Au moment où je rédige, c'est juin, et je n'ai pas encore décidé d'un
fil directeur pour mon mois halloween, mais.. commençons donc avec des
fantômes bien d'chez nous!
Hop un petit ouvrage trouvé par hasard
qui présente quelques célèbres lieux hantés et fantômes de notre pays,
sous forme de petits contes. Traversons ensemble l'histoire (maudite) de
France
 |
| J'aime
bien cette couverture un peu BD, l'intérieur comprend aussi d'autre
illustrations dans les mêmes tonalités étonnamment vives. On est plutôt
habitués à des tons froids et pâles quand on parle de fantômes. |
Et on commence en fanfare par
l'Abbaye de Mortemer,
dans l'Eure, réputée la plus hantée de France. On raconte qu'elle
serait encore habitée par le fantôme de sa fondatrice, L'Impératrice
Mathilde, petite fille de Guillaume le conquérant, et qui n'a pas réussi
à faire valoir ses droits sur le titre de reine d'Angleterre. Mathilde,
qui après une viee de batailles juridiques et réelles, est venue vivre
en Normandie où le fantôme de son propre père lui a assigné la mission
de.. revenir elle aussi sous forme de fantôme protéger son abbaye. Au
fil des siècles, d'autres fantômes l'y ont rejointe.
Mais fantômes ou pas, c'est un lieu très joli que j'aimerais bien visiter pour ses vestiges et son histoire.
Après la Normandie, direction l'Ariège et le château de
Montségur,
à la rencontre d'Esclarmonde de Péreille, femme cathare du XIII°
siècle. Et justement, 1243/1244 c'est l'époque de la croisade des
Albigeois. Etonnamment dans une histoire de fantômes, notre héroïne
n'est pour une fois pas une très jolie femme, mais une malchanceuse,
chétive et handicapée moteur qui n'a jamais pu quitter le château de sa
famille ( les catholiques de l'époque on dû voir dans ce handicap une
preuve d'hérésie sous forme de malédiction divine, alors qu'avec le
recul, les nombreux mariages entre cousins, dans le vivier limité des
cathares, afin de préserver la " pureté du lignage" sont plutôt à
considérer). Et donc un ces cousins, tendant un guet-apens aux
inquisiteurs, n'a fait qu'envenimer la situation et attirer la vindicte
sur toute la famille. Le château assiégé, les cathares ont eu le choix:
renier leur foi et avoir la vie sauve, ou être condamnés au bûcher.
C'est le choix fait par Esclarmonde et sa famille. et plus de 200 autres
personnes.
Là encore, c'est par assignation surnaturelle ( de la
part d'un ange) que le fantôme d'Esclarmonde a été chargé de veiller sur
les ruines de Montségur, jusqu'à 2016, où les instances Catholiques ont
publiquement reconnu leur responsabilité et demandé pardon pour le
massacre.
Donc apparemment, tout serait rentré dans l'ordre et Esclarmonde a pu enfin rejoindre l'autre monde, délestée de sa tâche.
Bon
les deux précédentes ont un rôle positif de protectrices d'un lieu, ce
qui me fait penser que ces histoires de fantômes sont probablement des
résurgences inconsciente de déesses, fées et autres esprits de la
nature, que la christianisation n'a pas totalement effacées... tous
comme les saints et saintes correspondent souvent à des divinités
païennes recouvertes d'un vernis chrétien.. mais grattez la peinture et
la déesse celte déguisée en Sainte Bidule réapparait vite.
Les deux suivants sont nettement moins sympas, là, on a des tueurs en série ( des mecs, comme par hasard!)
Direction
Tiffauges
en Vendée, lieu d'une des plus sinistres affaires de crimes en série,
puisqu'il s'agit du château de Gilles de Rais. Oui, le Baron compagnon
d'armes de Jeanne D'arc et un homme qui décidément avait tous les
défauts: violent, avide de pouvoir et d'argent, orgueilleux.. et qui
dans l'espoir de rembourser ses dettes colossales s'en est remis à
l'occultisme, histoire de cumuler l'utile (essayer de gagner de l'argent
grâce au diable) et l'agréable ( enlever et massacrer des victimes au
nombre... inconnu mais au moins douze assassinats reconnus par l'accusé)
. De quoi se voir condamné à hanter son château pour l'éternité.
Probablement que le diable ne voulait pas chez lui d'un type capable de
vouloir prendre sa place?
Par contre le diable a été plutôt clément avec
Jean L'écorcheur,
boucher parisien le jour, assassin la nuit. Moins par méchanceté que
par appât du gain, pour fournir en sang, peau, viscères humains, tout ce
que Paris comptait comme alchimistes du temps de Catherine de Médicis.
Elle-même ayant un talisman fourni par feus les parents de Jean. Mais
Jean refusant de quitter
les Tuileries,
lorsque Catherine y a fait construire son palais, a été simplement
assassiné. Forcément, il avait des documents compromettants impliquant
beaucoup de nobles et menaçait de s'en servir. Mais bien qu'il n'ai
jamais directement trempé dans l'alchimie, le diable, pour remercier
Jean de ses services indirect lui a offert un poste de fantôme messager,
vêtu de rouge sang, annonceur de mauvaises nouvelles, tout spécialement
envers les divers familles régnantes successives. Jusqu'au jour où le
palais des Tuileries disparait dans les flammes, c'était la clause
mentionnée par le diable avant de faire de Jean un démon: "Si tu
traverses les flammes, c'est fini, tu viendras passer l'éternité chez
moi."
J'aime beaucoup cette histoire, faustienne, juste parce que j'imagine
le diable comme ça, offrant un marché à Jean.
Retour à un fantôme nettement moins dangereux: Lucie, du
château de Veauce dans
l'Allier. Il y a plusieurs légendes à son sujet, la plus courante étant
qu'il s'agit d'une servante emmurée vivante dans la tour du château par
la châtelaine, lorsqu'elle a compris que Lucie était devenue la
maîtresse de son mari. J'avais visité de joli château au début des
années 1990, ma famille étant originaire d'Auvergne, j'ai passé toutes
mes vacances d'été à apprendre l'histoire sur le tas en visitant tous
les châteaux du coin. Je me souvient de cette visite, car c'était le
propriétaire d'alors , un vieux monsieur très drôle et passionné
d'histoire, doté d'un fort accent étranger. Je vois qu'il était
israélien, et qu'il est mort en 1998, et que depuis Lucie n'apparaît
plus J'aime à penser que monsieur Tagori hante son propre château, comme
un bon fantôme facétieux.
Le suivant est même un fantôme très
sympa: Malo III de Coëtquen, et pour une fois un homme. Comme son nom et
son prénoms l'indiquent, Malo est breton, c'est l'ancien propriétaire
du
château de Combourg. Un chevalier, proche de sa famille, mais qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie. Et on raconte donc que les
fantômes de Malo ( ou de sa jambe de bois seulement) et d'un chat noir hantent les lieux,
ou du moins les hantaient au XIX siècle. Et on même inspiré à un
célèbre auteur, dont la famille a pris possession des lieux bien plus
tard, sa plus fameuse oeuvre: Les Mémoires d'outre-tombe. Car il s'agit
en effet du château acheté par la famille de Chateaubriand. J'avoue ne
pas avoir encore lu ce titre fleuve, car je n'ai pas du tout aimé René (
60 pages qui semblaient en faire 600, tellement j'ai eu envie de
claquer le héros. Long comme... l'éternité, oui)
Etape suivante, on repart dans le Sud Ouest, au château de
Puymartin,
à Sarlat la Canéda. On le dit hanté par le fantôme de la châtelaine
Thérèse de Saint-Clar, femme adultère qui a eu la malchance de se faire
pincer par son mari, qui pour se venger l'a faite emprisonner jusqu'à sa
mort dans l'un de des tours du château ( décidément, il vaut mieux
éviter de tromper son mari ou sa femme dans un château doté de tours et
d'oubliettes). Evidemment la plupart des endroits supposés hantés sont
aujourd'hui des lieux qui se visitent et qui ont donc tout intérêt à
entretenir la légende. Un château hanté au fin fond de nulle part aura
toujours plus de visites que le même, mais non hanté.
Mais on
repart déjà, à Versailles, pour rencontrer Marie-Antoinette. Là, pas
besoin d'épiloguer, la révolution la fin de la monarchie en France, tout
ça, on connait bien le sujet. Mais donc des touristes anglais ont par
la suite dit avoir vu Marie-Antoinette
au Trianon.
Bon je suppose qu'elle ne devait pas avoir toute sa tête pour qu'il
l'aient reconnue - et oui, j'ai osé! Sinon ça pourrait tout aussi bien
être Mme de Pompadour, mais c'est moins vendeur.
On redescend vers Poitiers, au
château de Fougeret,
hanté par bon nombre de fantômes. Félix, l'un des anciens propriétaires
mort sans descendance, découvre à sa mort qu'il est resté sur les lieux
et qu'il est loin d'être seul: un couple médiéval vit à la cave, un
petit garçon court dans les couloir, une grand-même "vit" au 3E étage.
Et Felix devient en quelque sorte le responsable de l'accueil des
nouveaux venus. Ce sont de gentils fantômes, dont le seul objectif est
de se faire remarquer des vivants, pour essayer de communiquer avec eux.
Là encore cette histoire est finalement plutôt drôle.
Beaucoup plus que la dernière, qui nous parle de
Geneviève Zaepffel,
voyante bretonne des années 30, venue faire Carrière à Paris. Dire
qu'on a acquis ses dons de médium en étant guérie dans l'enfance par le
fantôme d'un druide, ça reste bon enfant. Mais passez l'expression,
Geneviève merde, et pas qu'un peu: elle commence à se mêler de politique
et faire de la propagande pro-Allemagne nazie, ce qui les conduisent,
elle et son mari antisémites en prison. Les deux n'ont de cesse que de
vanter les mérites du führer, jusqu'à, comme c'est étrange , août 1944,
ou Geneviève prétend que la libération a réussi grâce à elle et ses
dons. Une nana donc, à l'égo surdimensionné, et bien secouée. Et si la
police ne l'a pas oubliée à la fin de la guerre, elle cependant réussi à
s'en titrer sans trop de dommages et a continué à faire de l'argent
avec l'occulte jusqu'à sa mort dans les années 1970. Et évidemment on
raconte qu'elle est toujours dans sa maison du Tertre en Bretagne, pour
veiller à ce qu'on ne touche pas à son portrait. Et.. punaise, elle fout
les jetons. J'ai moins peur des spectres que de la folie, et son côté
malsain se voit sur son portrait. C'était probablement moins un voyante
qu'une perverse manipulatrice et c'est ça qui me saute aux yeux. pour en
avoir bien connu quelques-uns.
Donc pour ce qui est de l'ouvrage
en lui même pas grand chose à dire, c'est une collection d'histoire de
fantômes français, et ça c'est déjà sympa, par contre je suis obligée de
dire que le livre est hanté de fautes et de phrases assez mal écrites,
ce qui donne une narration pas terrible.. C'est dommage, l'idée est
bien, mais ça limite un peu le plaisir qu'on pourrait avoir à le lire.
et puiiiiis
Bretagne, Vendée, Sud-Ouest, Auvergne.. Il manque quelque chose à cette liste!
Donc voilà des fantômes de MA Région:
A Ménerbes dans le Vaucluse, la
Baumo-Seguro est
supposée hantée par un duo de fantômes, un bandit assassiné par son
frère, qui s'est suicidé ensuite. Ambiance! Les deux fantômes doivent
encore se chamailler depuis la Renaissance. Ironiquement le nom de
"Baume Seguro" en Provençal signifie la "grotte sûre". Elle est pourtant
mal fâmée et bien "fantômée."
A Caromb, il y le manoir
Pré-fantasti,
où la encore une dispute entre deux frères ( alchimistes cette fois) a
mal tourné. Le fantôme de celui qui a été tué est supposé hanter les
ruines, mais est-il seul? Un homme riche a été tué par un voleur à
proximité du lieu hanté, peut être bien qu'il y a maintenant deux
fantômes!
A Auribeau, toujours dans le Vaucluse, il y à la
Porte de l'au-delà où
une veuve a vu apparaître le fantôme de son mari. Sauf qu'à l'inverse
d'Orphée et Eurydice, c'est elle qui est allée volontairement le
rejoindre dans le monde des morts. Yep, rien que ça, nous avons un
portail entre le monde des vivants et celui des morts.
A Roussillon, bien qu'on s'éloigne des fantômes, plusieurs légendes tentent d'expliquer
la couleur rouge des ocres. Feu
des titans, sang des anges déchus, ou sang d'une suicidée, femme
infidèle qui s'est jetée d'un haut de la falaise après que son mari lui a
fait manger... son amant ( oui ça sonne un peu comme les enfants de la
Belle au bois dormant, la suite). Je vous rassure on sait maintenant
que ça ne vient ni d'un massacre, ni d'un suicide, mais de la grande
quantité d'oxyde de fer contenue dans le sol.