vendredi 30 mars 2018

opération... et maintenant, je parle de mes nichons sur le web!

Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'autre chose que lecture, films et musique.

Il y a quelques temps, j'ai vaguement parlé, ici ou là, d'une opération au printemps, sans entrer dans les détails, mais en disant que la convalescence allait me laisser un peu de temps pour la lecture et les films, chose qui manquait cruellement depuis quelques temps.

Mais je n'avais pas précisé plus. Sauf que je me dis que pas mal de lecteurs sont des lectrices, qui peuvent aussi avoir le même genre de problème que moi, et qui peuvent être intéressées par un témoignage.

La chose pour laquelle j'ai été opérée n'est pas grave en soi, rien de vital et j'aurais très bien pu continuer à vivre très longtemps comme ça, sauf que... ça me pourrissait littéralement l'existence depuis la 5°: hypertrophie mammaire. Je vais donc parler de mes seins sur la toile. Donc si ça ne vous intéresse pas, vous êtes libres de zapper ce sujet.

LE PROBLEME:

Entre l'été dernier, au moment ou le projet a enfin pris une sorte de réalité quand j'en ai parlé à mon médecin traitant et maintenant, je  suis passée par tout un tas d'états mentaux: n'en parler à personne hormis ma mère parce que ça ne concerne personne d'autre que moi; puis en parler à mi-mot à mes collègues (femmes) de travail avec qui je m'entendais bien; et à la chef pour lui dire qu'il y aurait "probablement" une opération au printemps, lui expliquer.. et voyant que tout était bien reçu, en parler de plus en plus franchement, en voyant qu'on ne se foutait pas de ma fiole.

Honnêtement, ça n'aurait pas été le cas dans mon ancien service, où tout le monde déblatérait sur tout  et surtout sur les faits et gestes des autres, et où sans rien demander, j'avais eu droit à des " tu as de la chance, tu as une grosse poitrine, les hommes te regardent" par des collègues jalouses de mon 105 F naturel.. qui ne me croyaient pas quand je leur disait que loin d'être une chance, pour moi c'était plutôt une honte ultime, que je me passerais bien des regards qui me mettent mal à l'aise, d'être considérée comme une paire de seins sur pattes, que j'avais de fait beaucoup moins de succès qu'elles ne se l'imaginaient, et que je me passerait surtout des torticolis et problèmes d'épaules à répétitions causés par ces... melons.
Et en plus c'était la galère et la ruine pour trouver des soutien-gorge n'ayant le choix qu'entre les modèles de grand-mère ou les modèles d'arrière-grand-mère.
Et même pas au rayon sport, puisque pour la santé faut faire du sport-> pour faire du sport, faut un soutien-gorge adapté-> ha non, y'en a pas au delà du bonnet D. La quadrature du cercle.

Donc de semaine en semaine, j'ai fini par en parler... à tout le monde, hommes, femmes, proches moins proches. Parce qu'au final, je me suis dit que, tant que je m'auto-censurais en me disant que c'était un peu la honte de parler ouvertement de mes nichons à des gens, rien ne changerait.
Et que je n'avais aucune raison de ne pas répondre franchement à la question " tu te fais opérer de quoi?". Parce que je voulais que les gens prennent conscience que ce n'était pas une lubie pour être plus sexy, plus attirante ou que sais-je mais surtout un VRAI problème, avec des répercussions de santé, que peut-être ils n'auraient pas imaginé, et que si ça faisait reconsidérer la chose à ne serait-ce qu'une seule personne, ça serait pas mal.
Parce que oui, on peut ne pas être concerné soi même parce qu'on est un homme ou une femme sans ce problème, et simplement ne pas y avoir réfléchi... et avoir cependant une soeur, une fille, une mère, une cousine, une copine etc.. pour qui ça sera une galère quotidienne , et qui n'osera pas en parler par crainte des remarques déplacées

Censurer tout ça, c'était cautionner le regard "seins = truc sexuel", en parler librement, c'était conduire l'interlocuteur-trice à déplacer le regard dans la zone " seins = partie du corps comme une autre". Si la personne en face est gênée, c'est son problème en fait pas le mien, et ça en dit beaucoup plus long sur elle et ses préjugés que sur moi.

On m'a donc enlevé 590g de poitrine de chaque côté, le 19 mars dernier, donc quasiment 1,2 kilos de poitrine. C'est loin d'être un record, mais depuis je revis. Exit le 105 F, me voilà revenue à un beaucoup plus raisonnable 100 C,

Je ne regrette absolument pas d'avoir pris la décision de passer sur le billard, après l'avoir repoussée depuis 20 ans.

D'une part parce que les choses ont été très dures mentalement, surtout au collège et encore un peu par la suite. Je suis passée de pas de seins du tout en 5° à un bonnet D dès la 3°. Avec les remarques bien fines qu'on peut supposer de la part de collégiens en pleine poussée d'hormones pour qui " camion pouet-pouet" était la blague la plus drôle du monde ( avec sa variante  " tu connais "Elvis Presse-les"?) et de collégiennes jalouses là encore, de ce qu'elles fantasmaient dans leur petites cervelles.

D'autre part parce que.. aïe. Les cervicales allaient de plus en plus mal, et je n'avais aucune envie de finir avec un rhumatisme chronique d'ici quelques années. Sans compter le ridicule qu'il peut y avoir à devoir tenir ses nichons dans ses mains lorsqu'on court pour attraper le bus. Ou de taper involontairement sur le clavier sans les mains au travail. Ou d'allumer la plaque de cuisson en me penchant au dessus. Ou de se prendre toutes les poignées de porte parce qu'on a mal jaugé la distance. Je vous laisse apprécier le tableau.

LA SOLUTION

Donc concrètement, comment ça s'est passé?

J'ai commencé à évoquer le sujet avant l'été avec mon médecin traitant, qui m'a demandé de revenir à la rentrée, juste histoire de voir si mon idée tenait la route, si ça n'était pas une lubie. Et faire un bilan de santé au bout duquel il a donné son aval ( en disant " dans ton cas, il n'y a pas de contre-indication, tu m'aurais dit vouloir te faire gonfler la poitrine,j'aurais cherché à savoir pourquoi,mais là ta demande est légitime".. oui il me traite depuis les 8 ans, j'en ai 41, donc il me tutoie, c'est normal)
A l'issue de quoi; il m'a envoyée chez le chirurgien avec une lettre. Il y a 4 chirurgiens qui s'en occupent sur ma ville, il m'a donc envoyée chez celui qu'il considérait le plus sérieux.

Rendez-vous mi-janvier, le chirurgien me prévient honnêtement qu'il n'est pas conventionné et qu'il me restera à payer 1800€ de ma poche, et que si je voulais, je pouvais avoir la même opération gratuitement à l'hôpital, car ma demande est tout à fait dans le cadre médical, et remboursable par la sécu.
J'ai attendu 20 ans pour ça, j'ai attendu d'avoir des sous, et je fais toute confiance à mon médecin traitant pour la raison sus mentionnée: il me soigne depuis plus de 30 ans. Mais j'ai le choix, et il n'a pas essayé de me vendre " de force" d'autres services. Donc tant pis pour les sous, j'ai prévu large, je choisi cette option. La date d'opération est donc fixée au 19 mars, ce qui me laisse le temps  de prévenir ma chef, pour qu'elle trouve quelqu'un pour me remplacer le temps de l'opération et de la convalescence, et de passer les examens nécessaires ( mammographie, analyse de sang, rendez-vous anesthésiste, achat des pansements et du soutien-gorge de contention..)

L'opération elle même dure environ, quasiment en ambulatoire ( rentrée le lundi à 11h00 sortie le mardi à peu près à la même heure), et j'ai vu d'énormes progrès par rapport à ma précédente opération ( ablation de la vésicule biliaire  10 ans plus tôt): maintenant on vous propose une culotte d'opération en non-tissé, ce qui permet de ne pas passer 24h00 les fesses à l'air, l'anesthésiste a bien pris en compte mes difficultés lors de précédentes anesthésies générales, où j'ai vomi tripes et boyaux ( désolée!), à cause du machin-profène utilisé pendant l'opération. Dès qu'il y a -fène quelque chose dans un médoc, c'est la nausée assurée) et a ajouté à son cocktail de molécules un anti nauséeux, ce qui fait que j'ai beaucoup, mais alors beaucoup mieux vécu le réveil, sans manquer m'évanouir 3 fois en allant aux toilettes, en en vomissant juste une petite fois.

La douleur post opératoire aussi, est beaucoup mieux prise en compte.
Donc si vous repoussez une opération quelle qu'elle soit à cause de l'anesthésie, ben voilà: les choses se sont beaucoup améliorée depuis 10 ans.
Et au réveil, tadam! un énorme pansement bien raide en forme de soutien-gorge, qui est enlevé heureusement le lendemain pour d'autres plus modestes.

oui j'ai pris une photo pour montrer à la base à ma mère et mes amis, mais voilà ce qui vous attend si vous subissez ce genre d'opération. C'est très raide. Et très désagréable à enlever surtout quand on a une peau sensible,  faut le savoir. Les pansements suivants sont beaucoup plus raisonnables en taille, mais pas forcément moins pénibles à enlever.

S'ensuivent quelques semaines de convalescence ( 3 pour moi, car il m'arrive de porter du poids au travail, et je m'y rends à vélo, et ça.. Nein! Niet. Dame desu! Ca aurait été plus probablement 2 semaines si je n'avais pas été quasi sure d'être seule au travail sans personne pour m'aider à porter des trucs), pansement à domicile quotidiennement par une infirmière, retrait des points. Le truc relou: devoir garder nuit et jour le soutien-gorge de contention pendant un mois, et mal dormir, parce que je ne vous le cache pas, quand on a tendance à bouger beaucoup en dormant, la douleur réveille et j'ai du transformer mon lit en montagne de coussins pour être calée de tous les côtés.

Faut juste prévoir des activités calmes pour les semaines là, de la lecture, écouter de la musique, ne pas faire de sport..( yep.. consignée à la maison: je peux enfin rattraper mon retard en films, séries, et me remettre à niveau en langues étrangères..et faire au passage une petite cure de repos parce que les derniers mois ont été nerveusement compliqués au boulot )

LA SUITE:


Et donc voilà, on m'a enlevé les points hier, le 29/03 donc, 10 jours après opération..oui, j'ai un facteur de guérison façon Wolverine, ce n'est d'ailleurs pas toujours un avantage dès que ça implique des points. C'est assez compliqué de faire comprendre que oui, je cicatrise trèèès vite et qu'une durée " normale" pour quelqu'un d'autre est trop longue pour moi, retirer les points devient alors très difficile et douloureux. Mais le chirurgien a finalement accepté de me recevoir 6 jours plus tôt que prévu, a constaté que je ne pipeautais pas,  et à enlevé les points. Comme je suis très chanceuse ( gag!) il en reste 2 qu'il n'a pas vus à cause du sang séché, une infirmière va me les enlever ce soir, pour ne pas attendre mardi prochain, puisque We prolongé, le chirurgien n'est pas là plus tôt ( re-gag!). Enfin, déjà,sans (la majeure partie des) points ça va beaucoup mieux, je peux me re-doucher normalement, me laver les cheveux, bouger sans craindre de tirer dessus et de me blesser. Ou de marcher sur des oeufs en évitant tout le monde pour ne pas risquer d'être bousculée.

Le résultat est.. je l'avoue, surprenant.
Il va me falloir quelques temps pour m'habituer: que les cicatrices diminuent, que les énormes bleus et les gonflements disparaissent et pour m'habituer à l'idée de ne pas avoir une poitrine qui pendouille. Je n'ai jamais connu ça, et du coup ça donne un peu l'impression d'avoir de faux seins au bord de l'explosion, mais tenus par un soutien gorge invisible ( ce qui est tout à fait ça, à cause des points internes qui vont se résorber d'eux-mêmes.. je suis prévenue qu'il faut bien 6 mois pour que le résultat prenne une forme stable.

Mais ça, vous ne le verrez pas! :D

vendredi 23 mars 2018

12 contes de Guyane - Yves-Marie Clément

Dans la foulée de mon voyage sur ce bout de France sud-américaine il y a 2 ans, j'avais ramené ce petit livre, en attendant une occasion de le lire. Elle est toute trouvée.
Après la neige de Sibérie, direction la chaleur de la forêt équatoriale.

Le livre est en fait un recueil de contes de diverses origines, car la population guyanaise est d'origines variées suite aux différentes vagues de migrations, et répartie sur un vaste territoire ( le département à lui seul a une surface proche du quart de celle de la métropole).

On y retrouve donc des histoires wayana et galibi ( ethnie améridiennes), noir-marron (  groupes descendants des esclaves africains) et créoles ( descendants d'européens et métis). Encore qu'après des siècles de métissage, bien malin qui peut dire qui descend de qui...

Donc pour se faire une idée, une carte:


Le territoire wayana se trouve sur le haut du fleuve Maroni ( qui sépare la Guyane du Suriname), les noirs-marrons plus bas en direction de l'embouchure, les indiens Galibi juste à côté de l'embouchure vers Mana et Awala-Yalimapo - j'aime ce nom!- et les créoles répartis dans les villes côtière.

Je n'ai pas eu la possibilité hélas de m'aventurer vraiment dans les terres,  un peu moins de 3 semaines, mine de rien c'est court, je suis restée près de la côte: Cayenne, Kourou, Sinnamary, Iracoubo, Saint Laurent et Cacao, c'est déjà pas mal. Mais franchement, j'ai adoré ce voyage, et j'espère bien avoir l'occasion d'y retourner et d'aller un peu plus dans les terres la prochaine fois.

C'est parti pour 12 contes guyanais, qui mettent souvent en vedette la faune locale: jaguars, serpents, tortues, araignées, pécaris, singes..

Les contes Wayana:
-" Pourquoi les morts ne reviennent jamais au pays des vivants": un vieil indien qui va mourir demande à être crématisé ce qui, il l'espère , lui permettra de revenir vivre parmi les vivants. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et le village n'est pas vraiment ravi de ce retour spectral.

-"Makali et l'Anaconda" raconte comment les humains et les serpents sont devenus ennemis: un serpent a mis enceinte une jeune indienne le jour de son passage à l'âge adulte ( l'anaconda guyanais a semble-t-il  la même compétence que les serpents mythiques du Japon: pouvoir prendre une apparence humaine pour tromper les gens)

Un conte Galibi " la naissance des pakiras" nous raconte l'origine des pakiras ( pécaris): un vieil indien ( encore) envoie son beau-fils dans la forêt pour lui ramener un gibier "qu'il n'a jamais goûté" , or le pépé a déjà goûté tout ce qu'on peut imaginer en matière de bestioles de la jungle.
Le beau-fils rencontre un chasseur inconnu, qui lui fournit ce qu'il cherche: un pakira, alors inconnu dans le coin, contre la promesse que seul le vieux en mangera, et personne d'autre.
On sait ce qui se passe dans ce cas là: le gendre respectera l'interdit.. mais pas le reste du village. Qui va subir le même sort que les parents de Chihiro dans le dessin animé de Miyazaki. Car le chasseur inconnu est probablement un Yolok, un esprit de la forêt, qui avant enchanté le gibier.

ouf, je n'aime beaucoup pas la viande, je n'en ai pas mangé, j'ai évité d'être changée en pécari!
 Krik! ( en métropole, la phrase qui ouvre un conte est " il était une fois", les conteurs créoles attirent l'attention, apprend-on en préambule, en prononçant" Krik" à quoi l'auditoire répond "Krak!", c'est parti pour les contes créoles.

- Compère Mulet et Compère Cheval narre la triste histoire du cheval et du mulet d'Augustin Cetout de Cayenne. Leur maître fait preuve de beaucoup d'injustice: le cheval a droit à tous les égards, le mulet, bête de somme, n'est bon qu'à travailler sans jamais obtenir d'aide de son camarade.. qui regrettera  amèrement d'avoir été si fier lorsque le mulet meurt de fatigue et qu'il doit prendre le relai.

- Le héron et la sarigue nous explique pourquoi les hérons se perchent sur une seule patte: un fermier de Saint Laurent du Maroni lassé de voir les sarigues lui manger ses poules engage un héron de garde car le chien n'arrivait pas à contrer les sarigues. Les deux animaux particulièrement malins développent vite une rivalité, chacun cherchant à tromper l'autre: les hérons apprennent à se tenir sur une patte, puisque les sarigues cherchent à se venger d'un oiseau à deux pattes.

Une sarigue, plus connue sous le nom d'opossum: oui il faut imaginer cette petite bestiole en redoutable croqueur de poules
- la vengeance de la tortue: cette fois c'est le roi de Cayenne qui a un souci de poulailler: le jaguar lui croque toutes ses poules, et il promet une belle récompense à qui l'en débarrassera. C'est une astucieuse tortue qui va trouver la solution ( et par la même occasion se venger du jaguar  qui se moque d'elle et de sa lenteur). Où on apprend au passage que la tortue a des compétences légendaires de cuisinière, et que ses crabes farcis flambés au rhum sont connus dans toute la région.

- la splendeur du coq: on retrouve le jaguar, roi de la forêt, bien en peine car il s'est coincé une arête dans le gosier au cour d'un banquet. Il lui faudrait boire une bonne quantité d'eau pour la déloger mais les animaux de sa cour ont trop peur des esprits des eaux ( en fait des insectes sur la rive) pour aller en chercher. Le coq,volatile au plumage terne, qui ne craint pas les insectes puisque lui et sa famille s'en régalent depuis toujours. En échange du service rendu, le coq se verra doté du titre de roi de la basse cour et d'un plumage magnifique.

Contes noirs-marron: ils mettent souvent en avant un héros récurrent nommé Anansi, homme ou homme araignée, qui a une certaine parenté avec les légendes africaines.

- La ruse d'Anansi: Le roi de Guyane, vieillissant, ( son espèce n'est pas précisée cette fois) convoque ses sujets -animaux et leur promet la main de sa fille, et le trône à la clef, à qui lui ramènera le plus beau bateau imaginable.Impossible pour tout le monde, sauf pour Anansi rusé ( et très peu honnête!), qui accepte le défi, mais demande au roi de lui donner un grain de maïs. Descendant le Maroni en Pirogue, il va peu à peu échanger ce grain contre des biens de plus en plus précieux ( poule, cochon, vache, etc..) jusqu'à entrer en possession du fameux bateau.

- Anansi et Monsieur Dédé: Monsieur Dédé dans les contes noir-marron représente i plus ni moins que l'esprit de la Mort (oui, Dédé, ça ne fait pas trop peur, mais c'est apparemment une déformation du mot "dead"). Anansi cette fois est un chasseur humain,qui trouve de moins en moins de gibier. Il découvre un jour son voisin, le mutique monsieur Dédé, qui a fait une razzia de gibier qu'il est en train de boucaner a cette époque la mort ne s'occupait pas des humains, seulement des bestioles de la forêt, mais par la faute d'Anansi qui s'est mêlé des affaires de Dédé, ce n'est plus le cas. Et depuis ce jour, Dédé attend patiemment pour tous nous boucaner à notre tour...

-Macaque et Caïman: un macaque affamé en quête de nourriture trouve un arbre couvert de fruit sur l'autre rive d'une rivière: mais la rivière est en crue et le singe ne sait pas nager. Mais les singes sont malins, et le macaque demande de l'aide pour traverser au caïman qui barbote, en lui promettant un autre service à l'occasion: Catastrophe! Arrivé au milieu de la rivière le caïman dit que sa femme est malade et qu'il a besoin d'un coeur de singe pour préparer le remède. Par chance l'arbre porte de gros fruits rouge, le singe prétend donc que ceux de son espèce ne trimballent pas leurs coeurs tout le temps avec eux, mais les lavent régulièrement et les suspendent aux arbres pour les mettre à sécher. et bien malin qui fera descendre un singe d'un arbre une fois qu'il s'y est perché.

- Singe rouge et Singe noir: les kwata ( singes araignées noirs ) et les babounes ( singes hurleurs roux ) se détestent. Mais il n'en a pas été toujours ainsi.Ils s'entendaient bien, malgré leurs caractère opposés, et leurs couleurs alors inversées, jusqu'au jour où pour les beaux yeux d'une guenon qui voulait le voir en rouge, le fêtard baboune a emprunté le costume rouge du kwata mais ne le lui a pas rendu dans le délai imparti. Depuis leurs couleurs sont inversées.. et les deux s'évitent comme la peste.

-Lessa, née de l'écume: Koba, une petite fille qui n'a ni frère ni soeur s'ennuie.Un jour,alors qu'elle aide ses parents à faire la vaisselle à la rivière avec un gros savon, elle trouve la mousse brillante très jolie avec ses reflets irisés et la ramène chez elle dans un seau, avant de retourner chercher la vaisselle. Lorsqu'elle revient dans sa chambre, la mousse s'est changée en petite file, qui lui dit être sa soeur, et s'appeler Lessa. Les parents l'adoptent et Lessa leur explique qu'il ne faudra jamais l'appeler " écume", sinon elle se retransforma en mousse. Tout se passe bien, jusqu'à ce qu'évidemment, Koba laisse échapper le mot fatidique lors d'une dispute.
Autre version

Voilà, 12 textes, c'est peu, mais c'est déjà une découverte sympathique des contes méconnus d'outre-mer, volontiers glauques et cruels d'un point de vue métropolitain, il faut le dire, particulièrement les cultures améridiennes ou noir-marron qui n'ont pas le même tabou sur la mort que celui qu'on trouve souvent en Europe: pas de happy-end pour adoucir la conclusion.

Pour les curieux,voici d'autres textes guyanais en libre accès.

Le même éditeur, flammarion jeunesse propose d'autres recueils venus d'autres régions de la planète, j'avoue que je suis assez tentée par les contes africains et ceux du Tibet.


Oué! Doublette mois des contes et légende, et thématique " contes" du challenge Amérique du sud et Latine,car oui, même si elle n'est pas hispanophone ou lusophone, la Guyane est en Amérique du Sud, donc ça compte :)
Et en plus, c'est le même blog qui organise re :)


mardi 20 mars 2018

C'est le printemps!

20 mars, donc officiellement oui, c'est le printemps ( l'équinoxe a eu lieu vers 16h15, par là...)
Et mois des contes et légendes oblige, et puisque j'ai déjà plus ou moins parlé d'Ostara , la représentation germanique du printemps ( Ostara -> Easter, Ostern la fête a gardé dans son nom l'origine païenne dans le monde germanique), il y a Maïa en Grèce antique ( fêtée en mai, là aussi le nom du mois a gardé la trace de la déesse à laquelle il était dédié), Perséphone est aussi liée à l'idée du printemps, Chloris ( chloros= vert ) et Flore chez les romains.

Donc des femmes, des plantes, de la verdure, de petits animaux qui commencent à se montrer, plus ou moins tôt selon les régions.

Mais puisque j'étais du côté de la Russie ces temps-ci, j'y reste , parce que ENFIN, une autre représentation que la fille avec un bouquet de fleurs.
Et là, c'est pour nous, amies lectrices  ( ou peut-être certains lecteurs, après tout, hein, chacun et chacune son kif).
Je ne vous cache pas que plutôt que l'accorte jeune femme, mes préférences me portent vers le sympathique personnage qui va suivre.

Je vous présente donc Yarilo, dieu  du printemps de la mythologie slave avec un peu d'avance puisque climat oblige, la fête russe du printemps tombait le 1° juin ( en fait, le dieu en question était fêté à plusieurs reprises de fin février, date de sa supposée naissance, jusqu'au solstice d'été, date du "mariage mystique " du dieu avec Morana la déesse de l'hiver et de la mort - qui est aussi sa soeur au passage, une constante dans toutes les mythologies. Au fait, il y a un paquet de dieux solaires chez les slaves, pas toujours évident de s'y retrouver avec Dajbog, Khors, Koupalo, Svetovid... On sent que les gens se languissaient de la lumière et de la belle saison...)



Dieu du printemps, donc, logiquement, de la végétation, du bétail, de la fertilité, du renouveau, du soleil...mais aussi des galipettes dans la verdure si vous voyez ce que je veux dire. Dieu des forces vitales et de la nature, c'était inévitable.
Mais on ne cocufie pas impunément la déesse de la mort.

Ce qui lui vaut donc d'être trucidé et découpé en rondelles par sa femme et frangine, qui prend très mal la chose... mais culpabilise le reste de l'année ( d'où l'automne et l'hiver, c'est Morana qui regrette son acte, pendant que Yarilo fait des allers-retours entre le monde des vivants et celui des morts, d'années en années. Faut dire qu'elle n'y est pas allée de "main-morte", et va jusqu'à se construire une maison avec les morceaux de son mari-frère. Oui, elle peut s'en vouloir, c'était quand même un poil exagéré comme vengeance pour une paire de cornes!)

Des thèmes communs avec d'autres mythologies donc, le meurtre d'Osiris, l'enlèvement par le dieu du monde des Morts ( qu'on retrouve dans l'histoire de Perséphone avec les allez-retours dans l'au-delà au rythme des saisons), des attributs proches de Baldr en Scandinavie, une soeur jumelle comme Apollon également dieu solaire...



Mais cette fois, il s'agit d'un charmant monsieur pas farouche du tout, monté sur un cheval ( ce qui lui a valu lors de la christianisation du monde slave une assimilation avec saint Georges), voire qui est parfois représenté sous la forme d'un cheval ( et là aussi, ça rappelle quelqu'un). Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai une soudaine envie de me convertir au paganisme, qui sait, p't'être que ça suppose d'aller visiter les meules de foin en compagnie d'un dieu slave très avenant. 

Je vous vois venir. Pour aller chercher des oeufs, bien évidemment. C'est d'ailleurs bientôt Pâques chez les chrétiens non?
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Ok, j'avoue, j'avais vraiment envie de faire ce jeu de mot inter-linguistique olé-olé, va pour le mini cours de langue: plus encore qu'en français, le mot " oeuf" en russe est un gros double-sens, quand c'est employé familièrement, ça ne désigne ABSOLUMENT pas une décoration hors de prix signée Fabergé. Mais ça reste dans l'idée d'un précieux héritage familial, v'voyez?

Aheum.

Donc, c'est aussi pour moi l'occasion de vous faire découvrir un groupe de Pagan-metal russe, que j'aime beaucoup, et dont le morceau le plus connu fait référence justement au dieu Yarilo et aux anciennes fêtes du printemps. 
Attention, la chanteuse dépote terriblement, la première fois que j'ai entendu le morceau à la radio ( je vous ai déjà parlé de clair -obscur sur radio Raje ), j'ai cru que c'était un duo, mais.. non.
Cette nana a une énergie communicative, ça m'éclate totalement. Bon elle risque vite d'être totalement aphone, mais tel quel j'aime bien.
 Dédié à tous ceux qui pensent que le seul metal qui peut plaire aux femmes, c'est le symphonique ou les trucs rêveurs qui parlent d'amour et  -un peu- de mort.



Apparemment l'intégration vidéo déraille donc clic clic. Et pour une traduction en anglais du texte, c'est ici ( désolée je n'ai pas en français, mais c'est compréhensible)

Et maintenant le sujet qui fâche:  car comme ce qui se passe dans les pays du nord autour de la mythologie scandinave, je dois dire que les folklores et emblèmes païens slaves ne sont pas repris que par des groupes de metal, mais aussi hélas par des groupes politiques identitaires, et donc il y a le risque une fois de plus de passer pour limite réac à dire qu'on aime le pagan metal ( alors que c'est aussi réducteur que de dire que tous les skinheads sont néonazis, juste parce que c'est la fraction qui se fait remarquer et qui est le plus souvent mise en avant dans les médias). Ceux qui me suivent et ou me connaissent IRL savent que ça n'est absolument pas mon genre, bien au contraire, c'est justement parce que je suis curieuse de tout que je vais voir ce qui se passe hors des arbitraires frontières du pays où le pur hasard m'a faite naître.

Et oui je suis capable d'enchaîner un sujet musical sur des morceaux très sentimentaux de Tchaïkovsky et de parler ensuite de Metal. Même pas peur. Sauf de Morana, parce que quand même sa colère est redoutable. Va falloir redoubler de prudence pour la chasse aux ... oeufs :D

samedi 17 mars 2018

Les deux Ivan (contes russes)

Toujours dans ma logique Hiver Russe, que je fais durer tant que possible et puisque c'est le mois des contes, je vous présente 2 héros très connus, qui partagent le même prénom.

Tout d'abord il y a le versant populaire: Ivan-dourak ( Ivan le sot, ou le crétin.), 3° fils d'un paysan, et bon à rien patenté, qui passe sa journée à glandouiller près du poêle.  Il  réussit parfois des choses quand il daigne se donner du mal, mais plus par chance ou par hasard que par réelle compétence.


En fait plus que crétin, il est surtout du genre.. dingue.  Il suit sa pensée biscornue qui le pousse à faire des choses qui n'ont pas de bon sens, mais avec une certaine logique très personnelle: on l'envoie au marché acheter une table, il revient sans la table: en comparant avec son cheval qui peut marcher seul, il en déduit que la table, puisqu'elle a 4 pattes, rentrera bien toute seule s'il la met sur le chemin. Ou jette de la nourriture à son ombre: si elle le suit partout, c'est qu'elle a faim, et donc s'il lui donne à manger, elle lui fichera la paix...

Malheureusement, les "prouesses"de ce personnage bizarre sont difficiles à trouver en ligne, et les traductions les font plutôt ressembler un catalogue d'anecdotes sans queue ni tête ou de proverbes décousus. Attention, je vous préviens, cet Ivan là a une nette tendance à martyriser les animaux ( en même temps, vu la manière dont ses frères passent leur temps à lui casser la gueule à chaque fois qu'il fait une ânerie, il peut difficilement être équilibré. Bonjour la famille dysfonctionnelle. Enfin,autres temps autres moeurs)

Cependant,j'ai réussi à trouver un conte complet, Sivka Bourka, où Ivan le sot, parce qu'il est le seul à respecter les rites funéraires demandés par feu son père, va gagner un cheval magique, offert par le fantôme du paternel au seul fils qui respecte sa promesse.
Et réussit donc, de péquenaud peu présentable et glandeur qu'il est, à se hisser au rang de beau-fils du tsar, et même à avoir une certaine tenue à partir du moment où on le traite correctement. Mais il va quand même buter 3 chevaux dans la manoeuvre et je n'arrive pas à comprendre la logique là-dedans ( manque dans la traduction? Implicite qui remonte à la nuit des temps et aux sacrifices d'animaux?)

Passons à l'autre Ivan qui a droit  beaucoup plus de ressources en ligne que son homonyme: Ivan -tsarevitch, soit Ivan-fils-de-tsar. De suite, ce n'est plus le même standing.

Ivan-tsarevitch est riche, noble, bien éduqué, mais n'a pas grand espoir d'être un jour tsar étant lui aussi le 3° de sa famille, si le destin ne lui donne pas un coup de pouce. Il n'est pas toujours très malin lui non plus,  et même parfois franchement bêta, mais au contraire du premier Ivan, il est travailleur et de bonne volonté, contrairement  à ses deux brutes de frères qui font tout pour en faire le moins possible en récoltant les lauriers. Et quand je dis tout, ça va jusqu'au meurtre. Ouil, le malheureux Ivan va finir découpé en morceaux dans plusieurs histoires. MAIS, comme il est gentil avec les animaux de la forêt ( LUI! ), il se  retrouve avec un bon paquet d'alliés non humains et qui le sortent de toutes les épineuses situations, y compris lorsque qu'un vilain sorcier le coupe en morceau, met les morceaux dans un tonneau et jette le tonneau à la mer.. C'est mignon les contes...

Oui, Ivan-tsarevitch pourrait être aussi surnommé Ivan-la-poisse, parce que ceux qu'il doit affronter ne sont ni plus ni moins  que sorcière  Baba-Yaga et le sorcier Kochtchei l'immortel.
Plus que réellement immortel il a scellé sa mort dans tout un tas de dispositifs de sécurité: au bout d'une aiguille, cachée dans un oeuf, l'oeuf dans une cane, la cane dans un lapin, le lapin dans un coffre, le coffre entouré de chaines et enterré sous un arbre, le tout dans une île isolée au milieu d'un lac au bout du bout du monde. Il faut casser l'aiguille pour le tuer. BOSS FINAL!
J'avais entendu cette histoire quand j'étais toute jeune, et elle m'avait marquée sans que je me souvienne exactement d'où ça venait.

Les contes le mettant en scène sont plus faciles à trouver , car elle reprennent le schéma héroïque classique et ont donc été plus adaptées au théâtre, en musique etc... ( va faire un ballet entier avec un benêt qui jette du pain à son ombre) ou comme motifs décoratifs de petites boîtes en papier laqué. J'en ai une chez moi représentant l'Oiseau de Feu, sujet fétiche de la ville de Palekh, je vous laisse admirer l'artisanat

Et donc on va trouver Ivan Tsarevitch dans 3 histoires très connues:


La grenouille tsarine: le père d'Ivan et ses frères décide de marier les 3 rejetons en laissant le hasard décider: chacun va tirer une flèche en l'air et épouser celle qui va la ramasser. Les deux ainés ont de la chance car ce sont des femmes riches et de la haute société qui les ramassent. Pour Ivan, c'est une grenouille qui ramasse la flèche. Mais le tsar n'en démord pas: le fait d'être une grenouille n'est pas disqualifiant.




Et va pousser le cynisme jusqu'à faire passer des épreuves de couture et de cuisine à ses belles-filles, histoire de ridiculiser Ivan et sa grenouille.
Petit détail qui change tout, et qui ne semble avoir étonné personne, la grenouille parle. C'est évidemment une magicienne, nommée Vassilissa l'astucieuse, qui a été transformée en grenouille par son père le sorcier Kochtchei, parce qu'elle est TROP maline. Et c'est grâce à la cervelle de Vassilissa et à l'aide des animaux qu'il a accepté d'épargner qu'Ivan va se sortir de cette situation étrange ( parce que tout seul, ahem.. il est plutôt du genre gaffeur!)

Maria Morevna ( Maria de la mer): Cette fois l'ami Ivan n'a pas 2 frères mais 3 soeurs qui se sont, elles mariées à des animaux: un faucon, un aigle et un corbeau respectivement ( des magiciens capable de se transformer en oiseaux, vous l'aurez deviné). Voulant leur rendre visite, il tombe sur une armée en déroute qui vient d'être écrasée par Maria Morevna, aussi fine stratège que guerrière redoutable.



Et en amour comme à la guerre, Maria attaque la première et sans sommation: Ivan lui plaît, elle l'épouse sur le champ, le colle à l'intendance du domaine et repart guerroyer.

Sauf que comme un autre personnage de conte, Maria cache un secret dans une pièce, et elle a bien recommandé à Ivan de ne pas y entrer. Vous devinez la suite ( non elle n'a pas planqué les cadavres de 12 précédents maris). Ivan entre, gaffe encore une fois, et libère le sorcier Kochtchei, encore lui, que Maria avait fait prisonnier. Evidemment, il va vouloir se venger, et là encore il va falloir l'aide d'animaux ( les beaux frères cette fois) et l'astuce de Maria, séquestrée à son tour par le sorcier, qui loin d'être une passive victime, soutire des informations capitales à Kochtchei afin de les donner à Ivan en douce.

le sorcier Kochtchei ferait son petit effet à Halloween

J'ai lu cette histoire pour la première fois, je devais avoir une douzaine d'années, et bien entendu elle m'a beaucoup marquée. Une héroïne à poigne qui a oublié d'être bête, même à cette époque, c'était suffisamment peu commun pour me plaire. Oui facilement mon favori, tout contes confondus, et pas seulement russes.

L'oiseau de feu: le plus connu des trois, ne serait-ce que par la musique de scène d'Igor Stravinsky pour le ballet du même titre.
Vous croyiez que j'allais vous laisser tranquille avec la musique? C'est mal me connaître! Déjà parce que j'adore l'intro ( tout dans les graves, et oui... basson... et je peux vous dire que j'ai vu la partition, et c'est tout sauf facile, et les bassons ont une très grosse partie solo, pas question de la louper.



Et pourtant il y a quelques différences entre l'argument du ballet ou de la suite orchestrale.
Déjà Kachtchei ( encore?! Ca fait deux fois qu'on te tue,l'immortel!) n'y apparait pas, contrairement à l'adaptation. Dans le conte, l'oiseau qui mange nuitamment les pommes du tsar est l'animal de compagnie d'un autre tsar. Mais il fallait concentrer l'action je suppose et lui donner un côté plus fantastique, tout en rendant la chose scéniquement réalisable en 1910.Ainsi il n'y a pas la série de voyages d'Ivan à dos de loup, exit Hélène-la-belle ( tant mieux, c'était surtout Hélène la potiche, mais le loup me manque)

Donc un oiseau " de feu" ( ne me demandez pas ce que c'est, je suis nulle en ornithologie) mange les pommes d'or du jardin du tsar Demian. Le tsarevitch Ivan réussit cependant a attraper l'oiseau par la queue, mais l'oiseau s'enfuit en lui laissant seulement une plume comme pièce à conviction. Voyant la jolie plume, le tsar décide d'envoyer ses fils attraper l'oiseau qui appartient à Afrone, tsar du pays voisin, quitte à le voler.




Face à un choix absurde: mourir, souffrir de la faim ou perdre son cheval, Ivan choisit logiquement la dernière solution, son cheval sera mangé par un loup,qui, en échange le guidera vers l'oiseau, et lui prodigue de bons conseils.. qu'Ivan, en bon gaffeur, ne suit pas: passe discrètement chez le tsar machin, attrape l'oiseau, mais n'emporte pas la cage-> ha mais sans cage je ne peux pas emporter l'oiseau et puis la cage est jolie->déclenchement d'un système d'alarme qui réveille tout le monde-> capture d'Ivan qui échange sa liberté et l'oiseau en cadeau contre la mission d'aller récupérer le cheval d'Afrone chez le tsar d'à côté-> surtout ne te fais pas prendre comme un bleu-> re-gaffe-> re-mission-> re-voyage->re-gaffe..
Sérieusement, c'est presque un gag à ce niveau, tellement il y a de quêtes imbriquées, j'attends "l'oiseau de feu, le jeu vidéo".

Jusqu'au moment où il doit enlever Hélène la potiche la belle pour le compte d'un autre tsar, mais envoie le loup à sa place pour éviter une gaffe, Hélène s'évanouit à la vue du loup, et hop, chargée comme un paquet sur le dos du loup chevauché par Ivan. Et comme elle a un syndrome de Stockholm foudroyant, se rendant compte que sur le loup, il y a un charmant ( et riche) monsieur, elle en tombe amoureuse aussi sec. Le fait qu'elle ait été enlevée de force... bah, non pourquoi, c'est important?

non seulement le loup arrive à porter 2 personnes sur son dos et à courir, mais en plus c'est vraiment le personnage plus intelligent de toute l'histoire.

Vous la sentez la déception? Oui, après Maria de l'histoire précédente, ça fait mal. Hélène, c'est l'équivalent local de la belle au bois dormant, 2 lignes de dialogue et encore moins d'utilité. Oui je préfère encore pas de personnage féminin dans l'histoire qu'une nana qui ne sert absolument à rien.
Je note par contre que si elle s'évanouit parce qu'elle voit un loup, sa réaction quand on décapite quelqu'un sous ses yeux et qu'on lui pointe une épée sur le ventre est de " crier et sangloter"  Revois tes priorités, et cooooooooours!
Ou au moins évanouis -toi de choc, cette fois ça serait logique..
Mais décidément le loup est génial.

Voilà, 4 contes qui ont en commun le nom du héros. A l'origine j'aurais voulu parler de Vassilissa Mikoulichna, personnage de "chevalière" issue d'une épopée, capable de battre les hommes à la fois par la ruse et par la force, à l'escrime autant qu'aux échecs, et qui se fait passer pour un homme et ce afin de libérer son ( crétin de) mari emprisonné... Et cette histoire qui inverse les références habituelles ne date pas d'hier ( les premières transcriptions datent du début du XIX° siècle, mais les histoires se transmettait oralement depuis des siècles, donc peuvent être beaucoup plus anciennes. En tout cas celle de Vassilissa est supposé se passer aux alentours de l'an mil et du règle de Vladimir I°, authentique roi de Kiev qui est à l'histoire de la Russie un peu ce que Charlemagne est à celle de France)
Mais impossible de trouver les sources complètes, et je n'ai pas le niveau pour aller lire de la poésie épique directement en Russe. Dommage.
A défaut, j'ai quand même pu caser Vassilissa l'astucieuse et Maria la guerrière.


mardi 13 mars 2018

Minuit à Serampore - Mircea Eliade

écrit en 1940, catégorie " les classiques c'est fantastiques"
Puis, tiens, Mircea Eliade est né le 13 mars 1907, je programme le sujet pour ses 110 ans

Faut que je vous raconte la petite histoire derrière cette (re)lecture
En commençant à faire du tri pour mon futur déménagement, figurez vous que je suis retombée sur un .. heu.. opucule photocopié datant de la fac. Je sais , le photocopillage tue les livres, il n'empêche que le prof lui même s'en foutait, puisqu'il a eu pitié de nos comptes en banques d'étudiants fauchés et avait tout photocopié pour l'ensemble de ses élèves. Et avec un sourire en coin, je me suis dit que j'allais le relire, parce que je me suis souvenue du contexte de cette lecture, plus que du texte lui même...

Contexte donc: En séminaire de maîtrise, littérature du XX° siècle, le prof avait eu comme dada cette année là les littératures de l'étrange, et, donc nous distribue ce texte à lire pour la semaine d'après.
Ok, pas de soucis.
J'arrive la semaine suivante et ma copine et voisine de table me glisse tout bas " tu as compris quelque chose?".. "heu non, pas vraiment...", "moi non plus ça craint..."
Premiers mots du prof: " est-ce qu'il y en a parmi vous qui ont compris quelque chose au texte que je vous ai donné à lire". Quelques mains plus ou moins hésitantes se lèvent, puis d'autre, et au final, on est peu nombreux à ne pas lever la main.
" Bon, ben, laissez moi-vous dire qu'en fait, si vous avez compris quelque chose, c'est vous qui avez trop d'imagination, il n'y a rien à comprendre!". Regard en coin avec Lauriane, et soupir soulagé de celles qui se disent " en fait on est moins bêtes que ce qu'on croyait, et on a l'honnêteté de nos opinions".

On est toujours en contact, elle et moi, et cette anecdote revient parfois lors de nos discussions...

Et donc, j'ai voulu savoir si, maintenant, soit quasiment 15 ans plus tard, je comprendrais quelque chose ou pas.

Voilà donc le récit, par Mircea Eliade, d'une étrange aventure , dans l'Inde coloniale. Eliade, je le connaissais surtout à l'époque comme mythologue, philosophe, linguiste.. donc plutôt en tant qu'auteur de non-fiction. Mais il a donc écrit quelques romans. Mais je ne jugerais pas ses talents de romancier sur ce seul ouvrage, pas mal écrit, mais qui manque quand même d'un fil conducteur.

Donc 3 européens, le narrateur roumain, un savant russe nommé Bogdanov, et un hollandais nommé Van Manen, ont sympathisé dans l'Inde des années 20, et en plus de travailler ensemble, vont souvent passer des soirées à refaire le monde dans la propriété d'un 4° européen, à refaire le monde autour d'une bouteille, près de la bourgade de Serampore.
Un soir, alors qu'ils rentrent pas un chemin qu'ils connaissent par coeur, il se perdent, ou plutôt la route ne semblent plus mener nulle part. Descendant de voiture, ils vont être témoins auditifs et oculaires d'un crime: appel au secours d'une femme que l'on attaque, puis, toujours cherchant leur chemin arrivée dans une grande maison en pleine jungle, qu'ils n'ont jamais vue de jour. Il s'avère qu'il s'agit de la maison de la femme qu'ils ont entendue crier, son cadavre est ramené alors qu'ils cherchent eux-même du secours pour s'orienter.
Impossible de rester dans ces conditions là, on repart à l'auto sur la grand route.. sauf qu'il n'y a plus ni auto, ni grand route. ils erre jusqu'à l'aube et se réveillent finalement dans un champ, ou s'arrêtent les traces de pas. Pas de maison, pas de jungle, pas de femme assassinée. Pis, ils sont à deux pas de la propriété, d'où ils sont partis, mais le chauffeur de la voiture nie les avoir conduits, et jure par tous les dieux de l'Inde ne pas avoir bougé de la cour.
Chacun va donc essayer de trouver une explication à ce mystère: hallucination collective? d'autant que la veille en venant , ils ont croisé un professeur indien qu'ils connaissent et qui est réputé s'adonner au tantrisme ( perçu par eux comme un rite mystérieux, hermétique, donc forcément malsain, à la limite de la sorcellerie, parce qu'on dit que.. blablabla)
Un voisin interrogé leur explique que le crime qu'ils relate est bien connu dans la région, à la limite de la légende, on en a fait des chanson.. mais ça s'est passé 150 ans plus tôt...
Donc pour eux, c'est sûr: le professeur est responsable de ça, il leur a fait voir une situation du passé en les ensorcelants.

De mon côté, je trouvais l'hypothèse d'un voyage dans le temps plus crédible en fait. Ou la vision de fantômes, mais non, ils vont vraiment chercher midi à 14h00 pour charger le type qu'ils n'aiment pas!

Jusque là encore, ça va c'est logique, plus ou moins, mais l'épilogue qui suit est.. portenawak, faisant intervenir un ascète capable de susciter des visions/ appeler les fantômes/ ouvrir des portes dimensionnelles?

Comment dire, j'aime bien l'ambiance mystérieuse du récit, c'est bien écrit, parfois presque poétique... au point que j'ai eu envie par moment de le lire à haute voix,  mais le récit lui même est assez raté, la narration n'est pas très maîtrisée, et au final.. il n'y a rien à comprendre, sauf qu'il se passe(ait?) des choses étranges dans la forêt indienne des années 1920.
Mon avis est donc le même qu'il y a 15 ans: par moment on a l'imoression de mettre le doigt sur quelque chose, qui ferairt dire que c'est une nouvelle fantastique, ou de SF. que c'est une histoire de fantômes, ou de sorcellerie. Ou de voyages dans le temps ou les dimensions. Mais Eliade ne semble pas avoir lui-même décidé où il veut en venir.. et c'est dommage.

Lecture clin d'oeil à Sylvain et Lauriane et en souvenir Monsieur Petr, dont j'ai appris la mort il y a 2 ans, et qui fait partie des professeurs qui m'ont laissé un  bon souvenir, même si ses cours étaient parfois assez pagaille. Le bonhomme avait quelque chose qui attirait la sympathie, même lorsqu'on était en désaccord avec lui, bordélique, mais accessible et humain. C'est ce qui m'a marquée, je crois. J'étais en section FLE, nous étions 2 seulement a avoir choisi son cours comme option, et nous n'avions pas de mémoire à soutenir, juste un dossier à faire, j'avais choisi un recueil de poèmes d'Eluard, ma camarade, je ne sais plus.. et au lieu de la soutenance relou ou de l'oral devant la classe, ça avait été une sorte de mini soutenance dans son bureau, à nous 3, .. qui avait vite tourné à la conversation tranquille et au débat d'idées... et moi qui ait horreur des oraux, j'en ai gardé un bon souvenir, et rien que pour ça, des années après, je garde une affection un peu amusée pour ce prof un peu troll, capable de nous faire lire des textes qu'il trouvait moyens juste pour voir nos réactions. Et qui préférait nous entendre dire, des choses éventuellement naïves ou avec lesquelles il n'était pas d'accord, pourvu qu'elles sortent de nos cervelles et pas d'un recueil d'annales ( car oui, j'ai connu des étudiants de maîtrises qui recrachaient encore les "Balises" et autres " profils d'une oeuvre".

Allez, une autre anecdote:
Un élève passait un oral devant la classe entière. Qu'il a simplement organisé du type " Untel , sa vie son oeuvre". Une heure d'oral d'un ennui profond,c onclue par Monsieur Petr par une remarque du type: "  je suis obligé de vous mettre une mauvaise note, en dernière année de maîtrise, il faut quand même se donner un peu plus de mal que " untel sa vie son oeuvre", on n'est plus au lycée.Au fait, la semaine prochaine, ce n'est pas moi qui ferai cours nous recevons monsieur - disons Jones-  spécialiste mondial de Mauriac, qui fera une conférence."

La semaine suivante, arrivée de Mister Jones, qui prend ainsi la parole, avec un accent à couper au couteau " Mowriac, sa vie, son oeuwre.."
Regards de toute la classe braqués sur le prof qui ne savait plus où se cacher. Je ne sais pas si le type de la semaine d'avant est allé par la suite lui demander des comptes... :D

In memoriam le prof que nous surnommions affectueusement, bien évidemment " Petrouchka". Lui même a écrit des choses... que je n'ai jamais eu l'occasion de lire, faudra que je tente le coup à l'occasion.

Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture