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dimanche 1 février 2026

Meshell Ndegeocello - No more Water, the Gospel of James Baldwin ( disque, 2024)

Et voilà une trouvaille, arrivée dans les rayonnages de la médiathèque ( et dans mes oreilles!) à la fin de l'an dernier. L'album date de 2024, à l'occasion du centenaire de la naissance de James Baldwin, auteur dont j'espère pouvoir enfin lire un texte cette année. J'ai lamentablement échoué les deux dernières années.

Et c'est l'occasion également de découvrir ce que fait la chanteuse et bassiste ( j'aime déjà cette nana!) Meshell Ndegeocello.  Je ne la connaissais que de nom.. enfin, de pseudo, puisque son nom de naissance est simplement Michelle Johnson. Mais je vois que son nom de scène est tiré du Swahili et signifie " libre comme l'oiseau", ce qui donne déjà une idée de sa personnalité et son engagement: prendre un pseudonyme issu d'une langue africaine quand on est une musicienne américaine est déjà un acte politique.



Et d'autant plus qu'elle décide de mettre en musique, musique souvent funky, et inspirée des rythmes africain, les mots de James Baldwin. Y compris la piste 7, écrite en français et lue par une française.

Une vraie réussite, mêlant musique et lectures, à laquelle le podcast "au coeur du jazz" consacre une heure d'émission, ici.

Le petit détail qui me laisse pensive sur le niveau d'hypocrisie des Etats-Unis, c'est le fait qu'un "parental advisory" soit imprimé sur la pochette. Demandé dans les années 80 par Tipper Gore, la femme d'Al, parce qu'elle était scandalisée qu'on puisse vendre des disques aux textes "orduriers" qui dévoient la belle jeunesse américaine innocente .
( Pour l'anecdote, la chanson qui a déclenché son ire est Darling Nikki, de Prince, qui parle d'une femme qui se tripote en feuilletant un magazine cochon.. exactement ce que font beaucoup d'hommes, donc Et de manière très drôle, anecdote dans l'anecdote, les 15 premières chansons ainsi estampillées, surnommées les " filthy fiteen", donc les 15 dégueulasses, comptait outre Darling Nikki, "Sugar Wall" chantée par Sheena Easton, et composée par Prince en seconde position, la troisième est une chanson de Judas Priest. C'est presque décevant, on est passé à - j'ose- deux doigts d'un podium, ça aurait été incroyable que la même personne soit sur les 3 premières marches. Ha, mais en 4° place il y a Vanity, chanteuse du groupe Vanity 6, avec une chanson pas composée par Prince, mais mais mais Vanity est le pseudo qu'il a donné à la chanteuse Denise Matthews lorsqu'il a décidé de lancer un groupe de nanas, sous le nom de Vanity 6, donc indirectement, médaille en chocolat!)

Et là, pourtant, rien de ce qui avait à l'origine motivé la création du Parental Advisory, pas de choses ouvertement sexuelles ou de références au cannibalisme... Donc pourquoi? Est-ce parce que les textes de Baldwin son sombre, parlent à mots couvert de suicide, que l'auteur était homosexuel.. ou bien ouvertement de gauche, et qu'il clame haut et fort l'égalité entre hommes et femmes, noirs et blanc, tout individu étant à l'égal des autres, composé de 70% d'eau pour mieux pointer l'absurdité des catégories sociales? Ou bien parce qu'il y a quelques " fuck!" dans ses textes ( notamment dans "la prochaine fois le feu"?) , en tout cas la déclamation de ses textes politiques sous forme de gospel est pertinente, quand on regarde son vécu, et percutante. Dans un podcast qui lui était consacré, son écriture était qualifiée de très musicale et très jazz. Rythmée en tout cas.

Normalement la violence sociale, la ségrégation, l'humiliation qui hantent les textes de Baldwin devraient faire réagir plus que des références au sexe ou aux pratiques SM, ou une poignée de gros mots, mais d'une manière différente et donc ne pas être classées dans le même lot.  
Mais on en est là, protéger les jeunes même de textes sociaux et politiques au motif qu' ils pourraient " les choquer". Ou bien, plus probablement parce qu'ils donnent une mauvaise conscience aux politiciens blancs à qui on rappelle que leur prédécesseurs ont commis des choses inacceptables au nom de leur religion/ pouvoir/ goût de l'argent. Personne n'aime devoir descendre du piédestal où il s'est lui même placé à grand coup de narration à son propre service.

De mon point de vue, au contraire, ce genre de choses doit être diffusé au plus grand nom et expliqué. au lieu de ça "attention parents" (que je comprends comme " ce genre de disque pourrait faire réfléchir vos enfants, et après on aura du mal à les manipuler"). Ce n'est pas trop étonnant dans un pays qui censure les livres " pour ne pas choquer les enfants" ( parce que même les livres pour enfants présentent des comportement inacceptables comme.. ne pas obéir à ses parents ou avoir des envies d'indépendance. P'tain qu'est-ce qu'ils diraient de Sylvain et Sylvette qui vivent seuls dans la forêt)

Donc , après cette parenthèse " réflexion en roue libre", oui je conseille totalement ce disque, qui est en plus musicalement agréable, Meshell a une jolie voix un peu grave qui sert très bien les textes de Baldwin, donne envie d'aller les chercher pour décrypter ce qui nous échappe, à nous, frenchies que nous sommes.

En tout cas, j'irais sans faute chercher ce qu'elle a fait d'autre, ça me plaît beaucoup.

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