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samedi 5 décembre 2015

Yvain ou le chevalier au lion - Chrétien de Troyes

Continuons dans les légendes arthuriennes, j'avais déjà commenté ici " Perceval", il y a un certain temps, c'est Yvain qui a cette fois-ci croisé mon chemin.

Au sens propre du terme, car le livre m'est arrivé entre les mains par hasard ( il faisait partie d'un lot qui était dans un carton  d'un local associatif, abandonné là, avec quelques autres... et dans ma famille, on adopte toujours les livres abandonnés! Quitte à leur faire poursuivre leur voyage par la suite.). Et ce n'est certainement pas la version que j'aurais choisie personnellement, il s'agit d'une édition abrégée à destination des publics scolaires, avec d'une part des extraits de l'oeuvre seulement, et d'autre part un dossier pédagogique avec illustrations.

moui, dire que quand j'étais au collège et au lycée j'évitais ces éditions

Même remarques qu'avec Perceval.
1- Je ne peux absolument pas lire ces aventures épiques sérieusement, et c'est entièrement la faute à la famille Astier.
2- C'est quand même marrant de voir dans quelle mesure Kaamelott s'en éloigne.. ou ne fait qu'extrapoler des traits de caractères déjà présents chez les personnages d'origine ( Yvain est un peu bredin, c'est un fait!)

C'est donc parti pour les aventures du chevalier au lion "parce que ça fait trop classe", qui a un problème de compréhension du concept de chevalerie, et qui demande d'une catapulte " est-ce qu'on peut s'en servir pour donner de l'élan à un pigeon?", ou encore " je me suis coupé la gencive avec un grumeau cuit, c'est possible ou pas?"

Voilà ça c'est fait.

Or donc le personnage d'Yvain est quand même un peu plus épique que sa version TV, mais pas franchement moins barjot.

Tout commence le jour ou Calogrenant ( "De toutes façons, Calogrenant c'est un abruti!") raconte une mésaventure qui lui est arrivée. Non, il n'a pas glissé sur une voie pavé, n'est pas tombé dans une flaque et son armure n'a pas rouillé... mais ça n'est pas franchement mieux.
Un jour qu'il se promenait du côté de Brocéliande, Calogrenant rencontre un manant qui lui parle de la fontaine prodigieuse qui se trouve dans la forêt. Si on verse l'eau sur la margelle, une tempête se déchaîne.  Calogrenant va voir ce prodige, déclenche la tempête. Mais sitôt la tempête calmée, il est attaqué par le seigneur du lieu qui n'apprécie par qu'on vienne le déranger en déchaînant les éléments, et engage un duel.. dont Calogrenant sort perdant et humilié.

Cette narration lui vaut les railleries du sénéchal Keu  alias" la langue de vipère", dommage que celui-là n'ait pas été intégré dans Kaamelott, il y avait du potentiel.
Donc on va dire que dans ma tête Keu a cette bobine là...
Sérieusement, même si Keu est décrit comme combattif, son surnom de "langue de vipère" m'empêche de le voir autrement

Vous allez vite voir qu'une référence au Seigneur des anneaux à tout à fait sa place dans l'histoire d'Yvain.
Il se trouve que donc qu'Yvain qui écoutait l'histoire est cousin avec Calogrenant, et décide de venger l'honneur de son cousin victime des moqueries de Grima Keu, et d'aller lui aussi à la fontaine magique en découdre avec le seigneur.

Mais sans prévenir personne parce que le roi Arthur a aussi décidé d'y aller, et qu'Yvain ne veut pas se faire damer le pion, il part donc de Carduel et se rend à Brocéliande en 3 jours...
QUOI?????
Carduel se trouve pile entre les mots " grande" et " Bretagne", c'est la ville de Carlisle. Brocéliande.. ben c'est en petite Bretagne. Chrétien de Troyes devait espérer que ses auditeurs n'aient pas trop le sens de la géographie, mais je ne pense pas qu'au XII° siècle on ait pu rallier les deux lieux en 3 jours. Même avec un bon cheval et un bon bateau.

Oui je sais, légende, moyen-âge tout ça, TGCM, mais c'est marrant de le pointer!

Donc Yvain arrivé à Brocéliande déchaîne la tempête, engage le combat avec Esclados qu'il blesse.. disons légèrement : "il lui fend la tête jusqu'à la cervelle, la maille du haubert était maculée de cervelle et de sang. Le chevalier ressentit une telle douleur que le coeur fut bien près de lui manquer. S'il prit la fuite il n'eût pas tort car il se sentait blessé à mort"
NOOOON? T'as un gros trou dans la tête et tu refuses de continuer le combat? Quel lâche!


Ha la littérature médiévale, toute en modération et en demie-teinte. J'adore, j'adore ces exagérations épiques.

Donc Yvain poursuit le mourant jusque chez lui dans l'espoir de récupérer une pièce d'armure qui prouverait sa victoire. Mais se retrouve coincé entre les deux herses qui ferment l'entrée, dan une situation extrêmement ridicule: son cheval est coupé en deux, lui se retrouve bloqué entre deux portes avec un demi-cheval mort ( je vous jure que je n'invente rien, ce passage est... oui, ).

Il est sauvé de cette fâcheuse situation par Lunete, dame de parage de la châtelaine (Lunete.. ouahahaha, c'est louche comme nom. Sifflez, j'men fiche.) et prototype de la servante futée qui lui donne un .. anneau.. magique .. qui rend invisible celui qui le porte.

Alors qu'est-ce que je disais ? Bon, pas le moindre Nazgûl à l'horizon, pas de Gollum en colère, Sauron ne moufte pas, on peut continuer.

Et donc Yvain bien planqué grâce à son précieux, peut se permettre d'assister à sa propre recherche, tout en reluquant Laudine, la dame dont il vient de faire une veuve. C'est qu'elle est tellement jolie quand elle se jure de le faire jeter en prison dès qu'elle l'aura retrouvé.
Mais Lunete est une manipulatrice et fait valoir à la veuve qu'une dame ne peut pas rester veuve et qu'elle doit se remarier avec un preux qui puisse défendre la fontaine, blabla, et quoi de mieux que celui qui vient d'occire son mari, puisque c'est lui le plus fort.
Cash!
Et Laudine approuve, tant que l'identité de l'élu reste secrète parce qu'être " celle qui a épousé l'assassin de son mari" c'est pas super génial. ( euh, et le délai de viduité, on en fait quoi? Parce qu'il n'a été abrogé qu'en 2004 en France..)

Donc, mariage avec "Yvain, le preux qui passait par là par hasard", arrivée du roi, mini duel où Yvain met la raclée à Keu et tout le monde est content, banquet final..
Et non.. Yvain aurait du se méfier d'une femme qui le maudit pour la mort de son mari et l'épouse le lendemain. Parce qu'elle a un caractère pas facile. Et c'est ce qui se passe: Lorsqu'Yvain repart à l'aventure avec son copain Gauvain ( sisi, c'est exactement ça, les deux sont les meilleurs potes!!), parce qu'un chevalier qui reste au coin du feu, c'est pas très prestigieux, contrairement à un chevalier qui part aux tournois pour la gloire de sa dame.. Laudine lui donne l'ordre de revenir d'ici un an maximum, sous peine de lui claquer la porte au nez et de faire la gueule ad vitam aeternam, s'il revient au bout d'un an et une minute.

Et évidemment...
Yvain laisse passer le délai,commet l'affront suprême de ne pas avoir tenu sa promesse, va se voir signifier par messagère interposée une rupture humiliante d'avant la cour. a la suite de quoi, il pète un plomb et s'enfuit tout nu dans la forêt ( je n'invente rien, je n'invente rien... Yvain est réellement dingue...)
A partir de là, ça devient beaucoup moins passionnant, errance, tartinage à l'onguent qui lui rend la santé mentale, série de sauvetages de dames en détresse, baston avec un géant, sauvetage d'un lion en détresse qui devient son animal de compagnie - oui bon, qui symbolise le retour d' Yvain aux vraies valeurs de la chevalerie, il n'empêche que le lion est son chien de garde.
La suite est un peu répétitive question damoiselles en détresse, mais illustre les différentes fonctions notamment juridique d'un chevalier, lors qu'ils doivent se battre comme champions de deux soeurs qui s'opposent pour une question d'héritage. L'héritage reviendra à celle dont le chevalier remporte le combat, même si elle est objectivement dans son tort. Où on apprend, à deux reprise, que lorsqu'on veut plaider sa cause, le duel est l'option classique, et que, si on ne se bat pas soi-même ( parce qu'on est vieux, blessé, une femme, un enfant..), on dispose de 40 jours pour trouver et convaincre un chevalier de prendre fait et cause pour soi.

Mais comme toujours j'aime bien les scènes de baston, par contre les histoires d'amour, c'est encore une fois moins mon fort. Et je trouve sérieusement que Lunete est largement plus intéressante que Laudine, colérique mais manipulable.
Lunete est vraiment le personnage que j'ai le plus apprécié, elle a des qualités autre que d'être une jolie fille ou une riche dame et c'est bien agréable de voir que c'est brièvement mentionné: Gauvain est un dragueur, mais qui semble plus intéressé par Lunete du fait qu'elle ait le sens de l'humour et le fasse rire que par son physique ou sa richesse ( même si cette piste n'est pas développée... Mais comme chronologiquement Perceval est plus tardif qu'Yvain, la suite des aventures de Gauvain, toujours aussi dragueur, y sera abordée, je les ai juste lus dans le désordre)

Mais l'exagération toute médiévale fait que l'ensemble reste plaisant à lire, et même parfois drôle. Et donc oui, je confirme, Yvain et Gauvain, sont les meilleurs potes ( mais Gauvain ne se fait pas appeler "chevalier au Pancréas" hélas...)

samedi 10 octobre 2015

La rebelle - Valeria Montaldi

A la recherche pour le mois italien d'un livre bien précis qui était mis en avant par ma médiathèque habituelle ( mais comme une truffe, ce jour là, je l'ai juste noté dans un coin de ma tête en pensant m'en souvenir.. et une fois revenue à la médiathèque, tout ce qui m'est revenu c'est qu' il me semble que c'est écrit par une femme, probablement une italienne, dont le nom commence par un M, je crois, en tout cas la 4°de couverture parle d'une musicienne au XVII° siècle... va retrouver un titre avec ça...)
Donc j'inspecte la rangée des M à tout hasard.. "la rebelle".. c'est peut être ça.. ha non pas du tout mais le sujet " femme médecin au moyen-âge" à l'air sympa, je vais l'emprunter, on verra bien.

Autant dire que je n'en attendais pas grand chose: ce n'est pas celui que je cherchais au départ, je n'ai jamais entendu parler de l'auteur, le titre est d'une banalité assez consternante et la couverture.. très moche!
La tête de la femme qui semble flotter au dessus du reste, son maquillage trop moderne pour le XIII° siècle.. dire qu'un graphiste à bossé là dessus, ça me désole.
Tel quel, j'ai l'impression de voir la jaquette d'un DVD de téléfilm au titre un peu pipeau ( ou d'une série genre " Dr Quinn" ce truc multirediffusé, qui partait d'une bonne idée mais se noyait vite dans les bons sentiments un peu gentillets pour ne pas dire cucul la praline)
Mais passons, ça c"était le gros point négatif. Mais comme il ne faut pas juger un livre à sa couverture, je dois dire que c'est au final plutôt une bonne surprise.  Je craignais le cucul-la-praline et... non.

Ca commence d'entrée par une activité totalement illicite au XIII° siècle à Paris ou ailleurs: un vol de cadavre dans un cimetière. Deux étudiants en médecine déterrent une pendue pour le compte de Rolando, célèbre médecin milanais très en vue dans la capitale française, qui s'apprête nuitamment à procéder à une autopsie pour montrer à son étudiant l'agencement du corps humain. L'étudiant a juste le temps d'apercevoir une troisième personne avant de s'évanoir: un garçon aux traits très fins, presque féminins. Et pour cause, la troisième personne est Caterina Da Colleaperto, une femme médecin. Aussi incroyable que ça puisse paraître, il y a eu quelques femmes maîtresses en médecine au Moyen-âge. Caterina, d'origine italienne, a étudié à Montpellier, une des seules universités en Europe acceptant les étudiantes (et une des rares acceptant les maîtres de médecine orientaux aussi). Caterina part du principe que pour bien soigner les malades, il faut connaître le fonctionnement du corps humain, et pas seulement se contenter de diagnostics plus ou moins précis, et d'établir des ordonnances que les apothicaires vont confectionner.
( Ceci était déjà évoqué dans Fortune de France qui se passe 3 ou 4 siècles plus tard)
En tout cas à l'époque, pas question pour un médecin de se salir les mains: les fonctions de médecin et chirurgien sont bien séparées et empiéter sur le domaine de l'autre c'est risquer d'être mis au ban de sa propre corporation. arracher les dents, soigner les abcès, réparer les fractures, remettre un os en place, faire des saignées, tout ce qui est salissant en fait, c'est le domaine des chirurgiens-barbiers ( autant dire aller se faire soigner les dents par son coiffeur).
Grâce à l'appui de Rolando qui est un peu plus que son collègue, Caterina a réussi a trouver un emploi comme médecin à l'Hôtel-Dieu et une petite clientèle prestigieuse de dames de la haute société qui préfèrent parler de certains problèmes gênants à une autre femme ( telle une comtesse qui cache une calvitie avancée).
Mais une première erreur va être commise par Caterina: sauver la vie de Marion, une femme enceinte en danger de mort en pratiquant une césarienne. Elle a outrepassé ses droits en pratiquant la chirurgie, sa hiérarchie n'attend qu'une deuxième erreur pour s'en débarrasser. Le fait que la patiente ait survécu n'entre pas en ligne de compte pour les responsables de l'hôtel-dieu, c'est même presque une circonstance aggravante: Marion est une domestique engrossée par son employeur - coucher avec le patron faisant quasiment partie de la fonction de femme de chambre à l'époque, impossible de s'y soustraire - et renvoyée lorsque sa patronne découvre son état. Autant dire dans la conception de l'époque, à peine mieux qu'une prostituée. Marion et Caterina vont devenir très proches, la seconde révoltée par cette situation engageant la première.
C'est alors que les catastrophes s'enchaînent pour Caterina: enceinte de Rolando, elle découvre qu'il a une femme légitime en Italie et qui s'apprête à le rejoindre, donc rupture de la part de celle qui compte bien garder son enfant et l'élever seule. Mais c'est aussi le moment ou l'autopsie est découverte: Belle occasion pour Rolando ( qui est par ailleurs le genre de personne à assassiner la patiente d'un collègue qui a plus de chance que lui d'accéder à un poste à responsabilité pour le discréditer, en mélangeant du poison aux remèdes de l'autre médecin.. charmant personnage!), belle chance de se venger de celle qui vient de le plaquer en acceptant de lui laisser porter l'entière responsabilité de l'autopsie. Seule solution pour échapper à la prison: Caterina doit fuir et accompagnée de Marion, se joint discrètement à une caravane de marchands en partance pour Milan.

Ca c'est pour le premier fil directeur. il y en a un autre, et le récit alterne entre les deux - qui vont bien sûr finir par se rejoindre. A Milan, La Colombetta, une confrérie religieuse un peu à part, sorte de secours populaire avant l'heure, qui travaille avec des laïcs décide de monter un dispensaire pour les malades pauvres de la ville, ceux qui n'ont pas les moyens d'aller se faire soigner à l'hôpital. ils s'adjoignent les services d'un chirurgien barbier de la ville un peu versé en médecine, mais qui se retrouve débordé et le dispensaire manque d'un vrai médecin. On devine vite que les religieux de la colombetta ne vont pas hésister longtemps à engager un médecin compétent peu importe son sexe, dans une ville qui par ailleurs est plutôt rétive à ce genre de chose. A Caterina donc de réussir à gagner la confiance des pauvres de la ville pour commencer une nouvelle vie.

La troisième intrigue tourne autour de Marco, le tailleur milanais, qui fait la jonction entre les deux: celui-ci cache un lourd secret, plutôt deux lourds secrets chacun pouvant lui faire perdre tout crédit et potentiellement la vie: soit par exécution car il est homosexuel, un crime puni de mort, soit par accident, car il est adepte d'un fortifiant qui lui permet de travailler plus longtemps et plus vite. Une drogue donc, à base d'arsenic, qu'il achète à des gens louches...une erreur de dosage et c'est la mort par empoisonnement.

Tout ceci est intéressant, parfois un peu décousu, surtout au début où les chapitres alternent entre Paris et Milan avec toute une foule de nouveaux personnages, dont on ne sait s'ils seront récurrents ( Silvestro le gamin des rues ou frères Marcello, Rufo le chien) ou vont juste apparaître et disparaître aussi vite( Agnès la cochonne comment dire... la femme du bailly qui a le feu aux fesses.
D'autres ne seront là que pour évoquer la vie médiévale, particulièrement celle des classes populaires et des miséreux, la condition des femmes en particulier: une femme qui a bien du mal a surmonter sa honte à s'adresser à la Colombetta pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim et de froid, une autre qu'on retrouve morte lapidée ( herboriste, elle a eu le malheur de ne pas réussir à soigner des malades. Si elle avait été un homme, on aurait dit que dieu les avait rappelés à eux, pour une femme, on parle de sorcellerie et de mauvais oeil et on l'assassine).
La condition des serviteurs aussi est intéressante: Marion est devenue la maîtresse de son patron parce que ça faisait quasiment partie du travail et pour éviter la rue, la mendicité et la misère, Mikail, le secrétaire du tailleur acheté enfant au marché aux esclaves, est devenu l'amant du patron... pour éviter la rue, la mendicité et la misère. Homme ou femme, un serviteur n'est là que pour le bon plaisir de son employeur. La condition du patron homosexuel n'est pas non plus reluisante, à une époque où tout ce qui sort de la norme établie par l'église est rapidement mis à l'écart, si possible derrière de solides barreaux ( on est en pleine guerre des Guelfes et des Gibelins, l'inquisition va commencer à faire parler d'elle et déjà des prédicateurs s'érigent contre le goût du luxe et de l'ostentation. Ce ne sont pas encore les bûchers de vanités de Savonarole, mais ça va venir, un siècle plus tard))

Donc non, on est pas dans les bons sentiments, c'est même assez violent parfois. Lors d'une étape en montagne avec la caravane, Marion est violée par un serviteur de la troupe, avec l'habituel " on est en pleine forêt, inutile de crier, personne ne t'entendra". Mais le chien qui accompagnait la femme attaque l'agresseur et le blesse. Il ne peut marcher et compte donc sur l'aide de sa victime pour l'aider à redescendre vers la vallée. que fait la douce, la gentille, la soumise, la pieuse Marion qui a toujours subi l'humiliation? Elle l'aide à se relever et l'aide à redescendre. Vite fait. Directement. En le poussant bien fort du haut du ravin près duquel ils se trouvent. Si on ne l'a pas entendue crier elle, on ne l'aura pas entendu crier, lui non plus.
Merci, merci à l'auteur, je ne vous dis pas ma joie à lire cette vengeance qui m'a fait un immense plaisir.
La rebelle, c'est tout autant Marion qui décide de ne plus subir que Caterina qui décide de tenter sa chance ailleurs quand le vent tourne. On m'objectera qu'elle s'enfuit. Oui. Mais pour pouvoir continuer à exercer son métier dans un milieu profondément machiste. On ne peut pas changer les mentalités en quelques mois, et dans un monde fait par les hommes et pour les hommes, c'est en louvoyant qu'on peut gagner peu à peu son autonomie. Et encore, ça n'est jamais entièrement gagné, il suffit de regarder le XXI° siècle pour voir à quel point les acquis sont fragiles et ... simplement pas encore acquis à certains endroits.

Donc une bonne surprise, beaucoup moins gnangnan que ne le laissait craindre sa couverture et son titre. L'auteur s'est documentée visiblement sur le moyen-âge et les différents corps de métiers, et malgré une narration un peu ardue au début, on se laisse vite embarquer, ça se lit vite et facilement malgré quelques passages un peu redondants qui auraient pu être écourtés.

Un site à consulter pour en savoir un peu plus sur la situation politique qui sous-tend ce roman: L'Italie à la fin du Moyen-âge.
Bon hé bien ça m'a donné envie d'aller visiter Milan en tout cas, j'ai vu Gênes et Turin, mais pas encore  Milan.