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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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samedi 18 mars 2023

L'Euphorie Perpétuelle - Pascal Bruckner

Voilà un titre que j'ai trouvé par hasard en boîte à livres et que j'ai pris un peu par défi: je n'ai jamais lu l'auteur et de ce que j'en ai vu dans les médias, de ses prises de positions politiques... je n'apprécie guère le type. disons que nous ne sommes pas politiquement compatibles et ses positions climatosceptiques me gavent.
Mais... en tant qu'auteur je ne le connais pas du tout, et comme je n'aime pas juger sans savoir, donc.. allons-y.
La 4eme de couverture m'a tentée.
Et en définitive, j'ai vraiment apprécié cet essai de philosophie légère ( comprendre, pas de phrases interminables qui demandent 5 lectures pour comprendre où l'auteur veut en venir). Au contraire l'écriture est fluide, élégante et agréable, ce qui es toujours un plus littéraire lorsqu'il s'agit d'un essai.


Pour avoir une idée, ici, une compilation de citations.

Et pour ce qui concerne le fond, bien qu'écrit en 2000, je le trouve toujours pertinent, puisqu'il se penche sur un sujet moins futile qu'il n'y parait, l'injonction au bonheur perpétuel, devenue encore plus insistante après la parution dudit essai.
Comment est- on passé insensiblement d'une société ultra religieuse qui faisait du malheur une condition sine qua non pour atteindre un bonheur ultime dans l'au-delà, promis aux morts, et conditionné à la quantité de souffrances ici-bas, puisqu'il était supposé inversement proportionnel: plus tu en baves de ton vivant, plus tu sera récompensé après ta mort ( au point de pousser certains à se refuser le secours de la médecine afin de souffrir encore plus pleinement, mais aussi de freiner ses progrès pour contraindre tous les autres à faire pareil... et c'est encore le fond de commerce de certaines sectes), à une société entièrement dévouée à la recherche stakhanoviste d'un maximum de bonheur qui lui serait dû.
Mais y-a-t-il une demie mesure? Et dans le fond, c'est quoi le bonheur?
Est-ce qu'il est pareil pour tous? Est-ce qu'il peut ou doit se satisfaire de la banalité, est-ce qu'il lui est opposé ou complémentaire?, citant en exemple un anglais qui en 1998 avait décidé de fêter Noël tous les jours, pour finalement se rendre compte que cette autocontrainte ( s'offrir des cadeaux, manger dinde, chocolat et pudding à tous les repas) l'ennuyait mortellement.

Est-ce que l'injonction au bonheur n'est finalement pas une tyrannie aussi puissante que celle de la nécessité du malheur. Ce qui me fait penser que" Un bonheur insoutenable" sur ce même sujet, me tente depuis longtemps.
Et encore l'ouvrage a été publié en 2000, donc bien avant l'explosion des coachs en ligne, vous apprenant à maximiser votre temps pour en faire le plus possible, chaque seconde " vide" étant considérée comme perdue.
Bien avant l'invention du Bullet journal et de toutes ses variétés ( Bruckner cite par contre un auteur suisse du XIX° siècle dont la seule oeuvre est un fastidieux journal intime, qui raconte  par exemple avoir passé plus de 8 heures à faire son emploi du temps pour tout l'hiver)
Comme j'ai besoin de m'organiser entre diverses activités, j'ai regardé un peu tout ça, et je sais que ça ne me convient pas.
Avoir un emploi du temps, un agenda, consigner des choses importantes, des choses à faire, automatiser des choses qui peuvent l'être comme le jour de changement des draps, faire plusieurs choses à la fois quand l'une peut être accomplie en pilote auto ( réviser l'allemand en  cuisinant, ou l'espagnol en faisant du vélo d'appartement par exemple), oui.. mais à partir du moment où ça devient un  espèce de concours à qui aura le plus beau, le plus décoré avec couleurs, dessins, autocollants, citations motivantes.. ça m'ennuie profondément, exactement pour ça: je ne veux pas perdre mon temps à l'organiser. Je fais du " en gros", avec des dates butoir, des activités à faire " vers telle heure", en fonction de celles qui sont fixes, mais pour le reste, je n'ai pas envie d'organiser chaque minute comme un plan quinquennal soviétique.
Je ne me suis jamais non plus reconnue dans le bonheur conditionné à la réussite matérielle et économique. Un autre chapitre consacré à la banalité mise en avant, et revendiquée, à la mise en scène d'un bonheur factice, de façade pour épater la galerie, nécessiterait une bonne mise à jour, après l'arrivée d'instagram, de tiktok et des influenceurs.


J'avoue sans culpabilité me moquer de la vacuité de ces gens qui étalent leur réussite sous forme d'appartement à Dubaï ( prêtés par une marque) ou d'achats compulsif au point de nous faire participer en vidéo au déballage de leurs courses sur des sites de vente à distance, ou même chez Leader Price.
Mais oui, Bruckner, s'il évoque brièvement une femme qui avait fait un happening en se filmant H24 pour faire participer les spectateurs à sa vie terriblement peu intéressante ( ménage, cuisine, glandouille etc..), n'avait pas prévu l'ampleur qu'allait prendre ce déballage de vie privée, ce concours assez pitoyable de qui qu'a la plus grosse (piscine ou voiture), le sac à main le plus cher, les faux ongles les plus fluo et plus handicapants (je suis oisive, regardez, j'ai des ongles en plastique rendant impossible la moindre activité manuelle!), qui méprise le plus les autres du haut d'une réussite qui peut disparaître du jour au lendemain, si la marque est insatisfaite du manque d'influence de l'influenceur et coupe les vannes du jour au lendemain.
Dommage qu'il ne dise rien de la Schadenfreude, principe allemand qui n'a pas de nom en français: le plaisir de voir la roue tourner en défaveur de quelqu'un de particulièrement casse-burette et vantard.😈
Car oui dans la guerre entre ceux qui contraignent chaque instant de leur vie, par exemple avec une orthorexie de fer qui n'est pas commandée par leur état de santé, ou ceux qui montrent l'organisation parfaite de leur frigo qui ne contient que des sodas et des snacks ultra-transformés et ultra emballés en mode  " la planète, OSBLC", je me fous également de la gueule des uns et des autres

Sur le chapitre des maladies comme " manière de sortir du lot", ça me rappelle aussi des gens, toujours prompts à vous faire l'historique de leurs pathologies toujours pires que celles des autres, lorsqu'on a le malheur de leur dire simplement bonjour. Je ne parle pas des gens réellement malades ( qui sont souvent discrets au contraire) mais de ceux qui prennent plaisir à se définir SEULEMENT par leur maladie.

Ca me fait toujours penser aux " quatre types du Yorkshire" des Monty python, qui vivent dans le luxe et comparent leur enfance misérable, en en rajoutant des caisses et des caisses dans l'invraisemblable afin de montrer à quel point leur vie passée était plus pourrie que celle des 3 autres et donc à quel point ils sont encore plus méritants à l'heure actuelle que les 3 autres.

With subtitles, my dear!


Là encore, c'était avant 2020, les confinements et les " journaux de confinement" que certains auteurs ont écrits pendant qu'on était tous enfermés chez nous. Je me demande bien quel peut en être l'intérêt: je l'ai aussi vécu, mes amis et ma famille l'ont vécu, et je n'ai pas besoin que quelqu'un me raconte à quel point il s'est emmerdé chez lui. Pour moi ça s'est très bien passé merci, et j'ai été trop occupée à faire des trucs pour les raconter par le menu. Au contraire, l'isolation, quand on a un caractère introverti, est un  vrai bonheur pour le coup: non seulement on n'en souffre pas, mais en plus, elle va dans le sens de notre mode de fonctionnement. 😁

Mais donc au final, j'ai bien aimé le livre, malgré le peu de sympathique que j'ai pour l'auteur, son écriture a des qualités. Il y a des passages que j'ai trouvés magnifiquement écrits,
"Guérir l'affairement du vide par plus de vide encore, tel est le cercle vicieux qui nous guette. Alors que nous avons moins besoin de quiétude dans nos vies incolores que d'activités authentiques, d'événements qui fassent poids et sens, d'instants de foudre qui nous terrassent et nous transportent. Le temps, ce grand pillard, nous dérobe continuellement; mais c'est une chose que d'être dévalisé avec magnificence et de vieillir dans la conscience d'une existence pleine et riche, une autre que d'être grignotés chichement, heure après heure  pour des choses que nous n'avons même pas connues. L'enfer de nos contemporains s'appelle la platitude. Le paradis qu'ils recherchent, la plénitude. Il y a ceux qui ont vécu et ceux qui ont duré."

Autant faire partie de ceux qui auront vécu.

Et avec Bruckner, je commence en France  ( et avec un peu de retard) le Tour du monde 2023. Particularité cette année, il fallait choisir un pays de départ ( pays de résidence ou d'origine, donc pour moi, la France), et ne pas y retourner ensuite. Les autres peuvent être visités plusieurs fois.
Et il y a deux aprcours: littérature ou illustrés. J'ai opté pour le parcours littérature.

Point de départ et Pays n°1: France



jeudi 2 avril 2020

La mort d' Ivan Illitch - Lev Tolstoï

Et deux autres nouvelles en prime, toutes sur le thème de la mort.

En même temps , vu le titre , ce n'est pas un spoiler que d'annoncer qu'Ivan Illitch va mourir.




Donc, nouvelle 1: la mort d'Ivan Illitch. D'entrée dès la première page, nous apprenons qu'Ivan Illitch est mort.Il n'a pas eu une vie bien réussie et il rate sa mort. C'est à dire que ses "amis" viennent présenter par obligation leurs condoléances à la famille, qui les reçoit également par obligation, tout en pestant intérieurement contre cet abruti d'Ivan qui a eu la mauvaise idée de mourir le jour de la partie de cartes hebdomadaire, et ça dérange le train-train habituel.

Et le récit part à rebours, pour nous présenter feu son héros , sa vie morose de grand bourgeois convenable, juge, marié par convenance à une femme convenable mais acariâtre, qui a passé 20 ans de mariage à râler et à rendre son mari responsable de toutes les tuiles qui a pu leur arriver ( mutation en province, décès dans la famille... des choses sur lesquelles il n'avait objectivement aucune influence). Mais voilà que le juge qui avait pouvoir de vie et de mort, ou au minimum, d'envoyer les gens moisir jusqu'à leur mort en prison, doit affronter quelque chose qui lui échappe, réellement, et n'obéira pas à sa volonté: la maladie. Peu importe d'où elle vient, il la met sur le compte d'un accident domestique, la description ressemble plutôt à un cancer. Mais Ivan va mourir à petit feu, tout en découvrant l'abominable hypocrisie qui l'entoure, et la vanité de son pouvoir.Il se sait mourant, mais les médecins s'obstinent à lui cacher son état, sa famille chuchotte pour qu'il n'entende pas la vérité. Et Ivan n'en peut plus de tous ces faux-semblants. Sa seule consolation est la compagnie de son domestique Guérassime, le seul qui ne prenne pas de masque pour lui parler.
Et tout le récit est axé autour de ça: ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui se sait condamné et découvre soudain que toute sa vie a été basée sur le mensonge, qui se trouve soudain dans une situation sur laquelle il n'a pas de prise et dont l'issue est inévitable.
Et c'est très intéressant, psychologiquement.

Nouvelle 2: maître et serviteur. Le maître, Vassili Andréitch, est un propriétaire riche et roublard, toujours à l'affût d'un nouveau moyen de s'enrichir. El n'est pas méchant, mais est d'autant plus insupportable qu'il est réellement persuadé de rendre service à ses serviteurs en les roulant. Le serviteur, Nikita, est un paysan, qui lutte avec grande difficulté contre un penchant pour l'alcool qui l'a mis plus d'une fois dans la mouise. Mais c'est un brave homme qui essaye sincèrement de changer et traite avec respect les animaux en général et son cheval en particulier.
Or, ce jour d'hiver, le maître a décidé de partir pour traiter une affaire dans un village voisin, affaire urgente, car il craint que la bonne affaire ne lui passe sous le nez. Même si celà les oblige tous deux à partir en pleine tempête de neige.
Par deux fois, ils s'égareront, tourneront en rond, aboutiront dans un autre village où on leur déconseille de partir de suite, la nuit tombe, ils risquent encore de se perdre, qu'ils restent au chaud, ils pourront toujours partir au matin.Mais Vassili s'entête et veut coûte que coûte partir, Nikita n'a pas d'autre choix que de suivre... et évidemment, ils vont se perdre encore et devoir passer la nuit dehors, en pleine forêt, dans une tempête de neige, avec les loups qui rôdent. Et là ce qui compte,c'est le changement que la peur, le froid et le danger vont opérer dans la tête de Vassili,qui va passer de pensées " je compte l'argent que je vais gagner", à " je ne peux pas mourir je suis riche, si j'abandonnais Nikita, lui peut mourir, il n'a pas une belle vie, contrairement à moi" à " je dois sauver coûte que coûte Nikita" . il faut un danger de mort pour que le maître se rende compte enfin, qu'il y plus important que l'argent, et qu'un serviteur est avant tout un autre être humain.

Nouvelle 3: les 3 morts.
La encore 2 personnages vont mourir: Un riche dame tuberculeuse qui refuse l'idée de la mort et s'obstine à vouloir partir au soleil en Italie, où elle est persuadée de guérir, en dépit des recommandations de son médecin et de sa famille. elle refuse d'accepter l'évidence, et en veut à la terre entière. Le second, est un vieux paysan qui agonise à la maison près d'un poêle. Mais il est en paix avec l'idée de la mort et ne se fâche pas lorsqu'on lui dit " je peux prendre tes bottes? Elles sont presque neuves et tu ne t'en servira plus".Parce qu'il a assimilé cet état de fait:la mort fait partie de la vie...
Le 3°.. je n'en dirai rien pour ne pas gâcher la surprise.

Je n'avais pas encore lu Tolstoï et j'ai beaucoup aimé ces nouvelles très intéressantes psychologiquement, presque violente dans leur récit clinique de la maladie et de la mort, mais empreintes d'un cynisme souvent drôle.Ce qu'il en ressort, c'est vraiment l'idée presque stoïcienne que la mortest inévitable, donc autant prendre ses précautions pour la succession, accepter cette idée et surtout vivre avant qu'il ne soit trop tard. C'est vraiment trop désespérant d'arriver au point de non retour, celui où plus aucune rémission n'est possible, en se disant " si j'avais su..."
Donc oui, je les classe parmi les nouvelles philosophiques, celles qui vont rester longtemps en mémoire et faire réfléchir au sens de sa propre vie.Et tout ça, sans lourde leçon de morale. Mystique un peu, mais pas prosélyte ( coucou Dostoïevski! Tu me gonfles avec ça).
Renseignement pris, il semble que Tolstoï a influencé Gandhi dans son concept de résistance non-violente. Et en effet il y a quelque chose de très oriental dans ce point de vue: la vie et la mort sont imbriquées, elles ne sont pas opposées, mais sont liées. La mort est la fin du monde pour celui qui meurt... mais n'est qu'un micro événement qui dérange à peine l'organisation d'une famille, et n'a absolument aucune importance à l'échelle du monde. C'est triste, mais la Terre n'arrête pas de tourner pour autant.

Depuis qu'il y a des gens sur terre, personne n'a jamais réussi à ne pas mourir. Et c'est parfois utile de le rappeller.

lundi 6 mai 2013

Le manuscrit retrouvé - Paulo Coelho

Un livre offert par Flammarion en partenariat avec Babelio. Je n'avais encore rien lu de cet écrivain pourtant célèbre, c'était l'occasion, et je l'ai gagné. Merci donc à Babelio et Flammarion.

Mais, c'est hélas, un échec. Je me suis ennuyée. Pourtant j'aurais voulu l'aimer, mais impossible, et moi qui lis lentement, je l'ai fini en 2 après -midis de travail ( certes il fait 180 pages seulement, dont beaucoup de chapitre très courts), pour le terminer plus vite.
Et ce pour plusieurs raisons: d'abord, la 4° de couverture qui annonçait une histoire se passant en 1099, à Acra, à la veille de l'attaque de la ville par les Francs.
Chic, un roman historique. Et bien non. En fait le contexte importe peu, puis qu'il est exclusivement question des enseignements philosophiques dispensés par un grec surnommé " le Copte" à la population angoissée par l'imminence de la guerre.
Chic, de la culture grecque/ copte. Et bien non. Là non aussi, l'espoir est déçu: en fait ça pourrait se passer n'importe où, n'importe quand, avec n'importe qui, du moment qu'il y a une population angoissée, un sage, et une menace qui plane. Le contexte historique, politique ou social n'a aucune importance.

Et il n'y a pas d'histoire non plus: il s'agit simplement des interactions entre la foule qui pose des questions et le copte qui y répond, sur des thèmes variés: la guerre, l'ennemi, l'anxiété, l'amour, l'amitié etc.. En fait exactement le schéma du Prophète de Kalil Gibran.
Tout celà est bel et bon, encore que j'aie du mal personnellement à adhérer à la sagesse du Copte , par exemple: partez à l'aventure, sans se soucier de quoi que ce soit, si vos proches s'inquiètent, c'est qu'ils vous aiment, mais n'en tenez pas compte. Ou encore de ne pas prendre en compte les amis qui vous soutiennent en cas de coups durs, car il font ça pour vous dire " moi je n'aurais pas fait comme ça", mais passez du temps avec ce qui sont là quand tout va bien car il aiment vous voir heureux. Mouais. Mais non.
Mais le problème est que la leçon de philosophie tourne vite à la mystique divine, avec des dieu par ci, dieu par là, dieu est Amour avec un grand A et l'Amour est dieu.. Et j'avoue que la mystique, l'allégorie, la parabole, tout ça m'ennuie prodigieusement. Je ne sais pas si c'est une constante de l'auteur ou juste une caractéristique de ce livre là, mais j'ai soupiré en haussant les épaules plusieurs fois par page.
 Si je l'avais su avant, je n'aurais honnêtement pas participé au tirage au sort. Je ne dis pas que c'est un mauvais livre, simplement, ce n'est pas un livre pour moi.
Après j'ai quand même tiqué sur un détail: le livre est censé être la traduction d'un manuscrit du XI° siècle, mais certaines tournures me paraissent quand même bien anachroniques. A un moment, le Copte parle de romantisme, et l'emploi d'un concept du XIX° siècle dans ce qui est censé être un discours prononcé au moyen-âge, ça me pose problème.

Mais voilà, ce livre ressemble beaucoup trop au Prophète, impossible de ne pas faire la comparaison, même en essayant, et ça n'est pas à l'avantage de Coelho. En refermant le Prophète, j'avais l'impression de dire au revoir à un vieil ami. En refermant le Manuscrit, j'avais l'impression d'être soulagée d'en finir avec une leçon de morale mystique particulièrement rébarbative.

Après je redonnerais peut-être une chance à l'auteur un de ces jours, mais toujours est-il que ce livre ne m'a pas convaincue.
Mais du coup j'ajoute un payas à ma carte de voyage: le Brésil

jeudi 30 décembre 2010

l'Avenir d'une illusion - Sigmund Freud

Il était temps: le plus ancien livre de ma pile, qui attendait depuis 1995 que je me décide enfin à le lire. Acheté à la demande de la prof de philo, puis finalement elle avait abandonné l'idée de nous faire lire Freud au profit de Platon. et depuis, pas franchement envie, un peu peur aussi de me recolleter avec la philosophie, Freud ça inquiète un peu, est-ce que ça ne va pas être trop ardu, trop théorique, trop tiré par les cheveux?

Et finalement, bonne surprise: le texte, n'est pas trop dur à lire, même s'il se contredit parfois, les courts chapitres permettent de fractionner la lecture avant de saturer trop, la structure en est hyper classique ( faux débat avec un faux opposant, on fait comme ça depuis les grecs, la structure n'est pas du tout aussi abrupte que je le craignais.

Et même, chose à laquelle je ne m'attendait pas du tout, il y a de l'humour! Oui! quelques petites vannes subtiles ici ou là, sur le communisme en plein essor ( le texte date de 1927), , sur l'intolérance, ou un peu d'auto dérision vis à vis de la vaine gloire, ou des remarques antisémites qu'il a appris à encaisser depuis belle lurettes- en gros " sifflez, j'm'en fiche!":
" le seul à qui cette publication puisse nuire c'est moi-même. Je m'apprête à entendre les reproches les plus désagréables, on va m'accuser d'être superficiel, d'avoir l'esprit borné, de manquer d'idéalisme et de la compréhension des intérêts les plus élevés de l'humanité. Mais d'une part, ces représentations ne sont pas nouvelles pour moi; d'autre part quand on s'est placé, dès son jeune âge, au dessus de la désapprobation de ses contemporains, en quoi cette désapprobation peut-elle importer lorsqu'on est devenu un vieillard et qu'on est certain d'être bientôt soustrait aux effets de la faveur ou de la défaveur des hommes? Il en était autrement aux siècles passés: de telles allégations vous assuraient l'écourtement de l'existence et vous fournissaient une occasion toute proche de faire des observations personnelles sur la vie future" (p52, j'adore cette dernière pique!)

Donc, de quoi est- il sujet qui puisse attirer ainsi les foudres du bourgeois bien pensant, De religion. J'avoue que j'avais un peu peur d'y trouver les sempiternelles références aux frustrations sexuelles qu'on ressort systématiquement vis-à-vis de freud, mais non, on passe à côté, il a écrit d'autres choses, ouf!
Donc, la religion. Freud nous explique donc que, du point de vue psychologique d'un thérapeute, rien ne distingue la religion d'une névrose obsessionnelle. Mieux, elle est une névrose obsessionnelle façonnée au fil du temps par des générations d'humains, pour calmer leurs angoisses face à une nature hostile contre laquelle il ne peuvent rien, et dont ils ne peuvent pas accepter les lois, la première étant la mort.
Alors oui, on sait,  on va tous mourir, ça n'est pas nouveau tout ça.; Mais rappellons le contexte: 1927: l'Europe sort d'une guerre, les gens sont encore traumatisés, beaucoup sont encore croyants et pratiquants, à l'époque l'opuscule a du faire l'effet d'une vraie bombe. Maintenant encore, il suffit de voir les intégristes pour se dire que finalement de la pratique religieuse à l'obsession, il n'y a qu'un pas.
Donc le problème pour Freud est que le fait religieux ( animiste, puis monothéiste) est une névrose, mais une névrose commune, intégrée , transmise, à tel point que plus un croyant ne se pose de question sur la symbolique des rites, le pourquoi, le à quoi ça sert, le comment ça se fait.  Et donc une névrose d'autant plus difficile à extirper, surtout à une époque et dans un pays , ou l'enseignement religieux fait partie intégrante de l'enseignement tout court.

Rassurez-vous (ou non) vous ne trouverez pas dans ce court texte de réponse définitive au problème religieux. Mais c'est une bonne surprise, une lecture finalement intéressante qui ne découragera pas le croyant pur et dur de croire, mais rassurera un peu l'athée ou le sceptique qui se sent moins seul à se dire que la religion avec ces " fais-ceci, fais pas ça, "est un peu trop infantilisante à son goût.

vendredi 12 février 2010

Le Banquet & Phèdre - Platon

platonVoila une lecture pour laquelle j'avais un peu d'appréhension, de vieux souvenirs pas forcément très passionnant des cours de philo de terminale, ou il avait fallu se fader La République en entier ( dont je n'ai pratiquement aucun souvenir, sinon un long tunnel d'ennui sur fond de blabla professoral , le second étant d'ailleurs une des principales causes du premier).
Donc, après avoir trouvé d'occasion ce double volume, j'ai décidé de retenter le coup, sans trop savoir à quoi m'attendre... et donc me voici face à deux dialogues ayant pour thème commun l'amour,au sens large, avec pour Phèdre une grosse, une énorme digression qui nous mène d'un discours sur Eros vers une théorie du discours en général, et les ficelles du bon discours face au mauvais discours bancal du sophiste. Pas très enthousiasmant, dit comme ça, n'est- pas?
joecool
Et pourtant, ça m'a plu! Je ne m'y attendais vraiment pas, mais mine de rien, c'est assez drôle, surtout le banquet.
Dans le Banquet donc, on assiste à une réunion de beaux esprits du siècle de Periclès qui décident lors d'un banquet donné pour fêter le prix de tragédie gagné par l'un d'eux, de faire chacun successivement un discours sur le thème de l'amour. Et certains ne sont pas piqués des vers! tel celui de Pausanias, qui justifie l'homosexualité avec une mauvaise foi particulièrement réjouissante, ou celui d'Aristophane ( oui oui, le dramaturge auteur des Grenouilles ou des Guêpes), qui imagine une proto-humanité loufoque, ou chaque être sphérique et pourvu de bras et jambes est divisé en deux par la volonté de Zeus, ce qui explique que depuis lors, chacun recherche sa "moitié". Socrate quand à lui élargit son discours de l'amour des beaux garçons, vers celui de la beauté en général, puis puis vers l'amour des belles idées, pour finir par louer simplement l'amour de la vérité , puisque Socrate exprime tout haut les idées de Platon, pour qui le beau, le bien et le vrai sont tout un.
Tout cela organisé en discours, ce qui fait que la fameuse dialectique chère à Socrate est illustrée plus qu'elle n'est décrite, ce qui évite le côté trop aride d'un texte philosophique. et ce d'autant que le cadre est décrit de telle manière, que d'un point de vue historique, on arrive assez bien à se faire une idée de l'organisation d'un banquet au V° siècle avant JC (libations rituelles et chant de péans compris). C'est donc vivant, et assez drôle de par l'ironie de Platon qui sourd des discours qu'il fait prononcer à ses protagonistes, et ses piques dissimulées à l'encontre des Sophistes.
Phèdre est plus long, l'interaction plus limitée, du fait qu'il n'y a plus ici que 2 personnages, Phèdre et Socrate plus Lysias dont le discours est rapporté. Là aussi, il y a quelques passages assez drôles, lorsque Socrate démonte idée par idée le discours de Lysias, et démontre par là que celui que chacun s'accorde à considérer comme les meilleurs auteur de discours de son temps n'est en fait que piètre écrivaillon sans envergure. cependant, le dialogue est plus dur à suivre, car il dérive encore plus que le premier, puisque du discours sur l'amour de Lysias, on finit par glissement à arriver à une méthode du bon discours basé sur la vérité. ce n'est pas  inintéressant en soi, c'est juste un peu " tiré par les cheveux". Mais la description proposée par Socrate ( et Platon, via son personnage), de l'âme humaine tiraillée entre raison et passion, tel un char attelé de deux chevaux, ne manque pas d'originalité. 
Donc, me voila réconciliée avec Platon, car , même si je n'ai pas adoré ces dialogues à 100%, j'ai quand même trouvé intérêt à leur lecture. Beaucoup plus en tout cas qu'au travers d'un aride cours de philo, chapitre 1, paragraphe A, 1°, Platon, sa vie son oeuvre...

Peut être que je retenterai La République, un jour, pas tout de suite...

une lecture du Challenge ABC et rétrospectivement




mardi 26 janvier 2010

Le Tao te king - Lao Tseu

taoteking

C’est un monument bien mystérieux que j’ai choisi pour représenter la littérature chinoise dans mon challenge. Monument s’impose ici, le Tao Te king ( Tao Tö king sur ma version, mais je vais garder la version la plus connue, on trouve aussi Dao De Jing par ci par là) étant le texte fondateur du taoisme. De l’auteur, Lao Tseu ( ou Laoxi, Laozi, et tant d’autres transcriptions possibles) , on ne sais rien, en tout cas rien de tangible. Les suppositions en font un sage qui aurait vécu au VI° siècle avant notre ère, mais le Tao Te King semble plus « récent » d’environ deux siècles, donc on pourrait avoir affaire à une transcription a posteriori d’un enseignement de tradition orale. Une autre possibilité donne le tao te King comme une compilation d’aphorismes de divers auteurs regroupés sous un nom générique ( Lao Tseu signifiant « vieux maître », cela peut désigner plusieurs sages). En fait le personnage, peut être réel à la base, perdu dans les limbes de l’histoire rappelle un peu Socrate, tel que décrit par Platon, dont on se fiche finalement de savoir s’il a réellement existé ou pas, ou s’il ne s’agit que d’un prête-nom.
Donc, le Tao Te King, « livre de la voie et de la vertu », est quand même un texte bien obscur, composé de petits fragments poétiques. Le tao lui-même , principe de base de toute la philosophie abordée ici, n’est pas facile à définir : un principe naturel d’ordre et d’harmonie, d’où procède chaque chose, d’où la nécessité de vivre en accord avec la nature pour rester au plus près du tao. Un principe un peu effrayant tout de même, car le découvrir, c’est risquer de se perdre. Le Tao Te King prétend donc mener le disciple sur la voie de la sagesse. Vous n’avez rien compris en le lisant ? c’est normal, pas de quoi s’inquiéter, car même s’il sous-tend la pensée chinoise depuis plus de deux millénaires, c’est aussi le texte le plus commenté en Chinois, le plus sujet à interprétations ( apparemment les caractères qui le composent sont très souvent polysémiques, donc, il est assez facile de lui faire dire ce qu’on veut).
joecool
Ce qui m’a frappée à la lecture de ce court recueil, c’est outre l’obscurité de certains passages, le côté très politique de la chose. En effet, je ne m’y attendait pas du tout, mais beaucoup de fragments semblent destinés à l’enseignement d’un dirigeant politique. Il y est souvent question de la manière la plus « naturelle » de diriger un peuple. 
Exemple :
LXXII

Si le peuple ne craint plus le pouvoir
C'est qu'un pouvoir plus grand approche.
Ne pas limiter son espace vital
Ne pas l'empêcher de subsister
Ne pas le pressurer
Et le peuple ne se lassera pas.
Ainsi le sage se connaît lui-même
Mais ne se montre pas.
Il se respecte lui-même
Mais ne s'enorgueillit pas.
Il refuse ceci et accepte cela
Ce qui laisse à réfléchir, surtout lorsqu’on pense que ce texte a du être rédigé il y a au bas mot, 26 siècles, ça donne le tournis ! voila pourquoi je parlais de Socrate plus haut, on retrouve très régulièrement la notation que le sage ne peut connaître le monde, et a fortiori le Tao, tant qu’il n’apprend pas à se connaître lui-même ( ce qui rappelle le principe « gnôthi seauton » de la philosophie grecque). Sans compter le principe de Non- action, qui rappelle beaucoup la résistance passive, et la non-violence prônée beaucoup plus récemment par Gandhi.
Un texte poétique, mystérieux, dont il doit falloir lire plusieurs version pour espérer saisir un peu de la subtilité en dépit de la traduction. Mais qui ne m’a pas énormément surprise, dans le sens ou j’ai trouvé pas mal de ressemblances avec la philosophie du siècle de Périclès
Une lecture du Challenge ABC

edit: le Tao Te King rejoint également le challenge 2€!