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vendredi 14 novembre 2014

8 Victorian Ghost Stories

Des histoires de fantômes, même si j'ai loupé la date officielle de la LC. Comme je n'avais pas grand chose sous la main à mon retour de voyage, j'ai décidé de faire une petite compilation de nouvelles victoriennes pour l'occasion.. trouvées sur ce site:
Victorian ghost Stories

IL y en a 28 en tout, j'en ai sélectionné 8.Pourquoi 8 ? Tout simplement, les 8 disponibles sur le site écrites par des femmes. En effet, j'ai assez peu d'écrivaines sur ce blog, il est temps d'y remédier. En plus je ne connais la plupart que de nom, voire pas du tout, c'était l'occasion ou jamais. Et troisième chose: lire en anglais!

Edith Nesbit ( 1858-1924)
John Charrington's Wedding: à force d'entêtement, le dénommé John Charrington a réussi a conquérir la jolie May Forster, à la grande déception des autres hommes de son village, qui en pincent tous pour la belle. Mais la veille du mariage, le voilà contraint de partir voir un parent mourant. Cependant il l'a juré, il sera là  à temps, dusse-t-il revenir d'entre les morts (oui, avec une phrase pareille dès le début de la nouvelle, on devine déjà ce qui va se passer).
Man size in marble :
Deux jeunes mariés, lui peintre, elle poétesse, viennent d'acquérir un cottage en pleine campagne. un cottage pittoresque, qui intègre les restes d'une ancienne demeure ayant appartenu à des chevaliers cruels et sanguinaires, dont on peut encore voir les gisants dans l'église du village. Or la légende dit que le 31 octobre à 11h00 du soir, les statues s'animent pour revenir sur les lieux où les chevaliers ont vécu, et gare à quiconque croiserait leur route. Monsieur n'y croit pas vraiment mais dans le doute préfère ne pas informer madame, au cas où elle en viendrait à détester la maison. Là aussi, on voit venir la fin avec ses gros sabots, mais les deux nouvelles sont bien écrites, avec un certain humour pas désagréable, et bien menées.

Dinah-Maria Craik (1826-1887)
The last house in C.. Street: Dorothy MacArthur, une adorable vieille dame raconte à un interlocuteur ou une interlocutrice ( psychologiquement, je pense plutôt pour une femme, si je devais traduire en français, il me parait plus probable qu'elle raconte ses secrets à une autre femme), comment à 18 ans, alors qu'elle était en voyage à Londres  avec son père, elle a entendu un fantôme cogner à son volet. Ca n'est pas tellement le fantôme qui est le principal sujet de l'histoire, mais plutôt une réflexion sur les décisions qu'on prend à un moment ou un autre, et qui peuvent changer votre vie: si la mère de Dorothy était restée à Londres, si le fiancé de Dorothy n'avait pas insisté pour qu'elle reste plus longtemps, Si le père de Dorothy avait suivi sa femme.. tout aurait été probablement différent. Mais j'aime beaucoup la philosophie douce amère de la vieille dame: ça ne sert à rien de passer sa vie à se faire des reproches, on ne peut pas revenir sur la décision prise, qui semblait la meilleure à ce moment là, autant s'en accommoder et suivre un autre chemin que celui prévu.." Une nouvelle à la fois triste, mais pleine d'espoir, vraiment mignonne.


Amelia Ann Blanford Edwards (1831-1892)
N.5 branch line : the engineer:
égyptologue et écrivaine de nouvelles fantastiques
Ben et Mat sont deux amis, qui partagent tout depuis leur plus tendre enfance. Ainsi lorsque Ben, issu du famille aisée a pu faire des études, son premier soin a été de donner les mêmes chances à son meilleur ami. Toujours inséparables, les deux ont donc pu monter leur propre entreprise d'ingénierie en chemin de fer, avec tant de succès qu'ils finissent par décrocher un énorme contrat à Gênes et partent ensemble pour l'Italie. Hélas pour eux, leur belle amitié finit tragiquement lorsque les deux, manipulés par une garce ( mais alors une vraie, détestable de bout en bout), en viennent aux mains. Sous le coup de la colère, Ben tue accidentellement Mat.. et n'aura dès lors plus qu'un but dans la vie: retrouver Gianetta et lui faire payer sa traîtrise. Alors oui, on le devine, le fantôme du brave Mat' va se manifester. Mais je ne vous dirai pas comment :p



Voilà, au passage, le tableau dont il est question à un moment dans l'histoire: la femme au miroir du Titien, à qui ressemble Gianetta, la femme par qui tout arrive
Une histoire agréable à lire, un peu de suspense, c'est toujours bon à prendre.

Elizabeth Gaskell (1810-1865)
The old nurse's story
Une vieille nurse raconte aux enfants dont elle s'occupe comment elle a tout d'abord été employée par leur grand-mère , pour s'occuper de leur mère alors toute jeune. A la mort de la grand mère et du grand père à quelques jours de distance, la nurse et la gamine ont du déménager chez des parents éloignés de ceux-ci: une très vieille dame et ses serviteurs presque aussi âgés qu'elle, dans un manoir pittoresque de la campgane anglaise. Et qui dit manoir pittoresque dit: fantômes!
Ben oui..
La vieille dame à l'air si inoffensif semble avoir commis dans sa jeunesse un crime dont le résultat continue à la hanter, au propre comme au figuré.

Je n'ai pas accroché à cette nouvelle. Déjà, on part sur quelque chose qui donne l'impression que l'héroïne va être la petite fille, hors elle ne sert que d'excuse au déménagement de la nurse. La nouvelle fait 11 pages, et la vraie histoire de fantômes n'apparait que dans les deux dernières. Les 9 précédentes ressassent ad nauséaum à quel point la petite fille est mignonne, adorable, un ange, un agneau, mon coeur, ma reine, mon ceci, mon celà , tous les adultes du coin semblent vivre uniquement par elle et pour elle- alors qu'elle est un peu peste quand même. Je déteste ce genre de procédé, censé mettre en avant l'innocence d'un personnage, et qui réussi tout au contraire, à me le rendre insupportable. Et par contrecoup, rendre creux tous les autres personnages, dont on ne sait presque rien. Non, la narration m'a vraiment gâché le potentiel de l'histoire à force de grosses ficelles.

 The crooked branch: 

Le quadragénaire Nathan a épousé Hester, d'âge similaire, qu'il connaissait depuis longtemps mais avait perdue de vue depuis plus de 20 ans. Elle était riche, il n'était que garçon de ferme, et la famille d'Hester a refusé tout net. Mais les temps ont changé. La famile d'Hester est ruinée, elle travaille comme femme de chambre, tandis que Nathan a hérité d'une coquette somme et acheté sa propre ferme. Sans plus de façon, Hester a donc accepté et eu un seul enfant, Benjamin, puis pris sous son aile Bessy, une de ses nombreuses nièces, à la mort de son propre frère. Evidemment, si les parents sont d'une grande banalité, ce n'est pas le cas des cousins qui sont beaux, et évidemment, la solution est toute trouvée: il suffira le temps voulu de les marier, et il n'y aura même pas de problème d'héritage! Sauf que Benjamin, qui a été adulé toute sa jeunesse, va étudier, et vite avoir honte de sa famille de "cul-terreux" (oui, c'est à peut près ce qu'il dit), tout en apprenant à les manipuler pour obtenir de l'argent. Benjamin devenu adulte part à Londres, revient de moins en moins souvent, jusqu'au moment où la famille reçoit un retour de courrier du "Dead letter office" ( simplement, l'équivalent du "parti sans laisser d'adresse). Bessy et la mère comprennent qu'il a déménagé, mais le père est sûr que ça signifie que le destinataire est mort.

Oulà, celle-là n'est pas évidente en VO, les paysan parlent en patois, et il m'a fallu parfois lire des phrases à voix haute pour en saisir le sens ( par exemple, Benjamin part étudier à "Lunnon", comprendre London. Ou ça:"'I misdoubt me I hanna done well by th' lad.I misdoubt me sore.Summat's wrong about him, or folk would na look me wi' such piteous-like een, when they speak on him." Ouaip! j'ai galéré, ce n'est pas peu de le dire.
Ensuite le principal problème de cette nouvelle, outre d'avoir le même défaut que la précédente: 59 pages, mais même à la denrière, on ne voit toujours as où l'auteur veut en venir, après avoir eu l'historique de la vie des paysans et la description des pièces de la maison entre autres. Non, le vrai souci, c'est que ça n'est pas une histoire de fantôme: ça dérive sur une histoire de cambrioleurs, probablement menés par Benjamin, puis sur une scène de procès.. Mais pas plus de fantôme que de beurre en branche (tordue). C'est bien en revanche l'histoire d'un enfant gâté qui tourne mal, donc le sujet cadre bien avec le titre, mais pas le moindre fantôme à l'horizon.
Donc, hors-sujet de la part du site qui l'à mise en ligne sous ce titre.


Mary Elizabeth Braddon (1835-1915)
At Chrighton abbey:
Miss Sarah,u ne trentenaire célibataire et indépendante ( à l'époque victorienne!), d'origine bourgeoise mais désargentée et partie travailler sur le continent,  revient sur les lieux de sa jeunesse à Chrighton Abbey. Là vivent sa cousine, avec son mari et son fils. Et justement le fils est sur le point de se marier, avec une femme de noble famille. Très jolie, mais très froide, distante, du genre langue de vipère. Ca qui ne dérange pas plus que ça la mère, car une malédiction semble planer sur la famille: depuis des siècles, à chaque génération, les héritiers meurent avant leur mariage ou juste après, alors peu importe qui est l'heureuse élue, du moment qu'il se marie et échappe à la malédiction. Or, peu de temps avant le nouvel an, Miss Sarah aperçoit, dans ce qu'elle pense être une cour désaffectée, un équipage entier de chasse à courre, absolument silencieux. Une équipage fantôme, réputé être un funeste présage pour la famille.

Ha, voilà qui remonte le niveau après la déception d'Elisabeth Gaskell. Humour, car Miss Sarah est une sceptique convaincue, qui ne croit pas aux fantômes, mais craint quand même une peu les superstitions, Humour aussi dans la galerie de portraits de bourgeois guindés venus passer le nouvel an dans ce coin perdu, et tirés à 4 épingles en pleine campagne. Et cerise sur le gâteau, DES fantômes, lein de fantômes, comme dans tout bon manoir qui se respecte. Une bonne lecture!



Mrs Henry Wood (1814-1887)
Reality or Delusion?
Dans un petit village du Worstershire, Daniel Ferrar, un régisseur un peu faignant, dont tout le monde se demande bien comment il peut survivre en vendant aléatoirement des poulets sur le marché, est courtisé par deux femmes: Maria, sa fiancée officielle, et Harriet, la " française" ( en fait sa mère seule est française, et comme toutes les françaises, Harriet est une insupportable coquette, humpf). Maria, jalouse, va suivre Daniel qu'elle soupçonne d'infidélité et découvre son secret: il nourrit ses poulet gratuitement en volant du grain a ses patrons. Daniel, mortifié, disparaît de honte. Alors qu'il est introuvable, et probablement loin, Maria jure pourtant l'avoir vu roder près de la grange où elle l'a découvert en train de piller les réserves. Illusion ou réalité?

Curieuse histoire de fantôme, qui parle de tout.. sauf de fantômes, et refuse de trancher nettement entre l'illusion et la réalité. Ca n'est pas inintéressant, mais pas franchement passionnant non plus. Pourtant j'ai apprécié le cadre paysan et, si la rivalité entre les deux femmes est sans intérêt, j'aime bien le fait que le vol soit au centre de l'intrigue.

Ah, un point de vue linguistique: Dans cette nouvelle, il y a une manière très spéciale d'exprimer les chiffres , par exemple "  but one might count the houses in it, little and great, and not find four-and-twenty", là ou on dirait " twenty four". Ce n'était pas le cas dans les autres de la même époque. C'est étonnant, j'ai vérifié, l'auteur n'est pas d'origine allemande ( on dirait en allemand"vier und zwanzig"), mais à d'autre endroits aussi, sa syntaxe des chiffres est allemande. Archaïsme? volonté de retranscrire un langage rural? si quelqu'un peut éclairer ma lanterne..

que des anglaises!
que du fantastique victorien!


spéciale " fantômes"
des mystères tous britanniques...

dimanche 2 février 2014

Les Rois des sables - GRR Martin

Avant de m'attaquer aux trouzmille volumes du trône de Fer, j'ai eu envie de m'échauffer un peu, et de découvrir l'auteur tranquillement, via ce recueil de nouvelles. Des nouvelles de SF. Plutôt axées Space Opera et Planet opera d'ailleurs.
C'est parti.

- Par la croix et le dragon: L'humanité a conquis une bonne part de la galaxie. Et malheureusement, ne perdant pas ses vieilles habitudes médiévales, l'église catholique s'est octroyé une planète entière la "nouvelle Rome", d'où partent des missions pour évangéliser les nouvelles planètes au fil de leur découverte. Et imposer la " vraie" religion. Une "vraie" religion, qui comme de tout temps, voit des hérésies partout. Et pourchasser l'hérésie c'est justement le travail du père Damien Var Heris, inquisiteur mandaté par l'archevêque de Vess - une créature grisâtre venue du système Ka-thun, dôtée de quatre mains palmées et passant son temps à barboter des une piscine d'eau saumâtre. Et justement, le voilà envoyé sur la planête Arion, à 3 semaines de vaisseau spatial de la nouvelle Rome, où un illuminé prêche à qui veut l'entendre l'évangile "la croix et le dragon" de Saint .. Judas. Réhabiliter judas, quel scandale! Sauf qu'à force de voyager et de voir de tout, la foi de Damien commence à vaciller, il se demande si les autres points de vue ne sont pas tout aussi valables, si la vraie hérésie n'est pas d'introniser à de hauts postes religieux des extra-terrestres pour qui les humains sont finalement des sous-fifres.. Une attaque en règle de l'orthodoxie religieuse assez savoureuse, via les "menteurs", faux ordre religieux cynique, mais vrais manipulateurs qui poussent l'ironie à se revendiquer en tant que tels.Pas 100% réussie, mais de bonnes idées.

-Aprevères: sur une planète non nommée, où l'hiver dure plusieurs années - et l'été aussi- la jeune Shawn Carin, qui avait fugué avec son amant, tente de rejoindre son clan à la mort de celui-ci. L'équipé est dangereuse, à cause du froid, mais aussi des vampires qui errent ça et là. Elle se perd et est recueillie par "Morgane la magique", qui à force de belles paroles l'embobine et lui promet monts et merveilles et voyages dans l'espace. Mais est-ce vrai, ou la magicienne lui a-t-elle joué un tour. Et si oui, dans quel but?
Une variation, pas franchement passionnante, sur le mythe de la fée Morgane. Cette nouvelle ne m'a pas plus emballée que ça. Difficile de savoir vraiment où il veut en venir.

- Dans la maison du ver:  nous sommes sur une Terre dévastée -probablement une Terre du futur, vu qu'il y a des humains, je penche pour ça - faiblement éclairée d'un soleil moribond et charbonneux. Où plutôt "sous" une terre, car les humains qui l'habitent, les "yaga-la-hai", les enfants du ver, dans leur langue, vivent dans des souterrains, mangeant insectes, champignon et occasionnellement viande de groun, la seule autre espèce vertébrée souterraine.
La société est divisés en caste noble "les enfants du ver" et en caste pauvre " les changeurs de torches". Une fois de temps en temps, les enfants du ver remontent vers la surface pour assister à une Masquarade, sorte de fête religieuse décadente pour contempler le soleil déclinant et célébrer leur chef, le Verhomme, chef temporel autant que religieux qui attend son "union avec le dieu Ver blanc" et d'année en  année se transforme en .. ver ( c'est à dire que le concept de cette religion hyper débile est de mutiler son chef pour le faire ressembler à un ver, en lui coupant peu à peu touts ce qui ne sert pas: jambes, bras.. Au début de l'histoire, le Verhomme attend avec impatience sa prochaine opération, où on va enfin lui retirer la dernière partie qui, il faut le dire ne lui sert pas à grand chose - enfin ça n'est pas dit clairement, mais je l'ai compris comme ça - : sa tête). C'est lors de cette fête que va commencer pour le jeune Annelyn, dandy écervelé, va connaître la pire semaine de sa vie, mais qui va radicalement changer son point de vue sur tout. Parti se venger de l'affront que lui a publiquement lancé le "viandard", le meilleur chasseur de grouns, il va s'égarer dans les souterrains les plus profonds, et découvrir réellement la vie souterraine, les grouns et la faune monstrueuse des sous sols, qu'il n'aurait jamais imaginé.
Course poursuite pour la survie en sous-sol, c'est efficace , rythmé et cauchemardesque. La nouvelle est longue, et l'auteur prend le temps d'installer un climat étrange et nauséeux, de faire prendre en pitié Annelyn, après l'avoir dépeint comme un petit con, il faut dire ce qui est. C'est bourré de chausses-trappes, c'est méchant, c'est cynique, comme j'aime.

- Vifs-Amis: on revient au Space opera, avec cette nouvelle. Les humains on conquis tout le système solaire, et y ont découvert d'étranges espèces non organiques qui voyagent librement dans l'espace: les cligneux, qui voyagent à la vitesse de la lumière, et leurs prédateurs, les sombres, qui vont encore plus vite. S'ils pouvaient s'approprier les facultés de ces créatures, ça serait un avantage incroyable pour les voyages spatiaux.et justement on a découvert la méthode: capturer un sombre et le faire fusionner avec un humain soigneusement sélectionné ( 80% de risques d'échec quand même) Si ça marche, la fusion donne un vif- ami, créature éthéré d'apparence humaine dotée de la vitesse des sombres, qui devient un messager de choix. Melissa a accepté le défi et réussi, son petit ami a pris peur et refusé. D'année en années, il la voit changer, perdre goût pour les activités humaines, et devenir au sens propre " extra-terrestre".

- La cité de pierre: Le monde étape, ou Gris-repos. C'est comme ça qu'on appelle la petite planète perdue au milieu de rien gérée par les Dan'lai , les hommes renards, tatillons et procéduriers, où un équipage humain a échoué, et vit dans des baraquements de fortune en attendant l'hypothétique laisser-passer lui permettant de repartir à l'aventure. Mais l'administration Dan'lai a des aires de Kafka et rien ne se passe pour Holt, l'un des terriens, qui vivote en cambriolant des tanières d'extraterrestres. Jusqu'au jour où il décide d'explorer "la cité de pierre", énorme vestige d'une civilisation disparue, qui à défaut de lui apporter une solution à son problème de papiers, peut lui procurer une cachette utile, alors qu'il vient de pêter un cable et de tuer un fonctionnaire renard...

- la dame des étoiles: C'est le surnom que Hal le poilu, maquereau sur le "caillou" donne à Janey, la femme qu'il vient de sauver des griffes des sbires du Marquis. il faut dire que le "caillou" est une planète peuplée de dealers, maquereaux, veneurs à la sauvette où toutes les épaves vivantes du monde connu viennent chercher de quoi boire de quoi fumer, et où les riches viennent s'encanailler. Janey , agressée, dépouillée au même titre que son compagnon d'infortune, une créature aux allures de lutin que Hal renomme "le môme d'or" pour le business se retrouve devant un mur. Impossible de repartir, sa seule solution pour survivre est d'accepter de tapiner pour Hal. C'est à travers ses yeux qu'on découvre le monde interlope du caillou, les vendeurs de rêve, les bandits qui font la loi comme le Marquis et son second le "chat boiteux", homme chat et résultat raté d'une expérience de fusion. En fait, cette nouvelle est un étrange mélange entre film noir des années 40, la pègre et son argot, les fleurs de pavé, etc.. et parodie de conte de fée ( le marquis et le chat boiteux, ça ne vous dit rien?)

- Les rois des sables: Simon Kress est un connard. Si si, je vous le dit, un type à pognon, une ordure , vraie de vraie, qui utilise son argent à acheter des animaux exotiques les plus bizarres et féroces possibles, venues de tous les systèmes planétaires connu, et dont il se fout éperdument du moment que ça épate ses amis aussi décadents que lui. Et justement, il vient d'installer chez lui un terrarium contenant des "rois des sables", bestioles à l'apparence d'insectes qui construisent de châteaux, se font la guerre par factions - en fonction de la couleur de leur carapace. Et divinisent réellement celui qui leur donne à manger, en sculptant des portraits à son effigie. Leur taille est fonction de l'espace qu'ils ont, plus le terrarium est grand, plus il grandissent ( là, si vous êtes comme mois, vous sentez venir le truc et vous jubilez déjà).Car on l'a dit Simon est un connard, qui prend toutes ses décisions importantes après avoir bu deux ou trois bouteilles d'alcool fort. Et bien qu'il ait été averti de ne pas jouer avec les rois, il décide d'accélérer leur goût de la guerre en les affamant. Aussi, les rois répliquent en faisant de lui des portraits à l'air de plus en plus cruel. Simon qui n'a plus toute sa tête, blesse l'une des colonies pour montrer qu'il est LE dieu. A ce moment, suite à une de ses plaisanteries cruelles, son ex petite amie arrive et détruit le terrarium, avant d'être tuée par Simon. Et là, ça devient réjouissant: car après son attaque, les bestioles le haissent. Des bestioles qu'il a affamées. Des bestioles qui peuvent grandir une fois libérées. Des bestioles qui sont maintenant en liberté dans sa propriété. Avec un cadavre tout prêt à manger. Et plus les rois grandissent, plus ils développent d'aptitudes psychiques, par exemple insinuer leur sensation de faim chez Simon, une faim qui ne sera calmée qu'en leur donnant une grande quantité de nourriture. Or Simon n'a rien sous la main, mais il a plein d'amis. Vous voyez ce que je veux dire?
Là aussi, j'ai adoré ce jeu de massacre jubilatoire, mené avec un humour noir absolument réjouissant. Parce qu'honnêtement, l'auteur adore créer des personnages détestables pour mieux les maltraiter pour mon plus grand plaisir. Alors oui, c'est grand-guignolesque, c'est parfois kitsch, mais ça marche souvent.

Après, les nouvelles sont toutes des années 70, et ont une remarquable homogénéité de thèmes: les souterrains qu'on explore, les constructions mystérieuses, les manipulations génétiques et les mutations, les fêtes décadentes, les religions stupides et délirantes, la monstruosité cachée sous des airs avenants...
Même si seule "la dame des étoiles" fait directement référence à un conte, les autres n'en sont pas loin dans leur construction et même si à la base le space-opéra n'est pas trop mon rayon en littérature (je trouve que ça passe mieux en film ou BD), l'auteur a un talent de conteur à suivre. En tout cas, dans le genre concis qu'est la nouvelle, je trouve qu'il s'en sort honorablement, et je continuerai ma découverte dans le futur. A part Aprevères qui ne m'a pas convaincue, les autres ont souvent un petit quelque chose qui les rend intéressantes, même si certaines ne sont pas entièrement réussies ( plus par "trop" que par "pas assez" en fait, donc peut être que le long format lui réussira plus au final).

parce que mine de rien les 4 nouvelles en gras parlent directement d'exploration de l'univers, aboutie ou échouée, pour le but de voyager ou d'autres moins louables. Les autres se passent sur des planètes non-identifiables.
1° lecture!
catégorie roi de pique: les rois du titre sont des animaux des sables.

mercredi 11 décembre 2013

Contes - Madame Leprince de Beaumont

Et, donc, suite à ce We où pour une fois, je ne travaillais pas, première lecture du mini-marathon d'hiver.
Une lecture un peu bousculée par les diverses activités déjà planifiées, mais tout de même, finie en un peu plus de 2h30 mis bout à bout, ce qui est un exploit pour une lectrice aussi lente que moi. J'envie ceux qui arrivent à lire rapidement, et des heures d'affilée, j'ai besoin de couper régulièrement mes plages lectures par des "récrés", en quelque sorte.

- La belle et la bête: le plus connu, mais j'ai été agréablement surprise par le côté héroïne battante de la Belle, loin des clichés habituels de la fifille habituelle des contes, qui attend qu'on vienne l'aider au moindre problème et se lamente sur son sort. Non, la belle sait ce qu'elle veut ( sauver son père d'une mort certaine) et aussi, ho miracle, sait se servir de son cerveau : lorsqu'elle voit qu'on lui a préparé une chambre avec de la lecture et des distractions et qu'elle en déduit " on ne veut pas que je m'ennuie, donc je ne vais pas être mangée, en tout cas pas dans l'immédiat" Ouiiiiiii!!! enfin, un conte qui valorise l'éducation des filles, et le fait de ne pas juger les gens sur leur apparence, mais sur leurs qualités, et moins mièvre que ses adaptations.

- Aurore et Aimée: l'histoire de deux soeurs: Aurore 16 ans et Aimée 12 ans. Toutes les deux sont les files d'une reine très vaniteuse qui décide un jour de se débarrasser de son aînée, cash! Car si on veut mentir sur son âge, c'est plus difficile avec une fille de 16 ans. Elle garde donc seulement Aimée, prétendant qu'elle n'a que 10 ans, et qu'elle l'a eu très jeune. J'ai toujours pensé que les vrais monstres dans les contes, ce sont les gens de la famille. Les deux soeurs étaient aussi dissipées et écervelées que leur mère, mais Aurore, perdue, est recueillie par une femme du peuple qui lui apprend à travailler, à lire (les parents riches sont des monstres, et les bergers et bergères sont cultivés, oui c'est un concept!), bref à s'occuper. Et  aussi, à arrêter de se plaindre, car les malheurs peuvent parfois tourner à notre avantage. Elle devient donc travailleuse et intelligente, en plus d'être jolie - car les filles des contes sont toujours jolies - et tape dans l'oeil de monsieur Ingénu (ces noms, tout de même!), frère du roi local, qui décide de l'épouser, bien qu'entre temps elle se soit égratigné la figure et soit tout enflée, car " on s'accoutume au visage d'une laide, mais on ne s'accoutume pas à un mauvais caractère" (oui, triple oui, sauf qu'évidemment, il prend peu de risques, puisqu'elle va dégonfler!). Et à chaque fois qu'il lui arrive quelque chose de désagréable, elle voit la prédiction de la bergère se réaliser: un petit malheur lui évite une grosse guigne. Là, on est plutôt sur la leçon de morale aux gens qui ne cessent de se plaindre, c'est un peu moins intéressant que la Belle, mais il y a toujours un petit côté vachard pas déplaisant.

- Belote et Laideronette: qu'est-ce que je disais sur les noms à la con.? sur les parents cruels? Belote ( et rebelote! il fallait que je le dise) et Laideronette sont jumelles, mais l'une est jolie, l'autre est moche. La laide comprend vite qu'elle ne pourra pas jouer sur ses atouts physiques et s'instruit, devient érudite, une autre manière de briller en société, quand Belote vit sur ses acquis.
Evidemment, Belote épouse un roi qui la courtise uniquement pour son physique, et Laideronette épouse son premier ministre, qui voit en elle un allié de choix, un conseiller avisé. Et bien sûr, rapidement, le roi se lasse de son épouse jolie mais sans conversation, pour passer du temps avec sa belle soeur, si spirituelle qu'on en oublie sa laideur. Mais Laideronette n'est pas rosse et donne un bon tuyau à sa soeur: pour reconquérir son mari, elle va devoir se bouger, laisser tomber les franfreluches et se cultiver.
Enfin une héroïne moche! Enfin! Et en plus, un autre conte qui met en avant la nécessité de l'instruction des femmes, plus encore que dans la Belle. J'aime énormément!

- Les 3 souhaits:  des paysans pauvres se voient offrir 3 souhaits par une fée. Il va falloir faire attention à ne pas les gâcher bêtement. Sauf que les fées sont quand même assez farceuses dans ce domaine. Un conte plus classique, que j'ai déjà vu ailleurs, il doit exister dans à peu près toutes les cultures.

- Le pêcheur et le voyageur: un pêcheur qui rêve d'aller voir la ville héberge un voyageur. Le voyageur est un riche marchand, jamais satisfait de son sort, à qui un sage a dit " marche pendant 3 jours, et tu verras un homme dont la folie te guérira de ton ambition". Le pêcheur, bien qu'heureux dans sa pauvreté, décide aussi de faire le voyage. Les deux se revoient quelques temps après: le pêcheur est devenu malheureux et honteux de sa pauvreté: aussi lorsqu'un ange lui accorde 3 voeux, il ne songe plus qu'à la richesse, bien déraisonnable, et coule avec sa nouvelle barque décorée de pierreries. Le voyageur ambitieux aura donc bien rencontré le fou. Là aussi un côté plus classique sur l'ambition, l'avidité, tout ça.

- Joliette: Joliette ( comme le port à Marseille, voilà, ça aussi, c'est fait!) est la fille d'un roi, à qui les fées ont fait toutes sortes de présents: la beauté, le talent, la santé... mais personne n'a pensé à la pourvoir d'un bon caractère. La reine des fées essaye de corriger ça en la rendant muette jusqu'à 20 ans. Hélàs, le tort est fait: Joliette sera une impénitente cancanière, dont personne ne se méfie, puisqu'elle ne peut rapporter. Sauf... qu'elle sait écrire, et note tout ce qu'elle entend. Quitte à broder et en en rajouter. Aussi, lorsqu'à 20 ans la fée vient la voir pour lui rendre la parole, elle lui montre également le tort que ses rapports a causé à tout le monde. Mais, même si  elle promet de s'amender, le pli est pris, et, même en déménageant là où personne ne la connaît, elle recommence à rapporter des on-dit.. et ça finira mal pour elle! Youhou!!! un conte qui finit mal!!!une héroïne prise à son propre filet!!!

- la curiosité: deux personnes qui débattent d'Adam et Eve ( à qui la faute? à Eve qui a voulu le fruit interdit, ou à Adam, par complicité?) se voient offrir un repas par le roi, qui les a entendu. Sauf un plat, posé sur la table et qu'il ne faut pas toucher. Et quel est le seul plat que madame va vouloir? Une variation sur le mythe d'Adam et Eve, mais plutôt drôle à défaut d'être originale, donc, ça va, et ça coupe un peu au mileu des histoires de princesses orgueilleuses)

- La veuve et ses deux filles: Une dame et ses deux filles rencontrent un jour une vieille dame qui semble à deux doigts de mourir de faim. Elles n'ont pas grand chose à lui donner: Blanche a un prunier, mais n'est pas très contente de donner ses prunes à une inconnue, Vermeille a une poule et propose spontanément un oeuf à la vieille... qui bien sur est une fée ( ho ben ça, j'le voyais teeellement pas venir!). En guise de remerciement, la fée accorde à Blanche le destin d'une reine, et à Vermeille, celui d'une fermière. Mais, évidemment à nouveau, les fées sont farceuses et c'est Vermeille, la sympathique, qui a eu le meilleur lot, car Blanche devenue reine est méprisée par tous les courtisans qui voient en elle une arriviste, une parvenue, mais toujours une paysanne, pour ne pas dire, une péquenaude. Un conte moral sur "les joies simples de la campagne sont meilleures que les faussetés de la cour", mais je ne suis pas sure que la glorification de ce qu'on appelle maintenant le plafond de verre soit vraiment acceptable au XXI° siècle ( puisque ça n'est jamais que ça: tu es une pécore, tu resteras une pécore et ne cherches pas à changer de vie surtout!)

- le prince Charmant ( c'est donc de là qu'il vient.. maintenant, d'entrée je pense à Shrek et au crétin à brushing...).. charmant donc, et crétin, il l'est un peu. Non qu'il soit mauvais, dans le fond, mais il est colérique, car depuis son enfance, on lui a appris qu'il sera roi et que tous doivent obéir au roi. De plus, il se laisse facilement manipuler par les flatteurs, qui utilisent cette vanité à leur compte. C'est comme ça qu'il renvoie le seul ministre honnête de son gouvernement. Partant un jour à la chasse, il trouve un château habité par.. je vous le donne en mille: une fée. Celle-ci s'appelle Vraie Gloire. Juste à deux pas de chez elle vit sa jumelle, Fausse Gloire. Laquelle va-t-il choisir?  Car pour obtenir les faveurs de Fausse Gloire, il suffit de se laisser aller à la colère, de conquérir des villes, de faire des esclaves. Quand Vraie Gloire demande des sacrifices autrement plus difficiles pour un roi: être tolérant, écouter le peuple, agir pour son bien, privilégier l'éducation , la santé publique, des trucs comme ça....
Un conte politique donc, qui me fait penser aux allégories du bon et du mauvais gouvernement des frères Lorenzetti ( Sienne)

-Le prince Chéri: le roi Bon est tellement.. bon qu'il se voit accorder une souhait par la fée Candide. Il choisit donc: que celle-ci devienne le mentor de son fils Chéri. A la mort du roi, elle offre au nouveau roi une bague qui, s'il commet une mauvaise action, se resserrera à son doigt pour le rappeler à l'ordre. Mais évidemment, comme Charmant, il a été éduqué dans l'idée qu'un roi peut tout se permettre, et surtout, qu'on ne doit jamais le contredire. Il pique donc crise sur crise et se débarrasse de la bague. La fée lui donne donc une bonne leçon: elle le change en monstre, à lui d'apprendre à se montrer plus conciliant pour regagner sa place dans la société humaine. A chaque fois qu'il y parvient, son état s'arrange un peu: le monstre, traîné de foire en foire, sauve malgré tout son geolier.. et gagne un échelon en se changeant en chien... il ne pourra reprendre forme humaine que s'il corrige le tort qu'il a fait. Mauvais karma! Est-ce que madame de Beaumont connaissait les légendes hindoues?

- Le prince Désir: un roi veut se marier avec une femme, victime d'un mauvais sort. Une fée à la solution: la dame a un gros chat, le roi doit parvenir à marcher sur la queue du chat pour rompre le sort. Ce qu'il arrive à faire. Mais évidemment, le chat était un sorcier, qui maudit le roi: son fils aura un nez.. un nez... très grand (ha non, c'est un peu court, jeune homme). Mais tant qu'il n'en aura pas conscience, il sera malheureux .Ce qui se produit: Désir nait avec une mini trompe, mais évidemment, personne ne lui en parle jamais, les nez longs deviennent même un critère de beauté. Désir en tire même une vanité étrange. Jusqu'au retour de manivelle bien sur, là encore par le fait d'une fée facétieuse.

- Fatal et Fortuné: Ce sont les jumeaux ( les pauvres!) d'une reine. Là encore cette sale blague vient d'une fée, qui nomme l'un Fatal, et lui accorde comme don: de la guigne, mais alors la vraie poisse jusqu'à 25 ans, C'est ça ou risquer de devenir méchant. A quoi la mère décide de choisir pour son autre fils le souhait inverse: une chance insolente. que la fée accorde, jusqu'à 25 ans aussi. et, bien sûr, quand Fatal rate tout ce qu'il entreprend, même en travaillant dur, Fortuné qui n'a pas besoin de lever le petit doigt pour tout réussi devient un vrai roi fainéant. Jusqu'au jour ou les chances contraires des deux frères vont finir par s'inverser. Sauf que celui qui a pris l'habitude de se donner du mal est mieux armé que le faignant. Bon là aussi, morale sur "il faut se donner du mal, ne pas attendre que tout tombe tout rôti, etc".. moins original que les autres.

- Le prince Tity: là encore une histoire de frères. Leurs royaux parents sont avares comme pas permis. Mirtyl, le plus jeune est aussi grippe-sous que ses parents, tandis que Tity est prodigue. Bon sans rentrer dans les détails car le conte est long, il y aura bien sur une fée, et devinez qui s'en sortira, fera la paix avec le royaume voisin, et réussira même à faire changer le roi Violent, son voisin, caractériel et injuste ? Bingo!
Tiens, l'avarice on avait pas encore encore abordé ce défaut là! Bon, l'histoire est tellement longue qu'en fait elle résume presque toutes les autres: il ne faut pas se laisser manipuler par les flatteurs, ni être colérique, ni être injuste.Et surtout ne jamais vexer une fée (elles sont encore pires que les rois, question susceptibilité)

- Le prince Spirituel
( c'est pas bientôt fini, ces nom à la noix, ça donne déjà tellement d'infos que ça ruine tout!)
Ah, tiens cette fois, c'est une fée qui jette son dévolu sur un roi. Et comme elle a mauvais caractère, le roi l'envoie paître. Le roi choisit une autre femme, et tout deux vont se trouver pris entre deux fées: Diamantine, qui protège le roi, et Furie, qui veut se venger. Furie maudit le fils du roi, en le rendant laid à faire peur, et Diamantine corrige en disant " mais il sera intelligent, et pourra en plus rendre intelligent la personne qu'il voudra". Evidemment, Spirituel  en grandissant tombe amoureux d'Astre, une jolie fille bête comme ses pieds, ce qui le dégoûte assez vite. Astre est  fiancée à Charmant (le revoilà!) fils de la fée Furie, aussi crétin que sa promise. Diamantine tient sa revanche: Spirituel pourra donner de l'intelligence à Astre, qui laissera tomber Charmant. Et en plus va lui préférer un moche! J'ai bien aimé cette histoire, car, finalement je craignais le retournement " ho, mais elle pourrait céder de la beauté à son galant, comme ça ils seraient tous deux beaux et intelligents". Hé non!! Le thème est un peu le même que la Belle, mais en plus drôle.

Au final, quelques bonnes surprises, avec des textes qui mettent en avant la nécessité de l'éducation des femmes, le reste est plus conventionnel, divertissant, et parfois drôle avec des vacheries bien senties sur la cour de son époque, mais plus attendu. Sur la fin, on s'en lasse: trop de fées, trop de princes...Même si on est à mille lieues de ceux, si lisses et parfaits de Disney, car là, il y a du colérique, du radin, de l'envieux en veux-tu en voilà
Il n'y en a pas dans toutes les histoires mais ça fait quand même un bon paquet de têtes couronnées au final

Bonus! ( 26)

lundi 9 décembre 2013

Deutsche Kurzerzählungen - Collectif

Pour la précédente édition du challenge LSD, qui imposait une lecture en VO, j'avais opté pour un recueil de nouvelles. Et cette fois, même choix, les nouvelles sont un bon compromis pour s'y remettre tout doucement après des années. J'ai donc fait un raid au rayon VO de ma médiathèque, bien maigre je dois dire en dehors de l'anglais et de l'italien. Il n'y a, en tout et pour tout que 2 recueils de nouvelles disponibles: un recueil de Brecht ( probablement mon prochain choix) et celui-ci: sobrement intitulé " Nouvelles allemandes- Deutsche Kurzerzählungen", publié chez Pocket, collection langues pour tous.

13 textes d'auteurs parfois très connus ( Günther Grass, Heiner Müller, Heinrich Böll), parfois pas du tout connus, de moi en tout cas, du XIX° et XX° siècles.

- Kannitverstan -JP Hebel : Kannitverstan, en néerlandais, signifie " je ne comprends pas" ( mais en y réfléchissant, : Ich kann nicht verstehen en allemand, ça n'est pas très éloigné). Ce qu'un allemand de passage à Amsterdam ne sait pas. Aussi lorsqu'il voit une très belle maison et un très beau bateau marchand et demande aux passants à qui ils appartiennent, on lui répond " Kannitverstan"; il en déduit donc que monsieur Kannitverstan doit être très riche. Et lorsqu'il demande en voyant un convoi funéraire de qui il s'agit et qu'il obtient la même réponse, sa vie change: à partir de ce moment à chaque fois qu'il se plaindra de ne pas avoir d'argent, il repensera au malheureux monsieur Kannitverstan, mort malgré ses millions. Un fable sur l'argent, la position sociale, etc..

-Mittagessen auf dem fabrikhof ( repas de midi dans la cour de l'usine) - G Weerth: pause de midi dans une usine, vers 1850. Les discussion des ouvriers, qui travaillent de 6 h00 à 20h00 avec juste une pause de 12 à 13 mettent en avant les inégalités sociale ( car tous se demandent ce que le patron peut être en train de manger: roti de chevreuil? pigeon aux pommes?coquelets? tandis qu'eux doivent se contenter de bouillon ou flottent quelques navets) L'auteur était un collaborateur au journal de Marx et Engels

-Welche traurige Rolle das arme Volk in alle bisherigen Revolutionen gespielt hat ( quel triste rôle le pauvre peuple a joué dans toutes les révolutions passées ) - M Hess: un choix étonnant pour un recueil de nouvelles, puisqu'il s'agit en fait d'un pamphlet politique présenté de manière question/réponse. Là aussi, était un proche de Karl Marx et arrive à la conclusion que le peuple a été manipulé à chque fois et qu'il faut que les choses changent.

- Die Stadt der Beziehungen ( la ville des relations) - K. Tucholsky: la aussi, pas une nouvelle à proprement parler, plutôt une sorte de mode  d'emploi de la vie parisienne à l'usage des allemands. Car en France et à Paris en particulier, tout repose sur les relations, le piston, le système D ( la combine, dans la VF), chose inconnue en Allemagne. Pas de piston, pas de carrière ( j'ai presque envie de dire que rien n'a changé en un siècle)

- Der Kaffee ( le café) - A.Zweig:  une histoire touchante d'une fraternisation de quelques heures, entre une troupe allemande et une troupe française, pendant la I° guerre mondiale. Les français meurent de faim alors que la tranchée allemande vient d'être ravitaillée, l'odeur du café qui flotte entre les deux amène un bref cessez-le feu, où les allemands vont céder des provisions aux français.

- Die  Stoppuhr ( le chronomètre) - A. Seghers: un autre lieu , une autre guerre. en Chine, des officiers allemands viennent prêter main forte à l'armée de Tchang Kai Chek pour mater la révolte  des provinces rouges du sud, en entrainant "au chronomètre" une troupe hétéroclite et absolument pas formée au combat. sans se douter qu'en acquérant coordination et rapidité la troupe pourrait s'organiser pour se retourner instantanément comme un seul homme contre ses dirigeants.

-Undines gewaltiger Vater ( le père puissant d'Ondine) - H. Böll: une balade au bord du Rhin en compagnie de Böll, qui se méfie de l'impétuosité du fleuve, et l'appelle "le père puissant d'Ondine" ( un petit clin d'oeil à Lorelei?)

-Von der besonderen Verantwortung der Deutschen (sur la responsabilité particulière des allemands) - G. Grass: là encore, ce n'est pas vraiment une nouvelle, plutôt un discours politique qui renvoie dos à dos les 2 puissances mondiales de la Guerre froide. Suite au partage de l'Allemagne après la 2° guerre mondiale, et donc par sa position géographique mais aussi sa responsabilité pendant la guerre, qui a par la suite la course mondiale à l'armement, Grass pointe le rôle que l'Allemagne se doit de jouer dans le désarmement .

-Das eiserne Kreuz ( la croix de fer) - H. Müller: apprenant le suicide d'Hitler, un des ses fervents partisans décide de se suicider aussi, avec toute sa famille. Une nouvelle sur la toute fin de la guerre, les populations déboussolées qui se trouvent à devoir choisir entre accepter la défaite ou fuir la réalité d'une manière ou d'une autre.

-Ab-Lauf der Dinge ( déroulement des choses)- J. Laabs: une femme prépare le repas en attendant le retour de son mari, qui travaille tard le soir. Elle le soupçonne d'infidélité, mais se refuse même ne serait-ce qu'à lui demander s'il compte rentrer dîner. Mouais, bon, je déteste ce genre de personnage qui se plaint mais ne réagit pas.

-Schöne freie Welt (beau monde libre) G. Vesper: la vie quotidienne d'un enfant, au travers de toutes les interdictions qu'il entend à longueur de journée, ne cours pas, tais-toi, viens-là, ne t'éloigne pas...

- Die Proben oder zweimal ein Sohn ( les répétitions ou deux fois un fils) - A Mechtel: une femme qui vient d'avoir un enfant songe à sa vieille voisine, morte peu avant: celle-ci avait si bien éduqué son fils à être un battant, un gagnant en tout, un homme d'affaire accompli, un individualiste forcené, que celui-ci l'a peu à peu  abandonnée. Une nouvelle sur les projets de vie que les parents peuvent inculquer à leurs enfants.. et les résultats désastreux qui s'ensuivent.

-In der Strassenbahn ( dans le tramway) -G.Ernst: un tramway bondé, une dispute entre voyageur un peu dans le goût des "exercices de style" de Queneau.

L'an dernier, j'avais choisi 20 Kurzgeschischten, comme lecture en VO. Le livre n'était pas mal, avec un panaché de nouvelles, d'intérêt variable, mais surtout, il était en allemand, avec en regard, des notes de lectures, des traductions de mots compliqués, et un glossaire final. J'ai trouvé celui-ci beaucoup plus mal fichu, car en fait, les textes sont plus compliqués:  beaucoup de textes politiques avec du vocabulaire que je n'ai pas oublié, mais simplement jamais appris: les  tranchées, le désarmement, la tactique, certains assez facilement déductible ( die Artillerie, Die Infanterie..), mais d'autres, beaucoup moins. Et pas de glossaire, pas de lexique, en fait le livre qui contient des textes plus compliqué d'adresse à des étudiants d'un niveau inférieur. Tu ne comprends pas? pas de problème: tu as la traduction française en face. Et ça, je n'aime pas, c'est trop facile comme démarche à mon goût, trop prémâché.

Par contre comme les textes ont été choisis non pour leur vocabulaire, mais chaque fois pour un point grammatical ( par exemple " monde libre" pour l'emploi de l'impératif, "dans le tram" pour le discours direct et le dialecte autrichien, "la responsabilité pour les articles de noms de pays..), on a droit à plusieurs fois la même explication, par exemple, ça n'a pas très grand intérêt de dire X fois en note de bas de page que tous les mots en -ung ou en -heit sont féminins,  ou X fois que tous les verbes en -ieren sont tirés du français et se conjuguent comme ceci.... merci, mais je préfèrerais avoir un lexique ou d'autres notes grammaticales, j'ai compris!)

D'une part j'ai apprécié l'idée de textes politiques et sociaux, parce que justement mon vocabulaire pèche de ce côté là... mais non, la pure et simple traduction en regard, ça n'est pas mon truc. Mais il aurait été appréciable aussi de continuer sur cette lancée, les autres textes paraissent vraiment faiblards niveau intérêt.
Donc une lecture  demi- réussie ou demi ratée. Enfin, il faudra vraiment que je me fasse des planches de vocabulaire organisées par champ sémantiques.
bonus! 25/24

mercredi 4 décembre 2013

Brokeback mountain - Annie Proulx

En écumant les bouquinistes l'autres fois, j'ai trouvé ce court récit, et.. figurez vous que j'étais persuadé qu'Annie Proulx avec son nom si francophone était québécoise, ou au moins canadienne, mais non. donc loupé pour le challenge commonwealth. Loupé, c'est une américaine. Mais , comme  j'avais beaucoup aimé le film qui en avait été tiré, pourquoi pas?
A l'origine parue dans un recueil, la nouvelle a été rééditée indépendamment à la sortie du film

Et au final, j'ai bien apprécié ma lecture, même si ça n'a pas été une surprise, car le film suivait vraiment l'histoire de très près.
Donc mini- résumé pour ceux qui ne l'aurait pas vu: années 60, deux gars de la campagne sont envoyés travailler en binôme au fin fond de nulle part, dans un lieu nommé Brokeback Mountain, à surveiller les moutons.Ni l'un ni l'autre ne sont très bavard et du coup ils s'entendent bien.  Très bien. Du genre coup de foudre, c'est le début d'une histoire d'amour totalement inattendue pour Jack et Ennis eux -mêmes, qui va durer plus de 20 ans, de loin en loin, cachée à tous - et pour cause, vu l'époque, le lieu et le milieu où il vivent, avouer une relation homosexuelle, c'est risquer au mieux, la mise au ban de la société au pire, le lynchage.

Je pense que l'inconvénient d'avoir vu le film avant d'avoir lu la nouvelle, c'est que l'adaptation était vraiment fidèle , et il est difficile de ne pas y penser. Je n'ai pas revu le film depuis sa sortie et pourtant je m'en souviens bien: Ang Lee avait fait du paysage un personnage à part entière et ça j'adore, plus deux acteurs quasiment inconnus du grand public qui assumaient des rôles pas évidents mais avec un talent et une conviction qui faisaient plaisir à voir, et ça j'adore aussi (dès fois, on a de très jolies surprises comme ça, comme Emile Hirsch dans Into the wild qui m'avait fait le même genre d'excellente impression). Et j'ai toujours gardé en mémoire la dernière séquence du film ( qui n'est pas tout à fait la dernière de la nouvelle, hé non), qui prend avec le recul une cruelle ironie.

Enfin voilà, ça se lit bien et vite, avec une écriture directe qui ne s'embarrasse pas de fioritures et correspond bien aux caractères des personnages. Donc je conseille les deux, et plutôt de commencer par la nouvelle si vous n'avez pas vu le film, pour ne pas se laisser influencer par la vision d'Ang Lee, même si les grands espaces sont plus cinématographiques que littéraires.
et 24! challenge fini officiellement, mais il y aura un bonus!

jeudi 28 novembre 2013

L'élixir de vie - Jules Lermina

J'avais dit il y a peu que je ne tarderais pas à lire un autre texte de cet auteur, après avoir tenté et apprécié la Deux fois morte, mon choix s'est porté sur l'Elixir de vie, pour la raison essentielle que le titre est quasi le même que la nouvelles de Balzac, contenue ici. Je n'avais pas spécialement apprécié la version de Balzac, essayons donc avec Lermina.

Pas de références littéraires ici. Le narrateur médecin est appelé par une dame paniquée au chevet d'une petite fille mourante. Elle semble comme anémiée, sans avoir eu ni blessure ni hémorragie.. vidée non pas de son sang, mais de son énergie vitale. impossible de définir sa maladie. La fillette meurt sous les yeux du médecin, de la mère.. et d'un étrange locataire, un vieux monsieur d'environ 75 ans surnommé Monsieur Vincent, un homme robuste qui parait plus jeune que son âge, et qui prend la fuite sitôt l'enfant mort. Chose étrange, Monsieur Vincent semble vieillir à vue d'oeil, et 2h00 plus tard, on le jurerait centenaire. Personne ne semble au juste s'accorder sur son âge L'événement étrange sort de la tête de notre héros jusqu'à ce qu'il soit amené, quelques 20 ans plus tard, à croiser à nouveau la route de monsieur Vincent, qui avoue maintenant 115 ans et semble dans une forme incroyable pour un homme de son âge, pensionnaire d'un asile d'aliéné. Celui -ci se dit fou, auteur de nombreux crimes non élucidés et pour cause: il est un vampire psychique, qui a découvert comment absorber à son propre profit l'énergie vitale des enfants ( qui en "produisent" plus qu'ils n'en usent...Oui la théorie est étrange, basée sur l'idée que l'énergie produite disponible décroit avec l'âge, tandis que les personnes âgées consomment plus d'énergie qu'elles n'en produisent pour rester en vie, un théorie basée sur le magnétisme de Mesmer, dont Monsieur Vincent se clame disciple). Il pourrait se contenter d'en prélever un peu sans nuire , mais la griserie de se sentir à nouveau jeune est telle qu'il n'arrive jamais avant d'avoir épuisé la totalité de l'énergie de sa victime.

Bon alors le match Balzac/ Lermina?
Chez Balzac, il est question d'un élixir qui, contrairement au titre, ne rallonge pas la vie, mais ressuscite les morts. Chez Lermina, pas d'élixir en fait. Au niveau respect du titre:  Balzac+1.

Mais l'écriture plus concise de Lermina me plait plus: Lermina+1

Balzac revisite de manière pas très intéressante le mythe de Don Juan. Lermina revisite celui du vampire en le transformant en vampire psychique, tout en s'appuyant sur les théories de son époque, un peu tirées par les cheveux, sur le magnétisme. Adaptation d'un mythe: Lermina +1.
Avec le bonus " théorie scientifique fumeuse mais intéressante" +0.5


Un don Juan haïssable et anticlérical vs un savant fou cynique haaaaa là on a un bon  50/50  Balzac +1 Lermina +1.

Conclusion de l'histoire: J'ose: celle de Balzac est ridiculement grandiloquente, et m'a plus fait rire qu'autre chose. Celle de Lermina est ouverte et laisse planer une menace. Lermina +1
Nous avons donc: Balzac + 2/ Lermina +4.5


Désolée Honoré, c'est Jules qui gagne!
alchimie et recherche d'immortalité, c'est presque de la sorcellerie non?
n°23
1890

mercredi 27 novembre 2013

3 nouvelles de H. P Lovecraft

que j'ai artificiellement réunies, parce que chroniquer une seule nouvelle à la fois, ben, c'est difficile si on veut éviter d'en dire trop.
J'ai donc compilé la maison de la sorcière ( 1932), le monstre sur le seuil (1933) et celui qui hantait les ténèbres (1935) - parfois titré "la chose des ténèbres" ( the haunter of the dark, pour être sûrs qu'on parle du même, car il existe aussi " celui qui chuchotait dans les ténèbres" - the whisperer in darkness) . Et ça tombe bien parce que les trois se passent au même endroit, du coup les rassembler m'a paru cohérent.
En effet, deux des récits, la ville imaginaire d'Arkham ( qui hormis moi a rajouté mentalement " Arkham asylum! Le Joker!, avouez?), et les trois font également référence aux mêmes ouvrages fictifs ( le nécronomicon, unaussprechlichen Kulten... des livres de magie, mais ne les cherchez pas, ils n'existent que dans l'imagination de Lovecraft)

Dans "la maison de la sorcière", Gilman, un étudiant en mathématiques passionné de folklore et de légendes, vient habiter une vieille maison où a résidé quelques siècles plus tôt, une vieille femme jugée pour sorcellerie. Or il en est certain, ce que les gens de l'époque appelaient sorcellerie devaient être surtout des aptitudes en avance sur leur temps en physique quantique. Pour lui la vieille Keziah Mason, qui s'est échappée de manière mystérieuse de sa prison devait avoir eu l'intuition des mathématiques quantiques et suite a ses recherches , avoir trouvé un moyen de voyager à travers l'espace. Mais au fur et à mesure qu'approche la nuit de Walpurgis, Gilman tombe malade et commence à voir en rêve la vieille sorcière et son serviteur Brown Jenkins, une sorte de petit animal monstrueux mi-rat- mi-singe, des paysages inconnus dans d'autres dimensions.. rêves qu'il met sur le compte de la fièvre jusqu'à ce qu'il se réveille en possession d'un objet venu d'un autre monde qu'il a cassé... dans son rêve. Gilman le mathématicien aurait-il percé le secret de la sorcière et des voyages interdimentionnels?

Dans "le monstre sur le seuil", Daniel  qui vient de tuer son meilleur ami, Edward,  explique qu'il a en fait tué le monstre qui avait pris possession de celui-ci. Et nous raconte comment Edward, très intelligent mais mou et sans volonté est tombé dans les griffes d'Asenath Waite, une femme.. bizarre, vaguement sorcière, qu'il épouse. Asenath, toujours insatisfaite, passe son temps à se plaindre d'être une femme, qu'elle aurait plus de pouvoir si elle avait été un homme, des choses comme ça. Or, de plus en plus souvent, Edward semble victime d'un dédoublement de personnalité, le caractère faible devenant soudain intraitable et ambitieux. chose qu'il explique par " ma femme a trouvé le moyen de me voler mon corps, c'est elle qui le pilote et pendant ce temps, ma conscience est enfermée dans le sien". Tout le monde pense évidemment à un délire de persécution tandis que le pauvre Edward, terrifié,  en est persuadé: un jour, elle trouvera le moyen d'échanger définitivement leurs personnalités.

Dans "celui qui hantait les ténèbres", Robert Blake ( la nouvelle est dédiée à Robert Bloch, autre important auteur fantastique et ami de Lovecraft, et cette fois se passe dans la ville réelle de Providence, où résidait Lovecraft), écrivain amateur d'Esotérisme, est fasciné par une sorte d'église néogothique abandonnée qu'il voit depuis sa fenêtre. Il entreprend d'aller la visiter et découvre qu'elle terrifie les habitants du quartier. En effet, le bâtiment désaffecté a autrefois habité un culte secret démantelé depuis une vingtaine d'année, et on prétend que les nuits d'orage, de drôles de bruits se font encore entendre dans les combles. Evidemment, Robert veut aller y voir de plus près, et découvre plusieurs objets ayant servi aux rituels: statues, sièges, boîte gravée contenant un polyèdre qui ne ressemble à rien de connu et qu'il va toucher, bien sur. L'objet en question semble lui envoyer des visions, un peu comme une boule de cristal, mais des visions d'autres mondes. Et il trouve également un squelette, celui d'un journaliste venu enquêter des décennies plus tôt sur la secte et que personne n'a jamais revu. Assassinat, ou crise cardiaque causé par une terreur intense? Toujours est-il que depuis qu'il a touché les objets magiques, Blake a des visions de plus en plus fascinantes et angoissantes. Il en est sûr: sa visite a libéré une entité monstrueuse qui était enfermée dans le cristal et n'attend qu'une occasion pour s'échapper.

J'ai trouvé ces trois histoires très intéressantes, vraiment très bien menées, surtout la 3° qui instille peu a peu son climat malsain, le fantastique est d'autant plus réussi que le montre libéré par Blake n'est jamais défini, or on le sait l'horrible, c'est ce qu'on ne peut pas voir. Ici seules ses manifestations sont repérables: une trace dans la poussière, une marque de griffure sur un banc, des bruits, une odeur...ha punaise, j'adore ce côté mystérieux. Les 2 autres sont bien menées aussi: les rêves qui se mêlent à la réalité dans "la maison", la situation constamment su le fil entre folie et possession dans" le monstre", mais j'ai quand même une préféré la 3°, que je trouve plus aboutie, car voilà, contrairement aux autres, rien n'y est vraiment décrit , ça laisse plus de loisir pour que le lecteur travaille du chapeau. Donc une légère préférence pour la 3° ( enfin, rien que des titres comme " le monstre sur le seuil", "je suis d'ailleurs" ou " celui qui hantait les ténèbres", pour moi, c'est du tout bon question mystère)

J'avais eu un aperçu de Lovecraft avec " je suis d'ailleurs" que j'avais également trouvé très bien mené, et quelques autres non chroniquées ici. Hé bien, je confirme, 3 nouvelles de plus, et 3 réussites. je vais donc continuer ponctuellement avec cet auteur, que je découvre par la petite porte ,avant de m'attaquer à Dagon , Cthulhu et les autres, mais voilà, j'accroche bien. Et je confirme une fois de plus, la nouvelle est bien le format que je trouve le plus efficace en matière de fantastique, d'autant que là, même issues de publications différentes, il y a beaucoup de cohérence entre les 3, donc...A suivre!

parce que sorcières, monstres et tout
Parce que Lovecraft fait partie du panthéon geek quand même
personnellement, je n'irais pas en vacances à Arkham
années 30
N°22!

mardi 19 novembre 2013

Le Vampire - John Polidori

MMM mi-novembre.. on a dit que le challenge Halloween survivait jusqu'au 30, et le challenge nouvelles se termine quand à lui le 11 décembre. Héhéhé, il me semble que je vais réussir, à le terminer à temps contre toute attente!

Donc le Vampire de Polidori. Une nouvelle qui a mon avis vaut plus par la petite histoire qui lui est rattachée que par son intérêt littéraire, car elle est résolument classique: Un homme de la bonne société londonienne, Aubrey, fait la connaissance de Lord Ruthven, un curieux personnage, à la fois distant et courtois, singulier  sa réputation de morale stricte  -son air détaché et glacial pousse les coquettes à le courtiser, un peu comme un concours entre elles, sans résultat. au contraire il fréquente surtout des dames à la moralité irréprochable. en apparence. Car lorsqu'Aubrey décide de partir en voyage avec Lord Ruthven, il se rend vite compte que les apparences sont trompeuses, et que rien ne l'amuse tant que ruiner les meilleures réputations et les meilleures fortunes. L'incompatibilité d'humeur se fait jour entre les deux camarades, et Aubrey part en voyage en Grèce où il s'intéresse à Ianthe, jeune paysanne grecque superstitieuse qui croit aux revenants et aux vampires. Evidemment, Aubrey n'y croit guère.. mais va devoir se faire une raison lorsqu'il trouve un soir Ianthe morte, vidée de son sang par un vampire. C'est à ce moment que Lord Ruthven réapparait, meilleur ami que jamais. Mais Aubrey ne voit aucune corrélation entre les deux événements.
Le lecteur du XXI° siècle, oui . Même si au final ne ne sait pas trop  pourquoi Ruthven semble s'attacher spécialement à nuire à Aubrey en particulier.

Celui du XIX°, peut être pas, c'est une des premières histoires de vampire non pas monstre sanguinaire, mais chasseur raffiné et calculateur. Donc rien de novateur vu de maintenant, mais au moment où la nouvelle a été écrite, oui, c'était clairement une idée neuve. Dans le fond en tout ça, parce que la forme n'est pas très originale. Mais la nouvelle se laisse lire sans déplaisir et vu qu'elle est un des classiques du genre avec Carmilla, beaucoup plus réussie d'un point de vue narratif à mon sens ( mais là encore, du temps à passé, la nouvelle de Polidori date de 1817, celle de Le Fanu de 1871, donc ça s'explique aussi), il serait dommage de s'en priver. Et le voilà, gratuit une fois de plus . (et puis oui, je vous entends d'ici, alors je confirme: même court, même imparfait, ce sera toujours meilleur que Twilight et ses vampires qui clignotent au soleil. C'était l'instant dénonciation!)

et la petite histoire? Ha oui, en 1816, un groupe d'écrivains anglais (Lord Byron, Percy et Mary Shelley et Mr Polidori) en vacances en suisse s'ennuyait fermement et décidèrent de se lancer un défi d'écriture fantastique. Le sujet du vampire était un brouillon abandonné par Byron que Polidori a récupéré et terminé. Tricheur! Par contre, de cette session de travail/ jeu est issue une autre histoire, bien plus célèbre et marquante, qui a fait la renommé de son auteur et a jeté les bases de la SF, rien que ça: Frankenstein de Mary Shelley.
N°21
1817
encore un anglais, promis le prochain est américain

lundi 11 novembre 2013

La vénus d'Ille - Prosper Mérimée

Hop hop, je continue dans les classiques fantastique. après Dumas, voilà Mérimée. Et, c'est ballot, mais je n'avais jamais lu la Vénus d'Ille jusqu'à présent. Je suis passée au travers pendant toute ma scolarité, alors qu'apparemment, c'est une des marottes des profs de français.

Il était temps de corriger cette erreur, et c'est facile et gratuit ( maintenant que j'ai une mini tablette à planquer dans mon sac, je ne vais pas me priver). Une lecture rapide, un billet, tout aussi rapide
une des nombreuses couvertures possibles, je trouve le rapprochement avec la vénus de Cranach intéressant, au niveau de l'expression

Au XIX° siècle à Ille ( petite ville tout à fait réelle au pied du mont Canigou). Un archéologue amateur vient rendre visite à Monsieur de Peyrehorade, un sympathique et volubile vieux monsieur passionné d'histoire, dans le but de se faire indiquer les curiosités de la région. Il s'avère que Monsieur Peyrehorade a mieux à lui montrer: une magnifique statue romaine de la déesse Vénus trouvée peut de temps auparavant. La statue, dotée d'un visage à l'expression étonnamment cynique, chose surprenante pour la statuaire romaine, semble douée sinon de vie, du moins d'une volonté maligne. Elle met mal à l'aise les villageois superstitieux et semble causer du tort à ceux qui la méprisent ou l'insultent. Et le fils de la famille va faire une gaffe fatale: lui confier un bijou ( ou plutôt s'en servir comme d'un porte-bijou) et essayer de reprendre ce qu'il lui a donné.

Bon, je n'irais pas plus loin, l'histoire est célèbre, la plupart d'entre vous l'aura lue.et je n'avais pu échapper aux spoilers, à cause si je me souviens bien, d'un prof de lycée qui nous l'à racontée (pour nous épargner de la lire? ce qui explique que j'aie attendu aussi longtemps de mon côté). Ceci dit, c'est une nouvelle agréable, rapide à lire, fantastique, je comprends pourquoi elle est utilisée en classe. Et du cynisme comme j'aime ( quand Mérimée souligne que le plus sordide de l'histoire, c'est qu'un type clame haut et fort qu'il va se marier, pas seulement, mais quand même beaucoup parce que sa future femme va hériter).

Donc je tenterai d'autres nouvelles du même auteur à l'avenir, peut être Carmen, pour le challenge musique.

une statue animée et violente
n°20
1837