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vendredi 29 novembre 2019

Quand passent les cigognes ( long métrage 1957)

Voilà un film que ma mère avait vu il y a très très longtemps, et qu'elle avait beaucoup aimé, dont elle avait parlé avec mon correspondant et binôme de sous-titrage quand il est venu nous voir.

Donc puisque le cinéma d'art et d'essai le rediffusait, hop, j'embarque ma mère, on va voir le film!

Attention DRAME et FILM DE GUERRE. Autant le mettre en gros pour ceux qui seraient rétifs aux films tristes et aux scènes de guerre.

Le point traduction: le titre original Летят журавли, signifie" les grues volent". Probablement trop peu poétiques, les animaux ont été changés, le titre a été adapté. C'est un peu tiré par les cheveux pour le rendre plus vendeur, mais en l'occurrence, il n'y a pas de gros problème, c'est en référence au poème que récite l'héroïne à plusieurs reprises, peu importe dans le fond de quels oiseaux migrateurs il s'agit, tant qu'ils symbolisent les soldats partis au front dont on attend le retour.

Détail à noter:le film est ressorti en version remasterisée le 8 et 9 mai. Ce n'est pas une approximation.
Le 8 mai c'est l'armistice en Europe de l'ouest, le 9 c'est le jour de la Victoire en Russie.
La capitulation a été signée peu avant minuit à Berlin, mais c'était déjà le lendemain en Russie pour cause de décalage horaire.

Et donc, le film, réalisé en 1957, raconte en fait ce qui se passait en Russie, 15 ans plus tôt: la mobilisation de forces vives de la nation, sur le front est contre l'Allemagne nazie, et les difficultés quotidiennes de ceux restés à l'arrière.
Car en Europe de l'Ouest, on l'oublie trop souvent, mais la seconde guerre mondiale impliquait un autre front, de l'autre côté, en Europe centrale et de l'Est. Et les pays concernés ont subi d'énormes pertes humaines et matérielles (il n'y a qu'à voir le bilan de la bataille de Stalingrad).

J'aime ce genre de cadrages, vous ne pouvez pas savoir à quel point!

Pourtant tout commençait bien, en 1939: Veronika, surnommée Bielka (écureuil, ce détail va avoir son importance) par son fiancé Boris, prend la vie avec légèreté, malgré la menace de la guerre. Elle est Boris s'adorent, ils vont se marier, l'avenir leur sourit. Boris vit dans un appartement avec ses parents, sa soeur, sa grand-mère et Mark, son cousin, qui est vraiment très lourd et harcèle Veronika en espérant qu'elle le choisisse lui, plutôt que son cousin.
Mais lorsque la guerre éclate, Boris se porte volontaire pour partir au front, chose qu'il a bien évidemment caché à Veronika et à sa famille. Et part donc pile le jour de l'anniversaire de Veronika, lui laissant comme cadeau et souvenir un écureuil en peluche, qui tient un panier de noisettes. Il a caché sous les noisettes un mot d'adieu, que Veronika ne trouvera pas. Ce sera la dernière fois qu'ils se verront.


Quelques temps plus tard, nouvelle perte pour elle: alors que ses parents l'ont poussée à aller s'abriter dans le métro, lorsqu'elle ressort, son immeuble est détruit, ses parents sont morts, elle est contrainte de trouver refuge chez les parents de Boris qui l'accueillent volontiers.elle n'a plus comme souvenir de son passé que l'écureuil en peluche quelle emmène partout avec elle. Alors qu'elle a quasiment perdu le goût de vivre, nouveau coup dur, lors d'une attaque aérienne, Mark profite de sa dépression et de sa terreur pour la violer.
Oui je vous l'ai dit, c'est un DRAME.


Et à l'époque, que fait on pour sauver son honneur? Soit on se suicide, soit on épouse son agresseur. C'est ce que Veronika fait, car elle espère encore revoir Boris vivant, bien qu'elle soit très fortement tentée parla première option et on la comprend. D'autant que la soeur de Boris et son père - qui ne savent pas la vraie motivation de ce mariage très peu heureux - la voient maintenant comme une traitresse qui n'a même pas attendu une annonce officielle de mort ou de disparition.

Toute la famille partira ensuite à l'arrière en Sibérie, car le père de Boris est médecin, et va donc s'occuper de soigner les blessés. Veronika suit donc tout le monde, s'implique dans l'aide aux blessés, va encore être tentée par le suicide, mais finit pas réagir le jour où son enflure de mari lui vole son écureuil pour l'offrir à sa maîtresse. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle va enfin trouver la lettre cachée sur peluche, la lettre tant attendue, qu'elle avait depuis le début.

Et ensuite? Ben... c'est encore plus triste! A peu près au niveau du Tombeau des lucioles, mon mètre-étalon du film lacrymogène.

Mais franchement je vous le conseille, ne serait ce que parce que l'héroïne est un beau personnage féminin, qui même aux pires moments, trouve encore la force de résister au désespoir et s'accroche àtout ce qu'elle peut. Parce que l'actrice, Tatiana Samoïlova, est très convaincante dans ce rôle difficile. Que l'oncle Fiodor est aussi un personnage intéressant. Que les cadrages et la réalisation sont somptueux, les plans et les mouvements de caméras sont largement en avance sur leur temps, la profondeur de champ est digne d'Orson Welles ou de Fritz Lang, et ce n'est pas peu dire.

Plastiquement, c'est magnifique.

pas besoin de gros effets pour signifier la guerre , le siège, les difficultés
Et cet écureuil en peluche est trop chou, d'autant qu'il y a aussi quelqu'un que je surnomme "l'écureuil" à part moi, donc hautement symbolique pour moi aussi.

 Mais donc, à voir, un excellent film, à vous de voir si vous êtes du genre à pleurer au cinéma ( parce que là,c'est mal parti pour garde votre dignité en public.Ce n'est pas mon cas et pourtant, j'ai eu du mal à ne pas déprimer. Même là, en y repensant et en tapant, j'ai un peu le moral à zéro!)

lundi 18 novembre 2019

Лучше,чем люди (série TV, 2018)


Une fois n'est pas coutume, on va parler d'une série TV. Oui, mais une série TV russe. Forcément, je reste dans la droite ligne de mes études et je multiplie les supports.16 épisodes d'une heure ça fait 16h00 à entendre la langue et c'est précieux quand on étudie à distance. Accrochez vous ça va être long, puisque je parle de la série entière, ses qualités, ses défauts, les personnages ...

En fait au résumé sur Allociné qui nous parle d'une famille qui se retrouve avec un robot tueur comme femme de ménage, je croyais à un remake russe de Akta Manniskor/Real Humans. Hé non, c'est une erreur de la part d'Allociné.

Distribué à l'international sous le titre "Better than us" que je trouve un peu fade  par rapport l'original. " Mieux que nous", mais qui " nous"?
"Mieux que les humains/les gens" c'est la traduction la plus claire du titre d'origine.


Le début part en effet sur le même principe: dans quelques dizaines d'années, les robots humanoïdes feront partie intégrante du paysage. Il y en a de toutes sortes, aides pour personne âgées, assistants pour les travaux lourds, compagnie pour esseulés,  et bien sûr robots sexuels.
Il y a bien une frange de la population, les" liquidateurs"qui s'opposent à cette invasion aux cris de " Vivent les vivants", mais il sont assez mal vu du reste de la population, car ils volent, et cassent les robots,  et l'opposition reste minoritaire.
Donc jusque là, effectivement, quelque chose de très proche de la série suédoise.

Mais celle-ci est assez maligne pour ne pas copier à 100% et s'oriente très vite sur un scénario moins social, et plus policier, avec références à la corruption du monde des affaires...
Par contre comme il y a beaucoup de personnages, certains il est vrai peu utiles et qui font hélas partir l'histoire dans un scénario à tiroir.. ou au contraire pourraient amener une seconde piste intéressante qui n'est pas développée, c'est parfois dur à suivre et la série n'est pas exempte de défauts.

Donc tout commence lorsque Viktor Toropov, homme d'affaires très peu recommandable à la tête de l'entreprise Cronos, spécialisée en robots sexuels, décide d'élargir son public cible. Sous la pression il est vrai de son beau-père, le tout aussi peu recommandable Alexei Lossev, qui dirige une commission ministérielle de robotique.
Le plan est donc de faire créer par Cronos (dont Alexei est le vrai propriétaire, Toropov n'est que son homme de paille)  une nouvelle gamme de robots assistants de vie pour retraités, afin de mettre en place nationalement un plan de départs massifs en retraite anticipée. Les humains pourront se la couler douce si une armée d'employés dociles et qui ne reçoivent pas de salaire les remplace. Et Cronos éliminera la concurrence en anticipant la commande.

Donc un membre éminent d'une commission ministérielle, propriétaire d'une entreprise de robotique, confie en sous-main à sa propre société le développement d'un super robot dans le but de répondre à un futur appel d'offre du ministère. HO le beau délit d'initié!

Mais comme Toropov est un incapable, il commande en toute discrétion un prototype derobot ultra perfectionné en Chine, aux apparences de ahem... disons de call-girl. Il va falloir la remanier pour en faire une digne infirmière pour personnes âgées/ cantinière/ travailleuse/ sociale/ puéricultrice ou tout autre travail respectable.

ce qui n'est pas gagné, vu sa fonction première: une femme robot trop belle et trop compétente ne sera jamais achetée par la moitié de l'humanité qui y verrait une concurrence déloyale
C'est donc l'associé et larbin de Toropov, Igor Maslovsky, ingénieur surdoué de la robotique, qui va se coltiner le sale boulot de devoir trifouiller la mémoire d'Arisa, le prototype, pour la décliner à des millions d'exemplaires plus grand public.
Mais évidemment rien ne se passe comme prévu. Le mode d'emploi est en chinois, il manque des pages,hé oui les gars, fallait pas acheter chez Alibaba! Un employé un peu trop curieux qui essaye de toucher le prototype, et la direction va découvrir que ce robot là n'est pas du tout équipé des limites des lois d'Asimov.
En clair, voilà la société avec un cadavre sur les bras, et Arisa, capable d'une certaine pensée autonome, qui s'enfuit pendant que Toropov fait appel à Gleb son "assistant". Un mafieux qui a la particularité d'avoir organisé le gang des liquidateurs, afin de monter une fausse opposition. Il manipule de vrais paumés, punk, marginaux, chômeurs revanchards remplacés par des robots.. pour créer de toutes pièces le buzz nécessaire au fonctionnement de Cronos. Liquidateurs qui ne sont évidemment pas au courant du double jeu de leur "chef".

Et donc sur ces entrefaites, le cadavre de l'employé étranglé par le robot en fuite arrive à la morgue où travaille Gueorgui, un ancien neurochirurgien brillant mais qui  COMME PAR HASARD a perdu son travail quelques années plus tôt par la faute de Toropov et s'est retrouvé à jouer les médecins légistes à la morgue du coin ( le fils de Toropov était malade, Gueorgui l'a opéré, mais l'opération a été un échec et Toropov s'est vengé en faisant virer Gueorgui, et en mettant à sa place un chef de service plutôt incompétent  mais qui a développé un système mafieux: le malade prêt à payer des honoraires faramineux, de plusieurs millions de roubles,  passera en premier peu importe les cas d'urgence. Les pauvres seront relégués en fin de liste d'attente).
Suite à ça, il a aussi perdu sa famille: sa femme a divorcé, s'est remariée, et veut partir en Australie en obtenant la garde exclusive de leurs deux enfants. Donc des problèmes à tous les niveaux pour lui. Et c'est à ce moment qu'arrive un camion contenant non seulement le cadavre de l'employé étranglé, avec la consigne de classer ça comme crise cardiaque, mais aussi Arisa qui COMME PAR HASARD a profité d'un moment d'inattention pour se glisser hors de la société Cronos par ce biais.

Gueorgui reçoit donc l'ordre par la société de son pire ennemi (avec la menace de perdre cette fois plus que son travail s'il n'obtempère pas) de camoufler ce meurtre en décès naturel. Son erreur étant de ne rien vouloir avoir à faire avec ça, et de faire disparaitre le cadavre avec la morgue en faisant passer ça pour un acte des liquidateurs. Et donc, très mauvaise idée qui a pour effet d'attirer l'attention de la police sur lui. Or l'enquêteur Varlamov a un dossier énorme sur Toropov, Cronos et leurs méthodes mafieuses, sans avoir jamais pu les coincer, puisque la puissante société sait s'y prendre pour lier les langues à grands coups de millions. Et devine bien vite que le pauvre Gueorgui est victime de chantage. Sauf que ben.. interdiction de poursuivre l'enquête, elle touche de trop près à des gens riches et puissants, le flic va devoir ruser.

Mais entretemps, Arisa a rencontré Sonia, la fille de Gueorgui, qui, étant la première à lui parler, a été désignée " premier utilisateur" du robot. Arisa va donc suivre Sonia et s'incruster dans la vie de Gueorgui et ses enfants.
Ce que Gueorgui ne sait alors pas c'est que d'une part, ce robot "illégal" et pot de colle est recherché par exactement la personne qu'il déteste, et qui le déteste le plus au monde. Que le robot est justement le tueur par qui sont arrivés ses problèmes et que la moitié des mafieux de la ville recherche.
Et qu'Arisa, on le saura plus tard, est programmée pour non pas se croire humaine, mais pour être la parfaite "mère de famille".

Elle va donc s'autoproclamer membre de la famille, tout en ayant absolument conscience de sa nature différente, et est prête à tout pour défendre "sa" famille, y compris à faire passer de vie à trépas ceux dont elle estime qu'ils sont un danger, une menace ou une gêne pour "sa famille". Ce qu'est au passage l'ex-femme de Gueorgui, ou toute potentielle rivale sentimentale d'ailleurs.

Cet attachement sauvera la vie de Gueorgui d'ailleurs, lorsque Toropov découvre que c'est lui qui a récupéré le prototype: le seul moyen de faire obtempérer la dangereuse Arisa pour participer à l'appel d'offre du ministère, en forme de jeu télévisé, étant que personne ne touche à SES humains.

Et Gueorgui,son ex femme, les deux enfants et le robot vont devoir cohabiter et donner à longueur de publicités l'image d'une famille unie et heureuse avec leur robot domestique. La réalité étant bien surtout autre: pressions et menaces d'un groupe mafieux les obligeant à cohabiter avec un robot dangereux, jaloux et imprévisible. Vu qu'elle est aussi capable d'assommer quelqu'un de la famille ou de le tyranniser "pour son bien" si c'est ce que son algorithme lui inspire.
La famille idéale: papa et maman ( divorcés forcés de cohabiter) un fils (qui fricote avec les délinquants anti-robots), une fille et..une super-nanny-cuisinière qui peut aussi faire tueuse sans gages si son maître le lui demande
C'était long, mais.. Ce n'est que le début, les quelques premiers épisodes.
Car il y a une foule de personnages secondaires et parfois des relations entre eux un peu artificielles ( mais bon, les deus ex machina de ce genre sont légion dans les séries américaines qui n'ont pas souvent la sagesse de s'arrêter à 16 épisodes!) . C'est parti pour une série de coïncidences connues aussi sous le nom de" grosses ficelles"

- Comme par hasard, Egor, le fils de Gueorgui rencontre Janna, punkette qui travaille dans bar avec son frère Bars, et tout deux sont membres importants des liquidateurs, dont le bar est le QG. Pour essayer de plaire à la jolie Janna, Egor va donc intégrer le groupe de délinquants et se retrouver derrière les barreaux, attirant un peu plus l'attention de la police sur son père.

- Comme par hasard, la petite amie de Bars est l'assistante personnelle de Maslovsky, l'ingénieur exploité par Toropov, et tente tout pour que les liquidateurs viennent mettre le souk chez Cronos.

- Comme par hasard, la présentatrice vedette qui mène les interviews sur le thème de la robotique est Svetlana, la fille de Lossev (revenez au début) et la femme de Toropov. Dépressive depuis la mort de son fils, Maslovsky lui a construit un "Supertoy" pour remplacer le cher disparu, et sa raison menace sans cesse de chanceler sous l'effet conjugué de son père qui la harcèle pour "refaire un héritier" et de son mari qui la déteste et fait tout pour la faire envoyer à l'asile. Conséquence, entre victimes, on s'épaule, on se soutient et bien sûr, Maslovsky est devenu l'amant de Svetlana.

- Comme par hasard, il y a une taupe placée par Gleb chez les flics, qui aura le temps de faire du dégât avant d'être découvert.

- Comme par hasard, il y a Lara, une hackeuse dont on ne sait pas d'où elle vient ni pour qui elle joue Principalement pour sa propre survie: atteinte d'un cancer, elle est condamnée si elle ne trouve pas les 18 millions réclamés par le chirurgien véreux pour l'opérer. Et donc son plan est: draguer Gueorgui, lui soutirer Arisa qu'il ne supporte plus de toutes façons, et la vendre au plus offrant pour payer son opération.

- Comme par hasard, la prochaine tâche que Cronos veut coller à Arisa c'est d'opérer un vrai patient, je ne vous fais pas l'affront de vous dire qui va se porter volontaire contre une opération gratuite et des sous pour sa famille, au cas où Arisa aurait envie de trucider sa rivale en faisant passer ça pour une erreur. Erreur qui arrangerait bien Cronos, la société étant dans l'impossibilité de tenir les promesses mirobolantes faites au ministère par Victor-le-trouduc. Pas'd'bol, Arisa est incapable de faire des erreurs ( ça aurait eu le mérite de débarrasser l'action d'un personnage mal écrit)

Donc voilà, dans l'absolu, il y a vraiment des personnages dont on aurait pu se passer, Lara en tête: elle arrive tardivement dans l'histoire, ne sert qu'à la rendre plus embrouillée, à créer un artificiel triangle amoureux pour éviter que le héros ne développe un penchant pour la mécanophilie -désolée, oui j'ai honte de cette référence :D Elle traîne évidemment outre son cancer, des casseroles familiales dignes d'un roman feuilleton et qui ne font qu'ajouter des personnages inutiles bref, on s'en passerait.

Pareil pour la copine de Bars/assistante de l'ingénieur, ou l'avocate de l'ex-femme.
L'intrigue autour d'Egor et Janna aussi est en trop, il aurait suffi de ne pas se faire croiser ces personnages et .. ça aurait allégé le tout. Pareil pour celle entre Svetlana et Igor, ça n'apporte par grand chose - hormis d'appuyer le fait que Viktor est un trouduc, ce qu'on avait compris depuis sa première apparition -  et ça délaye l'intrigue, faisant passer les problématiques intéressantes au second plan.Y compris le personnage même, pourtant central, d'Arisa, ses capacités, l'avancée technique et la menace qu'elle représente. Le robot, paradoxalement, passe parfois au second plan.

Il n'y a pas que des personnages féminins qui auraient pu être virés ou améliorés: Igor, Alexei, le grand père, le flic qui est assassiné, une bonne partie des liquidateurs ne sont pas assez bien développés pour être intéressants. Egor est assez tête-à-claque, comme peut l'être un ado de 16 ans entre en père à la dérive et une mère poule.
Le copain d'Egor et son père et son robot sexuel, les petits harceleurs du collège, le nouveau mari ne servent à rien du tout.

Pourtant, il y en a que j'aime bien: Janna et Bars, ou plutôt leur relation frère-soeur, Gueorgui ( le mec malchanceux à qui tout arrive et surtout le pire mais qui garde une philosophie de vie à la limite du masochisme) ou même Arisa et ses réactions robotiques, Varlamov, Gleb le mafieux .. ceux-ci sont mieux développés et donc plus intéressants.

A surveiller: l'acteur Aleksandr Kouznetsov (Bars, le punk qui arbore de magnifiques tatouages.. entièrement faux. Apparemment ce sont des motifs collés au pinceau, ça doit chatouiller) Dans tout le casting, il sort du lot: je le trouve très bon, et je pense qu'on reverra assez souvent sa bonne tête et son nez de boxeur.
Enlever quelques personnages secondaires, limiter les intrigues parallèles et rester plus centré aurait été mieux. Mais là, la série veut faire tenir en 16 épisodes une matière trop dense, développer trop d'intrigues et le résultat est curieux: parfois on s'y perd entre qui est qui, qui fait quoi ( franchement j'ai cru un moment que Lara et l'assistante d'Igor étaient une seule et même personne, non, elles sont deux) et par moment de trop longs dialogues sur ces sous-intrigues qui donnent l'impression que le rythme s'enlise. Ca va trop vite et.. pas assez!

Et les derniers épisodes sont un peu mous, d'autant qu'ils laissent une bonne place à la peu intéressante Lara au détriment des autres. Mais bon, quelqu'un au scénario a du se dire" faut finir par une histoire sentimentale, le héros est divorcé et médecin, collons -lui une malade célibataire dans les pattes ". A tout les coups, le personnage a été rajouté tardivement en cours de route quand ils se sont rendu compte qu'il n'y aurait pas d'histoire d'amour, et que ça manquait de bons sentiments d'où ce côté cheveu sur la soupe.
Et la toute fin, genre les 10 dernières minutes, c'est vraiment la flemme absolue (ho purée on a laissé en plan nos personnages, y compris ceux dont tout le monde se fout vite " 3 mois plus tard, que sont-ils devenus..." Genre, tu vas me faire croire que la gamine qui a été abandonnée par sa mère, ne l'a jamais vue, a été élevée toute sa vie par sa grand-mère en croyant qu'elle était sa mère, va en 3 mois non seulement avoir encaissé le coup, accepté les mensonges de sa mère et sa grand-mère et tout le toutim? Un coup à être en thérapie jusqu'à ses 45ans, oui!)
Donc fin à oublier. Trop cucul-la-praline.

Donc des personnages et des pistes intéressants, qui sont un peu délaissés sans aller jusqu'au bout de leur potentiel ( genre "le flicage", tout le monde porte un bracelet électronique qui sert de tout et transforme ton bras en surface cliquable : terminal pour commander sur internet, téléphone, alarme, gps... et tout le monde trouve ça normal)

oui, tu peux même payer tes amendes comme ça... les flics te font banquer et la banque te flique
Mais voilà malgré tout, c'est un réel plaisir que d'avoir vu une série russe, en VO avec ho miracle des sous-titres bien faits et quasiment sans fautes, même s'ils sont trop polis, mettant systématiquement du vouvoiement quand il n'y en a pas. Ces mafieux russes sont décidément très policés.
Et non, твою мать! ne signifie pas gentiment " et merde..." Techniquement c'est " ta mère!" ( oui, on l'a aussi en français) souvent employé comme " va te faire...! ( faire ce que vous voulez, laissez parler la créativité).

Et ce n'est pas comme on pourrait le croire une simple copie de Akta Manniskor. Il y a un côté plus politique, basé sur la corruption, et un angle policier. Là où la série suédoise abordait les choses d'un point de vue social. c'est différents et par bien des points, Akta Manniskor est beaucoup plus réussie.
Mais celle -ci a réussi à m'accrocher avec ses défauts, et son casting de gens normaux ( pas de super canon hormis la parfaite et inhumaine femme robot. D'ailleurs l'actrice, Paulina Andreeva, est très bien et n'humanise jamais trop son personnage qui reste raide et.. robotique. Je suis curieuse de la voir dans une rôle plus " vivant "maintenant. Les autres ont soit des tronches patibulaires, soit des têtes ... normales. Oui, j'ai vu des commentaires sur Allociné qui se plaignaient de ça.)

Alors qu'après 3 épisodes j'ai laissé Westworld en plan faute de temps, sans être spécialement pressée de le reprendre.J'essaierai de la reprendre quand j'aurais plus de temps et demotivation pour écouter un peu d'anglais.

Ceci dit je n'en ai pas fini avec cette série, j'ai encore des pistes pour l'exploiter. Puisqu 'évidemment, mon objectif premier reste linguistique,ce qui aide à mieux passer sur les défauts de la série.

Je n'ai pas Netflix, je l'ai vue en squattant le compte de quelqu'un. Ceci dit, je vais probablement prendre le mois gratuit, près mes partiels, le temps d'utiliser un " truc" proposé ici par Lauriane. On verra si par la suite d'autres programmes russes ou allemands y apparaissent. Pour le moment, il y en a trop peu pour me motiver à m'y abonner.

Apprendre une langue grâce à Netflix ( malheureusement ça ne fonctionne qu'avec netflix et chrome)



mercredi 6 novembre 2019

Pères et fils - Ivan Tourgueniev

Evidemment, si vous n'aimez pas la littérature russe, c'est mal parti pour ces quelques mois, vu la quantité d'ouvrages russes que j'ai à lire...

Après Pouchkine, Tchekho, 3° auteur: Tourgueniev. Ca tombe bien j'avais lu quelques titres de cet auteur que j'avais plutôt apprécié. apparemment, il ne laisse pas indifférent, un de mes correspondants russes le déteste.

Mais donc 3° essai, sur un texte encore plus long que les deux précédents, et je confirme deux choses que j'avais supposées: l'auteur est plus à l'aise sur les récits longs, et il fait preuve d'un humour assez noir auquel j'accroche bien. Je m'étais demandé si c'était le fait du traducteur, mais.. 3 ouvrages, 3 traducteurs différents de différentes époques et 3fois le même ressenti, Donc ce doit bien être une question de style personnel. Qui fait que j'ai définitivement abandonné mon préjugé d'un auteur de romans un peu mièvre dans la veine du romantisme à l'eau de rose.

Du bon sentiment il y en a mais.. pas étouffant, pas omniprésent, pas " cucul-la-praline"
Des descriptions de paysages magnifiques , il y en a aussi mais peu importe l'action, ils ne sont pas là pour refléter les états d'âmes d'un personnage geignard (René, oui c'est à toi que je pense!)

Et en fait,j'ai presque eu l'impression par moment de lire du Maupassant , et de fait, Tourgueniev est classé parmi les auteurs réalistes, est venu en France et a sympathisé avec des gens comme Flaubert, Zola, Daudet et Maupassant entre autres. Donc le rapprochement n'est pas absurde.

Très mauvais choix d'illustration: non seulement l'histoire n'a rien à voir avec Pierre le grand et son fils, mais elle se passe plus d'un siècle plus tard.
Et les relations familiales là-dedans sont loin d'être aussi houleuses que celle du tsar et de son fils. Puisque les deux pères adorent leurs fils respectifs

Et ce "Pères et fils " voit s'opposer deux générations, et deux ou trois mondes en fait. Des gens qui bien qu'ils s'aiment ou s'apprécient, ont beaucoup de difficultés  se comprendre. Un conflit générationnel doublé de visions opposées de la politique, ça n'aide pas à la bonne entente.

l'étudiant Arkadii Nikolaievitch, 24 ans, rentre dans sa famille pour les vacances, flanqué d' Evguenii Vassiliev Bazarov, camarade légèrement plus âgé, qui rentre dans son village après avoir passé son diplôme de médecine. comme Bazarov se rend un peu plus loin, Arkadii, qui l'admire et le considère comme une sorte de mentor, l'a invité à faire une halte et à passer quelques jours chez lui avant de poursuivre le voyage.Voilà pour la génération des fils.

Le père d'Arkadii , Nikolai est un brave homme, un veuf qui vit avec une jeune femme d'origine modeste qu'il n'a pas épousée mais avec qui il a eu un enfant, et son frère Pavel. Nikolai et Pavel sont de petite noblesse désargentée,et vivent à la campagne, mais bien que d'âge proche, ils sont très différents.
Nikolai représente le courant romantique, il vit à la campagne, admire les plantes et les couchers de soleil, joue du violoncelle pour se détendre et anticipe les réformes agraires qui annoncent l'abolition du servage.
Pavel est un gentilhomme raide comme la justice, d'une élégance raffinée héritée du temps où il vivait en ville qui parait vaguement ridicule et le fait passer pour un original. Il déteste le désordre et a des principes moraux stricts qui font qu'il voit d'un mauvais oeil le ménage "à la colle" de son frère avec une fille de la campagne (oubliant un peu vite son passé de séducteur). Pavel c'est l'incarnation de l'époque de l'anglomanie et de la gallomanie, qui truffe ses phrases de références érudites et de citations en français.

Arkadi et Bazarov sont des "hommes nouveaux", plutôt slavophiles et .. nihilistes. Enfin,surtout Bazarov, Arkadii suit le mouvement, et Bazarov n'hésite pas à se moquer régulièrement de lui en lâchant le pire qualificatif possible:"Romantique!"
Autant dire qu'entre Bazarov le nihiliste athée qui ne respecte rien et ne jure que par la science et l'oncle Pavel qui ne comprend même pas que l'on puisse être athée, la situation est vite à couteau tiré d'autant que Bazarov est un peu parasite pique-assiette, du genre à s'incruster pour longtemps.

Tandis que Nikolaï et son fils qui sont un peu dans le même état d'esprit s'entendent à merveille ( Nikolaï est un père comme j'aurais aimé avoir: sympathique,de bonne humeur, bienveillant.. tout le contraire de ce qu'était mon sinistre paternel) et essaye autant que possible de limiter les frictions entre deux caractères aussi opposés.
Les deux étudiants finiront par partir lorsque Bazarov qui s'ennuie à la campagne se souvient qu'il doit aller voir ses propres parents, de braves roturiers pauvres, mais qui l'adulent - ce qui est encore pour lui d'un ennui mortel. La visite aux parents Bazarov sera tardive et courte, car entre temps, les deux compères vont s'incruster ailleurs, chez la riche veuve Odintsov et sa soeur, Arkadii parce qu'elle lui plaît et qu'il espère la séduire, Bazarov pour s'occuper, manger et boire à l'oeil. Madame Odintsov les a invités surtout car , en tant que dame de la noblesse campagnarde, la fréquentation des citadins lui manque, et le nihilisme des " jeunes" l'intrigue et l'amuse. Cette rencontre sera le point de départ d'une brouille ou plutôt d'un détachement progressif entre Arkadii et Bazarov qui se lasse d'un acolyte qu'il ne peut pas entièrement mouler à son envie. et Arkadii qui se rend vite compte qu'en amitié aussi " loin des yeux, loin du coeur"

Et donc, parfois, une lecture imposée s'avère une bonne surprise. Parce que Tourgueniev détourne les motifs littéraires habituels: un duel parfaitement ridicule, pour un motif ridicule, et qui se finit de manière ridicule ( et parodie donc celui d'Eugène Oneguine, qui était déjà traité avec un certain détachement satirique par Pouchkine), une tombe solitaire d'un homme mort jeune, qui est forcément un écho à la description de celle de Lenski dans Eugène Oneguine donc. A ce détail près que si chez Pouchkine, les passants on une pensée émue pour le personnage mort tristement jeune, chez Tourgueniev, la tombe solitaire est régulièrement visitée par les moutons qui paissent dans le champ d'à côté ( détail qui, je pense, en dit long sur le décalage avec le mouvement romantique). Le personnage qui git d'ailleurs sous la dalle, que tout le monde pensait promis à un brillant avenir est d'ailleurs mort dans une circonstance particulièrement ironique.

Et l'auteur conclut son histoire " deux mariages et un enterrement" avec un "là, normalement je devrais arrêter mon récit, mais c'est toujours frustrant de ne pas savoir ce que deviennent les personnages".. et hop quelques pages pour nous expliquer qu'ils vécurent pour la plupart une vie passablement terne et ennuyeuse ( du style "la riche veuve a fini par se remarier avec un homme jeune particulièrement inintéressant. Peut être finiront-il avec un peu de chance par s'aimer un jour,qui sait...")

Oui j'aime bien ce genre de situations qui cassent le quatrième mur et montre que l'auteur n'est pas dupe de son métier d'écrivain et met le lecteur dans la confidence de ne pas trop prendre tout ça au sérieux.
Puisque de toute façon, tout au long du récit, tout le monde est ridiculisé ou se révèle l'opposé des conventions à plus ou moins brève échéance ( même la gentille Katia : douce, gentille délicate, timide, effacée devant son impressionnante soeur dont le charisme lui fait un peu peur... l'incarnation de la jeune fille pure et idéale... qui révèle un caractère inflexible et un orgueil rare: " puisqu'il qu'il paraît que j'ai de joli pieds, il rampera devant eux avant peu!")