Et dernier film du mois, une autre adaptation d'August Wilson... Et j'ai gardé le titre en anglais pour évacuer la confusion avec la Leçon de Piano de Jane Campion.
On garde le principe d'une adaptation de pièce, qui prend son temps, avec une petite touche fantastique cette fois -ci, bien sympathique et surtout allégorique.
Un piano à l'histoire particulière, devient la raison d'une dispute particulièrement féroce entre un frère et une soeur qui n'arrive pas à se mettre d'accord à propos de cet héritage.
Dans les années 1930, Boy Willie, agriculteur dans le sud des Etats Unis, se pointe avec une cargaison de pastèques à vendre à Pittsburg, et déboule chez son oncle. Tonton héberge Berniece, la soeur de Boy, et sa fille. On comprend vite que Berniece est veuve, et est venue dans le nord chez leur oncle pour travailler, en permettant à sa fille de grandir dans un endroit relativement moins risqué pour des noirs pendant la ségrégation. ( même si subtilement la narration indique que ce n'est pas si tranquille, une remarque faite par la mère à la petite fille qui va a l'école " n'attire pas l'attention sur ta couleur", où l'absolue nécessité de lui lisser au maximum les cheveux.. comment faire comprendre à un enfant que quelque chose ne va pas avec son apparence. Ce genre de petits détails qui indique que le racisme est si systémique que les gens pensent que quelque chose cloche avec eux)
On comprend également très vite qu'entre le frère et la soeur, la question du piano hérité de leurs ancêtres n'est pas la seule raison de discorde. Berniece est veuve parce que feu son mari a été tué dans un menu larcin commis en compagnie de Boy, et elle le rend responsable de de la mort de celui-ci.
Donc Boy est venu avec la ferme intention de convaincre sa soeur de vendre le piano dont ils ont hérité et qu'elle veut garder bien qu'elle n'en joue plus depuis des années. C'est une pièce magnifique, il est sculpté à la main, et pourrait se vendre un prix qui cumulé avec la vente des fruits pourrait lui permettre d'acheter du terrain, de cultiver encore plus et in fine, de vivre ieux sans manquer de nourriture. Son point de vue se défend.
Berniece veut malgré tout garder le piano, c'est un témoin de l'histoire familiale, car il a été volé des années avant un même de leur famille au riche propriétaire blanc dont il était l'esclave. Bien des années plus tôt, le propriétaire avait eu des revers de fortune et avait revendu une partie de ses esclaves, dont l'arrière grand-mère et le grand père de Berniece et Boy. A la demande de la femme du propriétaire, fâchée d'avoir perdu sa femme de chambre et son petit esclave, l'arrière-grand père, excellent artiste et ébéniste, avait sculpté sur le piano les portrait de sa femme et de son fils. il ne s'était pas arrêté là et avait également sculpté tous les membres de sa famille, ses propres parents et grands parents, tantes, cousins. Transformant à la joie de la propriétaire le simple piano en oeuvre d'art, et inscrivant ainsi tout son arbre généalogique dans un objet de luxe appartenant à un riche blanc. donc puisque leur arbre génalogique y figure, les parents et oncles de Bernice et Boy se sont appropriés l'objet qui n'a pas de valeur autre que pécuniaire pour les blancs, mais une valeur historique et même politique pour eux. L'argument de Berniece se défend aussi.
Entretemps, des choses se passent autour de ce piano. L'ancien propriétaire blanc vient et son fantôme semble être revenu hanter la maison de l'oncle, pourtant situé à des centaines de kilomètre, pour demander qu'on lui restitue son piano. C'est la petite fille et l'oncle qui le voient.
Et donc Berniece a un double problème: essayer de faire comprendre a sa fille qu'il n'y a pas de fantômes.. enfin, peut être que si, ou bien est-ce une vision de culpabilité due au vol et à des siècles d'injustices? Et essayer de convaincre son frère que cet héritage n'est pas que le leur mais aussi celui de tous leurs frères et soeurs, sur des générations et des générations.
Il y a bien des fantômes à exorciser dans cette histoire, et ce n'est pas que celui du propriétaire, mais plutôt l'Histoire elle même. Et ce ne peut être fait qu'en conservant la mémoire des générations passées.
Ce qui donne lieu en une séquence intense d'exorcisme musical, dont on comprend bien qu'il est allégorique. Pour vaincre ses fantômes, et ses différents avec son frère, Berniece doit les accepter.
Le film est un peu plus long que Ma Rainey, et là encore, il est intéressant de compléter par les interviews qui l'accompagnent pour mieux en saisir le sens, et ce que code l'ambiance fantastique ( à voir les commentaires sur allociné, beaucoup de gens sont passés à côté, s'attendant à voir un film purement fantastique , avec de l'action...et ont été rebutés par le côté pièce de théâtre)
Là encore on retrouve Denzel Washington aux manette, avec ses fils, Malcolm à la réalisation et John-David dans le rôle principal, et sa fille Katia, productrice. Une histoire de transmission familiale, orchestrée par toute une famille, c'est savoureux.
Mais alors la grosse surprise, c'est Samuel L Jackson dans le rôle de l'oncle très cool. Je l'associais surtout à des films d'action, ça fait plaisir de le voir dans un tout autre genre de rôles et il est très bon et méconnaissable ( au point qu'il m'a fallu l'interview pour comprendre que pendant 2h00 de films je ne m'étais même pas rendue compte que c'était lui. Et que ce n'est pas seulement mon manque de mémoire des visages qui est en cause)
Donc des 4 visionnages chroniqués, seul A Jazzman's blues est une déception, Quincy est un documentaire, donc à part, et les deux films portés par Denzel sont une excellente surprise.
Il me restera à voir quand je le trouverai Fences, le 3° film de la série d'adaptations d'August Wilson, avec Denzel lui-même et Viola Davis, clairement je pars avec les meilleurs espoirs, là!

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