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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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dimanche 28 avril 2019

J'ai vu mourir la Belgique - Jacques Hislaire

(A ne pas confondre avec Bernard Yslaire, Hilaire, etc... son compatriote auteur de BD)

Encore une trouvaille un peu au hasard, donc le sujet m'a amusée: J'ai vu mourir la Belgique sous-titré " lettres à la manière de la marquise de Sévigné"



Jacques Hislaire, auteur de théâtre imagine une uchronie surprenante et plutôt réjouissante, et plutôt réju.Madame de Sévigné est contemporaine, française, mais vit en Belgique: mariée en 1944 au militaire Belge Henri de Sévigné, elle retrace, avec son ton narquois, 50 ans ou presque d'histoire politique de la Belgique, de 1944 ( la libération et son mariage) à 1990 ( chute du bloc Est et réunification des deux Allemagnes), dans lequel elle se plaint auprès de son cousin et par la suite auprès de sa fille de voir son pays d'adoption se déliter au fil de politiques hasardeuses, qui voient les mêmes ministres affublés d'une numérotation se succéder sans fin.

Imaginez une marquise de Sévigné qui a quitté Paris pour (Knokke-)le-Zoute et chronique successivement la libération du pays, l'accession au trône du roi Baudouin, l'indépendance du Congo ( ex Belge), l'affaire des Fourons ( petite ville du Limbourg, auparavant rattachée à Liège, devenue Flamande par fantaisie administrative en 1963 et contre l'avis de la population), les francophones expulsé de l'université de Louvain par les flamands en 1968,la création des communes à facilités, la mort de Jacques Brel, les 150 ans du pays.. qui sont fêtés sur fond de morcellement contemporains en régions, communautés, etc.. pour finir par la disparition des frontières de ce qui s'appelait encore la CEE en 1990 .. l'Europe unie dirigée depuis un pays incapable de se réconcilier avec lui même.

avec des petites références toujours sympa: Madame de Sévigné aime toujours autant le théâtre et va assister aux spectacles de Maurice Béjart au théâtre de la Monnaie. elle aime aussi la bande dessinée et offre des tomes de Tintin à sa famille ( avec une nette préférence de sa part pour le professeur Tournesol.Cependant en 1960, elle estime qu'"Objectif Lune" est fondamentalement irréaliste car il y a fort  pareier que la conquête de la lune reste à tout jamais une chimère.. ahem.... 1969). Elle a aussi beaucoup aimé la première représentation de Hair ( oui oui, la joyeuse comédie musicale hippie qui chante les joies de la fumette et dela sexualité de groupe), vu à Londres dans les années 60

On y trouve bien sur les hommes politiques Les rois Leopold III et Baudouin, les ministres et autres pions politiques, Simenon, Brel, Magritte et folon qui y sont mentionnés, Béjart ( elle recommande d'ailleurs à Françoise qui habite très logiquement Grignan, d'aller voir le Sacre du Printemps au festival d'Avignon, même si ça n'est plus la même chose depuis la mort de Gérard Philipe, ce genre de mention fait évidemment mes délices !)
Pour les français comme moi: Béjart, le marseillais, à habité Bruxelles, rue de la fourche, une maison qui est maintenant un conservatoire de danse. Je l'ai découvert au fil de mes errances en ville. Il y est aussi question d'Eddy Merckx et des Diables rouges... entre diverses narration de banquets ( menus à l'appui) du plus pur style Grand Siècle. Un pastische littéraire donc tout à fait réussi, ce qui m'a bien faite sourire.. et informée au passage! Ce décalage entre l'écriture raffinée , bardée d'imparfaits du subjonctifs, et des mentions comme Eddie Merckx, Jean-claude Drouot dans Thierry la Fronde ( car oui, c'est un acteur belge qui boutait les angloys hors de France) ou Hair est très drôle.

Car le mieux, c'est que j'y ai retrouvé quelques points évoqués dans le cadre de mes études,lors du cours de droit Belge, matière qui n'entre absolument pas dans ma tête, mais qui, là,avec la béquille de ce récit me parle.
D'autres références plus obscures ( les Fourons par exemple), m'ont obligée à des recherches, ce qui n'est pas un mal. Et c'est plus sympa qu'un aride cours de droit qui me fait dire chaque semaine " quelle usine à gaz!" ( de fait, plus instruction civique que vrai droit, mais déjà que je trouvais ce genre de matière compliquée en France, l'organisation en communautés linguistiques du pays est loin de simplifier les choses. La France est aussi une usine à gaz, mais pas la même, et des notions de parlement ou Sénat ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités, ce qui rend la chose encore plus difficile pour moi, qui vient de mon pays monolingue)


mercredi 24 avril 2019

Diotime et les lions ; Le temps du rêve - Henri Bauchau

Cette fois c'est un nom que j'avais déjà entre vu, mais sans en savoir plus, je ne savais même pas qu'il était belge. Donc.. découvrons!

Toujours avec mon critère de livres courts, pour pouvoir les lire dans les transports en allant à la fac.
Mais là, Diotime était vraiment très court, donc j'ajoute un second titre du même auteur.



Commençons par Diotime, il s'agit d'un court roman.. ou d'une longue nouvelle qui se passe dans l'antiquité. Diotime, comme on peut le supposer à son nom,  est grecque. Une Grecque antique, qui avec sa famille du côté turc, voire perse de la Grèce. et ce sont ses années de jeunesse qu'on va suivre depuis sa petite enfance jusqu'à l'âge de se marier soit.. 14 ans.
Oui, c'est l'antiquité, je rappelle. Ce qui fait passer un peu mieux la pilule c'est qu'elle est motivée pour ça, c'est que c'est elle qui tanne ses parents pour leur imposer le futur mari qu'elle a choisi.

Car Diotime est une forte tête, élevée presque plus par son grand-père Cambyse, chef de clan redoutable mais qu'elle ne craint pas, que par ses parents qui ont bien du mal avec cette fille si peu féminine: loin de l'idéal de la parfaite femme au foyer grecque, Diotime descend d'une tribu de " fils des lions", qui révèrent les dieux lions, lors de chasses rituelles annuelles et de cérémonies quasiment chamaniques.
Diotime, eu égard à son statut social et à sa compétence de chasseresse est d'ailleurs la seule femme conviée aux rites, et son caractère bien trempé impressionne beaucoup les hommes, qui semblent apprécier cette graine de femme à poigne.
Et pour faire ses preuves dans le clan de Diotime, et donc prétendre à la fille du chef, il faut chasser les lions, ce qui pose un problème à l'heureux élu, un homme raffiné et délicat, navigateur venu de la "vraie" Grèce, qui va donc devoir se livrer à un rite qu'il considère comme barbare, dans le cadre d'un culte dont il se fiche comme d'une guigne, mais pas le choix, s'il veut obtenir l'aval de la famille de Diotime, il va devoir tuer un lion.

Tout va a peu près bien dans cette histoire.. jusqu'au moment ou Diotime et son fiancé rencontrent.. un vieux sage hindou à dos de mule qui est venu par là via la route de la soie et va les initier à la pensée orientale. Là, ça part vraiment en vrille. Et le récit perd franchement en intérêt à ce moment là, j'ai pu finir juste parce que le livre était très court, mais ce personnage qui fait irruption comme un cheveu sur la soupe m'a cassé tout intérêt, je dois dire. Dommage.

Et comme le livre était ultra court, j'ajoute un autre, tout aussi court mais très différent.



Bienvenue dans la campagne belge des années 20, le narrateur (l'auteur?, les deux semblent vraiment se confondre cette fois), prénommé Billy, va nous raconter ses premiers émois sentimentaux: en plein été, lui , ses frères et soeurs, cousins et cousines- de bonne famille! - sont invités à aller jouer avec les enfants d'une autre famille, tout aussi distinguée.
Il fait connaissance ce jour là d'Inngué, blondinette en robe bleue âgée de 8 ans, le courant passe très bien entre eux, ils n'espèrent rien tant que se revoir quelques jours après, mais un risque d'épidémie fait tomber les projets à l'eau. Il ne reverra plus Inngué que brièvement à la sortie de la messe.. et ne se reverront finalement plus du tout après les vacances. Billy va donc la revoir le plus possible en rêve.
Malgré tout, il n'a jamais oublié cette petite fille espiègle...dont on sait dès l'avant propos qu'elle est morte dans un accident à peine devenue adulte.

Un des premiers textes publié sous pseudonyme de Bauchau alors âgé de 20 ans et publié en 1936. Et préfacé pour une réédition en 2011 par l'auteur âgé de 98 ans, qui revient sur l'évolution de son écriture au fil du temps, et surtout sur la disparition non seulement d'Inngué, mais aussi avec elle, d'une époque, d'un temps qui ne peut plus alors être qu'un rêve, encore plus que dans les années 30. Cette préface, au passage me fait un plaisir immense, la clarté d'expression de ce très vieux monsieur fait plaisir et donne envie de devenir nonagénaire. Nostalgique, évidemment,d'une époque irrémédiablement révolu, mais sans pathos, sans regrets (Bauchau est mort en 2012 à quelques mois de son 100° anniversaire)

Donc oui des deux, sans être un coup de coeur absolu, j'ai largement préféré le récit autobiographique ( à rapprocher des souvenirs d'enfance de Tranströmer dont j'ai parlé cet hiver, tiens). Je lirai donc à l'occasion d'autres textes de l'auteur pour lui donner une chance de me convaincre, ce que je fais en général quand j'ai du mal à me faire une opinion sur 2 titres seuls.

parce que ça me fait plaisir: Henri à 84 ans. La classe et le sourire.
Je n'ai jamais connu mes grands-pères mais c'est exactement comme ça que j'imagine au moins l'un des deux.

24 avril, c'est le jour d'Henri

samedi 20 avril 2019

Sur la pointe des mots - Marie France Versailles


Et contrairement à ce que son nom laisse à penser, Marie France est belge..



Encore un petit livre choisi cette fois pour son titre et son sujet qui me tentaient bien ( une dame des Ardennes belges qui approche de l'âge pudiquement appelé 3° commence à réfléchir sur ce que c'est que vieillir, et se choisit une aïeule littéraire en la personne de Dhuoda, duchesse d'Uzès dans le Languedoc autrice du haut-moyen âge d'un seul livre: un manuel de conseils à son fils)

Mais entre nous je m'attendais à un roman, c'est plus une déambulation entre deux époques, un " à la manière de, assorti d'une conversation à plus de mille ans de distance, avec Dhuoda, que Marie France imagine dans son quotidien.
Sauf qu'elle y insère des pensées, des maximes, des passages de poèmes en prose et qu'au final le tout manque peu trop de liant pour moi.

Alors que dans les premières pages, je me suis dit " ouah, j'aime bien l'écriture, ça va me plaire", au fil des pages , j'ai commencé à trouver que le livre tournait un peu en rond autour de la maternité, de la famille, sujets qui ne me passionnent vraiment pas. Alors que la quatrième de couverture semblait plus accentuer la quête de cette écrivaine assez méconnue  du haut moyen-âge, sur la littérature écrite pas les femmes, le décalage temporel et géographique entre les Ardennes et Uzès, et si le sujet y est présent, il n'y est qu'en pointillé.

Tout ça m'a laissé le loisir de me dire que l'écriture travaillée l'était.. trop, et au final devenait un procédé qui tournait un peu à vide, et manquait de spontanéité.. alors que le récit se veut sur le mode de la confidence.
C'est surtout la profusion de phrases non verbales qui me pose un problème: quelques-unes ça va, ça donne un ton original, mais trop au fil des pages, ça lasse vite. Vraiment très vite.

Donc paradoxalement, le joli style qui m'a plu dans les premières pages est devenu la limite qui fait que je n'ai pas vraiment accroché sur la longueur. Ce n'est pas vraiment une déception, mais plutôt un de ces livres qui ne me laisseront pas un souvenir très marquant et dont je sais si dans quelques mois je reviens en arrière dans mon blog, que je me dirais " moui.. en fait je ne me souviens pas vraiment l'avoir lu, heureusement que mon billet est là pour en témoigner"
Ce qui, on va être honnête, constitue la majorité des lectures, alors que les tops et les flops sont plutôt rares.




lundi 15 avril 2019

Contes pour petites filles criminelles - Nadine Monfils

Les choix au hasard dans les rayons de la médiathèque peut être une bonne surprise, ou pas.

Et cette fois c'est une mauvais pioche, faite juste sur cet intrigant titre que je trouvais prometteur. Un recueil de nouvelles, des histoires de criminelles en culottes courtes.



Sauf que ce que je ne pouvais pas prévoir c'est que beaucoup, beaucoup de ces nouvelles, bien qu'irréalistes ( imaginez 3 petites filles en train de faire griller à la broche un cadavre dans une cour d'immeuble pour le manger, manier haches et scies avec leurs petits bras grêles..). après tout l'ogre est une figure obligée du conte, l'irréalisme en est aussi une caractéristique... la violence, surtout irréaliste ok, le cannibalisme, ok aussi. Mais donc beaucoup de ces nouvelles sont surtout érotiques.
Le problème est que ces gamines sont perverses, très perverses: du genre, ça se tripote pour exciter les adultes. Je ne suis pas prude, Sade je veux bien, mais pas en taille 12 ans, siouplait.

Et là, désolée, mais tout ce qui fait référence à la pédophilie, ça m'écoeure profondément, et je ne suis pas l'autrice sur ce terrain.

Le but du jeu des contes ce n'est pas d'expliciter ce qui est codé.. et décodable par les adultes. Honnêtement, je ne voyais pas étant jeune les sous entendus de la belle au bois dormant, surtout dans sa version soft. Faire des réécritures de contes c'est bien, mais appuyer lourdement sur ce qui était suggéré pour le jeter à la face du lecteur... ça va, merci.

Donc si j'ai plutôt apprécié les nouvelles moins cochonnes ( la page blanche, sexy, mais c'est une femme d'âge mûr.. la petite fille n'y est qu'allégorique; les larmes noires, où une gamine mal aimée par ses parents qui lui préfèrent ouvertement sa soeur, va faire mourir celle-ci de peur; la boîte à violon, où la gamine dérangée fait de drôles de cadeaux à son grand frère; La voleuse de rêve, gamine qui enlève les enfants pour s'en faire des poupées vivantes dont elle se débarrasse dès qu'ils deviennent trop bruyants; Lolita plexiglas, qui est une femme adulte vengeresse mais encore gamine dans sa tête...), ça n'a pas été un plaisir de lecture intense, mais ça passe.
Les autres, toutes les autres, c'est juste non. J'ai vraiment l'impression que c'est "faire trash juste pour faire trash", avec des scènes érotiques ou des mineures se tapent des adultes.

Je ne suis arrivée au bout du recueil que parce qu'il est court (141 p imprimées en gros!)
Mais franchement ça ne me donne pas vraiment envie d'aller voir les autres titres de cette autrice que je ne connaissais pas du tout, et pourtant il y en a une pleine étagère.
Et surtout pas envie de lire " contes pour petites filles perverses", parce vu que les criminelles sont déjà bien de sacrées cochonnes, qu'est-ce que ça doit être?

Donc, ben... ratage!
le 15, c'est rendez-vous "mauvais genre", polar, SF etc.. Bon je pense que ces petites filles perverses et cannibales peuvent faire l'affaire.

mercredi 10 avril 2019

Les cités Obscures t5: Brüsel - Schuiten & Peters

Voilà une série que je n'avais pas encore eu l'occasion de commencer.
Et Brüsel était un choix parfait pour ce mois belge.

Dans un monde parallèle, à la géographie curieuse, mais tout à fait reconnaissable, Schuiten et Peters imaginent des villes miroir de celles du monde réel. Toute ressemblance avec une célèbre capitale n'est absolument pas fortuite!



Dans Brüsel, une ville un peu poussiéreuse, mais en pleine mutation, aux mains d'un entrepreneur mégalomane qui veut raser les "vieilleries", pour laisser place à un gigantesque complexe futuriste.
le fleuriste Constant Abeels, amateur de sciences et de progrès, va se retrouver bien malgré lui aux prises avec la lourdeur administrative et l'incurie des pouvoirs publics, plus occupés à se congratuler et à détourner des fonds qu'à s'intéresser au réel bien-être des citoyens.

Sa rencontre avec Tina, fonctionnaire " sans-culotte" (réellement, c'est une adepte du naturisme, et de manière imagée, c'est aussi une rebelle), qui semble avoir une passion pour le sabotage, et une étonnante capacité à retrouver malgré tout du travail, va tout changer.
Non que Constant ait une âme de résistant, il se laisse plutôt porter par les événements, mais ceux-ci vont lui démontrer que si la ville avait réellement besoin d'une modernisation ( les hôpitaux y sont encore dignes du moyen-âge, 3 malades par lit, non séparés pour éviter les contagions), vouloir la propulser de force et trop vite dans la modernité n'est pas une solution non plus.

En tout cas, j'ai bien aimé le soin apporté à ces architectures futuristes, la référence réjouissante au Médecin malgré lui, la présence de Joseph Poelaert parmi les malades, l'ambiance steampunk avant même que le concept n'existe, le parallèle entre le début : la boutique de Constant, dans un immeuble proche de la décrépitude, où il "monte" des plantes en plastique, pâles ersatz d'une nature qu'il estime imparfaite, au son de "la mer" de Charles Trenet, et la fin, en pleine mer, suite à l'inondation de la ville sur un radeau de fortune.
Constant est d'ailleurs malade, d'une probable allergie à cette ville confinée, humide et sale.. qui disparait soudainement dès qu'il reprend contact avec le plein air.
Il y a de l'eau partout d'ailleurs:celle qui est coupée et justifie les démarches de constants face à l'administration,  la pluie ou la neige qui tombent sans cesse, celle de la Senne.. malsaine, l'inondation causée par une rupture de digues, la mer...

Le tout avec une petite dose de Kafka ( Constant n'est pas loin du Joseph K, très paumé, du Procès), donc oui, j'ai  aimé cette BD dont la ville est le personnage principal - à se demander si l'inondation n'est pas sa manière de se révolter contre le traitement qu'on lui fait subir.

Et j'en profite pour ajouter, puisque je suis à Bruxelles, le magnifique " tramapatte", décoré pour les besoin d'une manifestation par les frères Schuiten ( François, le dessinateur de villes imaginaires, et Luc, l'architecte) que je vois parfois passer sur certaines lignes.Une oeuvre d'art mobile qui transforme le tram en chenille géante aux pattes mécaniques..



lundi 8 avril 2019

ça déménage - collectif

Hooo un recueil de nouvelles,donc une oeuvre collective, donc presque anonyme...Voilà qui validera mon " X" comme anonyme du défi ABC belge.

En fait il s'agit de l'édition 2010 du concours de nouvelles  Wallonie- Bruxelles, dont j'avais déjà chroniqué deux éditions : la thématique Crescendo ( 2011-2012),  Entre chien et loup (2012-2013) Bruxelles-midi ( 2012-2013 aussi mais hors concours) si je ne me suis pas trompée dans les dates.

Apparemment la thématique de 2019 sera "la serrure", mais donc, j'ai quelques éditions de retard.

Et en 2010, c'était " ça déménage", toujours  10 nouvelles, 1 grand prix, "mentions", et 6 nouvelles " distinguées"

Grand prix: Happy Inside ( Hélène Schneider- Depouhon)
Madeleine, 42 ans, SDF... Elle fait partie des quelques heureux élus qui ont gagné le droit de passer une semaine au chaud, dans le magasin Ikea, à dormir dans les lits de démonstrations.. suivis comme leur ombre par des photographes qui vont leur tirer le portrait pour les besoins de la prochaine campagne publicitaire.
J'ai bien aimé cette relecture de la petite fille aux allumettes. La nuit, elle dort chez Ikea, le jour elle essaye de vendre les crayons qu'elle y récupère aux terrasses des cafés, pour pouvoir elle aussi s'en payer un.
Mais aussi, en quelques pages une intéressante réflexion sur la misère: pour les SDF, quelques nuits au chaud. Pour le photographe qui gagnera le concours, 10 000€ de prix.. pour le grand magasin,une campagne mémorable, sans avoir a payer les modèles des photos, autrement qu'en cafés et croissants...

Primées: La place d'Octavie  (François Salmon)
La brève rencontre d'Octavie, la tapineuse, expropriée de SA rue par des travaux, qui attend dans l'ombre sa future proie. Ce n'est pas tant leur rencontre qui importe, mais la manière goguenarde dont elle est racontée. Par un narrateur qui adore sortir de son cadre et commenter son travail de narrateur, voire d'auteur. Marrant.

L'abécédaire ( Bernard Delhausse)
Curieuse histoire, mignonne et drôle que celle de "Evgueni" et" Tatiana". Ils ne sont pas slaves du tout, ils sont mariés depuis des années, ils se sont rencontrés en manif en mai 68, et se nomment tout bêtement Eugène et Anne (mais Anne que Eugène fait trop, disons trop.. terroir, ça ne la fait pas rêver,d'où ces identités exotiques fantasmées) ils se sont créé un petit rituel curieux pour pimenter leur vie de couple: des séances de kamasutra lettres par lettre, avec des positions aux noms joyeusement foutraques: "la guirlande lumineuse", "la gondole dalmate à marée haute", "le grain de sel", "le guidon sans les mains", "la gare de triage", car c'est le jour du G, ce qui veut dire un décorum à base de grelots guatémaltèques, de galets et de parfum de giroflier et de gentiane...
Car Anne pense à tout dans les moindres détails.. un peu trop d'ailleurs pour Eugène qui trouve que ce rituel millimétré manque de spontanéité, et il aimerais bien bousculer un peu cet alphabet coquin.. trop sage.

La nonchalante (Anne-Sophie Vanderbeck)
Catastrophe pour l'héroïne de cette nouvelle et son fils adolescent. Il faut déménager, ce n'est pas un choix, c'est une obligation, car leur maison est sur le point de s'écrouler. Or sa maison, c'est son antre, son refuge son îlot... et voilà que la casanière narratrice doit trouver autre chose.
Ce sera une vieille péniche nommée " la nonchalante", ce qui va comme un gant à notre héroïne qui se laisse porter par les événements. Et pourtant ce changement involontaire pourrait bien être le début d'un renouveau pour quelqu'un qui commençait à s'enraciner dans ses habitudes.

Distinguées:
Décloisonnée ( Aliénor Debrocq)
Dans un service financier quelconque, une employée subit les tracas du quotidien en open space. elle s'isole de plus en plus, semble paranoïaque, imaginant que ses pauses repas en solo dans sa voiture, loin du bruit et des néons en font une sociale et le centre des quolibets de ses collègues.
A moins qu'elle n'ait réellement quelque chose de plus grave sur la conscience...

Lola et Lady Hillingdon emménagent ( Sarah Brahy)
Lola vient de déménager.. alors qu'elle navigue encore à vue entre les cartons, elle doit se rendre à un autre déménagement.. Son grand-père quitte la maison de retraite en grande pompe pour une nouvelle destination... définitive. Enfin, c'est à peu près avec ce genre de désinvolture que la chose est racontée, mais on le sait, il vous passe mille chose incongrues en tête lors d'un enterrement, fut-ce celui d'un proche.et il se passe souvent un moment gênant qui peut dégénérer en fou-rire.
Mais ce n'est pas pour autant que l'on est insensible...

Léa ( Gisèle Eyckmans)
Mamie Léa déménage complètement. C'est ce que pense l'infirmière qui l'entend rire seule dans sa chambre à la maison de retraite. Si elle savait. Car pendant que les autres pensionnaires regardent Derrick, Léa  vient de se payer du bon temps en se souvenant d'un ancien amant.
Héhé, une mamie qi n'a pas abandonné les pensées érotiques, et continue à penser que son corps lui appartient, et que peu importe son âge, elle a bien le droit d'en disposer comme elle veut, ça fait plaisir!

L'autoroute ( Laurence Soetens)
Encore une fois le déménagement est à prendre au sens imagé: Le petit Martin, orphelin de père vit avec sa mère dans un monde disons.. bizarre. Même carrément malsain : il promène son chien Splatch, un cadavre trouvé au bord de l'autoroute qu'il a naturalisé lui-même, lors de leur promenade dominicale, pour aller faire un pique-nique sur la tombe du père, mort écrasé des années avant par un camion. La mère lui a forgé une image de héros résistant, agriculteur dépressif qui se serait suicidé pour éviter l'expropriation par une grande société... ce qu'il n'a jamais été.
Mouais, bon, critique des médias, qui font un spectacle de la détresse, mais ça ne sauve pas un récit sans grand intérêt pour moi.

Confusion ( Thomas Périlleux et Catherine Barreau)
Quelqu'un au téléphone se plaint auprès d'un ami d'avoir été plaqué. On se rend vite compte que l'homme éduqué à la dure dans une famille grandement dysfonctionnelle, se sent victime du manque de respect de la personne qui vient de le quitter. Sa femme? Sa petite amie?... Non. Mais au final, peu importe, car il n'a lui-même aucun respect pour la personne qu'il n'appelle pas autrement que " ça".
Moui, bon là aussi, pas celle que j'ai préféré, à part insister sur le fait que les gens injustes ont d'abord aussi été victimes d'injustice et que la folie cache bien son jeu... passons.

Au bon repos ( Tanja Spöri): Bacchanale à la maison de retraite! Madame de Thuin, richissime pensionnaire grâce à qui les lieux sont agréables ( elle a donné l'argent pour que les mauvaises chaises soient remplacée par des fauteuils et que la décoration soit un peu plus classe entre autres), Madame de Thuin, fête ses 85 ans et a décidé d'organiser avec ses amis octogénaires une fête mémorable.  Exit les cocktails sans alcool proposés par la maison, grâce à des bouteilles de champagnes entrées en douce, les retraités vont se prouver qu'ils peuvent encore faire la fête. Lorsqu'à 19 h00 on vient leur intimer l'ordre d'aller se coucher "pour être en forme le lendemain", la réponse de la mamie de choc est " demain, on ne veut pas être en forme, demain on veut avoir la tête dans le cul!".
Et puisqu'on les empêche de continuer leur fiesta ici, ils font aller la terminer, ailleurs, précisément,  au bar du club de sport d'en face. Il faut être membre? Qu'à celà ne tienne! Madame de Thuin offre la carte de membre à ses 12 compagnonnes et un compagnon, et vont aller mettre le souk au bar et à la piscine du club, tous nichons fripés à l'air sous le regard stupéfait des employés qui voient arriver cette horde de bois-sans-soif chenus. Et, après tout, YOLO, et ils prévoient déjà de faire pire l'année suivante.
Je me dis que c'est dans cette maison de retraite qu'aurait du aller Mamie Léa de la  nouvelle du même titre!


La nouvelle est apparemment un support qui inspire plus les femmes, 8 sur dix textes primés ( dont un avec il est vrai un co-auteur) mais là on est à du 80% d'autrices

Et comme d'habitude, c'est sympa de voir comment un thème imposé peut inspirer des textes très variés, selon qu'on le considère au propre ou au figuré... Bon,  une fois de plus, ce ne sont pas forcément les nouvelles préférées du jury qui me plaisent le plus ( Octavie est plutôt sympa dans sa narration, mais pas forcément la plus marquante). Mais ce déménagement est un bon cru, hormis l'Autoroute et Confusion qui ne m'ont pas vraiment plu, j'ai globalement plutôt apprécié ou même bien aimé les autres. Je garde un souvenir plus mitigé de Crescendo et Bruxelles-Midi, ou de mémoire, il y a avait plus de textes qui m'avaient laissée perplexe ou froide.
Mais j'aime bien ces lectures un peu à part, ces auteurs amateurs que je ne retrouve pas beaucoup ailleurs sur le net littéraire.

8/4: recueil de nouvelles


dimanche 7 avril 2019

L'oiseau des morts - André-Marcel Adamek

Et c'est parti pour le challenge ABC spécial Belgique,j'ai donc tout simplement commencé à piocher un ouvrage au hasard sur les rayons de la bibliothèque.
Avec 2 critères: Un auteur que je ne connais pas, ou alors seulement de nom, et on va éviter les Nothomb, Simenon et autres trop connus.
Et des livres de préférence de petite épaisseur, pour cause d'emploi du temps très compliqué. Donc quelque chose que je puisse lire en un ou deux allez-retours de tram jusqu'à l'université, ça sera bien!



Celui là rassemblait les deux critères, un coup d'oeil sur la 4°de couverture, et un argument qui m'a tentée: le personnage central est un oiseau.
Et même, ce qui est encore plus original, l'oiseau est le narrateur à la 1°personne. Qui nous raconte ses "mémoires" ou plutôt ses impressions, son quotidien d'oiseau.
Rétrospectivement, depuis sa sortir " fracassante" de l'oeuf, sa découverte du vol,de la vie en colonie, de la chasse, ses brèves rencontres avec les humains,jusqu'au jour où il est capturé par l'un d'eux, militaire boiteux qui va l'apprivoiser, avant de le revendre à un oiseleur, pour être acquis par Barbelune l'herboriste.
Lequel , au long de longues années de patience, arrive à inculquer au volatile non un langage, mais une compréhension du langage humain. et pour cause, c'est une corvidé, une corneille, plus exactement, espèce connue pour son intelligence,son adaptabilité, sa sociabilité...
Et, malheureusement,associé dans les préjugés tenaces, à la mort, au malheur,au mauvais présage..
Et il s'avère que cette histoire qui semble à première vue intemporelle, impossible de déterminer en premier lieu où et quand elle se passe ( Il y a des fusils, mais aucune mention de modernité autre, les victimes d'un massacre sont enterrées sur place, des armées s'affrontent sur le terrain.. j'étais partie sur une idée du genre XIX° ou XVIII° siècle à la campagne.. mais non, on finit par apprendre grâce à un détail très caractéristique que nous sommes en fait à la fin du moyen-âge, début de la Renaissance au grand maximum)
Et donc la corneille qui n'a pas encore la notion du langage et de l'onomastique mais philosophe déjà, entre les périodes où son estomac ne crie pas famine,se fait le témoins du monde des humains, de leur guerre insensée, mais aussi de l'amitié inédite qui peut se nouer entre un oiseau et son "maître"..

Donc une fois accepté ce parti près d'un oiseau qui raconte sa vie avec une... "plume" très raffinée, c'est une très jolie découverte, originale.Servie par une écriture très travaillée et poétique splendide.
avec une petite dose de mystère et de magie bien agréable ( on est en pleine période où les gens vont voir l'herboriste à reculons, le payent en produit de la ferme, mais où tout le monde s'en méfie le considérant comme un sorcier).

Si je devais le situer dans une catégorie, je le classerais dans les contes, ou dans les fables,on est vraiment sur ce terrain là, quotidien,avec une dose de merveilleux, mais aussi un certain humour ( l'oiseau rate son premier vol, moins par manque d'habitude que, parce que , seul survivant du nid, il est gavé par ses parents, et en surpoids, vole comme une pierre)

Un auteur donc que je vais garder en mémoire car non seulement son style narratif et son parti pris original d'un héros non-humain me plaisent beaucoup, mais la postface très complète qui met ce court roman en parallèle avec d'autres de l'auteur, montrant une remarquable homogénéité d'inspiration et de thèmes me donne envie d'en savoir plus.

pas de jour prévu pour cet auteur, donc puisque j'ai aimé, tiens, je lui offre un billet pour mon annversaire


lundi 30 avril 2018

Ca commence aujourd'hui!

Hé oui, voilà une des raisons pour lesquelles j'ai été très discrète sur le mois belge ( juste une Bd et de la musique)
C'est que je me préparais pour ce projet qui aurait du commencer demain. Je l'ai avancé d'un jour, comme ça non seulement je commence un lundi, mais aussi je peux l'intégrer au mois Belge.

Certains le savent, mais si tout se passe bien, en septembre, je pars à Bruxelles pour reprendre des études. Et j'espère bien faire connaissance de quelques uns/unes des habitués du mois belge au passage.




Mais je le disais aussi récemment, je suis une fan des langues étrangères. Et même si ça n'était pas un projet de longue date, l'occasion est trop belle pour la rater: si je pars à Bruxelles un an ( ou deux, ou trois, ou plus), ce serait vraiment trop dommage de ne pas sauter sur l'occasion pour apprendre des bases de néerlandais. Ben oui, parce que je vais vouloir visiter le pays,et pas seulement la partie francophone,sur mon petit vélo. Et aller jusque chez les voisins.

Donc, j'attendais une seule chose: les vacances prolongées pour m'y pencher vraiment.
Je pars de.. quasiment zéro, mon seul contact jusqu'à présent avec le néerlandais , ce sont les étiquettes en plusieurs langues sur les ingrédients, dans ma cuisine ( merci l'Europe :) )

donc c'est vrai qu'une fois sur place, j'aurai encore plus de possibilités de trouver des sources , puisque je serai en immersion, mais déjà, je prends les devants.
Et c'est là-bas que ça se passe. A la cool. Histoire d'arriver avec un minimum de compétences.

Aller, je me rajoute un mini défi, pas trop dur à relever: pour le mois belge de l'an prochain ( au moins s'il n'y a pas trop de partiels à ce moment, sinon je trouverai le moyen d'anticiper et de programmer), je me fixe une lecture belge.. en flamand.
sur l'autre blog, j'ai décidé d'identifier les sujets correspondants par le drapeau des Flandres celui des Pays-Bas.  


Parce que
1 - c'est en Belgique que je vais en premier lieu, et l'Atomium ou le Manneken-pis symbolisent plus Bruxelles en tant que ville, à mes yeux, que le pays ou une région.
2- Je continue le russe à côté, et le problème c'est que le drapeau Russe et celui des Pays Bas sont très roches visuellement. Il me fallait quelque chose pour les différencier d'un seul coup d'oeil.

Peu importe laquelle, même si c'est une BD ( ce qui est plus que probable) même si c'est Tintin ou Quick et Flupke, ou Bob et Bobette, peu importe. Je pense que je trouverai mon bonheur dans n'importe quelle bibliothèque, ou en allant au " sanctus sanctorum" ( le CBBD)

Mais voilà, le projet est lancé, j'ai intérêt à me mettre un coup de pied aux fesses si je ne veux pas me ridiculiser publiquement :D
Je vais avoir besoin du soutien mes pompom girls en noir-jaune-rouge!

petit mois belge, donc, mais gros projet qui commence!
Au plaisir de faire connaissance en vrai avec vous, copines et copains du plat pays (qui sera vraisemblablement le mien d'adoption pendant quelques temps)
Donc, je pense qu'ici et sur l'autre blog aussi je vais ponctuellement faire quelques "bonus belges", hors défi, dans les mois qui viennent, photos de mes vacances, lectures, mes recherches avant déménagement..

mercredi 11 avril 2018

Le ciel au dessus de Bruxelles - Bernar(d) Yslaire

Voilà une BD dont j'avais repoussé la lecture depuis.. hé bien elle est sortie il y a 10 ans en fait, en 2008, mais je sentais que je n'allais pas trop accrocher.

Et même si au final elle s'avère différente de ce que je pensais ( beaucoup plus crue et érotique en fait) malgré tout..je n'ai pas 100% accroché. 

Même si depuis sa parution le contexte a changé, et ce qui n'était qu'une dystopie ( un attentat à Bruxelles ) est devenu une triste réalité. Au point que, j'ai presque hésité à en parler vu les circonstances. Presque. Mais pas d'auto-censure hein. Dans le contexte épineux de la politique du moment, c'est au niveau BD et narration que je veux aborder la chose.

L'auteur lui-même confiait il y a 2 ans, après l'attentat en Belgique, que son récit aurait été différent s'il l'avait réalisé maintenant.

ah au fait, le (d) dans l'intitulé n'est pas une erreur, l'orthographe de son nom est très variable selon les album, et ici, Bernard Hislaire ( son vrai nom) est écrit comme-ci dessous ( la plupart du temps, il signe Yslaire tout court, parfois Sylaire, ou iSlaire)



Donc l'histoire? Elle semble se passer dans un monde parallèle:

Il y est d'abord fait mention d'un homme anonyme, mort en déportation en 1943. Tout juste sait on qu'il est originaire de Crimée, du royaume de Khazarie rayé de la carte par Staline. Gnuh? il y a bien eu un empire Khazar dans l'histoire.. qui a disparu vers le X° siècle, il n'en reste que quelques vestiges archéologiques pas loin de la mer Caspienne.
2003: un type qui s'est endormi dans une station de métro bruxelloise est réveillé par des policiers sur les dents: une énorme manifestation pacifiste va avoir lieu contre la guerre en Irak, et pour ne pas prendre de risque on vérifie les identités. Or Jules ( ou Erwin, son identité est peu définie) est aussi Khazar.  Et tout laisse à penser qu'il s'agit du même homme. Ou de la même créature fantastique, ange ou fantôme vêtu de blanc, puisque mort 60 ans plus tôt.
Il rencontre donc dans cette station de métro une femme, Fadya , belge d'origine.. babylonnienne ( ça n'existe pas plus que le royaume de Khazarie), femme voilée vêtue de noir qui, on l'apprend vite, cache une ceinture d'explosifs sous un tee-shirt arborant ironiquement le slogan "No war". Il est juif ou à peu près, elle est musulmane embrigadée par son frère dans un djihad insensé. Il va tout faire pour la détourner de ses plans... a commencer par l'attirer dans une chambre d'hôtel, où il se passera exactement ce qu'on suppose. Faites l'amour pas la guerre.




Au fur et à mesure que Fadya découvre les plaisirs de la chair, son projet n'a plus de raison d'être.. et elle se retrouve désemparée, plus perturbée par l'idée que sa famille découvre sa relation charnelle avec un juif que par ce qu'elle s'apprêtait à faire ( surtout que Jules en rajoute une bonne louche en insistant sur le fait qu'en la retenant là, il lui a surtout évité de finir en lambeaux éparpillés un pu partout dans la rue, une réalité qu'elle semblait totalement ignorer).
Mais des bizarreries se greffent sur cette trame politique-érotique: lorsque Fadya, rentrée à l'hôtel le lundi 17 mars au matin veut en sortir, après une rencontrer qui n'a tout au plus duré qu'une heure, elle apprend... qu'on est déjà le vendredi suivant à 3h du matin et que l'attentat qu'elle projetait a bien eu lieu, que la guerre est déclenchée. Or elle est toujours là, vivante, et semble-t-il coincée dans une sorte de faille temporelle.

Alors ce que j'ai bien aimé: il y a évidemment le graphisme particulier d'Yslaire que j'aime toujours beaucoup, volontiers sombre , au propre comme au figuré: tonalités de brun, de noirs, côté presque esquissé, irréel et pourtant très charnel, très sensuel. C'était déjà le cas avec sa série phare: Sambre, que je n'ai jamais chroniquée ici, mais qui jouait déjà beaucoup sur l'érotisme macabre. Ce diptyque va plus loin, car ouvertement érotique, donc attention les chaste yeux, il y a des parties de jambes en l'air là dedans. Erotique,mais ni porno ni vulgaire, attention!
Quand à ceux qui ne connaissent que la BD humoristique "Bidouille et Violette" du même auteur, ça n'a RIEN à voir, que ce soit graphiquement ou au niveau des thèmes. C'est pour ça que j'aime bien Yslaire, qui est capable de beaucoup de choses très différentes. (accessoirement l'auteur s'est caricaturé scénaristiquement dans " le gang Mazda" coécrit avec Christian Darasse, Marc Michetz et Tome, en auteur de BD torturées aux histoires sentimentales et tragiques qui finissent invariablement en rupture)


J'ai bien aimé le tour fantastique, à la limite de la science-fiction que prend le récit, l'humour cynique de Jules ( en revanche, bien moins le fait qu'il s'impose à Fadya et abuse de la situation, à la limite de l'agression sexuelle, même si c'est pour éviter l'attentat, et qu'elle revient vers lui volontairement par la suite... Mouais, le syndrôme de Stockholm, bof)

J'ai quand même cherché une illu' qui reste soft, vu que mon blog est supposé être tout public..

Mais et c'est surtout là que ça coince un peu, le ressort ultra bateau des amants maudits, les références à Roméo et Juliette, à Adam et Eve, la facilité scénaristique du " on s'est déjà connus dans une autre vie, il y a 25 siècles". C'est dommage, parce que tellement téléphoné que pour moi, ça gâche beaucoup de choses.

oui c'est bien Deubeuliou Bush, en images d'archives

Je ne suis pas fan non plus de l'intégration d'images d'archives retraitées façon BD. Ca n'est pas mal fait, loin de là, et ça n'est pas gratuit non plus. C'est un parti pris artistique intéressant pour séparer le réel de l'irréel, ou pour intégrer le réel dans l'irréel, et ça se justifie dans le scénario. C'est juste que je trouve qu'il y en un peu trop à mon goût.


11 avril: Une BD, autant dire une spécialité belge au même titre que les gaufres et le sirop de Liège
Donc pas  désagréable à lire, mais un peu décevant quand on connait Sambre.

jeudi 5 avril 2018

Programme "José Van Dam" sur France Musique

Puisque  Anne " Des mots et des notes" , qui organise le mois Belge propose ses sujets musicaux le jeudi, à mon tour!

Qui va encore vous casser les arpions avec des voix graves? Devinez!
Enfin, avec UNE voix grave en l'occurrence.I
Il s'avère que le 6 mars dernier, France Musique a consacré une journée entière à l'un de mes chanteurs favoris, et belge qui plus, donc ça fait un mois que je réserve mon article pour l'occasion.

Où j'ai  eu le plaisir d'apprendre que Si José Van Dam, 77 ans, ne tourne plus dans le cadre d'opéras, depuis 2000, il n'a pas délaissé la musique, loin de là, et se consacre maintenant plutôt à des enregistrements plus légers ( jazz, chanson, mélodies.. il vient de sortir un CD  consacré à la chanson francophone où il interprète par exemple du Brassens, du Ferrat, du Nougaro, et bien évidemment, du Brel ) et à l'enseignement.
Et punaise, je vendrais mes grand-mères - image, hein, de toutes façons elles ne sont plus de ce monde depuis longtemps - pour assister à une master-class de chant de José Van Dam.

Donc, pour ceux qui ne connaissent pas, le baryton-basse José Van Dam, natif d'Ixelles est juste un des chanteurs lyriques majeurs de la seconde moitié du XX°siècle. Et un de mes préférés personnellement.
Particulièrement, en tant que francophone, j'adore l'entendre sur des mélodies françaises, puisque que naturellement son articulation et sa prononciation sont parfaites, en plus de son timbre riche d'harmoniques. Tout ce que j'aime entendre.
(Bon j'avoue, j'ajoute le français Gabriel Bacquier et le québécois Bruno Laplante qui font aussi partie de ceux que j'aime beaucoup en matière de mélodies, même s'ils ont des voix plus légères. En tout cas c'est ceux auxquels je me réfère le plus lorsque je dois travailler ce genre de morceaux, les femmes n'ayant souvent pas une articulation assez audible sur les enregistrements à mon goût. Ce qui est (physio)logique: il est plus difficile d'articuler dans les aigus, tout simplement, et les versions pour soprano font la part belle à la virtuosité dans les aigus..)

Pour ceux qui se demandent ce qu'est un baryton-basse, c'est une voix assez difficile à définir.
 Déjà les barytons, il y en a une quantité, c'est une voix très vaste (et il y a un monde de différence entre un baryton très léger comme Camille Maurane - qui était entre le ténor et le baryton -  et José Van Dam qui est entre le baryton et la basse, et pourtant, tous deux font partie de la même vaste catégorie de voix.
C'est étrange, mais c'est comme ça.
Et donc fatalement, je les place parmi mes voix préférées, avec les basses chantantes - qu'il est parfois difficile de différencier d'un baryton basse...qui a l'aisance dans les aigus d'un baryton et l'assise sonore d'une basse. Oui, je vous le dis, c'est une vraie prise de tête.
Donc on a créé un peu artificiellement des cases pour les concours, mais les voix seraient plutôt à placer en continuum qu'en catégories distinctes ( j'ai presque 20 ans de cours de chant au compteur.. et je n'arrive même pas à dire quelle est exactement la mienne! Et là encore, il y a une raison: je ne l'entends pas de la même manière qu'un auditeur extérieur. Mmmmm faudra que j'y revienne un jour, c'est intéressant et complexe..)

Mais revenons en à notre José. Je n'ai jamais eu l'occasion malheureusement de l'entendre sur scène.

Hop une petite sélection, parce que le programme de France Musique dure quand même plusieurs heures

Les Berceaux - Gabriel Fauré ( texte de Sully Prudhomme)


Chanson à Dulcinée - Ravel (texte de Paul Morand)


Il indique d'ailleurs dans la première inteview sur France Musique n'avoir jamais chanté en russe car il ne le parle pas, et donc met un point d'honneur à ne chanter que ce qu'il peut comprendre.
donc on peut l'entendre en français, en italien, en latin et en allemand ici où là..

Cortigiani, vil razza dannata- Rigoletto  - Verdi  (même si j'avoue que sur ce genre de répertoire très dramatique, je préfère écouter Ruggero Raimondi, Tito Gobbi ou Ferruccio Furlanetto)

Der Lindenbaum - Schubert, et je peux dire que sa prononciation de l'allemand est très très bonne, si je ne savais de qui il s'agit, j'aurais pu le prendre pour un allemand. Alors que j' ai plus de mal à juger l'italien vu que je ne l'ai pas appris. Et tiens, pour comparer et illustrer ce que je disais plus haut, voilà la version de Dietrich Fischer-Dieskau, la référence absolue en matière de Lieder, et baryton lyrique.
Très différent, d'autant que l'accompagnement de piano est adapté à la voix du chanteur, plus ou moins quelques demi-tons, c'est l'avantage des mélodies et Lieder, il y a toujours possibilité de trouver une version plus confortable pour sa propre voix. Après, là aussi, je vais plutôt avoir tendance à écouter Fischer-Dieskau sur ce genre de répertoire, parce que c'est par lui que je l'ai connu, mais les deux voix, pour différentes qu'elles soient, ont chacune leur charme.




Mais quand même, mon morceau favori, ça reste Scintille Diamant des Contes d'Hoffmann.
Mes parents avaient un disque ( impossible de me souvenir qui chantait ce morceau, je me souviens juste que c'était Nicolai Gedda dans le rôle principal, mais vu qu'il y a plusieurs enregistrement avec ce chanteur là, et que je ne retrouve pas le visuel en ligne) que j'ai du écouter des centaines de fois et ce morceau tiens une place à part dans ma culture musicale, tant ça a été un coup de coeur immédiat. Et qui probablement a joué un grand rôle dans mon goût pour les sons graves, on y revient...


Et pour les courageux et courageuses qui auraient envie de s'écouter l'intégralité de la programmation de France Musique, voilà le lien. Mais vous pouvez prendre votre temps pour picorer, car les archives sont disponibles apparemment sans limite de temps sur le site de la radio.


Et selon toute probabilité, le mois belge  2018 se fera en immersion pour moi. Vi! Ca sera l'occasion de rendre visite aux camarades de la blogosphère d'Outre-Quiévrain et de faire connaissance IRL.


lundi 17 avril 2017

La ménopause des fées tome 1 - Gudule

Je ne voulais quand même pas faire un zéro pointé pour le mois belge, alors, profitant d'un arrêt maladie qui m'a coincée quelques jours inopinément à la maison, j'ai un peu lu, vu quelques films,  pas mal fait le ménage et beaucoup procrastiné.

Il faut dire que cette année, je n'avais pas grand chose d'avance comme lectures belges, et je suis allée voir du côté des e-books que j'avais acheté l'an dernier lors d'une opé promotionnelle.
Bingo, j'avais ce tire ( que j'avais pris parce qu'il me faisait rire) de Gudule. J'avais déjà chroniqué un autre titre l'an dernier, va pour cette histoire de fée. Et je peux déjà vous dire qu'elle n'est pas franchement pour les enfants...




En effet, les temps sont durs pour les héros de la geste Arthurienne.

Après des siècles passés tranquillement dans sa forêt de Brocéliande, Merlin n'est plus le glorieux enchanteur qu'il a été. Lorsque la forêt est rasée, il part à Paris, pour squatter la station de métro Brocéliande ( baptisée ainsi pour calmer la fureur des écologistes après destruction de la vraie Brocéliande). Une station sordide, dans un coin assez mal famé, où Merlin, devenu SDF alcoolique et vaguement timbré, s'installe en compagnie de trois fées de 15 cms de haut qui n'ont rien à lui envier question déchéance: Vivi est devenue amatrice de calembours foireux depuis qu'elle a failli être assommée par un almanach Vermot. Ce qui est une lecture encore assez saine, en comparaison de celles de Morgane. Laquelle s'est auto rebaptisée Moorgën depuis qu'elle s'est pris de passion pour les thèses d'extrême droit. Et la dernière, Clochette, assume pleinement d'être une cochonne miniature, qui se fait passer pour une figurine dans le but d'être ramassée par gamin, qui la tripotera allègrement.
Un enchanteur alcoolique, une fée à l'humour douteu, une autre néo-nazie et une troisième perverse.  Avec en prime un chien galeux, que Merlin baptise " Excalibur". Ce petit monde vivote en paix, jusqu'au moment ou Merlin trouve la carte de transport d'une certaine " Linda Graal", coiffeuse dans un salon miteux de ce quartier pauvre. Ni une ni deux, le voila qui décide de partir non en quête du Graal, mais de "la" Graal. Qu'il découvre en train de manger un sandwich au bar le Celtic tenu par Geneviève Gloadec ( immédiatement intitulé Dame Guenièvre par Merlin de pochard), en compagnie d'Arthur Lancelot, chômeur et dealer de cannabis à ses heures, fournisseur attitré et amoureux pas très transi de ladite Linda.
Trop de coïncidence décide Merlin: c'est un signe, le signe que le destin veut revenir aux temps glorieux de la chevalerie, et qu'il va avoir, pour se réaliser, besoin d'un sérieux coup de pied au cul que se Merlin se charge de lui donner ( et par la même occasion, retrouver un peu de sa défunte gloire)
Sa solution: empêcher Arthur de conclure avec Linda - car la geste est très claire: ça n'est pas Arthur qui trouvera le graal - et dégotterle Perceval des temps nouveaux pour le conduire à faire un enfant à Linda. Et ça tombe bien, il y a pas loin un type à la retraite, délinquant pas juvénile du tout, tagueur sexagénaire, qui occupe ses journées à dessiner de poétiques forêts enchantées sur les murs. Connu dans le quartier comme  "le père Cheval", ancien facteur, comme on peut le deviner.

Et j'ai bien aimé cette histoire complètement foutraque, ce Merlin dérangé et ses fées vieillissantes qui ne valent pas mieux, cette population modeste, qui rejoue à son insu une histoire épique qu'elle ne soupçonne pas. Tout y est outré, caricaturé ( bien sûr, la shampooineuse Linda n'est pas très futée, bien sûr son patron est homosexuel, bien sûr Geneviève est à la fois femme d'affaire et indécrottable fleur bleue...) mais le mélange de dialogues populaires voire crus mélangés à une narration au contraire, volontiers grandiose par moments est bien drôle. Le propos est souvent cru, mais Gudule, c'est tout à son honneur, reste sur le fil de la familiarité sans sombrer dans la vulgarité facile, justement grâce à ce ton décalé.

Et j'apprécie énormément que le dessin de couverture soit de Jean Solé, comparse de feue Gudule à Fluide Glacial ( d'ailleurs, c'est là que j'ai lu son nom pour la première fois il y a des années, elle faisait souvent de petites chroniques dans le magasine). En fait tout au long de ma lecture, j'ai vraiment imaginé cette histoire en mode " BD trash". C'est très visuel et on sent bien que Gudule fréquentait régulièrement la bande de Fluide Glacial.

En tout cas, ça m'a bien plu, c'est tout sauf prise de tête, je lirai volontiers la suite quand j'aurais l'occasion.

Ah et oui, pour ceux qui se demandent la "ménopause " des fées, c'est la fin de leurs pouvoirs. Elles naissent avec un "stock" de magie, et plus elles l'utilisent, plus il s'amenuise, jusqu'à arriver à zéro au bout d'un moment. Et une fée sans pouvoir autant dire qu'elle perd sa fée-minité et qu'elle est bonne pour la retraite.


C'est trop tard pour le Challenge "lectures arthuriennes"qui a fini depuis au moins deux ans, et le blog qui l'organisait a disparu de la toile, dommage...

samedi 1 avril 2017

Paris Pieds Nus ( film 2017)

Mois Japonais sur l'autre blog, mois belge sur celui-ci. et si j'avais pas mal de billets d'avance pour le mois japonais, en revanche, ce sera plus compliqué pour le mois belge.
et comme avec mon changement de travail, je n'ai ni vraiment le temps, ni vraiment le goût de lire pour le moment ( je lis beaucoup de dossiers et j'écris beaucoup de mails, dans le cadre de ce nouveau job, donc, le temps que ça se décante, je préfère.. faire autre chose de mon temps libre) et j'ai décidé que les prochaines semaines seraient plutôt axées cinéma.

Comme parfois, les choses se goupillent bien, c'est justement le moment où le cinéma d'à côté a décidé de programmer "Paris pieds nus", nouvelle comédie burlesque du duo fanataisiste belgo-canadien Dominique Abel et Fiona Gordon. Je les avais découverts il y a quelques années avec le délirant " l'Iceberg" où une femme coincée toute une nuit dans la chambre froide du restaurant où elle travaille. Le choc thermique lui causant un choc psychologique et une véritable obsession pour la neige, la glace et le pôle Nord.
Je n'ai pas vu les films suivants, qui n'ont pas été diffusés ici à ma connaissance, mais j'ai donc sauté sur l'occasion de voir un peu d'humour absurde en ce jour pluvieux.

l'affiche annonce la couleur, ou plutôt les couleurs, très présentes, très pimpantes

Un film donc belge, avec une actrice principale canadienne et qui se passe à Paris.

Fiona, rousse canadienne à lunettes vit au fin fond d'un coin paumé et couvert de neige du Canada. Une quarantaine d'années plus tôt, sa tante Martha, danseuse,  a tout plaqué pour aller faire carrière en France.

un coin paumé , neigeux.. et venteux!

Mais voilà, Martha a maintenant 88 ans, elle pète la forme, mais perd un peu la mémoire, et lance un SOS à sa nièce pour qu'elle viennent à sa rescousse: les assistants sociaux ont décidé qu'il était grand temps pour elle d'aller en maison de retraite, et Martha refuse absolument.

Ni une ni deux, voilà Fiona, qui n'a jamais quitté son coin, partie avec un sac à dos aussi grand qu'elle, surmonté d'un cocasse drapeau canadien, partie pour un périple parisien à la recherche de tante Martha qui, manque de chance, a décidé justement ce jour là de prendre la poudre d'escampette pour échapper à l'assistante sociale.
Sitôt arrivée, la malchanceuse Fiona se retrouve à l'eau en voulant se faire photographier au bord de la Seine - elle s'y retrouvera un certain nombre de fois!

deux secondes avant la catastrophe

Alors qu'elle est repêchée parun bateau mouche, son sac à dos coulé avec elle sera retrouvé par Dom, SDF un peu philosophe qui campe dans le coin, et fouille les poubelles des bateaux restaurants en fonction du menu qu'ils proposent. Aubaine: le sac contient quelques vêtements et de l'argent. Ni une ni deux, Dom vêtu d'un seyant pull moulant jaune canari trouvé dans les affaires de Fiona s'offre un repas de luxe sur l'un des bateaux, où , justement, Fiona crevée et dépitée après une première journée passée à chercher sa tante et à déclarer la perte de ses papiers, tentait d'oublier qu'elle se retrouve elle aussi à la rue, sans le sous, avec seulement un ticket restaurant donné par l'ambassade. Parce qu'elle ne comprend pas le français, elle ne refuse pas une danse à l'envahissant Dom, qui par conséquent, tombe raide dingue amoureux de la pauvre canadienne paumée, et va lui filer le train toute la journée , en version seau de glu ( c'est comme un pot de colle mais en XXL)
en parallèle, on va assister à la journée de Marthe et voir comment tout ce petit monde passe des heures durant séparé seulement de quelques rues, sans jamais le savoir.

Dit comme ça ça n'a l'air de rien, mais ce film est une pépite de bonne humeur. Par son sens du timing et des gags burlesques, que ce soit la manière ridicule dont Fiona se retrouve à l'eau plusieurs fois, le tango totalement décalé sur une musique électro dont les basses font trembler les murs et les gens, un éloge funèbre tout sauf conventionnel, Bob le Canadien de la Police montée,  tante MArtha malade après s'entre envoyé un pot entierde beurre de cacahuettes, la savoureuse référence à la Ruée vers l'or et à la danse des pains faite par Emmanuelle Riva et Pierre Richard ( un acteur que j'aime énormément et dont la carrière est bien plus intéressante maintenant que dans les années 70.Même si son rôle est très court, même en pyjama, il a une classe rare. Quand à feue Emmanuelle Riva, c'est un plaisir pour moi de voir que sa carrière ne s'est pas finie sur le très déprimant " Amour", mais sur ce film burlesque où elle incarne une mamie pétulante.)

Paris pieds nus, et Paris en chaussettes aussi

Les médias insistent sur une parenté de ce cinéma avec Pierre Etaix , Tati, ou Chaplin ( et pour le coup, la référence est même voulue) mais de mon côté c'est plutôt à Buster Keaton et Harold Lloyd que j'ai pensé. L'ascension nocturne de la tour Eiffel autant que les lunettes de Fiona m'ont vraiment fait penser à "Monte là dessus" Et ce n'est pas un mince compliment. En tout cas c'est un chouette hommage au cinéma burlesque et muet, avec ses gags très visuels. Je ne sais pas si les acteurs-metteurs en scène ont commencé par la danse, mais tout est chorégraphié minutieusement, et pas seulement les passages de danse. vu qu'un de leurs film précédents s'intitule rumba, ce n'est pas impossible.

Et quel plaisir, à la fois visuel et sonore que ce plan de l'aube parisienne vue depuis la Tour Eiffel, sur fond de Gymnopédie de Satie, un pur moment contemplatif comme j'aime ( d'où le "Pieds nus" du titre, pas seulement lié aux fait que Dom et Fiona se retrouvent régulièrement sans chaussures)

Donc tout ça pour dire que je conseille chaudement ce film atypique à tous les amateurs de spectacle visuel et d'humour absurde.
Car non le cinéma belge ne se limite pas au cinéma social des frères Dardenne pour ne citer que les réalisateurs les plus connus. C'est malheureusement trop rare que la programmation s'aventure hors des chemins battus et des noms les plus célèbres.

La bande annonce:



Et une interview de Fiona Gordon et Dominique Abel qui expliquent leur travail..


quoi de mieux pour commencer un mois belge un 1° avril qu'un film comique?


samedi 30 avril 2016

Bruxelles métropole tomes 1 et 2 - J.F Di Giorgio et P. Santander

Et pour clore ce mini mois Belge ( vu qu'avec le déménagement, j'avais peu de matière sous la main) un Bd policière en deux tomes. enfin, Deux quand je les ai achetés lors d'un voyage à Bruxelles, deux autres ont paru depuis, la fin du deuxième tome laissait déjà prévoir une suite si le succès était au rendez vous.

Bruxelles, fin XIX° siècle, Mélina, pétulante rousse revient passer les fêtes de fin d'année en famille. elle espère profiter de l'occasion pour se réconcilier avec son frère Benoit qui désapprouve ses choix de vie ( Mélina vit à Londres où elle est danseuse de Music-Hall, pas la soeur idéale pour un banquier)
Mais les retrouvailles vont tourner au macabre: Benoît est en prison, accusé d'avoir sauvagement poignardé sa femme Léa, une photographe dont le travail commençait à être reconnu.
Mélina ne croit bien sûr pas un instant à la culpabilité de Benoît et, à l'aide du journal laissé par sa belle-soeur, mène une enquête personnelle pour disculper son frère. Enquête qui va lui apprendre des choses sur eue Léa: avant d'être photographe elle a d'abord été modèle de nus pour plusieurs artistes, dont un dénommé Romain Musset, dragueur invétéré, et quelques autres. Carrière qu'elle avait stoppée pour devenir photographe, spécialisée dans les portraits du peuple bruxellois, mais qui va prendre un tour inédit le jour où on lui propose de prendre des photos "particulières", très bien rémunérées. Un besoin d'argent urgent pour aider les miséreux qu'elle a pris sous son aile, et voilà comment elle s'est compromise avec de vrais bandits, et le, ou plutôt les meurtres, car d'autres sont commis, et toujours avec la même arme en forme de trident pourraient bien être liés à cette complicité.
hoooo le dôme du palais de justice SANS échaffaudages

Ce n'est pas une Bd inoubliable, mais j'ai bien aimé l'ambiance fin de siècle, même si 2 tomes au format 48 pages sont un peu courts pour pleinement apprécier les personnages. A la décharge des auteurs,vu qu'il y a une suite, il vont surement étoffer les personnages principaux. S'il n'y avait que deux tomes, je les trouverais un peu léger et rapides niveau histoire, mais sachant qu'il y a une suite, j'ai bon espoir devoir se développer ce qui semble pour l'instant être une histoire d'introduction. J'ai d'ores et déjà le troisième tome sous la main, je verrai ça dans les jours qui viennent, mais déjà l'espiègle Mélina me plaît bien.
Jolie ambiance à dominante sépia parfaitement en accord avec l'idée des débuts de la photographie, soit dit en passant.
hoooo la grand-place!

Et paradoxalement, cette histoire belge est le fait de Jean-François di Giorgio , scénariste Français et Pablo Santander, dessinateur chilien ( et toute une équipe de coloristes probablement espagnols).Une Bd internationale donc, mais qui par son style rentre dans la dénomination " franco-belge" et que son cadre bruxellois ( avec une mini incursion à Ostende) qualifie quand même pour figurer au menu du mois belge.

mardi 19 avril 2016

Entre chien et louve - Anne Duguël

Encore un livre acheté un peu par hasard lors d'une revente des déclassés de la bibliothèque municipale. Bah, à 50 centimes pièces, si ça n'est pas terrible, ça n'est pas bien grave n'est-ce pas?
Anne Duguël, jamais entendu parler.

Et le livre a attendu jusqu'à l'an dernier, lorsque j'ai appris la mort de l'auteur, car Anne Duguël c'était Gudule, le nom sous lequel elle publiait des albums illustrés et des romans jeunesse, et signait parfois des interventions dans les marges de Fluide Glacial, une de mes lectures régulières de la période lycée.

Donc je connaissais Gudule, principalement de nom et pour ces petites interventions en marge t nouvelles fluidesques, mais, c'est tout. Et lorsque j'ai appris sa mort l'an dernier, juste après le mois belge, et fait la relation entre l'auteur et ses différents noms de plume j'ai décidé de la mettre au programme de cette édition...

Entre chien et louve est une histoire fantastique et de magie.
Il y a des années, lors de l'époque coloniale, Jean, Belge Wallon chef de chantier est parti travailler au Congo Belge ( actuelle République démocratique du Congo. Surnommé Congo Kinshasa. Le Congo Français est devenu l'actuel Gabon, je les confondais toujours, je pense que c'est réglé). De cette expérience africaine, il est revenu avec dans ses valises ( l'image est ignoble, mais c'est exactement ça) astrid, sa " négresse".
Car oui, Jean de son vivant était un porc: non seulement il convoitait la petite Astrid, 12 ans, mais pour l'avoir rien que pour lui, il a fait appel à un sorcier, qui lui a promis qu'Astrid setrait à lui jusque par delà la mort.

Et voilà que Jean est mort, après plusieurs décennies de vie commune;  pas de mariage, non, " on préfère l'amour libre" a-t-il dit à sa famille en revenant en Belgique avec cette compagne même pas majeure. Or dans les années 50, les unions libres et mixtes n'étaient pas franchement bien vues, et Jean, coupant les ponts avec ses proches est parti avec Astrid s'enterrer au fin fond de la campagne. une vie de Rêve pour Jean, qui ne s'est jamais vraiment préoccupé de savoir ce qu'Astrid en pensait
Donc Jean est mort, mais de porc, le voilà réincarné en chien (ou plutôt, sa conscience mélangée à celle d'un chien qui traînait par hasard dans le cimetière au moment de ses funérailles), obsédé par l'idée de retrouver celle qui n'a même pas vraiment le droit d'être appellée sa veuve.

Astrid n'aime pas spécialement les animaux, et en particulier n'a pas d'affinité avec les chien, mais va quand même prendre avec elle ce corniaud qui squatte son jardin, moitié pour dissuader le rodeur qui tourne autour de chez elle depuis la mort de Jean, moitié pour se sentir moins seule. Ignorant évidemment tout de l'identité de son nouvel animal de compagnie.
Un chien, c'est bien: ça écoute ce qu'on lui raconte, et sans vous couper ni vous juger. Sauf que Jean, tout chien qu'il est ( il ferait d'ailleurs bien son affaire à la chienne-louve de son unique voisin!) a gardé ses souvenirs du temps où il était un humain.
Et Astrid se confie à lui, lui raconte sa vie...celle que Jean- le chef de chantier ignorait, les raisons qui l'ont poussée à céder aux pulsions de l'homme blanc, à le suivre dans un pays qui l'a en fait beaucoup déçue. Jean-le chien va découvrir la triste vérité d'une vie qu'il croyait idyllique. Astrid qui n'en peut plus de ce pays, regrette son Afrique natale, pleine de rancoeur à l'égard de celui qui l'a entraînée là ( elle ne sait rien non plus de l'envoûtement dont elle a été l'objet), et à l'égard d'elle-même, qui , trop jeune et naïve, a cru aux promesses..

Donc, le livre se lit facilement, j'ai bien aimé l'écriture, mais franchement, j'ai eu du mal a adhérer. Parce que personne n'est vraiment sympathique dans cette histoire. Si on peut passer à Astrid ses erreurs de jeunesse qu'elle paye d'une solitude intenable dans un pays qui lui est hostile ( elle avait12 ans), en revanche je déteste Jean, mais vraiment ( elle avait 12 ans, bordel!). Et c'est ça le gros gros gros souci. J'ai vraiment du mal avec tout ce qui traite de détournement de mineurs et de pédophilie ( oui parce qu'à l'époque Jean avait 29 ans.. )
Donc ses grandes idées sur l'amour absolu, l'amour de sa vie, blabla.. c'est juste un ^ù*$$ de pervers qui aurait du finir en taule. Et en plus fier et content de lui, qui ne s'est jamais posé une seule fois la question de ce que voulait Astrid.
Donc un héros, que personnellement je trouve à vomir. J'ai envie de dire " bien fait pour toi"
Après le livre est bien, hein, c'est juste le héros qui me donne des envies de meurtres.
Les autres ne sont pas vraiment mieux: les quelques autres personnages ne valent pas grand chose... tous des salauds dans ce coin de campagne: des parents venus se terrer loin des yeux dans les années 50 pour cacher leur fils trisomique à la société, la mère qui l'abandonne un jour, le père qui ne s'en occupe pas vraiment...

Voilà, il manque quand même d'un personnage un peu moins antipathique que la moyenne auquel se raccrocher. Même si Astrid ne méritait pas vraiment de payer aussi cher..
Après c'est aussi mon ressenti qui fait que si le roman ne me marque pas forcément pour ce qu'il est ( un simple roman fantastique avec des héros pas franchement sympas)  j'aurais du mal à l'oublier pour une raison très très personnelle.

C'est le moment de l'anecdote dont vous vous fichez, mais qui m'a fait réfléchir.

Un parent éloigné de ma mère était marié avec Hilda, une dame que beaucoup de gens dans la famille détestaient, je n'ai jamais compris pourquoi quand j'étais petite. Leur excuse c'était " Hilda est trop pénible, on ne peut jamais aller la voir à l'improviste, elle déteste ça, faut toujours prévenir plusieurs jours à l'avance". Ca ma toujours paru léger comme raison surtout que les autres étaient exactement pareil, et moi même je déteste qu'on déboule chez moi sans prévenir. Ou " elle est faux-derche, on ne sait jamais ce qu'elle pense" - mouais, pas plus que ceux qui disent ça dans son dos....
Parce que ma mère et moi allions voir tonton Dédé et Tata Hilda - en prévenant!- et je les ai toujours trouvé sympathiques, avec juste les mêmes manies que tous les retraités de ma famille.
Mais voilà, j'ai compris le jour où j'ai su qu'Hilda était née à Brazzaville: elle était métisse. L'horreur pour les bien pensant péquenauds auvergnats. L'horreur pour moi de découvrir des blaireaux racistes dans ma parentèle.

Mais du coup dans ma tête, j'ai superposé l'Astrid du livre avec tata Hilda, et je commence à me demander " pourquoi est-elle venue? Pour quelle raison a-t-elle quitté son pays? Réellement par amour ou pour une vie qu'elle espérait meilleure?" ( je vous rassure, et je me rassure par la même occasion,ouf, tous deux avaient à peu près le même âge). Tout ça, je ne le saurait jamais, tata Hilda est morte il y a quelques années d'une mauvaise chute dans l'escalier, et je n'aurais jamais probablement osé aborder ce sujet avec elle, trop personnel. Mais voilà, en commençant le livre, je ne m'attendais vraiment pas à me trouver face à un questionnement à la fois aussi personnel et insoluble!

Mais je retenterai probablement un autre livre du même auteur, son style m'a bien plu.