dimanche 31 octobre 2010

Mélusine Tomes 1 à 6 - Gilson & Clarke

Retour en Belgique pour une petite incursion de circonstance halloweenesque dans la BD jeunesse, en compagnie de Mélusine. Mélusine est rousse, comme il sied à une sorcière digne de ce nom, elle est jeune encore ( 119 ans..) et pour payer ses études de sorcellerie, elle travaille comme femme de ménage chez la Comtesse Aimée Döperson, une châtelaine fantôme au caractère épouvantable, et son mari Gonzague, vampire pantouflard qui passe ses nuits en robe de chambre à siffler des pintes de sang. Quelques personnages récurrents complètent le tableau: Wilson le majordome, aux allures de créature de Frankenstein version Boris Karloff, la momie obsédée ( elle passe son temps à essayer d'épier Mélusine par le trou de la serrure), le loup garou, qui ne peut se montrer dignement que les jours de pleine lune, sa véritable apparence humaine de maigrichon à lunettes ne l'aidant pas à séduire les femmes. Et aussi, côté sorcières, la tante Adrazelle, 549 ans au compteur, LA sorcière telle qu'on l'imagine, nez crochu, genoux cagneux, marmite au contenu douteux, et une propension a réaliser le café le plus infâme du monde. Ainsi que Cancrelune, la meilleure amie de Mélusine, et pire sorcière de l'univers, incapable d'atterrir correctement en balai ou de fabriquer une potion qui n'explose pas. Quand à la honte de la famille, il s'agit de Mélisande, pimpante fée rose bonbon, bête comme ses pieds, qui veut sans cesse peupler les marais maudits de Bisounours et autres épouvantables créatures pastel et sucrées.

Autant le dire de suite, on est dans de la BD très classique, les premiers volumes sont uniquement constitués de gags d'une page, 2 maximum, à partir du volume 4 seulement, on aura une histoire plus longue d'une dizaine de pages,  par tome. Ca ne révolutionnera pas la BD en général, ni la BD jeunesse, mais ça reste sympathique à lire, sans prétention, et d'une bonne humeur assez communicative, basé sur le gag récurrent ( Cancrelune qui atterrit une fois sur deux à travers une fenêtre, le café imbuvable de la tante Adrazelle, le vampire qui se trouve transformé en cendres, les gaffes de Mélisande..) L'intérêt, pour un adulte en tout cas est d'y chercher les fréquentes références à tel ou tel film ( genre " le bal des vampires", les "Dracula" de la Hammer), de trouver, comme dans Pierre Tombal les clins d'oeil aux autres scénaristes ou dessinateurs sur stèles funéraires, de voir apparaitre un monstre de Midam ( Kid Paddle) dans un coin de page. Ou de constater que volume en volume, les vêtements de la jolie sorcière Krapella ( copine de classe de Mélusine) ont une nette tendance à raccourcir, tandis que notre héroïne se retrouve de plus en plus régulièrement en tenue légère, voire en culotte, en fonction de sorts plus ou moins réussis.. BD jeunesse, mais les malins scénaristes et dessinateurs se font un petit plaisir au passage. Mais rassurez vous, ce n'est pas de la BD érotique, ça reste soft!
Le dessin assez sommaire au début, va en s'améliorant bien au fil des volumes, comme souvent en Francobelge. Et parallèlement, les gags deviennent un peu plus noir et un peu plus féroces, ce qui ne fait pas de mal.
A noter qu'il y a à ce jour 18 volumes (6 lus pour l'instant pour ma part), et qu'une partie, outre leur édition habituelle chez Dupuis, en couverture cartonnée, sont également disponible en collection "pirate", chez le même Dupuis, en couverture souple, ce qui donne une BD moins épaisse, et de bonne qualité malgré tout pour 3€. Et ça c'est une très bonne initiative.
12/30
MAJ: depuis la première édition de cet article, il y a 23 tomes parus. Je n'ai toujours que les 18 premiers.

samedi 30 octobre 2010

Fées, sorcières et diablesses - Collectif

Dans la droite ligne des recueils " dimension fantastique", 4 volumes depuis 1996 chez Librio, Barbara Sadoul propose un autre recueil de nouvelles dans la même collection, centré cette fois sur le thème de la magie au féminin.
Dix nouvelles mettant en scène fées, enchanteresses, sorcières, lamies, en commençant par l'épisode de Circé dans l'Odyssée d'Homère.Malheureusement, sorti de son contexte, ça ne mène pas loin, l'extrait est vraiment court. Ceci dit, ça m'a donné envie de relire l'Odyssée que j'avais lu en 6°, sans y comprendre grand chose.

Le texte suivant, la belle et la Bête de Mme Leprince de Beaumont, n'est pas tout à fait
à sa place, je trouve. En effet, la fée n'a qu'un rôle très mineur. Et la Belle est quand même d'une nunucherie exaspérante, à toujours tout pardonner, à se laisser faire par ses soeurs, bref, la femme idéale des temps anciens qui la ferme bien comme il faut, mais c'est bien sur un avis qui n'engage que moi, je suis certaine que les inconditionnelles me maudiront pour avoir dit ça! ( et j'ajouterais pour compléter le tableau que le dessin animé sorti il y a 20 ans ne m'avais pas emballée plus que ça). Donc, bon, je l'ai enfin lu, une bonne chose de faite, vite, on pase à autre chose

L'enchanteresse de Sylaire m'a au moins donné l'occasion de découvrir un auteur que je ne connaissais pas, Clark Ashton Smith. L'ambiance est originale, et la conclusion de cette rencontre entre un doux rêveur devenu ermite après avoir été éconduit par une jolie capricieuse, et une enchanteresse flanquée d'un loup garou, est d'une joyeuse amoralité qui fait plaisir à lire.

La sorcière du mois d'Avril, de Ray Bradbury, joli moment poétique, où Cecy, entité immatérielle prend possession pour une soirée du corps de la jeune Ann, afin de pouvoir enfin prendre part aux joies humaines et participer à un soir de bal. Nouvelle fort sympathique où on retrouve l'humour décalé de l'auteur Des Chroniques Martiennes 

La sorcière du placard à balais de Pierre Gripari, est apparemment devenu un classique de la littérature jeunesse.. que l'on ne m'a pas fait lire dans ma jeunesse, mes instits ne devaient pas apprécier. Quoi qu'il en soit, ce conte absurde de sorcière revêche, de petite souris maline et de poissons magicien est drôle, c'est idiot, mais j'aime beaucoup l'idée de l'arbre à macaronis! Une bonne découverte qui m'a faite sourire.

Les farfafouilles de Fredric Brown. Extrait de " fantômes et farfafouilles", j'en parlerais plus longuement quand je publirai un sujet sur cet ouvrage. Pour l'instant, il suffit de savoir que je suis une inconditionnelle de Fredric Brown, de ses chutes, et de ses ambiances qui me rappellent tellement " la 4° dimension".

Vassilisa , un conte russe réécrit par Clarissa Pinkola Estès, rien de bien folichon à signaler, on est en terrain connu: la gentille Vassilisa , esclave de sa belle mère et ses deux méchantes belles soeurs, est envoyée quérir du feu chez la sorcière Baba Yaga, dont elle sort bien sûr sans dommage, avec à la clef la punition des méchants. Bref, du conte habituel, mais qui ne m'enthousiasme pas plus que ça, peut être à cause du passage du Russe à l'anglais, puis de l'anglais au français, qui du coup laisse le folklore slave à la porte.

La fée aux gros yeux, dans une fantaisie anglophile de George Sand, est une gouvernante irlandaise à grosses lunettes qui se passionne pour les petits insectes. Mignon, mais pas inoubliable.

Le poil d'Olivier Ka. Très court, et très drôle, avec sa fée monomaniaque de l'apparence et de la bonne présentation, qui se mêle de ce qui ne la regarde pas.. et se ridiculise.

Un bonbon pour une bonne petite de Robert Bloch. Là encore, comme chez Fredric Brown, on sort des sentiers tous tracés avec une petite fille, si mignonne.. et si démoniaque. Dommage cependant que le même texte apparaisse déjà dans le 4° volume de la dimension fantastique. Il doit être plus difficile de trouver des textes au sujet des femmes démons, mais il est dommage d'avoir exactement le même dans deux volumes de la même collection, ce qui gâche le plaisir quand on l'a déjà lu ailleurs.

Le couloir de Virginie Greiner, est très très original. Pas d'humains ici, on est dans un cadre entièrement démoniaque: une créature extrêmement subalterne va mettre, pas hasard, fin au règne d'un maître diabolique. Mais assez complexe, il faut bien deux lectures pour comprendre de quoi il retourne, même si au final, on ne sait pas exactement ce qu' est la petite créature noire à l'allure de hérisson, ni pourquoi elle a été chargée de pousser de mystérieuses boîtes dans un couloir ( j'imagine une noiraude de Totoro, moi!)

Les feux follets sont dans la ville:; Andersen, probablement en manque d'inspiration, raconte l'histoire d'un conteur en manque d'inspiration, qui rencontre la sorcière des marais laquelle le charge d'avertir tout le monde que les feux follets se sont enfuis, à la recherche d'âmes ) détourner du droit chemin. Une allégorie de l'imagination finalement peu originale, mais l'intérêt est dans le règlement de co(n)mptes d'Andersen avec la littérature de son époque: la sorcière possède de la poésie en fioles prète à être servie, des bouteilles de soupe philosophique allemande, du bouillon pédagogique anglais, de la soupe aux ragots française..et de ce point de vue là, c'est assez réjouissant.

En conclusion, un volume très inégal, ce qui était déjà le point faible du 4° Dimension fantastique, on sent que le filon commence à s'épuiser, d'autant que le sujet semble avoir moins inspiré les écrivains que les fantômes ou les vampires. Je retiens donc surtout les nouvelles de Clark Ashton Smith, de Ray Bradbury, d'Olivier Ka et de Virginie Greiner, le reste étant soit déjà connu de moi, soit déjà paru dans la même collection, soit moins intéressant.


Halloween, J-1, je vais essayer de lire un dernier livre sur le thème d'ici demain! Et une lecture supplémentaire au passage pour le challenge 2 € par la même occasion.

vendredi 29 octobre 2010

La nuit du fantôme - Qian Yu

Et voici une nouvelle étape du challenge BD, qui nous emmène encore plus loin que la précédente. Car après le Koweit, c'est en Chine que nous arrivons. Et en l'occurrence, en Chine impériale, pour suivre les enquêtes du Docteur Li, héros issu d'une série de romans policiers chinois, je ne pense pas que les romans originaux aient été traduits en français soit dit en passant.

Lotus Li, donc, médecin et herboriste un peu excentrique et marginal, a la réputation de savoir ramener les morts à la vie, réputation qui lui vient d'avoir simplement ranimé un malade dans le coma, mais la populartion superstitieuse y croit dur comme fer: lui seul pourra ressusciter la riche héritière Yu Qiushuang,  morte dans de mystérieuses circonstances alors quelle était en voyage, son cadavre découvert dans une malle, et tous les témoins présents prêts à certifier qu'elle a été tuée par un fantôme. Bien entendu, Maître Li ne peut rien faire pour la ramener à la vie, mais va s'attacher à prouver qu'elle ne peut avoir été victime d'un spectre, mais bien sûr tuée par un humain. A lui de trouvcer qui a commis le meurtre, pourquoi, dans quelles circonstances.. une base de whodunit tout à fait classique donc. L'élément éminemment chinois ici est l'importance centrale du Qi gong , discipline chinoise de la maîtrise des énergies vitales, qui est à la fois une philosophie, un art de vivre, une base d'art martial... L'éditeur Xiao Pan qui se doute que les lecteurs français ne sont pas forcément au fait de tout ça ouvre d'ailleurs le livre par une brève présentation du Qi Gong (on trouve aussi quelques notes culturelles bienvenues par ci par là)

Sinon que dire: bien sur c'est la splendide couverture qui m'a attiré l'oeil. Joli bouquin d'assez grande taille, beau papier épais, pas de bavures, .. de la belle ouvrage - qui vaut quand même 14e mais attention! toutes les pages sont en couleurs, dans des tonalités de bleus, verts et mauves froids du meilleurs effet, contrairement à ce qu'on peut voir habituellement chez les homologues japonais. Et comme vous pouvez le constater, la manhuajia qui est avant tout illustratrice se fait vraiment plaisir sur les décors, les costumes les bijoux de ses personnages.
Au niveau du scénario, il ya quand même un problème: autant l'enquêteur farfelu est plutôt sympathique, autant l'intrigue est prometteuse.. mais autant la narration élude beaucoup de choses, et des choses cruciales. J'ai eu l'impression que la BD s'adresse avant tout aux lecteurs qui connaissent déjà le roman.  Et ça pose problème lors de la résolution finale par notre Columbo de la Chine ancienne: le lecteur n'a tout simplement pas accès aux indices qui permettent de résoudre le mystère. Or 50% du plaisir de la lecture d'un policier, pour moi en tout cas, réside dans la collecte des indices. Pour arriver à la conclusion en même temps que le héros. Et la, ben...il y a comme de la rétention d'informations au niveau du scénario ( qui donne au final " mais! pourquoi on ne nous l'a pas dit! comment je fais pour deviner, moi?" etc..). Pas évident de combler les blancs, et c'est frustrant.

Au final, on a un graphisme superbe, mais une narration pas très convaincante, et c'est dommage, car l'ambiance est agréable, et ça fait plaisir de lire un BD asiatique sur un sujet qui sort des grilles habituelles de la BD japonaise ou coréenne shojo/shonen/seinen/josei. Le problème finalement assez classique du bon dessinateur qui aurait du s'associer avec un scénariste..
Forcément à un niveau ou à un autre, ça pèche. Et c'est d'autant plus frustrant de se dire qu'on aurait pu avoir un résultat très bon, si seulement la trame était un peu plus maîtrisée

Vraisemblablement, il s'agit d'une série en 4 volumes, mais j'avoue que j'ai peu d'espoir de voir un jour la suite, la réalisation prend du temps, il faut souhaiter que l'éditeur n'abandonne pas en cours de route. Mais Xiao Pan a l'air, malgré son jeune âge d'un éditeur sérieux, qui préfère se cantonner à un catalogue restreint plutôt que de partir tous azimuths ( car il y a une amorce de suspens à la fin,et j'aimerais bien savoir ce qui va se passer.. ou alors, on peut toujours rêver,  il reste la solution que.. mettons 10/18 dans sa collection "grands détectives" ne nous propose les romans traduits?).

Première incursion dans la BD chinoise, on va dire que c'est un demi succès. J'essayerai peut être " le pavillon de l'aile ouest", du même éditeur, si j'arrive à la trouver, le titre semble épuisé.

Fantôme.. Esprit es-tu là?  Et qui dit fantôme dit "lecture d'Halloween" bien sûr!

dimanche 24 octobre 2010

The 99 origins - Naif Al-Mutawa

Alors que ce n'était totalement pas à l'ordre du jour, mon défi BD vient de passer de défi mix Franco-belge et manga à défi curiosité, en ajoutant un comics.
Et pourtant les comics ne m'ont jamais franchement attirée..

Oui mais voila, je suis tombée sur un article de rue89 qui a su piquer ma curiosité: il y est question d'un comics de super héros, oui, mais venu du moyen-orient, du Koweit très exactement. Qui plus est, un comics qui se veut porteur de valeurs positives, de libre choix ( on y voit grosso modo autant de femmes non voilées que voilées), avec en plus l'espérance que, puisque le scénariste est lui-même koweitien, on échappera a un gros cliché, style l'oriental forcément émir du pétrole.
Et donc de fil en aiguille, en allant voir le site officiel (en anglais, le comics n'est pas encore traduit en français, mais l'auteur a bon espoir), j'ai donc pu télécharger le premier de la série ici, première entrée, cliquer sur le bouton en anglais, gratuit et au format PDF.

Et c'est très très sympa à lire je dois dire. Et très prometteur. On nous promet donc 99 super-héros et héroïnes, venus de pays différents, et détenteurs chacun d'un super pouvoir en lien avec un des 99 noms d'Allah, histoire d'ancrer le sujet dans des références typiquement orientales, mais le tout sans intention de prosélytisme.Chaque héros est détenteur sans en avoir conscience d'une "pierre de lumière" à qui il doitses capacités hors norme.

Et donc, " The 99 origins" plante le décor.
La première partie, féérique comme un conte des mille est une nuits, nous raconte la fabrication des pierres: lors de la prise de Bagdad au moyen âge, les érudits tentèrent de sauver les connaissances de leur civilisation avant l'inévitable incendie de la bibliothèque, en fixant par alchimie le contenue des livres dans 99 pierres. Ayant réussi, ils transportent les pierres dans le sud de l'Espagne pour les cacher, mais un savant orgueilleux désireux d'absorber toute la connaissance contenue dans les joyaux a une très mauvaise idée, qui conduit irrémédiablement à leur perte et à la sienne.
Deuxième partie:  Epoque contemporaine, le scientifique Ramzi Razem, qui vient de présenter la communication sur l'histoire des "pierres de lumière" tente d'obtenir des crédits pour les rechercher, dans le but officiel d'y trouver une solution pour une production énergétique propre ( de mémoire, je n'ai plus tous les détails en tête), et bien sûr passe pour fou auprès des instances internationales. Qu'à cela ne tienne, il est bien déterminé à les retrouver. Au même moment, à la frontière Saoudienne, le jeune Nawaf Al Bilali est vicitme d'un tragique accident: en tentant de fuir un danger les menace lui et sa famille, il marche sur une mine anti-personnel, et survit, avec des effets secondaires totalement inattendus: devenu géant, il est capable d'anéantir une rue entière rien qu'en éternuant. Alerté le professeur Ramzi découvre que les effets sont du à l'un des fameuses pierres la pierre de la puissance que l'explosion lui a incrusté dans la peau, rendant le pouvoir incontrôlable.

Voilà grosso modo, pour le scénario. J'ajouterai qu'en plus d'évoquer des problèmes quand même sérieux ( l'accident de Nawaf est quand même plus dramatique et crédible dans son principe qu'un type mordu par une araignée irradiée, je dis ça, je dis rien), c'est drôle ( le gigantisme du malheureux antihéros qui ne ferait pas de mal à une mouche est quand même source de gags burlesques qui détendent un peu l'atmosphère), la fin de ce premier épisode , de  plus de 60 pages quand même, donne bien envie de connaître la suite.
Bref, pour mon incursion dans le domaine du comics, j'ai quand même réussi à sortir des sentiers battus, et c'est une série que je suivrai probablement, peut-être même en pdf sans attendre de traduction française, la qualité visuelle est bonne et ne fatigue pas trop les yeux.

( et cerise sur le gâteau, satisfaction toute féminine, on nous précise sur le site officiel que Noor, la première super héroïne qui va apparaître est une femme de 66 kilos! Une super héroïne aux mensurations humaines, ça fait plaisir, tiens!)
Ce qui me fait donc 5 volumes sur 30 pour le challenge BD, et un quatrième pays visité ( Belgique, France, Japon, et maintenant Koweit). Sans véritablement ajouter de clause géographique à mon défi, je me fixe l'objectif de rajouter encore 3 ou 4 pays différents, histoire de voir ce qu'il se passe ailleurs, tiens!

Où Babelio relance le programme Masse Critique (2) spécial littératures de l'imaginaire

Rebelote, 2° masse critique en 2 mois, et ho! joie , ho! bonheur, j'ai encore été sélectionnée. Je ne sais pas encore quel livre je vais avoir à critiquer, j'ai fait une demande pour un roman de SF d'Andrevon, et je crois un autre d'Eschbach, si je ne me trompe pas.. je sais que les 2 que j'ai sélectionnés étaient de la Sf en tout cas, dans la mesure où la majorité des livres proposés cette fois étaient de la fantasy, je n'avais pas énormément de choix, vu que je ne suis pas vraiment branchée fantasy
EDIT: c'est donc "la maison qui glssait", un gros volume d'Andrevon que je viens de recevoir!

et en plus, Babelio informe les amateurs qui n'ont pas de blog qu'il reste une vingtaine de livres à attribuer, réservés à eux justement... Donc on relaye l'info!
Avis aux amateurs!

jeudi 21 octobre 2010

Nibun No Ichi - Kiki

Attention, le message qui suit est un peu de la triche. Dites vous que j'ai pris n'importe quel prétexte pour parler de Nibun No Ichi, sympathique manga en trois tomes sorti chez Taïfu en 2008 et passé par trop inaperçu.
Il sera donc intégré à la fois au challenge BD ( et hop, 3 volumes de plus) et au défi SF...
oui car il s'agit d'un manga de SF.. oui bon ... un peu quand même, mettons, mi-humour, mi-SF voilà!


Toute l'action se passe dans un lycée/université.. oui, je vous vois venir, des histoires d'amourettes scolaires? NON! pour une fois, on dérive vers un autre domaine.

Tout commence lors que Shiu, lycéen très peu motivé à suivre ses études, fait la connaissance de Maggy, une collégienne chahutée par les garçons de sa classe, qui la soupçonnent d'être une garçon ( ha, une histoire de travesti? hé non! la encore vous avez tout faux)
En fait Maggy a un frère Jumeau, Jiggy. Mais on ne les voit jamais ensemble, ce qui éveille des soupçons, ils sont même très exactement absents un jour sur deux en alternance. On apprend donc très vite que ces jumeaux d'un genre particuliers sont reliés en permanence par leurs cinq sens, et ne peuvent rester réveillés en même temps: lorsque l'un est réveillé, l'autre sombre en catalepsie, tout en gardant un contact sensoriel avec celui qui vaque à ses occupations. ce qui cause quelques menus problèmes: Jiggy adore les films d'horreurs que sa soeur déteste, et ne peux pour autant éviter de voir via son frère. Lorsque Maggy veut se venger, il lui suffit d'embrasser un garçon pour donner la nausée à son frère. Le titre japonais signifie d'ailleurs " un demi" ou "la moitié d'un".

Cette situation peu banale semble d'ailleurs ne pas perturber plus que ça Shiu, qui se retrouve bien vite, à la suite d'un fâcheux concours de circonstances, à héberger dans sa chambre de 3m sur 4 les deux jumeaux en rupture de chambre d'internat. Or Ce que l'on apprend vite, c'est que Shui n'est pas non plus un lycéen ordinaire: sous son air nonchalant, c'est un petit génie de la robotique qui s'attelle à fabriquer un robot hologramme afin de permettre aux jumeaux d'enfin communiquer l'un avec l'autre, et leur changer la vie. La sympathique bande de trois devient rapidement une bande de quatre, lorsque débarque Rei, grand dadais un peu hippie capable de communiquer avec les plantes, capacité qui l'a fait entrer dans le petit groupe d'élèves surveillants, informé en temps réel par les bruissements des arbres ( et si on le croit, les arbres du campus sont de vraies commères, qui passent leur temps à se transmettre des potins!). Rei vient donc a son tour squatter la chambrette de Shui, bientôt suivi de Neil, une autre collégienne qui elle, voit des esprits. Ce sont donc 5 personnes et demies qui dorment chez Shui. ou plutôt 5 personnes et un robot canard, l'invention majeure de Shui, un robot super intelligent.. en forme de gros canard jaune.

Là normalement, vous vous demandez si je n'ai pas fumé.. ou si plutôt l'auteur n'a pas fumé...

Mais non, je vous jure... Il est vrai que le côté science fiction peut sembler passer au second plan, car, et c'est la la particularité du truc: la mangaka n'en fait pas tout un plat. Dans le monde qu'elle nous décrit, les mutations comme celles des 4 originaux, ne sont pas monnaie courante, mais ne dérangent personne. Le côté fantastique/SF n'est qu'en rapport du lecteur, pour les personnages, sans être normal, il n'est pas spécialement étonnant de concevoir des robots ou de se balader en skate volant sur le campus.

Car le vrai fond du problème est seulement d'assumer sa propre bizarrerie sans en faire une montagne. La fin est d'ailleurs complètement tirée par les cheveux, il sera question de mutations cellulaires, mais peu importe , l'essentiel n'est pas là. Le but du jeu est de passer un moment de détente en lisant un manga de SF pétillante et fraîche comme un limonade, qui n'est ni angoissé, ni violent, ni prise de tête. Avec des dessins qui vont bien, pas trop esquissés, mais pas trop surchargés, et surtout, sans histoire d'amour! Ce que c'est reposant! A l'image de Rei, le sympathique glandeur, la coolitude est le maître mot de ce manga sans autre prétention que de faire sourire.

Le petit bémol qui gène un peu, c'est le rappel en début des premiers chapitres de la situation, du à une prépublication très échelonnée. Mais comment ne pas craquer devant Juliette le robot le plus Kawaii du monde?
Pour les curieux, une prévisualisation du premier volume est disponible ici: Nibun no Ichi 1

Et de la même mangaka, est également publié en France un Josei (manga pour lectorat féminin adulte) humoristique également axé sur le côté cool de ses protagonistes: Love Me tender. Faudra que j'en parle ici quand je me serai procuré le 6° volume!



mercredi 20 octobre 2010

L'assommoir - Emile Zola

Voilà enfin l'auteur qui a motivé le thème de ce challenge ABC. Je n'avais pas encore lu un seul Zola, je n'ai donc pas eu à chercher bien loin pour trouver ma lettre Z. Quand au titre, c'est une descente chez un libraire d'occasion qui a décidé: un volume quasi neuf à 1e, ça ne se refuse pas. D'autant que j'ai quelques Jules Verne dans cette édition déjà, ils iront bien ensemble sur l'étagère " XIX° siècle".

L'édition "petite bibliothèque Lattès", des livres de tout petit format, tout mignons, tout bleus... hélas, j'avais oublié un détail, mais de taille: les coquilles. Nom d'un chien qu'est-ce qu'il y en a! Des lettres qui sautent, ce qui donne parfois quelque chose comme " un con de son fichu", au lieu d'un coin, bien sur.. Ou un personnage qui perd une lettre, Coupeau - un nom pourtant hautement dérisoire-, qui se trouve appelé "Coupeu".. et j'en passe. Ca serait peu important s'il n'y en avait pas autant, ce qui est assez indigne d'un éditeur de cette importance.

Donc l'Assommoir, les aventures - mésaventures plutôt-, de Gervaise, blanchisseuse quittée par son concubin Lantier, qui se marie avec son voisin monsieur Coupeau, un brave homme, couvreur, qui de sobre qu'il est, sombre dans l'alcoolisme, par accident, par hasard, et qui y entraine sa famille. C'est ainsi qu'on le présente en général, un drame social sur l'alcool et ses ravages. Mais c'est bien plus que ça. C'est aussi la peinture d'une humanité qui creuse sa propre tombe, à force d'accoutumance: accoutumance à l'alcool, mais aussi accoutumance à la misère: plus personne ne s'offusque de voir une femme ou un enfant mourir sous les coups d'un parent alcoolique, c'est normal! plus personne ne s'offusque de voir un vieux voisin mourir de faim, c'est normal! On se prend à espérer que Gervaise, l'héroïne qui veut prendre sa vie en main va ruer dans les brancards, mais non, elle se laisse submerger par l'indolence - Zola nous précise régulièrement que sa vraie nature la porte à l'indolence et à la gourmandise. Et si Coupeau boit son patrimoine, Gervaise est aussi coupable que lui: mal vue par la famille, elle laisse son orgueil prendre le pas sur sa raison, et se ruine pour un dîner pantagruélique au lieu de payer ses dettes, à seule fin de faire crever sa belle-soeur de jalousie. Et bien sûr, c'est un mauvais calcul. Le plus rageant dans l'histoire, c'est que le lecteur la voit s'enfoncer dans les dettes à force de mauvais choix, et continuer à s'enfoncer sans sourciller lorsqu'elle a l'occasion de faire changer les choses. Il y a longtemps que je n'avais pas autant pesté contre un héros de bouquin - preuve indéniable chez moi que je suis à fond dans l'histoire. C'est pourquoi j'ai du mal à voir Gervaise entièrement en victime d'un sort qui s'acharne. Elle ne saisit pas les occasions de s'en sortir, aveuglée qu'elle est par le fatalisme. Inversement Coupeau n'est pas non plus entièrement coupable: à la suite d'un accident de travail, il n'a plus le courage de remonter sur un toit risquer sa peau pour un salaire de misère, et devient alcoolique à la suite de ce qui serait maintenant considéré comme une dépression nerveuse, mais qui à l'époque passe pour de la flemme pure et simple. Et la plupart des personnages sont à cette image: pas entièrement blancs ni noirs. Gervaise se fait plumer par Lantier son ex, revenu mettre son nez dans les affaire du ménage coupeau, Virginie la langue de vipère qui se moquer se fait plumer à son tour. La belle-soeur (assez langue de vipère elle aussi), que Gervaise imagine riche et avare trime toute la journée au dernier étage d'un appartement délabré, pour un salaire peu mirobolant. Il n'y a pas grand monde qui soit tout blanc ou tout noirs là dedans, hormis la petite Lalie, la voisine de 8 ans, la seule vraie de vraie victime, battue et laissée mourir de faim par son sadique de père : la fille justifie son père, en plus, n'ayant connu toute sa vie que la violence par " c'est l'alcool qui l'a rendu fou, il n'y est pour rien, on doit tout pardonner aux fous", - alors qu'il devait déjà avoir des penchants sadiques à al base. Et bien sur tout le monde ou presque autour meurt emporté par la cirrhose, sauf lui. Là encore on peut être heureux que les mentalités aient changé! Par contre, ce qui ne change pas, c'est le rapport à l'argent, les gens qui se complaisent dans l'endettement, se laissent écraser, font des dettes pour payer les dettes qui leur serviront à payer leur dettes.. et finalement achètent autre chose. Pour Gervaise, ce sera de la nourriture fine hors de ses moyens, pour le Quidam du XXI° siècle, le dernier objet hi-tech à la mode... . Et sur ce point là, qui n'était peut-être pas le propos principal de Zola à son époque, l'histoire reste très très actuelle.
Un autre sujet secondaire très intéressant est amené par le forgeron Goujet, qui voit évoluer son usine avec la révolution industrielle, et le chômage augmenter par contrecoup: la mécanisation arrive, la production à la chaîne apparait, les usine commencent par baisser les salaires, plus on licencie. La aussi..ce n'est plus la mécanisation qui pose problème, ce sont les délocalisations. Les paroles ont changé, mais la musique est la même. Au final, c'est plutôt tout ce qui tourne autour de l'alcool qui est daté, depuis que les gouvernement on fait des efforts dans le domaine de la santé publique.

 On m'avait prévenue, Zola, c'est ennuyeux, gnagna, des descriptions, gnagna.. (personnellement je ne comprends pas ce que la plupart des gens a contre les descriptions, mais bon..). Et, partie comme ça, je ne m'attendais pas à adorer. Hé oui! Au contraire, j'ai trouvé tout ce là très bien écrit - même si l'argot de l'époque a un peu vieilli, mais sinon, c'est vivant, bien écrit.. Et je retrouve ce que j'ai déjà dit pour Alexandre Dumas (voir sujet sur le Comte De Monte-Cristo): quel talent narratif! Celui que je retrouve d'ailleurs chez pas mal d'auteurs de la même époque: Dumas donc, mais aussi Jules Verne, Balzac, ou Jules Vallès également. Cet art de savoir raconter une histoire, sans perdre le fil, cette manière de donner l'impression de savoir où l'ont va dès les premières lignes, sans pour autant écrire une histoire cousue de fil blanc dont la fin se devine à des kilomètres. Chapeau, rien que pour ça, il mérite l'appréciation maximale!

Une chose est sûre: il y a déjà sur mon étagère un autre Zola qui attend l'occasion d'être lu!

lundi 18 octobre 2010

Histoire d'un squelette - Eiki Matayoshi

La lecture du jour est une trouvaille faite tout à fait par hasard dans les rayons de la médiathèque, à la recherche de lectures pour le Challenge Japon. Le titre m'a intriguée, le résumé m'a bien tentée...

voici ce que dit la 4° de couverture:

"Tout commence lorsqu’on exhume le squelette d’une jeune femme emmurée vivante en sacrifice au XIIe siècle. Découverte archéologique, mais dans ce village de la lointaine île tropicale d’Okinawa, loin, bien loin du Japon métropolitain, le chamanisme est très puissant et les morts cohabitent avec les vivants. Aussi chacun a-t-il son idée sur ce squelette et sur ce qu’il conviendrait d’en faire. Et lorsque s’en mêle un jeune naïf tout frais débarqué de la préfecture, les rancoeurs et les vanités familiales pourraient bien venir perturber une histoire d’amour qui avait pourtant bien commencé, à l’ombre des banians et des énigmatiques ossements d’une jeune vierge.

Lire Matayoshi Eiki, c’est découvrir un pan méconnu de la littérature japonaise. L’île d’Okinawa n’a été rattachée au Japon qu’à la fin du XIXe siècle, et sa littérature y a une saveur plus proche de la littérature créole que de Kawabata ou Mishima. Autour de la découverte de ce squelette, c’est toute une communauté villageoise qui se dévoile à nous, avec ses coutumes, ses rivalités, ses personnages hauts en couleur, décrits avec beaucoup de drôlerie par l’auteur qui nous initie au passage à maintes traditions de son île natale.

Né en 1947, Matayoshi Eiki, premier auteur d’Okinawa lauréat du prestigieux prix Akutagawa (l’équivalent du Goncourt au Japon), ne s’est jamais absenté plus de trois semaines d’affilée de son île natale et y a le statut de héros national. Il vit aujourd’hui de sa plume et poursuit une oeuvre originale imprégnée des croyances et de la culture okinawaïennes."


rempart d'un gusk à Okinawa


Et en effet, pas grand chose à voir avec ce que l'on peut connaître de la littérature japonaise du Honshû, l'île principale. Ici, le héros, pourtant Okinawaïen de souche, mais venu de la grande ville se trouve en total décalage avec le monde rural qu'il découvre. Ici, pas de secrets, les commères connaissent tout sur tout le monde, personne ne s'embarre de convenances et de politesses mielleuse, les pêcheurs se targuent d'une illustre ascendance enracinée depuis des siècles dans le patelin. Et la découvert d'un squelette du XII° siècle dans les ruines du Gusk local (château en pierre) vient mettre un sacré bazar dans ce recoin perdu. Meitetsu, donc, piteux héros, et grand naïf ( il s'est fait escroquer de vingt millions de yens quelques années avant par un collègue de travail beau parleur) qui semble avoir un don pour se mettre dans le pétrin, trouve un petit travail sur le chantier de fouilles archéologiques, en faisant du gringue à la responsable des fouilles, Kotono.
Sitôt après avoir conclu avec elle ( au bout de deux jours), il rencontre les anciens propriétaires du terrain ou se trouve le gusk, les aubergistes Masanobu- le père- et Sayoko - la fille, qui se targuent de descendre des habitants du gusk, peu importe que le squelette soit du XII° siècle et le gusk du XVI°, dans leur idée, c'est arrêtés, le squelette est une aïeule lointaine. Bien évidemment, ils se dépêchent d'embobiner Meitetsu le naïf, afin de le rallier à leur cause, à grand coups de verres d'awamori, le saké local. Sayoko, surtout, sous ses airs de gentille fille mystique se révèle une redoutable manipulatrice, qui sit parfaitement user des ses charmes. Et hop.. deuxième conquête en deux jours. Et Meitetsu se retrouve tiraillé entre Kotono, la scientifique entêtée qui espère prouver que les habitants d'okinawa, qu'elle déteste bien que son père soit du patelin, descendent tous de pirates Wakô qui écumaient la mer de Chine au moyen âge. Et Sayoko, qui entend prouver que ses ancêtres, elle en est sûre, sont descendant de nobles familles indigènes et de prêtresses animistes. Meitetsu s'empresse de prendre le parti de Sayoko ( parce qu'elle est une meilleure affaire au plumard, ce n'est pas dit clairement, mais..), et la suit dans son délire, entreprend de transformer avec elle l'auberge en "musée du squelette" dans le but de redorer le blason de Masanobu et Sayoko.
Mais on ne s'improvise pas directeur de musée du jour au lendemain,  et sans rien à exposer, ni projet précis, autour d'un squelette sur lequel tous les avis divergent, c'est bien sûr un échec. Là dessus arrive l'ex-mari de Sayoko, acteur du nô, spécialisé en rôle onnagata ( voir sujet sur "la mort en été").. et Meitetsu va encore se faire plumer en beauté sans rien voir venir, obnubilé qu'il est par son musée et la confusion qu'il fait plus ou moins entre Sayoko et le squelette.

J'ajouterai qu'en plus de donner une foule de renseignements sur Okinawa, ses coutumes, ses traditions - et son mysticisme, ce livre est drôle: des personnages tous plus ou moins allumés, des situations absurdes et cocasses (mention spéciales aux visiteurs tous cinglés, qui viennent visiter le "musée du squelette", en espérant tous tirer la couverture à eux: groupes religieux, politicards, manifestants pacifistes.. un grand moment). Le traducteur a pris le parti de garder les termes japonais qu'il explicite brièvement, on apprend donc pas mal de choses sur l'histoire et les traditions locales ( j'ai donc découvert que les perles de collier en forme de 9 ou de griffe qu'on voit parfois sur les peintures japonaises s'appellent des magatama, ou que la société traditionnelle d'Okinawa est organisé en munchû, un cercle de famille élargi qui rappelle un peu les clans écossais), tout un tas de choses fort intéressantes et qui donne une vision d 'un autre Japon que celui des cours impériales ou des mégalopoles.  Drôle, absurde,  et instructif, que demander de plus.

Il va me falloir chercher de la lecture en provenance d'Hokkaido maintenant!



Et un squelette pour Halloween, un!

mardi 12 octobre 2010

Au sud de la frontière, A l'ouest du Soleil - Haruki Murakami

Deuxième lecture dans le cadre du défi  japonais de Choco...

Voilà, je dois l'avouer un livre à côté duquel je serais surement passée, s'il ne m'avait été offert lors d'une opération promotionnelle des éditions 10/18 ( 3 livres achetés, un 4° offert, qui avait été ajouté à ma commande, sans que je sache lequel serait offert).

Première bonne surprise, outre le fait que la thématique Japon m'intéresse fort, il y est question de Jazz, une autre de mes marottes.


Japon, fin des années 50. Hajime sympathise avec une camarade de classe, Shimamoto-san. Ils on en commun la particularité assez rare à l'époque d'être enfants uniques, ce qui crée entre eu un lien particulier, et deviennent vite inséparables, Shimamoto-san, timide, ayant du mal à se faire des amis, d'autant plus qu'elle est complexée par ce qu'elle boite, fait découvrir la musique classique et le jazz à Hajime, en particulier " South of the border" de Nat King Cole, qui donne ainsi la moitié de son titre au roman.
Puis, Hajime et Shimamoto-san grandissent, perdent le contact en entrant au lycée.. avant même qu' Hajime aie pris conscience qu'il aime Shimamoto-san. Il passera toute son adolescence à courir les femmes, recherchant chez elle tel ou tel trait qui lui rappelle Shimamoto-san: une boiterie, une vague ressemblance...et évidemment, c'est une mauvaise solution, qui l'amène à rompre à chaque fois, quitte à se montrer particulièrement odieux et déloyal avec Izumi, l'une de ses petites amies. A 30 ans, il finit cependant par épouser Yukiko, une femme qui n'a rien à voir avec Shimamoto-san, et lui plaît malgré tout, avec laquelle il mène une vie agréable et qui lui plaît: grace à son beau-père et à son argent, il est devenu patron d'un jazz club, et tout va pour le mieux...

Jusqu'à la réapparition inattendue de Shimamoto-san, qui met en péril l'équilibre de cette vie. D'autant qu'il doit énormément à son beau-père et se sent redevable envers lui, ce qui le même mal à l'aise lorsque celui-celui propose de participer à quelques affaires louches et fraudes dans lesquelles Hajime n'a aucune envie de tremper. La suite est une approche introspective des réactions d'Hajime face à sa vie sentimentale qui se délite, et la tentation d'avoir une aventure avec celle qu'il n'a jamais oublié, et sa vie professionnelle qui part aussi à vau-l'au.. Coincé entre une femme psychologiquement fragile qu'il ne veut pas blesser, un beau père à qui il n'ose dire non, et un ancien amour à qui il meurt d'envie de céder. Comme on l'apprend, le !sud de la frontière, dans la chanson, c'est le Mexique, l'envie d'émigrer, du changement. L'ouest du soleil, c'est le la perte de repère du paysan sibérien, qui plaque tout pour aller vers l'ouest, quitte à se perdre et à mourir de faim.

Un livre que j'ai finalement bien aimé, avec le recul. Je n'ai pas adhéré à 100%, à cause des scènes olé-olé qui sont assez systématiques (quelles drôles de mentalités, ces lycéennes japonaises des années 70), et au final, qui plombent un peu l'histoire, déjà assez tortueuse à suivre.
Mais, outre les nombreuses références à la musique, au jazz ( la construction du récit en lui même est assez jazzy, avec Shimamoto-san comme leitmotiv entêtant).Une femme étrange cette Shimamoto-san, personnage central qui apparaît finalement peu, qui semble insaisissable: elle arrive avec le brouillard, elle repart avec la pluie, ne dit jamais rien d'elle, le terme d"image du monde flottant" lui conviendrait parfaitement.Au final on ne sait jamais si elle est vraiment là, si elle n'est qu'une re-création de l'esprit d'Hajime, un fantôme, ou un fantasme... C'est cet entre deux, ce mystère en fait qui m'a plu, cette fin ouverte... (oui, autant le dire à ceux qui n'aiment pas les fins ouvertes, rien de conclusif ici, au lecteur de se faire sa propre conclusion)
Une bonne découverte au final, je lirai probablement à l'occasion "Kafka sur le rivage" du même auteur, qui est semble-t-il son titre le plus connu.

Phèdre - Jean Racine

Aussi curieux que celà paraisse, je n'avais jamais eu l'occasion de livre Phèdre pendant toute ma scolarité.. Du Molière en pagaille, le Cid de racine, un peu de Shakespeare, mais pas de Racine ( j'ai bien du lire Andromaque, il me semble, il y a quelques années, en dehors du cadre scolaire, mais, sans certitude).
Mes seuls contacts avec Phèdre étaient d'avoir du étudier la Tirade de l'acte I scène 3, hors contexte bien évidemment.
Je ne comprendrais jamais la logique des programmes scolaires, genre " reader's digest", nous avons sélectionné pour vous les meilleurs moments de la littérature classique, vous pouvez briller en société sans vous casser la tête à lire tout le livre..


Bon, je passerai sur le visuel de cette couverture que je trouve moche, absolument moche, cette statue grecque photoshopisée à yeux bleus... bof quoi!

Sinon, La pièce en elle même... bref résumé pour ceux/celles qui comme moi, on lu d'autres auteurs au collège...
Rappel mythologique.
Phèdre, descendante d'une famille à l'histoire plutôt chargée - elle est la fille des souverains de Crête Pasiphaé et Minos, soeur d'Ariane, et demi-soeur du Minotaure, puisque Pasiphaé a trompé son mari avec Poséidon déguisé sous l'aspect d'un taureau, et que le Minotaure est le résultat de cette relation illicite. Poséidon aura, sous son nom latin de Neptune, une importance dans la pièce de Racine. Le Minotaure se nourrit de chair humaine, le roi de Crête entre en guerre contre le roi d'Athènes, et livre en pâture les prisonniers de guerre au monstre, plutôt que ses propres sujets. Thésée, héros athénien qui est également un descendant de Poséidon d'ailleurs, part alors pour la Crête, et tue le Minotaure. Il repart en pour l'Attique avec Ariane qu'il laissera en route dans l'île de Naxos, et Phèdre, qu'il garde comme femme, étant veuf d'Antiope la reine des amazones, avec laquelle il avait eu un fils, Hippolyte.

Voilà ou en est l'histoire, au moment ou commence la pièce: Thésée parti à la guerre est porté disparu, la rumeur prétend qu'il est mort. Et  l'inimitié entre Phèdre et son beau-fils est de notoriété publique, celle-ci l'ayant fait bannir tant elle ne peut supporter sa vue. Or, la réalité est qu'elle est tombée amoureuse de son beau-fils, et a cherché à l'éloigner pour éviter de se mettre en fâcheuse posture, un tel attachement étant considéré comme tabou, incestueux ( même s'il ne sont pas réellement de la même famille). Mais, la situation politique étant instable, Hippolyte revient à la cour, pour avoir des nouvelles de son père. Lorsque Phèdre le revoit, sa passion reprend vigueur, et elle tente de se laisser mourir de faim plutôt que d'affronter la réalité.
La nouvelle de la mort de Thésée arrive alors, Oenone - gouvernante et amie de Phèdre - la ramène à la raison, l'empêche de se suicider. Puisque Thésée n'est plus là, plus de tabou: Phèdre avoue son amour à Hippolyte, qui évidemment tombe des nues, et le prend assez mal. D'autant qu'il est très fier, admire son père pour son héroïsme autant qu'il le méprise pour ses nombreuses conquêtes féminines, et se tient éloigné des femmes en général pour éviter de tomber dans le même travers que son père, et de Phèdre en particulier, puisqu'elle clame partout qu'elle le déteste ( un joli cas de névrose, tiens!)

La dessus, il faut mentionner un autre personnage: Aricie, fille d'un ennemi de Thésée, qu'il retient prisonnière dans son palais, frappée d'ostracisme: interdiction lui est faite de jamais se marier, Thésée espère ainsi faire disparaître sans effusion de sang la dernière survivante des ses ennemis( oui, c'est compliqué cette histoire). Ce qui arrangeait plutôt Aricie, décidée de toute façon à rester célibataire. Sauf que... bien évidemment Aricie tombe amoureuse d'Hippolyte (pour son côté "intraitable" justement, et hop, encore une névrosée), et lui d'elle.Bon, là dessus, je trouve que le fier Hippolyte et la fière Aricie reviennent un peu vite sur leurs principes, mais bon, il n'y a que 5 actes, il faut élaguer)

Or, Thésée que tout le monde croyait mort revient, et trouve son fils embarrassé que sa liaison avec Aricie puisse être découverte, Phèdre embarrassée d'avoir fait un aveu tabou. Oenone pour sauver la mise à Phèdre décide donc de faire croire à Thésée que c'est Hippolyte qui a fait des avances taboues à Phèdre, que c'est pour celà qu'elle le fuit. Thésée attribue l'attitude penaude d'Hippolyte - à cette situation, le chasse et le maudit, laissant le soin à Neptune ( vrai père d'Hippolyte même si Racine n'en parle pas), de le punir. Hippolyte, maudit et déshérité, se préparer alors à s'enfuir avec Aricie. Mais il meurt avant d'avoir pu mettre son projet à exécution, dans un accident de char provoqué par un monstre marin - puisque Neptune punit l'aveuglement de Thésée en réalisant son voeu. Rongées de culpabilité, Oenone et Phèdre se suicident, et Thésée, qui se retrouve tout seul, décide finalement d'adopter Aricie orpheline par sa faute, de manière à corriger un peu le tir.

Etonnamment, j'ai trouvé cette pièce plutôt intéressante, malgré une aversion pour le théâtre rimé ( alexandrins parfaits, deux hémistiches bien régulières à chaque fois, rimes plates.. j'avoue que j'ai beaucoup de mal à ne pas me laisser endormir par ce style, souvent volontiers emphatique en plus). Mais voila, il se passe beaucoup de choses, peut-être un peu trop même pour 5 actes; l'actionne traîne pas en longueur. les personnages sont tous plus ou moins névrosés, il y aurait beaucoup à dire là dessus si on voulait attaquer une analyse psychologique. Surtout Oenone d'ailleurs, manipulatrice, personnage qui agit, tandis que Phèdre est plutôt passive, se laisse mener par les événements, quitte à regretter. Elle passe son temps à fuir, plutôt que d'affronter ses problèmes: fuite devant Hippolyte, en se laissant mourir de faim, fuite devant Thésée en refusant de se monter, et fuite devant tout au final en se suicidant.
Mais voilà au final, je ne dirais pas que ça m'a énormément plu, sur ce genre de sujet, je préfère directement le théâtre grec ou latin, au moins on évite les fioritures langagières dans les traductions. Cependant, c'est une assez bonne surprise, vu que je pensais ne pas aimer du tout. Peut-être qu'en la voyant sur scène, j'aurais un avis différent encore.

Un lecture du challenge ABC et aussi du Challenge 2€


2/25





dimanche 10 octobre 2010

Don't Panic!

oyez oyez mes bons amis, aujourd'hui , c'est le jour du 42!
pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, vous êtes invités à lire/relire mon billet sur Le guide du voyageur Galactique de Douglas Adams , vous y trouverez la grande réponse

Oui, car si j'en crois le Grand Ordre de la Serviette, qui sait de quoi il parle, quand même, 10.10.10 = 42 en binaire..
Pauvre de moi, n'étant pas à Paris, me voilà contrainte de célébrer cette journée, toute seule.. mais, je l'ai dit en titre: Don't Panic! Je vais pouvoir réaliser le souhait qui anime Arthur Dent tout au long de son aventure cosmique, en buvant une tasse d'Earl Grey pile at five o' clock - oui, je sais, mais c'est tout ce qui me reste en thé anglais.

Puis tiens, une fois que le match Toulouse-Wasps sera terminé ( mais sans aller jusqu'à soutenir les wasps, malgré tout), j'irai préparer un crumble pour le dessert , ce soir, avec un peu de custard.
Et pourquoi ne pas finir la soirée avec une programmation spéciale humour British, le film H2G2 qui attend depuis longtemps que je me décide à le regarder, ou encore une petite piqure de rappel " Monty python".. oui, je vais faire ça, tiens!
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alors, en marge du défi SF, après le livre, le film



Que je n'avais pas vu à sa sortie, déjà, je préférais attendre d'avoir lu le livre, mais aussi manque de temps, manque de motivation à l'époque, les critiques étaient presque unanimement mauvaises... mais j'avais souri devant "le film à côté duquel Armaggedon  fait documentaire", qui forcément laisse prévoir quelque chose de totalement pas sérieux. Et puis la tronche de Marvin le robot dépressif, quand même...

Et donc, voila, en parallèle de la lecture du volume un il y a quelques semaines pour le défi SF, le film.
Que je n'ai pas trouvé si mauvais que ça. Et en l'occurrence, je pense que d'avoir lu le livre avant m'a permit d'avoir un avis plus positif.

D'abord les critiques que j'aie vues pointent en priorité l'utilisation de la voix off. Ca ne me gêne pas, c'est déjà l'idée du bouquin, avec les explications du guide qui apparaissent de ci, de là, en général pour entraîner le lecteur sur une digression bien absurde ( malheureusement, je l'ai vu en français, je n'ai donc pas pu profiter de la voix off du britishissime et talentueux Stephen Fry, ce qui aurait été un énorme plus). De même, j'ai vu pas mal de critiques sur les animations du Guide en flash.. Moi j'aime bien ce côté décalé, ces couleurs qui font penser à un générique de film des années 70, les trouvailles visuelles du générateur d'improbabilité ( les personnages en laine, allez savoir pourquoi, mais ça m'a rappelé la série "Thunderbirds" dont j'ai du voir quelques épisodes il y a des années et des années)
Sinon, j'aime beaucoup les vogons, surtout le chef vogon, muni d'une perruque de juge anglais, car j'aime ce genre de clin d'oeil, et qu'apparemment beaucoup de gens ont détesté. Peut-être à force de voir des trucages et des ET en images de synthèse.
Mais la patte du Jim Henson's Creature Shop, que voulez vous, c'est irremplaçable, j'aurais été très déçue qu'il aient été modélisés par ordinateur, pareil pour Marvin, je préfère largement la solution choisie d'un acteur déguisé en robot (contente de retrouver Warwick Davies, de Willow, ). Non au contraire, j'adhère à ce côté bricolo, qui rappelle la première série de Star Wars ( qui dis-je la seule! parce que maître Yoda en images de synthèse, je peux pas, mais vraiment pas!)


Et donc Marvin, le robot dépressif, que je n'aurais pas imaginé autrement, surement le personnage le plus réussi. Décidément, je ne me lasse pas de sa tronche.

Après, au niveau de l'interprétation, le casting n'est pas mal, Arthur est moyen à souhait, pour Ford ce n'est pas l'interprétation qui me gêne, mais, pourquoi en avoir fait un personnage qui semble avoir des tendances homosexuelles, et passe pas mal de temps à vouloir câliner Arthur?. Certes il n'est pas de notre planète, mais en 20 ans ou presque de présence sur Terre, il aurait eu le temps d'apprendre les usages en société.

Zaphod.. ha, Zaphod, mon personnage préféré du bouquin. Je suis plus sceptique là aussi.Là non plus, c'est plus une question de contexte que d'interprétation, l'acteur n'est pas mauvais, Visuellement, il correspond à peu près à ce qu'on pouvait espérer du "type le plus mal habillé de la galaxie", mais je regrette terriblement la solution choisie, puisqu'il est censé avoir constamment deux têtes contenant chacune une moitié de cerveau, de lui faire apparaître aléatoirement une tête sous le menton. Là, pour l'occasion un petit coup d'image de synthèse aurait été profitable. Et d'autant plus regrettable la liberté prise avec le scénario, pour le débarrasser de sa tête surnuméraire ( même si le résultat nous donne la joie de visualiser sa 2° tête contrainte d'attendre le retour de son corps fichée sur une poupée " danseuse de Hula" munie du panneau " stupid", un grand moment).
Trillian, pas grand chose à en dire, elle est assez décorative, c'est dommage. Bill Nighy est très bon en Slartibartfast, dommage, il n'est pas assez exploité à mon goût.

Par contre le gros problème, c'est vraiment lorsque le scénario, après avoir concentré tout le début jusqu'à l'expulsion du vaisseau vogon en 20 minutes à peu près, se retrouve à devoir rajouter des éléments absents du bouquin : apparition d'un rival politique de Zaphod - malgré John Malokvich méconnaissable, le personnage est réussi, visuellement original, mais on se demande bien ce qu'il fait là, et à quoi il sert, hormis à supprimer une des têtes de Zaphod... dommage pour nous, il garde la plus tarée des deux!. et aussi, beaucoup plus contestable, l'enlèvement de Trillian, et une visite sur la planète Vogon assez inutile, là, le temps parait un chouillat long ( bon ok, j'ai bien ri quand même avec les tapettes à mouches sorties de nulle part)
 Et la fin est ratée, hop, on remet tout comme au début, ni vu ni connu, en rajoutant une histoire d'amour au passage.un peu bâclé. Quand je pense à ce que ça aurait pu donner, mis dans les mains de au pif, quelqu'un comme Terry Gilliam - comme par hasard, un Monty Python, je sais je radote, mais vraiment, ç'aurait pu être un festival d'absurde de haut niveau. La, c'est juste un peu raté. Pas trop.Ca ne se prend pas au sérieux, heureusement, mais un peu plus de rigueur et un peu plus de délire auraient été bienvenus.

Mais malgré les défauts scénaristiques, plutôt un bon moment de film qui ne se prend pas la tête, pas inoubliable Il faudra que je le revoie quand même un jour en vost, parce que là en vf, pas de chance, ils ont eu la mauvaise idée de donner aux personnages les noms de la contestable traduction française - et Arthur Accroc, ça ne le fait pas du tout!

samedi 9 octobre 2010

La dame Au linceul - Bram Stoker

Une fois n'est pas coutume, un hors défi... il s'agissait cette fois de donner une deuxième chance à un livre qui en m'avais pas emballée à première lecture, il y  a quelques années. Et, si vraiment ça ne collait pas non plus cette fois, définir pourquoi..

Je tiens à préciser que je n'ai pas encore lu Dracula, donc, mon avis restera circonscrit à celui là, et que donc, je n'ai pas pu comparer les deux au détriment de La dame.

Mais voila autant le dire de suite, malgré les commentaires plutôt élogieux lus ici et là sur les blogs littéraires, même à la seconde lecture , je le trouve irrémédiablement raté. Comme si l'auteur avait voulu, en 170 pages, faire à la fois un roman fantastique, un roman d'amour, un histoire d'aventure sur fond d'agitation politique, un roman exotique ( les Balkans, leurs paysage sauvage,; leurs habitants fiers..). Bref, ça part un peu dans tous les sens, et au final, on ne sais pas trop ce qu'on vient de lire, sinon qu'aucune des pistes n'est exploitée de manière satisfaisante.

Ça commençait pourtant bien: une apparition fantomatique du côté de l'Adriatique, un jeune aventurier qui fait un héritage faramineux comprenant, justement, un château sur la côte serbe, une tante écossaise et médium, un pays en pleine crise politique.. si, si, il y avait de quoi faire.
 Seulement premier problème: dès la première apparition du "fantôme" aux yeux du héros, on voit venir gros comme une maison l'histoire d'amour cousue de fil blanc: elle est jeune, elle est belle, elle est en détresse, elle a l'air noble - et un peu morte aussi...Donc il en tombe amoureux aussi sec, sans se poser plus de question, prêt  dix pages plus loin à mourir pour une femme dont il pense qu'elle est au mieux un fantôme, au pire, un vampire.  A partir de là, tout passe au second plan:
La guerre entre les serbes et les turcs, qui ne sert qu'à valoriser le Héros, fier, courageux, serviable, patriote, galant même avec les fantômes.. bref, l'hagiographie de l'Anglais idéal, avec un petit côté colonial assez déplaisant ( j'arrive, je fais ami-ami avec les indigènes, je vais essayer de les amadouer et de les aider à gagner leur guerre.. pour me faire une place en tant que Seigneur local).
Le fantastique, l'ambiance qu'il aurait pu y avoir, sacrifiés sur l'autel d'une série de scènes guimauve " je t'aime, oui moi aussi, mais je dois partir avant le lever du jour.. gnagna", avec roulage de gamelles sur les créneaux la nuit. On attend une scène un peu flippante amorcée par " ne venez que si vous êtes prêt à subir une épreuve terrible", qui au final, retombe comme un soufflet, car déjà annoncée plus tôt, quasiment en intégralité, dans un rêve de la fameuse tante médium. Le "destin effroyable" de l'héroïne n'est évidemment pas très drôle, mais franchement, à dire " effroyable" ou "épouvantable", on attendait quelque chose d'un peu mieux que la solution retenue, particulièrement banale.
Et le tout de s'achever de manière assez plate, avec un enlèvement, une course poursuite, et une victoire du héros, quasiment sans rien faire..+ un épilogue qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Donc bref, de l'action, point, du fantastique: à peine..

L'autre gros problème, c'est le style roman épistolaire, peut être dans la foulée de la mode de l'époque, je crois que Dracula en est un aussi. Mais là, sur un récit court, ça pêche. On commence par une coupure de journal, puis par une page de journal intime d'un dénommé Edward, cousin du héros Rupert, qui nous retrace par le menu une fastidieuse généalogie - qui ferait ça dans ses notes personnelles? - dont finalement seuls trois personnages seront utiles. Puis l'héritage,  là aussi par le menu, avec les lettres notariées, les lettres du notaire à untel, puis Edward disparait entièrement pour laisser le champ libre à Rupert.
La première partie, une quarantaine de pages, est donc très fastidieuse, puis ça s'arrange un peu avec l'arrivée de Rupert en Croatie, on se contente alors de ses notes, et des lettres envoyées à sa tante.. plus quelques nouveaux personnages vers la fin. Mais l'auteur s'emmêle quand même un peu, car à côté de ça, on a une narration très omnisciente, qui donne parfois des choses assez drôles:

"lettre de l'archimandrite de Spazac à Lady Janet, château de Vissarion".. qui commence certes comme une lettre " chère Madame, c'est sur ordre du Vladika et avec la permission de l'archevêque que je vous écrit..." relate la course poursuite finale entre Rupert et des bandits, et termine par : "Il prit [sa]main [..] et entreprit de remonter avec elle le sentier par lequel nous étions arrivés. en haut de la colline où ils se trouvèrent bientôt, ils pouvaient maintenant apercevoir le château dans toute sa farouche beauté"..
Et la lettre finit comme ça!
Oui, je sais, je pinaille, mais j'imagine mal un archimandrite écrire comme ça à une lady, lui décrire le lieu où elle habite et qu'elle connaît, et finir sans même une formule de politesse. Ce n'est qu'un exemple, mais des bizarreries de ce style, il y en a sans cesse, et ça alourdit la lecture énormément. Et il y en a vraiment trop pour que la faute en retombe sur le traducteur.

Donc pour résumer: un fantastique qui ne tient pas ses promesses, un roman qui part dans tous les sens sans vraiment se décider pour un genre, une fin en queue de poisson, des scènes gnangnan en-veux-tu-en-voilà, une narration lourde, lourde, lourde, pleine de détails sans intérêts, un personnage masculin héroïque à en bailler d'ennui, un personnage féminin purement décoratif, une tante, un grand oncle et un cousin qui ne servent pas à grand chose.. tout ça donne un bouquin raté.

Deuxième lecture spécial Halloween, même si le côté fantastique est raté..

mardi 5 octobre 2010

La Planète des Singes - Pierre Boulle

Voila un auteur que j'avais envie de lire depuis longtemps. Un auteur de SF français.. un auteur de SF français qui a écrit le scénario de ce qui est l'un des plus gros cartons du cinéma de SF également.. et pour finir un auteur de SF à succès et originaire de ma ville.. je ne pouvais pas continuer de l'ignorer plus longtemps
Rue des études - Avignon
 Je me souviens avoir bien aimé le film ( celui des années 60, bizarrement, celui de Tim Burton ne m'a laissé aucun souvenir particulier hormis les dernières minutes), il faudrait d'ailleurs que je le revoie à l'occasion, mais je peux d'ores et déjà dire que  j'ai adoré le roman, largement plus que sa version ciné.

un roman inclus dans le Recueil "Etrange planète" chez Omnibus
Déjà, grosse différence avec le film de Shaffner, ici pas d'accident de navette sur une lointaine planète. Tout commence en fait par un prologue, assez poétique, qui rappelle les romans d'aventure, de pirates. Deux spationautes nommés Jinn et Phillys, vacanciers en croisière stellaire qui voguent à la voile au sein d'un système tri-stellaire - une voile poussée par les particules des "vents" stellaires, j'adore cette idée- découvrent une bouteille à l'espace. Celle ci contient le récit des mésaventures d'Ulysse Mérou, terrien ayant quitté notre bonne planète en direction du système de Bételgeuse en compagnie de deux autres terriens, le savant Antelle et le physicien Arthur Levain.
Il est bien dommage que ce prologue ait été supprimé des deux versions filmées, car, si a priori il ne paie pas de mine, on retrouvera nos vacanciers spatiaux dans l'épilogue. Un épilogue à chute, un peu le genre qu'affectionnait Fredric Brown, d'un humour cynique totalement réjouissant et dont il est vraiment dommage de se priver, car il apporte un autre regard sur l'ensemble du roman.

Après la trame varie peu, par rapport à ce qu'on a pu voir à l'écran: Mérou ( déjà, quel nom, tout y est: un prénom d'aventurier condamné  à errer des années durant, associé à un nom ridicule. Tout un programme! Le dénommé Taylor du film perd quand même beaucoup en saveur parodique) et ses acolytes accompagnés d'un petit singe arrivent tranquillement sur une planète tellement semblable à la Terre qu'ils la baptisent Soror, la soeur . Par une ironie du sort assez savoureuse, les premiers habitants qu'ils vont croiser sur Soror sont très semblables aux humains, sauf qu'ils ne savent ni parler, ni rire, ni quoi que ce soit qui ait été défini comme "le propre de l'Homme". Ils ont la caractéristique d'avoir peur des singes - et le petit singe terrien en fera les frais- et des objets manufacturés, ce qui vaudra à nos piteux héros de se retrouver tous nus sur une planète perdue au fin fond de l'espace, avec leur  chaloupe ( une mini navette qui permet de rejoindre le vaisseau spatial principal) réduite en miettes, au milieu d'autochtones particulièrement agressifs. Agressifs, mais beaux.. et surtout belles. Et bien sûr, les malheureux terriens commencent à en pincer sérieusement pour une beauté sororienne au cerveau reptilien.

Et ne tardent pas a découvrir la raison pour laquelle les humains de Soror craignent les singes: ce sont les maîtres de la planète, qui partent régulièrement à la chasse à l'humain, pour le sport, la science ou pour remplir les Zoos. Toute ressemblance avec un comportement terrestre n'est bien évidemment pas fortuite. Et à partir de là, Boulle va s'en donner à coeur joie avec les détournements savoureux qui épinglent les agissements de nos congénères.

Ulysse enfermé nu comme un ver, dans un labo, va devoir prouver qu'il n'est pas le primitif que tous les singes croient, subir des batteries de tests dégradants avant d'attirer l'attention de la guenon Zira, éminente scientifique du monde de soror, avec qui il réussi a communiquer, et qui va lui apprendre le langage des singes, leur mode de vie, l'organisation politique. Et là encore c'est particulièrement réjouissant, les politiciens, la science, la bourse en prennent pour leur grade. Lors d'une démonstration publique, Ulysse prouve qu'il n'est pas qu'un "humain savant" habilement dressé par un singe, mais un véritable être pensant, et gagne le droit de vivre dans la société, de se rhabiller, découvre à quel sort il a échappé en visitant les zoos humains ( tiens, y'avait pas des zoos humains au XIX° siècle, ou les soi-disant primitifs étaient exhibés pour le plaisir des "civilisés".. toute ressemblance, blabla..), et collabore avec Zira et Cornélius, l'autre chimpanzé scientifique, qui recherche les origines de la civilisation simiesque, le pourquoi de l'émergence de la pensée complexe chez une espèce et pas chez l'autre.

 Et les découvertes qu'ils vont faire sont surprenantes, et vont conduire à l'éviction pure et simple d'Ulysse de la planète des singes, flanqué de Nova - l'humaine primitive de Soror au cerveau en berne qu'il a mise enceinte à l'occasion de sa captivité, et de leur rejeton- direction la terre à 800 années lumières ( Boulle trouve une solution, un peu tirée par les cheveux mais très relativiste, et finalement acceptable, pour que le voyage, tant aller que retour, ne dure que 2 ans, tandis que 1600 années terrestres se seront écoulées). Ce qu'il y trouveront, vous vous en doutez si vous avez vu le film.
Mais là encore il vous manquera l'épilogue , j'insiste, il est absolument nécessaire à l'histoire.

Mon avis..
Un grand bravo pour ce court roman, qui mérite largement son qualificatif de culte. Le style est simple, Boulle ne cherche pas à développer un univers super original, mais axe tout son récit sur l'ironie, en retournant comme un gant les situations terrestres et les travers de la société humaine. Ce qui nous vaut des pages absolument extraordinaires, surtout celles sur la politique et la bourse, dignes d'un conte philosophique, et qui rappelle pas mal les voyages de Gulliver ( lorsqu'il est emprisonné comme une bête curieuse au pays des chevaux, il faudrait que je le relise pour me le remettre vraiment en mémoire). Ainsi que les passages ou Mérou ( décidément, crédibilité zéro), s'imagine en envoyé de la providence, afin d'être le sauveur de l'humanité déchue de Soror, dans la mesure ou, c'est un signe, il a fait un enfant à une autochtone au QI limité ( qui d'ailleurs finira par développer un semblant d'intellect, histoire de conforter Mérou dans ses rêves de gloire.. lequel espère d'ailleurs qu'on l'accueillera sur terre avec son souvenir de voyage, tel les explorateurs des temps anciens, fiers de présenter la "primitive "à qui ils avaient inculqué la civilisation. Moralement contestable, n'est-ce pas? heureusement il va vite devoir se rendre compte que la Terre ne l'a pas attendu pour évoluer).

et comme tout m'a globalement plus, je passerai sur quelques pages moins convaincantes d'exploration de la psyché d'une cobaye sororienne, qui serait détentrice de la mémoire collective de son espèce et retrace assez artificiellement l'évolution des habitants de la planète des singes. Mais c'est vraiment un bémol mineur, tant le niveau du reste est réjouissant. Pas de trace dans le roman de l'angoisse de l'arme nucléaire, ni de la guerre froide, mais beaucoup d'autres thèmes intéressants: le statue de l'animal et celui de l'homme, au sein de l'écosystème, et de la société, l'expérimentation sur être vivant, la science, officielle ou officieuse, la recherche de l'origine de l'espèce et le futur de l'évolution...

Une lecture du Défi SF.. et aussi en Bonus pour le challenge ABC

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