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mercredi 3 juin 2026

UK in a bad way - James Harvey ( BD)

 Et hop, l'an dernier j'avais fini avec un peu de punkitude, mais après les jolis lapinous de Watership down, je replonge dans l'esprit punk.
Cette BD m'est tombée toute rôtie à la fin du mois anglais 2025, donc j'ai pris beaucoup beaucoup d'avance pour la lecture. Voilà le premier sujet du mois anglais 2026, lu et rédigé en juillet 2025!


Et c'est assez difficile à définir, et même à comprendre. Pourtant j'ai bien aimé.

On y suit les pérégrinations de Jin, jeune coréenne venue étudier l'art à Londres. Elle ne s'y plaît pas spécialement, et ça se comprend: dès les premières pages de la BD, elle assiste à un suicide, un homme se jette sous un bus devant des yeux, mais elle ne compte pas rentrer pour autant même si elle n'aime pas l'atmosphère de Londres. C'est toujours mieux que de retourner à Séoul. En effet, c'est une fille de la haute société, ce qui est logique: qui en Corée aurait assez d'argent pour payer à sa fille des études d'arts dans l'une des villes les plus chères d'Europe. Mais ce fait même la met mal à l'aise: devoir dépendre de la fortune de ses parents la dérange, elle qui est punkette et voudrait oublier son rang social d'origine. 
Alors elle se trouve des excuses: oui elle se promène avec un manteau en vraie fourrure de gorille, mais elle l'a acheté aux puces et fait retailler, ce n'est pas comme si elle cautionnait la fourrure, et puis comme ça le singe n'est pas mort en vain, puisque sa peau a été utilisée deux fois, et puis elle l'a customisé, etc... Oui elle étudie l'art grâce aux sous de papa et maman, mais comme elle rejette l'art bourgeois, dont Banksy sur lequel elle a des vues totalement à contre courant ( et surtout sur les fans de Banksy, bourgeois qui s'achètent une bonne conscience en clamant le génie d'un type qui fait de la dénonciation plutôt molle. Euh, là je ne peux pas lui donner tort. Banksy c'est sympa, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard non plus.)

Et donc un jour qu'elle erre, elle rencontre Edward, mi SDF, Mi magicien de rue. En discutant un peu ils se rendent compte que leurs vues sur l'art se rejoignent, du moins s'ils ne sont pas d'accord sur tout, au moins ils peuvent avoir une discussion sur l'objectif de l'art qui vole un peu plus haut que la moyenne. Et vite ces deux punks deviennent amis. Jusqu'au jour où Jin donne son manteau chaud à Edward, puis lui prête 500 livres pour qu'il s'achète des vêtements afin d'aller passer un entretien d'embauche qui pourrait le sortir de la rue. Et.. disparition d'Edward. On se dit qu'il a profité de la pigeonne pour lui soutirer de l'argent, mais... ce n'est pas exactement ça. C'est beaucoup plus cruel.

En recherchant Edward, Jin finit par se rendre compte qu'elle est tombée dans un piège, tendu par des " artistes" qui ont fait d'elle et de son amitié avec Edward la pièce centrale d'un happening. Ils sont précisément ce que Jin déteste: des bourgeois richissimes, qui ont fait d'un sentiment d'amitié réelle le sujet d'une exposition de photos, se sont approprié le manteau donné, vont jusqu'à s'approprier des phrases qu'elle a dites. Est-ce qu' Edward est complice ou a été manipulé lui aussi, on ne le saura pas. Mais ce vol de propriété intellectuelle, cette hypocrisie, ce côté factice est vraiment ce que Jin considère comme le mauvais côté de l'Angleterre: UK, in a bad Way!

Et on peut dire que l'auteur ne fait pas dans la demie mesure quand il s'agit de se moquer du marché de l'art, des apprentis artistes avec leurs provocations à deux ronds (et Jin n'y fait pas exception, puisque si elle déteste l'hypocrisie, elle fait quand même preuve d'une énorme dose de mauvaise foi pour essayer de résoudre la dissonance cognitive qu'elle a, entre sa couche sociale d'origine et le prolétariat qu'elle idéalise et dont elle voudrait faire partie.. tout en participant à des fêtes d'étudiants nantis où l'alcool et la kétamine sont un rite de passage).  Il a aussi la dent dure sur la société sous surveillance (très 1984) qu'est devenue l'Angleterre, avec son nombre record de caméras de surveillance.

Mais dans l'absolu, je pense que c'est une BD qui ne parlera pas à tout le monde, c'est plus un collage d'impressions et d'instantanés de la vie d'une étudiante étrangère et bourgeoise en rupture avec sa société qu'un vrai récit qui vise un objectif clair (ceci dit, c'est réaliste: dans la vie, les rencontres et les amitiés se soldent souvent par des déceptions, des ruptures brusques ou progressives, et si la vie quotidienne suit un scénario, il est parfois surréaliste et souvent un rien moisi, sans queue ni tête). Mais oui, j'ai bien aimé, le dessin est sympa (la BD est en fin de compte plus punk dans sa narration que dans son graphisme en fait)

lundi 1 juin 2026

Watership Down (adaptation BD, James Sturm et Joe Sutphin, d'après Richard Adams)

 Cette BD m'inspirait beaucoup depuis que je l'ai couverte ( et feuilletée ) pour le boulot.
Quelle merveille, la couverture cuivrée est splendide ( et généralement les éditions " Monsieur Toussaint Louverture" sont très très belles à ce niveau, quel que soit le format), le graphisme et la colorisation sont dignes d'aquarelles, c'est magnifique.

Le pelage du lapin, le titre et les noms des auteurs ne sont pas simplement orangés, mais littéralement couverts de feuille de cuivre, ça donne un vrai relief à la couverture, c'est somptueux. elle fait 32,5 € et vaut largement son prix.


Quand au contenu, je ne connaissais que de réputation le roman d'origine et c'est une excellente surprise. C'est une épopée.. de lapins. Vraiment. Quelque chose comme l'Eneide. On suit un groupe de lapins" périférés" ( j'aime beaucoup cette appellation proche de pestiférés ou parias), mis à l'écart de leur harde, et qui vont littéralement aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.
L'un deux, Fyveer, plus sensible ou perspicace que les autres - qui serait l'équivalent du voyant, du devin, de l'extra-lucide chez les humains- se rend compte que quelque chose s'annonce sur leur garenne, sans pouvoir le nommer (forcément les lapins ne savent pas lire les panneaux géants qui annoncent que leur coin de campagne va être rasé pour construire un lotissement humain). Evidemment, le chef de la harde ne le croit pas et prend cette annonce comme une tentative de putsch. Fyveer et son frère Hazel décident donc de partir, entraînant avec eux d'autres lapins périférés qui en ont marre des décisions arbitraires du chef de la harde.
Voilà ce que ça donne au niveau des pages, et il y en a plus de 380 comme ça!



Petit a petit, au fil des pérégrinations ( sur quelques kilomètres carrés de terrain), ils sont rejoints par d'autres laissés pour compte ou insatisfaits des " gouvernements" de leurs différentes garennes, jusqu'à trouver un coin libre, pas idéal, mais bien situé, et où les chasseurs s'aventurent peu. Mais là problème: ils se rendent vite compte que leur petite société va vite disparaître car uniquement composé de mâles. Et donc, il va falloir trouver des femelles. Et ça tombe bien à peu de distance se trouve une garenne surpeuplée nommée Effrefa. Mais le gouvernement y est encore pire qu'ailleurs, digne de l'ex Allemagne de l'est. Interdiction de quitter Effrefa, quitte à crever de faim et vire sous terre en n'ayant l'autorisation de gambader à l'air libre que quelques minutes par jour sous haute surveillance. Nous vaillants héros vont donc organiser l'enlèvement ses Sab.. enfin des lapines, ou plutôt leur libération. En quoi ils seront aidés par une sterne, un mulot, un chien ( involontairement) 
Encore un peu? Et c'est aussi un plaisir de voir que la narration prend son temps et intègre de grandes cases sans dialogues, juste pour faire ressentir la nature, le vent, l'immensité du terrain ( pour un lapin!), et la beauté de la campagne anglaise.




Imaginez un cross-over entre une épopée gréco-romaine, le vent dans les saules, la ferme des animaux, Rougemuraille, et roman d'aventure, servi par un graphisme encore une fois, somptueux  ( le dessinateur a réellement bien observé les postures des lapins, quand ils sont effrayés, attentifs, qu'ils courent ou sautent. ses lapins restent dans le réalisme et se déplacent sur leurs 4 pattes)
Evidemment, cette aventure à hauteur d'herbe dans un coin de la campagne anglaise est un moyen indirect de parler d'exode forcé, d'émigration, de réfugiés qui cherchent un coin où vivre, d'écologie et de destruction des milieux naturels, avec une petite dose de lutte des classe ( les lapins ont une société très hiérarchisée, et l'auteur pousse ce microcosme, jusqu'à leur créer un langage, une théogonie, des légendes, des fonctions proche de la société humaine médiévale (celui qui sait raconter les histoires, le devin, le protecteur, sont finalement assez proches respectivement d'un barde - ou d'un aede- , d'une pythie et d'un chevalier)

Ca m'a rappelé, en moins humoristique évidemment, la trilogie des Gnomes de T. Pratchett, où les minuscules habitants des sous-sols d'un grand magasin sont contraints de fuir la destruction de leur habitat). Donc, c'est beau mais... pas pour enfants, vu les sujets évoqués, et la violence - il y a pas mal de sang, ce qui est finalement pas si éloigné de la réalité, les lapins étant de petits animaux mignons quand il sont de compagnie, mais de sacrés bagarreurs qui n'hésitent pas à se battre férocement quand il s'agit de rivalités de territoires.


nota: l'auteur du roman est anglais , l'action se passe en Angleterre, mais le dessinateur  Joe Sutphin et l'adaptateur James Sturm sont américains. Ils ont gagné le prix Eisner 2024 avec cette adaptation, qui donc rentre malgré tout dans le cadre d'un mois anglais.


Le prince et la couturière - Jen Wang ( roman graphique)

C'est juin, c'est le mois des fiertés LGBT+ et c'est donc parti pour quelques sujets thématiques.

Et le premier met en avant le travestissement, qui paradoxalement permet d'être enfin soi. Disons que plus que LGBT, le héros est genderfluid.


Et le premier est une chouette BD ( ou roman graphique, je l'ai trouvé avec les deux appellations, bon, disons BD, indistinctement) sur l'identité et le travestissement. Le personnage central est un homme hétérosexuel, mais adepte du travestissement, dans une France et une Belgique semi-imaginaires de la fin du XX° siècle, pour une réadaptation de l'histoire de Cendrillon. Cendrillon, qui dissimule sa pauvreté et son anonymat sous des vêtements de luxe qui lui permettent, pour un bref moment, d'être quelqu'un d'autre, plus sûre d'elle, et pour employer une terminologie moderne, de casser le plafond de verre, jusqu'à trouver un riche et noble mari.
Il y a bien un prince et une femme douée en couture dans cette histoire, mais Cendrillon n'est pas celle qu'on croit: la provocante rousse de la couverture est un homme. 

Tout commence lorsque la famille royale de Belgique, en vacances à Paris, donne un bal pour les 16 ans de Sébastien, l'héritier du trône, dans l'optique évidemment de commencer à caster une potentielle future femme, il a 16 ans, il est grand temps de songer à le marier. Ce qui n'est pas au goût du principal intéressé, soumis à une intense pression pour être parfait, et qui aimerait bien qu'on le laisse surtout décider pour lui même ce qu'il veut faire et à quel rythme, sans lui imposer des choix extérieurs.

Evidemment cet événement pousse toutes les femmes de la ville à vouloir trouver en catastrophe LA tenue parfaite qui mettra leur rejetonne en lice pour la foire aux bestiaux le concours de beauté et de richesse pour devenir reine. Certaines ne sont cependant pas motivées par cette optique, comme miss Sophia, qui demande à la couturière employée en catastrophe par sa mère de lui faire la robe la plus laide possible, et d ela faire ressembler à la servante du diable ( comprendre, une tenue qui lui donne zéro chance de passer cet "entretien d'embauche"). Francès la couturière s'exécute, et lui fait sur mesure une tenue noire qui ressemble plus au costume du cygne noir du Lac des cygnes ( logique, l'argument du ballet est aussi l'histoire d'un prince de 16 ans qu'on force à organiser un bal pour trouver la perle rare, et qui n'apprécie guère d'être un trophée à remporter.. très bien vu de la part de l'autrice, et d'ailleurs les costumes de théâtre et de ballets sont à plusieurs reprise un élément moteur de l'histoire).
Une tenue qui fait bien sûr scandale , au point de Francès est sur le point d'être licenciée, quand quelqu'un vient lui faire une offre.. royale: une riche et noble dame a été enthousiasmée par cette tenue et veut la recruter comme couturière personnelle. Une aubaine pour Francès qui souhaite plus que tout devenir créatrice et non rester simple petite main. 

On s'en doute, la " riche cliente" est en fait le prince héritier Sébastien, qui était aux premières loges pour voir les tenues. Personne d'autre que son valet Emile, et maintenant Francès, n'est au courant: Sébastien aime se travestir, pour évacuer la pression, pour laisser s'exprimer une part de lui plus audacieuse et fantasque, celle qui est absolument interdite pour un homme, et qui plus est, de la plus haute société.
C'est une occasion en or et ces deux là vont devenir complice ET, peu à peu, de vrais amis: Sébastien va pouvoir porte la nuit des robes magnifiques et devenir " lady Crystallia", Francès va pouvoir donner libre cour à son originalité et voir son travail remarqué, ce qui lui permet d'envisager de devenir créatrice pleinement reconnue, dans la lignée de Mme Aurélia, renommée créatrice de costumes de danse. 

Sauf que, ni Francès ni Sébastien n'avaient vu le double tranchant de cette association: si Sébastien doit tenir secrète sa double identité, et si le monde commence à connaître Francès en tant que designer personnel de Lady Crystallia, ça veut donc dire que Sebastien ne peut pas ouvertement utiliser son influence sociale pour la soutenir, au risque de voir son secret éventé, et en faire la risée de toute l'Europe.

Une Europe en mutation, symbolisée par l'arrivée de grands magasins de prêt à porter. Il n'y a plus là vraiment de place pour la haute couture et la royauté. Mais comme les créations de Francès sont copiée par les gens de la rue, il y a pour elle une autre carte à jouer: devenir non pas créatrice de haute-couture, mais designer de prêt à porter, un peu moins flamboyant, un peu plus portable, mais au service cette fois d'un grand-magasin ( ce qui est finalement ce qu'elle faisait dans la petite boutique où elle travaillait avant, sans vraiment de liberté créatrice, mais à plus grande échelle).

Quelle chouette petite BD qui mêle quête personnelle de l'identité pour Sébastien, et quête personnelle de reconnaissance de son travail pour Francès dans un monde qui se transforme (et ce parallèle transformation personnelle du héros et transformation sociale d'un monde où c'est la rue qui fait la tendance, est particulièrement bien vu). 

L'inévitable histoire d'amour qui se dessine au delà des classes sociales, même si elle est "cousue de fil blanc", est pourtant mignonne et sonne juste, même teintée d'un sous-texte bisexuel. Rien n'est jamais dit des goûts personnels de Francès, mais elle tombe sous le charme de son employeur deux fois: lorsqu'il se comporte en homme sensible et lorsqu'il se comporte en femme affirmée, précisément parce qu'il est "le meilleur des deux mondes" comme disent nos voisins anglophones. Pour Sébastien, c'est assez clair, un homme hétérosexuel qui utilise le travestissement comme une soupape de sécurité pour être pleinement soi, pour Francès, c'est plus ambigu: il est sa muse, mais surtout sous son côté féminin ( et ces deux là ne s'embrassent finalement que lorsqu'il est en robe). L'idée étant finalement que la vrai quête c'est l'acceptation de soi dans tous ses aspects, et qu'il faut aller vers les gens en compagnie on se sent libre de montrer précisément les aspects qui gênent. Finalement, seuls ceux qui vous acceptent pleinement sont des amis précieux.

mardi 10 février 2026

Strange Fruit, la chanson d'abel - A. Dan et V. Hazard (BD)

 Une petite BD ça vous tente?

On va reparler de Billie Holiday, mais pas seulement.
Le ffil directeur est en fait la chanson Strange Fruit, qu'elle a interprétée de chanson magistrale, mais dont elle n'est pas l'auteur.

J'aime beaucoup cette couverture, où l'auteur est dans l'ombre " lumineuse" de l'interprète. 
Et pourtant la chanson, leur plus gros succès, leur a causé du tort, à tous les deux


L'auteur est Abel Meeropol, professeur d'université, juif, communiste, qui a eu envie d'écrire ce texte anti-raciste lorsqu'il a vu un photo de lynchage en 1930. Deux noirs du sud des Etats-Unis, pendus à un arbre, sans procès équitable, sur une simple suspicion, et tout autour, une foule de blancs, joyeux comme à la fête.
Pour Abel, dont les ancêtres ont fui l'Europe et les pogroms, cette situation n'est que trop familière, et son engagement anti-raciste est aussi un engagement personnel contre l'anti-sémitisme.

Bien des années après, en 1956, Abel revient voir Billie, avec une requête : qu'elle cesse de prétendre avoir écrit la chanson. Pas pour les droits d'auteur qu'il touche déjà, mais précisément parce qu'elle est un message qui lui tient à coeur.

 Tous deux se racontent alors ce qui leur est arrivé depuis 25 ans.
Pour Billie, les mauvaises fréquentations, l'alcool, la drogue, et les flics qui la piègent pour en faire un exemple à chaque fois qu'elle s'en sort. Alors que d'autres vedettes, qui usent et abusent des stupéfiants sont tranquilles, parce qu'elles sont blanches.

Pour Abel, une carrière de parolier de chansons patriotiques, mais très vite, la suspicion et l'inscription sur la liste grise du Maccarthysme. Ses sympathies communistes, bien qu'on ne puisse pas les prouver formellement en font aussi un type à surveiller. Son engagement atteindra son apogée lorsqu'il adopte officiellement les enfants d'Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'espionnage soviétique et exécutés , toujours dans le cadre de la chasse aux sorcières.
Dans ce monde où, malgré la loi, certains refusent de hiérarchiser noirs et blancs, on croise aussi Frank Sinatra ( son amitié avec Sammy Davis Jr est restée célébre), Miles Davis ( qui n'a pas pu épouser Juliette  Greco, elle aurait aussi été victime du racisme si elle s'était mariée avec lui et l'avait suivi aux USA), Lester Young (tyrannisé à l'armée, lorsqu'on découvre que sa femme est blanche), ou encore James Baldwin, noir, communiste et homosexuel.

Malheureusement, en 2026, force est de constater que les choses ne s'arrangent pas vraiment. Et que cette thématique est hélas loin d'être reléguée dans les livres d'histoire. Donc tant que le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie et tout un tas d'autres choses bien moisie continueront à pourrir la vie des gens, Strange fruit reste un texte universel, peu importe qui sont les victimes, blancs, noirs, hommes femmes, juifs, athées, autres...

Une lecture très intéressante, qui fouille, entre autres, dans les poubelles puantes de Hollywood.

jeudi 16 octobre 2025

Axolot tome 3 (BD) - Patrick Baud et encore pleine de gens, dont deux revenants

 Des revenants, c'est de saison! Car oui, Boulet et Geoffroy Monde, déjà présents pour le tome 1, sont à nouveau de la partie pour ce 3° opus.

Et donc, sans plus attendre, qu'est-ce qu'on y trouve?
Toujours les petits articles du Cabinet de curiosité, ça, ça ne change pas.

Et cette fois, deux nouvelles petites séries " fil rouges" : Les messages codés, dédiés aux codes mystérieux et non encore déchiffrés au moment de la sortie du tome: le disque de Phaïstos, le Kryptos, le Manuscrit de Voynich que je connaissais déjà, mais aussi le chiffre de Beale et l'affaire Taman Shud que j'ai découverts. Ce dernier est particulièrement intéressant dans la mesure où il se double d'une enquête policière non élucidée. Et "les damnés du village", qui évoque des villages dont les habitants ont des caractéristiques pour le moins étranges: une épidémie d'endormissements au Kazakhstan, une île de Micronésie dont 10% (25 habitants sur 250, ça fait bien 10%) des habitants sont achromates en conséquence d'un très fort taux de consanguinité, un autre à Bali qui a un taux de sourds et muets record, et un autre au Brésil où les naissances de jumeaux sont inhabituellement fréquentes. Caractéristiques génétiques dues à l'isolement de populations, ou à la présence de toxiques dans l'environnement, les hypothèses sont ouvertes.

Et pour le reste nous allons parler du fantôme de Greenbrier aux USA, seul cas connu de témoignage de fantôme dans une affaire criminelle: une femme trouvée morte, dont le mari refuse obstinément que que l'on examine le cadavre ( en 1897, cette attitude a été mise sur le compte du chagrin, le pauvre tout ça. Pensez, il avait l'air si triste en lui mettant autour du cou son écharpe favorite, disant qu'elle aurait voulu être enterrée avec). La mère de la femme qui soupçonnait fort le mari ( on se demande bien pourquoi?), a déclaré avoir vu en rêve le fantôme de sa fille, accusant son mari. Enquête post-mortem, et.. on se rend compte qu'elle a été étranglée, que le médecin n'a pas pu examiner le corps et n'a pas trouvé ça suspect. Au cours du procès, on apprend que le veuf en était à son troisième mariage, veuf de fois de femmes mortes de causes inexpliquées, qu'il avait fait de la prison et avait déclaré à ses compagnons de cellule qu'il voulait se marier 7 fois. Mais ça ne prouve rien non?
Bon les jurés l'ont quand même condamné à la taule à vie, il n'a rien avoué mais... ses antécédents on parlé plus fort que le fantôme, du moins sont plus crédibles. 

L'histoire de Jack l'aiguilleur d'Afrique du sud est plus tranquille, puisqu'il s'agit d'un singe, devenu par un concours de circonstances, et non sans péripéties, assistant aiguilleur dans une gare. 

La statue de Masakichi est.. glauque. Un sculpteur japonais, parti chercher fortune aux USA, est diagnostiqué tuberculeux, et au lieu de passer le peu de temps qui lui reste à vivre avec sa femme, se met en tête de réaliser une statue à sa propre effigie, la plus réaliste possible pour qu'elle continue à veiller sur elle quand il ne serait plus là. Sauf que... non seulement l'effet a été à l'opposé de ce qu'il attendait, la statue trop réaliste ayant fait mourir l'épouse d'une crise cardiaque avant l'âge ( sa santé était fragilisée par la misère et la malnutrition, puisque son mari ne travaillant pas, il ne pouvait pas gagner de quoi les nourrir), mais que Masakichi lui a en fait survécu plusieurs années. Il a donc involontairement tué sa femme en voulant trop prendre soin d'elle dans l'autre monde plutôt que dans le réel.

Le mystère du Col Dyatlov, quelque part dans l'Oural ( des randonneurs trouvés morts dans la montagne, en petite tenue, en février 1959) , est encore irrésolu, bien que de forts soupçons ( URSS, Guerre froide, cadavres trouvés teintés de orange avec des os fracturés) se portent sur des victimes collatérales d'essai nucléaires. Qui irait imaginer en testant une bombe au milieu de rien, nuitamment, et dans le plus grand secret que des randonneurs son juste en dessous? Ca reste plausible. Un autre possibilité avancée étant qu'ils se soient déshabillés par effet paradoxal de l'hypothermie et que l'état des cadavres soit du aux prédateurs.

La bible du diable,
alias Codex Gigas, de Bohême est un manuscrit médiéval géant, remarquable par des dimensions et son enluminure de diable. LA légende raconte qu'il aurait été réalisé en une seule nuit par un moine copiste avec l'aide du diable. Evidemment la publicité exagérée existait déjà au moyen-âge, et envelopper un manuscrit déjà hors du commun d'une légende surnaturelle, ça attirait les pélerins ( et donc les thunes, pardon, les offrandes)

Le fantôme d'Heilbronn, en Allemagne dans les années 1990, n'est pas un vrai fantôme, mais un mystère résolu depuis: une série de meurtres et de cambriolages commis en Allemagne, en France et en Belgiques  a tenu la police en échec pendant de nombreuses années. Sur chaque scène de crime, on retrouvait l'ADN d'une femme, inconnue des fichiers. Les bandits appréhendés lors d'un vol jurant n'avoir aucune complice féminine. La conclusion, bien des années après est à la fois décevante, ridicule, mais aussi quelque part savoueuse. C'est un truc si con, que ça pourrait figurer dans les anecdotes de Philippe Boxho sur le fait de ne pas prendre les preuves ADN pour absolument fiables, et de poursuivre une chimère, au point de risquer de laisser échapper les vrais coupables. 

Les plafonds de sang de Kyoto, j'en ai entendu parler mais je ne les ai pas vus, je ne pense pas être allée dans l'un des temples concernés. Au XVII siècle lors de la bataille de pouvoir entre Tokugawa Yeyasu et Mitsunari Ishida, une garnison de samouraï partisane de Yeyasu, assiégée au château de Fushimi, a préféré se sucider que se rendre. Les planchers imbibés de sang on été réutilisés dans la construction de temples. Mais je me suis aussi posé cette question: puisque quelqu'un décapitait les samouraï lors du rituel du seppuku, qui a décapité le dernier? Et c'est fichtrement impressionnant, puisqu'on peut encore voir nettement dans traces de mains ou de pas au plafond.

L'histoire du poids de l'âme (21 grammes) toujours bien connue, date de 1907 et repose sur.. pas grand chose. Un médecin a voulu estimer le poids de l'âme en pesant des gens avant et après leur trépas et a sorti de son chapeau cette mesure, la différence de poids de l'un des morts), mais sans suivre le moindre protocole scientifique, et en tordant pas mal ses calculs pour arriver à cette valeur. Autant dire qu'il n'a pas été pris au sérieux.

Les soeurs Fox , célèbres médium américaines du XIX siècles, étaient elle d'authentiques escrocs ( escroques?). D'un canular de jeunesse, elles ont fait fortune, mais même lorsque prises de remords elles ont avoué la supercherie, leurs fans n'ont pas voulu les croire, préférant s'imaginer qu'elles étaient médiums malgré elles!

La mésaventure d'Elmer Mc Curdy est drôle, mais assez effrayante. Un bandit raté du Far- West a été embaumé, et personne ne réclamant son corps, sa momie a servie de publicité non-vivante au croque-mort Puis a été achetée, est passée de main en mains, exhibée dans un cirque, une fête foraine.. au point qu'on en a oublié qu'il ne s'agissait pas d'une fausse momie en papier mâché plus très réaliste car bizarrement repeinte en orange , mais d'un vrai cadavre. On l'a redécouvert lors d"un tournage d'un épisode de l'homme qui valait trois milliard". Alors qu'on le prenait pour un accessoire de cinéma, un bras cassé par inadvertance révèle un os. Incroyable. Il a donc fallu remonter le fil pour redécouvrir qui était le malheureux, qui a eu plus de succès mort que vivant!
Cadeau, une vidéo sur ce sujet, je ne connaissais pas la chaîne, on y parle aussi de choses étranges, donc, à éplucher! En tout cas, l'embaumeur a fait du bon boulot, puisque la momie a réussi à ne pas moisir ou tomber en poussière pendant plus de 65 ans


jeudi 9 octobre 2025

Axolot tome 2 ( BD) - Patrick Baud et plein de gens, mais différents de ceux du tome 1

 Et on reprend le même concept!


Cette fois encore plusieurs histoires étonnantes alternent avec des rubriques récurrentes , on y retrouve le cabinet de curiosités , et on y ajoute en lieu et place du bestiaire , des arbres et des biais cognitifs, une exploration des rites amoureux stupéfiants du règne animal, des portraits de savants fous prêts à tous pour la science ( et ils sont bien allumés), et des troubles mentaux sidérants.

Première étape , la maison Winchester en Californie. Winchester comme l'arme favorite des cow-boys dans les westerns, oui. Et il s'agit précisément d'une maison jamais achevée , construite à la demande de la veuve de l'armurier. Se sentant menacée par les fantômes des victimes des armes à feu de feu son mari, un médium l'a convaincue qu'elle aurait la paix si elle faisait construire une maison où héberger les spectres venus lui demander des comptes. Elle aurait alors la pais à la seule condition que la maison ne soit jamais finie. Et donc une maison immense, construite au petit bonheur la chance, sans plan d'agencement, comptant des dizaines et des dizaines de pièces sans cesses modifiées On ne sait pas si ça a réellement marché où si la veuve est allée rejoindre les fantômes qui hantent la maison à sa mort, toujours est-il que c'est depuis devenu une curiosité très visitée.

On continue en France à la rencontre de l'inconnue de la Seine, pourtant depuis bien connue, tant la culture populaire s'est emparée de son cas. Cette femme anonyme devenue célèbre après sa mort, lorsqu'on a repêché son corps dans la Seine,. Son expression étrangement sereine ne cadre pas avec une mort par noyade , qu'elle soit accidentelle ou par suicide, mais, c'est probablement ce qui a conduit un employé de la morgue à faire un moulage de son visage. Peut-être autant que par la nécessité d'avoir un portrait permettant à la police ou à des proches de l'identifier, ce qui n'a jamais été le cas. Qui est- elle? Le mystère ne sera probablement jamais résolu.

Ce qui est sur c'est que Sam le chat insubmersible a lui échappé à 3 naufrages successifs, ce qui lui a valu une notoriété inattendue. Est-ce qu'il a épuisé 3 vies sur sa carte de fidélité ? Ou peut-être que c'était un chat noir qui attirait la malchance sur les bateaux qui le prenaient à bord?

On continue avec Thomas Midgley l'"individu qui a eu le plus d'effet sur l'atmosphère, plus que tout autre organisme vivant". En voulant améliorer la vie de tout le monde, il a inventé l'essence au plomb puis le CFC. C'est ballot ( un peu l'inverse de Fritz Haber qui lui, a inventé un engrais qui a sauvé de la famine pas mal de monde, mais est aussi responsable par ailleurs, et en toute connaissance de cause, du gaz Moutarde et du Zyklon B. Ah, et son engrais s'est révélé des années après avoir un effet désastreux sur la pollution des sols)

L'histoire suivante est celle d'un militaire anglais chanceux (enfin, tout est relatif), Adrian Carton de Wiart,  puisque revenu vivant de la guerre des Boers, de la première guerre mondiale et de la seconde également. Pas toujours en un seul morceau, puisqu'il a semé des bouts de lui même sur presque tous les champs de bataille. En kit, mais vivant. Le gars a même survécu à un crash d'avion. Je me demande si Julien Hervieux lui a consacré un de ses épisodes du petit théâtre des opérations, il faut que je vérifie.

Les hommes singes d'Ilya Ivanov n'ont heureusement jamais existé, et là la version BD prend une tournure SF dans l'esprit " l'Ile du Dr Moreau", particulièrement réjouissante. Le vrai Ivanov était un scientifique soviétique pionner de l'hybridation ( zèbre et âne) par exemple. Mais sa marotte était d'arriver à hybrider humains et signes. Il a tenté de croiser des hommes avec des guenons, mais .. ça ne marche pas. Et si on croisait des humaines avec des singes? Ben figurez-vous que des femmes ont réellement répondu a sa demande , acceptant de se faire inséminer, mais pas chance, le singe "donneur" est mort avant que le projet puisse se concrétiser. Ouf! ( et il est tellement timbré qu'il ne fait pas partie de la rubrique scientifiques fous, celui-là!)

Plus bon enfant... le canular des fées de Cottingley, bien connu pour avoir duré plus de 60 ans, et avoir eu parmi ses victimes Sir Arthur Conan Doyle, qui a cru dur comme fer que les fées prises en photo par deux fillettes existaient réellement, ce qui a fait de lui la risée de l'Angleterre.

Le Projet Stargate sonne comme un canular, et pourtant ça n'en était pas un bien que ce soit une des idées les plus saugrenues de la guerre froide ( qui en a fait germer pourtant un plein jardin), il s'agissait d'envoyer des médiums et autres clairvoyants visiter par la pensée les installations militaires du camp adverse, pour espionner l'ennemi. Ce n'est pas peu de dire que rien n'en est sorti. L'espionnage par la pensée, fallait l'oser.

Canular à nouveau, le Géant de Cardiff ( j'ai toujours cru qu'il s'agissait de la ville du Pays de Galles, mais non, juste un petit bled américain) une bourgade rurale habité de gens très croyants, juste ce qu'il fallait pour qu'une découverte " fortuite" en creusant dans un champ fasse effet boule de neige: un géant fossilisé que les croyants du coin ont  pris pour une preuve de la véracité de la bible. Et qui a bien sûr été acheté très cher par un promoteur de spectacle, adversaire de Barnum, lequel a de son côté fait sculpter un autre géant.. tout le monde s'est ridiculisé lorsque les auteurs du canular ont révélé la juteuse supercherie.

mercredi 1 octobre 2025

Axolot tome 1 (BD) - Patrick Baud et.. plein de gens!

 J'ai déjà parlé ici plusieurs fois de mon concitoyen avignonnais Patrick Baud, conteur féru d'insolite, de bizarreries et autres mystères qu'il aime à explorer et si possible, démystifier.

Et comme son émission radio/ chaine Youtube a été adaptée en BD par lui même, tiens, prenons le temps pour ce mois Halloween de suivre de semaine en semaine Patrick une BD à la fois. Il y a 6 tomes, donc de quoi couvrir tous le mois et même plus!

L'excellente idée c'est de faire illustrer pas différents dessinateurs et dessinatrices les sujets qu'il a déjà abordés en audio ou en vidéo, mélangeant les styles graphiques et narratifs, dans une esprit " cabinet de curiosités" qui ne peut que me plaire.

C'est aussi une magnifique occasion de continuer à mettre en avant une avignonnais, quand "la curiosité " est le thème retenu par la ville pour l'ensemble des festivités et expositions 2026/ 2026.



On commence donc avec l'étrange, et macabre histoire de Mike, le poulet sans tête du Colorado, qui a survécu 18 mois sans... tête. Non, ce n'est pas une blague. Apparemment lorsque la fermière a décapité un poulet pour le dîner, le cervelet de l'animal est resté intact et Mike a survécu, privé de fonction cérébrales supérieures, ( étonnamment, sans mourir d'infection) nourri par la trachée. Véritablement, un poulet zombie, qui par ce simple fait, devenu attraction de foire, a fait la fortune de ses maîtres.

C'est glauque? Attendez, c'est encore rien par rapport à la seconde histoire, le grand amour du Dr Tanzler. Là, on pousse très loin le curseur de la folie, du macabre et du dégueu. Dans les années 1930, le Dénommé Carl Tanzler, émigré allemand aux Etats-Unis, pratique l'exercice illégal de la médecine. Il reçoit Elena, jeune femme tuberculeuse d'origine mexicaine, dont il tombe raide dingue sur le champ. Parce que Carl croit aux esprits et a vu en rêve dans son enfance le fantôme d'une aïeule qui lui a dit qu'il rencontrerait un jour une belle femme exotique, la femme de sa vie. Il décide donc qu'Elena est celle qu'il attend. Evidemment, turberculeuse, soignée par un faux médecin, elle meurt rapidement. Mais Carl ne s'est pas fait une raison, et là commence le truc vraiment glauque. Il vole le cadavre, déjà en piteux état, lui fabrique un" sarcophage" en forme de poupée et va vivre pendant 7 ans avec "elle", jusqu'à ce que la famille d'Elena découvre ce qu'il s'était passé. Je vous passe les détails, mais bizarrement Carl a été relaxé par la justice, malgré sa nécrophilie avérée, et a fini par se fournir une simple poupée qu'il a appelée Elena. Visiblement les jurées ont eu de la sympathie pour cette " histoire d'amour" ( je vous déconseille d'aller chercher des images, la première poupée Elena qui contenait le cadavre est cauchemardesque)

On continue? Le faiseur de Chimères et le vrai Frankenstein, c'est le Dr Demikhov, scientifique soviétique qui a essayé de greffer des têtes de chiens sur des corps d'autres chiens, parce que pourquoi pas? Après on peut essayer avec les singes et espérer un jour greffer la tête d'un humain sur le corps d'un autre... ( autant je n'ai aucun problème avec des fictions glauques autant Tanzler et Demikhov, par leur folie bien réelle, me mettent hyper mal à l'aise. On pourrait être victime de gens comme ça, et ce n'est pas du tout rassurant)

Le turc mécanique est .. ouf, enfin une histoire pas glauque. Un mystère, une mystification une arnaque, mais pas de morts ou de greffes ou d'expérience cheloues. Il s'agit juste d'un automate légendaire du XVIII ° siècle, qui battait les meilleurs joueurs de son temps aux échecs. Deep Blue avant l'heure? Non, juste un ingénieux système, permettant à un authentique joueur caché sans un double fond de jouer une partie avec des pièces magnétiques. Par contre le mec caché à l'intérieur devait être un joueur redoutable, Enfin, des joueurs redoutables, vu que la supercherie a duré pendant presque un siècle. J'aurais bien aimé savoir qui ils étaient, parce rien que pour battre les grands-maîtres de l'époque, tout en étant cachés dans un espace confiné et en jouant dans des circonstances défavorables, qu'ils auraient mérité leur place au panthéons des champions d'échecs. La mise en image par Boulet est à pleurer de rire.

La chose dans le noir, malgré son titre Lovecraftien, est simplement une évocation de la paralysie du sommeil et des hallucinations qu'elle peut engendrer, et les Cellules D'Henrietta Lacks est une mise en image de l'étrange aventure des cellules HeLa. Henrietta Lacks est une femme morte en 1951 d'un cancer particulièrement agressif, et donc les cellules se sont avérées ironiquement immortelles, et donc précieuses pour la recherche médicale. Henrietta est donc toujours parmi nous, sous forme de cellules qui se multiplient et étaient estimées à un total de 50 millions de tonnes produites au fil des années. Elles ont permit de découvrir entra autre le vaccin contre la poliomyélite, des pistes contre le SIDA, de permettre des études poussées sur le génome humain.. et plus généralement de sauver des milliers de malades. Sauf la malchanceuse Henrietta, évidemment. Je chercherai le livre qui lui est consacré " la vie immortelle d'Henrietta Lacks", ça a l'air très intéressant.

Les trois Christ dYpsilanti
est une histoire plutôt drôle, où trois fous se prenant chacun pour Jesus-Christ, se sont rencontrés. Les scientifiques pensait les faire revenir à la raison, puisque plusieurs personnes ne peuvent pas en être une seule en même temps ( dans une religion dont c'est pourtant leur fond de commerce, la trinité, tout ça). Mais au contraire, le conflit a dégénéré en bagarres, chacun étant persuadé d'avoir raison et que les deux autres étaient des imposteurs. Echec pour les psy, les croyances se renforcent même du fait mises au pied du mur.

Ils dansent est une transposition moderne dans une ambiance " film de zombie" des épidémies de danses de la Renaissance (la plus connue étant celle de Strasbourg). Là j'ai particulièrement kiffé la narration " a rebours" de la BD.

Et l'île des poupées revient sur l'origine de ce que je considère comme probablement un des endroits les plus glauques du monde, une île mexicaine qu'un marginal a décoré pendant des décennies de poupées récupérées ça et là, pour apaiser l'esprit d'une petite fille disparue des années plus tôt dans le marécage du coin. Je trouve déjà les poupées effrayantes en elles-même ( même gamine je n'en avais pas, elle me terrifiaient), alors, des milliers de poupées, délabrées et pendues aux arbres.. mais.. jamais je ne fous les pieds là-bas, vous m'entendez. JAMAIS!

Toutes ces histoires curieuses sont séparées par des rubriques ( un peu dans l'esprit "à brac", ça ne m'étonnerait pas que Patrick soit un fan de Gotlib, Franquin et autres) " Cabinet de curiosité" où des faits étonnants inclassables sont listé à la façon des faits divers d'un journal, un " bestiaire extraordinaire" et des pages " 5 arbres hors du commun" et " 10 façons dont votre esprit vous manipule" ( dédiées aux biais cognitifs).
et décidément, j'aime beaucoup le principe de collaborations multiples ( pour le tome 2, ce sera une autre séries d'illustrateurs)

dimanche 22 juin 2025

Heartstopper - Alice Oseman ( webcomic , en cours)

 Peu de lectures pour moi pour ce mois anglais, et pour cause, celui-là m'a pris beaucoup de temps. En fait j'avais emprunté le tome 1 à la médiathèque, avant de voir que le niveau des dialogues m'était probablement accessible en VO. D'autant qu'il s'agit d'une BD avec pas mal de cases muettes. Et si je tentais la VO? Un BD anglaise en plus, ça n'est pas si souvent, et c'est parfait pour le mois anglais.



On peut la lire ici ( mais attention, prévoyez du temps, on en est à 1787 pages à ce jour, dernières en date parues hier, et ce n'est pas fini. Ca fait  l'équivalent de 5 gros tomes, et d'un sixième en cours)

J'ai beaucoup entendu parler de cette BD, vu son succès phénoménal qui lui a valu une adaptation en série sur Netflix ( mais comme je n'ai pas Netflix, je ne l'ai pas vue et n'en ai pas l'intention, je ne suis pas vraiment fan de séries, alors qu'en BD, bizarrement ça va. Faut dire que lorsqu'on a 10 minutes, lire un chapitre de BD est possible, regarder une série, beaucoup moins)

Et donc j'ai attaqué la BD pour ce mois anglais, en me disant que vu sa teneur, ce serait aussi une lecture clin d'oeil au mois des fiertés.

Sur la papier le scénario est simple: l'histoire d'amour de deux lycéens, l'un ouvertement homosexuel, l'autre qui découvre sa bisexualité.
Alors oui, mais pas que. 
Parce qu'autour de ces deux là, de leur rencontre et de leur coup de coeur (c'est le titre après tout!), se greffent peu a peu tout un monde : le lycée, les amis, la petite ville du Kent où se passe l'action, leurs loisirs respectif ( et ça donne de la profondeur aux personnages en plus de ménager des ressorts narratifs: l'un joue au rugby et espère pouvoir dans l'idéal devenir professionnel.. ce qui fait que lorsqu'arrive le moment du choix d'orientation après l'équivalent du bac, il se retrouve dans une impasse n'ayant jamais envisagé un parcours scolaire. L'autre joue de la musique, se passionne pour la batterie et intégrer un groupe pour jouer sur scène lui donne la confiance nécessaire pour surmonter un traumatisme psychologique), les familles plus ou moins présentes et/ ou compréhensives...

Car l'homosexualité, ou plus généralement les problèmes d'identité sexuelle et de genre n'est qu'un des sujets abordés parmi tous ceux qui peuvent concerner des jeunes de 16/ 17 ans et on y aborde des thèmes sérieux, que jamais l'auteur ne traite de manière légère ou sous un jour flatteur: la consommation d'alcool par les mineurs y est précédé d'une mise en garde " attention  sujet sensible" (pour que le lectorat anglo - saxon, moins habitué à ces choses que le lectorat français par exemple, ne vienne se plaindre. Et de fait le binge drinking est un vrai fléau outre-manche) est suivie d'une gueule de bois monumentale qui n'embellit pas la chose. Certains personnages sont harcelés, soit au lycée, soit en famille, on y mention les ravages que fait justement le harcèlement pouvant causer l'apparition de troubles mentaux ou comportementaux... 
Les bons comportement sont mis en avant: le soutien psychologique et le fait d'aller le chercher quand on en a besoin, le fait de dénoncer le harcèlement, la notion de consentement qui que soit la personne avec qui on sort, les sujets de la protection en matière d'éducation sexuelle sont directement traités ( même s'il s'agit d'enfiler un préservatif sur un concombre en cours de biologie, ce qui est discrètement charrié car peu en phase avec la réalité), les difficultés à décider à 17 ans ce que l'on veut choisir comme orientation professionnelles, sa filière d'études, son futur travail...

Donc en soit c'est intéressant d'essayer de traiter un maximum de thèmes, mais c'est aussi un peu le problème de la série pour moi.
D'une part, oui, deux jeunes découvrent leur homo/ bisexualité, et passent beaucoup mais alors beaucoup de temps à se bécoter. Donc oui, c'est bien de montrer que c'est avant tout une relation sentimentale de deux individus, qui vont sortir ensemble avant même d'avoir l'idée de passer aux choses sérieuses, mais il y a un peu TROP de pages de bisouillages. Ca ne fait pas franchement progresser l'action, ça lasse vite et ça fait un peu trop fan-service à mon goût. Les pages de tranches de vie sur les loisirs, la santé mentale , l'orientation sont bien plus intéressantes en fait.

D'autre part, j'ai l'impression qu'après être partie sur  l'histoire d'un homosexuel qui assume sans honte son orientation , bien qu'on lui ai fait auparavant la vie dure à ce sujet, et d'un bisexuel qui découvre être moins hétéro qu'il ne le pensait, l'autrice a voulu traiter tous les cas de figure. Et là ça sonne artificiel. Hormis les parents, personne ou presque dans cette ville ne semble être hétéro. Alors oui, je comprends que des gens qui ont une particularité commune se rassemblent et se soutiennent mais là, la bande de copains compte un homo, un bi, deux lesbiennes dont l'une s'avère non binaire, une fille trans qui sort avec un ancien camarade de classe qui est au courant que sa petite amie était un garçon auparavant, une asexuelle, et ce n'est probablement pas fini. La variété des origines des personnages fait aussi " on essaye de mettre un maximum d'ethnies ou d'origines différentes "  et ça donne un côté publicité Benetton. Le père de Charlie est Portuguo-allemand, celui de Nick est français, les grand parents de Elle son égyptiens, Tao est asiatique sans que son origine ne soit directement nommée, Sahar est aussi d'origine probablement moyenne orientale ( et en surpoids),la prof de sport est indienne, un des profs est probablement marocain...  trop d'inclusivité tue l'inclusivité, et à chaque nouveau personnage on se demande: il vient d'où, quelle est son orientation, quel est son trauma... littéralement, tout le monde a un secret ou un gros problème.
Pour moi le point de balance a été les deux profs du voyage scolaire qui s'avèrent homosexuels. En soit pas de problème, si on avait pas déjà eu ce même ressort scénaristique auparavant, puisque la prof de sport est mariée avec une autre femme

Ce qui gomme même l'existence de potentiels copains hétéros, sans drama personnel, de gens parfaitement indifférents à l'orientation des autres, qui ne s'en mêleront pas, mais peuvent prendre fait et cause en soutient au droit à l'égalité
(et c'est pourtant l'immense majorité de la société. "Tu sais quoi, Machin est homo..."
" du moment qu'il est cool, il peut bien faire ce qu'il veut avec qui il veut, c'est pas mes oignons. Par contre si quelqu'un vient l'emmerder à cause de ça, on sera deux contre lui parce que c'est mon pote et je suis de son côté")
Mais oui, on frôle l'indigestion à vouloir tout traiter, et certaines révélations font soit doublon, soit arrivent comme un cheveu sur la soupe en donnant l'impression que c'est une case à remplir.

Ces défauts font que pour ma part c'est une bonne lecture mais pas un coup de coeur ( pun intended) absolu. Néanmoins, ça reste un plaisir de trouver un BD qui traite de problèmes quotidien et de thématiques LGBT sous un anglais positif ou qui suggère des pistes pour sortir d'un problème grave ( l'importance de s'adresser à un médecin en cas maladie mentale par exemple, car le soutien des amis est important mai ne peut pas suffire à aider le malade et la guérison est lente avec des risques de rechute, mais oui on peut s'en sortir). Donc je la suivrai en VO, peut être pas semaine par semaine, je vais probablement attendre la fin de l'année que les chapitres s'ajoutent pour avoir un peu plus de lecture. L'autrice a la sagesse de savoir mettre en pause ponctuellement et prendre des vacances, sans cacher que c'est pour éviter le surmenage et risquer un burn-out