tenter en VO, en prenant des notes.

Titre complet de la nouvelle: Nußknacker und Mausekönig soit textuellement Casse-noisette et roi des souris.
Car oui le roi des souris est un personnage important, et par qui les problèmes arrivent.

Putôt que du fantastique, on est bien dans le domaine du conte: il arrive des choses extrêmement bizarres dans cette histoire et tout le monde semble trouver ça parfaitement normal (par exemple un gosse qui casse des noix avec ses dents, et tout le monde trouve ça marrant, serviable, un chantier pas possible dans un salon, mais c'est juste parce qu'il doit y avoir une souris dans les murs etc..)

Dans la famille d'un digne médecin allemand, chaque année pour noël, les deux enfants les plus jeunes sont priés de rester tranquilles dans une salle pendant qu'on prépare le sapin de Noël dans une autre pièce. Fritz et Marie en sont réduits à imaginer les cadeaux qu'ils vont avoir, en écoutant les bruits des préparatifs. Pas de père Noël, on est en Allemagne, c'est le Christkind , même s'ils savent que ce sont leurs parents et leur parrain qui leur offrent les cadeaux.
Et premier détail curieux, on apprend que le parrain, Herr Drosselmeier, horloger amateur de génie, leur offre chaque année de splendides inventions, qu'ils ne peuvent pas vraiment garder, les cadeaux leur sont vite retirés avant d'être abimés, et mis en vitrine. Dons, peu importe la beauté des création du génial Drosselmeier, mieux valent les cadeaux moins beaux mais que l'on peut garder.

Et donc les gamins découvrent ce soir là leurs cadeaux -  en grande quantité, robes et poupées pour Marie et sa grand soeur, soleils et chevaux de bois pour Fritz- on est clairement dans un milieu très aisé, la nourriture abonde, ils n'ont pas le moindre souci ( au poit que, ETA Hoffmann étant sarcastique, je me demande s'il n'y a pas déjà un côté moqueur dans la description de cette surabondance de jouets , qui vont finir rapidement dans une armoire vitrée.. vu la suite de l'histoire, je pense que oui, il y a quelque chose, sur le thème de l'apparence brillante, trompeuse, factice). Et bien sûr le clou de la soirée est la démonstration d'automates, de la nouvelle création de Drosselmeier, dont les enfants se lassent vite: les automates, c'est bien, mais ils ne savent rien faire que ce pour lesquels ils sont réglés, c'est vite ennuyeux. Mais parmi les jouets, celui qui attire l'oeil de Marie est un Casse-Noix en bois, en forme de petit soldat, très moche, avec une tête énorme et de grandes dents. Mais qu'elle prend instantanément en sympathie, car elle le trouve drôle malgré son côté ridicule. Lorsque Fritz, qui manipule tout comme une brute, casse le jouet, Marie s'insurge, et elle va s'en occuper.. comme d'un humain malade. Au point que plus le temps passe, plus elle voit son jouet vivant: il sourit quand elle lui parle, prend un air renfrogné à la mention de l'horloger. Dès la nuit suivante, Marie voit les souris envahir le salon, à l'attaque de l'armoire aux jouets. Marie voit alors son Casse-noisette, bien qu'amoché, prendre la tête de l'armée de petit soldats et mettre en déroute les souris. Dans la cohue, la vitre de l'armoire est brisée, Marie se blesse et se coupe et doit rester au lit.
Donc bien sûr tout le monde se moque de cette petite fille trop imaginative, bien sûr la seule à avoir vu ce qui a causé la pagaille dans le salon. Cependant personne n'empêche le parrain d'encourager ces affabulations avec des histoires à dormir debout. Ayant réparé le casse-Noisette, mais omis de lui rendre son sabre décoratif, le voilà qui raconte à Marie que ce petit bonhomme moche et ridicule est en fait un malheureux garçon de sa famille, victime d'une malédiction.
Historie dans l'histoire: Dans un pays lointain, à une époque inconnue, vivaient un roi gourmand, sa femme cuisinière et leur fille. La reine nourrissait dans sa cuisine "Dame Mauserink", une "reine souris", qui a un jour abusé en dévorant tout le dîner du roi: Les souris chassées, la reine souris résolut de se venger, en jetant un sort de laideur à la fille du roi. On découvre que le moyen de lever le sort est de lui faire manger une noix spéciale réputée incassable, que seul un jeune garçon répondant à des critères particuliers pourra casser. Il s'agit d'un neveu de Drosselmeier (ou en tout cas son avatar de contes), dont la curieuse compétence est de casser des noix avec les dents. Mais il doit faire ça dans des circonstances particulières en fermant les yeux. A la clef, bien sûr, la main de la princesse moche et le titre de roi. Sauf que, évidemment, catastrophe, en procédant au cassage de la noix , il piétine la reine des souris, ouvre les yeux.. et récupère la malédiction de mocheté. Et haine farouche du nouveau roi des rats, dôté de 7 têtes, et fils de feue la reine qui vient de finir en crèpe sous les pieds du maladroit, changé en pantin. Réaction immédiate de la princesse, : je suis redevenue belle, il est moche, tant pis pour lui, donc rien à faire, je ne vais pas me marier avec une mocheté pareille!
Et blablabla, c'est pourquoi ton jouet est si moche. Marie en est donc sûre, le jouet est un être humain ensorcelé!

Mais ce n'est pas tout, le roi des souris a la rancune tenace, et nuit après nuit, vient faire du chantage à Marie " donne moi ceci à manger sinon, je détruits tout, y compris ton précieux jouet qui ne peut plus se défendre". Se rendant compte qu'elle va perdre toutes ses sucreries, tous ses livres, se vêtements, et peut être finir elle même mangée par les souris, elle tente le tout pour le tout donnant une arme de fortune au Casse Noisette, qui vainc enfin le roi des souris. Et lui offre en guise de remerciement, une visite de son royaume. Puisqu'il est légitimement le roi.
Le paradis pour une petite fille: rivères de limonade, de miel, palais de biscuits, villes entières de bonbons ( on se croirait chez dame Tartine). L'horreur pour moi qui pense à Hansel et Gretel. Si c'est trop beau, c'est un piège.

Sauf que rentré chez elle, elle entreprend de raconter son aventure au royaume des sucreries, à quel poit ctétait beauc, etc... et se fait jeter par les parents qui n'en peuvent plus de cette mythomanie, même le parrain qui l'a pourtant clairement alimentée se moque d'elle. Au point qu'elle sombre dans la mélancolie, et fini par prononcer tout haut le souhait que son jouet soit réellement un être vivant, qu'elle n'aurait jamais agit se manière si peu loyale evers quelqu'un qui aurait été défiguré par sa faute.
Conclusion? Hé oui, c'est un conte et c'était évidemment le mot clef piur rendre forme humaine au jouet. Le lendemain, Drosselmeier arrive avec un de ses neveux, arrivé justement chez lui la veille, vêtu en tout point comme l'enfant du conte, avant sa malédiction, et qui casse des noix avec ses dents, chose que tout le monde semble trouver normal. Un gamin adorable et pas du tout difforme.

Spoiler, vous connaissez la technique:
A peine seul avec Marie, le gamin lui explique qui "oui, c'est moi, ton jouet, tu as cru en moi, tu ne t'es pas moquée de ma laideur, tu m'a aidé, je te demande en mariage. Et on apprend alors qu'à la fin de l'année suivante, la petite Marie ( 8 ans!) se Marie avec lui (qui doit avoir à peu près le même âge) et part pour toujours.

Je trouve cette fin hyper glauque. En fait je me demande ce qu'on doit y comprendre: Marie est ensorcelée à son tour et emmenée dans un endroit maudit - car le parrain est un personnage très inquiétant et un peu sorcier - ou bien de manière plus réaliste mais pas moins sinistre: elle est pour toujours enfermée dans son monde imaginaire, entournée d'une famille qui croit que punir et se moquer peut guérir la mythomanie, et au final, il faut comprendre qu'elle est emmenée à l'asile. Ou qu'elle déprime et se laisse mourir, passant réellement dans l'autre monde, puisque le monde réel ne veut pas d'elle. De mon point de vue, je comprends la solution numéro deux: elle devient folle et est emmenée là où on met les malades mentaux.

En tout cas, il y a là quelque chose d'intéressant, on sait que les contes n'ont pas qu'une lecture possible, Hoffmann est quelqu'un doté de bien trop d'humour noir pour se contenter d'une féérie sucrée. Il mentionne d'ailleurs régulièrement le côté effrayant de Drosselmeier, ou le fait que sitôt dans le royaume de conte de fée, le Casse Noisette prend un air sarcastique et se moque de Marie, ce qu'elle n'avait pas vu venir. Donc, moins " gentil héros" d'un seul coup. 

En tout cas, cette histoire a des développements intéressants qui ont évidemment été évacués de la mise en scène au théâtre. Non seulement le jouet garde son aspect grotesque jusqu'à la toute fin, mais la
cruauté, surtôt mentale, est partout: on offre aux enfants des jouets qu'on leur reprend illico. On leur raconte des histoires farfelues, et on se moque d'eux s'ils y croient. Le roi des souris fait du chantage. Partout il y a ce genre de petits détails bizarres et menaçants, même dans le monde de rêve, où il est question d'un cbonhomme jouet décapité.
Il y a aussi une chose extrêmement intéressante dans ce passage: la foule des jouets semble vouloir procéder à une sorte de lynchage gratuit, mais se calme lorsqu'on prononce devant eux le mot " horloger". Pour eux un personnage mythique, leur père à tous, leur créateur invisible dont lévocation les calme pour un temps. Je ne sais pas quel était le point de vue de Hoffmann sur la religion, mais, il semble nous dire qu'il s'agit d'une mascarade. Camme je pense, cette critique implicite de la surabondance, qui au final, noie la qualité sous la quantité, la vérité sous le décor.

Je parlais plus haut des apparences: les enfants se lassent vite de ce qui brille mais n'a pas de vie propre, Marie voit par contre des objets inanimés prendre vie. Elle délaisse des jouets plus jolis, plus prestigieux pour celui dont elle aperçu la nature profonde, et donc va spontanément au delà des appenrence, au contraire de la princesse de l'histoire pour qui seule compte l'apparence.

Et encore une autre piste, plus évidente: le pouvoir de l'imagination, et de la lecture aussi. Drosselmeier réalise en automates les choses que son imagination invente, Marie voit exactement le monde qu'elle a envie de voir, les récits incroyables sont partout...l'imagination va peut être jusqu'à son exagération, la mythomanie.

Donc au final, ça ne métonne pas du tout que cette courte histoire très bizarre ait eu autant de succès, elle regorge d'interprétations possibles

Alexandre Dumas: La trame générale est à peu près la même, sauf qu'au lieu de commencer directement par l'histoire, Dumas nous fait un prologue, expliquant pourquoi il s'est retrouvé, lui auteur à succès, à devoir raconter une histoire à une groupe d'enfants turbulents et pourquoi il l'a empruntée à un autre auteur, alors inconnu. Ca ne parait pas grand chose, mais ça donne un cadre " réaliste " à la chose et du coup, ça limite la portée horrifique.
(détail culturel intéressant: il explique aux enfants ce qu'est un arbre de Noël, tradition allemande que personne au milieu du XIX° siècle ne pratiquait en France, les enfants ne connaissent pas. C'est intéressant à cette époque de préciser que deux pays voisins ont des traditions différentes, et ni l'une ni l'autre n'est meilleure)
Mais, alors qu'il était en plein récit de ce qui se passe un 24 décembre à Nuremberg, le lecteur revient dans le "monde" où Alexandre Dumas raconte ce qu'est un arbre de Noël. Les choses étranges se passent dans le récit allemand, pas dans le cadre tout à fait sécurisé d'un goûter d'enfants en régon Parisienne. Ceux qui connaissent la définition du fantastique par Todorov voient ce que ces allez- et- retour peuvent poser comme problème.
Et ça ne s'arrête pas là, Dumas est en générl bon en narration, avec un humour et des adresses au lecteur qui font comprendre que tut ce ci n'est que du roman, mais ce qui passe bien pour un roman, passe beaucoup moins bien pour un conte. Il explicite TROP de manière cartésienne, ce qui se passe dans l'histoire de Pirlipat et la noix de Krakatuk, alors que le conte et la magie ne doivent justement pas être expliqués. Il délaye en rajoutant des références et de l'intertextualité ( références historiques à Cléopâtre, à César, à la légende de Laridon,à Shakespeare,  petites vacheries à l'égard de l'Académie Française). Je me dis que s'il a réellement raconté tout ça à une vingtaine d'enfants de 10 ans, ils se seront vite endormis, tant ce sont des références au monde adulte du XIX° siècle. De même la bataille des poupées contre le roi des souris, décrite par un français du XIX° sicèle prend un côté politique qu'elle n'a pas à l'origine. L'armée de jouets est rebaptisée une garde populaire et il est bien question de renverser le roi. Et donc il en fait une allégorie de la Révolution Française.
C'est un peu le problème: là ou Hoffmann se contente de raonter un conte , sans adresse au lecteur où à un auditoire, sans excpliciter, de manière donc très allemande, Dumas raconte " à la française" en rajoutant des références qui n'apportent rien, si ce n'est de montrer que nous somme un peuple cultivé qui maîtrise ces références.  Le conte prend un côté trop savant.
Et est expurgé de ses notes bizarres et un peu cruelles.
La fin est plus positive, la famille se mque un peu de Marie, mais moins méchamment, lors de la visite du pays magique, le casse-noisette n'a pas comme chez Hoffmann quelques sautes d'humeurs ou un sourire sarcastique, ou des paroles moqueuses...par contre il a un prénom: Nathaniel. C'est quand même un peu moins impersonnel que " le casse-noisette".
Spoiler : Oui, il y a bien le gentil garçon redevenu humain grâce au souhait de démiurge de Marie, qui arrive,  demande la gamine en mariage, mais de manière très officielle à ses parents, et donc oui, elle va devenir reine du pays des poupées, mais elle ne disparaît pas comme ça un jour presque sans prévenir.

Mais oui, même si Dumas reprend par endroit des phrases entières de Hoffmann, comme s'il s'agissait d'une traduction, sa manie de tout expliciter, de s'adresser à l'auditoire ou au lecteur avec force clins d'oeil casse le principe du conte, qui devient " un peu trop gentil et pas assez menaçant". Autant c'est un auteur ( ou collectif d'auteur, on en a déjà parlé) que j'apprécie pour les romans fleuves, ou un peu d'humour et de cassage du 4° mur ne pose pas de problème, autant pour un conte, c'est exactement ce qu'il vaut mieux éviter. Le conte aime les brumes allemandes et le flou, beaucoup moins les explications quasiment techniques. On perd en cruauté, en humour noir et en mélancolie.
effectivement, je pense que c'est intéressant: chaque récit est bien dans l'air du temps de son pays. Romantisme allemand pas toujours bien compréhensible, vs salon littéraire en miniature du XIX° siècle français, brillant, mais un peu vain.
Sur ce point là, je penche plus pour l'approche germanique.

3 étape: les adaptations sur scène.

Alors, les différences scénaristiques majeures, je la mentionne déjà, pour ensuite ne parler que mise en scène et musique, mais voilà:
- il y a a deux parties: toute l'histoire à Noël, jusqu'à la victoire sur le roi des souris, puis toute l'aventure au pays magique, avec félicitations officielles de la reine pour Marie (le casse-noisette n'est pas le roi du pays imaginaire, mais une sorte de chevalier ensorcelé)
- Il reprend forme humaine dès la victoire sur le roi des souris - une seule bataille au lieu de deux - et est donc redevenu humain lors de leur visite du pays magique. Dans les contes, il reste sous forme pantin, et ne reprendra sa forme humaine que bien plus tard. Ha oui, il est supposé avoir peut être entre 10 et 15 ans chez Hoffmann, c'est un gamin. Et 18 ou 19 ans chez Dumas. Marie en a 7 ou 8.
On est d'accord que le rôle étant tenu par des adultes, ça brouille et permet des sous entendus nettement plus " adultes".  Ceci dit, on aurait pu garder l'option " pantin" qui dans la première partie est joué non par un danseur, mais par une danseuse déguisée en pantin.
- la fin: On prend tout à fait le partie de " tout n'était qu'un rêve", Marie se réveille, constate que son jouet est toujours là sous forme de pantin de bois, le remercie. Si réeelement il y avait ensorcellement, l'esprit du chevalier est reparti dans le monde imaginaire et y reste. Marie semble heureuse de son joli rêve et FIN! oui, c'est une conclusion très abrupte qui arrive comme un cheveu sur la soupe!

Donc, après la version allemande et la version française, allons écouter ce que Piotr a à nous en dire!

Je zappe volontairement les adaptations en films animation, etc.. il y en a trop, du très sérieux au parodique ( bien que je sois assez tentée par la version de la série  TV " Contes de Grimm", allemande elle aussi, et qui souvent garde la cruauté inhérente aux contes. Et donc apparemment ils font de temps en temps des incursions chez d'autres auteurs). PAr contre n'insistez pas je ne chroniquerais pas Barbie Casse-noisettes, sauf un 1° avril éventuellement !

lundi 28 décembre 2020

Contes de fées ou histoires d'horreur?

Cette idée un peu loufoque m'est venue en fin de printemps, suite à une discussion avec Kiona sur Facebook, à propos de cet article:

La véritable histoire du petit chaperon rouge, allusions sexuelles et cannibalisme.

Donc nous avons fait des remarques sur le fait que ce qui est allusion dans l'un est très clair dans l'autre:

Dans le petit Poucet, il est quand même question de manger le petit Poucet et ses frères, et.. ce sont les filles de l'ogre qui finissent mangées par leur père. Un petit côté "Saturne dévorant ses enfants".

mignonne petite histoire à raconter avant d'envoyer les enfants se coucher. 

Je crois que ce conte est,pour moi, facilement dans le top 3 des plus gores qui soient.

Top 2: La belle au bois dormant? L'histoire d'une narcoleptique réveillée par un type qui faisait de l'Urbex? Petit bisou  pour la réveiller?
Hahaha, vous n'y êtes pas. Le roi du coin se tape la belle pendant qu'elle dormait.. parce que visiblement le consentement, il se le taillait en pointe, lui faisant au passage une paire de jumeaux à l'insu de son plein gré
Disney arrête son histoire de manière calculée avant le moment où la femme légitime du roi tente de faire manger à la belle ses propres enfants en sauce aurore.
Victime d'agression sexuelle, maîtresse forcée et cannibalisme. Et c'est la sorcière la méchante de l'histoire?
Alerte prédateur sexuel.

Et le summum du sordide pour moi...c'est Peau d'âne .Même à 4 ans je le trouvais super malsain. Le roi veut quand même se taper sa propre fille. Donc même si on n'y mange personne, là pour le coup, ce n'est même pas une allusion. C'est clairement dit.
En général je ne suis pas du tout pour le principe de la fille qui attend qu'un homme vienne lui sauver la mise-en-plis, mais là, faut reconnaître que toute ide extérieure pour échapper à son horrible père est bienvenue.
Je vous avoue n'avoir jamais regardé l'adaptation en film. Parce que rien que le sujet me donne vraiment la nausée. L'abus sur mineur et l'inceste d'est au dessus de mes forces.

Accessit pour le conte de la fille sans mains: Pas d'inceste, pas de cannibalisme, juste un père qui vend sa fille au diable contre pas mal d'argent. La fille veut s'enfuir, mais le père choisit.. de lui couper les deux mains.après tout, il a vendu sa fille, peu importe dans quel état.
Sympa, le côté esclavage et punition. Et on s'étonne que les gamins soient violents?

Entre Perrault et les frères Grimm, on reste dans le bien sordide!

Et en y réfléchissant, même des choses réputées "mignonnes" peuvent avoir un côté flippant.

En tout cas il y a une histoire que je trouve à première vue bizarre, à la seconde, très bizarre. Assez flippante en tout cas. alors que tout le monde y voit l'enchantement, la magie de Noël, etc...
Et qui a un potentiel de film d'horreur assez colossal, au point une j'ai vraiment envie d'en voir une adaptation en film de trouille.
En plus ça me permet de faire la synthèse entre mon pays, et les deux cultures que j'étudie.

Je vais donc invoquer ici le diable

- un auteur allemand à l'imagination fantastique volontiers inquiétante.
- un auteur français de romans de baston, mais qui ne dédaigne pas les histoires de fantômes à l'occasion.
- un compositeur russe pas très bien dans ses pompes et capable de faire de la musique qui a l'air guillerette, mais truffée d'accords angoissants.
- le solstice d'hiver, enfin, Yule...
- des poupées (ce qui est le flip ultime pour moi)
- une souris (c'est moins glauque que les poupées) et des petits rats
- un gentil héros, trop parfait pour être honnête.
- une petite fille, victime sacrificielle idéale.
- un vieux bizarre qui sait faire de la sorc.. heu de la magie.
- des fées et des sucreries ( et on sait depuis Hansel et Gretel que les sucreries sont un piège: the cake is a lie)
- des dizaines de sonnettes de portes (en tout cas à mon oreille, un concert de sonnettes)
- un monsieur charmant, enfin, envoûtant, ou ensorcelant, enfin, n'importe quel adjectif, mais dans ce champ lexical là.


On prend le tout, on met dans une boîte on secoue bien et...


Il en sort:
- lecture une: l'histoire d'un cadeau quand même bien moisi, puisque la gamine de 7 ans se voit offrir un ustensile de cuisine. Allez, tu as l'âge de raison, file à la cuisine!
- lecture deux: l'histoire d'un auteur qui avait du abuser du schnapps pour imaginer le combat d'un ustensile de cuisine et de souris, sur fond de malédictions
-lecture de fond:  l'histoire d'une petite fille, à qui un vieux monsieur bizarre offre un jouet magique - ou maudit - qui va l'emmener dans un monde peuplé de jouets. Là, deux options, soit vous avez la version Disney française: elle se réveille, et tout va bien, soit vous avez la version allemande: elle se se réveille, est persuadée d'être réellement allée dans un royaume magique, sa famille ne la croit pas, se moque d'elle, elle tombe dans la dépression...jusqu'à disparaître totalement.

Certains y voient une histoire d'amour? Ou de passage à l'âge adulte tout au moins.. Déjà, pitié, la gamine à 8 ans, foutez-lui la paix, elle a bien le temps d'envisager une magnifique carrière de femme au foyer et à la cuisine- vu l'époque où ça se passe, c'est hélas un peu son seul horizon.Tu m'étonnes qu'elle veuille rester dans le monde des rêves ( autant dire l'autre monde). Femme au foyer chez toi ou reine d'un monde imaginaire?

Mais en plus...voilà ce que ça devient dans ma tête...

Oui je retravaille l'histoire avec une mauvaise fois évidente, de manière à faire ressortir l'horreur sous-jacente, sous les dorures et la mignonitude.

Vous l'avez? Cette histoire a été adaptée au moins un millier de fois. Même avec Barbie.. (là, qu'est-ce que je disais sur les poupées. Elle n'a d'ailleurs jamais si bien porté son titre que dans cette situation*)

Purée je savais qu'il était louche ce personnage, qui semble tout près de dire " je vais manger ton âme avec des fèves au lard..et au fait joyeux Noël"

Voui, Casse-Noisette, peu importe comment je tourne la chose, pour moi, c'est une histoire flippante. Et plus encore après lecture de Hoffmann.

Mais comme il y a donc trouzmille versions, je vais faire des sujets à part car j'ai envie de comparer les versions de E.T.A Hoffman et d'Alexandre Dumas (qui a servi de base à la plupart des adaptations), et de parler de la mise en musique par Tchaïkovski.
Et là problème: non seulement, des spectacles, il y en a X versions chorégraphiées par Y chorégraphes et mises en scène par Z théâtres. La plus connue est celle de Marius Petipa (dont l'aptonyme magnifique me fait beaucoup rire) et Ivanov, qui est à peu près une des raisons pour lesquelles j'ai vraiment du mal avec la danse classique: les pointes, les tutus, le rose pâle, et la naïveté qui passe vraiment mal l'épreuve du temps. Ce qui est dommage parce qu'il y a des années de travail colossal derrière, que les tutus, les dentelles et les diadèmes en brillants, et il faut bien le dire, les tableaux interminables m'empêchent d'apprécier à leur juste valeur. Mais bon, heureusement, depuis il y en a d'autres qui ont dépoussiéré la chose.

Et je vais donc avoir besoin de l'aide, entre autres, de qui-vous-savez ( non, pas celui qui n'a pas de nez), bien sûr le seul interprète au monde qui puisse me faire regarder un spectacle de danse classique sans zapper, et même avec un certain plaisir... car oui pour avoir réussi ce prodige, ce gars-là est un peu magicien. Même avec un costume flashy et une moumoute pailletée, j'arrive à faire abstraction, c'est dire le niveau de talent qu'il faut déployer pour ça. Et donc charge à lui de faire passer la gamine dans l'autre monde, ou du moins dans un autre monde, du moins pour la version scénique.

Mais voilà, ça c'était les faits. Maintenant il va falloir interroger les suspects.

*enfin non, pour moi le titre "Casse-noisette" sera lié à vie avec Patrick Fiori, un chanteur un peu oublié qui a échoué à l'Eurovision il y a pas mal d'années... Mais fut un temps, il était partout. Parce que le théâtre de ma ville avait une année affiché les spectacles à venir au conservatoire, côte à côte:  "Patrick Fiori - Casse-Noisette". Dans un lieu où les gens apprenaient la musique classique, le rapprochement a fait beaucoup beaucoup rire.

vendredi 16 octobre 2020

Littérature, spectacles, fantastique: Les contes d'Hoffmann - Offenbach et ETA Hoffmann

Vendredi au théâtre n° 2, cette fois, on va l'opéra.
Après le mignon fantôme rose de Théophile Gautier, j'embraye donc sur ETA Hoffmann, et son double théâtral mis en musique par J. Offenbach.

Un oeuvre musicale fondamentale pour moi, je l'ai écoutée en boucle étant enfant . Oui c'est bizarre mais j'ai plus écouté de classique et de jazz que de trucs pour enfants.

Et c'est cette version qu'avaient mes parents, avec sa couverture psychédélique un peu flippante.
Et j'étais en train de me dire " comment s'appelait le chanteur principal, impossible de me souvenir de son nom?"
Que.. QUOI?!... non?... si! Encore un! Je vous jure que je ne fais vraiment pas exprès.
Purée, il y a vraiment un lien mystique entre ce prénom, ou ses variantes et moi. Je commence à me dire que l'univers m'envoie un signe très appuyé.
Bon, ben, un Nico de plus. Que j'ai toujours pris pour un italien, je viens donc juste de découvrir qu'il était suédois, et mort il y a 3 ans. Elizabeth Schwarzkopf et Victoria de Los Angeles, rien à redire sur la distribution 3 étoiles.


Hoffmann, donc, le vrai, Ernst Theodor Amadeus, est un auteur allemand moins connu du grand public que ses prédécesseurs Goethe et Schiller. C'est l'un des meilleurs représentant du genre fantastique allemand, avec ses contemporains les frères Grimm. Oui je classe les contes en fantastique, on y reviendra un de ces jours.
Et pourtant c'est un de mes favoris. Car il a écrit des nouvelles, donc ça se lit très facilement quand on a peu de temps. Et surtout, pour qui veut tenter la lecture en VO, une nouvelle est peut-être moins contraignante qu'un roman entier.

De plus, si j'ai mentionné Mérimée, Gautier, Maupassant aussi pour le fantastique bien qu'ils aient écrit beaucoup d'autres choses, Hoffmann, lui, s'est vraiment illustré dans le domaine des nouvelles fantastiques. Des fantômes, des apparitions inquiétantes, un prototype de robot ( automate, mais quand même, c'est déjà presque une histoire SF!), le diable, un sorcier par ci, une malédiction par là.

Et le tout saupoudré d'un humour sarcastique qui fait plaisir.
Je cite "Hoffmann est donc un provocateur qui use d'un comique littéraire subtil et que remarque Charles Baudelaire dans le conte Princesse Brambilla, chef-d'œuvre de son art humoristique. Le poète français explique que « ce qui distingue très particulièrement Hoffmann est le mélange involontaire et quelquefois très volontaire, d'une certaine dose de comique significatif avec le comique le plus absolu. » Il poursuit : « Ses conceptions comiques les plus supranaturelles, les plus fugitives, et qui ressemblent souvent à des visions de l'ivresse, ont un sens moral très visible. » Selon Baudelaire, Hoffmann donne l'impression d'être un physiologiste ou « un médecin de fou » (un aliéniste) tant ses descriptions sont réalistes. Ainsi, Princesse Brambilla est un véritable « catéchisme de haute esthétique »39." Merci
wiki.

Je ne le savais pas. Une fois de plus, Charles et moi sommes d'accord. Ca a beau être le mois halloween, je vais continuer à distribuer des coeurs géants, pire que le 14 février. Moi qui voulait faire de la Saint Baratin un Halloween bis... C'est Halloween qui devient une déclaration d'amour à l'art.

Et donc les contes d'Hoffmann ( l'opéra) se base sur principalement 3 nouvelles de Hoffmann ( l'auteur) qui sont racontées par Hoffmann ( le personnage principal) lors d'une soirée de beuverie.

Ce n'est pas un bug dans la Matrice.

Rembobinons: Dans l'opéra, le personnage nommé Hoffmann est un écrivain en panne d'inspiration. Il est particulièrement doué pour s'embarquer dans des histoires sentimentales pas possibles, ce qui a le don d'irriter la Muse de la poésie, puisqu'il préfère draguer et se saouler plutôt que se consacrer à l'Art. Elle va donc emprunter l'apparence de Nicklaus, meilleur ami d'Hoffmann, pour le tirer de force de la taverne où il est retranché avec force bouteilles et joyeuse compagnie.

Dans le théâtre voisin, la chanteuse Stella, dernière conquête en date du - z- héros, fait envoyer à Hoffmann une lettre avec la clef de sa loge. Lettre interceptée par le conseiller Lindorf, qui se dit qu'il irait bien volontiers à ce rendez-vous qui ne lui a pas été donné. Et évidemment, Lindorf le notable et Hoffmann l'écrivain ne peuvent pas se supporter.

Ce triangle amoureux de base va réapparaitre sous forme codée dans les histoires racontées pendant les trois actes qui suivent. On pourrait les intituler "les pires échecs sentimentaux d'Hoffmann", puisque chaque fois, il va raconter comment il s'est ridiculisé devant pas mal de monde, à cause de l'avatar de Lindorf dans l'histoire du moment, qu'il fait à chaque fois intervenir dans ses récits comme un "diabolus"ex machina, tant il le déteste.

Acte I: Olympia. Adaptation de"l'Homme au sable". Hoffmann tombe amoureux d'une femme qui n'en est pas une. Non, ce n'est pas un homme, mais un automate. Evidemment, tout à été mené par le nommé Coppélius- Lindorf, qui, pour se moquer d'Hoffmann, lui a vendu des lunettes magiques, qui lui font voir Olympia comme un être vivant alors qu'elle est pour le reste du monde qu'un automate bien raide. Hoffmann, amoureux d'une femme qui n'a pas de coeur (et pas de cerveau non plus).

Acte II: Antonia. Adaptation du "violon de Crémone/ Le conseiller Crespel" Antonia est la fille du conseiller Crespel. Feue sa mère était une chanteuse d'opéra, décédée d'une crise cardiaque. Antonia aime chanter, et a elle aussi une jolie voix, qui pourrait lui ouvrir une carrière sur scène. Mais son père le conseiller refuse qu'elle se lance dans une carrière artistique, dangereuse d'après lui pour sa santé. Hoffmann veut la convaincre de tenter sa chance ( sans savoir le risque qu'elle court). Arrive le docteur Miracle - Lindorf, qui, avec ses pouvoirs magiques, fait apparaître le fantôme de la mère d'Antonia, lequel la pousse aussi à chanter, bien que ça puisse lui être fatal. Et c'est évidemment ce qui se passe. Hoffmann, amoureux d'une femme qui a un coeur cette fois, mais défaillant.

Acte III: Giulietta. adaptation des aventures de la saint Sylvestre. Pour oublier ses deux précédents échecs, Hoffmann est parti en Italie.Il va tomber entre les griffes de Giulietta, une prostituée vénale, payée par le dénommé Dapertutto, pour "voler" des choses à ses conquêtes grâce à des objets magiques. Au précédent, Peter Schlemihl, elle a volé son ombre - d'après " l'histoire fantastique de Peter Schlemihl ou l'homme qui a vendu son ombre" A.Von Chamisso. Ce titre long comme une année sans vacances est un petit livre très drôle qui revisite avec humour le Faust de Goethe. Faust vend son âme, Peter son ombre.. et ça va lui poser beaucoup de problèmes.Très peu connu en France, et c'est bien dommage.
Sa nouvelle mission est donc de voler dans un miroir le reflet de Hoffmann.
Pourquoi? Bah, comme ça, parce que Dapertutto, le docteur Miracle, Coppélius sont les versions fantasmées de Lindorf, qu'Hoffmann met à toutes les sauces dans ses récits, tant il le déteste.
Hoffmann, amoureux d'une femme dont le "coeur" est à vendre.

épilogue: Hoffmann jure qu'il en a fini avec les femmes, toutes des... et explique à ses compagnons de picole que ces 3 histoires sont de fait des inventions pour représenter Stella, l'artiste, qui, en résumé, se fait passer pour une pure jeune fille mais ne vaut pas mieux qu'une.. euh, on va dire gentiment, courtisane. Devinez qui arrive à ce moment?

Stella.

Qui, entendant ce que Hoffmann (qui a peut être un coeur mais pas de jugeote), raconte à ses potes, le plaque instantanément. Pour Lindorf. Au moins, ce n'est pas un soiffard de taverne qui l'insulte en son absence.
Ne reste donc plus à Hoffmann qu'à cuver en maudissant les femmes en général, et se consacrer enfin à sa seule muse , qui, toujours travestie en Meilleur ami, ambiguïté XXL, fait littéralement une déclaration d'amour à son écrivain.

Vous comprenez pourquoi j'adore? Ce n'est pas une intrigue linéaire, on est loin du simple triangle amoureux de base, le personnage décrit comme un diable n'est qu'un type normal, le héros assez misogyne se fait plaquer par sa nana après l'avoir descendue en flamme devant tout le monde et c'est bien fait pour lui. Et pour finir une scène plutôt culottée. On est loin du standard des intrigues d'opéra.

Musicalement, c'est un bijou. Offenbach était un petit rigolo, mettant en musique des sujets souvent humoristiques, mais qui pour moi est musicalement du même niveau que Rossini. Ses adaptations musicales des fables de la Fontaine sont des pépites d'opéras en miniature.
Clairement, c'est un de mes compositeurs favoris et un de ceux que j'ai le plus de plaisir à chanter.
Les contes d'Hoffmann sont remplis du début à la fin d'air plus brillants les uns que les autres.

A noter que c'est le même baryton/basse qui interprète Lindorf et ses variations, et c'est pour moi un vrai plaisir à écouter.

Surtout "Scintille diamant", de l'acte III. Peut-on avoir un coup de foudre pour UN air? Oui. Depuis ma première écoute, ce morceau " diabolique" est mon absolu favori - et je regrette presque d'être une femme car je ne peux pas le chanter. Enfin si, seule chez moi.

Au choix, José Van Dam (baryton-basse, tonalité habituelle)

Ou Samuel Ramey, grand spécialiste des rôles de diable ( tonalité abaissée pour basse, plus rarement entendue, vous pouvez donc écouter ici la différence entre baryton-basse et basse)


La barcarolle est plus connue, mais pour moi c'est vraiment "Scintille Diamant" qui est le diamant de cette oeuvre.

 
Oui c'est très exactement l'endroit que vous pensez. Belle nuit d'amour... tarifée et en groupe.

Olympia, l'automate qu'il faut réparer comme une formule 1. A chanter évidemment de manière extrêmement raide et cocasse.


Trio Antonia, Miracle et le fantôme . Les 4 rôles féminins ne sont pas tenus par la même chanteuse, ce sont toutes de soprani, mais aux timbres différents. En tout cas Olympia est une colorature, donc beaucoup plus dans les aigus que les autres (une voix caractérisée par peu de graves, mais des aigus très virtuoses. Je  n'aime pas du tout, heureusement la nature m'a épargné ça)
 

l'air de Kleinzach ( référence à " le petit Zacharie" autre nouvelle de ETA Hoffmann), qui part en vrille parce que Hoffmann est rond comme une bille et délire sur Stella.
 

Vraiment pour les gens qui ne connaissent pas le chant ou la musique classique, c'est par cette oeuvre- là que je conseillerais de commencer: humoristique, fantastique, qui ne se prend pas au sérieux, avec un héros loser qui reçoit la monnaie de sa pièce.

samedi 29 septembre 2012

Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants - Terry Pratchett

Bon, pour résumer, je pourrais me contenter de dire c'est du Pratchett. Du bon Pratchett. du grand Pratchett. Mais comme ça serait un peu léger comme  résumer, on va développer un brin.
Imaginons un chat, Maurice, et des rats, pour l'instant encore anonymes, qui vivent dans la décharge proche de l'université de magie du disque Monde. On sait bien que tout ce qui touche de près ou de loin à l'université de magie peut être affecté de manière incongrue par des fuites magiques aux effets surprenants. C'est ainsi que les rats et le chat se sont retrouvé dotés d'une intelligence peu commune et de la parole.
Imaginons maintenant que Maurice, comme tous les chats, soit un peu, beaucoup roublard, qu'il découvre que l'argent fait tourner le disque monde et qu'il décide donc de s'en procurer en manipulant les humains à sa guise.
Imaginons qu'il embarque dans son projet un gamin un peu naïf mais doué pour la flûte, et une troupe de rats qui a découvert ce que l'organisation et la communication peuvent apporter lorsqu'il s'agit de planifier une invasion dans un village humain. Voilà! c'est ça, les rats envahiront le village, rendront les gens fous, le maire se mettra en quête d'un joueur de flûte, Le gamin à l'air naïf et Maurice arriveront comme par hasard,et feront fuir les rats contre un jolie récompense. Avant de passer au village voisin. Et les gens  ne sauront pas que  quelques kilomètres plus loin et quelques heures plus tard, un flûtiste, un chat et une centaines de rats se partagent le magot. Tout va pour le mieux dans cette petite escroquerie en bande organisée jusqu'au jour où la troupe arrive au village de Bad Igoince, dont les chasseurs de rats officiels vont leur causer pas mal de fil à retordre.

et bien sur le conte du joueur de flûte de Hameln passé à la moulinette de l'imagination de Practhett devient un grand moment de rigolade ( j'ai du prévenir mes collègues de travail, c'est véridique, de ne pas s'inquiéter s'il m'entendaient glousser), car l'on y apprend comment les rats inventèrent la natation synchronisée dans la crème, et le saut à l'élastique pour sauver l'un des leurs en détresse.

En dépit de ce traitement humoristique, le fond est assez philosophique ( ce qui me fait penser que le classement Roman pour enfants dont il a fait preuve outre manche soit vraiment adapté) car les rats se découvrent une conscience et tout ce qu'elle implique: il faut inventer un langage - proche des peintures rupestres- un code moral: a-t-on le droit de manger un autre rat, même s'il n'est pas intelligent. Et bien sur , ce qui fait le désespoir de tout être pensant sur le disque ou ailleurs: la nécessité de coopérer pour sauver sa vie, l'empathie qui vous pousse à sauver celle du voisin, à partir du moment où l'on se rend compte qu'on est mortel. Et d'ailleurs, qu'y a-t-il après la mort? Et nos rats vont donc devoir inventer leurs propres rituels, car un enterrement rat, c'est une chose inédite. Et trouver les réponses à leurs questions existentielles dans LE livre, le seul, l'unique: " l'aventure de Monsieur Lapinou". Rien de très accessible avant un certain âge quand même.

Mais malgré des passages noirs, voire tristes, l'ensemble du roman est vraiment drôle, notamment tout ce qui parodie les contes, via Malicia Crime,la conteuse, descendante des illustres soeurs Crime, qui décide d'arranger le réel à sa sauce lorsqu 'il manque de ressort narratif, et empote partout où elle va un immense sac qui contient tout ce qu'elle peut imaginer, en cas où " quelque chose se passe" ( du genre: médicaments au cas où elle serait enlevée par des pirates - son village est en pleine montagne- puis abandonnée sur une ile déserte et qu'elle aurait du mal à digérer les noix de coco)
Malicia, qui dit avoir deux affreuses soeurs qui l'obligent à faire les corvées ménagères ( enfin, la vaisselle une fois par semaine) et à porter des haillons ( enfin, elle est obligée de recoudre elle même l'ourlet de sa jupe quand il se défait).. toute ressemblance avec une autre histoire est évidemment absolument fortuite n'est-ce pas?
Dommage que ce roman soit un volume isolé en marge des différents arcs du disque monde, j'aurais volontiers retrouvé le rat philosophe pistou et la lexicologue Pêches, le chef Pur-Porc et l'organisateur Noir-Mat, la bleusaille Nutritionnelle et le rat danseur Sardines ( je ne me lasse pas de leurs noms  trouvés lorsqu'ils sont appris à lire sur des boîtes entassées dans une cave).
Spécial Pratchett. Animal: Rongeur

samedi 9 juin 2012

Starters - Lissa Price

Voilà un titre que je n'aurais fort probablement pas lu, si une collègue de travail ne me l'avait prêté en me disant " pas mal, mais sans plus, je vais le revendre, si tu veux le lire avant, pas de soucis". Et donc, je confirmece qu'elle dit. Pas mal mais sans plus.
L'idée de départ est pourtant alléchante: Dans un futur indéterminé, en Californie, une guerre bactériologique a tué tous les adultes de plus de 20 ans et de moins de 90 ans. L'ironie étant que seule les enfants et les personnes âgées, considérés comme potentiellement à risques ont été vaccinés. Nous voici donc dans une Los Angeles peuplées uniquement d'enfants, d'adolescents et de centenaires. La deuxième ironie du sort étant que la médecine a fait de tels progrès (on suppose avant la guerre), qu'il n'est pas rare de vivre jusqu'à 150 voire 200 ans. Des vieux en bonne santé, mais qui manquent quand même de souplesse pour continuer à faire tout ce qu'ils faisaient avant. E donc, une entreprise propose donc a des jeunes miséreux , mais doués en sports de "louer" leurs organismes à des centenaires en mal d'action. Un petit transfert de conscience via une puce implantée dans le cortex et voilà l'aïeul qui se retrouve à faire de la planche à voile dans un corps d'adolescent. Oui, je sais c'est bizarre, mais c'est de la SF donc pourquoi pas.
Le problème c'est que Lissa Price n'est pas Orwell ou Huxley, et que même si le livre se laisse lire sans déplaisir, il y a quand même des bugs scénaristiques assez perturbants.

On nous raconte à longueur de pages que les enders ( les vieux donc) exploitent les jeunes. Soit en louant leurs corps, soit en leur faisant effectuer les travaux les plus pénibles, le terrassement, les forages, etc... Et que cependant, les mineurs n'ont pas le droit de travailler. Les pauvres n'ont donc le choix que de survivre en squattant les immeubles en ruine, se louer, ou être attrapés et conduits en "institut" (en prison, en fait). comment peuvent-ils donc pour certains au vu et au su de tous, effectuer des travaux publics? Que fait le gouvernement? Pourquoi personne n'a eu l'idée d'abaisser la majorité pour leur permettre de travailler, se loger et se nourrir? A cas exceptionnel, mesure exceptionnelles. Mais non.
Deuxième gros souci: On apprend très fortuitement que vu les tarifs pratiqués par l'entreprise "Prime destination", qui loue les corps des jeunes, seuls les gens très très très riches peuvent s'offrir une deuxième jeunesse. Et que les autres, bien que centenaires ( un centenaire ce cette époque, doit approximativement ressembler à un quinquagénaire de notre monde, en fait), continuent à travailler, sans soupçonner l'existence de ce petit commerce. Vu que les jeunes sont relookés et retouchés chirurgicalement avant d'être loués pour ressembler à des gravures de modes, comment se fait-il que personne, mais alors personne ne se pose de question en croisant des nuées d'ados physiquement parfaits claquer un argent fou dans des boutiques de luxe. et bien non, une multiplication d'adolescent parfaits et richissimes deux ans après une guerre qui a ravagé la contrée, c'est parfaitement normal.
En fait le problème vient de là. L'auteur se focalise uniquement sur Callie son héroïne, le récit est la première personne (j'aime pas!), on voit tout par ses yeux, et rien, mais alors rien sur la société où elle évolue. Nada! Autre exmple: on apprend que les liaisons aériennes entre la Californie et le Mexique sont coupées, que les immigrants mexicains sont retournés chez eux, la Californie est devenue le paria des USA et du monde. Ha oui, tiens;;; la guerre était centrée sur la Californie? Au fait une guerre contre qui? Pourquoi?
Il me semble qu'il y avait matière à réflexion, des pistes intéressante à exploiter. Mais non, on en reste à Callie, son frère, sa fuite et son histoire d'amour pur conte de fée.

Bah, oui, quand même, c'est de la littérature jeunesse, donc il FAUT une histoire d'amour à faire rêver. Exit donc toute piste un peu profonde. Genre, que devient la notion d'identité quand on se glisse dans la peau de quelqu'un d'autre? Où est "stockée" la personnalité des "donneurs' pendant l'échange de cosncience.
Car oui, Callie, l'héroïne, même intrépide et tout, semble n'avoir jamais lu un roman de SF et fait preuve d'une naïveté ahurissante au moment de signer son contrat de location.
Voyons un peu: la société Prime destination est ultra secrète, mais garantit au "donneur" que le" locataire" ne fera pas de choses dangereuses ou illégales avec son corps. Mais Callie ne se  demande pas  ce que vaut un contrat signée avec un société qui n'a pas d'existence officielle. Ni ce que cache le terme "donneur" ( on parleraît plutôt de prêteur, non?). Et pourquoi elle intéresse spécialement ladite société . Poulette, tu es douée en tir, pas en broderie! Ca pue l'illégalité et tes petits neurones ne s'agitent même pas? Ben nous la seule question qui lui pose souci c'est " et le sexe? non parce que je préfèrerais que pour ma remière fois, ça ne siot pas quelqu'un d'autre!"
Du coup, les implications qui sautent aux yeux dès le premier chapitre ne sont pas évoquées avant la page 300 et quelques: parce que s'il est possible d'emprunter un corps pour une durée déterminées, il devient évident que l'amende formidable prévue pour tout non-respect de contrat par un locataire devient dérisoire, rappelons qu'il s'agit de vieux, riches qui ont la possibilité de revivre leur jeunesse, ou de commettre des crimes sans être soupçonnés. La question qui se pose dès les premières pages, c'est " location? Ca m'étonne qu'ils ne proposent pas l'achat d'un jeune, puisqu'il est virtuellement possible par ce biais de devenir immortel et que les vieux n'ont apparemment aucune conscience du vol d'identité qu'ils commettent.

Ben non, au lieu de ça, on part sur une intrigue à cheval sur le conte de fée, l'enquête policière, le roman d'espionnage.
Donc je vais le faire rentrer dans mon défi "contes de fées" hé oui!
CAR
 Une héroïne pauvre, en haillons qui récupère sa conscience par erreur en boîte de nuit, où tout le monde la prend pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une riche héritière, rencontre un jeune homme de bonne famille, beau, riche et (pas trop) intelligent qui s'éprend d'elle  la première seconde. Ca ne vous rappelle rien? Trop flou, Ok je  sors la grosse artillerie!
chapitre 7: invitée par un riche fils de famille , Callie se demande si Cendrillon " a craché le morceau au prince en plein bal pendant qu'elle virevoltait dans sa magnifique robe"
Chapitre 14: Callie , invitée par son riche gandin à la soirée de son grand-père Sénateur, se voit proposer de choisir une tenue dans la garde robe de la soeur du garçon. Garde robe ultra moderne, il suffit d'agiter la main devant les boites de chaussures pour qu'elles e rangent seules. Limite, c'est de la magie. Une fois habillée, le gars rentre dans le dressing, prend une baguette en métal dans le placard et l'agite tout autour de la fille.
Chapitre 15, alias " chapitre gros sabots":  Notre pauvresse habillée en princesse arrive à la soirée du sénateur. Mais son usurpation d'identité ( on la prend pour une centenaire habitant le corps d'une jeune, alors qu'elle est elle même, suite a un faux contact de puce. de toute façon, il y a tromperie, c'est une pauvresse dans des habits de riche) est sur le point d'être découverte, elle s'enfuit donc par le grand escalier en perdant une de ses chaussures. Sauvée in extremis par des amis en grosse voiture, il ne reste plus qu'au petit fils crétin à courir après la voiture, un chaussure à la main.
Chapitre 16: de retour chez sa locataire, Callie découvre un  cadeau à son intention: un joli collier de pierre bleues qui brouille les émissions de sa puce pour que  Prime Destination ne puisse pas la géolocaliser. Un vrai cadeau de marraine la fée, en quelque sorte... faut vraiment que je continue?

L'emprunt est tellement visible, tellement cliché que ça n'en est même plus drôle.

Bon au final, je pointe  ce qui me gêne, mais malgré tout, ça se laisse lire sans  trop de lassitude, ça n'est ni un grand, ni un bon roman de Sf, mais ça reste un livre potable. Faut dire qu'après avoir tenté le désolant Twillight,( faudra un jour que je décide à le finir pour le descendre en flamme) tout me paraît à peu près lisible. Une suite "Enders" est prévue d'ici la fin de l'année, je la lirai peu être par acquit de conscience pour voir si l'auteur change de point de vue pour mieux cadrer son récit (ou pille un autre conte) car il y a malgré tout de bonnes idées noyées dans la masse!