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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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lundi 21 août 2023

le Manifeste des chomeurs heureux - Anonyme

 Voilà un petit ouvrage qui m'avait été offert il y a quelques années par une copine, mais que je n'avais pas encore eu le temps de lire.
En pleine canicule, et à la veille ( textuellement, demain!) de reprendre le travail, mais à temps partiel, voilà une lecture parfaite.




ET SI LE CHÔMAGE N'ETAIT PAS UN PROBLEME MAIS UNE SOLUTION?
C'est textuellement ce pavé anar dans la mare capitaliste qui sert de base au manifeste des Chômeurs Heureux, petit texte drôle, poétique et tract politique à la gloire de l'inactivité non plus subie mais choisie.
Le malheur du chômeur ne vient-il pas de ce que la valeur sociale d'un individu est calqué sur son statut professionnel? ( le texte date de 1996, la préface de 2006, mais force est de constater qu'en 2023, rien n'a changé, bien au contraire)
Du fait qu'on définit les gens selon leur travail  plus ou moins enviable? (la femme de ménage qui trime sera toujours considérée par une certaine frange de population comme moins importante que le PDG qui exploite ses congénères)
Que le lien social (illustré en introduction par un marché au puces andalous, où règne le système D et l'emploi journalier dégotté grâce aux relations, au bagout, et aux recommandations) est méprisé au profit de l'économie de marché, de marché boursier, bien sûr?
Que la plupart des jobs à plus ou moins court termes ( 1996 je vous rappelle) sont menacés par les réorganisations en vue que le haut de l'échelle sociale gagne toujours plus d'argent et le bas.. toujours moins.

De toute façons, entre temps, avec la pandémie, le travail à distance.. beaucoup de jobs se sont révélés ouvertement être ce qu'ils sont: de simple gagne-pain sans grand intérêt, facilement supprimables.
Les supermarchés ont massivement opté pour les caisses automatiques, où une seule personne passe sa journée à superviser 12 caisses ( et donc 1 seule personne à payer... yep). caisses que je boycotte le plus possible. Un supermarché de mon quartier à même passé le cap de ne plus du tout avoir de caisse normale. Autant dire que c'est carrément le magasin que j'évite le plus possible. parce que malheureusement, on n'en est pas encore au point de pouvoir se passer d'un job, fût-il nase..
Je fais une formation pour la traduction et déjà les gros éditeurs lorgnent vers l'IA pour faire de la traduction " qualité suffisante", demandant aux traducteurs de faire un travail de relecteur/ correcteur.
Les petits éditeurs semblent plus conscient de l'a nécessité d'avoir recours à un être humain pour obtenir un résultat de qualité.
A part croque-mort, je ne vois pas quel job ne pourrait pas être remplacé rapidement par de la délocalisation, de l'informatisation ou que sais-je.

La société devient tellement déshumanisée, tellement renfermée sur elle-même, que ça devient même dur de faire sortir les gens de chez eux pour participer à un événement, club, concert etc...même GRATUIT et en dehors de tout cadre officiel. J'ai tenté de créer un club de langues, organisant des discussions gratuites, les gens sont motivés la première fois, trouvent qu'une rencontre par mois, c'est trop peu, demandent que ça se passe plusieurs fois par semaine.. et ne donnent plus signe de vie quand on leur précise les dates. Mais ne veulent pas non plus de pratique en ligne, limite il faudrait venir chez eux l'organiser. Les restaus se désolent que les clients continuent à se faire livrer la bouffe par Uber eats ( grand exploiteur de population précaire s'il en est)
En fait le mouvement de repli était déjà amorcé avant les confinements, mais depuis, le simple désir de faire quelque chose est en berne. Zéro Libido motivationnelle.
Est-ce que c'est parce que les gens ont conscience que leur jobs sont pourraves, et qu'ils n'ont aucun centre d'intérêt en dehors ce ces jobs pourraves? Est-ce que le fait de s'en être rendu compte les a définitivement assommés pour TOUT? Aucune idée.

Finalement l'enchaînement avec l' Euphorie Perpétuelle et la quête d'un bonheur formaté socialement est pertinent.

Alors que moi, quand je fais connaissance de quelqu'un et que je veux apprendre des choses sur cette nouvelle personne, je suis moins intéressée par le statut de son travail ou le pognon qu'il gagne que par le fait de savoir si ce travail lui plaît. En gros " non, mais je veux savoir quelles sont tes passions, pas comment tu les finances". Je ne sais pas si la phrase attribuée à Lennon est bien de lui, honnêtement, elle pourrait. Mais dans tous les cas, je m'en sens totalement proche!

En effet, après 5 ans de reprise d'études, financées sur les sous mis de côté pendant des années et la moitié du prix de la vente de la maison familiale, sans autre source de revenus que des boulots ponctuels par ci par là, le besoin de sous se fait sentir et croyez-bien  que ce n'est pas par plaisir que je me vois contrainte de retravailler. Je le dis haut et fort, c'est pour avoir quelques sous (je n'ai pas une passion ni pour la mise en rayons des produits d'un grand magasin, ni pour la collecter de dossiers servant à faire des papiers d'identité et la distribution de sacs de recyclage).  De sous et de cotisations pour une retraite qui sera plus que maigre , si tant est qu'elle ne soit pas repoussée à 75 ans le temps que j'arrive à 65.

Je me suis donc bien sentie concernée par ces " chômeurs heureux", inactifs volontaires qui estiment avoir une ressource bien plus précieuse que l'argent: le temps.
C'est exactement ce que j'ai ressenti cs dernières années, mon absence de ressources me donnant en plus la satisfaction d'être non -imposable et de ne pas financer un gouvernement que je ne reconnais pas.
Donc reprendre le travail oui.. mais à temps partiel, parce que faut pas déconner non plus!
Pour le moment, et même à temps complet, je n'aurais PAS assez d'argent pour habiter seule, dans la mesure où dans ma région, les logements sont hors de prix.
Je dois donc cohabiter à plus de 45 ans avec ma mère, mais con s'entend bien. Le petit boulot en dessous de 900/ mois sera donc réparti de la manière suivante: rembourser les 500 € que je luis dois encore, et une fois fait, augmenter ma part de loyer. Mettre de côté un pourcentage de ces sous sur mon épargne retraite/ tuile. Financer mes cours de danse. Prendre des cours de piano ( et changer mon clavier hors d'âge au passage). Reprendre des cours de chant. Et après, on verra bien ce qu'il en reste.

Donc moins de taf, plus de temps ( dont une bonne partie il est vrai sera consacrée à finir mes études), la seule manière de concilier la chèvre et le chou. Quand je reprendrais mon " vrai" travail ( c'est à dire celui que j'avais trouvé par défaut, sans lien avec mes formations, mais qui est en CDI), je ferais aussi en sorte que ce soit à temps partiel.

Le livre qui m'a été donné, donc reçu gratuitement, ira pour sa part poursuivre sa route tout aussi gratuitement en boîte à livre. Qui sait, peut être que j'ajouterai une petite étiquette avec l'adresse de ce sujet, histoire que son prochain lecteur/ sa prochaine lectrice, puisse avoir une idée de qui l'a eu entre ses mains auparavant. Dans une maximum de domaines, je pratique l'économie circulaire, de toute façon.

Idée n°169: un journal


vendredi 11 novembre 2022

A l'ouest, rien de nouveau - Erich-Maria Remarque

Voilà un titre qui a attendu très longtemps, et pourtant il me tentait beaucoup. En fait, je l'avais en réserve depuis 2018, pour la thématique Grande Guerre, mais la reprise d'études très intense a repoussé la lecture.

Et puis voilà, en cette période macabre, pourquoi ne pas conclure le mois halloween avec une horreur, une vraie de vraie horreur, à côté de laquelle n'importe quel roman d'épouvante ferait pâle figure?
Une horreur encore plus glaçante car elle est réaliste et... terriblement d'actualité sur le front est ( au moment où j'écris, je me fais un sang d'encre pour mes amis russes qui sont mobilisables).
La guerre a changé de forme, on n'en est plus aux tranchées, mais le principe est le même: n'importe qui risque d'y être envoyé, même les réformés, même les inaptes, même les objecteurs de conscience, du moment que ça fait de la quantité sur le front, peu importe s'ils ne sont que de la chair à canon.

le livre a été un succès, réédité maintes fois avec différentes couvertures, voici celle que j'ai.
Une version assez ancienne, dénichée en boîte à livres.

Entre nous c'est un livre où il vaut mieux ne pas s'attacher aux personnages, dans la mesure où ils peuvent d'une page à l'autre passer de vie à trépas.

On y suit le narrateur, Paul, et ses camarades de classe. Ils ont 19 ans, devaient finir le lycée, et continuer leurs études ou travailler, et ont été poussés par leur professeur principal, nommé Kantorek, par la société, par leurs familles même à s'engager " volontairement" pour aller sur le front. On est entre 1914 et 1918. En Allemagne. on leur a parlé d'héroïsme, de défense de la patrie ... rappelons que tout ce bordel européen est venu de l'assassinat par un terroriste serbe, d'un lointain parent du kaiser autrichien.. Qu'avaient à voir l'Allemagne ou la France dans l'histoire? Simplement des traités d'alliance avec les pays qui les premiers ont décidé de se mettre sur la tronche. Les allemands du livre, comme els français de.. par exemple dorgelès, sont allés se faire trouer la peau, parce qu'un serbe qu'ils ne connaissaient pas a trucidé un autrichien qu'ils ne connaissaient pas... et c'est exactement l'absurdité de la situation qui va être mise en avant. ceux qui parlent le plus fort d'héroïsme sont précisément, ceux qui restent dans les bureaux , au lieu d'aller risquer leurs vies dans un pays étranger ( l'action se passe sur els tranchés, du côté du nord Pas-de-Calais)

Et dès le premier chapitre, le ton est donné, c'est jour de fête pour la compagnie où ils se trouvent. Les rations de nourriture et de tabac sont doublées. Pas pour que les soldats soient en forme, mais parce que la veille, la moitié de la compagnie a été tuée dans un bombardement, et personne n'a prévenu le cuisinier. Ils sont donc au front depuis suffisamment de temps pour ne plus s'attrister d'un événement pareil, mais simplement profiter de l'aubaine, touts en se disant qu'ils ont eu beaucoup de chance de ne pas faire partie de la mauvaise moitié.
Dans ce monde, il n'y a plus d'intimité, ou si peu et Paul ne nous cache pas que le soldats, constamment menacés, accordent une valeur inimaginable à des choses simples: admirer les coqueliquots ou faire une partie de cartes assis entre copains sur des toilettes portatives dans un coin de campagne ( la chose étant au final aussi normale que manger ou boire en public) plutôt qu'à 20 dans les latrines communes.

Est-ce à dire que l'empathie ou la compassion ont totalement disparu... pas vraiment, mais le dénuement est tel que lorsqu'un camarade est amputé et risque de mourir, on s'inquiète autant de lui que de sa bonne paire de chaussures: s'il meurt, elles vont être volées par les infirmiers; et s'il survit, il n'en aura plus besoin , c'est dommage de les laisser se perdre, alors qu'un autre pourrait les utiliser. Mais on soudoie quand même les infirmiers avec des cigarettes, pour qu'ils lui fassent une piqûre de morphine, ultra rationnée. La compassion est disons, limitée par la conscience qu'on ne sera peut-être soi-même plus là le lendemain, et l'instinct de survie passe devant le reste. A plusieurs reprises, la masse des soldats anonymes, dans leur tranchée est mise en parallèle avec celle des rats qui y pullulent et leur volent le peu de nourriture qu'ils ont. Les humains sont, par la volonté d'autres humains, devenus des rats, uniquement occupés  à tenter de manger et de dormir. Par fois, ils se remémorent leurs cours au lycée, la géographie, les mayths, l'histoires.. pour faire le constat que tout celà, la culture générale, ne sert plus à rien quand est ici.

Les pensées de Paul, qui se souvient de Kantorek, des pensées à la fois parfaitement rationnelles et terriblement amères, se soldent toujours par un constat d'échec: peut-on lui en vouloir personnellement? Il y a des milliers de Kantorek dans le pays, qui poussent les autres à aller se battre, mais ne s'engagent pas, eux. Le premier bombaredement a été pour eux la désillusion et le constat amer que Paul Valeruy avait défini " la guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas , au profit de gens qui se connaissent mais ne se massecrent pas". Les professeurs, les bourgeois, le politiciens ont perdu toute crédibilité du jour au lendemain.

« Ils auraient dû être pour nos dix-huit ans des médiateurs et des guides nous conduisant à la maturité, nous ouvrant le monde du travail, du devoir, de la culture et du progrès – préparant l'avenir. Parfois, nous nous moquions d'eux et nous leur jouions de petites niches, mais au fond nous avions foi en eux. La notion d'une autorité, dont ils étaient les représentants, comportait à nos yeux, une perspicacité plus grande et un savoir plus humain. Or, le premier mort que nous vîmes anéantit cette croyance. Nous dûmes reconnaître que notre âge était plus honnête que le leur. Ils ne l'emportaient sur nous que par la phrase et l'habileté. Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu'ils nous avaient inculquée. » chapitre 1.

Par la suite Paul continue à ne rien nous cacher: Le vol de poules et d'oies pour se nourrir, la chasse aux poux, le fait de devoir écrire aux parents d'un camarade d'enfance que celui-ci ne reviendra pas, l'impossibilité d'être en phase avec la société civile lorsqu'il part en permission (seule sa mère comprend ce qu'il ressent); le harcèlement exercé par les petits chefs; l'espoir d'être blessé perçu comme une chance de retour à la vie normale; la diffiulté à rester sain d'esprit dans ces circonstances.
Et parfois l'espoir de s'en sortir, oui.. mais pour faire quoi? Les plus âgés avaient un métier ( facteur, agriculteur, instituteur.. ) et pourront peut-être le reprendre s'ils s'en sortent vivant et pas trop amochés. Mais les autres, ceux qui sont passés directement de la salle de classe à l'armée, sans avoir eu le temps de réfléchir à un avenir professionnel, ou de découvrir ce qui leur plaît ou pas. Que faire, quand la seule chose qu'on a pappris dernièrement, c'est défiler et manier des armes, en mettant le cerveau au placard, à part peut-être une carrière dans l'armée pour devenir ensuite gendarmes? L'avenir, s'il existe, est bouché.

La version que j'ai lue ( et écoutée, en ce moment, je suis trop claquée pour simplement lire, ça me prend des plombes, donc j'ai fait comme les enfants, j'ai trouvé une version livre-audio, et j'ai suivi avec mon texte à la main, car il s'agit de la même traduction à peine modernisée par endroits) est vraiment pas mal. Je n'ai pas comparé le texte original avec la traduction, mais et c'est intéressant, on la croirait réellement sortie de chroniques françaises de la même époque. La traduction utilise exactement le vocabulaire d'argot des poilus. Au point que par moment je me suis demandée si les gens qui n'ont pas la moindre notion de ce vocabulaire ne vont pas nager entre le "marmitage" ou le " canon à rata".

Mais je trouve que cest très pertinent, et ici, la lecture en VF ne pose pas du tout de problème, d'un point de vue philosophique: Le même texte pourrait avoir été écrit de "notre" côté des tranchées. L'expérience côté allemand est similaire. Remarque a utilisé ses souvenirs de soldat pour écrire son roman, qui plonge réellement le lecteur dans le quotidien de soldats de la Première Guerre mondiale.
Les engagés " volontaires" n'étaient pas plus volontaires, que ce soit du côté triple entente ou triple alliance. La plupart étaient très mal informés des tenants et aboutissants de la guerre, et surtout de ce qui les attendait sur le front. La nationalité n'a pas d'importance, seule compte l'universalité de leur expérience et de leur ressenti. La majeure partie des personnages, hormis le narrateur et ses quelques proches, sont anonymes, désigné simplement par un surnom ou une caractéristique: la tomate (pour le cantinier rougeaud), le blondin ( pour une nouvelle recrue qui passe vite de vie à trépas)...

Et c'est terrible. il est imposible de lire ce roman sans être effaré par l'horreur, d'autant plus frappante que le narrateur, pour se protéger psychologiquement - une décompensation brutale est toujours possible - la décrit cliniquement, factuellement, voire ironise parfois à son sujet. Véritablement, je crois que j'ai rarement lu un roman aussi terrifiant ( et pourtant parfois étrangement poétique). 

Mais c'est là que je suis ravie d'être aphantasique et de n'avoir absolument aucune imagination visuelle.
Donc pour compenser, le" triptyque de la guerre" d'Otto Dix.


Un tableau très intéressant qui reprend la construction des triptyques religieux: le matin ( à gauche) les soldats partent au front, au milieu (jour) la bataille, à droite (soir) les survivants et les secours tentent de sauver les blessés qui peuvent encore l'être. En dessous, en lieu et place de gisants, sous une toile, ceux qui n'ont pas survécu.
Utiliser le format d'un tableau religieux pour un sujet pareil est tout sauf anodin, puisque ça revient à assimiler les soldats anonymes à des martyrs, et les infirmiers à des saints ( Dix a d'ailleurs peint son autoportrait en secouriste).  La crucifixion habituelle est remplacée par un squelette piteux qui désigne d'une phalange le champ de bataille.
Je ne sais aps de quel peintre ancien dix s'est réellement inspiré, mais pour moi, je le rapprocherait de deux tableaux de Mathia Grünewald: le retable d'Issenheim ( côté face pour la construction et le Jesus cadavérique) et pour les couleurs et le pandemonium, la visite de Saint antoine et sa Tentation ( côté pile du même retable)
Ha, ben tiens, il n'y a pas que moi qui ai vu un parallèle!

Succès éditorial, mais qui a valu a son auteur la fuite à l'étranger, et au livre, férocement pacifiste, d'être parmis les autodafé nazi (ce qui est presque un gage de qualité, ironiquement). Je vois qu'il a été critiqué par un certain Jean Norton Cru pour son outrance sanguignolante, son invraisemblance digne d'un non combattant... euh. donc retournez voir le tableau de Dix. L'objectif est moins de faire "réaliste" qu'allégorique, le roman est un pamphlet contre la guerre, dans toute son absurdité, dont les personnages se raccrochent au peu d'humanité qui leur reste en essayant de ne pas la perdre. Pour certains ce sera tenir compagnie jusqu'à la fin a un camarade agonisant, ou se serrer les coudes avec quelqu'un d'inconnu, mais qui compte soudain plus qu'un frère.
Pour l'agriculteur, ce sera qu'on abatte les cheveux blessés qu'il ne peut plus supporter d'entendre hennir de douleur.
Donc oui, l'auteur exagère sûrement, mais probablement comme quelqu'un de traumatisé dont les souvenirs empirent au fil des ans. Mais il faut croire qu'à son époque Norton Cru n'a pas trop prêté attention aux gueules cassées.

Une lecture qui compte donc pour le tour du monde ( Allemagne), la thématique germanique de mon mois Halloween, les classiques...
Ce mois ci c'est "classique d'un genre bien défini", donc pour moi " classique de guerre", ce qui est en plus une rareté pour moi, je m'aventure rarement dans ce genre de littérature. Et j'ai beaucoup aimé, puisqu'il s'agit d'un livre pacifiste. Je pense qu'on peut difficilement le liure et en sortir (ou rester) militariste. Tout comme on ne peut pas visiter le musée d'Hiroshima et en sortir militariste. Mais ne nous leurrons pas, les militaristes, pour éviter les dissonnances cognitives et de devoir changer d'avis, ne liront pas, et ne visiteront pas.

Et je vois qu'un film allemand ( enfin! les précédentes adaptations étaient américaines) est sorti ces jours ci. si j'ai l'occasion d'aller le voir en VOST, bien évidemment, pourquoi pas.
parce que brrr quand même, il n'y a pas de fantastique, mais c'est bien macabre.
et puis on retse dans mon fil directeur de ce mois-ci, germanique

classique de genre: classique de guerre, pour moi

11° livre et 9° pays: l'Allemagne ( VF)



ABC: lettre E pour Eric(h) ( variable selon les éditions)

samedi 1 octobre 2022

Quelques légendes fantastiques allemandes

Parce que oui, qui dit Allemagne dit fantastique et légendes. C'est inséparable.
L'ironie est que l'idée générale en France est que les allemands sont des gens très carrés, très rationnels.. alors qu'ils ont quasiment inventé le fantastique en tant que genre littéraire et été les pionniers de l'introspection, de la mise en avant de l'imagination, du ressenti, de la redécouverte du folklore
Alors que nous sommes, nous français, les cartésiens, les  tenants de la logique pour qui A+B = B+A, CQFD.

Partons donc sur les pittoresques rives du Rhin:

Cette falaise, à l'endroit le plus étroit du fleuve rend la navigation dangereuse: remous, rochers à fleur d'eau.. il n'en fallait pas plus pour imaginer le lieu maudit, hanté par une nixe mal intentionnée


Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin,
Ein Märchen aus uralten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt,
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr gold’nes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar,
Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewalt’ge Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe,
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh’.
Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn,
Und das hat mit ihrem Singen,
Die Loreley getan.

Traduction officielle ( que je n'aime pas parce que le traducteur à reconstitué des vers en français, et ça me déplaît énormément)
traduction de moi-même, le sens, plutôt que la joliesse et les rimes :

Je ne sais pas ce que ça signifie
que je sois si triste,
un conte des temps anciens
ne me sort pas de la tête.
L'air est frais, il fait sombre
et le Rhin s'écoule paisiblement
Le sommet de la montagne scintille
Au soleil couchant.

La plus jolie des jeunes femmes est assise
Tout là haut, magnifique.
Ses bijoux d'or étincellent
Elle peigne ses cheveux dorés.
Elle les peigne avec un peigne d'or
en chantant une chanson
à la mélodie étrange
Et dangereuse.

Le batelier dans son petit bateau
est saisi d'une douleur poignante
Il ne regarde pas les écueils de la falaise
Il ne regarde que tout là haut.
Je pense qu que les vagues
ont finalement englouti le canot et le batelier
Et c'est ce qu'avec son chant
A causé la Lorelei


Les Nixes:
Dont Lorelei est le prototype. Ce sont des esprits des eaux, qu'on peut rapprocher des sirènes nordiques, des russalki slaves, ou même de notre fée Mélusine.
Le mot "nixe" semble apparenté à l'eau et au mot " nikwis" "laver" en vieil allemand. On trouve la forme Necker ( comme le ministre de Louis XVI) au moyen âge, et probablement le Neckar, la rivière qui passe à Stuttgart et Heidelberg. Les nixes peuvent changer d'apparence: humaine, poisson, serpents, et si elles (ou ils,  a priori il doit bien y avoir des hommes-nixes) sont souvent perçues comme négatives, certaines légendes les considères comme bénéfiques: Leu jeu favori est d'attirer les gens près de leur rivières ou de leur étange, de les faire s'y noyer, de faire sombrer les bateaus.. mais on estime aussi que se baigner dans l'étang d'une nixe le jour de l'équinoxe de printemps est un bain de jouvence. si on s'en sort vivant bien évidemment!
On les présente aussi comme musicienens et danseuse, organisant des fêtes dont le but est évidemment d'entraîner les inviter vers le lieu de leur noyade.


Les wili:

On retrouve ce goût de la musique et surtout de la danse chez les Wili, dont j'ai parlé ici et ici. Danseuses fantômes réinterprétées par Tim Burton dans les Noces funèbres, rendu célèbre par T. Gautier et A.Adam sur scène ( Giselle), Gautier ayant piqué l'inspiration chez Heinrich Heine, qui l'a emprunté lui même à l'Autriche et aux pays slaves:

« Dans une partie de l'Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d'une origine slave. C'est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de "willi". Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu'elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre ! Il faut qu'il danse avec elles ; elles l'enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu'à ce qu'il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d'un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles. »

— Heinrich Heine, De l'Allemagne.

 


Le Rattenfänger de Hameln:
Connu mondialement comme "le joueur de flûte de Hamelin", en fait " l'attrapeur de rats". La ville de Hameln en Basse-Saxe, existe réellement, et apparemment le personnage du joueur de flûte est attesté des 1300, et serait une réminiscence d'une catastrophe qui s'est passée bien avant ( Glissement de terrain enpportant des habitant, épidémie de danse de Saint Guy). Toujours est-il que enfant, je connaissais la version qui se finit par l'emmurement des enfants de Hameln dans une grotte ( et la morale qu'il ne faut jamais être ingrat face à quelqu'un à qui on doit un fière chandelle, au risque de déclancher une vengeance). Mais rétrospectivement, un personnage qui entraîne les habitants au sont d'une musique, vers une mort certaine, ça rappelle beaucoup, mais alors vraiment beaucoup les danses macabres du moyen-âge.
Toujours est-il que Goethe, puis les frères Grimm ont donné à cette légende locale une célébrité au delà des frontières.
- Le Poltergeist " l'esprit bruyant" est mentionné dès 1540 par Martin Luther dans "propos de table", pour désigner les phénomènes inexplicables provoqués par des esprits, voire des diables...
Le mot a été popularisé tel quel en europe, mais il est archaïque en Allemagne, où on parle de "Spuk" pour ce genre de manifestations.

- Dame Trude, la sorcière: une petite fille ayant entendu parler de Dame Trude, désobéit à ses parents qui lui ont interdit d'aller la voir. Evidemment, elle y va, et tombe sur une sorcière. comment dire, les sorcières allemandes, ne font pas dans la demie mesur, celle de Hansel et Gretel engraisse les enfants pour les manger, dame Trude les change en bûches pour se chauffer.

13 esprits moins connus ( source: die Welt)

Du nord au sud:

 

 

- Le Gonger ( Gänger) de l'île de Sylt est un fantôme, la légende raconte que les marins disparus en mer reviennent hanter les vivants sous forme de Gonger, un " Spuk" qui vient annoncer sa mort à ses proches  et qui harcèle les vivants jusqu'à ce qu'on se souvienne de lui.
- Le Klabautermann de Bremerhaven est un lutin marin. il protège les bateaux de naufrage.. tant qu'on l'entend, tout va bien. Mais si on le voit, le naufrage est assuré
- A Ludwigslust sévit un loup-garou qui attaque hommes et troupeaux. Etonamment, cette histoire ne vient pas du fond des âges, mais date de 1879, où une famille de loups-garous est supposée avoir été trouvée.. en pleine époque industrielle.
- Dans le Brandenburg, les Roggenmuhme (démons de l'orge), protègent les récoltes, mais en prennent une partie. Cependant, il ne faut pas essayer de les chasser, ils détruiraient à coup sur la récolte, ils ont aussi le pouvoir d'"enfermer " les humains dans un champ et sont donc utilisés comme croque-mitaines poru effrayer les enfants.
- A Bückeberg et Aachen, deux entités ont le même pouvoir: Vous sauter sur le dos et se faire transporter. Le Böxenwolf  n' a pas de préférence, tandis que le Bakhauv s'assoit spécifiquement sur le dos des gens qui ont trop picolé. Une personnification maligne de la gueule de bois.
-Le Bludnik de Cottbus aime vous perdre en forêt. De manière intéressente le mot sonne plutôt slave - on est pas loin de la Pologne - et me semble liée au verbe russe qui signifie "s'égarer".
- A Jena une nixe, la Saalenixe ( la Saal est une rivière) vous entraîne bien évidemment au fond de l'eau.
- Deux femmes particulièrement dangereuses: La Mittagsfrau, la "femme de midi" de Lübbenau, armée d'une faux, apparaît à midi, les jours d'été, dans les champs et au mieux vous fait perdre la tête au sens imagé, au pire, au sens littéral: elle décapite les paysans qui traînent dans les champs entre midi et 1 h. Elle perd son pouvoir à 1h par contre. Elle existe aussi en Pologne et République Tchèque. L'explication rationnelle, tout comme les nixes sont supposées éloigner les gens de l'eau, la légende pourrait être une mise en garde contre le risque de rester en plein soleil en été à Midi, et donc être une personnification de l'insolation. Une paysanne armée d'une faux est plus flippante qu'un coup de soleil.
- A Saalfeld, c'est de Wilde Berta, Berta la sauvage qu'il faut se méfier. elle tape un peu plus bas, son truc à elle, c'est d'éventrer. Quand elle est sympa, elle se contente de salir les jupes des fileuses qui n'ont pas fini de filer tout leur lin à la fin de l'année. Evidemment, c'est aussi un croquemitaine pour effrayer les enfants un peu flemmards.
- Le Nachtgiger est, ho... un croquemitaine! Tout comme le Butzemann. Il mange les enfants qui ne vont pas sagement se coucher à 22h00 au plus tard.
- Le Bilmesschnitter, ou Bilwis, esprit de la nature, esprit de la maison ou démon, bénéfique ou maléfique selon les cas est le plus souvent un lutin qui peut détruire les récoltes.
- Der Erkinger de Bad Liebenzell: géant, voleur et ogre. Rien que ça. Sa grande spécialité était d'enlever les femmes de la campagne le jour de leur mariage, il les mangeait et jetait leurs os par la fenêtre de son château, créant une colline, le " Beinberg, littéralement la montagne d'os ( Bein signifie os à l'origine, et a évolué pour signifier maintenant " jambe". Mais on utilise encore "Elfenbein" " os d'éléphant" pour désigner l'ivoire). On peut d'ailleurs faire une randonnée thématique autour de cette légende.

- Des légendes Littéraires: on ne va pas entrer dans le détail des légendes compilées par les Frères Grimm il y en a trop, mais là, je fais plutôt référence aux personnages qui sont devenus mythiques.
Un en particulier et deux qui sont des variations.
Le docteur Faust, bien évidemment, issu de la pièce de théâtre de Goethe éponyme, qui passe un contrat avec le diable, et vend son âme pour retrouver sa jeunesse. Inspiré d'un authentique médecin de la Renaissance allemande d'ailleurs, à la réputation sulfureuse, pensez: un mécrant! il a préféré devenir docteur en médecine que docteur en théologie. Médecin, alchimiste, astrologue, .. magicien, autant dire  que oui, ça sent le soufre.
L'histoire existait bien avant, les pactes avec les puisssances occultes, ce n'est pas nouveau, mais c'est vraiment Goethe qui l'a popularisé

Il a deux variantes: chez Adalbert Von Chamisso, Peter Schlemihl dans "l' histoire incroyable de Peter Schlemihl" vend son ombre, en échange d'un sac d'argent  qui ne tarit jamais. Mais devenu très riche, il doit sans cesse trouver des subterfuges pour expliquer cette absence d'ombre, soit par des jeux d'éclairages qui font disparaitres toutes les ombres, soit, si on remarque cette bizarrerie, en expliquant  c'est que l'autre jour un maladroit , en marchant sur mon ombre, y a fait un trou, je l'ai apporté à la retouche, mais c'est un peu compliqué à réparer, et elle n'est pas encore prête". Je vous conseille tellement ce livre :)
Schlemihl apparait aussi  tel quel, sans son ombre dans "Les aventures de la Saint Sylvestre "de ETA Hoffmann - et ceux qui suivent savent à quel point j'aime cet auteur! - où il est aussi question d'un portrait " volé dans un miroir" tant il est réaliste. Du reste, dans l'adaptation sur scène des Contes d'Hoffmann, la prostituée est chargée par le diable de voler le reflet du protagoniste. Âme, ombre ou reflet, c'est la même idée qui est filée.

- Der Erlkönig, le "roi des aulnes" est un esprit malfique qui a été emprunté par Goethe à un poème médiéval danois, via la traduction de Herder. Il cause la maladie et la mort

On peut aussi ajouter dans cette liste les vraies légendes, celles qui datent de la nuit des temps, fortement liées aux traditions nordiques: dieux, nains, dragons, valkyries. Comme souvent il est difficile en ce qui concerne le folklore de trancher entre ce qui est typiquement d'un pays ou d'un autre. Les liens de la culture germanique avec la culture scandinave d'un côté, slave de l'autre, sont forts, donc on retrouve tel ou tel personnage presque tel quel en Scandinavie, ou en Pologne, en république tchèque, etc...

Ce n'est évidemment pas fini avec la sphère culturelle germanique, on continue dès demain en Autriche, en allant admirer de splendides tombes.

jeudi 31 décembre 2020

Conte de fée ou histoire d'horreur (2) - les textes

Et hop, deuxième partie, après avoir décidé de me pencher sur le côté flippant du mignon conte de Noël que toutes les compagnies de danse dignes de ce nom mettent en scène pour les fêtes de fin d'année, il faut donc examiner les sources.
C'est à dire les deux versions du texte.

Au commencement, il y a E.T.A Hoffman, auteur de nouvelles hétéroclites mais souvent avec un sens de l'humour assez caustique et des sujets pleinement fantastiques: l'homme au sable est finalement un prototype de SF, avec un naïf qui tombe amoureux d'une femme automate, autant dire, un robot avant l'invention du mot. Aventures de la nuit de la saint Sylvestre est une diablerie, qui fait référence au fait de vendre quelque chose au malin , son âme, son ombre ou son reflet. Le violon de Crémone fait intervenir un fantôme. Du très bon, du très allemand finalement...
oui, il est un peu inquiétant, Ernst Theodor August

Ensuite il y a Alexandre Dumas père. Oui notre Alex national, des Trois Mousquetaires.. qui ne dédaignait pas à l'occasion écrire des histoires fantastiques ( la femme au collier de velours, les milles et un fantômes)
Dumas qui donc emprunte la trame de l'histoire à Hoffman, alors peu connu en France, bien qu'il ait été traduit. C'est cette seconde version qui a été mise en musique par Tchaïkovski et de ce fait mondialement popularisée.
MAIS problème; Tchaïkovski aimait bien le conte de Hoffman, et pas vraiment la version plus gentille de Dumas.
Pas le choix, c'est une oeuvre de commande, Piotr, tu fais ce qu'on te dit et tu nous mets en musique la version qui finit bien. Est-ce pour cette raison, et pour rappeler le texte d'origine qu'il a quand même glissé dans sa musique des accords assez menaçants par moments?

Mais donc voilà les textes.
Il y a plein de versions, mais je trouve ce visuel assez réussi et inquiétant.
Sachant que celle que j'ai lu est une vieille traduction libre de droits, pas toujours très claire.
Les éditions récentes doivent avoir une meilleure traduction , je pense.


ETA Hoffmann:
J'ai tenté de le lire en allemand, mais je ne l'aurais pas fini à temps: il y a beaucoup de vocabulaire militaire, car  le gamin de la famille joue à organiser des batailles avec ses petits soldats, et même en français, j'ai eu pas mal de difficultés, n'étant pas au fait de ce vocabulaire. Donc maintenant que je connais l'histoire par la traduction, je pourrais peu à peu, page à page, la tenter en VO, en prenant des notes.

Titre complet de la nouvelle: Nußknacker und Mausekönig soit textuellement Casse-noisette et roi des souris.
Car oui le roi des souris est un personnage important, et par qui les problèmes arrivent.

Putôt que du fantastique, on est bien dans le domaine du conte: il arrive des choses extrêmement bizarres dans cette histoire et tout le monde semble trouver ça parfaitement normal (par exemple un gosse qui casse des noix avec ses dents, et tout le monde trouve ça marrant, serviable, un chantier pas possible dans un salon, mais c'est juste parce qu'il doit y avoir une souris dans les murs etc..)

Dans la famille d'un digne médecin allemand, chaque année pour noël, les deux enfants les plus jeunes sont priés de rester tranquilles dans une salle pendant qu'on prépare le sapin de Noël dans une autre pièce. Fritz et Marie en sont réduits à imaginer les cadeaux qu'ils vont avoir, en écoutant les bruits des préparatifs. Pas de père Noël, on est en Allemagne, c'est le Christkind , même s'ils savent que ce sont leurs parents et leur parrain qui leur offrent les cadeaux.
Et premier détail curieux, on apprend que le parrain, Herr Drosselmeier, horloger amateur de génie, leur offre chaque année de splendides inventions, qu'ils ne peuvent pas vraiment garder, les cadeaux leur sont vite retirés avant d'être abimés, et mis en vitrine. Dons, peu importe la beauté des création du génial Drosselmeier, mieux valent les cadeaux moins beaux mais que l'on peut garder.

Et donc les gamins découvrent ce soir là leurs cadeaux -  en grande quantité, robes et poupées pour Marie et sa grand soeur, soleils et chevaux de bois pour Fritz- on est clairement dans un milieu très aisé, la nourriture abonde, ils n'ont pas le moindre souci ( au poit que, ETA Hoffmann étant sarcastique, je me demande s'il n'y a pas déjà un côté moqueur dans la description de cette surabondance de jouets , qui vont finir rapidement dans une armoire vitrée.. vu la suite de l'histoire, je pense que oui, il y a quelque chose, sur le thème de l'apparence brillante, trompeuse, factice). Et bien sûr le clou de la soirée est la démonstration d'automates, de la nouvelle création de Drosselmeier, dont les enfants se lassent vite: les automates, c'est bien, mais ils ne savent rien faire que ce pour lesquels ils sont réglés, c'est vite ennuyeux. Mais parmi les jouets, celui qui attire l'oeil de Marie est un Casse-Noix en bois, en forme de petit soldat, très moche, avec une tête énorme et de grandes dents. Mais qu'elle prend instantanément en sympathie, car elle le trouve drôle malgré son côté ridicule. Lorsque Fritz, qui manipule tout comme une brute, casse le jouet, Marie s'insurge, et elle va s'en occuper.. comme d'un humain malade. Au point que plus le temps passe, plus elle voit son jouet vivant: il sourit quand elle lui parle, prend un air renfrogné à la mention de l'horloger. Dès la nuit suivante, Marie voit les souris envahir le salon, à l'attaque de l'armoire aux jouets. Marie voit alors son Casse-noisette, bien qu'amoché, prendre la tête de l'armée de petit soldats et mettre en déroute les souris. Dans la cohue, la vitre de l'armoire est brisée, Marie se blesse et se coupe et doit rester au lit.
Donc bien sûr tout le monde se moque de cette petite fille trop imaginative, bien sûr la seule à avoir vu ce qui a causé la pagaille dans le salon. Cependant personne n'empêche le parrain d'encourager ces affabulations avec des histoires à dormir debout. Ayant réparé le casse-Noisette, mais omis de lui rendre son sabre décoratif, le voilà qui raconte à Marie que ce petit bonhomme moche et ridicule est en fait un malheureux garçon de sa famille, victime d'une malédiction.
Historie dans l'histoire: Dans un pays lointain, à une époque inconnue, vivaient un roi gourmand, sa femme cuisinière et leur fille. La reine nourrissait dans sa cuisine "Dame Mauserink", une "reine souris", qui a un jour abusé en dévorant tout le dîner du roi: Les souris chassées, la reine souris résolut de se venger, en jetant un sort de laideur à la fille du roi. On découvre que le moyen de lever le sort est de lui faire manger une noix spéciale réputée incassable, que seul un jeune garçon répondant à des critères particuliers pourra casser. Il s'agit d'un neveu de Drosselmeier (ou en tout cas son avatar de contes), dont la curieuse compétence est de casser des noix avec les dents. Mais il doit faire ça dans des circonstances particulières en fermant les yeux. A la clef, bien sûr, la main de la princesse moche et le titre de roi. Sauf que, évidemment, catastrophe, en procédant au cassage de la noix , il piétine la reine des souris, ouvre les yeux.. et récupère la malédiction de mocheté. Et haine farouche du nouveau roi des rats, dôté de 7 têtes, et fils de feue la reine qui vient de finir en crèpe sous les pieds du maladroit, changé en pantin. Réaction immédiate de la princesse, : je suis redevenue belle, il est moche, tant pis pour lui, donc rien à faire, je ne vais pas me marier avec une mocheté pareille!
Et blablabla, c'est pourquoi ton jouet est si moche. Marie en est donc sûre, le jouet est un être humain ensorcelé!

Mais ce n'est pas tout, le roi des souris a la rancune tenace, et nuit après nuit, vient faire du chantage à Marie " donne moi ceci à manger sinon, je détruits tout, y compris ton précieux jouet qui ne peut plus se défendre". Se rendant compte qu'elle va perdre toutes ses sucreries, tous ses livres, se vêtements, et peut être finir elle même mangée par les souris, elle tente le tout pour le tout donnant une arme de fortune au Casse Noisette, qui vainc enfin le roi des souris. Et lui offre en guise de remerciement, une visite de son royaume. Puisqu'il est légitimement le roi.
Le paradis pour une petite fille: rivères de limonade, de miel, palais de biscuits, villes entières de bonbons ( on se croirait chez dame Tartine). L'horreur pour moi qui pense à Hansel et Gretel. Si c'est trop beau, c'est un piège.

Sauf que rentré chez elle, elle entreprend de raconter son aventure au royaume des sucreries, à quel poit ctétait beauc, etc... et se fait jeter par les parents qui n'en peuvent plus de cette mythomanie, même le parrain qui l'a pourtant clairement alimentée se moque d'elle. Au point qu'elle sombre dans la mélancolie, et fini par prononcer tout haut le souhait que son jouet soit réellement un être vivant, qu'elle n'aurait jamais agit se manière si peu loyale evers quelqu'un qui aurait été défiguré par sa faute.
Conclusion? Hé oui, c'est un conte et c'était évidemment le mot clef piur rendre forme humaine au jouet. Le lendemain, Drosselmeier arrive avec un de ses neveux, arrivé justement chez lui la veille, vêtu en tout point comme l'enfant du conte, avant sa malédiction, et qui casse des noix avec ses dents, chose que tout le monde semble trouver normal. Un gamin adorable et pas du tout difforme.

Spoiler, vous connaissez la technique:
A peine seul avec Marie, le gamin lui explique qui "oui, c'est moi, ton jouet, tu as cru en moi, tu ne t'es pas moquée de ma laideur, tu m'a aidé, je te demande en mariage. Et on apprend alors qu'à la fin de l'année suivante, la petite Marie ( 8 ans!) se Marie avec lui (qui doit avoir à peu près le même âge) et part pour toujours.

Je trouve cette fin hyper glauque. En fait je me demande ce qu'on doit y comprendre: Marie est ensorcelée à son tour et emmenée dans un endroit maudit - car le parrain est un personnage très inquiétant et un peu sorcier - ou bien de manière plus réaliste mais pas moins sinistre: elle est pour toujours enfermée dans son monde imaginaire, entournée d'une famille qui croit que punir et se moquer peut guérir la mythomanie, et au final, il faut comprendre qu'elle est emmenée à l'asile. Ou qu'elle déprime et se laisse mourir, passant réellement dans l'autre monde, puisque le monde réel ne veut pas d'elle. De mon point de vue, je comprends la solution numéro deux: elle devient folle et est emmenée là où on met les malades mentaux.

En tout cas, il y a là quelque chose d'intéressant, on sait que les contes n'ont pas qu'une lecture possible, Hoffmann est quelqu'un doté de bien trop d'humour noir pour se contenter d'une féérie sucrée. Il mentionne d'ailleurs régulièrement le côté effrayant de Drosselmeier, ou le fait que sitôt dans le royaume de conte de fée, le Casse Noisette prend un air sarcastique et se moque de Marie, ce qu'elle n'avait pas vu venir. Donc, moins " gentil héros" d'un seul coup. 

En tout cas, cette histoire a des développements intéressants qui ont évidemment été évacués de la mise en scène au théâtre. Non seulement le jouet garde son aspect grotesque jusqu'à la toute fin, mais la
cruauté, surtôt mentale, est partout: on offre aux enfants des jouets qu'on leur reprend illico. On leur raconte des histoires farfelues, et on se moque d'eux s'ils y croient. Le roi des souris fait du chantage. Partout il y a ce genre de petits détails bizarres et menaçants, même dans le monde de rêve, où il est question d'un cbonhomme jouet décapité.
Il y a aussi une chose extrêmement intéressante dans ce passage: la foule des jouets semble vouloir procéder à une sorte de lynchage gratuit, mais se calme lorsqu'on prononce devant eux le mot " horloger". Pour eux un personnage mythique, leur père à tous, leur créateur invisible dont lévocation les calme pour un temps. Je ne sais pas quel était le point de vue de Hoffmann sur la religion, mais, il semble nous dire qu'il s'agit d'une mascarade. Camme je pense, cette critique implicite de la surabondance, qui au final, noie la qualité sous la quantité, la vérité sous le décor.

Je parlais plus haut des apparences: les enfants se lassent vite de ce qui brille mais n'a pas de vie propre, Marie voit par contre des objets inanimés prendre vie. Elle délaisse des jouets plus jolis, plus prestigieux pour celui dont elle aperçu la nature profonde, et donc va spontanément au delà des appenrence, au contraire de la princesse de l'histoire pour qui seule compte l'apparence.

Et encore une autre piste, plus évidente: le pouvoir de l'imagination, et de la lecture aussi. Drosselmeier réalise en automates les choses que son imagination invente, Marie voit exactement le monde qu'elle a envie de voir, les récits incroyables sont partout...l'imagination va peut être jusqu'à son exagération, la mythomanie.

Donc au final, ça ne métonne pas du tout que cette courte histoire très bizarre ait eu autant de succès, elle regorge d'interprétations possibles

Alexandre Dumas: La trame générale est à peu près la même, sauf qu'au lieu de commencer directement par l'histoire, Dumas nous fait un prologue, expliquant pourquoi il s'est retrouvé, lui auteur à succès, à devoir raconter une histoire à une groupe d'enfants turbulents et pourquoi il l'a empruntée à un autre auteur, alors inconnu. Ca ne parait pas grand chose, mais ça donne un cadre " réaliste " à la chose et du coup, ça limite la portée horrifique.
(détail culturel intéressant: il explique aux enfants ce qu'est un arbre de Noël, tradition allemande que personne au milieu du XIX° siècle ne pratiquait en France, les enfants ne connaissent pas. C'est intéressant à cette époque de préciser que deux pays voisins ont des traditions différentes, et ni l'une ni l'autre n'est meilleure)
Mais, alors qu'il était en plein récit de ce qui se passe un 24 décembre à Nuremberg, le lecteur revient dans le "monde" où Alexandre Dumas raconte ce qu'est un arbre de Noël. Les choses étranges se passent dans le récit allemand, pas dans le cadre tout à fait sécurisé d'un goûter d'enfants en régon Parisienne. Ceux qui connaissent la définition du fantastique par Todorov voient ce que ces allez- et- retour peuvent poser comme problème.
Et ça ne s'arrête pas là, Dumas est en générl bon en narration, avec un humour et des adresses au lecteur qui font comprendre que tut ce ci n'est que du roman, mais ce qui passe bien pour un roman, passe beaucoup moins bien pour un conte. Il explicite TROP de manière cartésienne, ce qui se passe dans l'histoire de Pirlipat et la noix de Krakatuk, alors que le conte et la magie ne doivent justement pas être expliqués. Il délaye en rajoutant des références et de l'intertextualité ( références historiques à Cléopâtre, à César, à la légende de Laridon,à Shakespeare,  petites vacheries à l'égard de l'Académie Française). Je me dis que s'il a réellement raconté tout ça à une vingtaine d'enfants de 10 ans, ils se seront vite endormis, tant ce sont des références au monde adulte du XIX° siècle. De même la bataille des poupées contre le roi des souris, décrite par un français du XIX° sicèle prend un côté politique qu'elle n'a pas à l'origine. L'armée de jouets est rebaptisée une garde populaire et il est bien question de renverser le roi. Et donc il en fait une allégorie de la Révolution Française.
C'est un peu le problème: là ou Hoffmann se contente de raonter un conte , sans adresse au lecteur où à un auditoire, sans excpliciter, de manière donc très allemande, Dumas raconte " à la française" en rajoutant des références qui n'apportent rien, si ce n'est de montrer que nous somme un peuple cultivé qui maîtrise ces références.  Le conte prend un côté trop savant.
Et est expurgé de ses notes bizarres et un peu cruelles.
La fin est plus positive, la famille se mque un peu de Marie, mais moins méchamment, lors de la visite du pays magique, le casse-noisette n'a pas comme chez Hoffmann quelques sautes d'humeurs ou un sourire sarcastique, ou des paroles moqueuses...par contre il a un prénom: Nathaniel. C'est quand même un peu moins impersonnel que " le casse-noisette".
Spoiler : Oui, il y a bien le gentil garçon redevenu humain grâce au souhait de démiurge de Marie, qui arrive,  demande la gamine en mariage, mais de manière très officielle à ses parents, et donc oui, elle va devenir reine du pays des poupées, mais elle ne disparaît pas comme ça un jour presque sans prévenir.

Mais oui, même si Dumas reprend par endroit des phrases entières de Hoffmann, comme s'il s'agissait d'une traduction, sa manie de tout expliciter, de s'adresser à l'auditoire ou au lecteur avec force clins d'oeil casse le principe du conte, qui devient " un peu trop gentil et pas assez menaçant". Autant c'est un auteur ( ou collectif d'auteur, on en a déjà parlé) que j'apprécie pour les romans fleuves, ou un peu d'humour et de cassage du 4° mur ne pose pas de problème, autant pour un conte, c'est exactement ce qu'il vaut mieux éviter. Le conte aime les brumes allemandes et le flou, beaucoup moins les explications quasiment techniques. On perd en cruauté, en humour noir et en mélancolie.
effectivement, je pense que c'est intéressant: chaque récit est bien dans l'air du temps de son pays. Romantisme allemand pas toujours bien compréhensible, vs salon littéraire en miniature du XIX° siècle français, brillant, mais un peu vain.
Sur ce point là, je penche plus pour l'approche germanique.

3 étape: les adaptations sur scène.

Alors, les différences scénaristiques majeures, je la mentionne déjà, pour ensuite ne parler que mise en scène et musique, mais voilà:
- il y a a deux parties: toute l'histoire à Noël, jusqu'à la victoire sur le roi des souris, puis toute l'aventure au pays magique, avec félicitations officielles de la reine pour Marie (le casse-noisette n'est pas le roi du pays imaginaire, mais une sorte de chevalier ensorcelé)
- Il reprend forme humaine dès la victoire sur le roi des souris - une seule bataille au lieu de deux - et est donc redevenu humain lors de leur visite du pays magique. Dans les contes, il reste sous forme pantin, et ne reprendra sa forme humaine que bien plus tard. Ha oui, il est supposé avoir peut être entre 10 et 15 ans chez Hoffmann, c'est un gamin. Et 18 ou 19 ans chez Dumas. Marie en a 7 ou 8.
On est d'accord que le rôle étant tenu par des adultes, ça brouille et permet des sous entendus nettement plus " adultes".  Ceci dit, on aurait pu garder l'option " pantin" qui dans la première partie est joué non par un danseur, mais par une danseuse déguisée en pantin.
- la fin: On prend tout à fait le partie de " tout n'était qu'un rêve", Marie se réveille, constate que son jouet est toujours là sous forme de pantin de bois, le remercie. Si réeelement il y avait ensorcellement, l'esprit du chevalier est reparti dans le monde imaginaire et y reste. Marie semble heureuse de son joli rêve et FIN! oui, c'est une conclusion très abrupte qui arrive comme un cheveu sur la soupe!

Donc, après la version allemande et la version française, allons écouter ce que Piotr a à nous en dire!

Je zappe volontairement les adaptations en films animation, etc.. il y en a trop, du très sérieux au parodique ( bien que je sois assez tentée par la version de la série  TV " Contes de Grimm", allemande elle aussi, et qui souvent garde la cruauté inhérente aux contes. Et donc apparemment ils font de temps en temps des incursions chez d'autres auteurs). PAr contre n'insistez pas je ne chroniquerais pas Barbie Casse-noisettes, sauf un 1° avril éventuellement !

vendredi 16 octobre 2020

Littérature, spectacles, fantastique: Les contes d'Hoffmann - Offenbach et ETA Hoffmann

Vendredi au théâtre n° 2, cette fois, on va l'opéra.
Après le mignon fantôme rose de Théophile Gautier, j'embraye donc sur ETA Hoffmann, et son double théâtral mis en musique par J. Offenbach.

Un oeuvre musicale fondamentale pour moi, je l'ai écoutée en boucle étant enfant . Oui c'est bizarre mais j'ai plus écouté de classique et de jazz que de trucs pour enfants.

Et c'est cette version qu'avaient mes parents, avec sa couverture psychédélique un peu flippante.
Et j'étais en train de me dire " comment s'appelait le chanteur principal, impossible de me souvenir de son nom?"
Que.. QUOI?!... non?... si! Encore un! Je vous jure que je ne fais vraiment pas exprès.
Purée, il y a vraiment un lien mystique entre ce prénom, ou ses variantes et moi. Je commence à me dire que l'univers m'envoie un signe très appuyé.
Bon, ben, un Nico de plus. Que j'ai toujours pris pour un italien, je viens donc juste de découvrir qu'il était suédois, et mort il y a 3 ans. Elizabeth Schwarzkopf et Victoria de Los Angeles, rien à redire sur la distribution 3 étoiles.


Hoffmann, donc, le vrai, Ernst Theodor Amadeus, est un auteur allemand moins connu du grand public que ses prédécesseurs Goethe et Schiller. C'est l'un des meilleurs représentant du genre fantastique allemand, avec ses contemporains les frères Grimm. Oui je classe les contes en fantastique, on y reviendra un de ces jours.
Et pourtant c'est un de mes favoris. Car il a écrit des nouvelles, donc ça se lit très facilement quand on a peu de temps. Et surtout, pour qui veut tenter la lecture en VO, une nouvelle est peut-être moins contraignante qu'un roman entier.

De plus, si j'ai mentionné Mérimée, Gautier, Maupassant aussi pour le fantastique bien qu'ils aient écrit beaucoup d'autres choses, Hoffmann, lui, s'est vraiment illustré dans le domaine des nouvelles fantastiques. Des fantômes, des apparitions inquiétantes, un prototype de robot ( automate, mais quand même, c'est déjà presque une histoire SF!), le diable, un sorcier par ci, une malédiction par là.

Et le tout saupoudré d'un humour sarcastique qui fait plaisir.
Je cite "Hoffmann est donc un provocateur qui use d'un comique littéraire subtil et que remarque Charles Baudelaire dans le conte Princesse Brambilla, chef-d'œuvre de son art humoristique. Le poète français explique que « ce qui distingue très particulièrement Hoffmann est le mélange involontaire et quelquefois très volontaire, d'une certaine dose de comique significatif avec le comique le plus absolu. » Il poursuit : « Ses conceptions comiques les plus supranaturelles, les plus fugitives, et qui ressemblent souvent à des visions de l'ivresse, ont un sens moral très visible. » Selon Baudelaire, Hoffmann donne l'impression d'être un physiologiste ou « un médecin de fou » (un aliéniste) tant ses descriptions sont réalistes. Ainsi, Princesse Brambilla est un véritable « catéchisme de haute esthétique »39." Merci
wiki.

Je ne le savais pas. Une fois de plus, Charles et moi sommes d'accord. Ca a beau être le mois halloween, je vais continuer à distribuer des coeurs géants, pire que le 14 février. Moi qui voulait faire de la Saint Baratin un Halloween bis... C'est Halloween qui devient une déclaration d'amour à l'art.

Et donc les contes d'Hoffmann ( l'opéra) se base sur principalement 3 nouvelles de Hoffmann ( l'auteur) qui sont racontées par Hoffmann ( le personnage principal) lors d'une soirée de beuverie.

Ce n'est pas un bug dans la Matrice.

Rembobinons: Dans l'opéra, le personnage nommé Hoffmann est un écrivain en panne d'inspiration. Il est particulièrement doué pour s'embarquer dans des histoires sentimentales pas possibles, ce qui a le don d'irriter la Muse de la poésie, puisqu'il préfère draguer et se saouler plutôt que se consacrer à l'Art. Elle va donc emprunter l'apparence de Nicklaus, meilleur ami d'Hoffmann, pour le tirer de force de la taverne où il est retranché avec force bouteilles et joyeuse compagnie.

Dans le théâtre voisin, la chanteuse Stella, dernière conquête en date du - z- héros, fait envoyer à Hoffmann une lettre avec la clef de sa loge. Lettre interceptée par le conseiller Lindorf, qui se dit qu'il irait bien volontiers à ce rendez-vous qui ne lui a pas été donné. Et évidemment, Lindorf le notable et Hoffmann l'écrivain ne peuvent pas se supporter.

Ce triangle amoureux de base va réapparaitre sous forme codée dans les histoires racontées pendant les trois actes qui suivent. On pourrait les intituler "les pires échecs sentimentaux d'Hoffmann", puisque chaque fois, il va raconter comment il s'est ridiculisé devant pas mal de monde, à cause de l'avatar de Lindorf dans l'histoire du moment, qu'il fait à chaque fois intervenir dans ses récits comme un "diabolus"ex machina, tant il le déteste.

Acte I: Olympia. Adaptation de"l'Homme au sable". Hoffmann tombe amoureux d'une femme qui n'en est pas une. Non, ce n'est pas un homme, mais un automate. Evidemment, tout à été mené par le nommé Coppélius- Lindorf, qui, pour se moquer d'Hoffmann, lui a vendu des lunettes magiques, qui lui font voir Olympia comme un être vivant alors qu'elle est pour le reste du monde qu'un automate bien raide. Hoffmann, amoureux d'une femme qui n'a pas de coeur (et pas de cerveau non plus).

Acte II: Antonia. Adaptation du "violon de Crémone/ Le conseiller Crespel" Antonia est la fille du conseiller Crespel. Feue sa mère était une chanteuse d'opéra, décédée d'une crise cardiaque. Antonia aime chanter, et a elle aussi une jolie voix, qui pourrait lui ouvrir une carrière sur scène. Mais son père le conseiller refuse qu'elle se lance dans une carrière artistique, dangereuse d'après lui pour sa santé. Hoffmann veut la convaincre de tenter sa chance ( sans savoir le risque qu'elle court). Arrive le docteur Miracle - Lindorf, qui, avec ses pouvoirs magiques, fait apparaître le fantôme de la mère d'Antonia, lequel la pousse aussi à chanter, bien que ça puisse lui être fatal. Et c'est évidemment ce qui se passe. Hoffmann, amoureux d'une femme qui a un coeur cette fois, mais défaillant.

Acte III: Giulietta. adaptation des aventures de la saint Sylvestre. Pour oublier ses deux précédents échecs, Hoffmann est parti en Italie.Il va tomber entre les griffes de Giulietta, une prostituée vénale, payée par le dénommé Dapertutto, pour "voler" des choses à ses conquêtes grâce à des objets magiques. Au précédent, Peter Schlemihl, elle a volé son ombre - d'après " l'histoire fantastique de Peter Schlemihl ou l'homme qui a vendu son ombre" A.Von Chamisso. Ce titre long comme une année sans vacances est un petit livre très drôle qui revisite avec humour le Faust de Goethe. Faust vend son âme, Peter son ombre.. et ça va lui poser beaucoup de problèmes.Très peu connu en France, et c'est bien dommage.
Sa nouvelle mission est donc de voler dans un miroir le reflet de Hoffmann.
Pourquoi? Bah, comme ça, parce que Dapertutto, le docteur Miracle, Coppélius sont les versions fantasmées de Lindorf, qu'Hoffmann met à toutes les sauces dans ses récits, tant il le déteste.
Hoffmann, amoureux d'une femme dont le "coeur" est à vendre.

épilogue: Hoffmann jure qu'il en a fini avec les femmes, toutes des... et explique à ses compagnons de picole que ces 3 histoires sont de fait des inventions pour représenter Stella, l'artiste, qui, en résumé, se fait passer pour une pure jeune fille mais ne vaut pas mieux qu'une.. euh, on va dire gentiment, courtisane. Devinez qui arrive à ce moment?

Stella.

Qui, entendant ce que Hoffmann (qui a peut être un coeur mais pas de jugeote), raconte à ses potes, le plaque instantanément. Pour Lindorf. Au moins, ce n'est pas un soiffard de taverne qui l'insulte en son absence.
Ne reste donc plus à Hoffmann qu'à cuver en maudissant les femmes en général, et se consacrer enfin à sa seule muse , qui, toujours travestie en Meilleur ami, ambiguïté XXL, fait littéralement une déclaration d'amour à son écrivain.

Vous comprenez pourquoi j'adore? Ce n'est pas une intrigue linéaire, on est loin du simple triangle amoureux de base, le personnage décrit comme un diable n'est qu'un type normal, le héros assez misogyne se fait plaquer par sa nana après l'avoir descendue en flamme devant tout le monde et c'est bien fait pour lui. Et pour finir une scène plutôt culottée. On est loin du standard des intrigues d'opéra.

Musicalement, c'est un bijou. Offenbach était un petit rigolo, mettant en musique des sujets souvent humoristiques, mais qui pour moi est musicalement du même niveau que Rossini. Ses adaptations musicales des fables de la Fontaine sont des pépites d'opéras en miniature.
Clairement, c'est un de mes compositeurs favoris et un de ceux que j'ai le plus de plaisir à chanter.
Les contes d'Hoffmann sont remplis du début à la fin d'air plus brillants les uns que les autres.

A noter que c'est le même baryton/basse qui interprète Lindorf et ses variations, et c'est pour moi un vrai plaisir à écouter.

Surtout "Scintille diamant", de l'acte III. Peut-on avoir un coup de foudre pour UN air? Oui. Depuis ma première écoute, ce morceau " diabolique" est mon absolu favori - et je regrette presque d'être une femme car je ne peux pas le chanter. Enfin si, seule chez moi.

Au choix, José Van Dam (baryton-basse, tonalité habituelle)

Ou Samuel Ramey, grand spécialiste des rôles de diable ( tonalité abaissée pour basse, plus rarement entendue, vous pouvez donc écouter ici la différence entre baryton-basse et basse)


La barcarolle est plus connue, mais pour moi c'est vraiment "Scintille Diamant" qui est le diamant de cette oeuvre.

 
Oui c'est très exactement l'endroit que vous pensez. Belle nuit d'amour... tarifée et en groupe.

Olympia, l'automate qu'il faut réparer comme une formule 1. A chanter évidemment de manière extrêmement raide et cocasse.


Trio Antonia, Miracle et le fantôme . Les 4 rôles féminins ne sont pas tenus par la même chanteuse, ce sont toutes de soprani, mais aux timbres différents. En tout cas Olympia est une colorature, donc beaucoup plus dans les aigus que les autres (une voix caractérisée par peu de graves, mais des aigus très virtuoses. Je  n'aime pas du tout, heureusement la nature m'a épargné ça)
 

l'air de Kleinzach ( référence à " le petit Zacharie" autre nouvelle de ETA Hoffmann), qui part en vrille parce que Hoffmann est rond comme une bille et délire sur Stella.
 

Vraiment pour les gens qui ne connaissent pas le chant ou la musique classique, c'est par cette oeuvre- là que je conseillerais de commencer: humoristique, fantastique, qui ne se prend pas au sérieux, avec un héros loser qui reçoit la monnaie de sa pièce.

jeudi 23 juillet 2020

Die Leiden des jungen Werther / Les souffrances du jeune Werther - Goethe

Un des défis de cet été était de lire quelque chose en allemand. En récupérant mes cartons au garde meuble, j'ai donc retrouvé mes livres en VO, et en déménageant, j'ai aussi trouvé l'édition francophone qui était chez mes parents.

Or j'ai eu envie de tenter une méthode autre pour pratiquer les langues.
Elle était proposée dans une conférence par mon homonyme Lydia Machova qui l'a utilisée pour compléter son apprentissage d'espagnol.
Lire un livre bilingue , tout en écoutant l'enregistrement en livre audio.
Je n'ai pas d'attirance spéciale pour les livres audios en français mais là, l'intérêt est de pouvoir écouter la prononciation tout en lisant. Et donc d'améliorer l'écoute et la sensibilité aux sons de la langue. et in fine sa propre prononciation. Ecouter beaucoup de textes en russe, même sans les avoir sous les yeux a été très efficace de ce point de vue, et , bien qu'ayant un assez bon niveau en allemand, il me reste quelques pierres d'achoppement ( les h aspirés qui n'existent pas en français, les voyelles de différentes longueurs.. qui peuvent vraiment différencier les mots: aus et Haus, ihr et hier, den et denn)

Jusqu'à présent je n'étais pas allée plus loin que de lire des nouvelles avec une édition bilingue.

Donc le choix de Goethe..
- parce que auteur absolument incontournable de la littérature de son pays ET mondiale.
- livre classique, dont j'avais déjà l'édition en vo et une traduction
- qui dit livre classique dit facilité à trouver un enregistrement, et il ne m'a pas fallu plus de 30 secondes pour  le trouver sur youtube.
- la structure en roman épistolaire permet de le découper facilement pour étaler la lecture sur plusieurs jours, d'autant que je l'ai lu 3 fois: Une première fois en écoutant, une seconde en VO, en prononçant à haute voix ce que je lisais et en prenant des notes de vocabulaire à ajouter un jour à une liste, et une troisième en VF pour vérifier le sens . Donc 3 fois plus de temps.



Donc avant ma lecture voilà à eu près ce qui me restait en mémoire.. " l'histoire d'un type aux tendances dépressives qui tombe amoureux d'une femme mariée, et n'arrive pas a dépasser ça." Et bien sûr la fin,attention spoiler, au cas où l'illustration su mon édition française ne serait pas assez explicite, il finit par ce suicider..
J'avais aussi en mémoire deux choses: j'avais bien ri en le lisant ( alors que ce n'est absolument pas le but), d'une part parce que le héros se rend très souvent ridicule avec ses accès maniaco-depressifs et.. l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère quand il s'agit de glisser des vannes sur la bureaucratie, la société de son époque, les importuns, les imbéciles... J'ai presque l'impression qu'il a écrit l'histoire d'amour tout autour juste pour donner un cadre à ses portraits de la vie quotidienne en Hesse au XVIII°siècle.

Donc Werther, un jeune bourgeois assez fortuné est parti se mettre au vert après avoir brisé le coeur d'une femme.Il se retrouve dans une petite ville. Il est supposé s'occuper de régler un différent entre sa tante et sa mère pour une question d'héritage, chose qu'il ne fait absolument jamais. Ses seules occupations sont: promener dans la campagne et dessiner les paysans pittoresques qu'il rencontre ( et au XXI° siècle sa gentille condescendance de riche oisif auprès des autochtones qui triment aux champs est assez pénible, mais autres temps autres moeurs). Jusqu'au jour où il rencontre Charlotte "Lotte", esclave serviable fille aînée de famille bourgeoise, dont la vie se passe à s'occuper de ses 8 frères et soeurs. On ne voit jamais son père qui passe son temps à se promener à cheval et la laisse trimer. Quand elle a 5 minutes à elle Charlotte aime bien lire des romans sentimentaux, ou jouer du clavier.
Et surtout Charlotte est très fiancée à Albert, un type qu'elle adore visiblement, est momentanément absent, lui aussi pour une histoire d'héritage et lui manque beaucoup.Werther, qui est au courant de tout ça, avant même de la rencontrer, va malgré tout développer une obsession sentimentale pour Charlotte, se faire des châteaux en Espagne sur la vie avec Charlotte à la campagne.. qui s'écroulent évidemment au retour d'Albert.

Ha, Charlotte, j'avais oublié à quel point ce personnage est ennuyeux. En fait c'est le problème, elle n'est vue qu'à travers des délires obsessionnelles de Werther. On sait qu'elle est jolie et a les yeux noirs, mais tout le reste ne sont que ses délires. Je pense que Goethe en a fait justement un personnage si " parfait" ( aux yeux du héros) que pour faire comprendre à quel point c'est une femme très banale en fait, si on transposait actuellement , une femme au foyer qui lit des romans de gare en attendant le retour de sonpetitami/ mari.
Ce qui me fait dire ça, c'est que peu avant la rencontre de Charlotte, Werther lui même explique avoir discuté avec un paysan, fou amoureux de sa patronne et dit quelque chose comme " son enthousiasme et sa sincérité font plaisir à voir, mais je préfère ne pas rencontrer la dame, et continuer à l'imaginer au travers du portrait qu'il en fait. La réalité serait probablement bien décevante" . Goethe est bien trop malin pour que ce mini épisode qui n'a l'air de rien ne soit pas significatif"
Mais non Charlotte est parée de toutes les qualités, un ange, une merveille, la plus belle femme au monde, la plus gentille, la plus intelligente, la plus dévouée, la plus, la plus...sa présence est baume pour les mourants ( oui oui, qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas une subtile ironie)
Ce qui en littérature en fait un non personnage.
Je pense qu'il n'y  pas non plus de hasard dans le fait qu'Albert comme Werther aient la même préoccupation ( recouvrer un héritage) et se répondent en écho: Albert cherche un travail et en trouve, Werther vadrouille et ne fait rien malgré la promesse faite à sa mère de gagner sa vie.

Enfin, ça c'est la première partie,pas forcément la plus passionnante, en tout cas bien trop sentimentale.La seconde est celle dont je me souvenais le plus, à croire que Goethe a décidé d'emballer tout ça sous un dehors de roman sentimental juste pour faire la pilule: il tire a boulets rouges sur la société de ce coin paumé de l'Allemagne de la fin du XVIII° siècle. C'est très drôle et assez jouissif...

Donc notre sombre héros, comprenant qu'il n'a aucune chance avec une femme quasiment mariée, ou qui s'estime déjà comme telle, se décide donc à se mettre en quête d'un travail. Comme un bon bourgeois instruit de l'époque, il n'a pas énormément de choix, et devient secrétaire d'un ambassadeur, puis d'un comte.
L'ambassadeur est un bureaucrate tatillon, du genre à lui faire refaire X fois un dossier parce qu'il y a trop d'adjectifs dans sa prose ( ou quelque chose de ce genre. Bon sang, j'ai eu la même!) , et déteste le comte, homme intelligent et cultivé, et surtout, qui a le pouvoir que n'a pas un bureaucrate. Le comte déteste les gratte-papiers faux-cul. Le comte a Werther en sympathie et ce dernier fait un peu le tampon entre l'administration et la noblesse. Mais il reste juste un bourgeois qui n'a pas sa place dans les cercles nobles, même de province, peu importe que son employeur l'apprécie ou pas personnellement, socialement il reste un serviteur, prié de dégager sitôt qu'arrivent les gens imbus de leurs titres. il y a aussi Fraulein B, une femme qui lui plaît parce qu'elle ressemble à Charlotte, mais nantie d'une vieille tante vaguement titrée qui rend toute relation impossible. Les bourgeois de la ville sont souvent des gens qui- passez l'expression- pètent plus haut que leurs culs.
En tout cas ces portraits au vitriol sont jouissif, et on devine Goethe qui parle par la voix de son personnage. En tout cas, les hypocrites, les mesquins, les jaloux, les arrivistes, les gens qui se la racontent, les bas du front s'en prennent tous pour leur grade et deux siècles et demi après , ça n'a pas vieilli. J'ai lu à voix haute des passages de la VF à ma mère qui y a reconnu des gens, elle aussi. On a toutes les deux bossé dans ce papier de crabes prêts à tout pour passer devant les autres qu'est l'administration, et il y a deux siècles et demi, c'était déjà comme ça.


Donc retour à la case départ pour Werther qui en, en tant que penseur sensible à défaut d'être toujours sensé, et farouchement opposé aux inégalités qu'il ne peut pas combattre à on petit niveau,  retombe dans son travers et revient se faire du mal en tournant autour de Charlotte, mariée entretemps et contente de l'être. Ca finira mal, vu que Goethe distille la fin peu à peu par petites touches dans les pensées noires que Werther écrit à son meilleur ami, ce n'est pas une surprise.

L'influence du livre a été telle à l'époque qu'il y a eu une Werthermania, chez les gens qui se sentaient peu en phase avec leur société: les femmes adoptant la même robe que Charlotte au bal, les hommes s'habillant de la même manière que le héros, et certains, révolté à vide, suivant hélas la même pente fatale que lui ( 12 ans plus tard, ils auraient vu bouger des choses au niveau social, en France et dans le reste de l'Europe). Je suis presque sûre qu'il y a eu une vague de naissances de Charlotte et Albert suite à la parution.  on ne sait pas le prénom du héros, mais en tout cas son nom évoque obligatoirement " Wert", la valeur. Donc plus ou moins " Valeureux" mais une valeur qui ne trouve pas d'emploi réel, ou simplement une place qui lui convienne.

(ceci dit sur un thème voisin, il y a le plus tardif  René de Châteaubriand qui est in-supp-or-table. Tiens faut que je dise à quel point il m'a ennuyée, celui là.au moins Werther a le mérite, dans sa rédaction de passer un message, tellement bien senti qu'il est toujours d'actualité,sur la société et ses travers.)

1777, un des romans les plus importants de la littérature allemande,
je crois qu'on peut parler de classique.
Je vous le recommande, au moins pour la charge sociale, qui permet de tempérer les jérémiades du héros jamais content.
Et mission accomplie:lire un livre en entier et log en allemand. Je suis fière de moi.
Les prochains seront plus courts.
A noter qu'il y a une adaptation en opéra par Jules Massenet, crée en français et.. traduite en allemand ( donc d'après un livre allemand traduit en français, la logique , figure1), qui concentre l'action de 3 ans sur 3saisons,et prend le parti que l'attirance de Werther et Charlotte soit réciproque, amour impossible parce qu'elle est fiancée,  déclaration d'amour, tout ça , tout ça.. Ce qui n'est pas le cas dans le livre d'origine: il sait un minimum se tenir et ne se lance pas dans une déclaration qui pourrait lui valoir une mise à la porte directe et une fin abrupte du roman, elle l'a probablement deviné ou le prend simplement pour un simple ami excentrique comme on en a tous, mais .. Friendzone version XVIII°siècle.

La version livre audio auf deutsch
J'aurais voulu mentionner le traducteur, mais l'edition que j'ai est si ancienne.. qu'elle ne le mentionne même pas ( ça se faisait comme ça auparavant, juste l'auteur, comme sil avait écrit directement en Français). il n'est pas daté, mais d'après ce que je trouve sur le net,l'édition daterait de 1944, donc  probablement un livre ayant appartenu à ma grand-mère maternelle ou à ma grand-tante, il n'y a qu'elles qui lisaient ce genre de choses .
C'est marrant, je n'y avait pas pensé, mais de me dire que l'une d'elles l'a lu auparavant, que j'ai repris le flambeau de la littérature classique, ça me fait plaisir,il y a une sorte de lien psychologique des générations. De se souvenir que des gens que j'ai à peine connus car j'étais jeune à leurs morts respectives, avait tels loisirs, lisaient ceci... ce n'est plus seulement un nom sur une page de généalogie. Le sachant, je garderai le livre au lieu de le mettre dans une boîte à livres, même si la traduction est datée.

La version Massenet est bien plus basique, moins " il s'est monté la tête tout seul", et bien sûr évacue toute la partie intéressante et la charge sociale si importante dans le roman. C'est ballot!
En voilà une version que je n'ai pas écoutée en entier, mais José Carreras est une valeur sûre. Après je ne suis pas fan de Massenet, donc l'écouterais-je un jour en entier, je ne sais pas...