Puisque j'ai un peu évoqué Nigel Marven en marge de son aîné et confrère David Attenborough l'occasion de ce mois anglais, j'ai eu envie de parler de ce documentaire animalier hybride très curieux, qui fête cette année ses 20 ans.
Hybride, parce qu'il prend ouvertement l'option de la science-fiction pour mieux parler de science de manière humoristique (on est dans quelque chose de volontairement décalé) mais de scientifiquement correct, du moins à l'aune de ce qu'on savait il y a 20 ans. Car oui, certaines informations sont obsolètes, même au sujet de biotopes datant de plusieurs millions, voire centaines de millions d'années, les connaissances se sont bien affinées en 20 ans, et ce documentaire de vingt ans d'âge est maintenant... vintage.
Il y a une chose que je ne crois pas encore avoir dite ici, c'est ma passion de toujours pour la paléontologie et la géologie (lors de mes précédentes vacances, j'ai passé des heures, mais vraiment des heures dans la galerie de paléontologie de Paris et à l'institut de science naturelle de Bruxelles, à admirer les iguanodons de Bernissart).
Donc dès que ça parle de paléontologie, que ce soit Le petit dinosaure et la vallée des merveilles, des podcasts pointus, en passant par ou les vidéos de vulgarisation de Simplex Paléo, Alexis Da Costa et Cedrik jurassik, du plus sérieux au plus farfelu, je surkiffe.
Et bien sur les documentaires de la BBC, que j'ai vu et revus.
C'est parti :imaginons que grâce à la science, on puisse créer un zoo préhistorique... hum ça rappelle un roman adapté en petit film "indépendant", "peu connu", où les dinosaures sont recréés via le sang pompé par un moustique fossilisé dans l'ambre.
Mais si l'idée générale est similaire, la manière d'y parvenir est très différente.
Jurrassic Park était un film de SF et d'aventure qui tordait beaucoup mais alors beaucoup le cou à la plausibilité scientifique ( recréer tout un zoo dinosaurien à partir d'un moustique est impossible, et si l'adn était suffisamment pérenne, tout ce qu'on pourrait obtenir, c'est en fait... des moustiques jurassiques clonés, ce qui me parait une très mauvaise idée, vu que l'insecte en question est déjà en tête de liste des espèces qu'on voudrait voir disparaître à tout jamais) sans vraiment d'autre objectif que de divertir (et comme j'aime bien Jeff Goldblum, et son blasé " putain, j'en ai marre d'avoir toujours raison!"), et dans ce domaine il fait ce qu'on lui demande.
Donc Nigel, le zoologue/baroudeur/ Indiana Jones... possède une machine à voyager dans le temps ( uel veinard) et compte l'utiliser pour aller dans le passé chercher des animaux menacés avant leur disparition définitive et les conserver dans un parc zoologique. Et au passage, aller filmer tricératops, ornithomimosaures, mammouths, arthropleura... dans leur milieu naturel. Donc, pour peu qu'on accepte la machine à ouvrir un portail dimensionnel... le reste est tourné à la manière d'un documentaire animalier presque classique, alternant séquences de recherches de specimens en danger dans le passé et vie quotidienne d'un zoo, avec vétérinaire qui s'active pour soigner les pensionnaires... sauf qu'un tyrannosaure blessé est autrement plus dangereux qu'un lion; gardien en chef qui planche sur les enclos les plus adaptés à ses nouveaux pensionnaires en prenant en compte ce qu'il connait sur les animaux actuels en en essayant de l'adapter, sauf qu'on ornithomimosaure a beau ressembler à une autruche, son habitat d'origine n'a rien avoir avec l'Afrique du sud contemporaine...
Techniquement ( et à part l'impossibilité du voyage dans le temps,) il est plus scientifiquement acceptable de peupler un zoo avec des animaux ayant atteint un stade défini d'évolution, que de les recréer ex nihilo ou presque, à partir d'un moustique. Disons que c'est biologiquement moins n'imp.
Après cette manière peu orthodoxe et souvent drôle (l'équipe a bien dû se marrer en mimant le fait de patauger dans un marécage du carbonifère, en essayant de capturer des libellules géantes - drônes au filet, ou en s'extasiant devant des triceratops invisibles) a un avantage: Celui de présenter les animaux des époques passées non comme des monstres de SF, mais comme des animaux à part entières. Le tout en distillant les informations scientifiques sur les fossiles, les possibles comportements sociaux, les adaptations aux différents milieux, au fil de la narration.
Autre gros avantage, perdu depuis : les décors en grande partie naturels. La tendance actuelle étant de tout reconstituer en image de synthèse, même quand ce n'est pas nécessaire ( alors que des marécages ou des montagnes sont un décor parfait où incruster les animaux de synthèse tout en gardant un rendu réaliste pour les mouvements d'eau, de nuages, du vent et des textures : rochers, terre, etc..). Ce qui entraîne aussi une perte de profondeur et des textures, donc... de réalisme. Le mélange des deux, bien dosé, donne quelque chose de bien plus intéressant que le 100% fond vert ou bleu.
On retrouve un peu l'esprit du documentaire de la BBC " sur la terre des dinosaures" . Ce dernier est visuellement daté maintenant pour ce qui est des effets spéciaux et maquettes, ainsi que de certaines informations obsolètes, mais pour l'avoir vu lors de sa première diffusion en 1999, c'était révolutionnaire, le top niveau des effets spéciaux de cinéma au service de la science à l'époque.
![]() |
| La zoologie est un des rares métiers où tu peux être mangé par ton sujet d'étude. Plus encore si tu voyages dans le temps, au carbonifère, même les mille-pattes t'auraient bouffé sans problème. |
Les documentaires de l'ami Nigel (je l'ai dit et je le redis, il a bossé pendant 12 ans avec David Attenborough, pas encore Sir à l'époque, c'est un gage de compétence et de qualité) s'inscrivaient dans la continuité, des " sur la Terre.." que ce soit ce Prehistoric Park ou son exploration des mers du passé. Depuis , je le redis les données scientifiques ont évolué au fil des nouvelles découvertes et certaines représentations ont changé ( la taille surévaluée du deinsosuchus, pour ne citer que lui), d'autres étaient de la livre interpétations déjà à l'époque (surtout les couleurs des animaux disparus par exemple, concrètement à part le mammouth dont les peu et les poils conservés dans le permafrost permettent une représentation très fiable, beaucoup d'autres sont à prendre avec des pincettes, ou du moins comme une licence artistique) mais ça reste quand même une série très sympa à regarder.
Et surtout en VO, pour profiter des accents so british de tout le monde.
Et coup de bol, la série est trouvable sur Youtube, en vo, avec sous titres fiables en anglais. La série devait initialement avoir au moins une seconde saison mais apparemment les producteurs on décidé de la remplacer par une pure série de SF qui en est largement inspirée, sous le titre Primeval. Donc, il n'y a que 6 épisodes d'un peu moins d'une heure, et nous ne saurons jamais si Martha la mammouth a pu vraiment s'intégrer à un troupeau d'éléphants, ou si Terence et Mathilda les jumeaux tyrannosaures ont réussi à trouver une terrain d'entente sans s'entredévorer.
Par contre, il va falloir que je cherche les autres documentaires soit scientifiques ( sur la terre des dinosaures/ monstres disparus / géants, et la nouvelle mouture plus récente " planète préhistorique", afin de mettre à jour les informations) soit mi science/ mi SF de Nigel Marven ( sur les traces des dinosaures, les monstres du fond des mers)
Mais je note pour moi même: lorsqu'on inventera une machine à voyager dans le temps, je veux bien aller au permien, mais je dois éviter le carbonifère: même si les forêts de fougères arborescentes ont l'air magnifiques, l'humidité, les 30°C en moyenne avec des incendies en veux-tu en voila à cause du taux d'oxygène qui te ferait planer en moins de deux, les libellules de 70 cms d'envergure, les scorpions de 70 cms de long, les salamandres de 3 mètres, les mille-pattes qui pourraient te bouffer... c'est pas du tout pour moi!)
Tiens d'ailleurs, les traces d'arthropleura, le mille-pattes géant, ont été trouvées aux iles d'Arran, je ressors mon super site pour vous montrer où se trouvait la zone il y a 340 millions d'années: un peu plus au sud qu'au Jurassique, mais surtout au pied d'un massif montagneux géant ( qui ne fait pas partie de la chaîne hercynienne - une chaîne gigantesque qui ferait passer l'Himalaya pour une maquette, et dont il reste de nombreux vestiges en France et en Allemagne), mais la rejoint. Car oui, il y a 340 millions d'années, l'écosse était une jungle, sous les tropiques, au pied d'un massif montagneux énorme.
![]() |




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire