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mercredi 8 juillet 2020

La danse de Shiva (mythes et légendes)

Je quitte un instant la Russie pour faire un passage en Inde, qui est le pays mis à l'honneur en juillet par le challenge Contes et légendes.

Or, il s'avère que j'ai décidé depuis avril/mai un peu par hasard, de m'intéresser de plus près à la danse. En tout cas à la danse en général, j'ai pratiqué la danse moderne quand j'étais plus jeune, donc je connais un peu, le classique reste plus abstrait à mes yeux encore, mais je tente le coup à petite dose maintenant que j'ai trouvé une voie d'accès. On y reviendra.

Par contre j'aime beaucoup et depuis longtemps la danse indienne, même si je connais assez peules histoires qu'elle raconte.

Je suis bien fan du danseur et chorégraphe Ragunath Manet, que j'ai eu la possibilité de voir sur scène ici-même à Avignon.
Quand je dis que j'apprécie la danse indienne il faut en fait comprendre que j'apprécie les danses sacrées.  Le côté Bollywood, j'ai beaucoup, beaucoup de mal avec ça.
Et l'année où le même interprète avait présenté un spectacle de danses de cinéma, j'avais beaucoup moins accroché. Le même gars n'a pas du tout la même énergie, le même engagement. Non qu'il ne prenne pas son métier au sérieux, mais c'est probablement au niveau de ses croyances personnelles qu'il y a une différence. Il est infiniment plus intéressant à voir dans les danses sacrées qui sont le coeur de sa pratique.

Et donc Inde + danse = Shiva.
Puisque la danse est l'une des représentations les plus connues du principal dieu indien. Et corollaire: les  chorégraphies tournent donc souvent autour des légendes mettant en scène Shiva.

Shiva étant le dieu créateur et destructeur, il détruit l'ancien monde et crée le nouveau par le biais de sa danse cosmique, liée donc aux concepts des réincarnations et renaissances dans la pensée indienne.
L'essentiel est là, la destruction n'est pas une fin, c'est une fin ET un commencement.


voilà un lien qui explique assez bien les détails  de cette représentation.
Et un autre qui parle du dieu en général, car là n'est pas mon propos.
Et un autre pour présenter les types de danses indiennes.

Celle que je connais, puisque c'est celle que j'ai vue c'est le baratha Natyam qui a la particularité de raconter des histoires de manière très codifiée. Hop, quelques explications sur le baratha Natyam par Ragunath Manet. Et, forcément, c'est pour moi un plaisir de l'entendre parler un français parfait.
Je trouve l'approche indienne très intéressante, de considérer que théâtre, danse et musique sont 3 aspects d'un seul et même art.

Dommage, il n'y a pas de vidéos assez longue le montrant sur scène, ou au moins, une chorégraphie entière. En tout cas pas autour de la danse de Shiva
Voilà un tout petit extrait, en plein air dans la ville de Rishikesh


Donc pour avoir la danse de Shiva en entier, il va falloir se tourner vers une autre vidéo, qui présente la kuchipudi, un autre type de danse. Je suis loin d'en savoir assez pour en dire plus ou de pouvoir différencier l'une de l'autre. Je me bornerai à dire que " j'aime" Voilà la danse en question par Raja et Radha Reddy 

Danse de la destruction de Shiva

Partie 1: Présentation et explications en anglais au sujet la structure d'un temple indien basée sur un mandala, et de la thématique de la danse


Partie 2


Partie 3

Partie 4

Partie 5: explication des postures et codes ( en anglais)

Partie 6

Ca se sent que je suis en manque de théâtres et de spectacles, en ce mois de juillet sans vrai Festival d'Avignon?

dimanche 21 juin 2020

fête de la musique - musique russe du XX°siècle

toujours dans la thématique de mes études..
En fait, récemment une agence de voyages a proposé cette liste d'oeuvres du XX° siècle sur les réseaux sociaux, j'en connais certaines, d'autres pas, donc...

Allons y pour la playlist, que je vais compléter avec mes choix, puisque cette année la fête de la Musique se fera à la maison.


Il y en a donc 12, uniquement orchestrales, donc je vais faire pareil et ne pas intégrer d'oeuvres chantées (opéras ou chansons)
Techniquement, Tchaïkovski n'est pas du XX°siècle, donc je vais le garder à part et le compléter par d'autres morceaux du XIX°.

Autre bonne raison pour l'isoler, il est très connu du grand public ( le lac des cygnes, quand même. D'ailleurs j'ai prévu de parler à une autre occasion de ces oeuvres là..), les autres le sont beaucoup moins.
Désolée Piotr, je ne te sélectionne pas, mais tu sera la tête d'affiche du sujet suivant.

Dans les 3 qui restent, je connais et apprécie particulièrement Scriabine, mais.. pas forcément ces oeuvres là

Je vais donc ajouter aux 9 morceaux restants 6 choix personnels, de ces compositeurs ou d'autres,  pour faire une décente playlist de 15 / 18 titres.

Scriabine: il n'est pas très connu du grand public européen, et sa musique est très variée car il a évolué du romantisme vers un style précurseur du dodécaphonisme et de la musique contemporaine,et aurait continué à explorer des choses s'il n'était pas mort )4" ans.
Deux particularités,
il a eu, à un moment de sa vie, un problème à la main droite et ne pouvant plus jouer de piano normalement, il a donc composé ce qu'il ne trouvait pas, des morceaux pour main gauche seule, afin de pouvoir continuer à jouer le temps que son autre main guérisse.
Et, il était synesthète et associait les tonalités et les couleurs ( do majeur = rouge, ré majeur = jaune, mi majeur = blanc, etc...).il avait prévu tout un système d'éclairages pour son oeuvre Prométhée, et est donc un pionnier du spectacle "son et lumière"..qu'il n'a pas pu réaliser tel qu'il l'imaginait, car les moyens techniques étaient trop limités.

Concerto Sonate n°2 (petite correction l'opus 19 est une sonate et pas un concerto).On est encore dans la veine un peu romantique / impressionniste de Scriabine. C'est probablement plus accessible aux novices que ses oeuvres plus tardives.
(5 dièses à la clef et des altérations accidentelles!)

Prométhée "le poème du feu" ( avec l'éclairage tel que le compositeur l'avait pensé.Il y a des explications d'abord, le concert commence à 10 minutes. je plains les instrumentistes d'avoir du jouer dans une pénombre bleutée, bonjour la galère)

Symphonie n°3 " Le divin poème"

Et les ajouts: Prélude pour la main gauche ( et on sent que ça lui causait du souci)

"Vers la flamme"( titre original en français). Si Vladimir Horowitz lui-même estime que c'est un morceau difficile, je veux bien le croire! Et ça sonne presque jazz par moments...


Rachmaninov: Un compositeur que je connais très peu, ce qui n'est pas étonnant car il a surtout composé pour piano seul, et ce n'est pas ce que je préfère.
Je sais seulement que sa musique contient beaucoup de gammes, arpèges qui ne cessent de monter et descendre.. un peu comme chez Liszt Parfois, mais , je ne sais pas pourquoi, j'aime beaucoup Liszt , mais Rachmaninov ne m'attire pas plus que ça. En tout cas, beaucoup moins que Scriabine.
Concerto N°2

et le concerto n°3 confirme: ce n'est pas vraiment mon truc.

Prélude n°2: il est un peu plus connu, en tout cas de moi. Par contre là j'aime bien l'introduction en accords bien graves, et les dissonances.




Prokofiev
Concerto n°1:j'adore. C'est assez primesautier et bondissant, on dirait de la musique de film (et le compositeur a souvent composé pour le cinéma justement)
Concerto Sonate n°7: Là encore, banco. Ca m'évoque bien le style de l'amour des trois oranges" du même Prokofiev. Je trouve que cette musique a un côté humoristique pas déplaisant du tout ( voilà.. Rachmaninov est bien trop sérieux pour moi)

Concerto pour violon: oui! enfin un autre instrument que le piano. Pas de chance, c'est du violon, et j'ai beaucoup de mal avec cet instrument ( en fait, j'ai une hyperacousie qui me rend les sons aigus très douloureux à entendre.donc le violon, la flûte, le piccolo, le celesta sont des instruments de torture pour moi. Alors que l'alto ou la flûte alto,juste un peu plus graves, me conviennent bien) Les instruments aigus passent quand ils sont dans l'orchestre


Je suis obligée de re-citer Pierre et le loup, sans lui je n'aurais pas choisi des années après de jouer du basson.

La suite du Lieutenant Kijé, il y a encore quelques passages très connus (la troïka, la romance).Et il faut absolument que je lise le texte d'origine qui est une satire sur la bureaucratie - par suite d'une erreur administrative le Lieutenant Kijé fait une brillante carrière dans l'armée.. alors qu'il n'existe pas!
La romance est devenue mondialement célèbre car c'est le thème qu'a repris Sting pour la chanson " Russians"


Il manque quand même des gens importants, je vais donc ajouter

Stravinsky

Ici l'Oiseau de feu s'impose. au moins pour sa "berceuse" extrêmement dure au basson ( enfin pour moi,dont l'instrument n'est pas professionnel et manque d'aménagements permettant de jouer dans le registre aigu en pianissimo.Les bassons, c'est comme une voiture: plus ils sont chers, plus il y a d'options de confort)

Pas très original, mais le sacre du printemps avec ses rythmes très marqués  et son introduction au basson ,est inévitable (et je pourrais dire la même chose que pour l'oiseau de feu)


Chostakovitch. Je vous épargnerai la valse de la "suite pour orchestre de variétés", trop connue.
Et je reviens sur le Clair ruisseau qui a été ma découverte de ce printemps. C'est un spectacle drôle, enlevé, mais aussi une musique très sympa.
Et si vous vous demandez pourquoi il y a un gars en robe longue qui ressort en premier lieu lorsque vous recherchez, il va falloir que vous regardiez le spectacle
Adagio:

Aram Katachtourian: on connait sa célébrissime danse des sabres, j'ai parlé de Spartacus, donc cette fois, c'est la symphonie n°1que je mets en avant, avec ses petites références à la musique de sa région natale ( Arménie)

Et.. allez, soyons fous, un billet XIX°siècle pour proposer les 3 oeuvres de Tchaïkovski et quelques uns de ses contemporains?

samedi 20 juin 2020

C'est l'été...

Et je n'aime pas plus l'été que le printemps, je crains terriblement la chaleur.

Mais bon, sacrifions au rituel et au dieu du soleil...

Dajbog, (" dieu qui donne") dieu solaire slave et personnification de l'été.
J'avais déjà parlé de Yarilo comme dieu solaire, c'est vrai, mais il y en a plusieurs, Yarilo c'est le soleil du printemps, celui de la germination du blé, des forces vitales ( associé à sa soeur la déesse de la mort).Dajbog est le dieu du soleil estival et des moissons ( associé au dieu ou à la déèsse "Messiats", dont le nom signifie "mois "et "lune") fils du dieu du ciel.
ce n'est pas une bizarrerie d'avoir deux dieux solaires ou plus :Apollon et Hélios en Grèce, Apollon et Sol à Rome

Et qu'en est-il de nos amis poètes? donc une fois de plus, je traduis "à la sauvage" en essayant de garder les images plutôt que de faire joli en français.

On se souvient que Pouchkine, n'aimait pas le printemps, auquel il préfère l'hiver.
Sans surprise...

Ох, лето красное! любил бы я тебя,
Ho, l'été rouge! Je t'aimerais,
Когда б не зной, да пыль, да комары, да мухи.
S'il n'y avait pas la chaleur, et la poussière, et les moustiques, et les mouches.
Ты, все душевные способности губя,
Toi qui tortures toutes les compétences spirituelles sur nos lèvres;*
Нас мучишь; как поля, мы страждем от засухи;
Nous souffrons de la sécheresse comme les champs;
Лишь как бы напоить да освежить себя —
Hormis boire et se rafraîchir
Иной в нас мысли нет, и жаль зимы старухи,
Nous n'avons pas d'autre idée, et regrettons la petite vieille " Hiver" **
И, проводив ее блинами и вином,
Et en lui offrant des blini et du vin
Поминки ей творим мороженым и льдом.
Nous lui faisons une veillée funèbre avec des crèmes glacées et de la glace.

1833
* Très approximatif, difficile de trouver quelque chosequi ne soit pas boîteux en français
** hiver est un mot féminin en russe

enregistrement par Innokentyi Mikhaïlovitch Smoktounovskyi ( toujours extrait de " automne", de 1'46" à  2'17" décidément l'acteur m'amuse beaucoup tellement il est convaincu par qu'il fait. en tout cas il me donne un sourire immense. Je viens de vérifier, c'était un acteur de théâtre - ça saute aux yeux et aux oreilles - et qui a souvent fait des narrations et voix off au cinéma - ça ne m'étonne pas, il a un petit côté qui m'évoque Jean Topart et ce n'est pas un mince compliment)


Donc, qu'en pense Fiodor Tiouttchev?

«Летний вечер» Soir d'été

Уж солнца раскаленный шар
La boule brûlante du soleil
С главы своей земля скатила,
A touché terre de la  tête,
И мирный вечера пожар
Et le paisible incendie du soir
Волна морская поглотила.
A été englouti par le flot marin.
Уж звезды светлые взошли
Les étoiles lumineuses se sont levées.
И тяготеющий над нами
Et gravitant au-dessus de nous
Небесный свод приподняли
ont soulevé la voute céleste
Своими влажными главами.
Avec leurs têtes humides.
Река воздушная полней
La rivière rafraichissante
Течет меж небом и землею,
Coule entre le ciel et la terre,
Грудь дышит легче и вольней,
La poitrine respire plus légèrement et plus librement,
Освобожденная от зною.
Libérée de la chaleur.
И сладкий трепет, как струя,
Un doux tremblement, comme un jet,
По жилам пробежал природы,
S'écoulait dans les veines de la nature
Как бы горячих ног ея
Коснулись ключевые воды.
Comme si les eaux vives 
touchaient ses pieds échauffés.

1829

enregistrement ( je ne sais pas du tout qui est le récitant)

Pas de texte d'Anna Akhmatova cette fois,mais en voilà un d'Alexandre Blok, poète symboliste et autre représentant majeur du siècle d'argent

«Летний вечер» Soir d'été

Последние лучи заката
Les derniers rayons du crépuscule
Лежат на поле сжатой ржи.
couchent le seigle court dans le champ.
Дремотой розовой объята
Etreinte d'un rose ensommeillé
Трава некошенной межи.
L'herbe non coupée du "meja"*
Ни ветерка, ни крика птицы,
Ni petit vent, ni cri d'oiseau
Над рощей — красный диск луны,
Au dessus des buissons - le disque rouge de la lune,
И замирает песня жницы
Et la chanson des faucheurs meurt
Среди вечерней тишины.
Dans le silence du soir.
Забудь заботы и печали,
Oublie tes soucis et tes peines;
Умчись без цели на коне
Galope sans but à cheval
В туман и в луговые дали,
Dans la brume et les prairies
Навстречу ночи и луне!
A la rencontre de la nuit et de la lune

13 décembre 1898
( je viens d'en baver, vraiment. Poésie symboliste, il y a beaucoup de vocabulaire peu courant.Bon courage à qui voudra traduire Mallarmé en russe, le sonnet en X surtout)
Enregistrement

* définition de meja:étroite bande de terre non cultivée entre des exploitations agricoles voisines 
Je n'ai aucune idée de comment ça s'appelle en français. 😅

Contemporaine d'Anna Akhmtova, Marina Tsvetaïeva , l'autre poétesse célèbre du Siècle d'Argent.Etautrice également d'une biographie dePouchkine que j'espère lire, un jour.. quand j'aurai avancé mes dizaines de lectures en attente.

Летом En été

— «Ася, поверьте!» и что-то дрожит
"Assia, croyez-moi!", et quelque chose tremble
В Гришином деланном басе.
dans la basse que laisse échapper Grisha.
Ася лукава и дальше бежит…
La rusée Assia s'éloigne encore plus.
Гриша — мечтает об Асе.
Grisha rêve d'Assia.

Шепчутся листья над ним с ветерком,
Les feuilles murmurent au dessus de lui, dans la brise
Клонятся трепетной нишей…
Se penchent comme une alcôve frémissante*
Гриша глаза вытирает тайком,
Grisha sèche discrètement ses yeux,
Ася — смеется над Гришей!
Assia se moque de Grisha!
1910

*pour cette phrase-ci je ne suis pas vraiment sûre, ils est plutôt question d'une "niche tremblante", mais en français, niche est ambigu. j'ai plutôt l'impression que les feuilles encadrent l'amoureux éconduit, debout dessous comme une statue dans sa niche
 enregistrement ( dommage, la musique est hors sujet et trop forte, et le lecteur va trop vite)

Rendez-vous en Septembre pour ma saison favorite, et ce n'est pas Pouchkine qui va me contredire.

mardi 9 juin 2020

Lady Susan - Jane Austen

Et une lecture (ok, anticipée dès février) pour le mois anglais!
9juin: autrice anglaise, c'est parti!

Je n'avais jamais lu Jane Austen, et malgré son énorme succès chaque année dans le cadre du challenge, j'avoue qu'elle ne me tentait pas spécialement. Peut-être justement à cause de cet énorme succès.
Mais donc, une copine m'a passé Lady Susan, il est tout petit et ça m'a permis en 2 soirs de lire autre chose que des textes imposés par mes cours.



Pour ce qui est du contenu,ben... Je ne dirais pas que j'ai détesté, ni aimé, je n'ai simplement pas accroché.
La forme roman épistolaire, ça va, je ne m'y attendais pas, mais j'avais bien aimé pour Frankenstein, ou les liaisons dangereuses.

Et c'est là, le gros problème: roman épistolaire + personnage central de garce manipulatrice. Ca vous rappelle quelque chose?

J'ai absolument détesté Lady Susan en tant que personnage, en espérant la voir tomber de haut. Une manipulatrice dont le lecteur voit très vite la duplicité, via les lettres sans équivoque qu'elle envoie à sa copine Alicia: elle y dit clairement exiger que tout cède à sa volonté, à commencer par sa fille Frederica, 16 ans, à qui elle a fait consciemment donner une éducation plus que limitée, parce que les talents et la culture ne servent à rien. La seule chose qu'elle doit savoir c'est être présentable en société pour remporter la chasse au mari, de préférence riche et idiot.
Et Lady Susan s'est clairement mis en tête de la forcer à se marier un jeune lord justement idiot mais très riche, un homme qu'elle a conduit à rompre avec sa fiancée pour essayer de lui coller sa fille dans les pattes. Ce que Frederica, beaucoup moins bête et godiche que ne le prétend partout sa mère, refuse absolument. Lady Susan est donc ouvertement décidée à " rendre la vie insupportable à cette petite idiote" jusqu'à ce qu'elle cède. Quelle mère admirable, isn'it?

Susan est jolie, prétendument spirituelle, même si son intelligence réside surtout dans le talent qu'elle met à éviter les ennuis, et à retourner à son avantage les occasions - de plus en plus nombreuses - où sa duplicité est mise à jour. Le tout doublé d'un bon sens d'observation qui lui permet d'instinct de dire aux gens ce qu'ils veulent entendre.
En gros, une jolie femme qui a élevé le"ouin-ouin" au rang d'art, prétendant être victime de calomnie. Un ouin-ouin qui marche très bien, en particulier sur les hommes "car elle est jolie et digne", même si sa dignité est 100% calculée.

Or ce talent est inopérant sur sa belle soeur Catherine, chez qui elle s'est invitée, en vraie pique -assiette. Elle y est venue se mettre au vert le temps de faire oublier un scandale qu'elle a déclenché chez les gens, chez lesquels elle squattait auparavant (ayant dépensé tout son héritage depuis la mort de son mari, elle cherche donc à se faire inviter partout, le temps de trouver un riche pigeon pour l'entretenir)

Catherine est la justice incarnée et voit très clair dans ce jeu, surtout lorsque Lady Susan commence à s'intéresser de trop près à sa famille. Lady Susan est la fausseté incarnée. Entre les deux, Frederica, que sa tante Catherine veut soustraire à l'influence de sa déplorable mère, et Reginald, le frère trop naïf et riche de Catherine, proie idéale.

Alors oui, ce n'est pas mal écrit, et oui, on a hâte de voir les manoeuvres de Susan tomber à l'eau, mais, et c'est là le problème, le personnage manque d'ampleur. Elle est trop monochrome, ses manigances sont fondées sur l'argent, le moyen d'en avoir quitte à vendre sa fille au meilleur parti,tout ça pour.. hé bien pour continuer à faire la fête et à mener une vie mondaine.

Et c'est bien là que ça pèche, parce qu'un personnage d'aventurière manipulatrice, on en a un bien connu. Et autrement plus intelligente et dangereuse. Lady Susan appelle évidemment la comparaison avec Madame de Merteuil, mais ne la soutient pas.
Susan manipule les hommes pour de l'argent et parce qu'elle aime plaire et semer la zizanie, Madame de Merteuil par vengeance et goût du pouvoir, et, si je me souviens bien, entre autres pour prouver la supériorité des femmes sur les hommes - je l'ai lu il y a fiouuuuu, donc, à relire.
Et il manque à Susan un comparse à sa hauteur, ici pas d'équivalent de Valmont,  Alicia est très terne, et toutes deux font juste une paire de fêtardes qui vit aux dépends des autres. Ca manque de piquant et de brillant. Susan n'est tout simple PAS intelligente de mon point de vue. Elle est observatrice, mais donc reste une gamine capricieuse de 35 ans, là où Madame de Merteuil était une stratège.

Et donc le principal problème pour moi, c'est que c'est un peu léger, et que l'héroïne manque beaucoup d'ambition dans sa volonté de nuire. Et forcément, puisqu'il y a des thèmes communs avec une autre oeuvre qui m'a laissé un excellent souvenir de lecture, ce n'est pas à son avantage.

Malheureusement pour Jane Austen, ma première rencontre avec elle n'est pas une réussite. Et donc lui donner une autre chance de me convaincre ne va pas non plus être une priorité.

dimanche 17 mai 2020

encore un peu de danse...

Juste parce qu'en cherchant des extraits pour le précédent sujet, j'ai mentionné en passant le nom de Nikolai Tsiskaridze. Et que plus je découvre ce bonhomme et sa carrière, plus je suis époustouflée.
Apparemment, outre ses compétences manifestes dans son art, il est doté d'un solide sens de l'humour.. et d'une très grande gueule qui lui a plus d'une fois attiré des ennuis. Ceci dit, à plus de 45 ans, il a pris sa retraite de danseur, pour devenir directeur artistique de la principale académie de danse de Saint-Petersbourg.

Il ne me réconcilie pas avec les trucs ultra classiques*, ça ce serait une prouesse, mais dès que c'est plus moderne., j'apprécie, et je reconnais que ce gars-là était probablement parmi les meilleurs au monde quelque soit le style.
(*et je me demande encore ce qu'avait pris Hoffman lorsqu'il a imaginé la lutte entre un ustensile de cuisine et le roi des souris, et ce qu'avaient pris Tchaïkovski et Petitpa pour adapter cette histoire sur scène)

Hop, exemples en images:

La "Sylphide" du Clair Ruisseau - CF précédent sujet (son approche est celle du type, contraint de se déguiser en fille, mais qui savoure la bonne blague, et s'en amuse beaucoup).
J'apprécie les 2 interprétations, très différentes.
Et force est de constater qu'il y a un danseur Géorgien qui est plus jolie et féminine que je ne le serai jamais :D

Danse en sabots de "la fille mal gardée" ( oui oui, la vieille dame, c'est le même qui adore visiblement les rôles burlesques )

Bon, juste pour montrer quelque chose plus classique, sérieux ... et de gentil héros bien propret.
Il s'agit d'un spectacle intitulé la Fille du Pharaon. Je ne suis toujours pas fan de danse classique. Et la musique est tout sauf un minimum égyptienne. Par contre, pour le coup, l'ami Nikolaï avec ses cheveux très bruns et son teint hâlé est idéal pour incarner un égyptien ( bon, j'ai l'impression d'une adaptation en danse de la BD Papyrus).. et mazette, quel jeu de jambes!

Ou un extrait de Gisèle, ça passe parce que j'aime bien la musique d'A. Adam, assez sympa à jouer en orchestre, et que ça parle de fantômes. Je peux éventuellement envisager un jour de le regarder en entier.
A noter la danseuse, Svetlana Zarakhova, est celle précédemment présentée dans Spartacus, la courtisane sexy au bâton évocateur..
Curiosité: une adaptation dansée de la Leçon de Ionesco, musique de George Delerue. Beaucoup qui ne connaissent pas la pièce d'origine ont trouvé malsaine cette histoire criminelle et absurde. La bonne y est transformée en pianiste, mais son rôle est le même, le professeur par contre est bien plus jeune que sa version d'origine, et... disons plus séducteur, avec les yeux et les mains baladeurs. Et le mal aux dents de l'élève devient un mal aux pieds...Là pour le coup, il y a réellement besoin d'interprètes qui soient autant acteurs que danseurs. Tous les trois sont très bons.

Mais danse moderne + musique moderne + sujet inattendu, c'est peu de dire que j'aime beaucoup!

Et pour conclure, apothéose, solo:

En 15 minutes, sur une chorégraphie"caliente" de Roland Petit, le danseur doit interpréter José, Carmen, le toréro et le taureau, et à nouveau José.

Et d'une part, je le disais précédemment, à ce niveau, la danse équivaut à du sport professionnel. Et là, l'absence de décor, la chorégraphie très graphique et le costume ultra simple mettent en avant la condition physique d'athlète... et nom de mille dieux, profitez - en les filles, visuellement, rien à redire (ou certains gars aussi, après tout, vos préférences ne regardent que vous... on a des yeux c'est pour s'en servir!)

En plus, l'interprétation demande réellement une aisance et un lâcher-prise qu'on pouvait déjà voir dans le Clair Ruisseau. Ce type EST un caméléon:  un toréro frimeur, un taureau de combat, un prisonnier en fuite ou une Carmen séductrice et facétieuse.
Là, on est au delà de simplement admirer la plastique avantageuse d'un homme aux proportions parfaites... il a le truc qui fait la différence.
Probablement le fait de se foutre totalement que ce qu'il fait plaise ou non. A vous de juger.

D'autre part, j'aime beaucoup ce genre de chorégraphie, extrêmement précise, et au delà des sauts, entrechats, battements et jetés, ce qu'il fait vers 7'30 ( changer de pied tous les deux tours, avec fluidité et sans ralentir) me parait d'une difficulté sans nom, si je me souviens de mes lointaines années de danse moderne. Vraiment, des 15 minutes de chorégraphie, c'est ce qui m'impressionne le plus!

APARTE ( où je vais râler un peu sur les psychorigides)
Et à voir les commentaires Youtube, ça en perturbe certains et certaines:
1 et 2:" un homme n'a pas à danser Carmen, avec ces jambes musclées, ce n'est pas beau ", " ce genre de choses est affreux, ça trouble l'ordre des genres et des sexes" (oui oui, carrément, j'hésite entre la moquerie et la consternation),
3:"c'est une folle", " une chochotte".. et autres âneries de cet acabit.

1et 2: Heu, d'une part, vous avez vu les jambes des danseuses? question muscles, c'est kif-kif, d'autre part, les rôles travestis au théâtre et à l'opéra existent depuis toujours, c'est loin d'être nouveau pour XYZ raisons, c'était déjà le cas dans la Grèce antique. Et si vous êtes troublés, C'EST le but recherché ici. Je vous déconseille donc le chevalier à la rose, une femme déguisée en homme en drague une autre.

Mais autant les rôles travestis sont bien perçus quand ils sont ouvertement comiques, autant dès que ce n'est plus comique et qu'on joue sur l'ambiguïté ça pose souci à certains. On loue les talents d'acteur de quelqu'un pour lui reprocher... d'être trop bon acteur.
C'est peut-être eux qui devraient s'interroger sur leurs limites ... et ce qu'elles disent d'eux, bien plus que ce qu'elles disent de l'interprète.
Et de mon humble avis, son José n'est pas moins charmant et sensuel que sa Carmen.

Mais je ne suis pas quelqu'un qui a une vision claire de "ce que doit faire un homme/ une femme", et au contraire, voir une chorégraphie et un interprète qui jouent avec ces codes pour mieux les détourner et les faire voler en éclat, ça me fait plaisir.

D'autant que ces fameux codes, que certains semblent considérer absolus et gravé dans le marbre, sont toujours liés à un lieu et une époque, la mode masculine du XVI° siècle paraîtrait " chochotte " aux yeux de beaucoup.
Et la façon de danser qui synthétise le masculin et le féminin, on la trouve ailleurs et encore actuellement, sans que ça fasse débat. J'ai énormément pensé à Ragunath Manet, danseur indien qui pratique la danse classique et sacrée indienne, le Bharata Natyam. (écoutez l'interview, il explique qu'en Inde, danse, théâtre et musique sont trois facettes d'un seul et même art)
Et comme je suis plus souvent allée voir des spectacles de Bharata Natyam que de danse classique, ben, pour moi c'est absolument normal.

 Je dévie un peu, mais c'est l'occasion de mettre le doigt sur quelque chose qui mérite d'être pointé.

3: C'est un ou plutôt ce sont des rôles, mettez n'importe quel danseur de niveau similaire sur cette chorégraphie, ce sera dans la même veine. C'est un truc qui s'appelle "le théâtre", les amis...
Ah oui et z'avez vu, il mime aussi la corrida et une scène de meurtre/suicide, mais là, personne ne moufte ( donc évoquer la violence est acceptable, mais la suggestion et l'ambiguité ne le sont pas. Thanatos ok, mais Eros est persona non grata.)

Donc, il y a des gens, en 2020, qui ne savent pas faire la part, des choses entre la chorégraphie qui leur déplaît - et là, c'est juste une question de goûts et de couleurs -  et l'interprète, et font des attaques ad hominem. XXI°siècle, il y a encore du travail.

Je ne sais pas quelle est l'orientation de ce monsieur, mais il peut bien être un homme à femmes, un homme à hommes, un homme aux deux ou un ascète, je m'en contrebalance (Poésie).
Je vois un professionnel au top niveau, qui est d'une précision et d'une légèreté incroyables, reste dans son rôle même pendant les applaudissements, prend visiblement plaisir à être là et à faire ce qu'il fait... et se fout probablement complètement de l'avis des rageux. Et c'est splendide à voir.

Et pour la route, petite anecdote inspirante (pour moi) que j'ai apprise en cherchant des renseignements sur ce danseur:
En 2004, lors d'une tournée en France, catastrophe. Nikolaï, alors vedette du spectacle, a été victime d'une blessure très grave, suivie d'une opération. Ce qui est déjà très problématique pour un danseur trentenaire. Opération suivie d'une infection généralisée, il a failli y rester.
Un an de rééducation et de convalescence, sans savoir s'il pourrait un jour ne serait-ce que recommencer à danser, puis un an d'entrainement pour revenir à son niveau. Avec le risque d'être dès son retour, s'il y arrivait, un peu oublié du public et poussé vers la sortie par les nouveaux venus qui avaient pris le relai pendant 2 ans.

La vidéo "Carmen Solo" date de 2007, donc peu de temps après son retour en scène, et c'est une merveille de maîtrise musculaire. Pas un mouvement de trop. Déjà, ça force le respect.

Mais, d'autant plus balèze, on pourrait imaginer que quelqu'un à qui il arrive une chose pareille sombre dans la dépression et développe une aversion pour tout ce qui touche de près ou de loin la France. Non. Il a occupé son temps de convalescence à apprendre le français. Bravo Niko, tu gagnes encore plus mon admiration.👍

En tout cas, je pensais pas un jour m'intéresser à nouveau à la danse, mais bon, ça fait partie de la culture russe que je dois acquérir, et ce gars-là m'a attiré l'oeil.
Donc je vais passer une partie de l'été à écouter son russe très clair et posé dans des interviews et master-class pour me faire un bagage de vocabulaire spécifique aux arts de la scène, ça sera toujours utile à Avignon.

mardi 12 mai 2020

Confinement, études et programme russe


Difficile pour moi de m'ennuyer pendant le confinement, les examens arrivent à grands pas, ça commence dans peu ou prou 10 jours, et même si le programme est allégé, et certains examens simplement annulés, il y a des choses à réviser, mais ce sera plus facile à boucler.

Et pour la première et probablement la seule fois de ma vie, je passerai les examens non pas comme dans des pantoufles mais VRAIMENT en pantoufles.Sur le canapé. Avec mon café.
L'immense avantage, c'est de pouvoir aire des recherches parallèles et de compléter mes cours avec de la culture générale:lectures, films, vidéos sur la langue, discussion avec des gens... je progresse vraiment plus vite.

Et donc, à l'approche des examens, j'ai une excuse extraordinaire pour passer ma vie sur internet: c'est pour mes études!

Car en ce moment (celui où j'écris) le confinement étant à l'échelle planétaire, les théâtres proposent des spectacles en ligne, je suis donc quasiment 1 soir sur 4 en train de regarder les programmes du Bolshoï teatr.

Voilà le programme qui a été proposé depuis un mois. Je n'ai pas tout vu, loin s'en faut.
https://www.bolshoi.ru/en/about/press/articles/none/2020-05-04-broadcast/

Il y a eu en mars l'inévitable Casse-Noisettes, probablement le tout aussi inévitable Lac des Cygnes, un ballet intitulé le Corsaire que je n'ai pas vu.
Il faut dire que la danse classique, les pointes, tout ça, avec moi, ça fait douze. J'aime bien la danse moderne que j'ai pratiquée pendant plusieurs années à l'époque du collège et du lycée,mais le ballet bien classique avec les tutus, ce n'est pas du tout mon truc.

Ce qui ne m'a pas empêchée d'en regarder deux, pour ma culture.
Mais j'ai selectionné.

Spartacus: sur une musique d'Aram Katchaturian. Mondialement connu pour sa danse du sabre ( si vous me dites que vous ne connaissez pas, vous allez au piquet. Ca a quand même été utilisé dans Tom et Jerry entre autres. si vous ne connaissez pas Tom et Jerry, vous allez au piquet jusqu'à l'an prochain)

La musique de Spartacus est du même genre, dynamique et bien martiale, et pour cause... C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de le voir. La thématique étant la révolte de Spartacus contre Rome, il y avait quand même peu de risques d'y voir des tutus. On n'a pas échappé aux pointes, mais l'ensemble est quand même plutôt moderne, ça fait plaisir.
Et les rôles principaux étant Spartacus et le général romain, il y avait beaucoup de chance d'y admirer gambettes musclées et messieurs en jupettes.Ca fait doublement plaisir.

Les oeuvres tournent au Bolshoï et les danseurs et danseuses qui tiennent les rôles principaux changent régulièrement, l'enregistrement présentait donc deux danseurs, Mikhaïl Lobukhin (qui est franchement plus que regardable, beau gars...) et Vladislav Lantratov (j'ai rarement vu un danseur avec une telle détente, cet homme est monté sur ressorts!). En tout cas, les deux ont un côté très athlétique qui correspond à la situation, et là, il n'y a pas le côté très classique qui me gêne en général.
Pour les rôles féminins, Egine, la..  ahem, courtisane ambitieuse, est un rôle plus intéressant , plus osé à tous les points de vues, que Phrygie, la gentille petite amie de Spartacus qui ne sert pas à grand chose, si ce n'est qu'à rajouter quelques pas de deux avec le danseur principal.
Mais je suis agréablement surprise par le rôle de la pu... de la courtisane, et la danseuse ( Svetlana Zakharova) avait l'air de vraiment s'amuser à ce rôle. Désolée pour l'autre danseuse, ce n'est pas son talent qui est en faute, c'est juste le personnage trop gentillet qui chochotise un peu l'ensemble.
Hop extraits
Ce qui me fait marrer c'est que même Spartacus n'a pas l'air de trop savoir quoi en faire et la transporte comme un paquet.

Sacrée gambettes, au cas où vous doutiez que la danse, c'est non seulement de l'art mais aussi du sport de haut niveau, où, en plus, il faut donner l'impression que tout est facile.

Attention, ce bâton est fortement symbolique. Au fait, non, la danseuse n'a pas un nichon à l'air,c'est un motif de son costume. J'ai bloqué là-dessus l'autre fois, mais non c'est une broderie judicieusement placée.


Le clair ruisseau:
un ballet comique de D. Chostakovitch. Je ne pensais pas qu'on puisse me faire rire avec de la danse, et pourtant c'est hilarant.

Une troupe de danseurs et musiciens vient animer la fête du kolkhoze " le clair ruisseau", fête qui part en cacahuète lorsque le mari de l'organisatrice fait du gringue à la danseuse, sans savoir que c'est une copine de sa femme.
Les deux filles se connaissent depuis l'école de danse et vont monter un bateau avec le danseur de la compagnie, et quelques paysans du kolkhoze,de type " Marivaux" au mari dragueur pour le remettre dans le droit chemin.
On y trouve donc en vrac des touristes paumés, une danseuse très virile, un chien qui fait du vélo, des légumes géants, un grammophone, une vachère et sa vache, des cosaques, la grande faucheuse.. et une sympathique histoire de copines perdues de vues qui se retrouvent.

La danseuse est draguée par le mari de sa copine et le vieux touriste bigleux, le danseur est dragué par la touriste " angoissée de paraître plus jeune de son âge" ( c'est vraiment le nom du rôle), et tous montent un plan: le danseur ira habillé en fille au rendez-vous du pépère, la danseuse ira habillée en homme au rendez-vous de la mémère, et la femme trahie ira masquée au rendez-vous de son mari.

et le morceau de bravoure, qui donne bien une idée de l'ambiance, c'est cette petite, heu.. "fée". "Punaise il est fort!" dixit ma mère qui faisait des pointes dans sa jeunesse.
Il s'appelle Ruslan Skvortsov et semble bien s'amuser, en tout cas, j'ai vu quelques autres versions avec d'autres danseurs et je trouve que c'est bien lui qui est le plus drôle, avec une approche de type embarqué malgré lui dans cette histoire et qui le fait pour faire plaisir, mais n'arrive pas à se débarrasser de ses réflexes masculins.
Allez, il fut aussi que je mentionne Nikolaï Tsikaridze qui est très drôle, avec une toute autre approche : le gars qui est embarqué malgré lui dans cette histoire mais s'amuse et joue le jeu à fond en gambadant comme une petite fille espiègle.. une petite fille espiègle de plus d'un m 80, toute en épaules et en mollets. Pépé a vraiment besoin de changer de lunettes.
En tout cas, cet homme me fait pleurer de rire, ici dans une version adaptée pour un gala ce qui permet d'avoir tout le passage de bravoure. Et d'ailleurs, tiens, je reparlerai sous peu de ce monsieur, car lui aussi est ma découverte de l'année, et je tiens probablement là une petite porte d'entrée vers la danse plus classique (en gros, si ça ne passe pas avec lui, ça ne passera jamais)
En attendant, danse, ma grande!

Les autres ne sont pas mauvais , loin s'en faut, mais ces deux là ont un talent comique et de mimes, qui transparaît derrière les athlètes qu'ils sont.

Revenons à Skvortsov, mais habillé en monsieur. Je trouve aussi hilarant le passage où il semble faire du lancer de marteau avec la danseuse.


Je note aussi un passage musical qui annonce ( on est en 1934) la future ultra-célèbre valse pour orchestre de variétés.
Je mentionne, juste parce que j'ai essayé: un héros de notre temps, adaptation récente du roman du même titre. Je n'ai pas tenu plus de 30 minutes: décors bof bof, musique ultra-contemporaine qui ne me convainquait pas.

Pareil pour Don Quichotte:
Musique de Leon Minkus, et c'est le premier problème: la musique de cet illustre inconnu m'a tellement fait penser au concert du nouvel an. Mais au concert du nouvel an qui serait transposé en Espagne, à grand renfort de rythmes hispanisants et de castagnettes. Bien cliché donc.

Et renseignement pris, Minkus est en fait un compositeur viennois, pur contemporain de Johann Strauss fils. Ca s'entend.Trop. En un peu moins bon, et ça s'entend aussi. Sans être mauvaise, la musique est assez banale, en fait,assez répétitive. Ca manque d'inventivité, mais pas de cliché, donc j'ai aussi lâché l'affaire au bout d'une trentaine de minutes.
D'autant que: chorégraphie de Marius Petipa, autant dire quelque chose d'extrêmement classique, et pile ce qui m'ennuie. Difficile de passer après Le Clair Ruisseau, j'aurais peut-être plus apprécié la musique s'il n'y avait pas eu l'inventivité de Chostakovitch juste avant, et si la musique m'avait plu, j'aurais tenu plus longtemps ( au moins j'aurais écouté sans forcément regarder) mais là, non, respect aux danseurs pro, mais ce n'est pas mon truc. Un ballet dont je n'ai accroché ni à la chorégraphie ni à la musique... Il ne reste plus grand chose à en dire.

Opéra, là, c'est beaucoup plus mon domaine.

Boris Godounov, j'y reviendrai à part.

Katia Izmailova. A nouveau Chostakovitch et autant le clair ruisseau est à pleurer de rire, autant Katia Izmailova est un des opéras les plus sinistres que j'ai vus.
Je passe vite sur la mise en scène les décors et les costumes pas folichons, mais disons que ça se passe dans un trou paumé du fin fond de la Russie, au XIX°siècle, chez les paysans,donc, bon, c'est tout sauf folichon.
Je passe aussi sur les deux rôles principaux, Katia et Sergei, je ne comprenais pas un mot et..en regardant les commentaires je ne suis pas la seule. Même les russes remerciaient le sous-titrage anglais tant les deux chanteurs principaux, non russophones étaient incompréhensibles.
Mais en soi, sinistre pour son histoire surtout. Sous titrée " Lady Macbeth du district de Mstensk"

Katia Izmailova, une paysanne un peu naïve ( beaucoup naïve), est mariée à un riche marchand qui ne s'intéresse pas du tout à elle.
Elle est harcelée moralement par son tyrannique beau-père qui lui reproche sans cesse les choses les plus diverses, rien n'est jamais assez bien, elle est bonne à rien, elle n'a même pas"produit" un héritier en 5 ans de mariage. Cet acharnement sert surtout à cacher que le vieux aimerait bien se taper sa belle-fille. Il alterne donc humiliations et tentatives de pelotage quand son fils s'absente.

Or justement il doit s'absenter pour un problème sur une propriété éloignée et laisse ses serfs à la garde de Sergei, nouveau contremaitre à la réputation douteuse. A peine arrivé Sergei essaye de se poser en maître, se bat avec la cuisinière, se bat avec Katia qui vient à la rescousse de la cuisinière ( mais physiquement, ils en viennent aux mains ). Là, Sergei voit qu'il a affaire à une femme délaissée et riche, et change son fusil d'épaule: il va la"consoler". Lorsque que le beau père découvre la chose, Katia se débarrasse de lui en l'empoisonnant, le vieux adore les champignons, un malencontreux accident, il était parano et voyait déjà le mal partout, il  a déjà accusé la moitié du village de vouloir sa mort...donc elle n'est pas suspectée.

Quand le mari prévenu de la mort de son père arrive, en pleine nuit, et sans être vu de personne, il accuse sa femme d'infidélité et essaye de l'étrangler. C'est lui qui passe de vie à trépas.
Les deux complices cachent le cadavre et quelques temps après, se marient (ce qui est étrange puisque le mari n'est que porté disparu)
Sauf que le jour même de la noce, le cadavre est découvert, et Katia, qui est tourmentée par sa conscience et voit les fantômes de son beau-père et de son mari, se rend, et les deux sont arrêtés et envoyés en Sibérie.Fin? Non, là, c'était la partie joyeuse. La conclusion est d'une noirceur absolue, et l'abjection de Sergei, pourri jusqu'aux os, éclate au grand jour.

Musicalement et scénaristiquement j'ai bien aimé par contre. Mais si vous voulez quelque chose e joyeux,passez votre chemin. Crime et Châtiment est le sommet du fun à côté.

Sadko: Aïe, je voulais le regarder, ou au minimum l'écouter, mais plusieurs problèmes
- pas de sous/ surtitres, ni en anglais, ni en russe, et pour un opéra de 3h00, c'est un peu problématique. Pourtant ils y étaient, au dessus de la scène, mais pas cadrés dans le champ de la caméra, on les aperçoit par moments. Je n'ai pas le niveau pour suivre un opéra russe entier sans un minimum de traduction.
-  C'est une version avec un choix, disons, spécial. L'opéra est normalement inspiré des Bylines (un genre littéraire médiéval qui mélange épopées, chansons de gestes, contes, un peu tout ça à la fois). Or je n'ai jamais vu de version entière "classique", et commencer par un gros délire parodique ne me parait pas le plus judicieux.
Là, ça commence par des gens en vidéo qui répondent à des questions et un type en tenue de tous les jours est sélectionné. Il aime la littérature médiévale et aurait voulu être un héros, il est donc propulsé parmi des gens en costume "moyen-âge de pacotille", dans ce qui s'avère un parc à thème.
Visiblement, il y a un metteur en scène qui a trop regardé Westworld.
- La prise de son n'était pas très bonne, donc même en écoute, je vais devoir trouver autre chose.
Dommage.

Mais il n'y a pas que le Bolshoï qui a proposé ces jours ci des vidéos, il y a aussi son concurrent, le théâtre Marinsky.
Je n'ai simplement pas encore regardé leur chaine, car les vidéos restent en ligne un certain temps, celles du Bolshoï étaient uniquement disponibles pendant 48h00, donc priorité.

Maintenant je vais pouvoir aller voir ce que propose l'autre théâtre, et ça m'occupera bien entre deux révisions :)

vendredi 24 avril 2020

30 ans!!

30 ans..
30 ans!
30 ANS!



Je n'en reviens pas.
Il y a longtemps que je n'avais pas fait un petit sujet astronomique, mais comme la chaîne Astronogeek vient de me le faire remarquer ( et à tout le monde), j'ai pris 30 ans, d'un coup dans la tronche.

Hubble a été mis sur orbite il y a 30 ans aujourd'hui. 24 avril 1990
Ses successeurs , comme le James Webb sont dans les starting blocks ( il doit être lancé en mars 2021), mais quand même Hubble, a révolutionné la connaissance de l'astronomie, malgré ses divers avanies.
Je me souviens bien que dans les premiers jours, il y a eu une découverte aussi absurde que dérisoire, Hubble, qui avait coûté des cents et des milles était ... myope et avait besoin de lunettes!
Un miroir trop plat de 2µm, ça n'a l'air de rien, mais ça suffisait à ruiner les observations, on envoie dans l'espace un télescope surpuissant pour que les observations ne soient pas perturbées par la météo, l'atmosphère et que sais-je.. et il n'y voyait pas bien! donc réglages 3 ans après, et vogue la galère.

Donc évidemment, il y a eu des découvertes et pas qu'un peu ( mesure de l'âge et de l'expansion de l'univers, étude des étoiles, des exoplanètes, du système solaire, du champ profond...), des prouesses techniques ( rien que réparer une aberration optique en apesanteur, hein...)
Mais bon, les études, l'optique, c'est bien joli,mais...
Ce qui compte c'est ça:
Beaucoup d'images sont composites :assemblage de plusieurs images, ou dans différentes longueur d'ondes, d'où les couleurs très marquées. Certains éléments de l'ensemble ( nuages de gaz ou de poussières) ne seraient pas visible à l'oeil nu, ou au contraire, dissimulent ce qu'ils contiennent. En photographiant en infrarouge ou en ultraviolet et en modifiant pour rendre visible le phénomène, on peut mieux cerner les tailles, les formes et les compositions

Nébuleuse de la carène
Nébuleuse du fantôme ( who you're gonna call?)
transit des lunes de Jupiter et leurs ombres sur les nuages. Vu de Jupiter, ce serait des éclipses solaires...
Aurores polaires sur Jupiter

nébuleuse du lagon

M104, galaxie du sombrero
MyCn18...  pas de nom, mais Sauron lui irait bien
nébuleuse du voile ( rémanent de supernova)
les piliers
R136 nuages de Magellan, plein de jeunes étoiles bleues ( très chaudes)
UGC10214, une galaxie spirale qui semble se dérouler comme un serpentin
C'est ça qu'on va retenir. Des images incroyables que j'ai honteusement piquées ici, mais je n'en fais pas commerce et .. l'espace est à tout le monde?
Non sérieusement, allez admirer , je n'ai fait qu'une minuscule selection

vendredi 3 avril 2020

La victoire de Mychine - Daniil Kharms

Voilà un auteur qui m'intriguait depuis fort longtemps et, hooo bien, il est au programme de cette année. Un auteur spécialisé en littérature absurde et satirique.

Mais comme il s'agit d'une courte nouvelle... et si j'en profitais pour faire un exercice de traduction? A ma connaissance ce texte là n'est pas traduit en français, et, en général, bien peu de textes de l'auteur l'ont été à ce jour.

Voilà le texte d'origine


Donc pour comprendre l'ironie de la situation (inextricable), il faut savoir que ça se passe dans le couloir d'un appartement communautaire soviétique. Les appartements communautaires étaient de grands appartements bourgeois redistribués aux prolétaires. Les parties communes, sanitaires, cuisine, couloirs étaient utilisées par tous, et chaque "locataire" ou famille avait sa pièce personnelle.
Un peu comme avoir une chambre en cité U. Et évidemment, ça pouvait poser des problèmes.
Mais il y avait en plus l'obligation d'être inscrit dans un appartement communautaire, ce qui était mentionné jusque sur le passeport intérieur.
Du moment que quelqu'un était inscrit dans un appartement communautaire, il résidait là, c'était aussi simple.
Mais imaginons qu'il y ait une erreur et qu'on ait inscrit un locataire de plus qu'il n'y a de pièces? Il habite là, il est dans son bon droit. Oui,mais il est aussi légalement tenu de rester dans sa chambre et de ne pas occuper les parties communes. Oui, mais s'il le fait, parce qu'il n'a pas de chambre, on ne peut pas non plus l'expulser puisqu'il est dans son droit.
C'est en gros la situation de Mychine ( dont le nom dérive de "souris", et ça convient parfaitement),  héros de cette nouvelle, contraint de squatter le couloir faute de place.

 (il y a bien des façons de transcrire les noms, j'opte vite fait pour la plus classique en français, Myshin , voire  Myšin est aussi possible. Les slavistes internationaux écrivent par convention Puškin, là où on transcrit Pouchkine en français, je garde celle du français plus connue du public francophone, plutôt que d'opter pour la transcription internationale qui donne l'impression d'être en tchèque)

L'auteur lui-même est parfois transcrit " Kharms" ou" Harms". Et avait une tête disons, qu'on n'aimerait pas croiser dans une ruelle sombre, pour être gentille :))



Je crois qu'il a pris le pari de tirer la pire tronche possible pour la photo, il y en a de moins effrayantes, c'est vrai.
En VO, le style avec des situations répétitives et des expressions répétitives, des personnages qui s'interrompent dans laisser les autres parler ajoute une couche d'absurde au récit. L'idée est de caricaturer le monde très impersonnel et inhumain de l'époque soviétique.

C'est parti, traduction de moi-même, merci de ne pas vous l'attribuer, ou l'emprunter sans en indiquer l'origine, ça serait sympa! Je vous rappelle que je suis étudiante dans le but d'être traductrice professionnelle, ce n'est donc pas une copie d'une traduction officielle faite par  quelqu'un d'autre mais bien mon travail personnel et bénévole en tant qu'amatrice.

Ce n'est jamais agréable de se faire voler son travail, et encore moins de voir d'autres personnes le faire passer pour le leur. C'est déjà arrivé avec les courts métrages sous-titrés par Sergei et moi, et d'autres personnes l'ont fait passer pour leur travail. Je ne m'amuserais certainement pas à faire pareil.
Le hasard peut faire qu'on arrive à des traductions proches entre deux traducteurs, mais rarement 100% identiques.
A tout hasard je mentionne ici la date à laquelle je l'ai faite en cas de réclamation ou de contestation :


LE 13/03/2020

Maintenant si vous êtes éditeurs et que vous voulez que je travaille pour vous, on peut s'arranger, je traduits du russe et de l'allemand vers le français, et peux vous fournir une liste de mes traductions déjà en ligne.


La victoire de Mychine
Daniil Kharms


Il dirent à Mychine : "Hé, Mychine, lève-toi !"

Mychine répondit : "Je ne me lèverai pas" et resta allongé par terre.
Alors Kalouguine s'approcha de Mychine et lui dit "Mychine, si tu ne te lèves pas de toi-même, je te ferai lever."
"Non", dit Mychine, toujours allongé par terre.
Selezneva s'approcha de Mychine et lui dit : 

"Vous, Mychine, vous traînez toujours par terre dans le couloir et vous nous empêchez d'aller et de venir."
"J'empêche et j'empêcherai encore" répondit Mychine.

"Eh bien, vous savez..."  dit Korchounov, mais Kalouguine l'interrompit et dit : "Ca n'a pas de sens de continuer à discuter ! Appelez la police".

Ils appelèrent la police et demandèrent à ce qu'on envoie un officier de police.
Une demi-heure plus tard, un policier arriva avec le concierge.

"Qu'est-ce qu'il se passe ici?" demanda le policier.
"Regardez-moi ça", dit Korchounov, mais Kalouguine l'interrompit et dit : "Voilà. Ce citoyen est tout le temps allongé sur le sol. Il nous empêche de passer dans le couloir. Nous lui avons dit ceci et celà..."
Mais alors Selezneva interrompit Kalouguine et dit "Nous lui avons demandé de partir, et il ne part pas."
" Oui" ajouta Korchounov.
Le policier s'approcha de Mychine.
"Vous, citoyen, pourquoi êtes-vous allongé ici ? " demanda le policier.

"Je me repose", dit Mychine. 
"Citoyen, ça n'est pas acceptable de se reposer ici", dit le policier. "Citoyen, où habitez-vous ?"
" Ici" répondit Mychine.
"Où se trouve votre chambre ?" demanda le policier.
"Il est enregistré dans notre appartement, mais il n'a pas de chambre" déclara Kalouguine.
"Attendez, citoyen" dit le policier " C'est à lui que je parle. Citoyen, où dormez-vous ?"
" Ici" dit Mychine.
" Permettez-moi..." dit Korchounov, mais Kalouguine l'interrompit : "Il n'a même pas de lit et est allongé à même le sol "
"Ils se plaignent de lui depuis longtemps" dit le concierge.
" Il est absolument impossible de passer dans le couloir" déclara Selezneva, "je ne peux pas enjamber sans cesse quelqu'un. Et il étire volontairement les jambes, et les bras, et il s'allonge sur le dos et vous regarde. Je suis fatiguée quand je rentre du travail, j'ai besoin de repos."
" J'ajoute..." dit Korchounov, mais Kalouguine l'interrompit et dit : "Il est couché ici aussi la nuit. Tout le monde trébuche sur lui dans le noir. J'ai déchiré ma couverture en l'enjambant."
Selezneva ajouta : "Il a toujours des clous, qui tombent de sa poche. Vous ne pouvez pas marcher dans le couloir pieds nus, vous vous blesseriez sur les clous."
"Ils voulaient le brûler avec du kérosène" dit le concierge.
" Nous avons versé du kérosène sur lui...", dit Korchounov, mais Kalouguine l'interrompit et dit: " Nous l'avons aspergé de kérosène juste pour lui faire peur, mais nous n'allions pas l'incendier".
" Je n'accepterais pas qu'on fasse brûler un être vivant en ma présence" dit Selezneva.
" Et pourquoi ce citoyen est-il allongé dans le couloir ? " demanda soudain le policier.
"Excusez.." dit Korchounov, mais Kalouguine l' interrompit et dit :
"Parce qu'il n'a pas d'autre espace pour vivre : Là, c'est la pièce où j'habite, voilà la pièce où elle habite, là, c'est la pièce où il habite, et Mychine habite ici, dans le couloir."
" Ce ne va pas" déclara le policier. "Il faut que chacun reste dans son espace de vie."
" Et il n'a pas d'autre espace de vie que le couloir" dit Kalouguine.
"C'est exact" dit Korchounov.
"Voilà, il est sans cesse couché ici" dit Selezneva.
"Ca ne va pas" déclara le policier et il partit avec le concierge.
Korchounov s'approcha de Mychine d'un bond.
"Alors, quoi ?", cria-t-il. "Ca vous a amusé?"
"Attendez" dit Kalouguine. Et, s'approchant de Mychine, il dit :
"Tu as entendu ce que le policier a dit ? Dégage le plancher !"
" Je ne me lèverai pas" dit Mychine, en restant allongé sur le sol.
" Et à présent, il va encore plus s'étaler ici, exprès, et continuera sans cesse de le faire" dit Selezneva.
"Certainement" dit Kalouguine avec irritation.
Et Korchounov dit " Je n'en doute pas"


Parafaitement !*

* tel quel en " français" dans le texte

Evidemment ce genre de texte se prête particulièrement bien au théâtre,et voilà, pour continuer une petite série de vidéos en cours de publication ( un court métrage par mois) adapté des textes traduits en français.


Donc profitez-en, non seulement la démarche de faire connaître un auteur peu connu est très appréciable, mais en plus le résultat me plaît bien, vu que j'aime le format court métrage. Avec une petite préférence pour l'instant pour le cynique " une étude approfondie", l'absurde "Poids de la foi" et le fantastique de "Makarov et Petersen - Malguil"

Les films

les textes
- septembre "une étude approfondie"

- octobre "toc!" 
- novembre "le mariage"
- décembre "le poids de la foi"
- janvier "aujourd'hui c'est dimanche"
- février " Makarov et Petersen - Malguil"
- Mars: " phénomène et existence 2"
auteur mort à 36 ans, dans des circonstances particulières.
Et particulièrement tristes:
antimilitariste, il s'est fait passer pour fou et interner en hôpital psychiatrique à Léningrad, pour échapper à la mobilisation forcée lors de la seconde guerre mondiale. Or en 1942, lors du siège de Leningrad, en plein hiver, il y a eu une famine, et dans ce cas, nourrir les malades était loin d'être une priorité.
Il est donc mort de faim avec les autres patients de l'hôpital.

Classique oui, dans son pays, mais inconnu ou presque chez nous
avril: des nouvelles

jeudi 2 avril 2020

La mort d' Ivan Illitch - Lev Tolstoï

Et deux autres nouvelles en prime, toutes sur le thème de la mort.

En même temps , vu le titre , ce n'est pas un spoiler que d'annoncer qu'Ivan Illitch va mourir.




Donc, nouvelle 1: la mort d'Ivan Illitch. D'entrée dès la première page, nous apprenons qu'Ivan Illitch est mort.Il n'a pas eu une vie bien réussie et il rate sa mort. C'est à dire que ses "amis" viennent présenter par obligation leurs condoléances à la famille, qui les reçoit également par obligation, tout en pestant intérieurement contre cet abruti d'Ivan qui a eu la mauvaise idée de mourir le jour de la partie de cartes hebdomadaire, et ça dérange le train-train habituel.

Et le récit part à rebours, pour nous présenter feu son héros , sa vie morose de grand bourgeois convenable, juge, marié par convenance à une femme convenable mais acariâtre, qui a passé 20 ans de mariage à râler et à rendre son mari responsable de toutes les tuiles qui a pu leur arriver ( mutation en province, décès dans la famille... des choses sur lesquelles il n'avait objectivement aucune influence). Mais voilà que le juge qui avait pouvoir de vie et de mort, ou au minimum, d'envoyer les gens moisir jusqu'à leur mort en prison, doit affronter quelque chose qui lui échappe, réellement, et n'obéira pas à sa volonté: la maladie. Peu importe d'où elle vient, il la met sur le compte d'un accident domestique, la description ressemble plutôt à un cancer. Mais Ivan va mourir à petit feu, tout en découvrant l'abominable hypocrisie qui l'entoure, et la vanité de son pouvoir.Il se sait mourant, mais les médecins s'obstinent à lui cacher son état, sa famille chuchotte pour qu'il n'entende pas la vérité. Et Ivan n'en peut plus de tous ces faux-semblants. Sa seule consolation est la compagnie de son domestique Guérassime, le seul qui ne prenne pas de masque pour lui parler.
Et tout le récit est axé autour de ça: ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui se sait condamné et découvre soudain que toute sa vie a été basée sur le mensonge, qui se trouve soudain dans une situation sur laquelle il n'a pas de prise et dont l'issue est inévitable.
Et c'est très intéressant, psychologiquement.

Nouvelle 2: maître et serviteur. Le maître, Vassili Andréitch, est un propriétaire riche et roublard, toujours à l'affût d'un nouveau moyen de s'enrichir. El n'est pas méchant, mais est d'autant plus insupportable qu'il est réellement persuadé de rendre service à ses serviteurs en les roulant. Le serviteur, Nikita, est un paysan, qui lutte avec grande difficulté contre un penchant pour l'alcool qui l'a mis plus d'une fois dans la mouise. Mais c'est un brave homme qui essaye sincèrement de changer et traite avec respect les animaux en général et son cheval en particulier.
Or, ce jour d'hiver, le maître a décidé de partir pour traiter une affaire dans un village voisin, affaire urgente, car il craint que la bonne affaire ne lui passe sous le nez. Même si celà les oblige tous deux à partir en pleine tempête de neige.
Par deux fois, ils s'égareront, tourneront en rond, aboutiront dans un autre village où on leur déconseille de partir de suite, la nuit tombe, ils risquent encore de se perdre, qu'ils restent au chaud, ils pourront toujours partir au matin.Mais Vassili s'entête et veut coûte que coûte partir, Nikita n'a pas d'autre choix que de suivre... et évidemment, ils vont se perdre encore et devoir passer la nuit dehors, en pleine forêt, dans une tempête de neige, avec les loups qui rôdent. Et là ce qui compte,c'est le changement que la peur, le froid et le danger vont opérer dans la tête de Vassili,qui va passer de pensées " je compte l'argent que je vais gagner", à " je ne peux pas mourir je suis riche, si j'abandonnais Nikita, lui peut mourir, il n'a pas une belle vie, contrairement à moi" à " je dois sauver coûte que coûte Nikita" . il faut un danger de mort pour que le maître se rende compte enfin, qu'il y plus important que l'argent, et qu'un serviteur est avant tout un autre être humain.

Nouvelle 3: les 3 morts.
La encore 2 personnages vont mourir: Un riche dame tuberculeuse qui refuse l'idée de la mort et s'obstine à vouloir partir au soleil en Italie, où elle est persuadée de guérir, en dépit des recommandations de son médecin et de sa famille. elle refuse d'accepter l'évidence, et en veut à la terre entière. Le second, est un vieux paysan qui agonise à la maison près d'un poêle. Mais il est en paix avec l'idée de la mort et ne se fâche pas lorsqu'on lui dit " je peux prendre tes bottes? Elles sont presque neuves et tu ne t'en servira plus".Parce qu'il a assimilé cet état de fait:la mort fait partie de la vie...
Le 3°.. je n'en dirai rien pour ne pas gâcher la surprise.

Je n'avais pas encore lu Tolstoï et j'ai beaucoup aimé ces nouvelles très intéressantes psychologiquement, presque violente dans leur récit clinique de la maladie et de la mort, mais empreintes d'un cynisme souvent drôle.Ce qu'il en ressort, c'est vraiment l'idée presque stoïcienne que la mortest inévitable, donc autant prendre ses précautions pour la succession, accepter cette idée et surtout vivre avant qu'il ne soit trop tard. C'est vraiment trop désespérant d'arriver au point de non retour, celui où plus aucune rémission n'est possible, en se disant " si j'avais su..."
Donc oui, je les classe parmi les nouvelles philosophiques, celles qui vont rester longtemps en mémoire et faire réfléchir au sens de sa propre vie.Et tout ça, sans lourde leçon de morale. Mystique un peu, mais pas prosélyte ( coucou Dostoïevski! Tu me gonfles avec ça).
Renseignement pris, il semble que Tolstoï a influencé Gandhi dans son concept de résistance non-violente. Et en effet il y a quelque chose de très oriental dans ce point de vue: la vie et la mort sont imbriquées, elles ne sont pas opposées, mais sont liées. La mort est la fin du monde pour celui qui meurt... mais n'est qu'un micro événement qui dérange à peine l'organisation d'une famille, et n'a absolument aucune importance à l'échelle du monde. C'est triste, mais la Terre n'arrête pas de tourner pour autant.

Depuis qu'il y a des gens sur terre, personne n'a jamais réussi à ne pas mourir. Et c'est parfois utile de le rappeller.