Cette BD m'inspirait beaucoup depuis que je l'ai couverte ( et feuilletée ) pour le boulot.
Quelle merveille, la couverture cuivrée est splendide ( et généralement les éditions " Monsieur Toussaint Louverture" sont très très belles à ce niveau, quel que soit le format), le graphisme et la colorisation sont dignes d'aquarelles, c'est magnifique.
Quand au contenu, je ne connaissais que de réputation le roman d'origine et c'est une excellente surprise. C'est une épopée.. de lapins. Vraiment. Quelque chose comme l'Eneide. On suit un groupe de lapins" périférés" ( j'aime beaucoup cette appellation proche de pestiférés ou parias), mis à l'écart de leur harde, et qui vont littéralement aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs.
L'un deux, Fyveer, plus sensible ou perspicace que les autres - qui serait l'équivalent du voyant, du devin, de l'extra-lucide chez les humains- se rend compte que quelque chose s'annonce sur leur garenne, sans pouvoir le nommer (forcément les lapins ne savent pas lire les panneaux géants qui annoncent que leur coin de campagne va être rasé pour construire un lotissement humain). Evidemment, le chef de la harde ne le croit pas et prend cette annonce comme une tentative de putsch. Fyveer et son frère Hazel décident donc de partir, entraînant avec eux d'autres lapins périférés qui en ont marre des décisions arbitraires du chef de la harde.
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| Voilà ce que ça donne au niveau des pages, et il y en a plus de 380 comme ça! |
Petit a petit, au fil des pérégrinations ( sur quelques kilomètres carrés de terrain), ils sont rejoints par d'autres laissés pour compte ou insatisfaits des " gouvernements" de leurs différentes garennes, jusqu'à trouver un coin libre, pas idéal, mais bien situé, et où les chasseurs s'aventurent peu. Mais là problème: ils se rendent vite compte que leur petite société va vite disparaître car uniquement composé de mâles. Et donc, il va falloir trouver des femelles. Et ça tombe bien à peu de distance se trouve une garenne surpeuplée nommée Effrefa. Mais le gouvernement y est encore pire qu'ailleurs, digne de l'ex Allemagne de l'est. Interdiction de quitter Effrefa, quitte à crever de faim et vire sous terre en n'ayant l'autorisation de gambader à l'air libre que quelques minutes par jour sous haute surveillance. Nous vaillants héros vont donc organiser l'enlèvement ses Sab.. enfin des lapines, ou plutôt leur libération. En quoi ils seront aidés par une sterne, un mulot, un chien ( involontairement)
Imaginez un cross-over entre une épopée gréco-romaine, le vent dans les saules, la ferme des animaux, Rougemuraille, et roman d'aventure, servi par un graphisme encore une fois, somptueux ( le dessinateur a réellement bien observé les postures des lapins, quand ils sont effrayés, attentifs, qu'ils courent ou sautent. ses lapins restent dans le réalisme et se déplacent sur leurs 4 pattes)
Evidemment, cette aventure à hauteur d'herbe dans un coin de la campagne anglaise est un moyen indirect de parler d'exode forcé, d'émigration, de réfugiés qui cherchent un coin où vivre, d'écologie et de destruction des milieux naturels, avec une petite dose de lutte des classe ( les lapins ont une société très hiérarchisée, et l'auteur pousse ce microcosme, jusqu'à leur créer un langage, une théogonie, des légendes, des fonctions proche de la société humaine médiévale (celui qui sait raconter les histoires, le devin, le protecteur, sont finalement assez proches respectivement d'un barde - ou d'un aede- , d'une pythie et d'un chevalier)
Ca m'a rappelé, en moins humoristique évidemment, la trilogie des Gnomes de T. Pratchett, où les minuscules habitants des sous-sols d'un grand magasin sont contraints de fuir la destruction de leur habitat). Donc, c'est beau mais... pas pour enfants, vu les sujets évoqués, et la violence - il y a pas mal de sang, ce qui est finalement pas si éloigné de la réalité, les lapins étant de petits animaux mignons quand il sont de compagnie, mais de sacrés bagarreurs qui n'hésitent pas à se battre férocement quand il s'agit de rivalités de territoires.
nota: l'auteur du roman est anglais , l'action se passe en Angleterre, mais le dessinateur Joe Sutphin et l'adaptateur James Sturm sont américains. Ils ont gagné le prix Eisner 2024 avec cette adaptation, qui donc rentre malgré tout dans le cadre d'un mois anglais.




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