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mercredi 24 avril 2019

Diotime et les lions ; Le temps du rêve - Henri Bauchau

Cette fois c'est un nom que j'avais déjà entre vu, mais sans en savoir plus, je ne savais même pas qu'il était belge. Donc.. découvrons!

Toujours avec mon critère de livres courts, pour pouvoir les lire dans les transports en allant à la fac.
Mais là, Diotime était vraiment très court, donc j'ajoute un second titre du même auteur.



Commençons par Diotime, il s'agit d'un court roman.. ou d'une longue nouvelle qui se passe dans l'antiquité. Diotime, comme on peut le supposer à son nom,  est grecque. Une Grecque antique, qui avec sa famille du côté turc, voire perse de la Grèce. et ce sont ses années de jeunesse qu'on va suivre depuis sa petite enfance jusqu'à l'âge de se marier soit.. 14 ans.
Oui, c'est l'antiquité, je rappelle. Ce qui fait passer un peu mieux la pilule c'est qu'elle est motivée pour ça, c'est que c'est elle qui tanne ses parents pour leur imposer le futur mari qu'elle a choisi.

Car Diotime est une forte tête, élevée presque plus par son grand-père Cambyse, chef de clan redoutable mais qu'elle ne craint pas, que par ses parents qui ont bien du mal avec cette fille si peu féminine: loin de l'idéal de la parfaite femme au foyer grecque, Diotime descend d'une tribu de " fils des lions", qui révèrent les dieux lions, lors de chasses rituelles annuelles et de cérémonies quasiment chamaniques.
Diotime, eu égard à son statut social et à sa compétence de chasseresse est d'ailleurs la seule femme conviée aux rites, et son caractère bien trempé impressionne beaucoup les hommes, qui semblent apprécier cette graine de femme à poigne.
Et pour faire ses preuves dans le clan de Diotime, et donc prétendre à la fille du chef, il faut chasser les lions, ce qui pose un problème à l'heureux élu, un homme raffiné et délicat, navigateur venu de la "vraie" Grèce, qui va donc devoir se livrer à un rite qu'il considère comme barbare, dans le cadre d'un culte dont il se fiche comme d'une guigne, mais pas le choix, s'il veut obtenir l'aval de la famille de Diotime, il va devoir tuer un lion.

Tout va a peu près bien dans cette histoire.. jusqu'au moment ou Diotime et son fiancé rencontrent.. un vieux sage hindou à dos de mule qui est venu par là via la route de la soie et va les initier à la pensée orientale. Là, ça part vraiment en vrille. Et le récit perd franchement en intérêt à ce moment là, j'ai pu finir juste parce que le livre était très court, mais ce personnage qui fait irruption comme un cheveu sur la soupe m'a cassé tout intérêt, je dois dire. Dommage.

Et comme le livre était ultra court, j'ajoute un autre, tout aussi court mais très différent.



Bienvenue dans la campagne belge des années 20, le narrateur (l'auteur?, les deux semblent vraiment se confondre cette fois), prénommé Billy, va nous raconter ses premiers émois sentimentaux: en plein été, lui , ses frères et soeurs, cousins et cousines- de bonne famille! - sont invités à aller jouer avec les enfants d'une autre famille, tout aussi distinguée.
Il fait connaissance ce jour là d'Inngué, blondinette en robe bleue âgée de 8 ans, le courant passe très bien entre eux, ils n'espèrent rien tant que se revoir quelques jours après, mais un risque d'épidémie fait tomber les projets à l'eau. Il ne reverra plus Inngué que brièvement à la sortie de la messe.. et ne se reverront finalement plus du tout après les vacances. Billy va donc la revoir le plus possible en rêve.
Malgré tout, il n'a jamais oublié cette petite fille espiègle...dont on sait dès l'avant propos qu'elle est morte dans un accident à peine devenue adulte.

Un des premiers textes publié sous pseudonyme de Bauchau alors âgé de 20 ans et publié en 1936. Et préfacé pour une réédition en 2011 par l'auteur âgé de 98 ans, qui revient sur l'évolution de son écriture au fil du temps, et surtout sur la disparition non seulement d'Inngué, mais aussi avec elle, d'une époque, d'un temps qui ne peut plus alors être qu'un rêve, encore plus que dans les années 30. Cette préface, au passage me fait un plaisir immense, la clarté d'expression de ce très vieux monsieur fait plaisir et donne envie de devenir nonagénaire. Nostalgique, évidemment,d'une époque irrémédiablement révolu, mais sans pathos, sans regrets (Bauchau est mort en 2012 à quelques mois de son 100° anniversaire)

Donc oui des deux, sans être un coup de coeur absolu, j'ai largement préféré le récit autobiographique ( à rapprocher des souvenirs d'enfance de Tranströmer dont j'ai parlé cet hiver, tiens). Je lirai donc à l'occasion d'autres textes de l'auteur pour lui donner une chance de me convaincre, ce que je fais en général quand j'ai du mal à me faire une opinion sur 2 titres seuls.

parce que ça me fait plaisir: Henri à 84 ans. La classe et le sourire.
Je n'ai jamais connu mes grands-pères mais c'est exactement comme ça que j'imagine au moins l'un des deux.

24 avril, c'est le jour d'Henri

lundi 15 avril 2019

Contes pour petites filles criminelles - Nadine Monfils

Les choix au hasard dans les rayons de la médiathèque peut être une bonne surprise, ou pas.

Et cette fois c'est une mauvais pioche, faite juste sur cet intrigant titre que je trouvais prometteur. Un recueil de nouvelles, des histoires de criminelles en culottes courtes.



Sauf que ce que je ne pouvais pas prévoir c'est que beaucoup, beaucoup de ces nouvelles, bien qu'irréalistes ( imaginez 3 petites filles en train de faire griller à la broche un cadavre dans une cour d'immeuble pour le manger, manier haches et scies avec leurs petits bras grêles..). après tout l'ogre est une figure obligée du conte, l'irréalisme en est aussi une caractéristique... la violence, surtout irréaliste ok, le cannibalisme, ok aussi. Mais donc beaucoup de ces nouvelles sont surtout érotiques.
Le problème est que ces gamines sont perverses, très perverses: du genre, ça se tripote pour exciter les adultes. Je ne suis pas prude, Sade je veux bien, mais pas en taille 12 ans, siouplait.

Et là, désolée, mais tout ce qui fait référence à la pédophilie, ça m'écoeure profondément, et je ne suis pas l'autrice sur ce terrain.

Le but du jeu des contes ce n'est pas d'expliciter ce qui est codé.. et décodable par les adultes. Honnêtement, je ne voyais pas étant jeune les sous entendus de la belle au bois dormant, surtout dans sa version soft. Faire des réécritures de contes c'est bien, mais appuyer lourdement sur ce qui était suggéré pour le jeter à la face du lecteur... ça va, merci.

Donc si j'ai plutôt apprécié les nouvelles moins cochonnes ( la page blanche, sexy, mais c'est une femme d'âge mûr.. la petite fille n'y est qu'allégorique; les larmes noires, où une gamine mal aimée par ses parents qui lui préfèrent ouvertement sa soeur, va faire mourir celle-ci de peur; la boîte à violon, où la gamine dérangée fait de drôles de cadeaux à son grand frère; La voleuse de rêve, gamine qui enlève les enfants pour s'en faire des poupées vivantes dont elle se débarrasse dès qu'ils deviennent trop bruyants; Lolita plexiglas, qui est une femme adulte vengeresse mais encore gamine dans sa tête...), ça n'a pas été un plaisir de lecture intense, mais ça passe.
Les autres, toutes les autres, c'est juste non. J'ai vraiment l'impression que c'est "faire trash juste pour faire trash", avec des scènes érotiques ou des mineures se tapent des adultes.

Je ne suis arrivée au bout du recueil que parce qu'il est court (141 p imprimées en gros!)
Mais franchement ça ne me donne pas vraiment envie d'aller voir les autres titres de cette autrice que je ne connaissais pas du tout, et pourtant il y en a une pleine étagère.
Et surtout pas envie de lire " contes pour petites filles perverses", parce vu que les criminelles sont déjà bien de sacrées cochonnes, qu'est-ce que ça doit être?

Donc, ben... ratage!
le 15, c'est rendez-vous "mauvais genre", polar, SF etc.. Bon je pense que ces petites filles perverses et cannibales peuvent faire l'affaire.

dimanche 7 avril 2019

L'oiseau des morts - André-Marcel Adamek

Et c'est parti pour le challenge ABC spécial Belgique,j'ai donc tout simplement commencé à piocher un ouvrage au hasard sur les rayons de la bibliothèque.
Avec 2 critères: Un auteur que je ne connais pas, ou alors seulement de nom, et on va éviter les Nothomb, Simenon et autres trop connus.
Et des livres de préférence de petite épaisseur, pour cause d'emploi du temps très compliqué. Donc quelque chose que je puisse lire en un ou deux allez-retours de tram jusqu'à l'université, ça sera bien!



Celui là rassemblait les deux critères, un coup d'oeil sur la 4°de couverture, et un argument qui m'a tentée: le personnage central est un oiseau.
Et même, ce qui est encore plus original, l'oiseau est le narrateur à la 1°personne. Qui nous raconte ses "mémoires" ou plutôt ses impressions, son quotidien d'oiseau.
Rétrospectivement, depuis sa sortir " fracassante" de l'oeuf, sa découverte du vol,de la vie en colonie, de la chasse, ses brèves rencontres avec les humains,jusqu'au jour où il est capturé par l'un d'eux, militaire boiteux qui va l'apprivoiser, avant de le revendre à un oiseleur, pour être acquis par Barbelune l'herboriste.
Lequel , au long de longues années de patience, arrive à inculquer au volatile non un langage, mais une compréhension du langage humain. et pour cause, c'est une corvidé, une corneille, plus exactement, espèce connue pour son intelligence,son adaptabilité, sa sociabilité...
Et, malheureusement,associé dans les préjugés tenaces, à la mort, au malheur,au mauvais présage..
Et il s'avère que cette histoire qui semble à première vue intemporelle, impossible de déterminer en premier lieu où et quand elle se passe ( Il y a des fusils, mais aucune mention de modernité autre, les victimes d'un massacre sont enterrées sur place, des armées s'affrontent sur le terrain.. j'étais partie sur une idée du genre XIX° ou XVIII° siècle à la campagne.. mais non, on finit par apprendre grâce à un détail très caractéristique que nous sommes en fait à la fin du moyen-âge, début de la Renaissance au grand maximum)
Et donc la corneille qui n'a pas encore la notion du langage et de l'onomastique mais philosophe déjà, entre les périodes où son estomac ne crie pas famine,se fait le témoins du monde des humains, de leur guerre insensée, mais aussi de l'amitié inédite qui peut se nouer entre un oiseau et son "maître"..

Donc une fois accepté ce parti près d'un oiseau qui raconte sa vie avec une... "plume" très raffinée, c'est une très jolie découverte, originale.Servie par une écriture très travaillée et poétique splendide.
avec une petite dose de mystère et de magie bien agréable ( on est en pleine période où les gens vont voir l'herboriste à reculons, le payent en produit de la ferme, mais où tout le monde s'en méfie le considérant comme un sorcier).

Si je devais le situer dans une catégorie, je le classerais dans les contes, ou dans les fables,on est vraiment sur ce terrain là, quotidien,avec une dose de merveilleux, mais aussi un certain humour ( l'oiseau rate son premier vol, moins par manque d'habitude que, parce que , seul survivant du nid, il est gavé par ses parents, et en surpoids, vole comme une pierre)

Un auteur donc que je vais garder en mémoire car non seulement son style narratif et son parti pris original d'un héros non-humain me plaisent beaucoup, mais la postface très complète qui met ce court roman en parallèle avec d'autres de l'auteur, montrant une remarquable homogénéité d'inspiration et de thèmes me donne envie d'en savoir plus.

pas de jour prévu pour cet auteur, donc puisque j'ai aimé, tiens, je lui offre un billet pour mon annversaire


jeudi 1 novembre 2018

Challenge ABC " spécial Belgique"

Voilà une idée qui m'est venue hier en parcourant les rayons de la médiathèque, où les ouvrages  belges sont clairement identifiés par un petit drapeau. Et, en constatant, qu'il y a des auteurs pour presque toutes les lettres de l'alphabet...

puisque je squatte un an ici, c'est totalement de mise!
et si je me faisais un petit ABC spécial Belgique?

Pas sur une année, évidemment, avec mon planning de ministre, mais.. sans limite de temps.
Autant profiter d'avoir pour l'instant accès à des auteurs peu connus que je ne retrouverai pas à Avignon.
Et j'ai peu de matériel belge - hors BD-  dans ma pile à lire, qui d'ailleurs est restée en France.
Et ça me fera donc quelques lectures d'avance pour le mois d'avril.
Et puisqu'il n'y a pas de limite de temps pour moi, hop, autant lancer les festivités dès maintenant...

Donc je prépare le terrain, et je remplirai mes cases au fur et à mesure. En prenant soin de piocher totalement au hasard, au feeling, au titre.. et si possible des auteurs dont je ne sais rien, vais pas aller piocher Amélie Nothomb alors qu'il y a Paul Nothomb en rayon,ou E.E Schmitt alors qu'il y a d'autres auteurs possible moins connus en S.
LE seul dont je sois sure c'est qu'il y aura Bruges la Morte, que je ne trouvais pas à Avignon, et que j'ai bien envie de lire.
L'auteur auteur dont je sois sûre, sans avoir décidé quel titre, c'est François Weyergans, parce que mi bruxellois, mi avignonnais, il s'impose carrément.

Donc évidemment je prévois des difficultés, mais que je trouverais moyen de contourner ( Hislaire me parait tout désigné pour le Y, même si je ne trouve pas de titre sous son pseudo Yslaire,par exemple. Je n'ai pas vu de X, donc comme la précédente fois, je chercherai un ouvrage anonyme.. des pistes comme ça)

A: Adamek André-Marcel - l'oiseau des morts
B: Bauchau Henry -"Temps du rêve" et "Diotime et les lions"
C: Claise Michel - Faux et usage de faux
D:
E
F
G
H Jacques Hislaire - J'ai vu mourir la Belgique
I
J
K
L
M: Monfils Nadine - Contes pour petites filles criminelles
N
O
P
Q
R G.Rodenbach - Bruges la morte
S
T
U
V Marie-France Versailles - Sur la pointe des mots
W F.Weyergans - à définir
X X comme Anonyme. Collectif - Ca déménage!
Y
Z

mardi 19 avril 2016

Entre chien et louve - Anne Duguël

Encore un livre acheté un peu par hasard lors d'une revente des déclassés de la bibliothèque municipale. Bah, à 50 centimes pièces, si ça n'est pas terrible, ça n'est pas bien grave n'est-ce pas?
Anne Duguël, jamais entendu parler.

Et le livre a attendu jusqu'à l'an dernier, lorsque j'ai appris la mort de l'auteur, car Anne Duguël c'était Gudule, le nom sous lequel elle publiait des albums illustrés et des romans jeunesse, et signait parfois des interventions dans les marges de Fluide Glacial, une de mes lectures régulières de la période lycée.

Donc je connaissais Gudule, principalement de nom et pour ces petites interventions en marge t nouvelles fluidesques, mais, c'est tout. Et lorsque j'ai appris sa mort l'an dernier, juste après le mois belge, et fait la relation entre l'auteur et ses différents noms de plume j'ai décidé de la mettre au programme de cette édition...

Entre chien et louve est une histoire fantastique et de magie.
Il y a des années, lors de l'époque coloniale, Jean, Belge Wallon chef de chantier est parti travailler au Congo Belge ( actuelle République démocratique du Congo. Surnommé Congo Kinshasa. Le Congo Français est devenu l'actuel Gabon, je les confondais toujours, je pense que c'est réglé). De cette expérience africaine, il est revenu avec dans ses valises ( l'image est ignoble, mais c'est exactement ça) astrid, sa " négresse".
Car oui, Jean de son vivant était un porc: non seulement il convoitait la petite Astrid, 12 ans, mais pour l'avoir rien que pour lui, il a fait appel à un sorcier, qui lui a promis qu'Astrid setrait à lui jusque par delà la mort.

Et voilà que Jean est mort, après plusieurs décennies de vie commune;  pas de mariage, non, " on préfère l'amour libre" a-t-il dit à sa famille en revenant en Belgique avec cette compagne même pas majeure. Or dans les années 50, les unions libres et mixtes n'étaient pas franchement bien vues, et Jean, coupant les ponts avec ses proches est parti avec Astrid s'enterrer au fin fond de la campagne. une vie de Rêve pour Jean, qui ne s'est jamais vraiment préoccupé de savoir ce qu'Astrid en pensait
Donc Jean est mort, mais de porc, le voilà réincarné en chien (ou plutôt, sa conscience mélangée à celle d'un chien qui traînait par hasard dans le cimetière au moment de ses funérailles), obsédé par l'idée de retrouver celle qui n'a même pas vraiment le droit d'être appellée sa veuve.

Astrid n'aime pas spécialement les animaux, et en particulier n'a pas d'affinité avec les chien, mais va quand même prendre avec elle ce corniaud qui squatte son jardin, moitié pour dissuader le rodeur qui tourne autour de chez elle depuis la mort de Jean, moitié pour se sentir moins seule. Ignorant évidemment tout de l'identité de son nouvel animal de compagnie.
Un chien, c'est bien: ça écoute ce qu'on lui raconte, et sans vous couper ni vous juger. Sauf que Jean, tout chien qu'il est ( il ferait d'ailleurs bien son affaire à la chienne-louve de son unique voisin!) a gardé ses souvenirs du temps où il était un humain.
Et Astrid se confie à lui, lui raconte sa vie...celle que Jean- le chef de chantier ignorait, les raisons qui l'ont poussée à céder aux pulsions de l'homme blanc, à le suivre dans un pays qui l'a en fait beaucoup déçue. Jean-le chien va découvrir la triste vérité d'une vie qu'il croyait idyllique. Astrid qui n'en peut plus de ce pays, regrette son Afrique natale, pleine de rancoeur à l'égard de celui qui l'a entraînée là ( elle ne sait rien non plus de l'envoûtement dont elle a été l'objet), et à l'égard d'elle-même, qui , trop jeune et naïve, a cru aux promesses..

Donc, le livre se lit facilement, j'ai bien aimé l'écriture, mais franchement, j'ai eu du mal a adhérer. Parce que personne n'est vraiment sympathique dans cette histoire. Si on peut passer à Astrid ses erreurs de jeunesse qu'elle paye d'une solitude intenable dans un pays qui lui est hostile ( elle avait12 ans), en revanche je déteste Jean, mais vraiment ( elle avait 12 ans, bordel!). Et c'est ça le gros gros gros souci. J'ai vraiment du mal avec tout ce qui traite de détournement de mineurs et de pédophilie ( oui parce qu'à l'époque Jean avait 29 ans.. )
Donc ses grandes idées sur l'amour absolu, l'amour de sa vie, blabla.. c'est juste un ^ù*$$ de pervers qui aurait du finir en taule. Et en plus fier et content de lui, qui ne s'est jamais posé une seule fois la question de ce que voulait Astrid.
Donc un héros, que personnellement je trouve à vomir. J'ai envie de dire " bien fait pour toi"
Après le livre est bien, hein, c'est juste le héros qui me donne des envies de meurtres.
Les autres ne sont pas vraiment mieux: les quelques autres personnages ne valent pas grand chose... tous des salauds dans ce coin de campagne: des parents venus se terrer loin des yeux dans les années 50 pour cacher leur fils trisomique à la société, la mère qui l'abandonne un jour, le père qui ne s'en occupe pas vraiment...

Voilà, il manque quand même d'un personnage un peu moins antipathique que la moyenne auquel se raccrocher. Même si Astrid ne méritait pas vraiment de payer aussi cher..
Après c'est aussi mon ressenti qui fait que si le roman ne me marque pas forcément pour ce qu'il est ( un simple roman fantastique avec des héros pas franchement sympas)  j'aurais du mal à l'oublier pour une raison très très personnelle.

C'est le moment de l'anecdote dont vous vous fichez, mais qui m'a fait réfléchir.

Un parent éloigné de ma mère était marié avec Hilda, une dame que beaucoup de gens dans la famille détestaient, je n'ai jamais compris pourquoi quand j'étais petite. Leur excuse c'était " Hilda est trop pénible, on ne peut jamais aller la voir à l'improviste, elle déteste ça, faut toujours prévenir plusieurs jours à l'avance". Ca ma toujours paru léger comme raison surtout que les autres étaient exactement pareil, et moi même je déteste qu'on déboule chez moi sans prévenir. Ou " elle est faux-derche, on ne sait jamais ce qu'elle pense" - mouais, pas plus que ceux qui disent ça dans son dos....
Parce que ma mère et moi allions voir tonton Dédé et Tata Hilda - en prévenant!- et je les ai toujours trouvé sympathiques, avec juste les mêmes manies que tous les retraités de ma famille.
Mais voilà, j'ai compris le jour où j'ai su qu'Hilda était née à Brazzaville: elle était métisse. L'horreur pour les bien pensant péquenauds auvergnats. L'horreur pour moi de découvrir des blaireaux racistes dans ma parentèle.

Mais du coup dans ma tête, j'ai superposé l'Astrid du livre avec tata Hilda, et je commence à me demander " pourquoi est-elle venue? Pour quelle raison a-t-elle quitté son pays? Réellement par amour ou pour une vie qu'elle espérait meilleure?" ( je vous rassure, et je me rassure par la même occasion,ouf, tous deux avaient à peu près le même âge). Tout ça, je ne le saurait jamais, tata Hilda est morte il y a quelques années d'une mauvaise chute dans l'escalier, et je n'aurais jamais probablement osé aborder ce sujet avec elle, trop personnel. Mais voilà, en commençant le livre, je ne m'attendais vraiment pas à me trouver face à un questionnement à la fois aussi personnel et insoluble!

Mais je retenterai probablement un autre livre du même auteur, son style m'a bien plu.

jeudi 14 mai 2015

Les navigateurs de l'infini - JH Rosny aîné

Encore un billet qui était initialement prévu pour le mois belge, mais qui faute de temps pour le taper avant le délai imparti, se retrouve hors saison. Hors saison pour le mois belge, mais pas pour le challenge geek.
rosny aîné, j'en avais déjà parlé ici à deux reprises pour La guerre du feu, son ouvrage le plus connu qui ne m'avait pas vraiment convaincue, et pour La jeune vampire et la silencieuse qui étaient déjà plus à mon goût, mais dont j'avais trouvé, comme pour la Guerre du feu d'ailleurs, les fins un peu bâclées. J'y reviendrais.
Je m'étais cependant promis de donner à l'auteur une autre chance, dans la catégorie SF dont il est l'un des pionniers ( il existe d'ailleurs un prix Rosny aîné , décerné à des auteurs de  SF francophone, Claude Ecken dont j'ai parlé ici aussi l'a reçu dans la catégorie nouvelles en 2001 pour "la fin du big bang").

Les navigateurs de l'infini date de 1925, il est donc plus tardif que la Guerre ( 1909). LEs navigateurs sont au nombre de 3, partis de la Terre à bord du vaisseau le Stellarium, pour aller explorer Mars. Ce qu'ils vont y trouver dépasse leurs espérances: non seulement la planète rouge n'est pas un rocher stérile et désolé, moyennant un bon scaphandre et quelques machines, ont peut y vivre sans problème quelques mois, il y a de l'eau, mais il est habité d'au moins trois espèces animales distinctes: les zoomorphes ( des créatures ni vraiment minérales ni vraiment animales, dotés d'une symétrie non pas basée sur le nombre 2 mais sur le nombre 3, ils sont donc dotés de 9 "pattes" ), les éthérés ( des créatures impalpables, à la nature indéfinissable, visibles seulement dans la pénombre) et les tripèdes, l'équivalent local des humains, et les seuls avec qui les aventuriers terrestres vont pouvoir nouer un contact en établissant un language codé fait de gestes.
Et pour cause, les tripèdes sont non seulement dotés de 3 pieds comme leur nom le laisse deviner, mais n'ont ni oreilles, ni nez.Par contre ils ont 6 yeux, aux couleurs multiple, qui font le ravissement des terriens. LE tripèdes sont différents de tout ce qu'on connait, mais beaux à leur manière.
De fil en aiguille, les terriens finissent par comprendre que les Tripèdes et les zoomorphes sont en conflit. PAs vraiment un conflit armé, car il n'y a pas intention de nuire, mais les tripèdes sont une civilisation ancienne sur le déclin. Les  zoomorphes sont une espèce invasive qui non seulement est en train de prendre possession de la planète, mais rend impropre à la consommation des autres espèces ce qu'il touche ainsi que le terrain qu'ils ont colonisés. L'arrivée des humains dans leur machine avancée est une aubaine pour les tripèdes qui espèrent recoloniser leur espace vital.

Sur cette trame se greffe, mlheureusement, une histoire d'amour improbable entre le spationaute narrateur et une martienne tripède qu'il a surnommée "Grace", pour ses beaux yeux multicolores. D'une part l'idée d'une idylle (purement platonique pour incompatibilité physique entre les habitants des deux planètes, donc soyez rassurés, pas d'Alien Sex,  ça reste chaste!) est plutôt sympa et d'autant plus que justement les matiens ne sont pas bêtement des  humains en mieux ( chose qui m'avait saoulée dans la Planète des singes avec Nova, qui bien que venant du système de Bételgeuse est une pseudo humaine compatible avec notre planète et ses habitants. Mouaif, pourquoi inventer des extraterrestres s'ils nous ressemblent à 100%). Par contre, vu le temps très court dans lequel se déroulent les événements, ça pose un gros souci de vraisemblance, car ils arrivent à définir 3 ou 4 signes pour communiquer par jour.. mais sont capable de tenir de vraies conversations en moins de quelques semaines...
Sinon j'ai grandement apprécié que l'auteur ne passe pas sous silence la découverte de la planète et de sa faune - les tripèdes arrivent en fait assez tard dans l'histoire), ni n'idéalise trop les tripèdes ( ils nous fait remarquer que S'ils sont prompts à apprendre les tâches de manutentions et de fabrication mécanique, ils sont quasiment incapable de la moindre initiative et que c'est surement là la cause principale de leur déclin. D'excellents ouvriers spécialisé qui peuvent construire une machine en un temps records.. mais ne sauront jamais à quel moment il est nécessaire de s'en servir.. J'ai aussi apprécié le fait qu'il ne s'agisse pas vraiment d'une histoire de guerre ouverte, plutôt d'un problème de niches écologiques, et les tripèdes ne veulent pas annihiler leurs voisins zoomorphes, juste les éloigner de leurs source de nourriture.

Mais , et la je reviens à ce qui faisait le problème majeur des autres textes du même auteur: la fin. La fin est bâclée une fois de plus, tout se finit en queue de poisson par une contemplation du paysage de Mars., youpi, on a gagné, les zoomorphes sont momentanément éloignés Sans rien régler: est-ce que les zoomorphes vont revenir, est-ce que les terriens vont revenir sur Terre laissant derrière eux ceux qu'ils considèrent comme une seconde famille, tout au moins des cousins assez proches pour ses soucier de leur sort? est-ce que le narrateur va renoncer à cette idylle extraterrestre condamnée à l'échec? est-ce qu'un des martiens fasciné par la Terre va vouloir voyager à son tour, .. Ben non, zéro réponse: ça s'arrête pile après la baston.. même pas finale, puisque tout reste en suspens, y compris le devenir des martiens.
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La fin, abrupte, qui ne conclue rien. Pas une fin ouverte non.. juste l'impression une fois de plus, qu'un chapitre supplémentaire n'aurait pas été de trop. Les éthérés, par exemple, passent totalement à la trappe dès l'arrivée des tripèdes sur la scène, il n'en sera plus question que pour des remarques du genre " mais qu'est-ce qu'ils sont, j'aimerais bien le savoir".. oui, nous aussi, les lecteurs, on aimerait...
Ceci dit, je vois qu'il y a une suite nommée "les astronautes" qui parle apparemment du retour sur terre des navigateurs qui a été publiée en 1960, soit 20 ans après la mort de l'auteur. J'ai trouvé celui là sur le site immatériel, lors de l'une des opérations E-books à 99cts de Bragelonne qui l'a édité, et la suite est disponnible aussi.

D'ailleurs, tiens, je le souligne car je viens de le voir, Immatériel a changé de nom est est maintenant 7switch, il va falloir que je vérifie si les e-books que j'y avais achetés mais pas encore téléchargés sont toujours là!
vérification.. oui , il est toujours possible de se connecter avec les identifiants crées sur immateriel et les archives sont toujours disponibles, ouf!
idée 73: un endroit que je découvre, où je ne suis jamais allée: Mars ( ni moi, ni personne, d'ailleurs!)

jeudi 24 avril 2014

L'oiseau bleu - Maurice Maeterlinck

Il était temps que je me décide à commencer le défi " prix Nobel de littérature" proposé sur le forum de Babélio. et si possible en le combinant avec un autre challenge. c'est chose faite grâce à M Maeterlinck, prix Nobel en 1911 (et unique écrivain belge à ce jour à avoir reçu cette distinction)

"La grande famille" tableau de Magritte. comme je n'ai pas de couverture, j'illustre un auteur belge par un peintre belge
L'oiseau bleu nous raconte l'aventure de Tyltyl et Mytyl, frères et soeurs, les deux survivants d'une grande fratrie, la veille de Noël. La famille Tyl est pauvre, et les enfants regardent avec envie leurs voisins se préparer à festoyer pour un somptueux réveillon , et n'ont pas d'autre refuge que l'imagination: s'imaginer prendre part à la fête, s'imaginer manger de gros gâteaux, s'imaginer heureux. Lorsqu'ils vont se coucher, une fée leur rend visite: la fée Bérylune a un service à leur demander: sa fille est malade et pour lui remonter le moral, il faut aller chercher un oiseau bleu. Elle ne peu pas y aller elle même, car sa soupe risquerait de déborder si elle s'absente. Tyltyl et Mytyl vont donc devoir s'en charger, munis d'un chapeau magique: lorsqu'on tourne la pierre qui l'orne, on peut voir la vérité des choses, le vrai esprit des animaux, objets, concepts, qui doit leur permettre d'identifier l'oiseau. Suite a une petite erreur de manipulation, Les enfants se retrouvent flanqués dans leur quête des esprits du pain, du sucre, de l'eau, du feu, du chien, de la chatte et de la lumière, certain espérant leur réussite, d'autres espérant leur échec ( car la fée a signifié à tout le monde que la mort les attend lorsque la quête sera achevée). Voilà donc Tyltyl et Mytyl, partis pour une aventure qui les amène au pays du souvenir (où ils vont retrouver les esprits des morts: les grands parents, les frères et soeurs, qui disent sortir de leur léthargie lorsque les vivants pensent à eux), dans le palais de la nuit, là où sont cachés les maladies, les peurs, etc..
Dans les deux cas, c'est un échec: les grands parents ont un oiseau bleu, mais dont la couleur change quand il quitte le monde du souvenir, et chez la nuit, il y en a trop, et ils ne trouvent pas le bon. Pareil dans la forêt: les esprits des arbres sont peu disposés à aider les humains qui passent leur temps à leur faire du tort et à les couper. L'oiseau n'est pas non plus dans le monde des morts, ni dans le jardin des bonheurs. Pas plus finalement au royaume de l'avenir, où les esprits des générations à venir préparent leur future vie sur terre. Mais dans le fond, est-il vraiment important?
Parce que c'est un conte initiatique ( en fait, une pièce de théâtre en 6 actes), et que ce n'est pas le but qui compte, mais le cheminement de Tyltyl et Mytyl. Toute cette quête a pour objectif de leur faire apprécier les plaisirs simples et quotidiens, des petits lutins aux noms comme "bonheur de regarder les étoiles" ou "bonheur de marcher pieds nus dans l'herbe" ( au lieu de rêver aux plaisirs évidents mais faciles et illusoires, symbolisés par un banquet de Gros Bonheurs ridicules- comme "Bonheur de manger quand on a plus faim" ou" bonheur de ne rien comprendre")

A la lecture je me suis dit quand même à plusieurs reprises que ça ne doit pas être évident à mettre en scène: il y a énormément de didascalies très précises sur les décors et les costumes, un nombre impressionnant d'acteurs à rassembler, des notations sur les effets spéciaux (la pièce date de 1909)

Et puis, même si tout ne m'a pas plu ( l'opposition un peu trop classique à mon goût" lumière = bon, nuit = mauvais", enfin, le bonheur de regarder les étoiles nuance un peu cette division. quelques personnages agaçants: le chien, que je trouve trop servile, et la lumière qui guide les enfants dans leur quête, mais qui est assez souvent casse-pieds moralisatrice.), j'ai bien aimé le passage très mignon avec les grands parents, et la mise en garde écologique dans la forêt: il vaut mieux vivre en accord avec la nature que s'y opposer, sinon, on risque de le payer cher. Le passage dans le jardin des bonheur fait un peu trop religieux pour moi, mais le royaume de l'avenir est un délice d'inventivité ( tout un enchevêtrement de machines, de rues, de pignons, d'engrenages de différentes nuances de bleu)

J'aurais l'occasion de revenir sur la symbolique du bleu dans l'art d'ici peu via " bleu: histoire d'une couleur", de M. Pastoureau, mais là, on est pleinement dans le bleu qui représente le rêve, la nostalgie, l'idéal, l'inaccessible..

Une lecture en version numérique disponible ici .
une fée et un chapeau magique

lundi 21 avril 2014

La 4° note - Luc Leruth


Juin 1914, à Rome. Le chanteur, professeur de musique, et responsable des choeurs de la chapelle Sixtine Alessandro Moreschi met la dernière main à l'ouvrage de sa vie, un livre consacré à l'histoire du castratisme dans la musique. Il faut dire qu'il est concerné au premier chef: lui et son collègue Sebastiano sont, au début du XX° siècle, les deux derniers castrats encore en vie. Mais le livre et la majeure partie des notes préparatoires lui sont volés. Oeuvre d'un jaloux, ou d'un religieux fanatique qui espère éviter que l'église soit publiquement ridiculisée en rappelant ce qu'elle a fait subir pendant près de quatre siècle à des milliers d'enfants: la mutilation afin de leur conserver toute leur vie durant une voix d'enfant.

Moreschi, déséspéré n'a pas le courage de recommencer un travail de plusieurs années, et , sur le conseil de Sebastiano, va utiliser un instrument tout nouveau: le graphophone, pour y enregistrer cylindre par cylindre non plus l'histoire en général des castrats, mais celle du petit Alessandro, enfant de famille pauvre doué pour le chant, dans la région de Rome, que sur les conseils du curé du village, ses parents vont sacrifier  l'église. En espérant que le gamin en grandissant, devienne célèbre, gagne de l'argent, et comme l'a dit le curé, leur fasse profiter de la manne gagnée grâce à leur décision. Mauvais calcul... non seulement Alessandro devenu grand n' a aucune intention de "payer" en retour la famille qui a commis cette infamie, mais en musique comme partout les modes passent. Après 4 siècles d'existence, les castrats sont en voie de disparition - on a envie d'ajouter : heureusement- ce qui fait qu'après quelques succès mondains, le pauvre Alessandro passe vite du statut de chanteur célèbre à celui de curiosité locale, au même titre que le colisée. Et va aller d'échecs en échecs, entre révolte et résignation.
Formaté pour les besoins de l'église, c'est petit a petit l'église même qui se débarrasse de lui, le cantone à des fonctions de plus en plus subalternes et autorisant peu à peu les femmes à revenir dans les choeurs ( après avoir inventé, 4 siècles plutôt le castratisme pour évincer les femmes des choeurs). Sebastiano et Alessandro sont deux survivants, mais au dessus d'eaux plane le souvenir de Domenico Mustafa le dernier castrat  a avoir eu un vrai succès musical, personnage très très important dans l'histoire, même s'il est mort depuis longtemps lorsqu'Alessandro en parle. En effet, l'acte de mort des castrats a été entériné lorsque Mustafa a accepté d'enseigner à la chanteuse Emma Calvé "la 4° note", une technique de chant autrefois réservée aux castrats, passant symboliquement le relai aux femmes, comme une dernière humiliation pour les deux compères jugés trop médiocres chanteurs.

Un livre que j'avais déjà lu, il y a très longtemps, mais que j'ai pris plaisir à relire: les nombreux chanteurs, musiciens, ou compositeurs sont intégrés à l'histoire de manière suffisamment fluide pour ne pas donner trop une impression de catalogue, et la triste histoire de Moreschi , qui, au même titre que Domenico Mustafa a réellement existé est plutôt intéressante. On est vraiment à une période charnière, pas seulement au niveau des chanteurs, mais des musiciens ( on commence à vouloir modifier les anciennes compositions pour les moderniser), et de l'histoire tout court. En Juin 1914, bientôt plus personne en Europe ne se souciera plus de musique religieuse, ni de musique tout court.
L'auteur est peu connu, le livre m'avait été offert il y a une bonne dizaine d'année, je crois que depuis, il en a écrit un second, de style tout à fait différent. En tout cas, je conseille celui-ci aux amateurs de musique.

Ce roman mentionne une quantité incroyable d'auteurs et de morceaux, de la renaissance jusqu'à la fin du XIX° siècle, il est donc difficile de choisir: Dufay, Roland de Lassus, Allegri, Haydn, Massenet, Gounod, Wagner...

Mais le compositeur qui revient le plus souvent est Palestrina, directement ou via les adaptations que lui fait subir don Lorenzo Perosi ( qui a tout à fait existé, un contemporain de Puccini et Leoncavallo, qui, comme nous le dit Leruth par la voix de son héros, connu pour son instabilité psychologique)
Parmis les morceaux cités : sicut cervus desiderat, motet à 4 voix
La messe du pape Marcel, supposée élever tellement l'esprit vers des considérations religieuses que les évêques en perdaient toutes pensées sacrilèges ! (ici le Kyrie eleison à 6 voix)..
Surtout de la musique religieuse, mais il est aussi fréquemment fait référence à la musique profane via le Lamento della ninfa de Monteverdi ( que les chanteurs répètent en toile de fond pendant qu'Alessandro enregistre son récit).. fin renaissance début du baroque. Des retards, des silences judicieusement placés, des intervalles audacieux, une vraie réussite. Bien sûr de nos jours, c'est une femme qui chante la partie de la nymphe.

Mais comme alssandro a aussi fait une petitecarrière dans la musique profane, il parle régulièrement de Crociato in Egitto, de Meyerbeer, un de ses morceaux favoris ( là c'est toujours un homme qui chante, un contre ténor, mais c'est apparemment un des derniers opéras - 1824- avec un rôle écrit pour un castrat, si tardivement, c'est surprenant, d'autant qu'il s'agit d'un croisé avec femme et enfants, dans le livret)




et je ne résiste pas à lier aussi 2 extraits enregistrés précisément à l'époque dont il est question: La séguedille par Emma Calvé, la  supposée dernière dépositaire du secret de la 4° note
Ca grince, ça craque, mais c'était le summum de l'époque. bien sur niveau technique, on ne peut plus du tout chanter comme ça, en roulant bien tous les R, mais c'est super d'avoir ce genre de témoignage pour évaluer les changements de goûts en musique, en quelques décennies.

Dernière dépositaire supposée de la technique de la 4° note, ici, "ma lisette", un morceau où elle emploie ces techniques de passage soudain en voix de tête. Ce qui permet d'avoir une note à la fois aigue et soutenue en écho. Personnellement je trouve ça très désagréable à entendre en fait, ça tranche de manière pénible avec sa voix naturelle. Quand je vous disais que les goûts changent!

Idem pour l'extrait d'Aida chanté par Caruso (ici une version "nettoyée" des craquements, c'est déjà plus écoutable)


et pour ce qui est de Moreschi lui même? Hé bien oui, j'en ai trouvé, et c'est hélas, assez souvent douloureux à entendre, parce que d'une part, il  n'est pas toujours très juste, hélas, mais aussi, justement à cause de ce que je disais sur les changements de goûts, la technique employée - les retours soudains en voix de poitrine par exemple - sont vraiment passés de mode. Sans compter que l'enregistrement sur graphophone perd beaucoup d'harmoniques de la voix, les graves justement.

auteur belge wallon
surtout de la musique religieuse, de toutes périodes
car Moreschi est à la fois chanteur et professeur de musique

dimanche 20 avril 2014

La jeune vampire & la silencieuse - JH Rosny aîné

En février dernier, j'avais tenté "la guerre du feu", le texte le plus connu du Bruxellois JH Rosny aîné. Un échec, pour plusieurs raisons: les longues descriptions pas toujours intéressantes, l'absence totale de dialogues, les coups de théâtre assez prévisibles. Mais j'avais quand même trouvé une qualité d'écriture qui me donnait envie de tenter d'autres textes de l'auteur. J'ai donc opté cette fois pour 2 nouvelles rassemblées, au sujet fantastique ( enfin, la première évoque le vampirisme, la deuxième est un peu mystérieuse mais sans surnaturel)

Encore une fois, une lecture électronique, que l'on peut trouver ici

- La jeune vampire (1920): Deux médecins devisent du vampirisme, l'un prétendant avoir connu quelques années plus tôt une femme vampire. A la remarque gogenarde du second qui note " la science reconnait l'existence du vampirisme.; mais chez les chauves-sours", le premier va donc tenter de convaincre son collègue que non seulement le vampirisme existe chez les humains, mais qu'il s'agit d'une pathologie d'origine inexplicable en lui racontant l'histoire d'Evelyn, une rousse anglaise morte quelques années plus tôt, pendant quelques jours et revenue subitement à la vie, avec des séquelles étranges. Non seulement elle avait perdu son teint frais pour une carnation blafard, mais surtout, elle parlait de sa vie avant son coma à la troisième personne, n'utilisant le "je" que pour les souvenirs postérieurs à sa résurrections. Comem si quelqu'un d'autre avait vécu dans son corps des événements auxquels elle n'avait assisté qu'en spectateur. Mais hormis celà, sa santé est de nouveau excellente, contrairement à celle des membres  de sa familles. Et lorsqu'elle se marie quelques mois plus tard avec une homme rencontré après son coma, c'est lui qui voit son état de santé se dégrader: aucun doute, Evelyn est devenue un vampire. Elle finit par expliquer qu'elle n'a pris possession de ce corps qu'à son réveil qu'auparavant elle était "quelque part dans un endroit effrayant", qu'elle n'est pas la vraie Evelyn, mais que puisque l'occasion lui est donnée de vivre une vie humaine, elle compte en profiter. Jusqu'à ce qu'elle meure à nouveau, et que la vraie Evelyn reprenne enfin possession de son identité, furieuse et vexée qu'une "autre" en ait profité pour faire n'importe quoi avec son corps, pour se marier sans le consentement de la légitime propriétaire! Elle se sent emprisonnée, mariée de force.. et obligée de cohabiter avec un homme qu'elle n'a pas choisi.
Le vampirisme comme possession, pourquoi pas, en tout cas, le réveil de la vraie Evelyn est assez cocasse, même si sa situation est plutôt dramatique. J'ai bien aimé cette nouvelle, je lui reproche cependant sa conclusion: j'espérais un retour des deux scientifiques, pour savoir si le sceptique avait été convaincu ou non, Hé bien non, ils ont été oubliés en cours de route et c'est un peu dommage, ça donne l'impression que la fin est bâclée. Mais en tout cas, dans ce texte -ci, il y a du dialogue, et c'est tant mieux, car JH rosny aîné a un joli talent de dialoguiste.

- la silencieuse (1903): En 1857 à la Serraz en Savoie, plusieurs personnes sont retenues prisonnières, dans une captivité peu stricte: des français, des italiens.. Et justement un captif français va se prendre de passion pour Francesca une jolie italienne qui accompagne son père. lorsqu'il lui déclare sa flamme, Francesca n'est ni vexée, ni opposée à l'idée: elle est épouvantée, littéralement. Au grand dam du soupirant qui ne comprend rien.. et nous non plus.. l'explication viendra plus tard... et s'effondrera aussitôt comme un soufflé. En fait lorsque Francesca s'explique enfin, expose les raisons de ses craintes, on attend un minimum que son amoureux rebondisse sur ce qu'elle vient de dire.; et non, même pas, il conclut par un truc du genre " ha ben tout de même!". Oui,c 'est léger ,quand une femme vient de vous dire ses secrets les plus personnels...
Dans cette nouvelle, en fait j'ai retrouvé ce qui m'avait gênée dans "la guerre": longues descriptions (même si cette fois, dans un monde moderne" le lyrisme n'est pas gênant comme dans une cadre paléolithique) , très peu de dialogues, une fin un peu bâclée, j'ai l'impression, aux trois textes que j'ai donc lu, que c'est la principale faiblesse de cet auteur
MAIS: comme je n'aime pas passer à côté de quelque chose, et que je maintiens ce que je disais sur la qualité globale d'écriture ( même si narrativement, les fins sont faibles à mon goût), je lui donnerai sa chance, je pense, plutôt sur les textes les plus récents

auteur classique

dimanche 6 avril 2014

Métaphysique des tubes - Amélie Nothomb

Que je vous explique.. Amélie Nothomb, ça n'a jamais été mon fort. a un moment, je sortais avec un gars qui en était absolument fan et m'avait offert plusieurs de ses livres, en espérant peut être que le nombre me convaincrait.. De mémoire, j'avais plutôt apprécié " brillant comme une casserole", un recueil de nouvelles, mais je ne me souviens plus maintenant de quoi que ce soit, c'est déjà mauvais signe. "Attentat", l'histoire d'un type moche qui devient faire-valoir dans une agence de mannequins pour que sa laideur fasse ressortir la beauté des filles, mouais, l'idée était originale, mais je n'avais vraiment pas accroché au style. Quand à " cosmétique de l'ennemi" je m'étais vraiment demandé où elle voulait en venir, j'ai juste le souvenir d'une lecture longue et ennuyeuse avec un personnage qui se dit janséniste et qui casse les pieds à un autre, dans un aéroport, ou une gare, pendant que l'autre se bouche les oreilles. Il y a une seule expression pour exprimer ce que j'ai ressenti et c'est " portenawak!". 3 essais, 2 ratages et demi, j'ai jeté l'éponge.

Cette semaine, il y avait une opération de collecte pour "bibliothèques sans frontières" chez moi il me restait encore cette Métaphysique jamais lu. J'ai hésité à l'ajouter à mon paquet à donner, et puis.. ben c'est le mois belge, alors je vais lui donner une chance, une ultime chance.

......

et le résultat est
......
Portenawak! Là aussi, le livre est court, et c'est une chance, mais même là j'ai rarement trouvé que 150 pages pouvaient être aussi longues.
Déjà, on commence avec des considérations sur Dieu, sa nature de tubes. Puis on comprend que le "dieu " de l'histoire est un enfant, qui vient de naitre et qui comme tous les enfants, ne fait que manger et dormir. La différence c'est que celui-ci, surnommé "la Plante" par ses parents, ne fait vraiment rien d'autre: il ne braille pas, ne bouge pas, ne tente pas de se lever.. et ça dure ainsi jusqu'à l'âge de 2 ans. La plante n'est qu'un tube digestif. Bizarremment les parents s'en inquiètent un peu, mais pas franchement plus que ça. enfin, je ne sais aps, j'aurais quelqu'un dans ma famille d'aussi inerte, je le ferai quand même examiner sous toutes les coutures jusqu'à ce qu'on trouve ce qui cloche. Mais là, non : "votre enfant est un légume" .. ha bon, très bien, les deux aînés sont remuants ce n'est pas plus mal.
Puis "la plante" se réveille, et devient l'inverse : une chose braillarde et intraitable, insupportable pendant 6 mois, jusqu'à ce qu'une grand-mère trouve le remède miracle: du chocolat ( oui, je le souligne car c'est le seul passage à peu près sympathique de l'histoire, je suis aussi adepte de la chocolatothérapie en cas de rogne!).
S'ensuit une description minutieuse de la vie de "la plante", devenue vivante, qui philosophe dans sa tête: il s'agit des souvenirs d'enfance d'Amélie, petite belge née et élevée au Japon, exactement comme Amélie l'auteur, qui prétend se souvenir de tout, raconter SON histoire, tout en disant que la vraisemblance n'a pas d'importance. Et en effet, il faut vraiment mettre le bon sens au placard arriver à accepter qu'entre février et Avril de la même année, Amélie qui n'a jamais dit un mot choisisse soigneusement dans sa tête les premiers mots qu'elle va dire, puis parle couramment japonais et français, qu'elle apprenne à marcher , à nager, à jouer à la toupie et encore d'autres choses.. en 2 mois. Honnêtement, je me fous totalement de savoir si une histoire est vraie ou pas ou en partie, je m'en fiche totalement, du moment qu'elle est crédible. Or là, ça ne l'est pas.

J'ai trouvé: en fait Amélie doit être un des gamins du "village des damnés", je ne vois que ça. D'ailleurs sa photo de couverture le confirme! Trêve de plaisanteries, si ça passe a peu près bien dans une récit de SF, ça devient carrément ridicule dans une " autobiographie" même très romancée. Non, parce qu'entre temps on a droit aux monologues intérieurs métaphysiques d'Amélie, 2 ans et demi, qui se prend pour dieu, puis pour Jésus, puis pour une déesse, qui nous explique pourquoi elle déteste les carpes qu'elle trouve moches. La 4° de couverture nous parle d'un récit incisif lucide et drôle,  je le trouve pour ma part creux, autosuffisant et ridicule. Alors oui, je sais je vais avoir droit à des "haaa mais t'as rien compris, c'est génial en fait". Ben non, voilà mon ressenti. Et pourtant j'ai quand même trouvé ce récit ultra nombriliste légèrement plus intéressant qu'Attentat ou Cosmétique, parce que ça se passe au Japon  et qu'il y a quelques mots japonais, que ça fait référence à des endroits que j'ai vus, donc au moins sur ces passages j'ai pu entrer dans l'histoire. En fait, ça devient à peu près intéressant quand elle arrête enfin de se regarder dans le miroir pour parler des autres, car la petite Amélie a finalement une relation très proche avec sa soeur aînée, alors qu'elle a du mal à s'entendre avec son frère, et une relation très mignonne avec la domestique japonaise ( on est quand même dans une famille riche, le père est consul), qu'elle a pris en affection. Alors pourquoi faut-il qu'elle casse ces passages agréables par des considérations gonflées de vanité et d'orgueil? Est-ce qu'elle cherche réellement à se faire passer pour une espèce de monstre? C' aurait pu être intéressant, si ça avait été fait avec plus de subtilité, là c'est juste très pénible.

Au tout début du roman, elle se décrit comme un tube, au travers lequel tout passe, sans lui créer la moindre réaction, la moindre émotion ou le moindre plaisir. Et c'est exactement comme ça que j'ai ressenti le livre: pas difficile à lire, mais creux au point que demain, la semaine prochaine u le mois prochain, il ne m'en restera rien.
Donc malgré l'ambiance japonaise, désolée Amélie, j'en resterait là, je n'aime vraiment ni ton style, ni tes procédés narratifs, tu ira donc rejoindre la prochaine collecte, peut-être que quelqu'un d'autre saura apprécier, si j'en crois les commentaires ici et là, il y a un gros noyau dur de fans, mais pour moi, dorénavant je passerai mon tour.

auteur belge


samedi 22 février 2014

La guerre du feu - JH Rosny aîné

Un livre que j'avais pu trouver au format numérique l'an dernier lors de l'opération ebooks à 99cts de Bragelonne.
J'avais vu le film et aimé le film de JJ Annaud, j'ai donc voulu tenter le livre.
visuel totalement à côté de la plaque: s'il y a bien UNE chose qui n'est pas mentionnée ce sont les hommes des cavernes: toutes les tribus rencontrées vivent en plein air. Désolée Bragelonne!

Bon, soyons clair: hormis le fait que les deux se passent à la préhistoire et racontent la quête du feu perdu, par trois individus envoyés à sa recherche par le chef de la tribu, ça n'a RIEN à voir! ( mais tellement rien à voir que je n'ai même pas eu la bobine de Ron Pelman en tête pendant toute ma lecture, c'est dire)

Lors d'un affrontement avec un clan ennemi, la  tribu des Oulhamrs vient de vivre son pire malheur: son feu s'est éteint. En effet, s'ils connaissent et savent entretenir le feu, ils ne connaissent pas la manière de le créer. Le chef Faouhm envoie donc deux équipes de trois guerriers dan deux direction différentes pour essayer de s'en procuer un nouveau, quitte à le voler à une autre tribu. D'un côté la grande brute Aghoo et ses deux frères, de l'autre Naoh, Nam et Gaw. Avec à la clef, sa nièce Gammla  comme récompense à qui ramènera le feu.
On va donc suivre les péripéties de Naoh , Nam et Gaw dans leur quête: le trio contre un ours des cavernes, puis contre un lion et une tigresse, contre d'autres tribus, manger de l'aurochs et des antilopes, vont apprivoiser des mammouths..
QUOI????
Bon, c'est idiot je sais, le livre a été écrit en 1911, on n'était pas encore vraiment au point sur la zoologie.. Mais, alors que depuis le début, Rosny aîné nous parle de la savane, je commence vraiment à me demander
- à quelle époque ça se passe? non parce que c'est vaste la préhistoire..
- mais où est-ce que ça se passe? La savane et la faune décrite à longueur de page évoquent plutôt l'Afrique, mais les tigres c'est plutôt l'Asie. Et après, donc il y a des mammouths.. là c'est le grand nord..

Alors oui, je sais, je sais, plus de 100 ans, bénéfice du doute, tout ça, mais je peux vous assurer que ça m'a sérieusement perturbé ma lecture..
Et pourquoi? Parce que les événements sont d'importance mineure dans cette histoire, composée presque exclusivement de longues descriptions et d'énumérations de variétés d'oiseaux, d'animaux,  d'arbres.. hyper modernes. Et oui, quand il parle des tigres qu'ils décrit en long et en large, ce sont des tigres modernes, pas des tigres à dents de sabres. Alors qu'à côté de ça, outre les mammouths, il essaye de créer un décor préhistorique avec la mention des megaceros, des  élaphes.. mais mélangés à des canards communs et autres carpes, ou que sais-je. a m'a donné l'effet bizarre que les personnages se déplaçaient dans une sorte de zoo qui mélangerait tous les lieux et toutes les époques. Oui, je sais " mais non, faut le lire comme une allégorie". Certes.. mais Naoh qui focalise sérieusement de manière extrêmement monogame sur la nièce du chef, ben .. non, ça ne passe juste pas.
Un livre donc, dont les intentions étaient les meilleures du monde, mais qui a sérieusement vieilli dans son fond et aussi hélas dans sa forme.
Parce que outre que le grand nombre de descriptions sont souvent répétitives et gratuites, sans lien véritable avec l'intrigue, elles sont surtout d'un lyrisme .. qui dessert son sujet: le but était de faire ressentir le désarroi d'une tribu qui gèle et se nourrit de racines et de viande crues depuis qu'elle n'a plus le feu.
 Sauf que tout est dit de manière teeeeellement grandiloquente, en insistant sur la beauté de la nature, que j'ai du mal à y croire. Je vois mal des guerriers apprécier la beauté d'un soleil couchant alors qu'il cherchent leur pitance, ou un cours d'eau, ou doivent lutter contre des carnivores qui en feraient bien leur déjeuner. Avec en sus, une scène de torture sur une tigresse, qu'Annaud a eu la bonne idée de ne pas mettre dans son film, parce que même dans les années 80, l'acharnement sur un animal juste pour se prouver sa force, ça aurait fait désordre ( en plus d'être totalement pas crédible, pour la même raison: un carnivore mis hors d'état de nuire, c'est suffisant, je vois mal des gens chargés d'une mission de la plus haute importance et en danger de mort s'amuser à perdre du temps à le harceler)
Et j'ai trouvé le coup de théâtre final aussi très prévisible, donc, bon, sans être une méga déception, c'est quand même une déception, car j'ai trouvé l'intrigue au final mince et prévisible, et l'écriture peu adaptée à son sujet pourtant prometteur. J'en resterai au film.

Mais je donnerai une autre chance à l'auteur, j'ai vu qu'il avait aussi fait dans la science fiction, à l'occasion, j'essayerai pour voir si ça me convainc plus.
Auteur Bruxellois

vendredi 24 janvier 2014

L'assassin habite au 21 - S.A Steeman

Vite vite, c'est bientôt la fin  du défi British Mysteries, et encore tant d'énigmes à résoudre.
Et cette fois,je vous propose une enquête so british venue.. de Belgique. Car Stanislas Steeman était liégeois. Et outre cet Assassin, on lui doit également plusieurs autres romans policiers célèbres adaptés dans les années 30/40 en films,  tout aussi célèbres: Six hommes morts ( devenu " le dernier des six"), ou Légitime défense ( devenu " quai des orfèvres").

Le sujet: années 30, un assassin mystérieux rode dans les rues de Londres et  attaque les passants (en leur cassant les cervicales à coup de sac de sable!) pour les détrousser. Comble d'horreur, il nargue la police londonienne en laissant sur les cadavres une carte de visite au nom de Mr Smith. alors que l'enquête piétine, que les Smith de Londres ( plusieurs milliers) commencent à être victimes d'ostracismes, un témoin révèle qu'il a vu croisé le meurtrier, et l'a suivi en douce, sans se faire remarquer, ni parvenir à voir son visage. Mais dorénavant, on sait où il se trouve: l'Assassin habite au 21, Russel Square. Problème, le 21 Russel square est l'adresse d'une pension , où résident un grand nombre de personnes, tous plus farfelus les uns que les autres: Mrs Hobson, la patronne coeur d'artichaut;  Mary la domestique au sommeil lourd; Miss Pawter, qui invente des slogans idiots pour une agence de publicité; Miss Holland, vieille dame qui écrit des contes de fée du coté de la gent féminine. Et, pour les messieurs: le Dr Hyde, ancien médecin cynique, sinistre et boiteux qui a un casier judiciaire - surnommé bien sur "prof. Jeckyll" ; Mr Collins, discret représentant bègue; Mr Andreyev, russe, charmeur invétéré dont le passe-temps est la broderie; le professeur Lalla- Poor, prestidigitateur hindou; le major Faichild, ancien militaire de l'arme coloniale raide comme un piquet; et le couple Crabtree, un monsieur effacé, complètement sous la coupe de son autoritaire épouse. Selon toute vraisemblance, l'un d'eux est Mr Smith, l'un des hommes d'après le témoin. Mais qui?

Les choses en sont à ce stade, lorsqu'un nouveau pensionnaire, archéologue français venu étudier au british museum est assassiné le soir même de son installation. Avant de mourir, il a eu le temps de graver sur la table en français" il b..".. alors il boîte? il bégaye? il brode? ou encore autre chose. Les trois principaux suspects sont donc interrogés, tour à tour, puis disculpés, car Mr Smith, facétieux, prend plaisir à provoquer la police en commentant de nouveaux crimes pile pendant les interrogatoires.
Alors qui est le coupable?

L'assasin est donc un roman policier belge mais qui a très très bien compris l'humour anglais. car outre une intrigue policière plutôt pas mal ficelée, c'est aussi un feu d'artifice d'humour absurde, qui ressemble à s'y méprendre à de l'authentique non-sens à l'anglaise. Ici, un témoins que l'on retrouve perché dans un réverbère et qui insulte la police pour se faire arrêter. Là,  une galerie de gens parfaitement loufoques. Des policiers tous plus farfelus les uns que les autres. Provocation de l'auteur envers le lorsqu'il prétend éclaircir toute l'intrigue en décrivant une partie de bridge, pour conclure: si vous ne connaissez pas le bridge, ça n'a pas d'importance, de toutes façons, les indices sont disséminés partout ailleurs, vous pouvez bien résoudre l'enquête sans ça ( ou quelque chose d'approchant!)

J'avais déjà lu ce livre il y a trèèèès longtemps , j'avais oublié la fin, et je confirme, même en ne connaissant rien au bridge, l'habitude aidant, j'avais fini par cerner la solution :D
 Mais c'est un roman à lire, bien mené, que j'ai pris beaucoup de plaisir à relire, en grande partie grâce à son côté volontiers absurde du genre

"Il était cinq heures du matin, ce 28 janvier 193., et le constable descendait lentement Quater Street quand il s'arrêta, interdit. A moins de cinq mètres de lui, un homme le regardait venir avec intérêt, perché sur un réverbère comme si c 'était ni plus ni moins qu' un cocotier.
" Bon! pensa Beecham, le premier moment de surprise passé. Le type est fin
soûl! "
Et, comme de juste, cela l'inclina à l'indulgence."


Humour absurde, enfin, seulement lorsqu'il n'est pas noir ou cynique.

Enquête n°7: résolue!
Quelques mots maintenant sur le Film de Clouzot. De mémoire, car je n'ai pas pu le revoir, c'est un bon film, mais il prend énormément de libertés avec le roman: l'action est transposée à Paris, l'assassin est rebaptisé Durand, mais surtout, l'intrigue fait intervenir M. Wens l'inspecteur récurrent des autres romans de Steeman, qui pourtant ne figure pas dans celui là. C'est M. Wens qui prend pension au 21, avec son encombrante et bruyante petite amie nommée Malou, afin de mener l'enquête de l'intérieur. Donc, de manière très différente par rapport à l'original. La raison est relativement simple, le film date de 1942, et juste un an avant, Le dernier des Six, adapté d'un autre roman de Steeman avait fait un gros succès. Or, c'est M. Wens qui mène l'enquête dans les Six. Donc, pourquoi changer une recette qui a fait ses preuves: on remanie l'intrigue pour faire intervenir le personnage, on rengage l'acteur qui jouait le rôle, et ça tombe bien, c'était Pierre Fresnay, immense vedette de l'entre-deux guerres ( Marius, dans la trilogie de Pagnol), on rajoute la râleuse Malou, jouée par Suzy Delair ( chanteuse-danseuse et actrice très célèbre également à l'époque, et je vois à l'heure où j'écris, qu'elle est toujours vivante, et qu'elle à eu 97 ans en décembre dernier, on en apprend tous les jours), et le tour et joué. Ca ne veut pas dire que ce soit un mauvais film, bien au contraire, mais juste très différent
 Et M.Wens déguisé en pasteur m'a l'air d'être un discret clin d'oeil à Drôle de Drame et au personnage d'évêque de Louis Jouvet.. que j'essayerais de revoir et de chroniquer en bonus de fin au chalenge tiens!


ah et j'oubliais: j'ai aussi rejoint le challenge (illimité!) de littérature francophone du blog " au bonheur de lire", et justement en janvier-février, la Belgique est à l'honneur.. (rha, j'y retournerais volontiers!)

lundi 14 octobre 2013

Bruxelles Midi - Collectif

Suite à ma première incursion chez les auteurs de nouvelles wallons, voilà un second recueil, toujours chez Onlit, toujours gratuit et toujours en version électronique.

10 nouvelles, éditées en 2012, dont le thème commun est "Bruxelles Midi" (le nom d'une des gares de Bruxelles, la gare "internationale" en fait, celle où arrivent les Thalys). Cette fois ce n'est pas un recueil lié à un concours comme " entre chien et loup", donc pas de prix à la clef. On y suit donc badauds, voyageurs, prostituée, SDF.. dans une gare la plupart du temps prise comme allégorie de la rencontre, du déplacement.. ou de l'immobilisme au contraire, de la fin du voyage pour une SDF qui ne peut pas aller plus loin par exemple.

O y trouve donc :
cette odeur inventée du chocolat- Daniel Adam ( un homme se remémore la manière dont il a été plaqué plusieurs années plus tôt à la gare. L'odeur du chocolat qui flottait alors - il y avait une fabrique de chocolat près de la gare- et le train lui même lui rappelle toujours ce mauvais souvenir),
 Paroxysme - Veronique Bergen ( la déambulation d'une prostituée ukrainienne dans le quartier de Midi),
Elle n'existe pas - François Bon (peut être la seule nouvelle qui parle de la gare en tant que lieu en fait.. un lieu "qui n'existe pas", puisqu'il est en majeure partie souterrain, la vie y est cachée en sous-sol, comme une partie cachée de l'iceberg),
 Evidemment je n'ai rien vu - Frederic Bourgeois ( la nouvelle que j'ai préféré: on y parle de la gare..en partie au travers de l'expérience d'un rat qui y vit, et d'une mésaventure causée par un humain, qui va bouleverser sa vie de rat ),
 Alexandra, revue et corrigée -Patrick Delperdange ( un narrateur qui fantasme sur Alexandra, la fille qui travaille à la boulangerie de la gare),
Adagio en sol-mineur - Christophe Ghislain ( l'errance d'un meurtrier  qui a prévu de tirer au hasard dans la foule de la gare... très original aussi),
Lubie Chick - Madeleine Hargan ( cette fois, c'est  une femme névrosée qui traîne dans la gare, attendant que quelque chose de surprenant se passe)
#transactionencours - Edgar Kosma ( la gare, lieu de rendez-vous pour une vente de vélo par petite annonce, qui prend une tournure surréaliste)
Femme qui parle avec les genoux - Milady Renoir ( la gare vue par une vieille SDF qui n'en bouge pas.. la nouvelle que j'ai le moins appréciée, trop de jeux de mots tirés par les cheveuxn, de créations lexicales par très bien amenées à mon goût en fait, ça noie le sujet)
Dendermonde, aller simple - Régine Vandamme ( l'envie de partir n'importe où, de prendre un billet au hasard pour changer de décor, en espérant changer les choses par la même occasion)

Au final, j'ai moins apprécié ce recueil que Chien et Loup. Le thème de la gare - et une gare très précise en plus- est plus limité sans doute, donc on a moins d'approches différentes, la preuve est que les 2 nouvelles que j'ai préférées sont celle sur le rat et celle sur le meurtrier. Enfin, j'ai lu le recueil le mois dernier, et ce sont les seules (avec transactionencours) dont j'ai encore une net souvenir.. j'ai du feuilleter à nouveau les autres pour en parler, alors que je me souviens pas mal de celles de l'autre recueil.. La plupart de celles-là sont plus anodines. Je déteste dire quelque chose comme ça, mais voilà, pour 7 nouvelles sur 10; la sauce n'a pas pris: trop attendu, allégoriques, mais d'une allégorie peu surprenante.. donc, je conseille plutôt Chien et Loup à ceux qui voudraient tenter l'un des deux recueils.
12/24: pile la moitié

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