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vendredi 14 novembre 2014

8 Victorian Ghost Stories

Des histoires de fantômes, même si j'ai loupé la date officielle de la LC. Comme je n'avais pas grand chose sous la main à mon retour de voyage, j'ai décidé de faire une petite compilation de nouvelles victoriennes pour l'occasion.. trouvées sur ce site:
Victorian ghost Stories

IL y en a 28 en tout, j'en ai sélectionné 8.Pourquoi 8 ? Tout simplement, les 8 disponibles sur le site écrites par des femmes. En effet, j'ai assez peu d'écrivaines sur ce blog, il est temps d'y remédier. En plus je ne connais la plupart que de nom, voire pas du tout, c'était l'occasion ou jamais. Et troisième chose: lire en anglais!

Edith Nesbit ( 1858-1924)
John Charrington's Wedding: à force d'entêtement, le dénommé John Charrington a réussi a conquérir la jolie May Forster, à la grande déception des autres hommes de son village, qui en pincent tous pour la belle. Mais la veille du mariage, le voilà contraint de partir voir un parent mourant. Cependant il l'a juré, il sera là  à temps, dusse-t-il revenir d'entre les morts (oui, avec une phrase pareille dès le début de la nouvelle, on devine déjà ce qui va se passer).
Man size in marble :
Deux jeunes mariés, lui peintre, elle poétesse, viennent d'acquérir un cottage en pleine campagne. un cottage pittoresque, qui intègre les restes d'une ancienne demeure ayant appartenu à des chevaliers cruels et sanguinaires, dont on peut encore voir les gisants dans l'église du village. Or la légende dit que le 31 octobre à 11h00 du soir, les statues s'animent pour revenir sur les lieux où les chevaliers ont vécu, et gare à quiconque croiserait leur route. Monsieur n'y croit pas vraiment mais dans le doute préfère ne pas informer madame, au cas où elle en viendrait à détester la maison. Là aussi, on voit venir la fin avec ses gros sabots, mais les deux nouvelles sont bien écrites, avec un certain humour pas désagréable, et bien menées.

Dinah-Maria Craik (1826-1887)
The last house in C.. Street: Dorothy MacArthur, une adorable vieille dame raconte à un interlocuteur ou une interlocutrice ( psychologiquement, je pense plutôt pour une femme, si je devais traduire en français, il me parait plus probable qu'elle raconte ses secrets à une autre femme), comment à 18 ans, alors qu'elle était en voyage à Londres  avec son père, elle a entendu un fantôme cogner à son volet. Ca n'est pas tellement le fantôme qui est le principal sujet de l'histoire, mais plutôt une réflexion sur les décisions qu'on prend à un moment ou un autre, et qui peuvent changer votre vie: si la mère de Dorothy était restée à Londres, si le fiancé de Dorothy n'avait pas insisté pour qu'elle reste plus longtemps, Si le père de Dorothy avait suivi sa femme.. tout aurait été probablement différent. Mais j'aime beaucoup la philosophie douce amère de la vieille dame: ça ne sert à rien de passer sa vie à se faire des reproches, on ne peut pas revenir sur la décision prise, qui semblait la meilleure à ce moment là, autant s'en accommoder et suivre un autre chemin que celui prévu.." Une nouvelle à la fois triste, mais pleine d'espoir, vraiment mignonne.


Amelia Ann Blanford Edwards (1831-1892)
N.5 branch line : the engineer:
égyptologue et écrivaine de nouvelles fantastiques
Ben et Mat sont deux amis, qui partagent tout depuis leur plus tendre enfance. Ainsi lorsque Ben, issu du famille aisée a pu faire des études, son premier soin a été de donner les mêmes chances à son meilleur ami. Toujours inséparables, les deux ont donc pu monter leur propre entreprise d'ingénierie en chemin de fer, avec tant de succès qu'ils finissent par décrocher un énorme contrat à Gênes et partent ensemble pour l'Italie. Hélas pour eux, leur belle amitié finit tragiquement lorsque les deux, manipulés par une garce ( mais alors une vraie, détestable de bout en bout), en viennent aux mains. Sous le coup de la colère, Ben tue accidentellement Mat.. et n'aura dès lors plus qu'un but dans la vie: retrouver Gianetta et lui faire payer sa traîtrise. Alors oui, on le devine, le fantôme du brave Mat' va se manifester. Mais je ne vous dirai pas comment :p



Voilà, au passage, le tableau dont il est question à un moment dans l'histoire: la femme au miroir du Titien, à qui ressemble Gianetta, la femme par qui tout arrive
Une histoire agréable à lire, un peu de suspense, c'est toujours bon à prendre.

Elizabeth Gaskell (1810-1865)
The old nurse's story
Une vieille nurse raconte aux enfants dont elle s'occupe comment elle a tout d'abord été employée par leur grand-mère , pour s'occuper de leur mère alors toute jeune. A la mort de la grand mère et du grand père à quelques jours de distance, la nurse et la gamine ont du déménager chez des parents éloignés de ceux-ci: une très vieille dame et ses serviteurs presque aussi âgés qu'elle, dans un manoir pittoresque de la campgane anglaise. Et qui dit manoir pittoresque dit: fantômes!
Ben oui..
La vieille dame à l'air si inoffensif semble avoir commis dans sa jeunesse un crime dont le résultat continue à la hanter, au propre comme au figuré.

Je n'ai pas accroché à cette nouvelle. Déjà, on part sur quelque chose qui donne l'impression que l'héroïne va être la petite fille, hors elle ne sert que d'excuse au déménagement de la nurse. La nouvelle fait 11 pages, et la vraie histoire de fantômes n'apparait que dans les deux dernières. Les 9 précédentes ressassent ad nauséaum à quel point la petite fille est mignonne, adorable, un ange, un agneau, mon coeur, ma reine, mon ceci, mon celà , tous les adultes du coin semblent vivre uniquement par elle et pour elle- alors qu'elle est un peu peste quand même. Je déteste ce genre de procédé, censé mettre en avant l'innocence d'un personnage, et qui réussi tout au contraire, à me le rendre insupportable. Et par contrecoup, rendre creux tous les autres personnages, dont on ne sait presque rien. Non, la narration m'a vraiment gâché le potentiel de l'histoire à force de grosses ficelles.

 The crooked branch: 

Le quadragénaire Nathan a épousé Hester, d'âge similaire, qu'il connaissait depuis longtemps mais avait perdue de vue depuis plus de 20 ans. Elle était riche, il n'était que garçon de ferme, et la famille d'Hester a refusé tout net. Mais les temps ont changé. La famile d'Hester est ruinée, elle travaille comme femme de chambre, tandis que Nathan a hérité d'une coquette somme et acheté sa propre ferme. Sans plus de façon, Hester a donc accepté et eu un seul enfant, Benjamin, puis pris sous son aile Bessy, une de ses nombreuses nièces, à la mort de son propre frère. Evidemment, si les parents sont d'une grande banalité, ce n'est pas le cas des cousins qui sont beaux, et évidemment, la solution est toute trouvée: il suffira le temps voulu de les marier, et il n'y aura même pas de problème d'héritage! Sauf que Benjamin, qui a été adulé toute sa jeunesse, va étudier, et vite avoir honte de sa famille de "cul-terreux" (oui, c'est à peut près ce qu'il dit), tout en apprenant à les manipuler pour obtenir de l'argent. Benjamin devenu adulte part à Londres, revient de moins en moins souvent, jusqu'au moment où la famille reçoit un retour de courrier du "Dead letter office" ( simplement, l'équivalent du "parti sans laisser d'adresse). Bessy et la mère comprennent qu'il a déménagé, mais le père est sûr que ça signifie que le destinataire est mort.

Oulà, celle-là n'est pas évidente en VO, les paysan parlent en patois, et il m'a fallu parfois lire des phrases à voix haute pour en saisir le sens ( par exemple, Benjamin part étudier à "Lunnon", comprendre London. Ou ça:"'I misdoubt me I hanna done well by th' lad.I misdoubt me sore.Summat's wrong about him, or folk would na look me wi' such piteous-like een, when they speak on him." Ouaip! j'ai galéré, ce n'est pas peu de le dire.
Ensuite le principal problème de cette nouvelle, outre d'avoir le même défaut que la précédente: 59 pages, mais même à la denrière, on ne voit toujours as où l'auteur veut en venir, après avoir eu l'historique de la vie des paysans et la description des pièces de la maison entre autres. Non, le vrai souci, c'est que ça n'est pas une histoire de fantôme: ça dérive sur une histoire de cambrioleurs, probablement menés par Benjamin, puis sur une scène de procès.. Mais pas plus de fantôme que de beurre en branche (tordue). C'est bien en revanche l'histoire d'un enfant gâté qui tourne mal, donc le sujet cadre bien avec le titre, mais pas le moindre fantôme à l'horizon.
Donc, hors-sujet de la part du site qui l'à mise en ligne sous ce titre.


Mary Elizabeth Braddon (1835-1915)
At Chrighton abbey:
Miss Sarah,u ne trentenaire célibataire et indépendante ( à l'époque victorienne!), d'origine bourgeoise mais désargentée et partie travailler sur le continent,  revient sur les lieux de sa jeunesse à Chrighton Abbey. Là vivent sa cousine, avec son mari et son fils. Et justement le fils est sur le point de se marier, avec une femme de noble famille. Très jolie, mais très froide, distante, du genre langue de vipère. Ca qui ne dérange pas plus que ça la mère, car une malédiction semble planer sur la famille: depuis des siècles, à chaque génération, les héritiers meurent avant leur mariage ou juste après, alors peu importe qui est l'heureuse élue, du moment qu'il se marie et échappe à la malédiction. Or, peu de temps avant le nouvel an, Miss Sarah aperçoit, dans ce qu'elle pense être une cour désaffectée, un équipage entier de chasse à courre, absolument silencieux. Une équipage fantôme, réputé être un funeste présage pour la famille.

Ha, voilà qui remonte le niveau après la déception d'Elisabeth Gaskell. Humour, car Miss Sarah est une sceptique convaincue, qui ne croit pas aux fantômes, mais craint quand même une peu les superstitions, Humour aussi dans la galerie de portraits de bourgeois guindés venus passer le nouvel an dans ce coin perdu, et tirés à 4 épingles en pleine campagne. Et cerise sur le gâteau, DES fantômes, lein de fantômes, comme dans tout bon manoir qui se respecte. Une bonne lecture!



Mrs Henry Wood (1814-1887)
Reality or Delusion?
Dans un petit village du Worstershire, Daniel Ferrar, un régisseur un peu faignant, dont tout le monde se demande bien comment il peut survivre en vendant aléatoirement des poulets sur le marché, est courtisé par deux femmes: Maria, sa fiancée officielle, et Harriet, la " française" ( en fait sa mère seule est française, et comme toutes les françaises, Harriet est une insupportable coquette, humpf). Maria, jalouse, va suivre Daniel qu'elle soupçonne d'infidélité et découvre son secret: il nourrit ses poulet gratuitement en volant du grain a ses patrons. Daniel, mortifié, disparaît de honte. Alors qu'il est introuvable, et probablement loin, Maria jure pourtant l'avoir vu roder près de la grange où elle l'a découvert en train de piller les réserves. Illusion ou réalité?

Curieuse histoire de fantôme, qui parle de tout.. sauf de fantômes, et refuse de trancher nettement entre l'illusion et la réalité. Ca n'est pas inintéressant, mais pas franchement passionnant non plus. Pourtant j'ai apprécié le cadre paysan et, si la rivalité entre les deux femmes est sans intérêt, j'aime bien le fait que le vol soit au centre de l'intrigue.

Ah, un point de vue linguistique: Dans cette nouvelle, il y a une manière très spéciale d'exprimer les chiffres , par exemple "  but one might count the houses in it, little and great, and not find four-and-twenty", là ou on dirait " twenty four". Ce n'était pas le cas dans les autres de la même époque. C'est étonnant, j'ai vérifié, l'auteur n'est pas d'origine allemande ( on dirait en allemand"vier und zwanzig"), mais à d'autre endroits aussi, sa syntaxe des chiffres est allemande. Archaïsme? volonté de retranscrire un langage rural? si quelqu'un peut éclairer ma lanterne..

que des anglaises!
que du fantastique victorien!


spéciale " fantômes"
des mystères tous britanniques...

jeudi 28 novembre 2013

L'élixir de vie - Jules Lermina

J'avais dit il y a peu que je ne tarderais pas à lire un autre texte de cet auteur, après avoir tenté et apprécié la Deux fois morte, mon choix s'est porté sur l'Elixir de vie, pour la raison essentielle que le titre est quasi le même que la nouvelles de Balzac, contenue ici. Je n'avais pas spécialement apprécié la version de Balzac, essayons donc avec Lermina.

Pas de références littéraires ici. Le narrateur médecin est appelé par une dame paniquée au chevet d'une petite fille mourante. Elle semble comme anémiée, sans avoir eu ni blessure ni hémorragie.. vidée non pas de son sang, mais de son énergie vitale. impossible de définir sa maladie. La fillette meurt sous les yeux du médecin, de la mère.. et d'un étrange locataire, un vieux monsieur d'environ 75 ans surnommé Monsieur Vincent, un homme robuste qui parait plus jeune que son âge, et qui prend la fuite sitôt l'enfant mort. Chose étrange, Monsieur Vincent semble vieillir à vue d'oeil, et 2h00 plus tard, on le jurerait centenaire. Personne ne semble au juste s'accorder sur son âge L'événement étrange sort de la tête de notre héros jusqu'à ce qu'il soit amené, quelques 20 ans plus tard, à croiser à nouveau la route de monsieur Vincent, qui avoue maintenant 115 ans et semble dans une forme incroyable pour un homme de son âge, pensionnaire d'un asile d'aliéné. Celui -ci se dit fou, auteur de nombreux crimes non élucidés et pour cause: il est un vampire psychique, qui a découvert comment absorber à son propre profit l'énergie vitale des enfants ( qui en "produisent" plus qu'ils n'en usent...Oui la théorie est étrange, basée sur l'idée que l'énergie produite disponible décroit avec l'âge, tandis que les personnes âgées consomment plus d'énergie qu'elles n'en produisent pour rester en vie, un théorie basée sur le magnétisme de Mesmer, dont Monsieur Vincent se clame disciple). Il pourrait se contenter d'en prélever un peu sans nuire , mais la griserie de se sentir à nouveau jeune est telle qu'il n'arrive jamais avant d'avoir épuisé la totalité de l'énergie de sa victime.

Bon alors le match Balzac/ Lermina?
Chez Balzac, il est question d'un élixir qui, contrairement au titre, ne rallonge pas la vie, mais ressuscite les morts. Chez Lermina, pas d'élixir en fait. Au niveau respect du titre:  Balzac+1.

Mais l'écriture plus concise de Lermina me plait plus: Lermina+1

Balzac revisite de manière pas très intéressante le mythe de Don Juan. Lermina revisite celui du vampire en le transformant en vampire psychique, tout en s'appuyant sur les théories de son époque, un peu tirées par les cheveux, sur le magnétisme. Adaptation d'un mythe: Lermina +1.
Avec le bonus " théorie scientifique fumeuse mais intéressante" +0.5


Un don Juan haïssable et anticlérical vs un savant fou cynique haaaaa là on a un bon  50/50  Balzac +1 Lermina +1.

Conclusion de l'histoire: J'ose: celle de Balzac est ridiculement grandiloquente, et m'a plus fait rire qu'autre chose. Celle de Lermina est ouverte et laisse planer une menace. Lermina +1
Nous avons donc: Balzac + 2/ Lermina +4.5


Désolée Honoré, c'est Jules qui gagne!
alchimie et recherche d'immortalité, c'est presque de la sorcellerie non?
n°23
1890

mercredi 27 novembre 2013

3 nouvelles de H. P Lovecraft

que j'ai artificiellement réunies, parce que chroniquer une seule nouvelle à la fois, ben, c'est difficile si on veut éviter d'en dire trop.
J'ai donc compilé la maison de la sorcière ( 1932), le monstre sur le seuil (1933) et celui qui hantait les ténèbres (1935) - parfois titré "la chose des ténèbres" ( the haunter of the dark, pour être sûrs qu'on parle du même, car il existe aussi " celui qui chuchotait dans les ténèbres" - the whisperer in darkness) . Et ça tombe bien parce que les trois se passent au même endroit, du coup les rassembler m'a paru cohérent.
En effet, deux des récits, la ville imaginaire d'Arkham ( qui hormis moi a rajouté mentalement " Arkham asylum! Le Joker!, avouez?), et les trois font également référence aux mêmes ouvrages fictifs ( le nécronomicon, unaussprechlichen Kulten... des livres de magie, mais ne les cherchez pas, ils n'existent que dans l'imagination de Lovecraft)

Dans "la maison de la sorcière", Gilman, un étudiant en mathématiques passionné de folklore et de légendes, vient habiter une vieille maison où a résidé quelques siècles plus tôt, une vieille femme jugée pour sorcellerie. Or il en est certain, ce que les gens de l'époque appelaient sorcellerie devaient être surtout des aptitudes en avance sur leur temps en physique quantique. Pour lui la vieille Keziah Mason, qui s'est échappée de manière mystérieuse de sa prison devait avoir eu l'intuition des mathématiques quantiques et suite a ses recherches , avoir trouvé un moyen de voyager à travers l'espace. Mais au fur et à mesure qu'approche la nuit de Walpurgis, Gilman tombe malade et commence à voir en rêve la vieille sorcière et son serviteur Brown Jenkins, une sorte de petit animal monstrueux mi-rat- mi-singe, des paysages inconnus dans d'autres dimensions.. rêves qu'il met sur le compte de la fièvre jusqu'à ce qu'il se réveille en possession d'un objet venu d'un autre monde qu'il a cassé... dans son rêve. Gilman le mathématicien aurait-il percé le secret de la sorcière et des voyages interdimentionnels?

Dans "le monstre sur le seuil", Daniel  qui vient de tuer son meilleur ami, Edward,  explique qu'il a en fait tué le monstre qui avait pris possession de celui-ci. Et nous raconte comment Edward, très intelligent mais mou et sans volonté est tombé dans les griffes d'Asenath Waite, une femme.. bizarre, vaguement sorcière, qu'il épouse. Asenath, toujours insatisfaite, passe son temps à se plaindre d'être une femme, qu'elle aurait plus de pouvoir si elle avait été un homme, des choses comme ça. Or, de plus en plus souvent, Edward semble victime d'un dédoublement de personnalité, le caractère faible devenant soudain intraitable et ambitieux. chose qu'il explique par " ma femme a trouvé le moyen de me voler mon corps, c'est elle qui le pilote et pendant ce temps, ma conscience est enfermée dans le sien". Tout le monde pense évidemment à un délire de persécution tandis que le pauvre Edward, terrifié,  en est persuadé: un jour, elle trouvera le moyen d'échanger définitivement leurs personnalités.

Dans "celui qui hantait les ténèbres", Robert Blake ( la nouvelle est dédiée à Robert Bloch, autre important auteur fantastique et ami de Lovecraft, et cette fois se passe dans la ville réelle de Providence, où résidait Lovecraft), écrivain amateur d'Esotérisme, est fasciné par une sorte d'église néogothique abandonnée qu'il voit depuis sa fenêtre. Il entreprend d'aller la visiter et découvre qu'elle terrifie les habitants du quartier. En effet, le bâtiment désaffecté a autrefois habité un culte secret démantelé depuis une vingtaine d'année, et on prétend que les nuits d'orage, de drôles de bruits se font encore entendre dans les combles. Evidemment, Robert veut aller y voir de plus près, et découvre plusieurs objets ayant servi aux rituels: statues, sièges, boîte gravée contenant un polyèdre qui ne ressemble à rien de connu et qu'il va toucher, bien sur. L'objet en question semble lui envoyer des visions, un peu comme une boule de cristal, mais des visions d'autres mondes. Et il trouve également un squelette, celui d'un journaliste venu enquêter des décennies plus tôt sur la secte et que personne n'a jamais revu. Assassinat, ou crise cardiaque causé par une terreur intense? Toujours est-il que depuis qu'il a touché les objets magiques, Blake a des visions de plus en plus fascinantes et angoissantes. Il en est sûr: sa visite a libéré une entité monstrueuse qui était enfermée dans le cristal et n'attend qu'une occasion pour s'échapper.

J'ai trouvé ces trois histoires très intéressantes, vraiment très bien menées, surtout la 3° qui instille peu a peu son climat malsain, le fantastique est d'autant plus réussi que le montre libéré par Blake n'est jamais défini, or on le sait l'horrible, c'est ce qu'on ne peut pas voir. Ici seules ses manifestations sont repérables: une trace dans la poussière, une marque de griffure sur un banc, des bruits, une odeur...ha punaise, j'adore ce côté mystérieux. Les 2 autres sont bien menées aussi: les rêves qui se mêlent à la réalité dans "la maison", la situation constamment su le fil entre folie et possession dans" le monstre", mais j'ai quand même une préféré la 3°, que je trouve plus aboutie, car voilà, contrairement aux autres, rien n'y est vraiment décrit , ça laisse plus de loisir pour que le lecteur travaille du chapeau. Donc une légère préférence pour la 3° ( enfin, rien que des titres comme " le monstre sur le seuil", "je suis d'ailleurs" ou " celui qui hantait les ténèbres", pour moi, c'est du tout bon question mystère)

J'avais eu un aperçu de Lovecraft avec " je suis d'ailleurs" que j'avais également trouvé très bien mené, et quelques autres non chroniquées ici. Hé bien, je confirme, 3 nouvelles de plus, et 3 réussites. je vais donc continuer ponctuellement avec cet auteur, que je découvre par la petite porte ,avant de m'attaquer à Dagon , Cthulhu et les autres, mais voilà, j'accroche bien. Et je confirme une fois de plus, la nouvelle est bien le format que je trouve le plus efficace en matière de fantastique, d'autant que là, même issues de publications différentes, il y a beaucoup de cohérence entre les 3, donc...A suivre!

parce que sorcières, monstres et tout
Parce que Lovecraft fait partie du panthéon geek quand même
personnellement, je n'irais pas en vacances à Arkham
années 30
N°22!

mardi 19 novembre 2013

Le Vampire - John Polidori

MMM mi-novembre.. on a dit que le challenge Halloween survivait jusqu'au 30, et le challenge nouvelles se termine quand à lui le 11 décembre. Héhéhé, il me semble que je vais réussir, à le terminer à temps contre toute attente!

Donc le Vampire de Polidori. Une nouvelle qui a mon avis vaut plus par la petite histoire qui lui est rattachée que par son intérêt littéraire, car elle est résolument classique: Un homme de la bonne société londonienne, Aubrey, fait la connaissance de Lord Ruthven, un curieux personnage, à la fois distant et courtois, singulier  sa réputation de morale stricte  -son air détaché et glacial pousse les coquettes à le courtiser, un peu comme un concours entre elles, sans résultat. au contraire il fréquente surtout des dames à la moralité irréprochable. en apparence. Car lorsqu'Aubrey décide de partir en voyage avec Lord Ruthven, il se rend vite compte que les apparences sont trompeuses, et que rien ne l'amuse tant que ruiner les meilleures réputations et les meilleures fortunes. L'incompatibilité d'humeur se fait jour entre les deux camarades, et Aubrey part en voyage en Grèce où il s'intéresse à Ianthe, jeune paysanne grecque superstitieuse qui croit aux revenants et aux vampires. Evidemment, Aubrey n'y croit guère.. mais va devoir se faire une raison lorsqu'il trouve un soir Ianthe morte, vidée de son sang par un vampire. C'est à ce moment que Lord Ruthven réapparait, meilleur ami que jamais. Mais Aubrey ne voit aucune corrélation entre les deux événements.
Le lecteur du XXI° siècle, oui . Même si au final ne ne sait pas trop  pourquoi Ruthven semble s'attacher spécialement à nuire à Aubrey en particulier.

Celui du XIX°, peut être pas, c'est une des premières histoires de vampire non pas monstre sanguinaire, mais chasseur raffiné et calculateur. Donc rien de novateur vu de maintenant, mais au moment où la nouvelle a été écrite, oui, c'était clairement une idée neuve. Dans le fond en tout ça, parce que la forme n'est pas très originale. Mais la nouvelle se laisse lire sans déplaisir et vu qu'elle est un des classiques du genre avec Carmilla, beaucoup plus réussie d'un point de vue narratif à mon sens ( mais là encore, du temps à passé, la nouvelle de Polidori date de 1817, celle de Le Fanu de 1871, donc ça s'explique aussi), il serait dommage de s'en priver. Et le voilà, gratuit une fois de plus . (et puis oui, je vous entends d'ici, alors je confirme: même court, même imparfait, ce sera toujours meilleur que Twilight et ses vampires qui clignotent au soleil. C'était l'instant dénonciation!)

et la petite histoire? Ha oui, en 1816, un groupe d'écrivains anglais (Lord Byron, Percy et Mary Shelley et Mr Polidori) en vacances en suisse s'ennuyait fermement et décidèrent de se lancer un défi d'écriture fantastique. Le sujet du vampire était un brouillon abandonné par Byron que Polidori a récupéré et terminé. Tricheur! Par contre, de cette session de travail/ jeu est issue une autre histoire, bien plus célèbre et marquante, qui a fait la renommé de son auteur et a jeté les bases de la SF, rien que ça: Frankenstein de Mary Shelley.
N°21
1817
encore un anglais, promis le prochain est américain

lundi 11 novembre 2013

La vénus d'Ille - Prosper Mérimée

Hop hop, je continue dans les classiques fantastique. après Dumas, voilà Mérimée. Et, c'est ballot, mais je n'avais jamais lu la Vénus d'Ille jusqu'à présent. Je suis passée au travers pendant toute ma scolarité, alors qu'apparemment, c'est une des marottes des profs de français.

Il était temps de corriger cette erreur, et c'est facile et gratuit ( maintenant que j'ai une mini tablette à planquer dans mon sac, je ne vais pas me priver). Une lecture rapide, un billet, tout aussi rapide
une des nombreuses couvertures possibles, je trouve le rapprochement avec la vénus de Cranach intéressant, au niveau de l'expression

Au XIX° siècle à Ille ( petite ville tout à fait réelle au pied du mont Canigou). Un archéologue amateur vient rendre visite à Monsieur de Peyrehorade, un sympathique et volubile vieux monsieur passionné d'histoire, dans le but de se faire indiquer les curiosités de la région. Il s'avère que Monsieur Peyrehorade a mieux à lui montrer: une magnifique statue romaine de la déesse Vénus trouvée peut de temps auparavant. La statue, dotée d'un visage à l'expression étonnamment cynique, chose surprenante pour la statuaire romaine, semble douée sinon de vie, du moins d'une volonté maligne. Elle met mal à l'aise les villageois superstitieux et semble causer du tort à ceux qui la méprisent ou l'insultent. Et le fils de la famille va faire une gaffe fatale: lui confier un bijou ( ou plutôt s'en servir comme d'un porte-bijou) et essayer de reprendre ce qu'il lui a donné.

Bon, je n'irais pas plus loin, l'histoire est célèbre, la plupart d'entre vous l'aura lue.et je n'avais pu échapper aux spoilers, à cause si je me souviens bien, d'un prof de lycée qui nous l'à racontée (pour nous épargner de la lire? ce qui explique que j'aie attendu aussi longtemps de mon côté). Ceci dit, c'est une nouvelle agréable, rapide à lire, fantastique, je comprends pourquoi elle est utilisée en classe. Et du cynisme comme j'aime ( quand Mérimée souligne que le plus sordide de l'histoire, c'est qu'un type clame haut et fort qu'il va se marier, pas seulement, mais quand même beaucoup parce que sa future femme va hériter).

Donc je tenterai d'autres nouvelles du même auteur à l'avenir, peut être Carmen, pour le challenge musique.

une statue animée et violente
n°20
1837

dimanche 10 novembre 2013

Les mille et un fantômes - Alexandre Dumas

Haaa encore une histoire de fantômes. Et pour l'occasion je retrouve un auteur que j'apprécie particulièrement, dans un registre qui lui est moins habituel: les nouvelles fantastiques. Et on le trouve gratuitement ici

Et même pour un recueil de nouvelles, le format est inhabituel: tout commence comme un récit classique de partie de chasse qui en fait va servir de "support" aux différentes nouvelles.

En effet, tout commence classiquement, un héros, nommé Alexandre Dumas ( tiens, tiens), écrivain ( tiens  donc!), raconte comment un automne, il partit à Fontenay-aux-Roses pour une partie de chasse qui s'avère décevante. Et comment, préférant rentrer avant les autres chasseurs, il arrive en ville et se retrouve témoin de l'arrestation d'un homme qui vient se constituer prisonnier: il vient de tuer sa femme en la décapitant, et raconte que la tête coupée lui a parlé. Dumas est invité, après la déposition, à venir dîner chez le maire de la ville, avec les autres témoins et le commissaire, pour signer sa déposition dans un cadre confortable. Et Evidemment la conversation va rouler sur ce qui divise la population: une tête coupée est-elle encore vivante, et peut-elle parler? Les morts vivants existent-ils?..A partir de là, chacun y va de sa petite histoire, espérant prouver au médecin, le seul sceptique de la compagnie que oui, les morts vivants existent.et chaque récit constitue une nouvelle, liée aux autres car chaque fois quelqu'un enchaîne du genre " ha mais c'est comme moi, il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé..."

Tout commence par le maire, monsieur Ledru (le soufflet de Charlotte Corday): celui ci entend prouver que oui, une tête coupée garde sa sensibilité , au moins quelques temps. Plus jeune il a assisté à l'exécution de Charlotte Corday, et a remarqué que la tête coupée avait réagi à une claque assenée par le bourreau. Il commence alors des expériences sur les têtes des condamnés, jusqu'à ce qu'un drame se produise, qui lui permettra d'affirmer que oui: une tête coupée garde sa sensibilité et peut même parler, il l'a vécu.

Deuxième récit, celui du Docteur robert (le chat, l'huissier et le squelette), qui entend prouver que vu les circonstances dramatiques, le maire a été victime d'une hallucination causée par ses nerfs à vifs.. et d'ailleurs, celui lui rappelle l'histoire d'un juge, qui sombre dans la folie après avoir été maudit par un condamné: pensant un mois tous les soirs, il voit apparaître un chat, à l'heure où le condamné a lancé sa malédition. Puis le mois suivant, un huissier, qui le suit partout. Et enfin, le mois d'après un squelette, que personne d'autre ne voit. Ce que le médecin attribue à une sorte d'autosuggestion. Et que les autres convives bien sûr, considèrent comme un récit de hantise.

C'est aussi l'idée du chevalier Lenoir, ancien responsable des fouilles de Saint-Denis, lors de la destruction des tombeaux royaux, pendant la révolution (les tombeaux de Saint-Denis): suite à l'exécution de Marie Antoinette, la foule enragée vient pour vider les tombeaux royaux et se débarrasser des anciens rois, unanimement détestés.. sauf Henri IV. Aussi lorsqu'un type raille et ridiculise son cadavre (parfaitement conservé), il manque se faire lyncher. et lorsqu'on le retrouve moitié mort dans la fosse commune où on été jeté les rois, pour tout le monde, c'est clair: Henri IV s'est vengé.

Sur quoi le brave curé Moulle enchaîne (l'Artifaille): oui un mort peut survivre et se venger. D'ailleurs lui même a connu autrefois un bandit de grand chemin, qu'il a ramené à grand-peine à la religion en lui donnant une médaille bénie. Or lorsque le bandit a été arrêté et pendu, et que le bourreau a tenté de venir récupérer la médaille,  comme la loi l'y autorisait, le pendu ne s'est pas laissé faire.

Arrive ensuite le récit du convive le plus étrange du dîner: monsieur Alliette, écrivain, qui pour le civil est âgé de 75 ans, mais clame à qui veut l'entendre qu'il en a en fait 275 ans. En effet, pour lui la mort n'est que temporaire, et que tout ou partie du corps peut survivre et même garder la mémoire( le bracelet de cheveux) C'est ainsi qu'il raconte comment il a autrefois rencontré en cure thermale une dame qui avait eu la prémonition de la mort de son mari, mais qui n'avait pu, à cause de son état de santé, revenir à temps pour l'enterrement. A son retour, et conformément aux dernières volontés du défunt, elle se fait faire un bracelet avec les cheveux du mort, qui dès lors l'avertit en lui serrant le poignet à chaque danger qu'elle court.

Récit qui fait réagir la dernière convive, Madame Hedwige, une polonaise très pieuse et très pâle, qui y voit diablerie et vampirisme, car elle même, alors qu'elle fuyait la guerre entre la Pologne et la Russie, fut victime d'un vampire( les monts Carpathes) Arrêtée dans sa fuite par des bandits de grand chemin, elle est sauvée par un châtelain moldave, qui s'avère être le demi-frère du chef des bandits. Bien sûr, les deux frères vont se disputer la femme, jusqu'à ce que le mauvais meure, et revienne se venger d'Hedwige et de son frère. Elle a survécu, mais est resté très pâle depuis lors.

J'ai beaucoup apprécié ces histoires. Un peu moins, toutefois, la dernière qui manque de subtilité: le bon frère est blond aux yeux bleus, calme, ressemble à un saint Michel, un vrai seigneur, le mauvais est brun aux yeux sombres, caractériel, ressemble à un démon, un vrai saigneur.. dès la description des deux frères on devine qui est le gentil, qui est le méchant.. j'ai vainement espéré un retournement de situation, à la Alexandre Dumas, mais.. non. Du coup elle est planplan et attendue.
Mais à part ça, j'apprécie énormément l'idée d'une série d'histoires enchâssées dans un récit plus vaste, ça donne du liant aux nouvelles, et l'ensemble paraît plus homogène qu'un recueil de nouvelles sans lien les unes avec les autres.
J'avais déjà parlé par ailleurs du talent narratif de Dumas, qui pour moi, compense tout les petits défauts qu'il peut y avoir par ailleurs - une nouvelle plus faiblarde, un personnage ennuyeux dans Le comte de Monte-Cristo. C'est exactement ça: les nouvelles s'enchaînent l'une à l'autre exactement comme une conversation, où chacun rebondit sur le récit précédent, c'est très agréable à lire.

Fantômes, morts-vivants, vampires...
N°19
1849
parce qu'il y est question de l'exécution de Charlotte Corday, et de l'ouverture des tombeaux de saint Denis.
Même si on sait depuis qu'Henri IV n'a pas eu de traitement de faveur, et que sa tête fait beaucoup parler d'elle encore ces jours -ci

j'ai failli oublier ce Challenge là!

dimanche 3 novembre 2013

Château hanté - Maurice Renard

Il y a quelques jours, c'était "visite d'une demeure hantée" avec le challenge Halloween. Je croyais ne rein avoir sur ce sujet, mais en fouillant les ebooks en réserve sur ma tablette, j'ai déniché "château ghanté, une nouvelle de Maurice Renard, que je ne me souvenais même plus avoir téléchargée.
C'est ici qu'on la trouve

Le château hanté, c'est le château de Sirvoise, splendide demeure Renaissance sur les bords de la Loire, devenu récemment la propriété du Duc de Castièvre, un homme au tempérament mélancolique, d'autant que le château est prétendu hanté, et que les mauvaises langues prétendent que le duc lui-même aurait fait courir ces bruits afin d'obtenir un prix cassé.

Son seul plaisir, au grand dam de sa famille et de ses amis, est de déambuler au milieu de sa collection d'armure, mais hors de question d'organiser la moindre fête, qui "dénaturerait" le château à ses yeux.Jusqu'à ce que son ami et médecin trouve un solution qui satisfasse tout le monde: organiser un bal costumé sur le thème de la Renaissance, qui donnera un peu de vie à la demeure, sans en trahir l'histoire. une très bonne idée.. enfin, jusqu'à ce que l'armure de François I°, le clou de la collection, se mette à bouger et à danser seule. Serait-ce le fantôme du roi, ou un simple plaisantin?

Et c'est une bonne première découverte de cet auteur que je ne connaissais que de nom, avec une nouvelle agréable à lire, bien écrite,  une ambiance fantastique qui se met en place peu à peu, et une fin ouverte comme j'aime.
et puis il y a cette collection d'armures qui me rappelle ma visite au musée des armées de Paris, ou on peut justement voir la très impressionnante armure de François I°, qui a du impressionner aussi Renard, car elle est décrite presque trait pour trait.
demeure hantée!
N°18
un duc, une duchesse et un compte.. en plus de l'armure du roi!
écrite en 1920

vendredi 1 novembre 2013

La nuit du sabbat - H. Zschokke

 Et voilà, comme promis, une nouvelle détachée du recueil sur Hoffman. Détachée, car elle y a été publiée par erreur, n'était pas d'Hoffmann, mais plus probablement d'Heinrich Zschokke, autre auteur de nouvelles allemand, totalement inconnu de moi. Voici d'ailleurs le texte en VO, qui correspond assez bien, pour le peu que je l'ai survolé, à la traduction que j'ai lue.
On y suit la nuit très agitée d'un homme qui rencontre un curieux petit bonhomme vêtu de rouge, qui semble le suivre partout. Pour le narrateur, ce type dénommé "Manteufel" ( homme-diable) ne peut être que le malin, Satan, le démon, comme son nom l'indique. Aussi lorsqu'il accepte l'invitation de Manteufel à venir prendre un verre, les catastrophes s'enchaînent faisant de lui un meurtrier, un incendiaire et un fratricide.

Que dire, d'abord, il me paraît clair que la nouvelle n'est pas de Hoffman, mais qu'il s'agit d'un ajout erroné de la première édition. Hoffman avait du succès, aussi beaucoup d'auteurs se sont engouffrés dans la brèche fantastique. Mais on  n'y retrouve pas du tout les deux caractéristiques que j'avais citées pour Hoffman: l'humour un peu cynique, et les références à la musique.
 Et surtout, après quelques considérations bien lourdes sur le thème " ha il n'y a rien de mieux que la vie de famille, ma femme mes enfants sont ma joie, je ne comprends pas ceux qui se privent du bonheur d'une vie de famille, soit par égoïsme, soit par amour d'une vie de vice" ( oui, c'est dit à peu près comme ça, bonjour la subtilité!), on y a droit à une exploitation mollassonne du mythe de Caïn et Abel. Bon jusque là, ça pourrait aller, encore, la succession de situations grotesques qui arrive au héros est assez drôle - même si, j'en mettrais ma main au feu, ça n'était pas le but- mais surtout, et là, c'est la pire faute de goût pour moi, on a la fameuse conclusion que je déteste entre toutes " finalement tout ceci n'était qu'un rêve, tout est bien qui finit bien". NOOOOON! Bon d'accord, au milieu du XIX° siècle, ça sentait probablement moins le réchauffé que maintenant, mais , nooooooon, ça ne passe pas. alors oui, il y a diablerie dans cette histoire, mais elle est tellement mal ficelée que je me devais de le signaler, au moins pour défendre la réputation du pauvre Hoffman.

Après je ne sais pas si la nouvelle est aussi moralisatrice en allemand qu'en français, je n'ai pas eu le temps de la lire en VO, ou si c'est une question de traduction. Mais telle quelle, il s'agit d'une nouvelle poussive avec une morale à 2 sous: si tu fais des rêves violents alors que tu te crois pur, tu devrais faire un examen de conscience car le mal est déjà en germe en toi. Pourtant habituellement je suis bon public, mais là non, il y a vraiment trop de défauts, dans la narration molle, dans la morale pénible, dans les digressions familiales sans intérêt.

hop, une autre lecture de saison, ratée, mais de saison ( enfin presque, puisque la nuit dont il est question est en fait la nuit de Walpurgis, du 30 avril au 1 mai)
n°17, même mauvais, une nouvelle reste une nouvelle
et une première lecture pour la challenge LSD, deuxième saison
Milieu XIX° siècle
car le dénommé Manteufel est baron
Bon d'accord, je n'ai pas aimé, mais au moins c'est une lecture multifonction!

lundi 28 octobre 2013

contes fantastiques tome 1 - ETA Hoffmann

et pour continuer sur les nouvelles fantastiques allemandes ( et finir le challenge littérature allemande par la même occasion), voilà le tome 1 des "contes fantastiques " ( attention l'édition ebook québécoise que j'ai sur ma tablette n'est pas tout à fait la même que celle papier française du même titre, et ne correspond pas non plus tout à fait aux éditions allemandes)
Autoportrait d'ETA Hoffmann

On y trouve donc: le violon de crémone (initialement pièce isolée), le Majorat (extrait des contes nocturnes tome 2), la vie d'artiste (extrait du "point d'orgue"), le bonheur au jeu (les frères de saint Sérapion tome 3)  , le sanctus (contes nocturnes tomes 1), plus un autre texte " la nuit de sabbat", que je ne mentionnerai pas ici, car il n'est pas d'Hoffmann, il s'agit d'une attribution erronée, d'un auteur dont l'identité est contesté ( j'ai vu que certains avançaient Polidori ou d'un nommé Zschokke inconnu de moi. Donc dans le doute, je ne le critiquerait pas ici, mais probablement à part). C'est un peu dommage d'avoir d'une part ajouté un texte qui n'a rien à voir, et d'autre part d'avoir mélangé des textes issus de recueils d'époques différentes.

Le violon de Crémone: on y découvre l'extravagant conseiller Crespel, homme riche au loisir étrange: il achète sans cesse des violons de prix, pour les démonter tous pièce par pièce, dans l'espoir de trouver le secret du meilleur son possible. Tous, sauf un, au son exceptionnel. Le narrateur, curieux, réussit à entrer dans ses bonnes grâces et à faire la connaissance d'Antonia, l'étrange femme qui vit chez lui, et dont la ville entière prétend qu'elle chante magnifiquement.. bien qu'on ne l'ait entendu  qu'une fois devenue quasi légendaire. Et de fait Antonia est la fille du conseiller, et d'une chanteuse lyrique, qui souffre d'une maladie respiratoire. Chanter encore mettrait sa santé et sa vie en danger, c'est pourquoi elle a renoncé à chanter à tout jamais, en échange de la " grâce" du violon de crémone, dont le son lui rappelle le son de sa propre voix, à l'époque où elle pouvait encore chanter. Mais évidemment tout va finir par tourner mal, c'est du fantastique allemand...
Pour les connaisseurs en musique, cette histoire est celle qui constitue le III° acte des contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach .

Le Majorat: dans un château plus ou moins délabré au fin fond du duché de Courlande ( Lettonie), un vieux justicier ( notaire) et son petit neveu vont découvrir comment de vieux secrets de famille continuent à perturber la vie des actuels occupants. Sans compter les bruits inquiétants et les manifestations étranges qui se produisent la nuit, et indiquent la présence d'un revenant dans la vieille bâtisse.
Sans être inintéressant, je l'ai quand même trouvé long: toute une première partie sympathique plante le décor: un châtelain grognon, sa trop jolie femme sujette aux attaques nerveuses, les bruits et les manifestations mystérieuses. La suite est plus confuse, lorsque le récit bifurque sur les complexes histoires d'héritage du baron Roderick, des ses fils, de son petit fils, car malheureusement, il y a dans la généalogie Deux Roderick, deux Hubert, un Wolfgang.. on s'y perd - en en fait, c'est même tellement bizarre parfois que j'ai l'impression que le traducteur s'est emmêlé les pinceaux dans les noms. On saura au final qui est le fantôme et pourquoi il hante les lieux, mais au bout du comte, l'histoire d'héritage prend le pas sur le fantastique, et c'est dommage. Ha oui, et comme on est chez Hoffmann, il y est quand même question de musique: car la baronne qui s'ennuie à mourir ( comme toujours ou presque, chez les femmes d' Hoffmann, elle est de de santé fragile et surprotégée par son mari) se trouve une passion commune pour la musique avec le neveu du notaire et improvise des duos avec lui.

La vie d'artiste: Et je vous le donne en mille: de la musique! On y suit les déboires d'un musicien amateur d'une petite ville, qui découvre un jour ce qu'est vraiment la musique, incarnée par deux musiciennes italiennes itinérantes, deux soeurs qui représentent chacune une approche différente, quasiment une philosophie musicale. il y a Lorette, la soprano colérique, qui ne jure que par les chansons légères et les fioritures, jusqu'à en mettre trop, partout, tout le temps ( j'ai envie de dire qu'elle représente un peu la conception de la musique au service du musicien, pour faire valoir sa virtuosité son talent, etc..) et à l'opposé, Térésina, l'alto et guitariste, qui préfère la musique sérieuse, et la pureté d'une note à l'afféterie ( l'interprète au service de la musique cette fois). Mais les deux sont aussi fausses l'une que l'autre et méprisent le musicien qui les accompagne, et les plante là, lassé de leurs tocades.. n'optant ni pour l'une ni pour l'autre au final. Je pense qu'il faut voir cette nouvelle presque comme une leçon de philosophie musicale, plus que par les femmes, le narrateur explique qu'il est d'abord attiré par le brillant , j'ai presque envie de dire le côté tape-à-l'oeil du chant de Lorette, et qu'il n'arrive pas à apprécier la musique sobre de Térésina,  chose qui se produira peu à peu, quand il aura plus de maturité musicale.  Donc, j'ai apprécié cette nouvelle surtout parce qu'elle me parle en tant que musicienne amatrice, mais je ne sais pas du tout ce que peut en penser quelqu'un qui n'est pas concerné. Peu de fantastique, sauf si on considère la musique, l'inspiration comme un principe surnaturel?

Le bonheur au jeu: ça alors. pas de musique! Pas une note n'est mentionnée cette fois. Il y est juste question d'un homme particulièrement chanceux, qui sombre peu à peu dans la passion des jeux de cartes, auxquels il gagne invariablement de grosses sommes.Avant qu'il ne soit trop tard pour lui, il est abordé par un vieux monsieur qui vient le mettre en garde et lui raconter l'histoire d'un autre joueur du passé, à qui la chance souriait, qui ruinait littéralement ses adversaires jusqu'au jour fatidique où la chance à tourné... Là le surnaturel est plutôt dans cette chance insolente et capricieuse qui s'attache successivement à plusieurs génération de joueurs, qui semblent se la passer comme un mauvais rhume, et qui fait leur malheur plutôt que leur bonheur.

Le Sanctus: un mauvais rhume, c'est justement la catastrophe qui s'abat sur le choeur d'une petite ville. La soliste vedette, Bettina est aphone depuis plusieurs mois, et le médecin perplexe en vient à se demander si elle pourra un jour chanter à nouveau. En effet, elle est tout à fait capable de parler normalement, mais sa voix disparaît mystérieusement dès qu'il s'agit de chanter. Et l'angoisse de devoir abandonner le chant ne fait qu'empirer son état. Un des choristes finira par comprendre ce qui se passe: choc psychologique. La veille de son aphonie, alors qu'elle quittait la messe pendant le sanctus, dès la fin de son solo, afin d'aller honorer d'autres contrats, un plaisantin lui a suggéré que partir avant la fin de la messe lui attirerait surement la colère divine. Plaisanterie que Bettina a pris pour argent comptant. Et pour la guérir, une fable racontant une histoire similaire à la sienne, mais où la chanteuse retrouve sa voix, suffira à lui rendre confiance en quelques jours ( J'ai envie de dire, personne ne se rend compte qu'outre le choc psychologique, elle souffrait de surmenage, avec 4 ou 5 engagements à honorer par jour, et qu'elle avait besoin de repos vocal.. que son organisme l'a forcée à prendre.. mais bon). Une histoire plutôt drôle, même si le conte andalou destiné à rendre confiance à Bettina me gêne aux entournures - puisqu'on y parle d'une maure convertie au catholicisme et qui a enfin embrassé la vraie foi, etc...

En conclusion, un lecture plutôt sympathique, même si je soupçonne quelques bizarreries de traduction ( celle que j'ai trouvé en ligne est la toute première qui date du XIX° siècle), une seule vraie histoire fantastique ( avec fantôme), qui est celle que j'ai le moins appréciée, même si les autres ne sont pas dénuées d'"inquiétante étrangeté" selon la formule consacrée. En fait je pense que le souci c'est d'avoir compilé des nouvelles extraites de différents recueils, qui n'ont pas du tout le même objectif: La vie d'artiste et le sanctus sont plutôt légères et volontiers humoristique, tandis que le violon, le majorat et le bonheur on une ambiance plus mystérieuse. L'objectif de l'auteur n'y est pas du tout le même, et c'est maladroit de les avoir mélangées ainsi. Ceci dit, je le disais déjà ici à propose de l'homme au sable, j'apprécie bien l'humour discret volontiers cynique de l'auteur ( un peu moins sa manie de faire de ses personnages féminins des êtres faibles, à la santé délicate, sur lesquels un père, un mari.. voire même un fabricant exerce une emprise totale. Une fois de temps en temps, pourquoi pas, mais là, c'est un peu trop récurrent)
5° lecture: challenge réussi!
lecture commune: un auteur classique
et de 16!
première lecture pour ce défi.. pour la place que tient la musique dans 4 des 5 nouvelles d'un écrivain qui était aussi musicien et compositeur :)