Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter

vendredi 1 octobre 2021

Sadko ( film 1953)

Peu  avant les examens, mes cours m'ont fourni un sujet parfait pour le défi " contes, mythes et légendes", mais il m'a fallu du temps avant d'en faire le tour. Donc bon, inclusion au programme Halloween, pour le côté magie, aventures dans un autre monde, animaux fantastiques, tout ça...Allez, ça fera l'affaire pour commencer le mois fantastique en douceur. C'est vendredi, c'est spectacle, on regarde un film!

Mais avant de parler du film, il me faut évoquer la légende d'origine et l'adaptation en opéra, qui sert de base au film. Sadko est un sujet de byline, l'équivalent slave des chansons de geste et épopées héroïques d'Europe.

Le point central est une histoire d'amitié improbable, entre Sadko, musicien pauvre et le roi des eaux.
Sadko, musicien sympatique mais très fanfaron, a fait un pari avec les marchands de la ville de Novgorod: il pêcherait dans le lac voisin le poisson d'or mythique. S'il y arrive, les marchands lui donneront une forte somme d'argent. Sinon, il partira de la ville, sous les huées. Sadko se met à jouer de la musique près du lac, la musique attire le roi des eaux, qui le remercie du concert en lui offrant le poisson d'or mythique et son amitié. Voilà donc Sadko devenu riche, et il profite de cette richesse, pour acheter des bateaux et partir à l'aventure sur les mers, négligeant l'amitié de Poséidon (enfin, son équivalent) lequel bloque les bateaux, empêchant la suite de l'aventure. La brouille se résoudra par une visite dans le royaume sous-marin, un concert, et une réconciliation par un mariage avec une femme " aquatique", qui décide de le suivre sur terre.

Ca vous parait un mélange de plusieurs histoires? C'est normal. On trouve le même schéma dans beaucoup de cultures. Au Japon, c'est le pêcheur Urashima Tarô qui, dans une légende, vit des aventures sous-marine et se marie avec la reine des mers ( mais l'histoire finit très mal! il ne faut jamais fâcher une déesse).
Plus connu en Europe et plus ancienne aussi dans sa forme écrite, il y a tout simplement l'Odyssée. Les problèmes d'Ulysse viennent de ce qu'il a tué Polyphème, fils de Poséidon (et il ne faut  jamais fâcher un dieu non plus)

Sur cette trame médiévale il est vrai très courte, Nikolaï (encore un décidément, ils me poursuivent) Rimski- Korsakov a composé un opéra, rajoutant des détails: Lioubava, la femme de Sadko qui attend classiquement que son mari se lasse de courir le monde et la fille du roi des mers, dont Sadko tombe amoureux (il faut obligatoirement un triangle amoureux au XIX° siècle). C'est elle, et non plus son père, qui va amener la pêche miraculeuse à Sadko, le rendant riche.
Mais il n'est pas plus reconnaissant que sa version conte, puisqu'il part à l'aventure avant de se retrouver bloqué... 12 ans plus tard.
Il faut donc se concilier le dieu de la mer et sa fille par un sacrifice (oui, comme Andromède, donc...), donc bon, logiquement c'est Sadko qui se jette à l'eau, littéralement, son sacrifice permettant au vent de se lever et au bateau de partir (oui, comme Iphigénie aussi). La mythologie grecque n'est jamais loin dans cette histoire.

Or.. Sadko arrive chez le roi de l'océan, où une grande fête est organisée en son honneur. Il s'y marie avec la fille du roi (oubliant au passage qu'il est déjà marié sur terre avec Pénélope-Lioubava). Tous deux reviennent à Novogorod.. Mais la fille du roi se transforme en brume et disparait, préférant retourner dans son milieu d'origine (Coucou la petite sirène!).
Sadko va donc devoir faire amende honorable auprès de sa première femme, et s'excuser de l'avoir oubliée si longtemps, mais il voulait voir le monde, tout ça... les voyages c'est bien mais on est mieux chez sois blabla, pitié, laisse moi devenir l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien, je n'ai jamais cessé de t'aimer etc. Oups, le fier héros qui "oublie" un détail pareil.

Et donc la version opéra diffère pas mal de sa source, pour aller vers quelque chose qui évoque à la fois l'Odyssée et les voyages de Sinbad le marin.

Pour écouter et voir, c'est par ici, attention, il y en a pour presque 3h00

Enregistrement de 1994 au théâtre Marinsky, direction par Valery Gergiev, je n'ai rien à redire :)

Et la version film, elle, se rapproche plutôt de la fable persane.
En effet le voyage de Sadko n'est pas dans le seul but de voir le monde, mais il veut trouver et capturer "l'oiseau du bonheur" qui rendra heureux tout le monde ( on peut y voir un lien avec l'histoire de l'oiseau de feu et celle de l'oiseau Rokh de Sinbad. Tiens j'avais oublié que Sinbad lui aussi énuclée un cyclope...tout est lié, c'est génial)

Et le film alors? Première constatation, il élague beaucoup: il faut faire tenir en 1h40 un opéra qui fait allégrement plus de 2h30, donc on coupe. Et donc le Tour du monde de Sadko (titre de distribution du film en France dans les années 50) se résume à aller chez les varègues ( vikings), puis en Inde, où il trouve non pas l'oiseau du bonheur, mais un phénix qui sait endormir la foule par ses paroles magiques - cet oiseau pourrait faire de la politique!- et dans le royaume marin, vite fait, avant de revenir à Novgorod et de conclure: " quelle erreur d'aller chercher le bonheur dans mille pays, quand le bonheur c'est le pays natal". Sa motivation pourtant était de partir chercher de quoi rendre heureux les gens de sont pays, qui ne l'étaient pas...

Grosse différence aussi avec l'opéra: il n'est pas marié. Lioubava est une femme qu'il rencontre et drague le jour où il fait le pari avec les marchands... et elle ne se montre pas franchement enthousiaste, un peu " je travaille, là, qui que tu sois, ça ne m'intéresse pas, fiche-moi la paix".
Mais dès le lendemain, avec la pêche miraculeuse, comme par hasard, elle en est dingue, comme s'il se connaissaient depuis toujours. Et lui promet le pack habituel édition Pénélope: " attente-fidélité pendant des années". Et donc il part, et se contentera de faire un faux mariage avec la fille du roi des mers pour pouvoir retourner sur terre, en lui indiquant clairement "mais je viens de la terre, je veux y retourner, on ne peux pas vivre ensemble", et elle est très zen à ce sujet, " d'accord, pas de problème, je vais simplement t'aider à rentrer chez toi".
Ceci donc pour limiter la casse du contrat de mariage, pourtant clairement indiquée dans l'opéra, la morale est sauve, ouf!

Et visuellement, c'est... du kitsch absolu, mais pas franchement plus que les péplum des mêmes années en Europe, mélangeant décors réels, rochers sur la plage, forêt de bouleaux,  et décors peints foncièrement symbolistes, un peu dans le style des fonds de scène de théâtre. Le royaume des mers est filmé au travers d'aquariums où nagent des poissons, on fait avec les moyens du bord... après j'ai bien aimé ce côté très théâtral, et même théâtre de marionnettes par moment. D'autant que, s'agissant d'un conte ou d'une légende, le côté irréaliste n'est pas vraiment un souci.
Mais il faut reconnaître un résultat comique involontaire. L'animal de compagnie du roi de la mer est un poisson marionnette franchement drôle, l'ours du montreur d'ours est un bonhomme déguisé, oui, comme au théâtre, donc.

Ou mi rigolo-mi chelou: le phénix est un oiseau assez monstrueux doté d'une tête de femme couronnée. Et visiblement nos fiers héros slaves n'ont aucun scrupule à se moquer d'elle ou à l'insulter malgré son visage humain, telle une banale volaille. C'est un mauvais calcul au vu de son potentiel nocif.
(mais des bouchons d'oreilles permettent d'éviter le maléfice comme, tiens, les sirènes d'Ulysse, qui sont des femmes oiseaux, et non des femmes poissons, la mythologie grecque est encore là)
Je salue la beauté du décor qui me rappelle les fabuleuses miniatures de Palekh*

Point culture: j'y reviendrais dans un sujet sur les contes d'Afanassiev, mais l'oiseau, comme beaucoup d'autres animaux en russe est considéré par défaut comme féminin. Le mot russe est de genre grammatical féminin, et donc l'animal est supposé par défaut une femelle.
Ca parait banal à priori, sauf que les contes russes regorgent d'animaux qui sont souvent féminins, et souvent précisément, il s'agit de la forme animale d'une fée, d'une sorcière, d'une déesse, ou d'une femme envoutée...
Ce qui va trouver une application très concrète au théâtre: le rôle de l'oiseau est, sauf à de très rares exceptions spécifiées dans le scénario (un roi transformé par maléfice en oiseau par exemple dans la légende de Finiste le faucon), tenu par une femme. Le cygne est aussi un mot féminin. Et donc ce n'est pas un hasard si les cygnes du lac mis en musique par Tchaïkovski, ou l'oiseau de feu soient des rôles tenus par des danseuses, et non des danseurs. Ce n'est pas parce qu'elles sont plus légères, aériennes, ou que les plumes font plus joli sur une jupe que sur un costume d'homme, mais bien parce qu'il y a une forte association imaginaire de trois concepts oiseau = femme = magie.
Chez les grecs anciens aussi le paon est un symbole de magie, de mystère, d'illusion et de tromperie. Et là aussi au théâtre, l'application sera qu'un costume de plumes de paon signe, pour le spectateur averti, le personnage qui fait de la magie... souvent avec de mauvaise intentions d'ailleurs. Ici le phénix, est une variante mythologique du paon: oiseau + femme + magie = il ne faut pas s'y fier, et plutôt 3 fois qu'une.

Bon je m'éloigne , mais ce sujet me passionne, dès que je peux raccrocher quelque chose à la Grèce Antique, je m'embarque moi aussi comme Ulysse. Revenons donc à Novgorod et au film. Ceci dit, ces inventions du film pour étoffer la légende n'est sont donc pas vraiment puisqu'elles piochent de manière fûtée dans d'autres légendes.

La morale " c'est chez soi qu'on est le mieux" reste discrète, malgré le principe de chercher le bonheur pour le peuple, on va dire que je m'attendais à un peu plus de propagande pour un film de 1953.
Rien à dire sur la musique, qui est en grande partie celle de l'opéra (sauf que bon, l'acteur fait de son mieux pour faire semblant de jouer des gusli, mais n'a visiblement aucune expérience des instruments à cordes)

point culture bis: voila des gusli ( oui le mot est au pluriel, même s'il n'y a qu'un instrument)


* Point culture ter: Les miniatures de Palekh sont des des boites en papier maché couvert de colle et de laque qui lui donne la solidité du bois. Les boites peuvent être toutes petites ou moyennen, mais jamais très grande, et sur le couvercle sont peintes sur fond noir des miniatures d'un goût et d'un niveau technique rare, et pour cause: ce sont des sujets profanes, souvent mythologiques ou égendaires, qui étaient souvent peints par des peintres d'icônes, d'abord en marge de leur métier officiel, puis lorsqu'ils se sont trouvés au chômage technique à la révolution.

Il y a 4 villes qui en produisent, chacune avec son style de prédilection: Mstéra, Palekh, Kholouï, Fedoskino ( plutôt des reproductions de tableaux célèbres, paysages et des scènes de genre pour ce dernier). Toutes sont signées par l'artiste qui les a réalisées, mentionnent le sujet et le lieu de fabrication, car ce sont de vrais tableaux.

Voilà une boîte de Palekh illustrant la légende de Sadko.
La photo est un peu réduite, la taille réelle de la boîte est 15x11x3 cms
Ce n'est vraiment pas grand

Et oui, c'est plus cher qu'une matriochka comme souvenir , mais moins qu'une icône quand même.

dimanche 26 septembre 2021

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine - A. Pouchkine

 allez, un peu de lectures classiques, il y avait longtemps.

Les récits de feu Ivan Petrovitch Belkine est un recueil de 5 nouvelles, précédé d'une rapide biographie du dénommé Ivan (qui n'a jamais existé, mais passe pour l'auteur de ces récits, et leur narrateur qui rapporte ce qu'il a vu ou qu'on lui a raconté)

On peut les télécharger ici au format PDF, gratuitement

- Le coup de pistolet : un militaire, Silvio, tireur d'élite, a un jour maille à partir avec un autre militaire. Les deux décident de régler ça à la manière de l'époque: duel au pistolet. L'autre tire le premier mais rate Silvio, cependant devant l'attitude nonchalante de son opposant, qui mange tranquilement des cerises au lieu d'avoir peur, Silvio décide de reporter sine die son coup : à quoi sert de viser une ennemi qui tient si peu à la vie. Non, il décide de le réserver pour un autre jour, quand le gars d'en face aura de vraies raisons de tenir à la vie. La veille de son mariage avec une dame richissime par exemple.

- La tempête de neige: Les jeunes Maria, fille d'un riche propriétaire et Vladimir, militaire peu gradé, sont amoureux. Et comme on peut s'y attendre, la famille de Maria considère que ce n'est pas un bon parti pour elle. Les amoureux fomentent donc un coup classique: la fuite en pleine nuit et le mariage en secret, mettant les familles devant le fait accompli. Or une tempête de neige se lève, empêchant les projets, Maria peut partir et se rendre à l'église tandis que Vladimir se perd et n'arrive que le lendemain matin.
Maria est déjà rentrée chez elle, les parents n'ont rien su de son escapade nocturne. Elle tombe malade dans la foulée. Les parents, pensant qu'elle se laisse mourir de désespoir, consentent au mariage... que Vladimir refuse, quittant aussitôt la région. Que s'est il passé cette nuit pour entrainer une si rapide rupture?
Réponse: Maria s'est mariée, sans le vouloir, avec un inconnu venu se réfugier dans l'église cette nuit là, et que, dans la pénombre et emmitouflé dans ses vêtements, le prêtre et les témoins ont pris pour Vladimir. Ce n'est qu'après la célébration que l'erreur est découverte et que le nouveau marié s'enfuit. Fichu, Maria ne peut plus se marier, ni avec Vladimir, ni avec l'un de ses nombreux soupirants, elle serait bigame. Mais comment et où retrouver un mari qu'on a épousé par erreur, dont on ne sait rien et qui a pris la fuite?

- Le marchand de cercueils: un marchand de cercueils, nouvellement installé dans une ville , est invité à une fête entre voisins, le boulanger, le gendarme, le cordonnier, etc.. sont là L'alcool y coule à flot, tout se passe bien, mais une plaisanterie lancée " buvons à la santé de nos clients", passe très mal auprès de lui. Il rentre donc ivre et vexé, prétendant préférer boire avec ses clients morts plutôt qu'avec des vivants de si mauvaise compagnie. Ce qui se passe: en rentrant chez lui, la maison est pleine de fantômes et de squelettes. Précisément, des clients qu'il a tout au long de sa carrière, extorqués, leur vendant des cercueils de mauvaise qualité ou gonflant les prix. Malédiction.. ou simple delirium tremens?

- Le maître de poste: le maître de poste est un quiquagénaire que rencontre le narrateur lors d'un voyage. Il vit et travaille avec sa fille Dounia, une coquette de 14 ans qui se laisse très facilement conter fleurette, pour amadouer les voyageurs trop exigeants. Cette situation va évidemment dégénérer, le jour où Dounia va faire plus que se laisser draguer, et carrément s'enfuir à la ville avec un voyageur, dont elle devient la maîtresse. Le père finit par la retrouver, mais elle refuse même de lui adresser la parole. Une histoire qu'on pouvait voir venir: la maison du maitre de poste était décorée de gravures illustrant l'histoire du fils prodigue. Dounia, la fille prodigue, ne revient que quelques années plus tard, riche, mais beaucoup trop tard pour une réconciliation.

- La demoiselle paysanne: Dans une campagne loin de tout deux propriétaires imbus de leur gloire se détestent par principe.. sans jamais s'être rencontrés. Mouromsky, innovateur, a des dettes colossales, continue à en faire pour moderniser sa propriété sans grand résultat. Il vit avec sa  fille, Lisa, 17 ans impétueuse, fûtée , facétieuse. Anglomane convaincu, il lui fait apprendre l'anglais, lui a dégotté une vieille miss comme professeur particulier ( "payée à relire Paméla tous les six mois et à se plaindre de la Russie barbare" ), s'habille à l'anglaise, ce qui le rend passablement ridicule dans ce coin paumé de campagne où on ne parle même pas le russe, mais un patois local ( que Lisa se fait fort de pratiquer couramment, avec en tout cas plus d'enthousiasme que l'anglais)
Berestov, le traditionnaliste, préfère " vivre modestement à la russe plutôt que s'endetter à l'anglaise", il a un fils, Aleksei, 17 ans aussi, qui aimerait faire carrière dans l'armée, tandis que le père pense que mieux vaut tenir que courir et destine son fils à l'administration.
Les deux rejetons ne se sont pas rencontrés plus que les parents, mais chacun a entendu parler du charme exceptionnel de l'autre. C'est Lisa qui la première va trouver une combine pour rencontrer incognito son voisin: se déguiser en paysanne, se prétendre " Akoulina" ( un prénom très "terroir"), et aller ramasser "par hasard" des champignons là où Aleksei va chasser. Rencontre, discussion, et comme on le devine, coup de foudre: en 2 mois Aleksei est tout prêt à demander sa paysanne en mariage. Or entretemps les géniteurs ont fait connaissance, sont devenus amis et commencent à planifier un mariage entre Lisa ( qui ne s'est jamais montré à son galant sous sa vraie apparence, la seule fois où il l'a vue, elle s'était grimée en petite marquise pour ne pas être reconnue et avait tout fait pour se faire détester) et Aleksei qui, donc trouve la Lisa qu'il a vue fade, évaporée, et sans personnalité.
Comment se sortir de cette situation?

Ces 5 nouvelles sont très faciles à lire, souvent drôles ( hormis le maître de poste, véritablement tragique) car Pouchkine charge autant les riches que les pauvres, les artisans que les propriétaires parvenus, les hommes que les femmes, avec un humour souvent réjouissant et des petites vannes bien senties. On y retrouve des thèmes courants chez lui: le duel (Le coup de pistolet), le type de la ville venu s'enterrer à la campagne, mais qui continue à vivre comme en ville (la demoiselle paysanne), les histoires d'amour contrariées par les parents et leurs préjugés ( la tempète de neige, la demoiselle paysanne).. Des choses qui étaient aussi dans Eugène Oneguine ou dans la fille du capitaine. Du Pouchkine pur jus, et je retrouve le côté pince-sans-rire qui m'avait beaucoup plu dans ses autres oeuvres.

Et maintenant la révélation: il s'agit d'une mystification, doublée d'un pastiche. 

Mystification: Pouchkine était adepte de ce genre de choses, faisant parfois passer ses oeuvres pour celles d'autres auteurs. Ici, il fait passer ces nouvelles pour l'oeuvre d'un auteur mort depuis des décennies, Ivan Pétrovitch Belkine, entouré de mystère, dont les récits sont passés de mains en mains, donc.. intraçable. Malin.

portrait imaginaire de Pouchkine, coincé à Boldino pendant une quarantaine dûe à une épidémie de choléra (100% véridique)
S'enuyant comme un rat mort, ça a été la période la plus productive de sa vie: poèmes, Eugène Oneguine et ces récits de Belkine.
Tableau de Piotr Konchalovski, né bien après la mort de l'auteur, et qui donc en donne SA version, vu qu'il ne l'a jamais vu que sur des portraits faits par d'autres .
Ca cadre bien avec la situation :D



Et un pastiche, car il s'agit de réécritures très librement adaptées, de pièces de Shakespeare.
Le coup de pistolet, c'est Hamlet, qui remet sa vengeance jusqu'à ce qu'il trouve le moment le plus opportun.
La tempète de neige, c'est " la tempête", tout simplement*. Le marchand de cercueil peut être lié à Macbeth, le roi devenant un marchand peu honnête, tandis que le roi Lear a inspiré le père abandonné du maître de poste. Et le plus évident de tous, la demoiselle paysanne est une version comique à peine voilée de Roméo et Juliette.

En fait, plus exactement, il s'agit de parodies de la manière dont était présenté Shakespeare au XIX° sicèle au public russe.
Une philologue a mené une étude là dessus, et à comparé beaucoup de source. Je ne vous lierai pas son travail, qui est tout en russe. J'ai pu écouter à ce sujet une très intéressante conférence. Voici l'idée: A cette époque, il y avait peu de traductions de Shakespeare, surtout en russe. Les russes, qui pour beaucoup, parlaient couramment français, ont découvert Shakespeare via les traduction en français de Guizot ou François-Victor Hugo, traductions qui étaient souvent assez boiteuses, quand elles n'étaient pas tronquées.

Et donc traduire depuis une mauvaise traduction... vous imaginez le décalage avec l'ouvre d'origine.
De plus ces traduction ne s'adressaient pas à la société lettrée qui lisait déjà couramment le français ou l'anglais, mais à la bourgeoisie, qui voulait faire comme les nobles.. sans en avoir la formation intellectuelle, elle a donc été la première consommatrice de ces éditions, MAIS adaptée à ses goûts. Or le " goût bourgeois" en russe comme en français, est quelque chose de plat, sans saveur, sans originalité, bourré de poncifs...
La bourgeoisie veut du Shakespeare, on va lui en donner, elle ne veut pas de rdrames, on va lui lui donenr des tragédies adaptées qui finissent bien. Ce qui est attesté par les programmes de théâtres de l'époque.
D'Hamlet, exit l'histoire d'héritage, il ne reste que l'idée de vengeance retardée. Roméo et Juliette doit bien se finir. Macbeth pour le public russe de l'époque a été réduit à la seule invitation à dîner du spectre de Banquo, exit tout le reste ( qui est l'essentiel)
Ce ne sont donc pas directement les pièces de Shakespeare qui sont adaptées, mais leurs relectures bourgoises de cette époque, dont Pouchkine se moque allègrement, en les ridiculisant.

Et la plus impossible à reconnaître est Othello. La version russe de Desdémone est fiancée à un monsieur et les familles ne seulent pas de mariage. Ils vont se marier en secret. Mais elle est enlevée sur le chemin. Othello se croit trompé et la tue pour laver son honneur. On fait plus difficilement éloigné de l'oeuvre d'origine.
*La chercheuse russe voit dans "la tempête de neige" une adaptation de cette adaptation, alors que tout pointe vers "la tempête. On ne m'otêra pas de l'idée que Pouchkine étant un petit malin, il a fait un mix entre cette version contemporaine méconnaissable d'Othello, et la Tempête, très reconnaissable, mais assez méconnue du public de l'époque. Ce qui peut est assez clair, car les titres sont limpides, et le nom du mari de fortune est tiré de l'un des mots signifiant " Tempête" en russe.

D'après la conférencière, l'incipit qui retrace de manière apparemment sans intérêt les aventures du manuscrit ( dont certains sont déclarés disparus, car une bonne ignorante les a utilisés pour colmater les fissures d'une fenêtre.. humour typique de Pouchkine) est en fait une clef: les récits passent de main, traduits, retraduits, de plus en plus vidés de leur essence pour donner quelque chose de plat, juste bon à servir d'isolant en hiver, et dont l'auteur premier, de plus en plus méconnaissable, est difficile à retrouver.
Cette double lecture est passionnante.

Triple dose de classique: Du Shakespeare adapté puis parodié. ( tiens si je lisais les pièces que j'ai oubliées, moi...)


dimanche 19 septembre 2021

IL REVIENT!

Mi septembre...
l'automne arrive, les feuilles MORTES, le temps GRIS, le vent GLACIAL (enfin, pas dans ma région, mais on imagine), le BROUILLARD, la PLEINE LUNE (tsukimi le 21 septembre, prenez date! L4an dernier, le premier octobre, la lune était entièrement cachée. a priori ce devrait être moins le cas demain. Mais cette impossibilité de la voir avait entraîné avec ma mère une blague, qui dure depuis un an.. et a abouti à ce qu'elle m'offre une lampe "pleine lune". J'ai donc maintenant la lune dans ma chambre 365 jours par an, quelle que soit la météo.)


Et avec l'automne s'annonce évidemment le challenge Halloween.
Comme d'habitude pour el détail, c'est chez Hilde et Lou
Mes projets de départ à l'étranger étant repoussés, je l'espère au plus tard au mois de novembre, je prends donc les devants.
Les cours ont recommencé pour moi depuis lundi 13, à distance avant de pouvoir aller écumer physiquement les sombres ruelles de Saint Pétersbourg, hantées par l'ombre de Raskolnikov et le fantôme de Raspoutine.

Mais mon mois d'octobre sera quand même assez thématique, et j'ai décidé que mon fil rouge sera La Dame de Pique, de Pouchkine, je n'ai pas pu le caser l'an dernier. Donc dans sa version traduite par Mérimée ( qui n'était pas que l'auteur de Colomba, mais aussi traducteur), et illustrée en album absolument somptueux par Hugo Bogo.
Et aussi en adaptations sur scène. Yep. Nous ne sommes plus en confinement - enfin, j'espère - mais j'ai envie de refaire des soirées théâtre/concert virtuelles.

D'ailleurs Tchaïkovski va revenir, souvenez-vous l'hiver dernier (c'est un peu comme "souviens toi l'été denier", mais avec des marrons glacés), j'avais fait une petite série de sujets " conte de fée ou histoire d'horreur?", au sujet de l'histoire supposément "mignonne" qu'est Casse-noisette. Je m'y étonnais du décalage entre le sujet et la musique, et j'ai trouvé une explication... funèbre. Donc, j'y reviendrai.

J'aurais bien voulu aussi caser "le maître et Marguerite", mais... peu de chance que j'arrive à le lire d'ici fin octobre.
Pour le reste, on verra bien, je piocherai comme d'habitude au petit bonheur... ou au petit malheur? :D

Bon, ça commence dans quelques jours, vous avez encore quelques dodos d'ici là...

Mais qui dit Challenge halloween dit aussi " fun",  et invariablement, la période me donne envie de danser. Donc après les zombies "gym tonic" de Linnea Quigley, voilà les zombies klezmer. Ce montage est très mais alors très réussi et me fait toujours éclater de rire.


Et en plus il y a le Bingo.
Je n'ai rien de particulier prévu, on va voir dans quelles catégorie je peux ranger tout ça.
Bonne nouvelle, un même sujet peut remplir plusieurs cases.

Case 1: Sorcière: La nuit de Noël - Nikolaï Gogol
Case 2: jeunesse: Hikaru no go 1 à 15 ( manga)
Case 6:  Asie: Hikaru  no Go 1 à 15 ( manga), Galantes chroniques de renardes enjôleuses, Aux portes de l'enfer
Case 8: contes et nouvelles: la Dame de Pique ( nouvelle), la Vénus d'Ille ( nouvelle), La nuit de Noël
Case 12: French Touch: La vénus d'Ille ( nouvelle), Nouvelles de Théophile Gautier, Du feu de l'enfer.
Case 13: Marmite: courge rôtie au pesto de pistache; pâtes au butternut
Case 15: Fantômes: La dame de Pique ( nouvelle)
Case 17: Demeures et campagnes hantés: lieux hantés et mystères russes.
Case 19: Familier: Galantes Chroniques: le renard ( puisqu'un livre consacré à un animal est valide!)
Case 22: classiques: La Vénus d'Ille, Galantes chroniques, Nouvelles fantastiques, La nuit de Noël
Case 23 : Bulles: Hikaru no go (décidément, très utile!)

hors bingo:
Musique: Casse Noisette, 4° partie ( le requiem caché)

Et le RAT d'Halloween, du 15 au 17 . Je ne sais pas si je pourrais être très efficace, mais pourquoi pas, ce serait l'occasion d'avancer mes lectures entre deux révisions.