C'est juin, c'est le mois des fiertés LGBT+ et c'est donc parti pour quelques sujets thématiques.
Et le premier met en avant le travestissement, qui paradoxalement permet d'être enfin soi. Disons que plus que LGBT, le héros est genderfluid.
Et le premier est une chouette BD ( ou roman graphique, je l'ai trouvé avec les deux appellations, bon, disons BD, indistinctement) sur l'identité et le travestissement. Le personnage central est un homme hétérosexuel, mais adepte du travestissement, dans une France et une Belgique semi-imaginaires de la fin du XX° siècle, pour une réadaptation de l'histoire de Cendrillon. Cendrillon, qui dissimule sa pauvreté et son anonymat sous des vêtements de luxe qui lui permettent, pour un bref moment, d'être quelqu'un d'autre, plus sûre d'elle, et pour employer une terminologie moderne, de casser le plafond de verre, jusqu'à trouver un riche et noble mari.
Il y a bien un prince et une femme douée en couture dans cette histoire, mais Cendrillon n'est pas celle qu'on croit: la provocante rousse de la couverture est un homme.
Tout commence lorsque la famille royale de Belgique, en vacances à Paris, donne un bal pour les 16 ans de Sébastien, l'héritier du trône, dans l'optique évidemment de commencer à caster une potentielle future femme, il a 16 ans, il est grand temps de songer à le marier. Ce qui n'est pas au goût du principal intéressé, soumis à une intense pression pour être parfait, et qui aimerait bien qu'on le laisse surtout décider pour lui même ce qu'il veut faire et à quel rythme, sans lui imposer des choix extérieurs.
Evidemment cet événement pousse toutes les femmes de la ville à vouloir trouver en catastrophe LA tenue parfaite qui mettra leur rejetonne en lice pour la foire aux bestiaux le concours de beauté et de richesse pour devenir reine. Certaines ne sont cependant pas motivées par cette optique, comme miss Sophia, qui demande à la couturière employée en catastrophe par sa mère de lui faire la robe la plus laide possible, et d ela faire ressembler à la servante du diable ( comprendre, une tenue qui lui donne zéro chance de passer cet "entretien d'embauche"). Francès la couturière s'exécute, et lui fait sur mesure une tenue noire qui ressemble plus au costume du cygne noir du Lac des cygnes ( logique, l'argument du ballet est aussi l'histoire d'un prince de 16 ans qu'on force à organiser un bal pour trouver la perle rare, et qui n'apprécie guère d'être un trophée à remporter.. très bien vu de la part de l'autrice, et d'ailleurs les costumes de théâtre et de ballets sont à plusieurs reprise un élément moteur de l'histoire).
Une tenue qui fait bien sûr scandale , au point de Francès est sur le point d'être licenciée, quand quelqu'un vient lui faire une offre.. royale: une riche et noble dame a été enthousiasmée par cette tenue et veut la recruter comme couturière personnelle. Une aubaine pour Francès qui souhaite plus que tout devenir créatrice et non rester simple petite main.
On s'en doute, la " riche cliente" est en fait le prince héritier Sébastien, qui était aux premières loges pour voir les tenues. Personne d'autre que son valet Emile, et maintenant Francès, n'est au courant: Sébastien aime se travestir, pour évacuer la pression, pour laisser s'exprimer une part de lui plus audacieuse et fantasque, celle qui est absolument interdite pour un homme, et qui plus est, de la plus haute société.
C'est une occasion en or et ces deux là vont devenir complice ET, peu à peu, de vrais amis: Sébastien va pouvoir porte la nuit des robes magnifiques et devenir " lady Crystallia", Francès va pouvoir donner libre cour à son originalité et voir son travail remarqué, ce qui lui permet d'envisager de devenir créatrice pleinement reconnue, dans la lignée de Mme Aurélia, renommée créatrice de costumes de danse.
Sauf que, ni Francès ni Sébastien n'avaient vu le double tranchant de cette association: si Sébastien doit tenir secrète sa double identité, et si le monde commence à connaître Francès en tant que designer personnel de Lady Crystallia, ça veut donc dire que Sebastien ne peut pas ouvertement utiliser son influence sociale pour la soutenir, au risque de voir son secret éventé, et en faire la risée de toute l'Europe.
Une Europe en mutation, symbolisée par l'arrivée de grands magasins de prêt à porter. Il n'y a plus là vraiment de place pour la haute couture et la royauté. Mais comme les créations de Francès sont copiée par les gens de la rue, il y a pour elle une autre carte à jouer: devenir non pas créatrice de haute-couture, mais designer de prêt à porter, un peu moins flamboyant, un peu plus portable, mais au service cette fois d'un grand-magasin ( ce qui est finalement ce qu'elle faisait dans la petite boutique où elle travaillait avant, sans vraiment de liberté créatrice, mais à plus grande échelle).
Quelle chouette petite BD qui mêle quête personnelle de l'identité pour Sébastien, et quête personnelle de reconnaissance de son travail pour Francès dans un monde qui se transforme (et ce parallèle transformation personnelle du héros et transformation sociale d'un monde où c'est la rue qui fait la tendance, est particulièrement bien vu).
L'inévitable histoire d'amour qui se dessine au delà des classes sociales, même si elle est "cousue de fil blanc", est pourtant mignonne et sonne juste, même teintée d'un sous-texte bisexuel. Rien n'est jamais dit des goûts personnels de Francès, mais elle tombe sous le charme de son employeur deux fois: lorsqu'il se comporte en homme sensible et lorsqu'il se comporte en femme affirmée, précisément parce qu'il est "le meilleur des deux mondes" comme disent nos voisins anglophones. Pour Sébastien, c'est assez clair, un homme hétérosexuel qui utilise le travestissement comme une soupape de sécurité pour être pleinement soi, pour Francès, c'est plus ambigu: il est sa muse, mais surtout sous son côté féminin ( et ces deux là ne s'embrassent finalement que lorsqu'il est en robe). L'idée étant finalement que la vrai quête c'est l'acceptation de soi dans tous ses aspects, et qu'il faut aller vers les gens en compagnie on se sent libre de montrer précisément les aspects qui gênent. Finalement, seuls ceux qui vous acceptent pleinement sont des amis précieux.

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