dimanche 14 mai 2017

Le mois anglais, édition n°6

Juin approche à grands pas, et alors que je n'ai pas encore honoré du moindre billet le mois italien, je commence déjà à réfléchir au rendez-vous So British, qui revient avec la même régularité (et au même moment) que le Derby d'Epsom.

Toujours en compagnie de Lou et Cryssilda, as usual.

Pour ce qui est des lectures, je n'ai prévu que le Tome 3 des Gnomes de Terry Pratchett et un recueil de nouvelles de Brian Aldiss.
Ah, si , j'oubliais, j'ai encore un billet sur une lecture d'il a quelques temps à programmer ( l'île du dr Moreau, que j'ai fini trop tard pour le mois Halloween et ma thématique " monstres en tous genres"). Il faut que je réfléchisse à une 4° lecture , histoire d'avoir au moins une lecture par semaine. Je pense qu'il va bien y avoir un jour " Agatha Christie" , c'est aussi traditionnel que les scones.

mmmm scones...(par contre, je vais faire mon mea culpa, je préfère le thé vert au thé noir)


Il y aura de la musique, comme d'habitude, avec un sujet spécial Swinging London, un autre sur Gustav Holst et.. hé bien, là encore, j'aviserai. Ce n'est pas que je n'ai pas d'idées, mais au contraire que j'en ai trop.

Et au minimum un film. Je vous donne un indice:



Probablement d'autres aussi, à aviser en fonction de mes envies du moment. Tiens oui je vais tenter 1 lecture et 1 film par semaine.

J'ai aussi un billet "voyage " à programmer, puisque j'ai passé quelques jours à Londres en janvier dernier.

Depuis mon changement de travail, je n'ai plus beaucoup de temps libre pour la lecture: il faut dire que dans mon précédent emploi, je lisais au travail quand il n'y avait personne, et croyez-moi, j'en avais , du temps à tuer. Et là, c'est l'inverse, je commence à 8h30, je me lance dans ce que j'ai à faire, j'enchaîne les tâches tellement variées que j'arrive à 12h00 en n'ayant pas arrêté une seule seconde, et en ayant paradoxalement l'impression de n'avoir rien fait car.. c'est justement tellement varié que je n'arrive pas à me souvenir de ce que je fais. Bref, je ne m'ennuie plus, et ça c'est déjà une bonne chose! L'envers du décors, c'est que je passe maintenant 7h12 par jour su l'ordinateur et à lire des dossiers, donc , une fois rentrée chez moi, j'ai plutôt tendance à vouloir faire autre chose.


Allez, préparez vos valises, ça commence le 1°Juin

jeudi 4 mai 2017

Pourquoi la Guyane?

hé oui, pourquoi?

LA raison principale est à peu près celle qui attire le plus de visiteurs dans ce coin là : aller voir quelqu'un qui y habite ou qui y travaille pour un temps. L'autre étant: aller y travailler, en général chez Arianespace.

Et c'est à peu près tout, au grand désarroi de l'office de Tourisme local, qui peine à faire venir du monde pour d'autres raisons. Avec la Martinique et la Guadeloupe, leurs plages de sable fin et leur mer bleue, c'est sur que la Guyane a des voisins qui drainent la majeure partie des touristes de métropole. Et font plus rêver (ou crever de jalousie, au choix) les gens à qui vous raconterez vos vacances.

Or je suis venue, j'ai vu, et j'ai beaucoup aimé.
Bon j'avoue, ça fait aussi des années que je comptais y aller quand l'occasion se présenterai pour une raison qui tient en quelques mots : " base de Kourou", et si possible pour voir un lancement de fusée.

Pas de chance pour moi - mais c'est mon karma moisi qui veut ça -  un lanceur Ariane 5 a décollé la veille de mon arrivée, et un lanceur Vega le lendemain de mon départ. Mais mes dates étaient calées , réservées, bloquées depuis des mois quand je l'ai su, et avec ma déveine clinique, il n'y a eu ni grève, ni vent qui auraient pu faire reporter Ariane.

Après pour le reste, comme je suis surtout allée voir une copine, mon programme était assez libre, avec quelques " clous" touristiques précis: une semaine à Cayenne, une autre divisée entre Kourou et Saint-Laurent du Maroni, retour à Cayenne pour reprendre l'avion, et un guide touristique en poche pour se donner des idées une fois sur place.
Bon évidemment, il y avait les incontournables: îles du Salut, bagne de la transportation ( histoire de se souvenir que la France , si prompte à se glorifier d'être la patrie des droits de l'Homme, a quand même beaucoup de choses à se reprocher. Si vous voulez, la Russie a eu la Sibérie, la France a eu la Guyane. Le même principe, en beaucoup plus chaud et humide) , Base de Kourou, Marché de Cacao, promenade en pirogue sur le Maroni..

Donc nous voilà partie en septembre dernier, ma mère et moi ( on aime bien voyager ensemble, on s'entend bien et on n'a pas vraiment eu l'occasion de le faire les 35 premières années de ma vie. Donc maintenant, et depuis 2010 c'est en gros , un voyage ensemble par an, si possible bien loin!), après avoir choisi la saison sèche, bien évidemment, pas question de se faire pourrir les vacances par des trombes d'eau et de ne pas pouvoir aller se promener en forêt à cause des chemins détrempés.

Les avantages: il pleut peu, une averse en deux semaines, et peu de moustiques. sans exagérer, j'ai été autant piquée, moi qui les attire à des kilomètres même à travers une épaisse couche d'anti moustique, sur moi ET sur les vêtements, en deux semaines sous l'équateur ou presque, que la semaine de mon retour à Avignon... en octobre.

Les inconvénients: il fait chaud, ça on le sait . Mais si je supporte mal le chaud ici chez moi parce que je n'ai pas d'autre choix que de le subir, en vacances, c'est différent: pas de nécessité d'être efficace au travail par 35°C à l'ombre, je peux flemmarder un moment sans remord si vraiment c'est trop dur. Et puis, on venait de se payer un été caniculaire depuis juin, nuit et jour sans le moindre répit, donc en réservant une chambre climatisée chez l'habitant, au final, ça a été largement plus supportable que chez moi avec mon malheureux ventilateur.
Non le vrai problème pour moi c'est la luminosité aveuglante dès le matin . Hé oui, on est presque sous l'équateur, et le soleil est quasiment vertical du matin au soir - qui tombe tôt, il faut le savoir. La région n'a pas de décalage par rapport à l'heure solaire ( heure d'hiver , heure d'été hahaha, c'te blague) pour une raison simple: lancement de fusées. Pas question de risquer de s'emmêler les pinceaux et de foirer un lancer à ouat'millions d'euros et de devoir rembourser le client parce qu'on aura mal réglé les horloges en mars ou en octobre. Et être calés sur l'heure solaire est plus simple pour suivre la fusée avec des balises mondiales toutes calibrées pareil.
Mais j'y reviendrai quand je parlerai de la base.
Revenons en à notre soleil cru et vertical. Ca pique. Ca pique beaucoup. Même avec des lunettes solaires "noir profond", spécial montagne, filtre UV maximal.


Et qui dit mal aux yeux, dit "mal de tête", et j'ai bien dérouillé sur ce point là les premiers jours.

Après il y a eu 2 moments difficiles:un mois avant le départ, avec le vaccin obligatoire contre la fièvre jaune, qui m'a valu une semaine d'arrêt maladie tellement je l'ai mal supporté ( en même temps, je me dis que si le vaccin m'a ratatinée, qu'est-ce que ça aurait été si j'avais réellement chopé la fièvre). Mais bon, quand on vous donne le jour du vaccin, une liste des effets secondaires avec " cas rares, 1 sur 1000".. mmm on n'a pas la même définition de rare. Le truc " fun": j'ai eu tous les jour un nouvel effet secondaire , différent de la veille.J'ai réussi à aller jusqu'au " cas très rare 1 sur 10 000", encre ma sempiternelle veine: j'ai un système immunitaire très très très compétitif. Trop. Et j'ai toute une panoplie d'allergies très relou à cause de ça.
Bon heureusement je me suis arrêtée là (puisque je suis encore de ce monde pour le dire), mais j'ai dérouillé sévèrement quand même.

Et l'autre, ça a été le retour, et l'angine carabinée, chopée dans l'avion  grâce à la climatisation polaire - ou qui paraît polaire quand on a passé beaucoup de temps à 35°C - et le retour en métropole ou 2 semaines ont suffit à passer d'une température proche à quelque chose comme 12°C avec un vent à faire voler les pierres. Et c'est pour qui la nouvelle semaine d'arrêt maladie, c'est pour bibi!

Oui je sais, je vous vends du rêve là. Mais d'une le vaccin dure bien 10 ans ( et dans mon cas, il y a des chances que l'effet dure plus, et de toutes façon, même le rappel du tétanos me fout à plat), on est tranquille pour longtemps quand on y survit ( gniark gniark). Et puis une angine, bon.. dans le fond, c'est comme qui dirait une manière de revenir à la réalité quand même moins violente que le travail. si j'assume ce que je dis, vu le travail que j'avais encore à l'époque, c'était presque une semaine de vacances en plus. En tout cas, rien pour me convaincre de rester chez moi à l'avenir.

Non n'allez pas en Guyane, c'est moche..
l'architecture est banale
la nourriture peu variée et très fade

La faune est sans intérêt

et plus généralement, il n'y a rien de bien passionnant à y voir .
Non n'y allez surtout pas... Je n'ai pas spécialement envie de voir ce coin là envahi de hordes de touristes. D'ailleurs, c'est la lose, il n'y a pas de resort sur la plage, on est obligés de louer une chambre ou un appartement chez l'habitant et une voiture pour se déplacer. Nan, restez chez vous, ça sera mieux :D

Tout ça pour dire que j'ai vraiment aimé ce coin encore isolé, où, en revenant tard le soir en voiture entre Kourou et Cayenne, j'ai demandé à ma mère d'arrêter la voiture sur le bas côté pour admirer un ciel étoilé quasiment sans aucune pollution lumineuse, chose que je n'avais jamais vue de ma vie. Un régal. Rien que pour cette vue j'ai envie d'y retourner.

Et pour tout ce que je n'ai pas eu le temps de voir: les marais de Kaw, la ponte des tortues marines à Awala-Yalimapo, Saul ( alias un des bleds les plus perdus de la planète, accessible au choix en quad en 15 jours de piste,à pieds en 25 jours... ou en avion en moins d'une heure), la descente du Maroni en version longue de plusieurs jours...

mercredi 3 mai 2017

challenge Amérique du Sud

Encore un challenge, alors que je peine à remplir mes missions actuelles?

Hé oui, mais d'une part celui-ci finit en décembre, et ça serait bien incroyable que je n'arrive pas à caser au moins un ou deux sujets d'ici à, d'autre part, c'est une région du monde dont je connais assez peu la littérature, d'autre d'autre part ceux qui me suivent régulièrement le savent, je suis partie l'an dernier en vacances en Guyane, et j'ai adoré. J'ai même ramené des tas de souvenirs, qui se mangent et se boivent, qui se regardent et aussi qui se lisent.
après m'être fait confirmer que la Guyane compte donc dans le défi, j'ai décidé , sans que ça soit restrictif, de concentrer mes efforts sur ce bout de France sud-américaine, qui fait que contre toute attente la plus longue frontière française soit celle avec le Brésil ( frontière terrestre j'entends, je ne connais pas le détail des frontières maritimes et des eaux territoriales. Hé oui, réfléchissez y: la France a une frontière commune terrestre avec le Brésil et une frontière commune avec le Canada: en pleine mer grâce à Saint-Pierre-Et Miquelon.. ça vous coupe la chique non?)
Au départ, c'était une idée d'Eimelle, créatrice par ailleurs du challenge Italie ( pff c'est maintenant en ce moment, et j'ai du retard!!!), et également grande fan de théâtre que j'ai eu l'occasion de rencontrer en vrai du direct de la réalité IRL, quand elle vient au festival d'Avignon.
Le challenge a été repris par "Ma petite médiathèque" depuis janvier, mais je ne l'ai su que récemment, je sais, je suis à la ramasse.

Pour les modalités, c'est ici


Il y aura donc pour moi une petite série de billets spéciaux "Lagwiyan", sur ce que j'ai vu, fait et surtout mangé, rassurez-vous je n'oublie absolument pas ce paramètre importantissime, et j'ai aussi un peu de lectures en réserve, des contes, des récits du peuple Saramaca, un roman policier. Je vais piocher par là!

Si le temps est avec moi, je tenterai quand même de visiter littérairement un ou deux autres endroits, mais pour moi ça sera donc surtout un challenge Guyanais.

Ho et puis, je vais donc inaugurer avec une chanson en créole.. "Lagwiyann bel ti koté" ( la Guyane est un bel endroit)
Parce que c'est le genre de choses que j'ai écoutées pendant deux semaines à la radio locale, et que ça me file le sourire.

Alors pour que les choses soient claires, je ferai une mise à jour de ce sujet lorsque des choses s'ajouteront. Et je commence par lister les 2 billets guyanais que j'avais déjà faits


Thématique "Lagwiyann Bel Ti koté" (oui ce titre me plaît!)

Folklore
- Maskilili, chouval twa pat et autres monstres de la jungle

Visites
- Cimetière de Cayenne






Autres lieux, otros sitios, outros sitios...




lundi 17 avril 2017

La ménopause des fées tome 1 - Gudule

Je ne voulais quand même pas faire un zéro pointé pour le mois belge, alors, profitant d'un arrêt maladie qui m'a coincée quelques jours inopinément à la maison, j'ai un peu lu, vu quelques films,  pas mal fait le ménage et beaucoup procrastiné.

Il faut dire que cette année, je n'avais pas grand chose d'avance comme lectures belges, et je suis allée voir du côté des e-books que j'avais acheté l'an dernier lors d'une opé promotionnelle.
Bingo, j'avais ce tire ( que j'avais pris parce qu'il me faisait rire) de Gudule. J'avais déjà chroniqué un autre titre l'an dernier, va pour cette histoire de fée. Et je peux déjà vous dire qu'elle n'est pas franchement pour les enfants...




En effet, les temps sont durs pour les héros de la geste Arthurienne.

Après des siècles passés tranquillement dans sa forêt de Brocéliande, Merlin n'est plus le glorieux enchanteur qu'il a été. Lorsque la forêt est rasée, il part à Paris, pour squatter la station de métro Brocéliande ( baptisée ainsi pour calmer la fureur des écologistes après destruction de la vraie Brocéliande). Une station sordide, dans un coin assez mal famé, où Merlin, devenu SDF alcoolique et vaguement timbré, s'installe en compagnie de trois fées de 15 cms de haut qui n'ont rien à lui envier question déchéance: Vivi est devenue amatrice de calembours foireux depuis qu'elle a failli être assommée par un almanach Vermot. Ce qui est une lecture encore assez saine, en comparaison de celles de Morgane. Laquelle s'est auto rebaptisée Moorgën depuis qu'elle s'est pris de passion pour les thèses d'extrême droit. Et la dernière, Clochette, assume pleinement d'être une cochonne miniature, qui se fait passer pour une figurine dans le but d'être ramassée par gamin, qui la tripotera allègrement.
Un enchanteur alcoolique, une fée à l'humour douteu, une autre néo-nazie et une troisième perverse.  Avec en prime un chien galeux, que Merlin baptise " Excalibur". Ce petit monde vivote en paix, jusqu'au moment ou Merlin trouve la carte de transport d'une certaine " Linda Graal", coiffeuse dans un salon miteux de ce quartier pauvre. Ni une ni deux, le voila qui décide de partir non en quête du Graal, mais de "la" Graal. Qu'il découvre en train de manger un sandwich au bar le Celtic tenu par Geneviève Gloadec ( immédiatement intitulé Dame Guenièvre par Merlin de pochard), en compagnie d'Arthur Lancelot, chômeur et dealer de cannabis à ses heures, fournisseur attitré et amoureux pas très transi de ladite Linda.
Trop de coïncidence décide Merlin: c'est un signe, le signe que le destin veut revenir aux temps glorieux de la chevalerie, et qu'il va avoir, pour se réaliser, besoin d'un sérieux coup de pied au cul que se Merlin se charge de lui donner ( et par la même occasion, retrouver un peu de sa défunte gloire)
Sa solution: empêcher Arthur de conclure avec Linda - car la geste est très claire: ça n'est pas Arthur qui trouvera le graal - et dégotterle Perceval des temps nouveaux pour le conduire à faire un enfant à Linda. Et ça tombe bien, il y a pas loin un type à la retraite, délinquant pas juvénile du tout, tagueur sexagénaire, qui occupe ses journées à dessiner de poétiques forêts enchantées sur les murs. Connu dans le quartier comme  "le père Cheval", ancien facteur, comme on peut le deviner.

Et j'ai bien aimé cette histoire complètement foutraque, ce Merlin dérangé et ses fées vieillissantes qui ne valent pas mieux, cette population modeste, qui rejoue à son insu une histoire épique qu'elle ne soupçonne pas. Tout y est outré, caricaturé ( bien sûr, la shampooineuse Linda n'est pas très futée, bien sûr son patron est homosexuel, bien sûr Geneviève est à la fois femme d'affaire et indécrottable fleur bleue...) mais le mélange de dialogues populaires voire crus mélangés à une narration au contraire, volontiers grandiose par moments est bien drôle. Le propos est souvent cru, mais Gudule, c'est tout à son honneur, reste sur le fil de la familiarité sans sombrer dans la vulgarité facile, justement grâce à ce ton décalé.

Et j'apprécie énormément que le dessin de couverture soit de Jean Solé, comparse de feue Gudule à Fluide Glacial ( d'ailleurs, c'est là que j'ai lu son nom pour la première fois il y a des années, elle faisait souvent de petites chroniques dans le magasine). En fait tout au long de ma lecture, j'ai vraiment imaginé cette histoire en mode " BD trash". C'est très visuel et on sent bien que Gudule fréquentait régulièrement la bande de Fluide Glacial.

En tout cas, ça m'a bien plu, c'est tout sauf prise de tête, je lirai volontiers la suite quand j'aurais l'occasion.

Ah et oui, pour ceux qui se demandent la "ménopause " des fées, c'est la fin de leurs pouvoirs. Elles naissent avec un "stock" de magie, et plus elles l'utilisent, plus il s'amenuise, jusqu'à arriver à zéro au bout d'un moment. Et une fée sans pouvoir autant dire qu'elle perd sa fée-minité et qu'elle est bonne pour la retraite.


C'est trop tard pour le Challenge "lectures arthuriennes"qui a fini depuis au moins deux ans, et le blog qui l'organisait a disparu de la toile, dommage...

jeudi 6 avril 2017

Leonora Carrington ( 1917- 2011)

L'autre jour , comme je parlais des Gymnopédies de Satie pour le film Paris pieds nus, j'ai voulu vérifier l titre, et en cherchant sur Youtube, je suis tombée sur un enregistement illustré de peintures surréaliste de Leonora Carrington.

Je ne connaissais pas du tout cette dame, mais, en voyant qu'elle était née le 6 avril 1917, j'ai eu envie de vous la faire découvrir pour le centenaire de sa naissance.

Leonora Carrington est donc une peintre et écrivaine anglo-mexicaine, née en Angleterre, qui a vécu en Angleterre, en France, en Espagne, avant de partir pour le Mexique.
Sa peinture me parlait pourtant, pas en elle-même, je suis sûre de ne l'avaoir jamais vue auparavant, mais parce qu'elle me rappelait en particulier Max Ernst et bingo, Leonora  a vécu et travaillé un temps avec lui, l'influence est assez marquée..

J'aurais pu garder ce billet pour Halloween, vu le côté un peu monstrueux de sa peinture ( c'est peu dire que c'est un coup de coeur immédiat pour moi) mais autant marquer le coup du centenaire!

Reina de los mandriles
baño de pajaros

La maja del tarot
La danza de los espectros
une tentation de Saint Antoine qui évoque un peu Jérôme Bosch



operation wednesday ( là encore un petit côté Bosch, sur l'extraction de la pierre de folie)
Brujas juegan al cubilete

the ancestor

the cockrow

Pour les suivants, je n'ai pas trouvé le titre..

le personnage rappelle un peu les gravures aztèques

sur celui-ci, ce sont tout à fait les couleurs qu'on trouve souvent chez Max Ernst
un autre Saint Antoine, là encore il y a du Jérôme Bosch..
qui n'aurait pas renié ce petit monstre musicien
Je vous le dis, coup de coeur immédiat pour cette sarabande de fantômes et de monstres qui doivent autant à l'Europe qu'au folklore mexicain.
La plupart des images que j'ai sélectionnées datent des années 50 à 70, mais pour voir une évolution de son style par époques, c'est ici

samedi 1 avril 2017

Paris Pieds Nus ( film 2017)

Mois Japonais sur l'autre blog, mois belge sur celui-ci. et si j'avais pas mal de billets d'avance pour le mois japonais, en revanche, ce sera plus compliqué pour le mois belge.
et comme avec mon changement de travail, je n'ai ni vraiment le temps, ni vraiment le goût de lire pour le moment ( je lis beaucoup de dossiers et j'écris beaucoup de mails, dans le cadre de ce nouveau job, donc, le temps que ça se décante, je préfère.. faire autre chose de mon temps libre) et j'ai décidé que les prochaines semaines seraient plutôt axées cinéma.

Comme parfois, les choses se goupillent bien, c'est justement le moment où le cinéma d'à côté a décidé de programmer "Paris pieds nus", nouvelle comédie burlesque du duo fanataisiste belgo-canadien Dominique Abel et Fiona Gordon. Je les avais découverts il y a quelques années avec le délirant " l'Iceberg" où une femme coincée toute une nuit dans la chambre froide du restaurant où elle travaille. Le choc thermique lui causant un choc psychologique et une véritable obsession pour la neige, la glace et le pôle Nord.
Je n'ai pas vu les films suivants, qui n'ont pas été diffusés ici à ma connaissance, mais j'ai donc sauté sur l'occasion de voir un peu d'humour absurde en ce jour pluvieux.

l'affiche annonce la couleur, ou plutôt les couleurs, très présentes, très pimpantes

Un film donc belge, avec une actrice principale canadienne et qui se passe à Paris.

Fiona, rousse canadienne à lunettes vit au fin fond d'un coin paumé et couvert de neige du Canada. Une quarantaine d'années plus tôt, sa tante Martha, danseuse,  a tout plaqué pour aller faire carrière en France.

un coin paumé , neigeux.. et venteux!

Mais voilà, Martha a maintenant 88 ans, elle pète la forme, mais perd un peu la mémoire, et lance un SOS à sa nièce pour qu'elle viennent à sa rescousse: les assistants sociaux ont décidé qu'il était grand temps pour elle d'aller en maison de retraite, et Martha refuse absolument.

Ni une ni deux, voilà Fiona, qui n'a jamais quitté son coin, partie avec un sac à dos aussi grand qu'elle, surmonté d'un cocasse drapeau canadien, partie pour un périple parisien à la recherche de tante Martha qui, manque de chance, a décidé justement ce jour là de prendre la poudre d'escampette pour échapper à l'assistante sociale.
Sitôt arrivée, la malchanceuse Fiona se retrouve à l'eau en voulant se faire photographier au bord de la Seine - elle s'y retrouvera un certain nombre de fois!

deux secondes avant la catastrophe

Alors qu'elle est repêchée parun bateau mouche, son sac à dos coulé avec elle sera retrouvé par Dom, SDF un peu philosophe qui campe dans le coin, et fouille les poubelles des bateaux restaurants en fonction du menu qu'ils proposent. Aubaine: le sac contient quelques vêtements et de l'argent. Ni une ni deux, Dom vêtu d'un seyant pull moulant jaune canari trouvé dans les affaires de Fiona s'offre un repas de luxe sur l'un des bateaux, où , justement, Fiona crevée et dépitée après une première journée passée à chercher sa tante et à déclarer la perte de ses papiers, tentait d'oublier qu'elle se retrouve elle aussi à la rue, sans le sous, avec seulement un ticket restaurant donné par l'ambassade. Parce qu'elle ne comprend pas le français, elle ne refuse pas une danse à l'envahissant Dom, qui par conséquent, tombe raide dingue amoureux de la pauvre canadienne paumée, et va lui filer le train toute la journée , en version seau de glu ( c'est comme un pot de colle mais en XXL)
en parallèle, on va assister à la journée de Marthe et voir comment tout ce petit monde passe des heures durant séparé seulement de quelques rues, sans jamais le savoir.

Dit comme ça ça n'a l'air de rien, mais ce film est une pépite de bonne humeur. Par son sens du timing et des gags burlesques, que ce soit la manière ridicule dont Fiona se retrouve à l'eau plusieurs fois, le tango totalement décalé sur une musique électro dont les basses font trembler les murs et les gens, un éloge funèbre tout sauf conventionnel, Bob le Canadien de la Police montée,  tante MArtha malade après s'entre envoyé un pot entierde beurre de cacahuettes, la savoureuse référence à la Ruée vers l'or et à la danse des pains faite par Emmanuelle Riva et Pierre Richard ( un acteur que j'aime énormément et dont la carrière est bien plus intéressante maintenant que dans les années 70.Même si son rôle est très court, même en pyjama, il a une classe rare. Quand à feue Emmanuelle Riva, c'est un plaisir pour moi de voir que sa carrière ne s'est pas finie sur le très déprimant " Amour", mais sur ce film burlesque où elle incarne une mamie pétulante.)

Paris pieds nus, et Paris en chaussettes aussi

Les médias insistent sur une parenté de ce cinéma avec Pierre Etaix , Tati, ou Chaplin ( et pour le coup, la référence est même voulue) mais de mon côté c'est plutôt à Buster Keaton et Harold Lloyd que j'ai pensé. L'ascension nocturne de la tour Eiffel autant que les lunettes de Fiona m'ont vraiment fait penser à "Monte là dessus" Et ce n'est pas un mince compliment. En tout cas c'est un chouette hommage au cinéma burlesque et muet, avec ses gags très visuels. Je ne sais pas si les acteurs-metteurs en scène ont commencé par la danse, mais tout est chorégraphié minutieusement, et pas seulement les passages de danse. vu qu'un de leurs film précédents s'intitule rumba, ce n'est pas impossible.

Et quel plaisir, à la fois visuel et sonore que ce plan de l'aube parisienne vue depuis la Tour Eiffel, sur fond de Gymnopédie de Satie, un pur moment contemplatif comme j'aime ( d'où le "Pieds nus" du titre, pas seulement lié aux fait que Dom et Fiona se retrouvent régulièrement sans chaussures)

Donc tout ça pour dire que je conseille chaudement ce film atypique à tous les amateurs de spectacle visuel et d'humour absurde.
Car non le cinéma belge ne se limite pas au cinéma social des frères Dardenne pour ne citer que les réalisateurs les plus connus. C'est malheureusement trop rare que la programmation s'aventure hors des chemins battus et des noms les plus célèbres.

La bande annonce:



Et une interview de Fiona Gordon et Dominique Abel qui expliquent leur travail..


quoi de mieux pour commencer un mois belge un 1° avril qu'un film comique?


mardi 21 mars 2017

re-re-re changement de programme

Car définitivement, rien ne se passe jamais comme prévu.
je dois bien en être à J ou K maintenant. J'éviterai quand même le Q.


Il y a quelques temps, je parlais ici de mon ras-le-bol professionnel, dans mon travail peu intéressant, où j'avais en gros 5 phrases à dire.
Et de mon envie de reprendre des études dans le domaine qui me plaît.
Sauf que...

Non je n'ai pas abandonné cette idée, mais une fois de plus un concours de circonstances m'amène à la retarder.
Car, pour me sortir de cette situation, j'avais aussi entrepris en parallèle, de chercher une mutation , au minimum, de changer de service à défaut de quitter la région.
Et , après des semaines , des mois, des concours, un entretien de mutation sans résultat l'an dernier, le coup de pouce est arrivé d'un certificat médical , attestant que je craignais la moisissure et que je devais changer de poste.
Début février, me voilà au service des mutations, il n'y a rien pour moi, blablabla.. 2semaines après on m'a appelée pour me proposer quelque chose.. et moins d'un mois plus tard, me voilà à un nouveau poste depuis 1 semaine.
Et pour vous dire à quel point les choses se sont précipitées, nous sommes mardi. J'ai passé l'entretien il y a pile 2 semaines. Le jeudi suivant on m'annonçait que c'était ok, et j'ai commencé lundi de la semaine dernière. Une seule fois dans ma vie, pour un petit boulot, ça avait été plus rapide: entretien le jeudi soir, ok , c'est bon, tu commences demain matin.

Mais et c'est un peu le problème, après 7 ans et 3 mois à faire quasiment la plante verte avec une gamme d'environ 8 phrases à dire ayant pour sujet les photos, les sacs à dos, les toilettes et ne pas téléphoner... Je passe d'un poste où je n'avais rien à faire à part lire et compter mes doigts, les dalles du sol, mes cheveux, à un poste où j'ai tout absolument tout à apprendre.Niveau flexibilité, ce n'est plus le grand écart, c'est carrément la compétition olympique de gymnastique. Autant dire le changement absolu, et je dois apprendre en même temps non pas un métier ( assistante d'administration) mais deux ( tenir l'agence de poste en prime). J'ai été engagée sur mes nombreuses expériences de tenue de caisse et le fait que je sache allumer un ordinateur...mais j'ai zéro expérience de secrétariat. Et même pas arrivée à la fin de la première semaine, j'apprends en sus que je suis bombardée secrétaire de mairie. J'ai trois mois pour faire mes preuves dans un secteur où je ne connais absolument RIEN.
Autant dire que les semaines à venir vont être fortement dosées en formation.
Et que je n'ai pas ouvert un livre depuis quasiment 10 jours, pas le temps, et j'ai tellement à mémoriser que mon cerveau dit stop.
Vendredi soir, après 6 jours (parce que j'ai enchaîné les deux postes, samedi repos, dimanche musée, lundi à vendredi mairie), il m'aurait été impossible d'engranger la moindre donnée en plus.




Surchauffe, à la limite de l'écran bleu, défragmentation urgente.

et après ça, le WE dernier, le cerveau a travaillé en arrière plan. Ce n'est pas une vaine comparaison, sinon comment expliquer que j'ai passé la nuit du samedi au dimanche à rêver de colis en instance? Et celle du dimanche au lundi à me réveiller et à penser " heu...attends, j'ai rêvé un truc lié au boulot? Mais.. ça me paraît bizarre, l'histoire du code couleur, là,c'est un truc qu'on m'a réellement dit, ou bien est-ce que c'était seulement un rêve?".

Pas que ce nouveau travail soit passionnant, mais après 7 ans presque et demis dans la position du ficus ( même le yoga ne connaît pas!), même le fait de passer  le matin à vendre des timbres et à envoyer des mails et l'après midi à détruire des archives devenues inutiles dans un broyeur à papier paraît hautement intéressant: je FAIS quelque chose. et arrivée à 16h30, je constante qu'il ne me reste plus que 30 minutes et je rentre chez moi.. sans avoir senti passer péniblement chaque minute.

Du coup avec 3 mois de période d'essai, je peux difficilement reprendre mes études cette années, et , une fois arrivée à la fin de la période, dire " bon ben, c'était cool, merci, mais maintenant je pars en disponibilité pendant au moins 3 ans". Ca ne serait pas cool d'une part, et ça serait aussi le meilleur moyen pour qu'on me le refuse.
Mais, suite logique de cette nouvelle situation: je suis à 3 arrêts de bus de mon nouveau travail. Pas assez de temps pour lire.Pas de temps à la pause déjeuner. Et après avoir passé la journée à essayer de mémoriser des choses, à lire des modes d'emploi ou des mails, à en écrire et à en envoyer.. je n'ai pas franchement le courage de lire tout court.

Regarder des films, oui. Jouer à des jeux vidéo, aussi. Mais là, je n'ai pas le réflexe de lire, même pour finir ce qui est entamé.

Conséquence: Le mois Ecossais ne comptera probablement pas de deuxième lecture. LaSF aura été très réduite aussi. J'ai de l'avance pour le Japon, ce qui devrait me permettre de caler une ou deux participations belges en avril.
Mis pendant quelques temps, suffisamment pour m'adapter à ce nouvel environnement, je suis un peu au ralenti. Promis je reviens bientôt, quand j'aurais un peu plus intégré d'automatismes, ce qui me permettra  de..
Eeeeeet mirde, on change d'heure le Week-end prochain, il va encore me falloir un bon mois pour m'acclimater au décalage horaire.

samedi 4 mars 2017

L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - R.L Stevenson

Comment concilier les deux projets du mois à savoir le mois écossais avec celui le la SFFF? Bingo.
Merci Stevenson.



Ce sera donc pour inaugurer le mois écossais, une relecture de ma part, car je l'avais déjà lu il y a.. pfiouuuu oui au moins!
Mais alors pourquoi lire quelque chose que je connaissais déjà, qui plus est une histoire tellement multi adaptée qu'elle est connue même de ceux qui ne l'ont jamais lue?
Justement pour cette raison. C'est le même cas qu'avec Frankenstein, le roman a été dépassé par sa célébrité, par les adaptations, qui ont élagué d'un côté, rajouté de l'autre, ce qui fait qu'au fial, l'histoire telle qu'on la connaît ou croit la connaître est parfois assez éloignée du roman original. et c'est toujours bon de revenir aux classique, justement pour voir à quel point ils ont muté.

Par exemple Mr.Utterson qui est le principal personnage de l'histoire, l'enquêteur, est souvent relégué au second plan, pour ne pas dire purement et simplement supprimé.
Et pourtant, c'est lui qui va découvrir peu à peu toute l'histoire.
A contrario, les adaptations donnent souvent un rôle plus important au dr Lannyon, le médecin aux principes diamétralement opposés à eux de Jekyll, le "raisonnable" de l'histoire. Qui finalement n'apparait que peu, et quasiment uniquement pour témoigner post mortem par testament de ce qu'il a vu.

Tout commence un jour lorsque Mr Utterson notaire routinier emmène un cousin , Mr Enfield, avec lui en promenade. En passant devant une maison d'aspect délabré le cousin lui explique qu'il a une nuit été témoin d'une curieuse scène ici même: un homme très petit et  très antipathique a renversé et piétiné sans état d'âme une petite fille, et pour éviter les ennuis alors que les badauds commencent à arriver attirés par le tapage, est rentré dans cette maison pour récupérer de l'argent, payer une amende et en rester là. Mr Enfield a eu le temps d'apprendre cependant que le petit bonhomme antipathique se nomme Mr Hyde.
Ce qui surprend le notaire, il connait quand à lui très bien la maison qui est celle du Dr Jekyll à la fois un de ses amis et son client. Jekyll lui a d'ailleurs laissé récemment un testament dans lequel il fait de ce Mr Hyde son seul héritier.
Pour Utterson, la solution est simple, mais épineuse: Jekyll a du se mettre involontairement dans une situation compliquée, c'est un homme considéré dans la bonne société, il a une réputation à garder. Le dénommé Hyde ne peut être qu'un malfrat, maître chanteur qui a découvert un secret quelconque de Jekyll et le tient à sa merci au point de l'obliger à le coucher sur son testament.
Quelques temps après, un député est sauvagement tué dans la rue, et un témoin a bien vu le meurtrier. La description ne laisse pas de doute, il s'agit de Hyde. Utterson va alors tenter tout ce qu'il peut pour convaincre Jekyll , lequel ne se montre plsu guère, d'abandonner son " protégé" qui est un criminel convaincu.

La raison on la connait, mais au cas ou..





Ca va vous êtes préparés?
Jeyll et hyde ne sont qu'une seule personne (révélation de dingue!!) Le gentil Dr Jekyll ayant décidé que sa personnalité enjouée était décidément un défaut, que dis-je une tare pour un homme de la haute société, qu'elle allait l'entrainer dans le vice et le crime, et qu'il fallait absolument qu'il se débarrasse de ce naturel encombrant. Ce qu'il obtient grace à l'usage de drogues qui séparent ainsi le bon du mauvais chez lui, faisant de Jekyll un être 100% bon et de Hyde un être 100% mauvais.
Cen'était pas la meilleur idée, car dorénavant, les deux esprits partagent un même corps. enfin même, façon de parler, Hyde est aussi petit que Jekyll est grand, ce qu'il fait que lors de la transformation leur différence physique suffit à les faire passer pour deux personnes différentes.
L'explication vient du fait que le personnage d'origine est plus bon que mauvais, et donc, sa version mauvaise est bien plus chétive que sa version bonne.
Ne cherchez pas, c'est de la SFFF.
Mais lorsqu'on lâche la bride à ses mauvais penchants, avec en plus le couvert du "déguisement", ils prennent de plus en plus de place, et Mr Hyde devient de jour en jour moins chétif, et accepte de moins en moins de laisser la place à cette partie bonne qui l'encombre, lui, le mauvais.

Oui moi aussi je trouve quand même un peu abusive l'idée que être d'un caractère joyeux est une tare qui risque de vous conduire au crime.
Mais au delà de l'invraisemblance de la transformation physique ( encore que l'abus de drogue peut avoir cet effet ravageur, mais sur le long terme), ce thème de la dualité, il y a du bon et du mauvais en chacun et vouloir gommer une partie de sa personnalité, c'est avoir l'assurance qu'elle reviendra au moment où on s'y attend le moins- justement comme un drogué qui replonge.
Si Jekyll avait dès le départ accepté de n'être pas parfait , il ne se serait pas dédoublé.
Ce qui au final fait de ce court roman presque un récit clinique sur la maladie mentale et les personnalités multiples.

Narrativement parlant , j'aime bien ce type d'ouvrages qui donnent la parole à divers personnage, chacun n'ayant la connaissance qu'une d'une partie de l'histoire, certains éléments se complétant .. ou se contredisant selon qui parle ( le propre des témoignages!) ce qui au final donne plusieurs possibilités de lectures, tout en laissant en suspens certaines choses. L'auteur laisse à son lecteur la possibilité d'imaginer des choses et ça, ça me plait.

J'avais bien aimé la nouvelle "les voleurs de corps".. maintenant il va falloir quand même que je lise un jour son Voyage avec un âne dans les Cévennes ( ça ira bien pour la thématique voyage de l'année par exemple). Les Cévennes ça n'est pas loin de chez moi, j'ai même du passer à plusieurs reprises pas loin des endroits qu'il a visités.
Et bien évidemment L'île au trésor qui était mon premier choix pour ce mois écossais, mais que je n'ai pas réussi à retrouver dans les cartons de déménagement, si tant est que je l'ai effectivement eu un jour.

Pour Dr Jekyll et Mr Hyde, c'est assez facile de le trouver gratuitement en e-book  il est court, donc le format se prête pas mal à une lecture en quelques trajets de bus.
Puis profitons en, plusieurs titres de Stevenson sont en version numérique, et gratuits ici.
Et un sujet à carreau, un!

vendredi 3 mars 2017

Hero corp saison 2 (série TV)

Je sais j'avais dit " Mars, mois de la SF" mais je classe les histoires de super-héros en SF, faute de mieux. On est à mi chemin entre la SF et le fantastique, la ligne est mince parfois entre les deux, donc j'élargis à Mars mois de la SFFF ( SF, Fantasy et Fantastique) comme ça ça englobe tout.

Et, après Lermina, on continue d'ailleurs sur un point de vue bien français, aussi français que l'était Super-Dupont en son temps.

Tout vient à point à qui sait attendre, puisque j'avais vu les deux premières saison de cette série il y a longtemps (la saison 1 date de 2008 et la seconde de 2010). Et je n'avais revu et chroniqué la premier qu'en 2014.
Mais voilà, je n'ai plus la TV,  alors je suis allée faire un tour vers Netflix, depuis le temps que j'en entendais parler et hooo cool, je vais pouvoir voir la suite!enfin, d'abord revoir les 2 première saisons et voir la suite.

Car cette série a eu une histoire plutôt mouvementée: 3°saison en 2013, et 4° en 2014/2015. Plus une déclinaison en websérie. Pourquoi?
L'éternelle raison: les thunes.Et surtout leur manque.
La seconde saison ayant moins eu de succès que la première, La chaine comédie! qui la diffusait à la Tv à lâché l'affaire, laissant scénaristes, acteurs, metteur en scène.. bref toute l'équipe, en plein suspens.

Cependant, les fans se sont mobilisés sur la toile, une rediffusion pourtant nocturne a fait de meilleurs scores, le financement participatif a fonctionné à plein régime, ce qui fait que cahin, caha, la 5°et dernière saison est dans les starting blocks.

Donc reprenons où nous en étions, pour rappel, lors de la saison 1, John, un homme tout ce qu'il y a de plus normal, déboulait dans un village du fin fond de la Lozère pour assister aux funérailles de sa Tante Mary. Laquelle n'était pas tout à fait morte. Même pas du tout en fait mais avait trouvé se subterfuge pour faire venir son neveu avec qui elle n'avait pas eu de contact depuis 10 ans. Or Mary et les autres villageois eux, ne sont pas tout a fait normaux: ils sont, enfin, ils étaient des super héros. Mais, mis au rencard après des années de bons et loyaux services, ou partis de leur plein gré se mettre au vert, ils sont maintenant la branche "Lozère" de l'agence internationale de super héros " Hero Corp" dont le siège est à Montréal, Québec. Or justement ils ont un gros problème, du genre attaque de super-vilain, et leurs pouvoir étant amoindris, pour en pas dire carrément moisis, ils ne sont pas de taille à faire face. Or le medium de l'agence a eu une vision, c'est John qui va les sortir de la mouise en les fédérant à nouveau pour se battre contre " Ze Lord" (oui toujours bien prononcer les noms à la française, Steve = stèèève, Allen = allant, Burt = burte, Mick = Mique...)
Le tout se concluait par une virée à Montréal le temps de rencontrer "capitaine Canada" ( Michel Courtemanche), super héros prétentieux bien que nullissime et poltron, et pourtant célèbre, flanqué de son assistant "captain trois-rivières", tout aussi snob... qui flippe à la vue des animaux de la ferme. Mais, c'est la règle dans toute histoire de super-héros: une fois un super-vilain vaincu, il va forcément y en avoir un autre, encore plus super, encore plus méchant.



Car évidemment, je peux difficilement entrer dans les détails sans éventer un peu la 1° saison.




Cette fois, le super méchant c'est Matthew Hoodwink ( prononcer correctement à l'anglaise), et pas de chance pour John, c'est surtout l'irascible père de sa petite amie Jennifer, laquelle ignore tout de la nature de son petit copain, de la tante et des amis de celui-ci.

Or pendant l'escapade québécoise d'une partie de ceux ci, Hoodwink fait raser le village de Lozère. Tous n'en réchapperont pas, mais une poignée de survivants refont surface, vite rejoints par ceux qui rentrent du Québec et vont devoir tailler la route en pleine forêt, direction le bunker secret de Hero Corp,pour se mettre à l'abri de Hoodwink qui a décidé de les trucider purement et simplement.
Mais John a toujours Jennifer avec lui, otage plus ou moins coopérative, et toujours ignorante de la situation, ce qui leur évite un canardage pur et simple. Et d'ailleurs ignorante tout court, puisqu'elle a perdu la mémoire en lorsqu'une roquette lancée par le maladroit Capitaine Canada a percuté de plein fouet sa voiture. Ce qui ne va pas arranger son mauvais caractère et son côté boulet.

Cette seconde saison est plus sérieuse, ou plutôt plus aboutie, plus suivie en fait que la première où les épisodes étaient plus ou moins indépendants. Là il y a un vrai fil directeur: la fuite des super héros survivants, l'arrivée d'autres survivants venus de régions diverses car les autres branches mondiales d'Hero corp ont aussi été détruites.

On voit donc arriver Valur, un islandais qui sait manier la foudre ( et dont l'accent fait beaucoup d'effet sur tante Mary), Jean Micheng, vietnamien au pouvoir.. déconcertant ( pour ne pas dire complètement n'importe nawak: il déconcerte les ennemis en leur parlant vietnamien, et quand ils sont déconcertés, un ballon de handball surgi de nulle part les assomme. Quand je vous disais que c'était n'imp! Mais force est de reconnaître que c'est efficace même en étant complètement ridicule. et Eshana, brune hippie au pouvoir de dédoublement (sachant que son doppelganger ne lui ressemble absolument pas, c'est loin d'être évident)

Ceci dit, les autres, replongés dans le bain, et obligés de s'y remettre vraiment pour survivre vont dérouiller leurs pouvoirs. Surtout le pauvre Burt, qui fait beaucoup d'efforts pour peu de résultats, mais arrivera quand même à s'extirper de sa condition de Captain Shampooing ( qui lance du shampoing doux qui ne pique même pas les yeux) pour redevenir un peu l'Acid Man qu'il était au temps de sa gloire.
Quand à John, il développe aussi des pouvoirs, disons, paradoxaux: fils d'un super héros et d'une super méchante, ce qu'il ignore encore, il peut à tout moment pencher du bon ou du mauvais côté.
Donc un scénario qui fait toujours la part belle aux moments humoristiques et pinaillages entre super héros, il faut bien le dire, toujours un peu concons et péquenauds indécrottables, mais développe un peu plus son sujet et ça, ça fait plaisir.

Avec en prime une brochette de second rôles assez croquignolets ( le retour de captain sports-extrêmes, déjà aperçu dans la saison 1: le genre de mec à faire du parapente sans parachute, ou du saut à l'élastique, sinon c'est trop facile et bon pour les chochottes. Evidemment, il se ramasse beaucoup et passe plus de temps à remettre en place ce qu'il s'est déboîté plutôt qu'a faire des actions d'éclat. On retrouve aussi le prétentieux Captain Canada, toujours à côté de la plaque et vite dépassé. Et parmi les invités, il y a " atraignée man" ( Alexandre Astier, venu faire un passage dans la série de son frangin). Il n'a aucun pouvoir particulier, sinon celui d'être relou et gratuitement méchant " parce que les araignées c'est méchant". Dans la première saison c'était " chauve-souris Man", le super héros qui ne sert à rien: comme les chauves souris, il vivait la nuit, mais en fait il avait choisi de vivre de nuit le jour parce que c'est moins fatiguant!
Manière évidente de tailler un short aux deux super-héros les plus célèbres..

On va encore trouver ici un homme des bois philosophe aux lectures étranges ( Pierre Palmade): son livre favori est "comment servir l'homme" (oui, oui,l'ambigüité du titre est tout à fait voulue) et, plus tard, un groupe de vampires qui a comme un souci d'image et de crédibilité: En tant que " vampires de jour", personne ne les prend au sérieux et ils passent aux yeux de tous pour des petits malfrats, ce qui est mauvais pour leur égo. Je vous rassure ils n'ont pas le mauvais goût de briller au soleil ( et non je ne me lasse pas de tailler Twilight en biseau)

Donc comme pour la première saison du très très bon, et par moments, du moins bon, des gags qui tombent à plat. Mais un peu moins que dans la saison 1,  voilà, la saison 2  semble plus écrite, et fait moins de part à l'improvisation ont sont issus plusieurs des acteurs. L'impro, c'est bien, c'est réactif.. mais c'est aussi plus casse gueule.


Les nouvelles tenues sont un peu plus homogènes...disons que c'est un peu moins pire pour l'image de Tante Mary d'avoir laissé tomber le tablier à fleurs. Là ils font un peu moins pécores et un peu plus.. euh.. éboueurs? :D


Alors oui, je continuerai, après cette deuxième saison plus aboutie, à suivre les aventures des super héros les moins compétents de la planète. Parce qu'elle a mine de rien l'ambition de mélanger deux choses très différentes: l'univers très sérieux des super héros et l'humour potache, avec en plus de vraies trouvailles scénaristiques par moments, qui en font un ovni au milieu de séries françaises assez convenues.

Mon seul regret: ouiiiin , il n'y a pas Captain Cold dans cette deuxième saison. Je ne sais pas si c'est un choix professionnel de Maurice Lamy qui n'a pas pu revenir pour la saison 2 pour cause de planning, vu qu'il joue surtout au théâtre, ou si c'était prévu dès le départ dans le scénario, mais il me manque.

Autre qualité de la série, je crois que je l'avais dit pour la première saison: les tournages en extérieurs, la campagne de Lozère pour la saison 1 ( Le Causse de Sauveterre et le village des Palhers de Bramonas,  près de Mende et Balsièges, argument touristique qui figure maintenant sur le site de l'OT local), les Alpes Maritimes pour la saison 2 ( Menton, le fort du Barbonnet près de Sospel), les suivantes en Bourgogne ou du côté de la Rochelle. Et cet emploi des décors naturels est un des points forts de la série, la limite financière qui empêche les gros effets spéciaux devient une force ( car franchement arriver à refaire en studio un endroit aussi authentiquement décrépi que l'est réellement le fort du Barbonnet, ç'aurait été difficile. Et les forêts ont l'air de vraies forêts... dimension qui manque paradoxalement dans les productions de plus grand budget où le fond vert est la solution de facilité la plus souvent retenue  )

Rendez vous dans quelques temps pour la suite.

mercredi 1 mars 2017

L'effrayante aventure - Jules Lermina

J'ai déjà parlé ici de cet auteur assez oublié pour les nouvelles "La deux fois morte" et "L'élixir de vie", que j'avais bien appréciées l'une comme l'autre. Qui toutes deux avaient un fond scientifique bien que farfelu, et tentaient d'expliquer le fantastique d'un point de vue rationnel.

Donc quelle peut être cette effrayant aventure? Cette fois, elle est plus Sf, ou plutôt commence un peu Sf et se termine plutôt dans le fantastique.
oui, il y a des monstres! Edition des moutons électriques, mais je l'ai trouvé libre de droit en e-book ici

Tout commence à Paris  dans les années 1910, par la découverte d'un cadavre qui est assez vite identifié comme étant celui de feu Mr Coxward, un anglais un peu boxeur, un peu arnaqueur et beaucoup voleur. Chose curieuse le cadavre semble avoir été jeté d'une importante hauteur.. au milieu d'une place, ce qui est impossible.  Une canaille qui ne manquera à personne, sauf que, autre bizarrerie l'heure de sa mort est estimée à 3h00 du matin, alors que la veille au soir elle était à Londres, recherchée par la police pour un vol. Impossible d'avoir traversé la manche en si peu de temps. Or, Mr Bobby, policier anglais qui a identifié la victime n'en démord pas: il s'agit bien du même, qui a trouvé un moyen inconnu de filer .. à l'anglaise . Evidemment , Mr Bobby n'est pris au sérieux par personne et surtout pas les journaux, qui se font un plaisir de moquer son patronyme si adapté. Mr Bobby va donc devoir laver son honneur terni par la presse française, et prouver ses dires. Son enquête va le mener par bien des détours chez Sir Athel Random, gentleman à l'apparence aussi banale que son nom le laisse supposer ( Lermina s'est bien amusé..), mais qui cache un savant farfelu, inventeur d'une machine volant,ressemblant à une cabane à outils dotée d'hélices: le vriliogire, propulsée au vrilium, l'invention de Sir Random. Alors qu'il escomptait mettre la dernière main à sa machine avant de l'essayer, elle lui a été dérobée justement par le dénommé Coxward qui pour échapper à ses poursuivants est entré dans le jardin pour se cacher dans la cabane à outil... mal lui en a pris, puisqu'il a mis en marche la machine qu'il ne savait pas manoeuvrer qui l'a donc propulséplein est jusqu'àce qu'il en tombe. Le bête accident, mais Mr Bobby avait raison.

Problème: il faut retrouver la machine, quelque part du côté de Paris, encore chargée d'une bonne dose de vrilium dont les effets peuvent être dévastateurs ( le Radium a été découvert en 1898, nombre de personnages réels sont mentionnés: le président Poincaré et le savant Poincaré, le savant Arago, le préfet Lépine, les écrits de Darwin ou les études de Richard Owen.. l'histoire fait donc appel aux connaissances et au cadre de son époque).
Random et Bobby partent donc à la recherche de la précieuse machine, flanqué du journaliste français Labergère, particulièrement gaffeur. Leur quête va involontairement les mener dans les sous-sols Parisiens, pas encore transformés en fromage à trous par les couloirs du métro, mais déjà bien instables et recélant d'étranges choses. Et je paierai cher pour voir la scène finale de mes yeux, en dépit de l'énorme erreur de .. quelques centaines de millions d'années qu'elle implique, ce qui m'a bien faite rire. Erreur involontaire de l'auteur ou assumée pour renforcer le côté cocasse, en tout cas ça marche.

Et j'ai bien aimé cette histoire complètement absurde, qui joue sur le choc des cultures: un policier au nom prédestiné, raide comme la justice, qui se retrouve confronté à un journaleux parisien qui ne prend rien au sérieux et ramène tout, absolument tout à une seule notion: les apéros. Cafés , bars et brasseries sont son obsession. A côté d'eux, le digne sir Random, très flegmatique comme tout anglais de roman qui se respecte... mais devient absolument impossible à maîtriser lorsqu'il s'embarque sur la science, capable alors qu'il est coincé dans un souterrain de s'embarquer sur l'analyse des roches qui l'entourent au lieu de se concentrer à chercher la sortie.
Le tout avec une bonne dose d'humour absurde et décalé, qui trouve toujours le moyen de se frayer un chemin même dans les situations épineuses.
Le livre est sorti en 1914, à la toute fin de la carrière de Lermina, déjà âgé lors de sa publication. Avec une étonnante prémonition:  2 ans plus tard , français et anglais allaient aussi se retrouver à vivre d'effrayantes , bien plus effrayantes aventures, coincés dans des souterrains, dans une situation catastrophique, avec des matières dangereuses susceptibles d'exploser à tout moment. Et cette fois ce ne serait plus pour rire.

Ce qui explique peut-être que cette histoire légère d'un auteur probablement classé vieillot déjà à l'époque ait été oubliée, les années qui ont suivi immédiatement n'étaient plus à la rigolade. Mais, au delà de la fantaisie,  il brosse surtout un savoureux portrait de la presse qui n'hésite pas à inventer des scoops pour faire un plus gros tirage que le journal du voisin, à attirer le chaland avec des manchettes racoleuses du genre " demain à 10h00 nous vous révèlerons toute l'affaire", à diffamer, à broder .. Labergère est un bon exemple du journaliste sans scrupule qui n'hésite pas à aller du jour au lendemain travailler pour la concurrence et démonter ce que lui-même écrivait la veille, ne vérifie jamais ses sources,  pour peut que ça soit lucratif.
C'est d'actualité, n'est-ce pas?

Donc je le classe SF pour l'emploi de la science, et l'invention avant l'heure d'un monoplace à propulsion atomique - ça n'est jamais clairement dit, mais, on comprend vite qu'une puissance colossale concentrée dans ce qui à la taille d'une pointe de crayon est forcément radioactive.
Mais on est tout autant dans le policer et le roman d'aventure. A lire pour rire, sans chercher non plus une énorme profondeur, mais c'est une lecture rafraîchissante et divertissante, avec en plus quelques vannes cyniques sur la police, les autorités et les journaleux.

mardi 14 février 2017

le jour des serments...

Car oui, ma traditionnelle diatribe anti Saint Baratin sera un peu différente aujourd'hui. Parce qu'il s'est passé des choses autrement importantes un 14 février qu'un vieux romain décapité par d'autres romains après avoir rendu la vue à une femme aveugle ( du coup la logique serait d'en faire une journée de sensibilisation aux maladies oculaires, plutôt)

Car le 14 février est avant tout une date importantissime. Pour la France et pour l'Allemagne - et ce, même si ça n'a pas toujours été le grand amour entre les deux pays.

Le 14 février 842, c'est la signature des Serments de Strasbourg qui ont donc 1175 ans cette année.



En quoi est-ce important? C'est tout simplement le traité qui annonce le morcèlement de l'immense empire de Charlemagne d'un point de vue géographique, ET la première occurrence écrite des deux langues que sont l'Allemand et le Français. Et tout commence par une querelle de famille, parce que lorsqu"il y a du pognon et du pouvoir, l'amour familial et fraternel, on s'en cogne un peu en fait. Et on se cogne dessus tout court.

Il s'agit donc d'un traité militaire entre Louis le Germanique et Charles le Chauve  qui s'allient donc pour foutre en commun sur la gueule de Lothaire, leur grand-frère.
Tous trois sont fils de Louis le pieux, Empereur d'occident, lui-même fils de Charlemagne mort en 840. L'héritage partage le territoire en 3 parties et tout le monde aurait du être content. Sauf que l'ambiance n'était pas franchement excellente entre papa Louis de son vivant et ses 3 fils, puisqu'ils ont tenté un putsch en 833.

Et donc Lothaire, fils aîné, réclame le titre d'empereur d'occident,  Louis le germanique qui était duc de Bavière, se voit attribuer la partie est de l'empire, et Charles le chauve, le préféré de son papa avait déjà obtenu une grande partie de la Francie occidentale). Et de fait en étant empereur, Lothaire aurait été suzerain de ses deux frères, qui en l'entendent pas de cette oreille.

Le traité d'alliance entre les deux cadets est fait de manière à ce que leurs armées respectives comprennent la situation, et donc non pas rédigé uniquement en latin, mais prononcé et transcrit en langues vernaculaires, ancêtres du français et de l'allemand. De l'ancien français plus ancien qu'ancien. Et de l'ancien allemand pareillement ancien.
Louis le germanique prononce un discours en langue gallo-romane ( donc pas celle de sa propre armée, mais celle des armées de son frère, à laquelle la troupe répond) et Charles en langue tudesque pour être compris des armées de Louis qui répondent aussi dans leur propre langue.



Voila ce que dit Louis

Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.


Soit: Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d'aujourd'hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l'équité, à condition qu'il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles.

On ne va pas se mentir, la langue gallo-romane est quand même encore très très proche du latin, mais déjà on repère des choses qui nous parlent: commun, en avant, plaid ( au sens de plaider), et les formes du futur: salvarai, prindrai.
D'autres vocables ( poblo, salvament, podir, aiudha, salvar) sont plus proches de l'espagnol actuel, la langue parlée devait probablement être comprise dans une bonne partie du territoire de Charles jusqu'à l'océan et la méditerrannée.

Et voilà ce que dit Charles

In Godes minna ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi mahd furgibit, so haldih tesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruodher scal, in thiu, thaz er mig sosoma duo ; indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe minan uuillon imo ce scadhen uuerhen.

traduction: Pour l'amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m'en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l'équité secourir son frère, à condition qu'il en fasse autant pour moi, et je n'entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma volonté, puisse lui être dommageable.

Le futur allemand est déjà un peu plus reconnaissable, enfin, pour peu qu'on l'ai appris, mais il a moins dérivé que le français de sa base et un plus grand nombre de mots sont déjà quasiment dans leur forme actuelle. en tout cas, en le lisant à haute voix et bien qu'étant française, je galère moins à reconnaître les mots actuels
Folches-> Volk ( le V allemand se prononce comme un F français)
geuuizci-> Gewiss
uuillon-> Wille ( le w allemand actuel se prononce comme un V français, mais le redoublement du uu semble indiquer qu'a l'époque, il fallait bien prononcer un " wa" à l'anglo saxonne)
scadhen->schaden
uuerden -> werden

Mais autant dire que d'un point de vue étymologique et historique, ce document ( dont les deux versions connues sont des copies plus tardives) est une mine d'informations sur les langues parlées en Europe au IX° siècle.
La vraie séparation géographique se fera l'année suivante par le traité de Verdun en août 843:
A Charles ce qui s'étend entre l'océan ( moins la Bretagne) à la Belgique au nord, et aux Pyrénées au sud en longeant presque le Rhône. A Louis, toute la partie Est de l''empire, suivant à peu près le Rhin comme démarcation, et à Lothaire, la zone entre les deux, des actuels Pays-bas jusqu'à la Provence et une bonne partie du nord de l'Italie, qui prend le nom de Lotharingie
Arrangement qui va d'ailleurs mettre la grosse pagaille dans l'histoire, car les différentes zones vont se retrouver encore morcelée aux générations suivantes, les rois de l'époque ne se contentant pas d'avoir un seul enfant.
Et la Lotharigie, de plus en plus réduite va rester la pierre d'achoppement entre la France et l'Allemagne jusqu'au XX° siècle. Ca se dit Lothringen en allemand. Et on y passe avec des sabots. Mais la France clamait depuis 1871que l'ennemi prussien ne l'aurait pas ainsi que la région d'à côté.
Et oui, Lotharingie = Lothringen = Lorraine.
S'il n'y avait pas eu ce morcèlement, quelque part, on évitait la rivalité de toujours, la guerre franco-prussienne, le bordel en 1914, le nouveau bordel en 1939, tous aux conséquences dramatiques.

Et donc, d'un point de vue personnel, à cause de ce partage datant de bien avant sa naissance, mon arrière-arrière grand mère à fui l'Alsace en 1870 et les guerres incessantes pour ces territoires tampons entre deux pays, pour se réfugier en Auvergne. Oui mon arrière-arrière grand-mère était donc une réfugiée politique.
La naissance de ma grand-mère en Auvergne est donc une conséquence étrange mais bien une conséquence d'un traité politique signé quasiment mille ans plus tôt, si on y réfléchit bien!

Maintenant, un petit jeu d'imagination, car ils me font bien rire les partis extrémistes, avec leur roman national, la pureté du sang, etc.. et toutes sortes de facilités historiques.
Si mon arrière-arrière grand mère avait eu des sympathies pour l'autre camp, je ne serai simplement pas là pour en causer. Je serais peut-être mettons, polonaise.
(Allons encore plus loin dans l'imagination: Je suis peut-être polonaise dans un univers alternatif où elle est partie vers l'Allemagne. Et je ne sais même pas dans quel coin je suis, dans un univers alternatif où il n'y a pas eu de dispute de famille entre les petits fils de Charlemagne. Oui même là, je ne peux pas m'empêcher de penser SF)

Yep, je suis française par hasard, parce qu'une alsacienne est venue à l'ouest plutôt qu'à l'est et parce qu'à un moment, d'autres pinailleries politiques et territoriales multi-séculaires ont décidé que Nice et sa région seraient finalement françaises au lieu d'italiennes après être passées de main en main. Et tout ce monde a finit par débouler en PACA à cause d'autres alliances politiques au XX° siècle.
Ma nationalité ne tient en fin de compte qu'à une belote politique entre gens de la haute. Je ne m'en plains pas, mais je n'ai aucune raison d'en tirer une quelconque fierté, qu'elle soit nationale ou encore plus ridicule, régionale. Le patriotisme, la main sur le coeur et tout ça, les "tulaimeoutulaquitte" c'est loin d'être mon truc. Pas de quoi fouetter un chat, franchement.
Bon je n'avais pas prévu de partir dans des considérations politiques actuelles, mais après tout le morcèlement de l'Europe du IX° a eu et a encore des conséquences actuelles sur la morphologie des pays et leur langue. Et à partir du moment où on y met son nez, l'évidence saute aux yeux, l'appartenance à un pays ou un autre n'est que le résultat d'une série de hasards.

Donc en ce 14 février, plutôt que l'amour, si on fêtait un peu l'égalité et la fraternité entre l'immense majorité des gens qui sont nés quelque part  ( ça vous va comme concepts, amis politiciens? c'est assez français?)

Oui je suis partie d'un rejet d'une fête commerciale pour embrayer sur un sujet historique et politique, je sais, je suis la personne la moins sentimentale de la terre.

Promis l'an prochain, je vous parle de la mort de Cyrille, l'inventeur de l'alphabet cyrillique 😄 (wow, joie et bonheur, je viens de trouver la commande d'insertion de smilies dans les messages de blog)

dimanche 29 janvier 2017

Brisby et le secret de NIMH ( long métrage animation 1982)

Voilà un dessin animé que j'avais vu à sa sortie, en 1982 ou 83, que j'avais beaucoup aimé, et que j'ai eu la joie de revoir, pour sa ressortie ces jours ci au cinéma, 35 ans plus tard.

Alors j'ai conscience que c'est un dessin animé assez oublié, d'autant qu'il n'est pas le plus connu de son réalisateur, lequel est souvent confondu avec Disney. Combo!

C'est vrai qu'il y a une ressemblance graphique avec les Disney de la même époque, mais je vous arrête de suite,  Don Bluth est souvent plus sombre que Disney, sous ses dehors mignons.

cadeau, merci topito. Mais même Anastasia est plus sombre que la plupart des Disney, oui même que les 101 dalmatiens ou Bernard et Bianca.
Don Bluth pour vous situer, a réalisé Fievel et le nouveau monde ( une mignonne histoire de souris qui parle de Raciste et d'émigration) Le petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles ( une mignonne histoire de dinosaures qui parle d'extinction de masse), Anastasia - son plus gros carton ( qui parle logiquement de la révolution russe et de l'assassinat du tsar et de sa famille), Titan AE ( pas vu, mais le sous-titre est " survivrez vous à la fin du monde"), et donc Brisby et le secret de NIMH, son premier long métrage.

et même l'affiche de Brisby jouait sur cette confusion possible..


Une mignonne histoire d'une mignonne souris des champs. Veuve. Avec 4 souriceaux remuants sur les pattes. Dont un gravement malade. Et son terrier, dans un parpaing au milieu du champ est menacé de destruction par le fermier ( qui n'est pas spécialement méchant, il ignore seulement ce qui se passe chez les petits animaux qui vivent dans son champ).

Donc une souris qui a de gros gros gros problèmes: il faudrait déménager au plus vite mais il fait encore froid et Tim, le malade ne doit pas sortir avant deux semaines. Or le labour va commencer sous peu. Elle va donc devoir trouver de l'aide. Et,pour celà, affronter des dangers terribles pour une souris: le chat du fermier en premier lieu, qui rend toute sortie périlleuse, aller demander conseil au sage de la forêt, le hibou, et que mangent les hiboux? Bingo!

Des problèmes, oui, mais de souris ( et ça c'est un des gros plus, l'anthropomorphisme n'est pas constant: elles courent à 4 pattes, grimpent, utilisent leurs dents pour ronger des fils.. bref ont un minimum de comportement de souris)

Mais Mme Brisby a la chance que feu son mari ait mené une "double vie" et rendu pas mal de services aux habitants de la forêt et de la campagne.
Et en particulier à la colonie de rats qui s'est établie sous le rosier dans la cour de la ferme. Le hibou va donc l'envoyer les voir. Et ce qu'elle découvre dépasse toute attente: les rats sont d'anciens rats de laboratoire que des expériences ont rendus intelligents et aptes à lire, et à se cultiver. C'est une véritable société quasiment humaine qu'ils ont développée ( avec, hélas, ses travers, notamment le goût du pouvoir, de la chicane, de la politique et des assassinats qui vont avec). Eux vont pouvoir l'aider, vu qu'ils ont appris à détourner l'électricité des humains pour leur propre profit.

par contre très logiquement, les rats sont beaucoup plus grands que les souris. Mais Justin est un rat sympa et facétieux, ce qui n'est pas le cas de tous.

Donc.. une touche de SF au passage qui fait classer le film en "fiction spéculative". Et la science a rattrapé la fiction, puisque les aptitudes d'apprentissage des rats ne sont plus à démontrer et peuvent même être artificiellement développées avec des médicaments. Donc le jour où les rats sauront lire, on a du souci à se faire les amis.
Par contre les corbeaux sont supposés intelligents, mais le corbeau du film, lui est probablement le moins malin de son espèce. Pas de chance!
Jérémie le corbeau dans toute sa splendeur

Après, le film s'égare un peu ( mais à 5 ou 6 ans je ne le voyais pas), lorsqu'il s'éloigne de son côté SF pour donner dans la fantasy . Nicodemus le vieux chef des rats a tout d'un Gandalf, et le mystérieux pendentif qu'il donne à Mme Brisby est plus un artefact magique sorti de nulle part que quelque chose de scientifique.

you shall not pass! ( enfin, ça collerait bien)
Apparemment tout ce côté magique n'existait pas dans le roman d'origine - que je vous avoue j'ai bien envie de lire, il n'a pas été traduit, mais en littérature jeunesse, mes compétences en anglais devraient êtres suffisantes.
Du coup, c'est un peu boîteux: si la science peut expliquer pourquoi les rats sont si malins, autant rester sur cette ligne, et ne pas rajouter de magie. Si on veut partir sur de la fantasy, avec magie et tout le toutim, plus besoin d'expliquer quoi que ce soit, il suffit de dire "TGCM!" ( ta gueule, c'est magique!) et tout le monde aura compris. C'est la limite du film, qui n'a pas trop su choisir entre la voie SF et la voie fantasy. Je pense qu'il a pris cette orientation parce que la fantasy avait alors le vent en poupe ( Dark Crystal date de la même époque à quelques mois près, le jeux de rôle "donjons et dragons" cartonnait depuis quelques années..). Et au final, il s'en dégage plus une ambiance fantasy.

Mais de fait, le passage le plus intéressant, qui est bien sûr la société des rats et leur développement, et la nécessité qu'il y ait réconciliation entre eux ( les "citadins" mal vus par les autres animaux) et les habitants de la campagne qui devrait être le sujet central, puisque tiré d'une série de 3 tomes titrés " les rats de NIMH", passe au second plan face au problème de la souris Brisby. Et c'est dommage. Autre bonne raison de chercher le roman.

Graphiquement on est dans les standards de l'époque, et c'est même bien agréable de revoir de l'animation classique avec cellulos peints. Et autre avantage sur Disney, il n'y a qu'une chanson, intégrée dans la bande son, et pas chantée par les personnages comme ça sans raison, ce que je déteste le plus et qui m'a définitivement vaccinée de Disney. Malheureusement, ce défaut s'est retrouvé dans Anastasia, grmph. Ca et le personnage mascotte très énervant ( la chauve-souris de Raspoutine) re grmph.

Mais du coup, à vous conseiller un film de Bluth, ce serait celui là ou Fievel, l'un dans la veine magique, l'autre plus réaliste même sil y a toujours des souris qui parlent.

et toute cette aventure épique à hauteur de souris de haut se passe intégralement - sauf la forêt du hibou - dans ce décor. C'est d'ailleurs étrange que le fermier ait laissé d'énormes cailloux dans son champ, à la base.
Pour comparer, à l'époque, Disney avait essayé aussi de sortir de ses sentiers battus et rebattus, avec Taram et le chaudron Magique ( 1985) que j'avais beaucoup aimé . Taram a fait un four, et j'ai compris en le revoyant: déjà ce n'était pas ce que les gens attendaient de Disney - alors que Bluth , quasi inconnu, avait les mains libres pour faire quelque chose d'emblée un peu sombre. Mais plus de 30 ans après, force est de constater qu'au delà de ses images inattendues de squelettes sortant d'un chaudron, Taram était très creux et n'allait vraiment pas au bout de son projet, comme si quelqu'un en cours de route avait décidé " c'est trop sombre, faut vite se débarrasser des monstres" tandis que Brisby a bien vieilli justement parce que sous des dehors mignons, il aborde des thèmes ouvertement sombres ( le veuvage, la mort, la maladie, les tests sur animaux) et ne recule pas à mi chemin, effrayé de déplaire à son public

oui, c'est un dessin animé jeunesse. Sachez le, il y a peu de moments vraiment violents, mais on ne cache pas non plus les tests sur animaux.

Et donc, oui, il reste dans mon top 5 de longs métrages d'animation.

Maintenant cher cinéma, j'aimerais revoir la Dernière licorne ( qui date de la même année, tiens, jolie année pour l'animation) c'est possible ou pas?

edit: j'ai dit une bêtise! Le tome 1 du roman au moins a été traduit. Par contre il y a toutes les chances qu'il soit introuvable
edit 2: une suite au dessin animé a été faite, sortie uniquement en vidéo mais franchement le graphisme ne m'inspire pas, un peu trop standard à mon goût, et ça augure de quelque chose de trop peu sombre pour moi. Ce n'est pas Don Bluth qui l'a réalisé d'ailleurs, donc il y a de grande chances qu'il y manque cette dimension là.
edit 3: les musiques sont de Jerry Goldsmith, mais la seule et unique chanson  est chantée par Paul Williams en VO. Je ne le savais pas, l'ayant revu en VF, donc avec chanson traduite aussi, mais j'ai repéré le nom sur le générique et après vérification, il s'agit bien du même Paul Williams dont je parlais ici avec sa voix si particulière, reconnaissable entre toute. Sympa, un de mes dessins animés et un de mes films favoris ont un point commun que j'ignorais.

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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

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