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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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mercredi 20 novembre 2013

Model (7 tomes) - Lee So-Young

oui bon, je suis en retard d'une semaine et quelque pour la semaine coréenne et j'ai loupé 2 mercredis BD..Je n'ai hélas pas encore trouvé de machine à voyager dans le temps, hélas..

Donc, voilà, la BD fantastique du jour est donc un manwha, BD coréenne, l'équivalent du manga. en fait, le seul manwha que j'ai chez moi, quelle chance, il s'agit d'une histoire de vampire.

Donc, prologue: Jiyae, étudiante en art, passionnée de peinture, coréenne expatriée on ne sait où (probablement aux USA bien que ça ne soit jamais précisé) a un gros problème. Sa meilleure amie, dragueuse invétérée vient de débouler chez elle avec un type au look gothique ivre mort sur les bras. elle l'a dragué dans un bar, mais visiblement le gothique tient mal l'alcool et Melissa a rendez vous avec un autre gars. Solution: laisser le gars cuver sur le canapé de Jiyae. Des amies comme ça.. autant dire que Jiyae passe une nuit très stressante, avec un inconnu plutôt bizarre dans le salon, elle cauchemarde, et voit en rêve l'inconnu la vampiriser. sauf qu'au matin, gloups! Il s'avère que les deux traces de morsures sur son cou prouve que ce n'était pas un cauchemar, et d'ailleurs le fait qu'il ne se réveille pas avec le jour est un autre indice. Là, n'importe qui de normalement constitué courrait chercher de l'ail, un épieu, et ouvrirait tout grand les volets, mais Jiyae semble avoir l'instinct de survie qui se déraille, et pense u'elle a un coup de pot inoui. Quéééé?
oui, un vampire qui porte une croix au cou, c'est un excentrique..

Oui car elle traverse une période de manque d'inspiration et se dit que peux d'humains auront l'occasion de faire le portrait d'après nature d'une créature surnaturelle. Et que donc, c'est une manière de se faire payer le prix du sang qu'elle a versé. Evidemment lorsque le vampire se réveille, les choses vont se compliquer un peu, mais bref, Muriel , c'est son nom, accepte au final de passer un pacte un peu bizarre avec Jiyae: il accepte de poser pour elle à la condition expresse qu'elle vienne chez lui, le réaliser dans son domaine. Car bien sur il a une idée précise en tête qu'on va découvrir peu à peu.

Alors oui, j'ai bien dit "un" vampire et qui s'appelle Muriel, mais malgré ce nom, et son look complètement androgyne, ce n'est pas une femme. C'est bizarre, mais on s'y fait. J'ai vu que dans la version anglophone il a été nommé " Michael", et mine de rien, je trouve ça dommage, car ce nom ambigu colle finalement très bien au personnage.
Je ne sais pas pourquoi dans la version anglophone, ils ont choisi une police "gothique" pour Muriel, ce n'est pas le cas dans l'édition français, mais c'est idiot ça me fait penser à LA MORT de Pratchett, donc ça perd beaucoup en sérieux

Ca c'était le prologue, il y a 7 tomes en tout, qui développent l'étrange aventure de Jiyae chez le vampire. Car surprise, celui-ci ne vit pas seul, mais héberge deux humains sous son toit. Des gens aussi bizarres que lui, mais deux humains quand même: Eva la très rigide gouvernante, liée à Muriel par un pacte qu'on ne découvrira que beaucoup plus tard, et Ken, un jeune homme qui joue vaguement le rôle de serviteur et semble détester Muriel autant qu'il est possible.
Et Muriel? Au début insolent, frimeur, orgueilleux, Jiyae découvre que finalement, son nouveau modèle n'est pas si antipathique que ça. Lui aussi est peintre, et lui aussi est confronté à un problème d'ordre créatif: depuis qu'il est devenu immortel, ses tableaux ne restent plus fixés, mais s'effacent. Il s'est donc spécialisé à peindre des portraits idéalisés de gens qui vont mourir, malades, suicidaires peu importe. Et se nourrit comme ça, en abrégeant en quelque sorte l'existence de ceux qui de toutes façons y avaient renoncé. Un vampire doué de compassion au lieu du monstre assoiffé de sang qu'elle pressentait, comment Jiyae va-t-elle réussir à concilier tout ça pour son portrait, comment rendre fidèlement un modèle plus complexe que prévu. Et qui dévoile peu a peu des buts altruistes: s'il a passé ce marché étrange, c'est surtout afin de changer les idées à ses deux compagnons humains, en espérant que le jeune Ken, qui vit dans une ambiance finalement malsaine, puisse se faire une amie vivante, et même plus si affinités.
insulter un vampire qui vient de se réveiller.. pire meilleure idée au monde

Voilà pour l'argument. A ce quatuor de bric et de broc qui cohabite tant bien que mal, se joint un peu plus tard un fantôme, qui est lié de diverse manières à Muriel, Ken et Eva, et vient compliquer beaucoup, mais alors beaucoup l'histoire. C'est la 3° fois que je lis le tout, et pourtant j'ai toujours du mal à suivre à partir de son arrivée, parce que la narration devient très très complexe, avec une temporalité brouillée, des visions du passé qui se mèlent à l'action, etc.. On aime ou pas. J'ai dit que c'est complexe comme trame, mais moi, j'aime bien les narrations inventives, donc ça va. Bien que la fin soit un peu précipitée, d'autant que le reste de l'action est assez contemplative.

Graphiquement, c'est spécial. Pas un graphisme européen, pas vraiment un graphisme manga non plus, des personnages très étirés, avec dans les premiers tomes des têtes trop petites et des cous trop gros ( mais ce défaut se tasse au fil des tomes pour devenir un style, donc là aussi, ça passe ou pas... tout ou rien!)

juste parce que j'aimerais bien voir la colo originale de ce genre de pages
Après je disais que c'est la 3° fois que je le lis , je l'ai acheté vers 2005, à sa sortie, et relu un peu plus tard, alors que je faisais du tri dans le but de revendre des choses. Et même chose là, à chaque fois je me dis: le dessin n'est pas exceptionnel, en tout cas au début,  la narration est compliquée, je le revends ou je le garde. et au final je le garde, parce que même si ça finit par virer à l'histoire d'amour ( mais plutôt bien amenée, donc je ne râle pas, ça n'est pas trop relou), parce que Muriel Ken et Eva sont des personnages plus complexes qu'il n'y paraissait au premier abord, que leurs histoires se dévoilent par petites touches, et qu'au final, cette Bd a une ambiance très particulière qui marche bien sur moi. Un titre que je reconnais comme imparfait, mais qui s'attire à chaque coup toute mon indulgence.

Et ce d'autant qu'elle doit être à peu près introuvable maintenant: l'éditeur (Saphira) qui s'était spécialisé en BDs coréennes a coulé, le catalogue a été repris par Samji, qui a coulé à son tour. Je me demande même s'il reste encore des éditeurs pour des BDs asiatiques autres que japonaises en fait.  Xiao Pan, qui faisait de la bd chinoise a fermé aussi. La faute à je pense au mauvais ciblage de lectorat, à un mauvais marketing qui s'est concentré sur les lecteurs de manga " standard", évidemment on ne pouvait pas espérer faire autant de chiffre sur ces titres que sur du shonen de baston, les tirages sont resté confidentiels, les grandes enseignes ont préféré vendre des milliers de tomes d'un rouleau compresseur éditorial qu'essayer de faire connaître les titres plus confidentiels ( c'est d'ailleurs pareil en manga, la plupart des titres que je suivais on été arrêtés parce que pas assez rentables)
Enfin voilà, pour ceux qui sont intéressés, il n'y a pas trop de solution, la version en ligne en anglais par ici par exemple, en pensant à ce que j'ai dit sur le nom, sur la police bizarre, ou croiser les doigts et espérer le trouver d'occasion. Ou me demander gentiment de le prêter, mais je suis du genre à ne prêter mes livres qu'à un nombre restreint de copains triés sur le volet :)
'credi BD

jeudi 31 octobre 2013

Sho, calligraphes de Kyoto - BRengade & S. Tanaka

Hooo un sujet non halloween!

Pour parler d'un livre reçu dans le cadre de l'opération masse critique, justement au retour du Japon, je suis très contente d'avoir pu prolonger un peu mon voyage par ce biais.

Ce livre est , plus qu'une monographie sur un maître calligraphe, une introduction à l'art du Sho ( la calligraphie donc), en différentes étapes du début à la fin. Par début, il faut comprendre, ce qui précède l'art de la calligraphie au japon, avec quelques informations bienvenues sur la langue et la philosophie, les différents styles de calligraphie ( Tensho: sigillaire, le style le plus ancien; Reisho, le style de chancellerie; Kaisho;: le style standard; Gyosho, le style semi cursif; Sosho, le style cursif..) exemples ici,

Ensuite, la présentation des "quatre trésors du calligraphe": papier, encre, pierre à encre et pinceau. Ensuite l'acte de fabrication de la calligraphie, pour finir par quelques explications sur l'achèvement ( sceau et signature) de l'oeuvre et son montage en vue de la présentation.

Toutes choses fortement imprégnées de philosophie et de mysticisme zen ( la calligraphie à été inventée au départ dans un cadre religieux, comme un exercice de méditation - comme d'ailleurs l'ikebana et la cérémonie du thé - et de transmission des enseignements bouddhistes,).

Le tout expliqué par un français qui s'est initié à l'art de la calligraphie à Kyoto auprès de Maître Tanaka Shinzai. le tout agrémenté d'une trentaine de reproductions, chacune expliquée en fonction du caractère représenté, du style employé, avec parfois une petite reproduction du caractère d'imprimerie, afin que l'on voie bien à quel point il peut parfois être méconnaissable.
Instructif et tout à fait à la portée d'un occidental novice, une bonne porte d'entrée vers cet art qui peut paraître hermétique lorsqu'on en ignore tout ( bon j'ai malgré tout une préférence personnelle pour le style sigillaire, qui me parle plus que le style cursif, je ne sais pas pourquoi, le côté " antique", presque hiéroglyphique en fait). En tout cas, lors de mon prochain voyage, j'aurais encore plus de plaisir à collecter les calligraphies, de temple en temple ( oui, un jour il faudra que je mette quelques exemples en ligne)

Merci à Babelio et aux éditions Centon pour cette intéressante découverte.

mercredi 9 mars 2011

La parfaite lumière - Eiji Yoshikawa

6/6, yatta!
 Et un challenge fini, un! Dernière lecture officielle dans le cadre du Challenge Japon, mais rien ne dit qu'il n'y en ait pas encore une petite en bonus ;)

Et c'est donc La parfaite Lumière, tome II de Musashi, de Eiji Yoshikawa, qui conclut donc ce défi. Pour le sujet sur le Tome I, c'est par là: La pierre et le sabre

La Parfaite Lumière enchaîne donc exactement là où finissait La Pierre et le sabre, à savoir le trio Musashi, Jôtarô son disciple et Ôtsu la femme déterminée en partance pour Edo ( Tokyo), récemment promue nouvelle capitale, où Musashi espère faire carrière. Les trois sont évidemment très vite séparés, et on retrouve la structure du premier volume, à savoir les histoires parallèles des principaux personnages sur une durée de plusieurs années. Musashi va continuer son périple, prendre un nouveau disciple en la personne de Iori, petit paysan orphelin et débrouillard, être tenté par une carrière officielle au service d'un haut fonctionnaire, mais rester finalement rônin, jugeant qu'il ne pourra se perfectionner sur la Voie du sabre qu'en gardant son indépendance.
Ôtsu, d'abord rattrapée par son ancien fiancé, le pitoyable Matahachi, passe pas mal de temps au second plan du récit, pour ne revenir que sur la fin, sans avoir trop souffert car elle a toujours une chance incroyable qui la met régulièrement à l'abri des coups durs, lui laissant donc l'occasion de se lamenter sur son sort ( l'auteur se fait d'ailleurs plaisir en raillant un peu son personnage par la bouche de Jôtarô qui la recherche car il l'aime bien, bien qu'elle soit toujours d'humeur maussade, toujours en train de pleurer ce qui n'en fait pas la compagne de voyage la plus agréable).
Jôtarô, ainsi que Matahachi, après quelques péripéties, tomberont dans les griffes d'un personnage très douteux, qui cache sous des dehors avenants et insoupçonnables, de noirs desseins politiques que je tairai ici, pour ne pas vous gâcher un ressort essentiel de l'histoire.Rassurez vous, ils s'en sortiront grâce à l'intervention providentielle de l'indispensable Takuan, toujours prêt à rendre service - à grands coups de pieds au derche si possible.
Ôsugi, la grand-mère de combat reste égale à elle même durant la majeure partie du roman, il est dommage d'ailleurs qu'elle change in extremis dans un retournement de situation à 100 pages de la fin assez peu convaincant il est vrai, qui la voit devenir inséparable d'Ôtsu, qu'elle vient pourtant de tyranniser pendant près de 1300 pages et 2 gros volumes.
Et bien sûr on retrouve l'éternel rival de Musashi, Sasaki Kojirô , dans le rôle du méchant, rongé d'ambition, dont le but unique est d'affronter Musashi en duel. Et bien que l'auteur fasse tout pour le rendre antipathique au possible, hautain, prétentieux, vantard, etc.. je continue à penser que c'est quand même l'un des personnages les plus intéressants ( car plus ambigu, mon monolithique que le héros, justement). Et comme vous le supposez, cet affrontement tant attendu sera la conclusion du roman, je ne vous ferai pas l'affront de vous donner le résultat, les deux protagonistes ayant existé , il est facile de le savoir en consultant n'importe quelle bonne encyclopédie ;)
D'ailleurs, tiens je viens de voir que Genzô Murakami, un autre écrivain, a écrit un roman consacré à Kôjirô, il serait intéressant de voir quel portrait en est fait, par contre, je ne sais pas du tout s'il en existe une traduction en français ou en anglais( apparemment, une chose que ne mentionne pas du tout Yoshikawa, Kôjirô était malentendant, ce qui peut changer l'éclairage quand à l'attitude hautaine et distante que stigmatise Yoshikawa)

Grosso modo, les points faibles sont un peu les mêmes que sur le premier volume: des coups de théâtre pas toujours convaincant. dans le premier volume, tout le monde se ratait avec une régularité d'horloge suisse. Dans le second volume, surtout vers la fin, comme il faut bien amener le dénouement, tout le monde se retrouve comme par hasard dans la même petite ville, Iori retrouve comme par hasard aussi sa soeur abandonnée à la naissance et qu'il n'a jamais connu, des ennemis de 12 ans se réconcilient, des amis perdus de vue renouent.. vous voyez l'idée. C'est un peu maladroit et pas toujours convaincant.

L'autre difficulté de ce second volume, c'est le cadre historique: là où le premier était encore assez rural, avec juste quelques repères de noms ou de lieux, le deuxième est plus politique, puisqu'il traite en partie de l'ère Tokugawa, de l'installation du nouveau shogun à Edo, il ya des rebondissements politiques, et il n'est pas toujours évident de s'y retrouver, de savoir qui fait partie du clan Tokugawa, qui soutient le clan Toyotomi, qui fait allégeance à qui ou au contraire, qui complote contre les autres et pourquoi. Bon, l'avantage, c'est que le système politique est tellement complexe, à la fois féodal et incroyablement administratif, que maintenant, j'ai très envie d'en savoir plus sur cette période charnière.

En effet, et ça c'est une des forces du roman qui délaisse assez régulièrement le monde des samouraï et des courtisans pour s'intéresser à celui du peuple: paysans, commerçants, citadins... la société est en pleine mutation, le code d'honneur des nobles est en perte de vitesse au profit d'une caste montante, roturière mais souvent plus riche que les seigneurs: les commerçants. L'action se passe entre 1601 et 1614, donc quelques années avant la politique protectionniste de fermeture du pays, et les échanges commerciaux notamment avec les autres pays d'Asie sont florissants.

Je conclurai donc en disant que ce deuxième volume m'a un tout petit peu moins plu que le premier, par manque de connaissance sur la situation du pays, qui gêne un peu la fluidité de la lecture ( "attends voir, c'est qui lui déjà?" d'autant qu'une palanquée de nouveaux personnages viennent rejoindre ceux déjà présents), et à cause des ficelles narratives qui deviennent un peu trop visible sur les derniers chapitres. On est aussi dans quelque chose de plus philosophique, plus spirituel que ne l'était le début de la formation de Musashi, mais ça reste léger, hein, rassurez-vous encore une fois, il y a quand même une bonne grosse baston toues les 25 pages. Sinon, toujours cette ambiance un peu Dumas un peu western, que j'adore. Pour l'instant, les deux volumes de Musashi sont donc ma meilleure découverte de ce challenge... par contre, indispensable de ne pas laisser trop passer de temps entre la lecture des deux volumes, car il faut raccrocher les wagons immédiatement, car on oublie facilement  quelques détails du premier volume si on laisse passer trop de temps. 3 mois, c'était limite! Mais maintenant, en tout cas, j'ai envie d'en savoir plus sur l'ère Edo, le bushido, le zen, les rites shinto, etc...

ho et puis hein, ça serait vraiment dommage de ne pas en profiter : première lecture officielle du challenge histoire par la même occasion!

vendredi 29 octobre 2010

La nuit du fantôme - Qian Yu

Et voici une nouvelle étape du challenge BD, qui nous emmène encore plus loin que la précédente. Car après le Koweit, c'est en Chine que nous arrivons. Et en l'occurrence, en Chine impériale, pour suivre les enquêtes du Docteur Li, héros issu d'une série de romans policiers chinois, je ne pense pas que les romans originaux aient été traduits en français soit dit en passant.

Lotus Li, donc, médecin et herboriste un peu excentrique et marginal, a la réputation de savoir ramener les morts à la vie, réputation qui lui vient d'avoir simplement ranimé un malade dans le coma, mais la populartion superstitieuse y croit dur comme fer: lui seul pourra ressusciter la riche héritière Yu Qiushuang,  morte dans de mystérieuses circonstances alors quelle était en voyage, son cadavre découvert dans une malle, et tous les témoins présents prêts à certifier qu'elle a été tuée par un fantôme. Bien entendu, Maître Li ne peut rien faire pour la ramener à la vie, mais va s'attacher à prouver qu'elle ne peut avoir été victime d'un spectre, mais bien sûr tuée par un humain. A lui de trouvcer qui a commis le meurtre, pourquoi, dans quelles circonstances.. une base de whodunit tout à fait classique donc. L'élément éminemment chinois ici est l'importance centrale du Qi gong , discipline chinoise de la maîtrise des énergies vitales, qui est à la fois une philosophie, un art de vivre, une base d'art martial... L'éditeur Xiao Pan qui se doute que les lecteurs français ne sont pas forcément au fait de tout ça ouvre d'ailleurs le livre par une brève présentation du Qi Gong (on trouve aussi quelques notes culturelles bienvenues par ci par là)

Sinon que dire: bien sur c'est la splendide couverture qui m'a attiré l'oeil. Joli bouquin d'assez grande taille, beau papier épais, pas de bavures, .. de la belle ouvrage - qui vaut quand même 14e mais attention! toutes les pages sont en couleurs, dans des tonalités de bleus, verts et mauves froids du meilleurs effet, contrairement à ce qu'on peut voir habituellement chez les homologues japonais. Et comme vous pouvez le constater, la manhuajia qui est avant tout illustratrice se fait vraiment plaisir sur les décors, les costumes les bijoux de ses personnages.
Au niveau du scénario, il ya quand même un problème: autant l'enquêteur farfelu est plutôt sympathique, autant l'intrigue est prometteuse.. mais autant la narration élude beaucoup de choses, et des choses cruciales. J'ai eu l'impression que la BD s'adresse avant tout aux lecteurs qui connaissent déjà le roman.  Et ça pose problème lors de la résolution finale par notre Columbo de la Chine ancienne: le lecteur n'a tout simplement pas accès aux indices qui permettent de résoudre le mystère. Or 50% du plaisir de la lecture d'un policier, pour moi en tout cas, réside dans la collecte des indices. Pour arriver à la conclusion en même temps que le héros. Et la, ben...il y a comme de la rétention d'informations au niveau du scénario ( qui donne au final " mais! pourquoi on ne nous l'a pas dit! comment je fais pour deviner, moi?" etc..). Pas évident de combler les blancs, et c'est frustrant.

Au final, on a un graphisme superbe, mais une narration pas très convaincante, et c'est dommage, car l'ambiance est agréable, et ça fait plaisir de lire un BD asiatique sur un sujet qui sort des grilles habituelles de la BD japonaise ou coréenne shojo/shonen/seinen/josei. Le problème finalement assez classique du bon dessinateur qui aurait du s'associer avec un scénariste..
Forcément à un niveau ou à un autre, ça pèche. Et c'est d'autant plus frustrant de se dire qu'on aurait pu avoir un résultat très bon, si seulement la trame était un peu plus maîtrisée

Vraisemblablement, il s'agit d'une série en 4 volumes, mais j'avoue que j'ai peu d'espoir de voir un jour la suite, la réalisation prend du temps, il faut souhaiter que l'éditeur n'abandonne pas en cours de route. Mais Xiao Pan a l'air, malgré son jeune âge d'un éditeur sérieux, qui préfère se cantonner à un catalogue restreint plutôt que de partir tous azimuths ( car il y a une amorce de suspens à la fin,et j'aimerais bien savoir ce qui va se passer.. ou alors, on peut toujours rêver,  il reste la solution que.. mettons 10/18 dans sa collection "grands détectives" ne nous propose les romans traduits?).

Première incursion dans la BD chinoise, on va dire que c'est un demi succès. J'essayerai peut être " le pavillon de l'aile ouest", du même éditeur, si j'arrive à la trouver, le titre semble épuisé.

Fantôme.. Esprit es-tu là?  Et qui dit fantôme dit "lecture d'Halloween" bien sûr!

jeudi 21 octobre 2010

Nibun No Ichi - Kiki

Attention, le message qui suit est un peu de la triche. Dites vous que j'ai pris n'importe quel prétexte pour parler de Nibun No Ichi, sympathique manga en trois tomes sorti chez Taïfu en 2008 et passé par trop inaperçu.
Il sera donc intégré à la fois au challenge BD ( et hop, 3 volumes de plus) et au défi SF...
oui car il s'agit d'un manga de SF.. oui bon ... un peu quand même, mettons, mi-humour, mi-SF voilà!


Toute l'action se passe dans un lycée/université.. oui, je vous vois venir, des histoires d'amourettes scolaires? NON! pour une fois, on dérive vers un autre domaine.

Tout commence lors que Shiu, lycéen très peu motivé à suivre ses études, fait la connaissance de Maggy, une collégienne chahutée par les garçons de sa classe, qui la soupçonnent d'être une garçon ( ha, une histoire de travesti? hé non! la encore vous avez tout faux)
En fait Maggy a un frère Jumeau, Jiggy. Mais on ne les voit jamais ensemble, ce qui éveille des soupçons, ils sont même très exactement absents un jour sur deux en alternance. On apprend donc très vite que ces jumeaux d'un genre particuliers sont reliés en permanence par leurs cinq sens, et ne peuvent rester réveillés en même temps: lorsque l'un est réveillé, l'autre sombre en catalepsie, tout en gardant un contact sensoriel avec celui qui vaque à ses occupations. ce qui cause quelques menus problèmes: Jiggy adore les films d'horreurs que sa soeur déteste, et ne peux pour autant éviter de voir via son frère. Lorsque Maggy veut se venger, il lui suffit d'embrasser un garçon pour donner la nausée à son frère. Le titre japonais signifie d'ailleurs " un demi" ou "la moitié d'un".

Cette situation peu banale semble d'ailleurs ne pas perturber plus que ça Shiu, qui se retrouve bien vite, à la suite d'un fâcheux concours de circonstances, à héberger dans sa chambre de 3m sur 4 les deux jumeaux en rupture de chambre d'internat. Or Ce que l'on apprend vite, c'est que Shui n'est pas non plus un lycéen ordinaire: sous son air nonchalant, c'est un petit génie de la robotique qui s'attelle à fabriquer un robot hologramme afin de permettre aux jumeaux d'enfin communiquer l'un avec l'autre, et leur changer la vie. La sympathique bande de trois devient rapidement une bande de quatre, lorsque débarque Rei, grand dadais un peu hippie capable de communiquer avec les plantes, capacité qui l'a fait entrer dans le petit groupe d'élèves surveillants, informé en temps réel par les bruissements des arbres ( et si on le croit, les arbres du campus sont de vraies commères, qui passent leur temps à se transmettre des potins!). Rei vient donc a son tour squatter la chambrette de Shui, bientôt suivi de Neil, une autre collégienne qui elle, voit des esprits. Ce sont donc 5 personnes et demies qui dorment chez Shui. ou plutôt 5 personnes et un robot canard, l'invention majeure de Shui, un robot super intelligent.. en forme de gros canard jaune.

Là normalement, vous vous demandez si je n'ai pas fumé.. ou si plutôt l'auteur n'a pas fumé...

Mais non, je vous jure... Il est vrai que le côté science fiction peut sembler passer au second plan, car, et c'est la la particularité du truc: la mangaka n'en fait pas tout un plat. Dans le monde qu'elle nous décrit, les mutations comme celles des 4 originaux, ne sont pas monnaie courante, mais ne dérangent personne. Le côté fantastique/SF n'est qu'en rapport du lecteur, pour les personnages, sans être normal, il n'est pas spécialement étonnant de concevoir des robots ou de se balader en skate volant sur le campus.

Car le vrai fond du problème est seulement d'assumer sa propre bizarrerie sans en faire une montagne. La fin est d'ailleurs complètement tirée par les cheveux, il sera question de mutations cellulaires, mais peu importe , l'essentiel n'est pas là. Le but du jeu est de passer un moment de détente en lisant un manga de SF pétillante et fraîche comme un limonade, qui n'est ni angoissé, ni violent, ni prise de tête. Avec des dessins qui vont bien, pas trop esquissés, mais pas trop surchargés, et surtout, sans histoire d'amour! Ce que c'est reposant! A l'image de Rei, le sympathique glandeur, la coolitude est le maître mot de ce manga sans autre prétention que de faire sourire.

Le petit bémol qui gène un peu, c'est le rappel en début des premiers chapitres de la situation, du à une prépublication très échelonnée. Mais comment ne pas craquer devant Juliette le robot le plus Kawaii du monde?
Pour les curieux, une prévisualisation du premier volume est disponible ici: Nibun no Ichi 1

Et de la même mangaka, est également publié en France un Josei (manga pour lectorat féminin adulte) humoristique également axé sur le côté cool de ses protagonistes: Love Me tender. Faudra que j'en parle ici quand je me serai procuré le 6° volume!



lundi 18 octobre 2010

Histoire d'un squelette - Eiki Matayoshi

La lecture du jour est une trouvaille faite tout à fait par hasard dans les rayons de la médiathèque, à la recherche de lectures pour le Challenge Japon. Le titre m'a intriguée, le résumé m'a bien tentée...

voici ce que dit la 4° de couverture:

"Tout commence lorsqu’on exhume le squelette d’une jeune femme emmurée vivante en sacrifice au XIIe siècle. Découverte archéologique, mais dans ce village de la lointaine île tropicale d’Okinawa, loin, bien loin du Japon métropolitain, le chamanisme est très puissant et les morts cohabitent avec les vivants. Aussi chacun a-t-il son idée sur ce squelette et sur ce qu’il conviendrait d’en faire. Et lorsque s’en mêle un jeune naïf tout frais débarqué de la préfecture, les rancoeurs et les vanités familiales pourraient bien venir perturber une histoire d’amour qui avait pourtant bien commencé, à l’ombre des banians et des énigmatiques ossements d’une jeune vierge.

Lire Matayoshi Eiki, c’est découvrir un pan méconnu de la littérature japonaise. L’île d’Okinawa n’a été rattachée au Japon qu’à la fin du XIXe siècle, et sa littérature y a une saveur plus proche de la littérature créole que de Kawabata ou Mishima. Autour de la découverte de ce squelette, c’est toute une communauté villageoise qui se dévoile à nous, avec ses coutumes, ses rivalités, ses personnages hauts en couleur, décrits avec beaucoup de drôlerie par l’auteur qui nous initie au passage à maintes traditions de son île natale.

Né en 1947, Matayoshi Eiki, premier auteur d’Okinawa lauréat du prestigieux prix Akutagawa (l’équivalent du Goncourt au Japon), ne s’est jamais absenté plus de trois semaines d’affilée de son île natale et y a le statut de héros national. Il vit aujourd’hui de sa plume et poursuit une oeuvre originale imprégnée des croyances et de la culture okinawaïennes."


rempart d'un gusk à Okinawa


Et en effet, pas grand chose à voir avec ce que l'on peut connaître de la littérature japonaise du Honshû, l'île principale. Ici, le héros, pourtant Okinawaïen de souche, mais venu de la grande ville se trouve en total décalage avec le monde rural qu'il découvre. Ici, pas de secrets, les commères connaissent tout sur tout le monde, personne ne s'embarre de convenances et de politesses mielleuse, les pêcheurs se targuent d'une illustre ascendance enracinée depuis des siècles dans le patelin. Et la découvert d'un squelette du XII° siècle dans les ruines du Gusk local (château en pierre) vient mettre un sacré bazar dans ce recoin perdu. Meitetsu, donc, piteux héros, et grand naïf ( il s'est fait escroquer de vingt millions de yens quelques années avant par un collègue de travail beau parleur) qui semble avoir un don pour se mettre dans le pétrin, trouve un petit travail sur le chantier de fouilles archéologiques, en faisant du gringue à la responsable des fouilles, Kotono.
Sitôt après avoir conclu avec elle ( au bout de deux jours), il rencontre les anciens propriétaires du terrain ou se trouve le gusk, les aubergistes Masanobu- le père- et Sayoko - la fille, qui se targuent de descendre des habitants du gusk, peu importe que le squelette soit du XII° siècle et le gusk du XVI°, dans leur idée, c'est arrêtés, le squelette est une aïeule lointaine. Bien évidemment, ils se dépêchent d'embobiner Meitetsu le naïf, afin de le rallier à leur cause, à grand coups de verres d'awamori, le saké local. Sayoko, surtout, sous ses airs de gentille fille mystique se révèle une redoutable manipulatrice, qui sit parfaitement user des ses charmes. Et hop.. deuxième conquête en deux jours. Et Meitetsu se retrouve tiraillé entre Kotono, la scientifique entêtée qui espère prouver que les habitants d'okinawa, qu'elle déteste bien que son père soit du patelin, descendent tous de pirates Wakô qui écumaient la mer de Chine au moyen âge. Et Sayoko, qui entend prouver que ses ancêtres, elle en est sûre, sont descendant de nobles familles indigènes et de prêtresses animistes. Meitetsu s'empresse de prendre le parti de Sayoko ( parce qu'elle est une meilleure affaire au plumard, ce n'est pas dit clairement, mais..), et la suit dans son délire, entreprend de transformer avec elle l'auberge en "musée du squelette" dans le but de redorer le blason de Masanobu et Sayoko.
Mais on ne s'improvise pas directeur de musée du jour au lendemain,  et sans rien à exposer, ni projet précis, autour d'un squelette sur lequel tous les avis divergent, c'est bien sûr un échec. Là dessus arrive l'ex-mari de Sayoko, acteur du nô, spécialisé en rôle onnagata ( voir sujet sur "la mort en été").. et Meitetsu va encore se faire plumer en beauté sans rien voir venir, obnubilé qu'il est par son musée et la confusion qu'il fait plus ou moins entre Sayoko et le squelette.

J'ajouterai qu'en plus de donner une foule de renseignements sur Okinawa, ses coutumes, ses traditions - et son mysticisme, ce livre est drôle: des personnages tous plus ou moins allumés, des situations absurdes et cocasses (mention spéciales aux visiteurs tous cinglés, qui viennent visiter le "musée du squelette", en espérant tous tirer la couverture à eux: groupes religieux, politicards, manifestants pacifistes.. un grand moment). Le traducteur a pris le parti de garder les termes japonais qu'il explicite brièvement, on apprend donc pas mal de choses sur l'histoire et les traditions locales ( j'ai donc découvert que les perles de collier en forme de 9 ou de griffe qu'on voit parfois sur les peintures japonaises s'appellent des magatama, ou que la société traditionnelle d'Okinawa est organisé en munchû, un cercle de famille élargi qui rappelle un peu les clans écossais), tout un tas de choses fort intéressantes et qui donne une vision d 'un autre Japon que celui des cours impériales ou des mégalopoles.  Drôle, absurde,  et instructif, que demander de plus.

Il va me falloir chercher de la lecture en provenance d'Hokkaido maintenant!



Et un squelette pour Halloween, un!

mardi 12 octobre 2010

Au sud de la frontière, A l'ouest du Soleil - Haruki Murakami

Deuxième lecture dans le cadre du défi  japonais de Choco...

Voilà, je dois l'avouer un livre à côté duquel je serais surement passée, s'il ne m'avait été offert lors d'une opération promotionnelle des éditions 10/18 ( 3 livres achetés, un 4° offert, qui avait été ajouté à ma commande, sans que je sache lequel serait offert).

Première bonne surprise, outre le fait que la thématique Japon m'intéresse fort, il y est question de Jazz, une autre de mes marottes.


Japon, fin des années 50. Hajime sympathise avec une camarade de classe, Shimamoto-san. Ils on en commun la particularité assez rare à l'époque d'être enfants uniques, ce qui crée entre eu un lien particulier, et deviennent vite inséparables, Shimamoto-san, timide, ayant du mal à se faire des amis, d'autant plus qu'elle est complexée par ce qu'elle boite, fait découvrir la musique classique et le jazz à Hajime, en particulier " South of the border" de Nat King Cole, qui donne ainsi la moitié de son titre au roman.
Puis, Hajime et Shimamoto-san grandissent, perdent le contact en entrant au lycée.. avant même qu' Hajime aie pris conscience qu'il aime Shimamoto-san. Il passera toute son adolescence à courir les femmes, recherchant chez elle tel ou tel trait qui lui rappelle Shimamoto-san: une boiterie, une vague ressemblance...et évidemment, c'est une mauvaise solution, qui l'amène à rompre à chaque fois, quitte à se montrer particulièrement odieux et déloyal avec Izumi, l'une de ses petites amies. A 30 ans, il finit cependant par épouser Yukiko, une femme qui n'a rien à voir avec Shimamoto-san, et lui plaît malgré tout, avec laquelle il mène une vie agréable et qui lui plaît: grace à son beau-père et à son argent, il est devenu patron d'un jazz club, et tout va pour le mieux...

Jusqu'à la réapparition inattendue de Shimamoto-san, qui met en péril l'équilibre de cette vie. D'autant qu'il doit énormément à son beau-père et se sent redevable envers lui, ce qui le même mal à l'aise lorsque celui-celui propose de participer à quelques affaires louches et fraudes dans lesquelles Hajime n'a aucune envie de tremper. La suite est une approche introspective des réactions d'Hajime face à sa vie sentimentale qui se délite, et la tentation d'avoir une aventure avec celle qu'il n'a jamais oublié, et sa vie professionnelle qui part aussi à vau-l'au.. Coincé entre une femme psychologiquement fragile qu'il ne veut pas blesser, un beau père à qui il n'ose dire non, et un ancien amour à qui il meurt d'envie de céder. Comme on l'apprend, le !sud de la frontière, dans la chanson, c'est le Mexique, l'envie d'émigrer, du changement. L'ouest du soleil, c'est le la perte de repère du paysan sibérien, qui plaque tout pour aller vers l'ouest, quitte à se perdre et à mourir de faim.

Un livre que j'ai finalement bien aimé, avec le recul. Je n'ai pas adhéré à 100%, à cause des scènes olé-olé qui sont assez systématiques (quelles drôles de mentalités, ces lycéennes japonaises des années 70), et au final, qui plombent un peu l'histoire, déjà assez tortueuse à suivre.
Mais, outre les nombreuses références à la musique, au jazz ( la construction du récit en lui même est assez jazzy, avec Shimamoto-san comme leitmotiv entêtant).Une femme étrange cette Shimamoto-san, personnage central qui apparaît finalement peu, qui semble insaisissable: elle arrive avec le brouillard, elle repart avec la pluie, ne dit jamais rien d'elle, le terme d"image du monde flottant" lui conviendrait parfaitement.Au final on ne sait jamais si elle est vraiment là, si elle n'est qu'une re-création de l'esprit d'Hajime, un fantôme, ou un fantasme... C'est cet entre deux, ce mystère en fait qui m'a plu, cette fin ouverte... (oui, autant le dire à ceux qui n'aiment pas les fins ouvertes, rien de conclusif ici, au lecteur de se faire sa propre conclusion)
Une bonne découverte au final, je lirai probablement à l'occasion "Kafka sur le rivage" du même auteur, qui est semble-t-il son titre le plus connu.

samedi 4 septembre 2010

La Mort en été - Yukio Mishima

Difficile de résumer globalement un recueil de nouvelles, par essence disparates. Certes des thèmes communs surnagent, la mort, le renoncement, la superstition, l’opposition entre le Japon traditionnel – et les traditions féodales, et la modernité qui menace de submerger ces traditions, le tout lié par un pessimisme presque total.
La Mort en été, donc, narre la dépression d’une mère de famille suite à la mort de deux de ses enfants et de sa belle sœur, et son lent retour la vie. La fin étant plutôt ouverte, on peut assez facilement la voir en négatif, comme en positif, je pencherai plutôt pour cette seconde option, au vu du cheminement intérieur de l’héroïne : la tristesse est toujours là, mais il faut l’accepter, prendre sur soi, et surtout, comme l’exige la bienséance à la japonaise. Pas très joyeux, mais cependant, une lueur d’espoir.
3 millions de Yens, m’a rappelé de loin l’ambiance des Choses de Perec, dans sa peinture d’un couple pour qui l’argent et le bien être matériel sont une obsession. De loin seulement, car là où les héros des choses sont dépensiers, les protagonistes de 3 millions sont parcimonieux à l’extrême, chipotent sur le moindre yen, et acceptent l’humiliation des riches pour amasser de l’argent ( on ne saura pas au final, de quelle nature exactement est cette humiliation, au lecteur d’imaginer).
Les bouteilles thermos. Une nouvelle qui ne m’a pas marquée plus que ça, un japonais expatrié aux Usa retrouve par hasard une ancienne maîtresse et sa fille, se rappelle temps passé avec elle, avant de rentrer au pays retrouver son épouse, soumise comme il se doit. Pas très palpitant, la faute à une narration peu fluide. C’est celle, avec l’histoire du prêtre de Shiga et les sept ponts, qui accuse le plus le coup de la double traduction ( du Japonais à l’anglais, de l’anglais au français, à la demande expresse de Mishima. ). On sent qu’on passe à côté de quelque chose, et c’est dommage.
Le prêtre du temple de Shiga, la nouvelle suivante donc, pâtit aussi d’une narration alourdie par la traduction. La conception bouddhiste de l’autre monde est intéressante, le parallèle entre les 2 personnages, obsédés par la perte de la pureté et donc du droit à accéder au Pays Pur, n’est pas sans intérêt non plus, mais c’est un petit peu long.
Patriotisme : A coup sûr, LA nouvelle choc du recueil. Les dernières heures, ressenties de l’intérieur, d’un militaire et de sa femme qui ont décidé de se suicider pour raison politique. A l’érotisme de la scène précédente succède la description par le menu du rituel de Seppuku ( et son équivalent pour la femme, consistant à couper la carotide avec un poignard, le nom de Jigai n’est jamais mentionné, le seppuku proprement dit étant un suicide très ritualisé réservé aux hommes). Nouvelle d’autant plus perturbante si on sait qu’elle a été adaptée au cinéma avec Mishima lui-même dans le rôle du lieutenant suicidaire. Et d’autant plus impossible à lire de nos jours sans penser que l’auteur mettait déjà en scène son propre suicide par Seppuku quelques années plus tard.
Dojoji et Onnagata, les deux textes suivants, sont intéressants dans le sens où ils explorent les deux facettes du théâtre japonais traditionnel, qui tente de perdurer à l’époque contemporaine.
Dojoji, une saynète absurde qui met en scène la vente aux enchères d’une énorme armoire interrompue par l’irruption d’une femme assez dérangée, est intrigante. Elle ne m’avait pas emballée, jusqu’à ce que je fasse des recherches sur ce titre bizarre . En fait il s’agit de la ré-interprétation par Mishima d’un sujet classique de théâtre Nô : Une femme poursuit de ses assiduités un moine du temple Dojoji, qui se retrouve coincé sous une cloche de bronze. La femme s’avère être une sorcière, qui se changeant en dragon, cuit le pauvre moine à l’étouffée sous sa cloche. Sachant cela, j’ai pu a apprécier l’ironie du détournement, en tout cas, ça m’a donné envie d’en savoir plus sur le Nô.
L’onnagata donne a voir de l’intérieur, la préparation d’une pièce de Kabuki, l’autre forme du théâtre japonais. Le héros tombe amoureux sans s’en rendre compte d’un onnagata, à savoir l’acteur spécialisé dans les rôles féminins (là aussi quelques recherches rendent la chose plus intéressante : le Kabuki était à l’origine un théâtre de femmes, des femmes travesties jouant les rôles masculins, mais, suite à un décret, les femmes en ont été évincées, et comme dans le théâtre grec, certains acteurs hommes se sont donc spécialisés dans les rôles travestis). Au passage, la nouvelle permet de mieux cerner peut-être une des raisons du mal être de l’auteur, difficile à assumer dans le Japon des années 50/60.
Les langes, comme les sept ponts, n’a rien de particulier, trop court pour vraiment intéresser.
La Perle, chose surprenante , est une nouvelle plutôt drôle : une dame de la bonne société invite d’autres dames de la bonne société à son anniversaire. La perle de sa bague se détache te disparaît, ce qui va amener peu a peu toutes ces dames à se soupçonner mutuellement : l’une d’entre elle l’à-t-elle mangée par mégarde en la prenant pour une décoration du gâteau, ou pire : Y aurait-il une voleuse parmi elles ? La bonne société, ses codes et ses principes sont passées à la moulinette avec un humour inattendu au milieu de tous ces textes sombres, et ça fait du bien.
joecool
Donc, globalement un avis positif, j’en retiens surtout les 2 textes sur le théâtre, pour m’avoir donné envie d’en savoir plus, Patriotisme, pour son côté choc et sans fard, et la Perle, pour son humour.
Pour les curieux:
Un dossier clair sur le nô:
Pour en savoir plus sur le kabuki
le Seppuku  (sans images gores, rassurez-vous!)

Et une lecture commune pour le challenge ABC et le challenge In the mood for Japan 


mardi 26 janvier 2010

Le Tao te king - Lao Tseu

taoteking

C’est un monument bien mystérieux que j’ai choisi pour représenter la littérature chinoise dans mon challenge. Monument s’impose ici, le Tao Te king ( Tao Tö king sur ma version, mais je vais garder la version la plus connue, on trouve aussi Dao De Jing par ci par là) étant le texte fondateur du taoisme. De l’auteur, Lao Tseu ( ou Laoxi, Laozi, et tant d’autres transcriptions possibles) , on ne sais rien, en tout cas rien de tangible. Les suppositions en font un sage qui aurait vécu au VI° siècle avant notre ère, mais le Tao Te King semble plus « récent » d’environ deux siècles, donc on pourrait avoir affaire à une transcription a posteriori d’un enseignement de tradition orale. Une autre possibilité donne le tao te King comme une compilation d’aphorismes de divers auteurs regroupés sous un nom générique ( Lao Tseu signifiant « vieux maître », cela peut désigner plusieurs sages). En fait le personnage, peut être réel à la base, perdu dans les limbes de l’histoire rappelle un peu Socrate, tel que décrit par Platon, dont on se fiche finalement de savoir s’il a réellement existé ou pas, ou s’il ne s’agit que d’un prête-nom.
Donc, le Tao Te King, « livre de la voie et de la vertu », est quand même un texte bien obscur, composé de petits fragments poétiques. Le tao lui-même , principe de base de toute la philosophie abordée ici, n’est pas facile à définir : un principe naturel d’ordre et d’harmonie, d’où procède chaque chose, d’où la nécessité de vivre en accord avec la nature pour rester au plus près du tao. Un principe un peu effrayant tout de même, car le découvrir, c’est risquer de se perdre. Le Tao Te King prétend donc mener le disciple sur la voie de la sagesse. Vous n’avez rien compris en le lisant ? c’est normal, pas de quoi s’inquiéter, car même s’il sous-tend la pensée chinoise depuis plus de deux millénaires, c’est aussi le texte le plus commenté en Chinois, le plus sujet à interprétations ( apparemment les caractères qui le composent sont très souvent polysémiques, donc, il est assez facile de lui faire dire ce qu’on veut).
joecool
Ce qui m’a frappée à la lecture de ce court recueil, c’est outre l’obscurité de certains passages, le côté très politique de la chose. En effet, je ne m’y attendait pas du tout, mais beaucoup de fragments semblent destinés à l’enseignement d’un dirigeant politique. Il y est souvent question de la manière la plus « naturelle » de diriger un peuple. 
Exemple :
LXXII

Si le peuple ne craint plus le pouvoir
C'est qu'un pouvoir plus grand approche.
Ne pas limiter son espace vital
Ne pas l'empêcher de subsister
Ne pas le pressurer
Et le peuple ne se lassera pas.
Ainsi le sage se connaît lui-même
Mais ne se montre pas.
Il se respecte lui-même
Mais ne s'enorgueillit pas.
Il refuse ceci et accepte cela
Ce qui laisse à réfléchir, surtout lorsqu’on pense que ce texte a du être rédigé il y a au bas mot, 26 siècles, ça donne le tournis ! voila pourquoi je parlais de Socrate plus haut, on retrouve très régulièrement la notation que le sage ne peut connaître le monde, et a fortiori le Tao, tant qu’il n’apprend pas à se connaître lui-même ( ce qui rappelle le principe « gnôthi seauton » de la philosophie grecque). Sans compter le principe de Non- action, qui rappelle beaucoup la résistance passive, et la non-violence prônée beaucoup plus récemment par Gandhi.
Un texte poétique, mystérieux, dont il doit falloir lire plusieurs version pour espérer saisir un peu de la subtilité en dépit de la traduction. Mais qui ne m’a pas énormément surprise, dans le sens ou j’ai trouvé pas mal de ressemblances avec la philosophie du siècle de Périclès
Une lecture du Challenge ABC

edit: le Tao Te King rejoint également le challenge 2€!