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mercredi 3 juin 2026

UK in a bad way - James Harvey ( BD)

 Et hop, l'an dernier j'avais fini avec un peu de punkitude, mais après les jolis lapinous de Watership down, je replonge dans l'esprit punk.
Cette BD m'est tombée toute rôtie à la fin du mois anglais 2025, donc j'ai pris beaucoup beaucoup d'avance pour la lecture. Voilà le premier sujet du mois anglais 2026, lu et rédigé en juillet 2025!


Et c'est assez difficile à définir, et même à comprendre. Pourtant j'ai bien aimé.

On y suit les pérégrinations de Jin, jeune coréenne venue étudier l'art à Londres. Elle ne s'y plaît pas spécialement, et ça se comprend: dès les premières pages de la BD, elle assiste à un suicide, un homme se jette sous un bus devant des yeux, mais elle ne compte pas rentrer pour autant même si elle n'aime pas l'atmosphère de Londres. C'est toujours mieux que de retourner à Séoul. En effet, c'est une fille de la haute société, ce qui est logique: qui en Corée aurait assez d'argent pour payer à sa fille des études d'arts dans l'une des villes les plus chères d'Europe. Mais ce fait même la met mal à l'aise: devoir dépendre de la fortune de ses parents la met mal à l'aise, elle qui est punkette et voudrait oublier son rang social d'origine. Alors elle se trouve des excuses: oui elle se promène avec un manteau en vraie fourrure de gorille, mais elle l'a acheté aux puces et fait retailler, ce n'est pas comme si elle cautionnait la fourrure, et puis comme ça le singe n'est pas mort en vain, puisque sa peau a été utilisée deux fois, et puis elle l'a customisé, etc... Oui elle étudie l'art grâce aux sous de papa et maman, mais comme elle rejette l'art bourgeois, dont Banksy sur lequel elle a des vues totalement à contre courant ( et surtout sur les fans de Banksy, bourgeois qui s'achètent une bonne conscience en clamant le génie d'un type qui fait de la dénonciation plutôt molle. Euh, là je ne peux pas lui donner tort. Banksy c'est sympa, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard non plus.)

Et donc un jour qu'elle erre, elle rencontre Edward, mi SDF, Mi magicien de rue. En discutant un peu ils se rendent compte que leurs vues sur l'art se rejoignent, du moins s'ils ne sont pas d'accord sur tout, au moins ils peuvent avoir une discussion sur l'objectif de l'art qui vole un peu plus haut que la moyenne. Et vite ces deux punks deviennent amis. Jusqu'au jour où Jin ouvre son manteau chaud à Edward, puis lui prête 500 livres pour qu'il s'achète des vêtements afin d'aller passer un entretien d'embauche qui pourrait le sortir de la rue. Et.. disparition d'Edward. On se dit qu'il a profité de la pigeonne pour lui soutirer de l'argent, mais.. ce n'est pas exactement ça.
En recherchant Edward, Jin finit par se rendre compte qu'elle est tombée dans un piège, tendu par des " artistes" qui ont fait d'elle et de son amitié avec Edward la pièce centrale d'un happening. Ils sont précisément ce que Jin déteste: des bourgeois richissimes qui ont fait d'un sentiment d'amitié réelle le sujet d'une exposition de photos, se sont approprié le manteau donné, vont jusqu'à s'approprier des phrases qu'elle a dites. Est-ce qu'Edward est complice ou a été manipulé lui aussi, on ne le saura pas. Mais ce vol de propriété intellectuelle, cette hypocrisie, ce côté factice est vraiment ce que Jin considère comme le mauvais côté de l'Angleterre: UK, in a bad Way!

Et on peut dire que l'auteur ne fait pas dans la demie mesure quand il s'agit de se moquer du marché de l'art, des apprentis artistes avec leurs provocations à deux ronds ( et Jin n'y fait pas exception, puisque si elle déteste l'hypocrisie, elle fait quand même preuve d'une énorme dose de mauvaise foi pour essayer de résoudre la dissonance cognitive qu'elle a, entre sa couche sociale d'origine et le prolétariat qu'elle idéalise et dont elle voudrait faire partie.. tout en participant à des fêtes d'étudiants nantis où l'alcool et la kétamine sont un rite de passage).  Il a aussi la dent dure sur la société sous surveillance ( très 1984) qu'est devenue l'Angleterre, avec son nombre record de caméras de surveillance.

Mais dans l'absolu, je pense que c'est une BD qui ne parlera pas à tout le monde, c'est plus un collage d'impressions et d'instantanés de la vie d'une étudiante étrangère et bourgeoise en rupture avec sa société qu'un vrai récit qui vise un objectif clair (ceci dit, c'est réaliste: dans la vie, les rencontres et les amitiés se soldent souvent par des déceptions, des ruptures brusques ou progressives, et si la vie quotidienne suit un scénario, il est parfois surréaliste et souvent un rien moisi, sans queue ni tête). Mais oui, j'ai bien aimé, le dessin est sympa (la BD est en fin de compte plus punk dans sa narration que dans son graphisme en fait)

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