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vendredi 11 novembre 2022

A l'ouest, rien de nouveau - Erich-Maria Remarque

Voilà un titre qui a attendu très longtemps, et pourtant il me tentait beaucoup. En fait, je l'avais en réserve depuis 2018, pour la thématique Grande Guerre, mais la reprise d'études très intense a repoussé la lecture.

Et puis voilà, en cette période macabre, pourquoi ne pas conclure le mois halloween avec une horreur, une vraie de vraie horreur, à côté de laquelle n'importe quel roman d'épouvante ferait pâle figure?
Une horreur encore plus glaçante car elle est réaliste et... terriblement d'actualité sur le front est ( au moment où j'écris, je me fais un sang d'encre pour mes amis russes qui sont mobilisables).
La guerre a changé de forme, on n'en est plus aux tranchées, mais le principe est le même: n'importe qui risque d'y être envoyé, même les réformés, même les inaptes, même les objecteurs de conscience, du moment que ça fait de la quantité sur le front, peu importe s'ils ne sont que de la chair à canon.

le livre a été un succès, réédité maintes fois avec différentes couvertures, voici celle que j'ai.
Une version assez ancienne, dénichée en boîte à livres.

Entre nous c'est un livre où il vaut mieux ne pas s'attacher aux personnages, dans la mesure où ils peuvent d'une page à l'autre passer de vie à trépas.

On y suit le narrateur, Paul, et ses camarades de classe. Ils ont 19 ans, devaient finir le lycée, et continuer leurs études ou travailler, et ont été poussés par leur professeur principal, nommé Kantorek, par la société, par leurs familles même à s'engager " volontairement" pour aller sur le front. On est entre 1914 et 1918. En Allemagne. on leur a parlé d'héroïsme, de défense de la patrie ... rappelons que tout ce bordel européen est venu de l'assassinat par un terroriste serbe, d'un lointain parent du kaiser autrichien.. Qu'avaient à voir l'Allemagne ou la France dans l'histoire? Simplement des traités d'alliance avec les pays qui les premiers ont décidé de se mettre sur la tronche. Les allemands du livre, comme els français de.. par exemple dorgelès, sont allés se faire trouer la peau, parce qu'un serbe qu'ils ne connaissaient pas a trucidé un autrichien qu'ils ne connaissaient pas... et c'est exactement l'absurdité de la situation qui va être mise en avant. ceux qui parlent le plus fort d'héroïsme sont précisément, ceux qui restent dans les bureaux , au lieu d'aller risquer leurs vies dans un pays étranger ( l'action se passe sur els tranchés, du côté du nord Pas-de-Calais)

Et dès le premier chapitre, le ton est donné, c'est jour de fête pour la compagnie où ils se trouvent. Les rations de nourriture et de tabac sont doublées. Pas pour que les soldats soient en forme, mais parce que la veille, la moitié de la compagnie a été tuée dans un bombardement, et personne n'a prévenu le cuisinier. Ils sont donc au front depuis suffisamment de temps pour ne plus s'attrister d'un événement pareil, mais simplement profiter de l'aubaine, touts en se disant qu'ils ont eu beaucoup de chance de ne pas faire partie de la mauvaise moitié.
Dans ce monde, il n'y a plus d'intimité, ou si peu et Paul ne nous cache pas que le soldats, constamment menacés, accordent une valeur inimaginable à des choses simples: admirer les coqueliquots ou faire une partie de cartes assis entre copains sur des toilettes portatives dans un coin de campagne ( la chose étant au final aussi normale que manger ou boire en public) plutôt qu'à 20 dans les latrines communes.

Est-ce à dire que l'empathie ou la compassion ont totalement disparu... pas vraiment, mais le dénuement est tel que lorsqu'un camarade est amputé et risque de mourir, on s'inquiète autant de lui que de sa bonne paire de chaussures: s'il meurt, elles vont être volées par les infirmiers; et s'il survit, il n'en aura plus besoin , c'est dommage de les laisser se perdre, alors qu'un autre pourrait les utiliser. Mais on soudoie quand même les infirmiers avec des cigarettes, pour qu'ils lui fassent une piqûre de morphine, ultra rationnée. La compassion est disons, limitée par la conscience qu'on ne sera peut-être soi-même plus là le lendemain, et l'instinct de survie passe devant le reste. A plusieurs reprises, la masse des soldats anonymes, dans leur tranchée est mise en parallèle avec celle des rats qui y pullulent et leur volent le peu de nourriture qu'ils ont. Les humains sont, par la volonté d'autres humains, devenus des rats, uniquement occupés  à tenter de manger et de dormir. Par fois, ils se remémorent leurs cours au lycée, la géographie, les mayths, l'histoires.. pour faire le constat que tout celà, la culture générale, ne sert plus à rien quand est ici.

Les pensées de Paul, qui se souvient de Kantorek, des pensées à la fois parfaitement rationnelles et terriblement amères, se soldent toujours par un constat d'échec: peut-on lui en vouloir personnellement? Il y a des milliers de Kantorek dans le pays, qui poussent les autres à aller se battre, mais ne s'engagent pas, eux. Le premier bombaredement a été pour eux la désillusion et le constat amer que Paul Valeruy avait défini " la guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas , au profit de gens qui se connaissent mais ne se massecrent pas". Les professeurs, les bourgeois, le politiciens ont perdu toute crédibilité du jour au lendemain.

« Ils auraient dû être pour nos dix-huit ans des médiateurs et des guides nous conduisant à la maturité, nous ouvrant le monde du travail, du devoir, de la culture et du progrès – préparant l'avenir. Parfois, nous nous moquions d'eux et nous leur jouions de petites niches, mais au fond nous avions foi en eux. La notion d'une autorité, dont ils étaient les représentants, comportait à nos yeux, une perspicacité plus grande et un savoir plus humain. Or, le premier mort que nous vîmes anéantit cette croyance. Nous dûmes reconnaître que notre âge était plus honnête que le leur. Ils ne l'emportaient sur nous que par la phrase et l'habileté. Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu'ils nous avaient inculquée. » chapitre 1.

Par la suite Paul continue à ne rien nous cacher: Le vol de poules et d'oies pour se nourrir, la chasse aux poux, le fait de devoir écrire aux parents d'un camarade d'enfance que celui-ci ne reviendra pas, l'impossibilité d'être en phase avec la société civile lorsqu'il part en permission (seule sa mère comprend ce qu'il ressent); le harcèlement exercé par les petits chefs; l'espoir d'être blessé perçu comme une chance de retour à la vie normale; la diffiulté à rester sain d'esprit dans ces circonstances.
Et parfois l'espoir de s'en sortir, oui.. mais pour faire quoi? Les plus âgés avaient un métier ( facteur, agriculteur, instituteur.. ) et pourront peut-être le reprendre s'ils s'en sortent vivant et pas trop amochés. Mais les autres, ceux qui sont passés directement de la salle de classe à l'armée, sans avoir eu le temps de réfléchir à un avenir professionnel, ou de découvrir ce qui leur plaît ou pas. Que faire, quand la seule chose qu'on a pappris dernièrement, c'est défiler et manier des armes, en mettant le cerveau au placard, à part peut-être une carrière dans l'armée pour devenir ensuite gendarmes? L'avenir, s'il existe, est bouché.

La version que j'ai lue ( et écoutée, en ce moment, je suis trop claquée pour simplement lire, ça me prend des plombes, donc j'ai fait comme les enfants, j'ai trouvé une version livre-audio, et j'ai suivi avec mon texte à la main, car il s'agit de la même traduction à peine modernisée par endroits) est vraiment pas mal. Je n'ai pas comparé le texte original avec la traduction, mais et c'est intéressant, on la croirait réellement sortie de chroniques françaises de la même époque. La traduction utilise exactement le vocabulaire d'argot des poilus. Au point que par moment je me suis demandée si les gens qui n'ont pas la moindre notion de ce vocabulaire ne vont pas nager entre le "marmitage" ou le " canon à rata".

Mais je trouve que cest très pertinent, et ici, la lecture en VF ne pose pas du tout de problème, d'un point de vue philosophique: Le même texte pourrait avoir été écrit de "notre" côté des tranchées. L'expérience côté allemand est similaire. Remarque a utilisé ses souvenirs de soldat pour écrire son roman, qui plonge réellement le lecteur dans le quotidien de soldats de la Première Guerre mondiale.
Les engagés " volontaires" n'étaient pas plus volontaires, que ce soit du côté triple entente ou triple alliance. La plupart étaient très mal informés des tenants et aboutissants de la guerre, et surtout de ce qui les attendait sur le front. La nationalité n'a pas d'importance, seule compte l'universalité de leur expérience et de leur ressenti. La majeure partie des personnages, hormis le narrateur et ses quelques proches, sont anonymes, désigné simplement par un surnom ou une caractéristique: la tomate (pour le cantinier rougeaud), le blondin ( pour une nouvelle recrue qui passe vite de vie à trépas)...

Et c'est terrible. il est imposible de lire ce roman sans être effaré par l'horreur, d'autant plus frappante que le narrateur, pour se protéger psychologiquement - une décompensation brutale est toujours possible - la décrit cliniquement, factuellement, voire ironise parfois à son sujet. Véritablement, je crois que j'ai rarement lu un roman aussi terrifiant ( et pourtant parfois étrangement poétique). 

Mais c'est là que je suis ravie d'être aphantasique et de n'avoir absolument aucune imagination visuelle.
Donc pour compenser, le" triptyque de la guerre" d'Otto Dix.


Un tableau très intéressant qui reprend la construction des triptyques religieux: le matin ( à gauche) les soldats partent au front, au milieu (jour) la bataille, à droite (soir) les survivants et les secours tentent de sauver les blessés qui peuvent encore l'être. En dessous, en lieu et place de gisants, sous une toile, ceux qui n'ont pas survécu.
Utiliser le format d'un tableau religieux pour un sujet pareil est tout sauf anodin, puisque ça revient à assimiler les soldats anonymes à des martyrs, et les infirmiers à des saints ( Dix a d'ailleurs peint son autoportrait en secouriste).  La crucifixion habituelle est remplacée par un squelette piteux qui désigne d'une phalange le champ de bataille.
Je ne sais aps de quel peintre ancien dix s'est réellement inspiré, mais pour moi, je le rapprocherait de deux tableaux de Mathia Grünewald: le retable d'Issenheim ( côté face pour la construction et le Jesus cadavérique) et pour les couleurs et le pandemonium, la visite de Saint antoine et sa Tentation ( côté pile du même retable)
Ha, ben tiens, il n'y a pas que moi qui ai vu un parallèle!

Succès éditorial, mais qui a valu a son auteur la fuite à l'étranger, et au livre, férocement pacifiste, d'être parmis les autodafé nazi (ce qui est presque un gage de qualité, ironiquement). Je vois qu'il a été critiqué par un certain Jean Norton Cru pour son outrance sanguignolante, son invraisemblance digne d'un non combattant... euh. donc retournez voir le tableau de Dix. L'objectif est moins de faire "réaliste" qu'allégorique, le roman est un pamphlet contre la guerre, dans toute son absurdité, dont les personnages se raccrochent au peu d'humanité qui leur reste en essayant de ne pas la perdre. Pour certains ce sera tenir compagnie jusqu'à la fin a un camarade agonisant, ou se serrer les coudes avec quelqu'un d'inconnu, mais qui compte soudain plus qu'un frère.
Pour l'agriculteur, ce sera qu'on abatte les cheveux blessés qu'il ne peut plus supporter d'entendre hennir de douleur.
Donc oui, l'auteur exagère sûrement, mais probablement comme quelqu'un de traumatisé dont les souvenirs empirent au fil des ans. Mais il faut croire qu'à son époque Norton Cru n'a pas trop prêté attention aux gueules cassées.

Une lecture qui compte donc pour le tour du monde ( Allemagne), la thématique germanique de mon mois Halloween, les classiques...
Ce mois ci c'est "classique d'un genre bien défini", donc pour moi " classique de guerre", ce qui est en plus une rareté pour moi, je m'aventure rarement dans ce genre de littérature. Et j'ai beaucoup aimé, puisqu'il s'agit d'un livre pacifiste. Je pense qu'on peut difficilement le liure et en sortir (ou rester) militariste. Tout comme on ne peut pas visiter le musée d'Hiroshima et en sortir militariste. Mais ne nous leurrons pas, les militaristes, pour éviter les dissonnances cognitives et de devoir changer d'avis, ne liront pas, et ne visiteront pas.

Et je vois qu'un film allemand ( enfin! les précédentes adaptations étaient américaines) est sorti ces jours ci. si j'ai l'occasion d'aller le voir en VOST, bien évidemment, pourquoi pas.
parce que brrr quand même, il n'y a pas de fantastique, mais c'est bien macabre.
et puis on retse dans mon fil directeur de ce mois-ci, germanique

classique de genre: classique de guerre, pour moi

11° livre et 9° pays: l'Allemagne ( VF)



ABC: lettre E pour Eric(h) ( variable selon les éditions)

mardi 25 août 2020

Calligrammes

 Juste un petit article pour marquer les 140 ans de la naissance de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.
Guillaume Apollinaire donc, c'est plus rapide.

Un vrai de vrai européen, fils d'une mère polonaise et d'un père italien né à Rome, naturalisé français.Et mort pour la France dans de tristes cironstances.

140, ce n'est pas un anniversaire très marquant, mais comme je ne sais pas ce qu'il en sera de ce blog dans 10ans.. . je profite de l'occasion.

Et plutôt qu'un long compte rendu de lecture, faute de temps, j'ai envie de mettre en avant ses très visuels calligrammes, par lesquels je l'ai découvert , quand j'étais au collège. Je pense me souvenir, avec la colombe poignardée et Lou, qui sont les deux plus connus.

Calligrammes, donc, sous titré  "Poèmes de la paix et de la guerre"j'aurais voulu le mettre en avant il y a 2 ans dans le cadre du centenaire de l'armistice, ça n'a pas été possible.

Et j'y repensais ily a quelques jours en retrouvant dans un carton "Corps et biens " de Desnos, et en le feuilletant. Il y a quelques fantaisies visuelles qui doivent beaucoup a précurseur du surréalisme qu'était Apollinaire, mais en moins développées quand même.

Certains sont plus légers , un chat composé de dictons sur les chats, d'autres sentimentaux, d'autres encore tellement tragiques que les transcrire linéairement serait les affadir, profitez donc de l'effet graphique:



Certains ne sont pas très faciles à lire, il y a des pâtés et des taches..difficile de faire autrement en contexte de guerre, et la facture du texte rappelle la condition de son écriture.












L'intégralité du recueil est lisible ici ( enfin, il faut beaucoup agrandir)

vendredi 11 novembre 2016

Otto Dix et la Grande Guerre

C'est vrai que je n'ai pas beaucoup été active sur le Challenge Grande Guerre de Denis (c'est le problème avec les challenges qui durent plusieurs années!) mais en cette année de centenaire de bataille d ela somme, tiens.. un billet spécial Grande Guerre pour le 11 novembre.
Et après le côté Triple-Entente l'exposition en Belgique, avec les poètes britanniques de la guerre et les cimetières  du nord de la France, les pièces de théâtres de cet été au festival, j'ai eu envie d'aller voir ce qui se passait dans le camp ennemi.
Ennemis?oui, enfin, tout autant victimes d'une politique absurde qui a entraîné toute l'Europe dans une invraisemblable escalade de violence sanguinaire.

D'une part je suis en train de lire " A l'ouest rien de nouveau", je vais tenter de le finir d'ici fin novembre,  mais j'ai eu envide de mettre en avant  la vision d'Otto Dix, peintre allemand ( 1891- 1963), engagé volontaire en 1914 parce qu'il voulait voir lui même de quoi il allait s'agir, et n'en est pas revenu indemne, en tout cas, mentalement. Il a transposé son expérience et ses traumatismes dans une série de tableaux et de gravures  (plus de 600!) d'une rare violence, qui n'enjolivent pas la chose. ce qui lui a valu par la suite d'être classifié comme peintre dégénéré par la politique nazie. Trop cru, trop critique envers le mythe national guerrier...

Otto Dix fait partie de la mouvance expressionniste, je vous bassine suffisamment avec ça au niveau cinématographique depuis pas mal de temps, , et voilà que je vais vous bassiner avec la peinture expressionniste.
Le but est le même: des oeuvres étouffantes, violentes, en équilibre instable, des couleurs saturées, des lignes brisées... on ne recherche pas le réalisme mais l'expressivité maximale. et paradoxalement, ces représentations irréalistes, parce qu'elles visent à exprimer un ressenti, et à partager une expérience plus qu'une image, sont presque plus " réalistes" qu'une peinture classique. La mort d'un soldat n'y sera pas héroïque ou idéalisée, c'est la triste situation d'anonymes considérés comme de la chair à canon qui y est dépeinte: du sang, de la boue, des os qui blanchissent au sol... " Ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face".. Dix l'a regardée en face et n'a pas détourné son regard, il met son spectateur dans la même situation. Je comprends que ça puisse mettre mal à l'aise, ce n'est pas de l'art pour faire joli, c'est de l'art qui dénonce.

Lichtsignale ( 1917) Signaux lumineux. Il pourrait presque passer pour une représentation de fête, avec ses couleurs vives, ses feux d'artifices.. mais cette débandade au premier plan ce ne sont pas de joyeux fêtards au carnaval, ce sont des squelettes et des fantômes sur un champ de bataille.
Pour moi ce tableau dépasse la simple impression visuelle, il est sonore et olfactif,  on y entend le sifflement des obus et les explosions, le mouvement de panique, l'odeur de la poudre et du métal chauffé...

Tryptique de la guerre ( 1939-1932) : l'oeuvre maîtresse du peintre qui reprend de manière très intelligente une structure religieuse: le tryptique, habituellement réservé aux sujets chrétiens. Normalement, dans la version la plus habituelle,  les panneaux latéraux sont réservés à des images de saints, le panneaux central à une crucifixion ( donc déjà une image de violence), ou scène de martyre d'un saint , et la prédelle ( partie du dessous) à des scènes de la vie du saint principal auquel est dédié le tableau. La technique est d'ailleurs aussi celle utilisée au moyen-âge , la tempera ( peinture liée à l'oeuf et tombée en désuétude depuis longtemps à l'époque de Dix)

Sauf que cette fois, ce ne sont pas des saints connus et nommés qui sont mis à l'honneur, mais une foule anonyme et sans visage ( de dos, ou masqué par des masques à gaz ou des pansements), avec une lecture en cercle: Droite>centre>gauche>en dessous>retour à droite, suivant le sens indiqué par le bras du squelette dérisoirement planté sur des poutres et qui domine la scène centrale, parodie de crucifixion.
L'armée anonyme part >se fait massacrer>on évacue les blessés> on enterre les morts> on recommence avec des troupes fraîches. Des couleurs claires aux sombres, du matin au soir.
Adéquation de la forme du tableau et de la technique, mais aussi finalement du sujet: c'est bien une peinture de martyrs. Des martyrs sans nom destinés à une tombe commune. Le seul personnage doté d'un visage, celui qui évacue un blessé, est un autoportrait du peintre, dans une tentative désespérée de sauver au moins une victime.
Magistral.

Les joueurs de Skat ( 1920). La guerre est finie.. mais à quel prix. Ces trois joueurs de cartes sont d'ancien combattants, des gueules cassées. Ils n'ont plus grand chose d'humain, et sont plus proches de ce qu'on appellerait maintenant des cyborgs. Une jambe et un bras à eux trois, pas beaucoup d'yeux non plus, des mâchoires métalliques, il jouent à cartes découvertes ( le jeu était faussé depuis le début) sous un lampadaire où apparait, fantomatique, une tête de mort. A quoi sert d'avoir gagné une croix de guerre lorsqu'on est plus qu'un homme tronc? Evidemment ces gueules cassées sont bien plus " cassées" que ne l'étaient les survivants ( à ce niveau, personne n'aurait survécu, l'effet d'accumulation est presque drôle, d'un humour noir cynique ), mais résume l'ensemble des blessés de guerre.

Eux ont encore la chance de pouvoir se payer un café et jouer aux cartes..



Le marchand d'allumettes ( 1920): voilà le sort réservé à l'immense majorité des anciens combattants. Un petit travail de misère à la hauteur des maigres capacités qui leur restent, à la limite de la mendicité, les gens l'ignorent, personne ne l'écoute,  les chiens leur pissent dessus... Le promeneur ne veut regarder en face la réalité de ce qu'à été la guerre, les gens ont d'autres préoccupations.

Peinture de la rue de Prague dédiée à mes contemporains ( 1920):
Ceux-ci  doivent vivre de la charité publique. Mais Dix glisse toujours son petit trait d'humour très très noir, puisque ses éclopés avec leurs prothèses de fortune en manches à balais mendient devant la vitrine d'un marchand de prothèse dernier cri, probablement leur rêve, qu'ils ne pourront de toute façon pas se payer avec les quelques piécettes qu'une foule ( réduite à deux mains anonymes, et une chaussure à talon) leur accorde, quand elle daigne les voir.
A noter que le tableau est un collage et en 1920, Dix intègre un détail dénonçant la situation contemporaine: l'éclopé en chariot roule sur un bout de journal titrant " Juden raus!" . Dehors les juifs. Tout le monde s'ignore y compris les deux blessés, la société fait ce qu'elle fait toujours '" c'est la faute des autres" et ça finira très mal.
Il critique donc à la fois la guerre passée, la société contemporaine qui méprise les anciens combattants et se cherche d'autres moutons noirs.


Alors oui, Dix fait de la caricature, c'est violent, c'est cynique, ce n'est pas "joli", mais ça n'est jamais gratuit, pour le plaisir de choquer. Le sens prime sur la forme, c'est bien de l'expressionnisme pur. On aime ou on déteste, dans mon cas j'aime, parce qu'il a des choses à dire et les dit sans détour.
parce que ça n'est pas tout à fait fini et que les horreurs de la guerre sont encore plus abominables que tous les monstres réunis

samedi 4 juin 2016

War Poets, Poètes anglais de la Première Guerre Mondiale

Dans la foulée de mes quelques jours de vacances vers Arras, j'ai donc visité la carrière Wellington, liée à l'histoire britannique  et plus largement, à celle du Commonwealth, puisqu'elle a été aménagée par des tunneliers néo-zélandais  en grande majorité, pour préparer une offensive surprise, connue depuis comme "la bataille d'Arras" pour déboucher juste en face des lignes de front en Artois et prendre de court l'armée allemande.

L'idée était de faire diversion sur cette ligne de front pendant que l'armée Française attaquerait plus au sud au niveau du chemin des dames. Dire que le résultat n'a pas été à la hauteur des espérance des commandements français et britanniques est un doux euphémisme, les deux offensives ayant pour but avoué de terminer la guerre en 48 heures ( on est en avril 1917...  150 000 morts côté commonwealth, 100 000 côté allemand pour la seule bataille d'Arras, un quart de million de victimes pour.. rien ou presque!)
Machine gun corps à la bataille d'Arras.

Donc oui, je prends un an d''avance sur le calendrier des commémorations pour en parler ( on a parlé récemment des 100 ans de la bataille de Verdun et entre juillet et novembre prochain ce sera la commémoration de la bataille de la Somme, mais voilà, le mois anglais c'est en ce moment et l'an prochain, ça serait moins frais dans ma tête). Et je tenais absolument à intégrer ce sujet dans le mois anglais.

Donc, la carrière Wellington se visite, c'est passionnant; tragique, mais passionnant. La visite est illustrée entre autres de lettres et poèmes de soldats du commonwealth,des enregistrement de lectures à voix hautes et traduits en Français.
A la sortie, j'ai demandé au guide s'il existait un recueil de ces textes, même ( et surtout) en VO, un peu comme les Paroles de Poilus qui ont été publiées en France. Le monsieur ne le savait pas, en tout cas, évidemment, la plupart n'ont pas été édités de ce côté de la Manche.
J'ai donc relevé quelques noms d'auteurs anglais - et brittaniques en général -  mentionnés au cours de la visite, et merci le net, j'ai donc pu trouver pas mal de textes très intéressants.

Evidemment, les noms sont moins connus des francophones que ceux de Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars, Roland Dorgelès, Henri Barbusse, Maurice Genevoix ou Pierre Loti ( mentionnons aussi Stefan Zweig; Erich Maria Remarque ou Ernst Jünger pour le côté germanophone. Il faudra que je fasse un sujet pour la guerre vue " de l'autre côté" tiens. Juste histoire de constater que, en effet, à l'est, à l'ouest ou ailleurs, rien de nouveau)

Mais étonnamment, si les français se sont surtout exprimés en prose, c'est plutôt en poésie que les britanniques ont évoqués le quotidien des tranchées. Au point d'être rassemblés sous le nom générique de " war poets".
On trouve dans leurs écrits d'abord des textes patriotiques , lyriques, exaltant la nation.. qui ont vite évolué vers des choses plus sombres et quotidiennes face à la réalité de la guerre de tranchées et des obus.

Rupert Brooke ( + Skyros 1915). L'auteur idéaliste, déjà célèbre avant guerre pour plusieurs raisons: études brillantes, poésie lyrique dans le goût de son époque et aussi physique avantageux.

En effet, il aurait été vraiment pas mal avec un sourire en plus...
The soldier

If I should die, think only this of me:
That there’s some corner of a foreign field
That is for ever England.  There shall be
In that rich earth a richer dust concealed;
A dust whom England bore, shaped, made aware,
Gave, once, her flowers to love, her ways to roam,
A body of England’s, breathing English air,
Washed by the rivers, blest by suns of home.

And think, this heart, all evil shed away,
A pulse in the eternal mind, no less
Gives somewhere back the thoughts by England given;
Her sights and sounds; dreams happy as her day;
And laughter, learnt of friends; and gentleness,
 In hearts at peace, under an English heaven.

Mais le patriotisme lyrique va vite laisser la place à un réalisme bien plus direct, chez d'autres auteurs.

Robert Graves, plus chanceux n'a pas succombé directement à la guerre ou à ses séquelles ( +1985), et a pu se consacrer à sa passion pour la mythologie, mais évoquait en 1916 les rêves des soldats dans leurs tranchées: retourner au pays et cultiver un petit jardin, partir pour le Canada ou aller visiter les îles exotiques

Over the Brazier

What life to lead and where to go
After the War, after the War?
We’d often talked this way before.
But I still see the brazier glow
That April night, still feel the smoke
And stifling pungency of burning coke.


I’d thought: ‘A cottage in the hills,
North Wales, a cottage full of books,
Pictures and brass and cosy nooks
And comfortable broad window-sills,
Flowers in the garden, walls all white.
I’d live there peacefully and dream and write.’


But Willie said: ‘No, Home’s no good:
Old England’s quite a hopeless place,
I’ve lost all feeling for my race:
But France has given my heart and blood
Enough to last me all my life,
I’m off to Canada with my wee wife.


‘Come with us, Mac, old thing,’ but Mac
Drawled: ‘No, a Coral Isle for me,
A warm green jewel in the South Sea.
There’s merit in a lumber shack,
And labour is a grand thing…but—
Give me my hot beach and my cocoanut.’


So then we built and stocked for Willie
His log-hut, and for Mac a calm
Rock-a-bye cradle on a palm—
Idyllic dwellings—but this silly
Mad War has now wrecked both, and what
Better hopes has my little cottage got?


Mais ça n'est pas encore percutant, peut-on faire plus direct, moins fleuri, et plus désabusé, en restant dans la poésie?

Oui.

L'écossais Charles H. Sorley (+Loos 1915) ne se faisait aucune illusion. Il n'y a ni vainqueur, ni vaincu, ni ami ni ennemi, juste des morts.

Such, such is Death: no triumph: no defeat:
Only an empty pail, a slate rubbed clean,
A merciful putting away of what has been.

And this we know: Death is not Life, effete,
Life crushed, the broken pail. We who have seen
So marvellous things know well the end not yet.

Victor and vanquished are a-one in death:
Coward and brave: friend, foe. Ghosts do not say,
"Come, what was your record when you drew breath?"
But a big blot has hid each yesterday
So poor, so manifestly incomplete.
And your bright Promise, withered long and sped,
Is touched, stirs, rises, opens and grows sweet
And blossoms and is you, when you are dead.


Et pour les survivants, les cauchemars peuplés de fantômes défigurés.

When you see millions of the mouthless dead
Across your dreams in pale battalions go,
Say not soft things as other men have said,
That you'll remember. For you need not so.
Give them not praise. For, deaf, how should they know
It is not curses heaped on each gashed head?
Nor tears. Their blind eyes see not your tears flow.
Nor honour. It is easy to be dead.
Say only this, "They are dead." Then add thereto,
"Yet many a better one has died before."
Then, scanning all the o'ercrowded mass, should you
Perceive one face that you loved heretofore,
It is a spook. None wears the face you knew.
Great death has made all his for evermore
.

D'autres textes de Sorley ici

Siegfried Sassoon (+1967, lui aussi a eu la chance de survivre contrairement à son frère et plusieurs de ses amis écrivains commes lui). Lui a exorcisé l'horreur via le réalisme et l'humour noir

How To die?

Dark clouds are smouldering into red
While down the craters morning burns.
The dying soldier shifts his head
To watch the glory that returns;
He lifts his fingers toward the skies
Where holy brightness breaks in flame;
Radiance reflected in his eyes,
And on his lips a whispered name.


You’d think, to hear some people talk,
That lads go West with sobs and curses,
And sullen faces white as chalk,
Hankering for wreaths and tombs and hearses.
But they’ve been taught the way to do it
Like Christian soldiers; not with haste
And shuddering groans; but passing through it
With due regard for decent taste.


Counter-attack n'épargne pas les détails macabres et l'absurdité de la guerre:

We’d gained our first objective hours before
While dawn broke like a face with blinking eyes,
Pallid, unshaven and thirsty, blind with smoke.
Things seemed all right at first. We held their line,
With bombers posted, Lewis guns well placed,
And clink of shovels deepening the shallow trench.
 The place was rotten with dead; green clumsy legs
High-booted, sprawled and grovelled along the saps
And trunks, face downward, in the sucking mud,
Wallowed like trodden sand-bags loosely filled;
And naked sodden buttocks, mats of hair,
Bulged, clotted heads slept in the plastering slime.
And then the rain began,—the jolly old rain!
A yawning soldier knelt against the bank,
Staring across the morning blear with fog;
He wondered when the Allemands would get busy;
And then, of course, they started with five-nines
 Traversing, sure as fate, and never a dud.
 Mute in the clamour of shells he watched them burst
Spouting dark earth and wire with gusts from hell,
While posturing giants dissolved in drifts of smoke.
He crouched and flinched, dizzy with galloping fear,
Sick for escape,—loathing the strangled horror
And butchered, frantic gestures of the dead.
An officer came blundering down the trench:
“Stand-to and man the fire step!” On he went ...
Gasping and bawling, “Fire-step ... counter-attack!”
Then the haze lifted. Bombing on the right
Down the old sap: machine-guns on the left;
And stumbling figures looming out in front.
 “O Christ, they’re coming at us!” Bullets spat,
And he remembered his rifle ... rapid fire ...
And started blazing wildly ... then a bang
Crumpled and spun him sideways, knocked him out
To grunt and wriggle: none heeded him; he choked
And fought the flapping veils of smothering gloom,
Lost in a blurred confusion of yells and groans ...
Down, and down, and down, he sank and drowned,
Bleeding to death. The counter-attack had failed.

Wilfred Owen (+Ors 1918) est le plus renommé de tous et dans la même veine d'inspiration que Sassoon. Mort à une semaine de l'armistice, l'ironie est cruelle.
Ce n'est pas le portrait le plus connu, mais OMG! Un soldat qui sourit - ou tente de sourire vu la situation -oui je préfère garder cette image là.

Anthem for doomed Youth

What passing bells for those who die as cattle?
 Only the monstrous anger of the guns,  
Only the stuttering rifles' rapid rattle  
Can patter out their hasty orisons,
No mockeries for them from prayers and bells,  
Nor any voice of mourning save the choirs,–  
The shrill, demented choirs of wailing shells;  
And bugles calling for them from sad shires.

What candles may be held to speed them all?  
Not in the hands of boys, but in their eyes  
Shall shine the holy glimmers of good-byes,  
The pallor of girls' brows shall be their pall;  
Their flowers the tenderness of silent minds,
And each slow dusk a drawing-down of blinds.

Dulce Et Decorum Est  

Bent double, like old beggars under sacks,
Knock-kneed, coughing like hags, 
we cursed through sludge,  
Till on the haunting flares we turned our backs  
And towards our distant rest began to trudge.
Men marched asleep. Many had lost their boots  
But limped on, blood-shod. All went lame; all blind;  
Drunk with fatigue; deaf even to the hoots  
Of tired, outstripped Five-Nines that dropped behind.

Gas! Gas! Quick, boys!–An ecstasy of fumbling,  
Fitting the clumsy helmets just in time;  
But someone still was yelling out and stumbling  
And flound'ring like a man in fire or lime...  
Dim, through the misty panes and thick green light,
As under a green sea, I saw him drowning.

In all my dreams, before my helpless sight,  
He plunges at me, guttering, choking, drowning.

If in some smothering dreams you too could pace  
Behind the wagon that we flung him in,  
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil's sick of sin;  
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,  
Obscene as cancer, bitter as the cud  
Of vile, incurable sores on innocent tongues, —  
My friend, you would not tell with such high zest  
To children ardent for some desperate glory,  
The old Lie: Dulce et decorum est Pro patria mori.

(Dulce et decorum est pro patria mori est un vers d'une Ode d'Horace: il est doux et honorable de mourir pour la patrie)

En marge des îles Britanniques, je me dois quand même de mentionner le canadien John McCrae (+ Wimereux 1918) auteur du célébrissime " in Flanders field" (étrangement traduit sous le titre " au champ d'honneur", rédigé  le 3 mai 1915 à la seconde bataille d'Ypres) qui évoque les coquelicots fleurissant entre les tombes, dans les champs des Flandres,et d'où a été tiré le coquelicot comme symbole des victimes de la guerre et des anciens combattants pour le Commonwealth, le symbole français étant le bleuet



In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place: and in the sky
The larks still bravely singing fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead: Short days ago,
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved: and now we lie
In Flanders fields!

Take up our quarrel with the foe
To you, from failing hands, we throw
The torch: be yours to hold it high
If ye break faith with us who die,
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields



D'autres textes ici et d'autres auteurs par là  ( ce sont les principales sources que j'ai consultées).

J'aprécie la poésie quand elle a quelque chose à dire. Les poèmes d'amour, les blasons, le lyrisme me laissent froide.
Mais ceux-ci me parlent, surtout ceux de Sorley, Sassoon et Owen. Justement parce qu'ils vont au coeur du problème sans éluder la triste réalité: non il n'est pas doux et hornorable de mourir pour une cause absurde, la guerre ce n'est pas la gloire et les honneurs posthumes, c'est le sang, la peur et la mort.
L'expressivité de ces textes me parle ( comme l'expressionnisme allemand, d'ailleurs et les tableaux d'Otto Dix, par exemple, qui lui aussi retranscrivait la guerre sans l'enjoliver en peinture)

Déjà en CM2, le seul texte qui m'ait plu de toute l'année c'était "La Rose et le Réséda" d'Aragon . Face à l'expressiivté de celui-ci , tout le reste paraissait sans intérêt ( et mille merci à l'instit' de nous avoir proposé un texte aussi exigeant au lieu de continuer dans les choses gentillettes) . Comme quoi ce goût pour la poésie " à message politique" ne date pas d'hier.
J'ai étudié le fraçais à la fac, en option linguistique renforcée, je n'avais pas de mémoire à rendre, mais quand même un dossier à constituer pour un séminaire, et j'ai choisi un corpus de textes de Robert Desnos, tiens donc ( les textes n'étaient pas tous politiques, mais l'auteur est aussi mort à la guerre, la suivante).
Je pense sincèrement que si j'avais fait une maîtrise d'anglais en fac, c'est sur les War Poets que j'aurais arrêté mon choix pour un mémoire.

Peut-être aussi que ça me parle parce que ces textes donnent une réalité justement à quelque chose qui m'est totalement étranger: j'en parlais là déjà il y a deux ans: étant d'une région totalement épargnée par la Première Guerre mondiale, pour moi pendant des années, ça n'a pas eu d'autre réalité qu'une succession de dates de batailles, un nombre faramineux de victimes qui dans le fond ne sont que des noms sur une liste...
c'est tout à fait autre chose de se retrouver au milieu d'un cimetière militaire avec ses centaines de steèles toutes semblables, ou de visiter les lieux de combats. Là, on commence à avoir une idée plus précise. Et encore faute de temps je n'ai pas pu aller voir les lieux vraiment imposants ( Mémorial Canadien de Vimy ou Anneau de la mémoire de notre Dame de Lorette)

C'est aussi pourquoi j'ai tenu à intégrer les portrait de tous ces gens, justement pour pointer le fait qu'au delà des noms, hé bien, justement, c'était des gens. Avant tout. Et souvent tragiquement jeunes.


En vacances chez l'ami Bidasse

Hé oui, j'ai fait un petit séjour tout là haut dans le nord le mois dernier. Oui, c'est moins exotique que mes vacances habituelles.

Et évidemment, j'ai eu droit aux remarques obtuses de gens obtuse: " mais qu'est-ce que tu vas faire là-haut, fait pas beau, fait froid, y'a rien à voir".
Alors déjà je suis persuadée qu'à part quelques rares endroits vraiment dangereux ou défigurés par l'industrie, en cherchant un peu, il y a des choses à voir ou à faire à peu près partout ( J'éviterai quand même Tchernobyl, le Yémen, la Syrie.. des endroits comme ça.)
Mais, j'ai l'habitude, l'an dernier on s'est payé ma fiole parce que je suis allée en Russie. Ouaip, "chez Poutine". Mais pas seulement les gens, je préfère voir ça mettons, chez Ivan le terrible, Boris Godounov, Alexandre Pouchkine, Mikhail Lomonossov.. y'a pas que la politique contemporaine dans la vie. Je mets ça sur le compte de la jalousie de ceux qui trouveront toujours à redire quoi qu'on fasse.

Bon fallait s'y attendre " je pars une semaine dans le Pas-de-Calais", ça fait moins rêver que  "je pars 3 semaines au Japon" ( encore que j'ai aussi eu " qu'est-ce que tu vas foutre là bas?"), à part ma collègue d'origine picarde qui m'enviait carrément d'aller "vers chez elle".

Alors, Arras, j'y étais allée en 1999, comme ça, par curiosité, parce que j'avais vu la grand place au détour d'un reportage Tv et que ça m'avait bien plu, mais d'une part , ça remontait loin, et d'autre part, je n'avais pas tout vu.
Donc quand j'ai vu que le stage de musique de l'année se passait à l'autre bout du pays, j'ai profité de l'occasion pour  joindre l'agréable à l'agréable et faire un peu de tourisme.

et plus précisément un peu de tourisme axé "Grande guerre", puisque c'est ce que je n'avais pas pu faire à l'époque.
Et de la chasse aux caches aussi ( ceux qui connaissent comprendront. Juste encore un parmi mes nombreux loisirs)

Hôtel de ville, détruit pendant la 1° Guerre Mondiale et reconstruit à l'identique
Comme vous le constatez, il pleut tout le temps dans le nord! ( sarcasme!)
En fait je suis partie d'Avignon en gros pull, et j'ai tout quitté en arrivant. Hé oui, en passant du Mistral à 90 kms/h à pas de vent du tout, ça fait un choc. Et en fait il a plu un peu le jour de mon arrivée et le jour de mon départ. 2 petites averses en 10 jours.

Les géants (Colas et Jacqueline, Dédé avec sa sucette géante et l'ami bidasse)  nous attendent dans le hall de l'hôtel de ville-office de tourisme


Doit y avoir une belle vue de là-haut! Ni une ni deux on monte au beffroi, ce qui constitue une prouesse personnelle tendance effort surhumain: j'ai le vertige. Un vertige terrible mais sélectif: regarder d'en haut ne me pose pas de problème tant que j'ai un parapet à hauteur de la taille ou que je suis dans un téléphérique. Par contre redescendre l'escalier métallique à colimaçon a été une vraie épreuve. Mais oui la vue est sympa.




Ce qui reste de l'abbaye du Mont Saint Eloi, elle aussi victime des bombardements en 1917 en particulier.
Et après être montée dans les hauteurs, direction les souterrains: Le sous-sol de la grand place et de la place des héros est creusé de galeries, restes d'une ancienne carrière de calcaire du moyen-âge, qui a été abandonnée quand les place on menacé de s'effondrer sous la densité de population devenue trop forte.D'autres carrières ont été exploitées hors de la ville à partir de la Renaissance si je me souviens bien, elle sont maintenant aussi sous la ville.
Et donc , on peut faire une visite de ces sous-terrains qui ont servi de caves jusqu'à récemment (il y a quelques décennies), certaines parties privées sont encore des caves,la fraîcheur et l'humidité constantes sont prisées des commerces et des bars qui y stockent leurs marchandises. Ils ont servi de zone de transit pendant la Première guerre Mondiale, et de refuge pour les civils pendant la seconde.


du silex entre les strates de calcaire. Nos ancêtres préhistoriques auraient adoré avoir une mine de silex

il y a 3 étages de caves qui communiquent.. au dessus, un magasin, qui n'est plus autorisé à jeter ses ordures directement dans les souterrains.
oui il a fallu consolider par la suite pour soutenir le poids des constructions sur les places
 Autre chose à voir: le musée des beaux-arts. il a changé depuis que j'y étais allée. La collection de vestiges antiques a du être déplacée.

lion du beffroi XVI° siècle.

en fait ce crâne est à peu près photographié à l'échelle. Joli travail de miniature.


Oui je suis passée pour une psychopathe avec mes photos morbides. Elles vont ressortir pour un sujet à Halloween sur l'art funéraire, les transis, les memento mori, les vanités tout ça. Ca fait deux ans que je veux le faire, ça sera pour cette année.

Et puisqu'on y est.. Je n'ai pas pu aller à Saint Eloi faute de temps, ni aux grands mémoriaux ( Mémorial Canadien de Vimy et Notre Dame de Lorette). Mais je tenais absolument à visiter un ou deux cimetières de guerre, nous n'avons pas ça en PACA, et j'y reviendrais dans le prochain sujet, mais c'est un moyen d'appréhender la réalité  de la première guerre mondiale. Avoir un nombre même colossal de morts mentionné sur un papier, ça reste abstrait.
Cimetière britannique de Duisans

et il est petit par rapport à d'autres, il n'y a "que" 3296 tombes en tout ( on n'en voit qu'une moitié ici)


 Je disais plus haut que les anciennes carrières avaient été abandonnées au profit d'autres plus éloignes de la ville. Elles ont servi vers le XVII siècle en tant que carrières et délaissées lorsque la demande de calcaire a baissé, ont resservi au XX° siècle comme camp pour les troupes du commonwealth pendant la bataille d'Arras. 
Le réseau de carrières est très grand, et plusieurs d'entre elles ont été raccordées les unes aux autres par des tunnelliers néo-zélandais qui leur ont donné des noms de villes néozélandaises pour s'y retrouver ( Auckland, Christchurch, Wellington, etc..)
C'est Wellington qui a été aménagée pour la visite , les autres sont en trop mauvais état




Je n'ai pas de photo de l'intérieur, trop sombre pour mon appareil qui n'aime pas les basses luminosités.

et à part ça, De la campagne et des vaches! Je manque de vert chez moi, et bien que les 10 jours de vacances aient été écourtés ( 1 jour aller, 1 jour retour et 4 de stage, il n'en reste que 4 pour faire un peu de tourisme!), rien que le fait de se retrouver au milieu des champs, ça fait un bien fou
ha oui, z'avez vu ce temps pluvieux dans le nord?

"château" de Lignereuil


Un evielle ferme à Givenchy le Noble

Seulement dans le Nord.
Je m'explique sur ce distributeur: en cherchant une cache que je n'ai pas trouvée, je suis tombée par hasard sur un " distributeur de pommes de terre". La précision est plutôt drôle, l'idée est géniale. J'ai vu arriver l'agricultrice à qui il appartient et on a discuté un petit moment: sa ferme est à 3 kilomètres de la nationale, et peu de gens y venaient, elle a donc investi dans un distributeur de légumes ( une idée qui vient de Belgique). Ca marche comme un distributeur de boissons avec des pièces. et selon les périodes elle y vend ses pommes de terres, ses salades, ses carottes, etc.. .Le temps que les habitants du coin en prennent l'habitude et ses ventes ont bien augmenté.
Et même avec moi, les prix étaient très intéressants, mais en revenant en train, pas moyen de ramener 5 kilos de patates dans la valise. Je suis quand même revenue avec 1,5 kilo de carottes qui sentaient bon la carotte - ça devient rare! - et la terre pour 2,30 euros. 1,5 euro le kilo. Moins cher que chez moi et avec la garantie qu'elles viennent de chez un petit producteur.

D'ailleurs puisqu'on en est au chapitre "production locale"
un fromage venu de la côte d'opale, double crème au lait cru, avec un arrière goût iodé dû à sa proximité avec la mer. Je ne vous dit que ça!
 J'ai aussi ramené du Rollot, du sablé de Wissant, des gaufres pur beurre pour le dessert..
et une bière locale pour les amateurs (pas mal, même si je n'ai pas trop apprécié dans la mesure où je ne suis pas trop amatrice de blondes, ma mère a aimé. J'ai préféré goûter une moins locale, mais ambrée)
Voilà pour las préjugés sur le nord: rien à voir, rien à faire, et ciel gris.
Et il faudra que j'y retourne, pour les autres lieux de mémoire que je n'ai vraiment pas eu le temps d'aller visiter,  la citadelle Vauban qui était en travaux donc pas top pour les photos,  je n'avais pas le temps non plus d'aller jusqu'à Lille, et je suis passée en vitesse devant un panneau " route du camp du drap d'or" .. tiens ça ferait pas un sujet pour le mois anglais ça? Mais vu que le camp en question se trouve près de Calais, c'était un peu trop loin ...

Et il me reste plein de fromages à découvrir! Donc une vraie semaine de Vacances vers Lille/Boulogne/Cambrai et voir ce qui me manque d'Arras, c'est tout à fait envisageable.