mardi 13 mars 2018

Minuit à Serampore - Mircea Eliade

écrit en 1940, catégorie " les classiques c'est fantastiques"
Puis, tiens, Mircea Eliade est né le 13 mars 1907, je programme le sujet pour ses 110 ans

Faut que je vous raconte la petite histoire derrière cette (re)lecture
En commençant à faire du tri pour mon futur déménagement, figurez vous que je suis retombée sur un .. heu.. opucule photocopié datant de la fac. Je sais , le photocopillage tue les livres, il n'empêche que le prof lui même s'en foutait, puisqu'il a eu pitié de nos comptes en banques d'étudiants fauchés et avait tout photocopié pour l'ensemble de ses élèves. Et avec un sourire en coin, je me suis dit que j'allais le relire, parce que je me suis souvenue du contexte de cette lecture, plus que du texte lui même...

Contexte donc: En séminaire de maîtrise, littérature du XX° siècle, le prof avait eu comme dada cette année là les littératures de l'étrange, et, donc nous distribue ce texte à lire pour la semaine d'après.
Ok, pas de soucis.
J'arrive la semaine suivante et ma copine et voisine de table me glisse tout bas " tu as compris quelque chose?".. "heu non, pas vraiment...", "moi non plus ça craint..."
Premiers mots du prof: " est-ce qu'il y en a parmi vous qui ont compris quelque chose au texte que je vous ai donné à lire". Quelques mains plus ou moins hésitantes se lèvent, puis d'autre, et au final, on est peu nombreux à ne pas lever la main.
" Bon, ben, laissez moi-vous dire qu'en fait, si vous avez compris quelque chose, c'est vous qui avez trop d'imagination, il n'y a rien à comprendre!". Regard en coin avec Lauriane, et soupir soulagé de celles qui se disent " en fait on est moins bêtes que ce qu'on croyait, et on a l'honnêteté de nos opinions".

On est toujours en contact, elle et moi, et cette anecdote revient parfois lors de nos discussions...

Et donc, j'ai voulu savoir si, maintenant, soit quasiment 15 ans plus tard, je comprendrais quelque chose ou pas.

Voilà donc le récit, par Mircea Eliade, d'une étrange aventure , dans l'Inde coloniale. Eliade, je le connaissais surtout à l'époque comme mythologue, philosophe, linguiste.. donc plutôt en tant qu'auteur de non-fiction. Mais il a donc écrit quelques romans. Mais je ne jugerais pas ses talents de romancier sur ce seul ouvrage, pas mal écrit, mais qui manque quand même d'un fil conducteur.

Donc 3 européens, le narrateur roumain, un savant russe nommé Bogdanov, et un hollandais nommé Van Manen, ont sympathisé dans l'Inde des années 20, et en plus de travailler ensemble, vont souvent passer des soirées à refaire le monde dans la propriété d'un 4° européen, à refaire le monde autour d'une bouteille, près de la bourgade de Serampore.
Un soir, alors qu'ils rentrent pas un chemin qu'ils connaissent par coeur, il se perdent, ou plutôt la route ne semblent plus mener nulle part. Descendant de voiture, ils vont être témoins auditifs et oculaires d'un crime: appel au secours d'une femme que l'on attaque, puis, toujours cherchant leur chemin arrivée dans une grande maison en pleine jungle, qu'ils n'ont jamais vue de jour. Il s'avère qu'il s'agit de la maison de la femme qu'ils ont entendue crier, son cadavre est ramené alors qu'ils cherchent eux-même du secours pour s'orienter.
Impossible de rester dans ces conditions là, on repart à l'auto sur la grand route.. sauf qu'il n'y a plus ni auto, ni grand route. ils erre jusqu'à l'aube et se réveillent finalement dans un champ, ou s'arrêtent les traces de pas. Pas de maison, pas de jungle, pas de femme assassinée. Pis, ils sont à deux pas de la propriété, d'où ils sont partis, mais le chauffeur de la voiture nie les avoir conduits, et jure par tous les dieux de l'Inde ne pas avoir bougé de la cour.
Chacun va donc essayer de trouver une explication à ce mystère: hallucination collective? d'autant que la veille en venant , ils ont croisé un professeur indien qu'ils connaissent et qui est réputé s'adonner au tantrisme ( perçu par eux comme un rite mystérieux, hermétique, donc forcément malsain, à la limite de la sorcellerie, parce qu'on dit que.. blablabla)
Un voisin interrogé leur explique que le crime qu'ils relate est bien connu dans la région, à la limite de la légende, on en a fait des chanson.. mais ça s'est passé 150 ans plus tôt...
Donc pour eux, c'est sûr: le professeur est responsable de ça, il leur a fait voir une situation du passé en les ensorcelants.

De mon côté, je trouvais l'hypothèse d'un voyage dans le temps plus crédible en fait. Ou la vision de fantômes, mais non, ils vont vraiment chercher midi à 14h00 pour charger le type qu'ils n'aiment pas!

Jusque là encore, ça va c'est logique, plus ou moins, mais l'épilogue qui suit est.. portenawak, faisant intervenir un ascète capable de susciter des visions/ appeler les fantômes/ ouvrir des portes dimensionnelles?

Comment dire, j'aime bien l'ambiance mystérieuse du récit, c'est bien écrit, parfois presque poétique... au point que j'ai eu envie par moment de le lire à haute voix,  mais le récit lui même est assez raté, la narration n'est pas très maîtrisée, et au final.. il n'y a rien à comprendre, sauf qu'il se passe(ait?) des choses étranges dans la forêt indienne des années 1920.
Mon avis est donc le même qu'il y a 15 ans: par moment on a l'imoression de mettre le doigt sur quelque chose, qui ferairt dire que c'est une nouvelle fantastique, ou de SF. que c'est une histoire de fantômes, ou de sorcellerie. Ou de voyages dans le temps ou les dimensions. Mais Eliade ne semble pas avoir lui-même décidé où il veut en venir.. et c'est dommage.

Lecture clin d'oeil à Sylvain et Lauriane et en souvenir Monsieur Petr, dont j'ai appris la mort il y a 2 ans, et qui fait partie des professeurs qui m'ont laissé un  bon souvenir, même si ses cours étaient parfois assez pagaille. Le bonhomme avait quelque chose qui attirait la sympathie, même lorsqu'on était en désaccord avec lui, bordélique, mais accessible et humain. C'est ce qui m'a marquée, je crois. J'étais en section FLE, nous étions 2 seulement a avoir choisi son cours comme option, et nous n'avions pas de mémoire à soutenir, juste un dossier à faire, j'avais choisi un recueil de poèmes d'Eluard, ma camarade, je ne sais plus.. et au lieu de la soutenance relou ou de l'oral devant la classe, ça avait été une sorte de mini soutenance dans son bureau, à nous 3, .. qui avait vite tourné à la conversation tranquille et au débat d'idées... et moi qui ait horreur des oraux, j'en ai gardé un bon souvenir, et rien que pour ça, des années après, je garde une affection un peu amusée pour ce prof un peu troll, capable de nous faire lire des textes qu'il trouvait moyens juste pour voir nos réactions. Et qui préférait nous entendre dire, des choses éventuellement naïves ou avec lesquelles il n'était pas d'accord, pourvu qu'elles sortent de nos cervelles et pas d'un recueil d'annales ( car oui, j'ai connu des étudiants de maîtrises qui recrachaient encore les "Balises" et autres " profils d'une oeuvre".

Allez, une autre anecdote:
Un élève passait un oral devant la classe entière. Qu'il a simplement organisé du type " Untel , sa vie son oeuvre". Une heure d'oral d'un ennui profond,c onclue par Monsieur Petr par une remarque du type: "  je suis obligé de vous mettre une mauvaise note, en dernière année de maîtrise, il faut quand même se donner un peu plus de mal que " untel sa vie son oeuvre", on n'est plus au lycée.Au fait, la semaine prochaine, ce n'est pas moi qui ferai cours nous recevons monsieur - disons Jones-  spécialiste mondial de Mauriac, qui fera une conférence."

La semaine suivante, arrivée de Mister Jones, qui prend ainsi la parole, avec un accent à couper au couteau " Mowriac, sa vie, son oeuwre.."
Regards de toute la classe braqués sur le prof qui ne savait plus où se cacher. Je ne sais pas si le type de la semaine d'avant est allé par la suite lui demander des comptes... :D

In memoriam le prof que nous surnommions affectueusement, bien évidemment " Petrouchka". Lui même a écrit des choses... que je n'ai jamais eu l'occasion de lire, faudra que je tente le coup à l'occasion.

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