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vendredi 1 octobre 2021

Sadko ( film 1953)

Peu  avant les examens, mes cours m'ont fourni un sujet parfait pour le défi " contes, mythes et légendes", mais il m'a fallu du temps avant d'en faire le tour. Donc bon, inclusion au programme Halloween, pour le côté magie, aventures dans un autre monde, animaux fantastiques, tout ça...Allez, ça fera l'affaire pour commencer le mois fantastique en douceur. C'est vendredi, c'est spectacle, on regarde un film!

Mais avant de parler du film, il me faut évoquer la légende d'origine et l'adaptation en opéra, qui sert de base au film. Sadko est un sujet de byline, l'équivalent slave des chansons de geste et épopées héroïques d'Europe.

Le point central est une histoire d'amitié improbable, entre Sadko, musicien pauvre et le roi des eaux.
Sadko, musicien sympatique mais très fanfaron, a fait un pari avec les marchands de la ville de Novgorod: il pêcherait dans le lac voisin le poisson d'or mythique. S'il y arrive, les marchands lui donneront une forte somme d'argent. Sinon, il partira de la ville, sous les huées. Sadko se met à jouer de la musique près du lac, la musique attire le roi des eaux, qui le remercie du concert en lui offrant le poisson d'or mythique et son amitié. Voilà donc Sadko devenu riche, et il profite de cette richesse, pour acheter des bateaux et partir à l'aventure sur les mers, négligeant l'amitié de Poséidon (enfin, son équivalent) lequel bloque les bateaux, empêchant la suite de l'aventure. La brouille se résoudra par une visite dans le royaume sous-marin, un concert, et une réconciliation par un mariage avec une femme " aquatique", qui décide de le suivre sur terre.

Ca vous parait un mélange de plusieurs histoires? C'est normal. On trouve le même schéma dans beaucoup de cultures. Au Japon, c'est le pêcheur Urashima Tarô qui, dans une légende, vit des aventures sous-marine et se marie avec la reine des mers ( mais l'histoire finit très mal! il ne faut jamais fâcher une déesse).
Plus connu en Europe et plus ancienne aussi dans sa forme écrite, il y a tout simplement l'Odyssée. Les problèmes d'Ulysse viennent de ce qu'il a tué Polyphème, fils de Poséidon (et il ne faut  jamais fâcher un dieu non plus)

Sur cette trame médiévale il est vrai très courte, Nikolaï (encore un décidément, ils me poursuivent) Rimski- Korsakov a composé un opéra, rajoutant des détails: Lioubava, la femme de Sadko qui attend classiquement que son mari se lasse de courir le monde et la fille du roi des mers, dont Sadko tombe amoureux (il faut obligatoirement un triangle amoureux au XIX° siècle). C'est elle, et non plus son père, qui va amener la pêche miraculeuse à Sadko, le rendant riche.
Mais il n'est pas plus reconnaissant que sa version conte, puisqu'il part à l'aventure avant de se retrouver bloqué... 12 ans plus tard.
Il faut donc se concilier le dieu de la mer et sa fille par un sacrifice (oui, comme Andromède, donc...), donc bon, logiquement c'est Sadko qui se jette à l'eau, littéralement, son sacrifice permettant au vent de se lever et au bateau de partir (oui, comme Iphigénie aussi). La mythologie grecque n'est jamais loin dans cette histoire.

Or.. Sadko arrive chez le roi de l'océan, où une grande fête est organisée en son honneur. Il s'y marie avec la fille du roi (oubliant au passage qu'il est déjà marié sur terre avec Pénélope-Lioubava). Tous deux reviennent à Novogorod.. Mais la fille du roi se transforme en brume et disparait, préférant retourner dans son milieu d'origine (Coucou la petite sirène!).
Sadko va donc devoir faire amende honorable auprès de sa première femme, et s'excuser de l'avoir oubliée si longtemps, mais il voulait voir le monde, tout ça... les voyages c'est bien mais on est mieux chez sois blabla, pitié, laisse moi devenir l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien, je n'ai jamais cessé de t'aimer etc. Oups, le fier héros qui "oublie" un détail pareil.

Et donc la version opéra diffère pas mal de sa source, pour aller vers quelque chose qui évoque à la fois l'Odyssée et les voyages de Sinbad le marin.

Pour écouter et voir, c'est par ici, attention, il y en a pour presque 3h00

Enregistrement de 1994 au théâtre Marinsky, direction par Valery Gergiev, je n'ai rien à redire :)

Et la version film, elle, se rapproche plutôt de la fable persane.
En effet le voyage de Sadko n'est pas dans le seul but de voir le monde, mais il veut trouver et capturer "l'oiseau du bonheur" qui rendra heureux tout le monde ( on peut y voir un lien avec l'histoire de l'oiseau de feu et celle de l'oiseau Rokh de Sinbad. Tiens j'avais oublié que Sinbad lui aussi énuclée un cyclope...tout est lié, c'est génial)

Et le film alors? Première constatation, il élague beaucoup: il faut faire tenir en 1h40 un opéra qui fait allégrement plus de 2h30, donc on coupe. Et donc le Tour du monde de Sadko (titre de distribution du film en France dans les années 50) se résume à aller chez les varègues ( vikings), puis en Inde, où il trouve non pas l'oiseau du bonheur, mais un phénix qui sait endormir la foule par ses paroles magiques - cet oiseau pourrait faire de la politique!- et dans le royaume marin, vite fait, avant de revenir à Novgorod et de conclure: " quelle erreur d'aller chercher le bonheur dans mille pays, quand le bonheur c'est le pays natal". Sa motivation pourtant était de partir chercher de quoi rendre heureux les gens de sont pays, qui ne l'étaient pas...

Grosse différence aussi avec l'opéra: il n'est pas marié. Lioubava est une femme qu'il rencontre et drague le jour où il fait le pari avec les marchands... et elle ne se montre pas franchement enthousiaste, un peu " je travaille, là, qui que tu sois, ça ne m'intéresse pas, fiche-moi la paix".
Mais dès le lendemain, avec la pêche miraculeuse, comme par hasard, elle en est dingue, comme s'il se connaissaient depuis toujours. Et lui promet le pack habituel édition Pénélope: " attente-fidélité pendant des années". Et donc il part, et se contentera de faire un faux mariage avec la fille du roi des mers pour pouvoir retourner sur terre, en lui indiquant clairement "mais je viens de la terre, je veux y retourner, on ne peux pas vivre ensemble", et elle est très zen à ce sujet, " d'accord, pas de problème, je vais simplement t'aider à rentrer chez toi".
Ceci donc pour limiter la casse du contrat de mariage, pourtant clairement indiquée dans l'opéra, la morale est sauve, ouf!

Et visuellement, c'est... du kitsch absolu, mais pas franchement plus que les péplum des mêmes années en Europe, mélangeant décors réels, rochers sur la plage, forêt de bouleaux,  et décors peints foncièrement symbolistes, un peu dans le style des fonds de scène de théâtre. Le royaume des mers est filmé au travers d'aquariums où nagent des poissons, on fait avec les moyens du bord... après j'ai bien aimé ce côté très théâtral, et même théâtre de marionnettes par moment. D'autant que, s'agissant d'un conte ou d'une légende, le côté irréaliste n'est pas vraiment un souci.
Mais il faut reconnaître un résultat comique involontaire. L'animal de compagnie du roi de la mer est un poisson marionnette franchement drôle, l'ours du montreur d'ours est un bonhomme déguisé, oui, comme au théâtre, donc.

Ou mi rigolo-mi chelou: le phénix est un oiseau assez monstrueux doté d'une tête de femme couronnée. Et visiblement nos fiers héros slaves n'ont aucun scrupule à se moquer d'elle ou à l'insulter malgré son visage humain, telle une banale volaille. C'est un mauvais calcul au vu de son potentiel nocif.
(mais des bouchons d'oreilles permettent d'éviter le maléfice comme, tiens, les sirènes d'Ulysse, qui sont des femmes oiseaux, et non des femmes poissons, la mythologie grecque est encore là)
Je salue la beauté du décor qui me rappelle les fabuleuses miniatures de Palekh*

Point culture: j'y reviendrais dans un sujet sur les contes d'Afanassiev, mais l'oiseau, comme beaucoup d'autres animaux en russe est considéré par défaut comme féminin. Le mot russe est de genre grammatical féminin, et donc l'animal est supposé par défaut une femelle.
Ca parait banal à priori, sauf que les contes russes regorgent d'animaux qui sont souvent féminins, et souvent précisément, il s'agit de la forme animale d'une fée, d'une sorcière, d'une déesse, ou d'une femme envoutée...
Ce qui va trouver une application très concrète au théâtre: le rôle de l'oiseau est, sauf à de très rares exceptions spécifiées dans le scénario (un roi transformé par maléfice en oiseau par exemple dans la légende de Finiste le faucon), tenu par une femme. Le cygne est aussi un mot féminin. Et donc ce n'est pas un hasard si les cygnes du lac mis en musique par Tchaïkovski, ou l'oiseau de feu soient des rôles tenus par des danseuses, et non des danseurs. Ce n'est pas parce qu'elles sont plus légères, aériennes, ou que les plumes font plus joli sur une jupe que sur un costume d'homme, mais bien parce qu'il y a une forte association imaginaire de trois concepts oiseau = femme = magie.
Chez les grecs anciens aussi le paon est un symbole de magie, de mystère, d'illusion et de tromperie. Et là aussi au théâtre, l'application sera qu'un costume de plumes de paon signe, pour le spectateur averti, le personnage qui fait de la magie... souvent avec de mauvaise intentions d'ailleurs. Ici le phénix, est une variante mythologique du paon: oiseau + femme + magie = il ne faut pas s'y fier, et plutôt 3 fois qu'une.

Bon je m'éloigne , mais ce sujet me passionne, dès que je peux raccrocher quelque chose à la Grèce Antique, je m'embarque moi aussi comme Ulysse. Revenons donc à Novgorod et au film. Ceci dit, ces inventions du film pour étoffer la légende n'est sont donc pas vraiment puisqu'elles piochent de manière fûtée dans d'autres légendes.

La morale " c'est chez soi qu'on est le mieux" reste discrète, malgré le principe de chercher le bonheur pour le peuple, on va dire que je m'attendais à un peu plus de propagande pour un film de 1953.
Rien à dire sur la musique, qui est en grande partie celle de l'opéra (sauf que bon, l'acteur fait de son mieux pour faire semblant de jouer des gusli, mais n'a visiblement aucune expérience des instruments à cordes)

point culture bis: voila des gusli ( oui le mot est au pluriel, même s'il n'y a qu'un instrument)


* Point culture ter: Les miniatures de Palekh sont des des boites en papier maché couvert de colle et de laque qui lui donne la solidité du bois. Les boites peuvent être toutes petites ou moyennen, mais jamais très grande, et sur le couvercle sont peintes sur fond noir des miniatures d'un goût et d'un niveau technique rare, et pour cause: ce sont des sujets profanes, souvent mythologiques ou égendaires, qui étaient souvent peints par des peintres d'icônes, d'abord en marge de leur métier officiel, puis lorsqu'ils se sont trouvés au chômage technique à la révolution.

Il y a 4 villes qui en produisent, chacune avec son style de prédilection: Mstéra, Palekh, Kholouï, Fedoskino ( plutôt des reproductions de tableaux célèbres, paysages et des scènes de genre pour ce dernier). Toutes sont signées par l'artiste qui les a réalisées, mentionnent le sujet et le lieu de fabrication, car ce sont de vrais tableaux.

Voilà une boîte de Palekh illustrant la légende de Sadko.
La photo est un peu réduite, la taille réelle de la boîte est 15x11x3 cms
Ce n'est vraiment pas grand

Et oui, c'est plus cher qu'une matriochka comme souvenir , mais moins qu'une icône quand même.

samedi 16 février 2019

Un coeur faible - Fiodor Dostoievski

Mois court, histoires courtes.. et je continue sur ma lancée,  avec donc des textes d'auteurs russes plus ou moins connus.

Bon,là, évidemment, qui n'a pas entendu parle de Dostoievski, avec Tolstoi et Pouchkine, c'est probablement le trio d'auteurs qui vient immédiatement en tête pour ce pays, même sans les avoir lus.

je n'ai pas de couverture, donc voilà le jovial Fiodor

Et je dois le dire de suite, Dostoievski n'est pas l'auteur que je préfère. J'ai lu il y a très longtemps le joueur ( qui ne m'a pas laissé un grand souvenir), l'idiot ( qui ne m'a pas laissé un grand souvenir non plus, et évidemment Crime et Châtiment... qui m'a laissé le souvenir d'un bon livre.. doté d'une conclusion qui était en trop.su cette conclusion trop " rédemptrice", les avis sont partagés, certains estiment qu'elle est nécessaire car elle " éclaire" le livre qui serait trop noir sans celà, d'autres dont je fais partie, qu'elle gâche le propos. Mais il y a longtemps que je n'ai plus peur du noir!

Ah, tiens, je vois que j'avais aussi lu et apprécié l'éternel mari, il y a quelques années.. et je n'en avais plus aucun souvenir non plus, comme quoi, il ne m'a pas déplu sur le moment, mais il a vite été effacé de ma mémoire.

Donc 2 ratages pour un semi ratage.J'ai pu trouver cette nouvelle en PDF, gratuitement, donc autant en profiter pour voir si l'auteur est plus convaincant que sur les longs récits, et approfondir ma culture littéraire russe dans l'optique de l'an prochain.

et donc le coeur faible, ce serait plutôt le cerveau faible, puisque contre toute attente et ce que l'amorce de la nouvelle pouvait laisser prévoir ( 2 pistes différentes, une possible, une bien improbable vu l'époque, mais qui m'aurait fait très plaisir), c'est de folie qu'il va être question.
décidément après les histoires de fous de Tchékhov, je n'en sors pas et je ne fais même pas exprès.

et ce coeur- ou cerveau- défaillant appartient à Vassia, jeune fonctionnaire, copiste de textes de lois, issu d'une condition très modeste, plutôt malchanceux en général, d'un physique quelconque ( on sait qu'il est petit, boiteux et qu'il a les yeux bleus, donc un portrait très sommaire). Vassia partage un appartement avec son collègue de travail et meilleur ami Arkadi. tous les deux sont proches, très très proches ( et c'est là que j'ai brièvement espéré un peu d'audace, même en restant dans la chasteté et les non-dits, mais...non).
et Vassia est soudain dans une situation inattendue: tout se passe bien, et ça lui fait peur, tant il n'en a pas l'habitude.
Non seulement, la fille qu'il courtise depuis des semaines sans grand espoir vient de lui dire oui, mais en plus son chef qui apprécie son travail efficace et très propre lui confie souvent des petits travaux supplémentaires qui lui permettent d'arrondir les fins de mois ( et donc de pouvoir prétendre à la main d'une jeune femme de petite bourgeoisie qui ne roule pas sur l'or vu qu'il aura de quoi assurer leur quotidien), mais en plus lorsqu'il présente Arkadi à Lisa l'heureuse élue, le courant passe bien, ce qui lui permet d'envisager de continuer à cohabiter à 3 ( et là, on se dit qu'on va s'orienter sur une classique histoire de triangle amoureux, ou moins classique de ménage à trois assumé. Encore raté).

Mais le problème c'est que Vassia , qui avait son travail supplémentaire en main depuis 3 semaines, un temps largement suffisant pour en venir à bout, a complètement délaissé tous ses devoirs pour draguer Lisa. Et le voilà au nouvel an, avec 6 cahiers à copier, qu'il vient à peine de commencer pour le surlendemain. Sauf que.. il faut aller voir Lisa pour le nouvel an, il faut faire un détour par la boutique de cadeaux, il faut aller présenter ses voeux au chef..
3 jours pour copier 6 cahiers sans arriver à se concentrer, en s'éparpillant, tout en se mortifiant d'être aussi éparpillé. Vassia va en perdre la tête. Car jamais il ne lui vient à l'esprit d'aller sérieusement demander au chef s'il peut avoir un délai, et lui expliquant la situation, en lui donnant les pages déjà prêtes pour preuve de bonne foi,  ou d'inventer une maladie diplomatique pour gagner quelques jours.. non, il préfère se tuer à la tâche et se priver de sommeil par trop de reconnaissance pour ce chef si sympathique.

Vous sentez le problème? C'est ça: non seulement les raisons de la dégringolade de Vassia sont assez ténues, à moins qu'il n'ait déjà été sérieusement dérangé auparavant, ce qui n'est jamais dit ( un peu trop enthousiaste et exalté, oui, mais dingue), et a priori, personne ne devient complètement pin-pon en 3 jours de surmenage. On tombe de fatigue, on se réveille 15 heures plus tard avec la tête dans le pâté sans trop se souvenir de ce qui s'est passé... mais on n'en vient pas à imaginer d'être envoyé au bataillon disciplinaire pour un travail supplémentaire en retard.
Pour ce coup là, je dois dire que la folie n'est pas retranscrite de manière très crédible. Même dans le cas de la salle 6, Tchékhov, qui en tant que médecin savait de quoi il parlait, rend la chose crédible en expliquant en 2 lignes que le malade est progressivement devenu zinzin en développant une névrose sur plusieurs mois.
Et donc impossible de prendre en sympathie ce gugusse parce que tout est trop précipité, Arkadi est un peu plus touchant dans ses efforts pour aider autant que possible son ami ( et paradoxalement, donc, mieux caractérisé que le personnage principal), Lisa, sa mère et son frère sont des figurants.

Par contre on a droit à un vrai pétage de plombs en règle de l'auteur qui lui part en délire absolu sur la description d'un bonnet, comment sont les couleurs, les dentelles, les rubans, et jusqu'à la nationalité de la mercière..
J'ai presque envie de dire.. on s'en tape! Il suffit de dire qu'il choisit avec grand soin le plus beau chapeau qu'il trouve comme cadeau de nouvel an pour Lisa et..  un peu plus loin il remet ça en décrivant le détail des broderies du portefeuille de Lisa. 
Je ne sais pas, donne nous des raisons de nous intéresser à tes personnages, Fiodor, le décor n'a pas franchement d'importance pour une nouvelle. Dans un roman de 500 pages pourquoi pas, mais pas dans une nouvelle de moins de 90 pages...
Mais là, il y a clairement un déséquilibre entre ce qui est décrit et son intérêt pour la narrration en fait.

Après, comme toujours, il s'agit d'une vieille traduction comme souvent pour les éditions libres de droit . Une plus récente signée André Marcowicz a été publie en 2000, il faudrait que je compare, juste pour voir si le délire surexcité sur le bonnet est le fait de Dostoievski lui même ou d'un traducteur trop enthousiaste.

Mais a priori, je ne suis pas encore réconciliée avec l'auteur, même si je sais que je ne pourrais pas l'éviter dans les années qui viennent.

D'ailleurs, si j'y pense ou si j'ai l'information, à partir, je vais mentionner de quelle traduction il s'agit, histoire d'en garder une trace, surtout pour mon usage personnel à l'avenir.

traduction de Michel Forstetter - 1947
5/4 je passe en catégorie supérieure!


vendredi 18 janvier 2019

Les sept pendus - Leonid Andreiev

Hooo une lecture "hiver russe", c'est quasi miraculeux.
Une lecture courte ( difficile de dire s'il s'agit d'un court roman ou d'une longue nouvelle. Comme il y a plusieurs chapitres, j'ai envie de dire "court roman").

Alors première précaution : éviter de prendre les personnages principaux en sympathie. Le titre ne le cache pas, ils sont sept, ils vont tous mourir pendus.
Pour diverses raisons. Tous ont commis un crime et ont été rattrapés par la justice. Tous attendent le moment de leur exécution.

Les raisons qui les ont poussés au crime sont soit inconnues, soit connues mais sans grande importance, ce qui intéresse Andreiev c'est " que se passe-t-il dans la tête de quelqu'un qui SAIT qu'il va mourir à très brève échéance?"
Et ce qui rend la vie supportable, n'est-ce pas précisément de ne pas savoir quand la camarde va arriver. Au delà de la peine de mort, le plus cruel n'est-il pas de savoir et d'attendre?

Le premier de ces "condamnés" n'en est pas un. C'est un ministre, dans la Russie du début du XX°siècle. Le récit a été écrit en 1908, donc juste après la première tentative révolutionnaire de 1905 et donc, bien ancré dans sa réalité contemporaine.
Le ministre est malade,  il n'en a probablement plus que pour quelques mois avant d'être emporté par une maladie rénale, son médecin lui conseille de ne plus tarder à faire son testament. mais dans sa tête, cette sentence n'a pas beaucoup de réalité, pas plus qu'une vague menace, donc.. rien ne presse. Mais au moment où commence l'histoire, il vient d'être averti qu'un groupe terroriste prévoyait d'attenter à sa vie le lendemain à 13 heures pile. La police s'occupe de sa sécurité, il n'y a rien à craindre, les terroristes sont connus et seront pris sur le fait avant de passer à l'attaque. Donc pas de danger, il peut dormir sur ses deux oreilles.. sauf qu'il va passer une très mauvaise nuit, du fait de savoir qu'il aurait pu mourir le lendemain à 13h00, heure qui " efface toutes les précédents et les suivantes" et l'obsède.

Hop, petit saut dans le temps, les terroristes ont été appréhendés, pris en flagrant délit, ils sont jugés et condamnés à la peine capitale, ils sont 5, ils sont jeunes, mais leur vie est finie.
Leur motivation ne sera jamais connue: pourquoi ont -il tenté d'assassiner le ministre?
Seule compte leur personnalité et la manière dont ils vont faire face à leur sentence.

D'abord , il y a Serguei Golovine ( je me permets de lui rendre son vrai prénom, là ou la traduction s'obstine à l'appeler Serge. Serguei me pose un problème: non seulement le récit insiste pour le rendre sympathique, son prénom est celui d'un ami, et son nom de famille celui d'un camarade de classe de primaire.. damn', comment faire pour ne pas l'apprécier..).

Serguei est un jeune homme bien sous tous rapports, vraiment pas le genre de type qu'on imagine impliqué dans un attentat et pourtant.. Jeune sportif, sympathique, énergique, rieur, fils de dignitaire militaire, attaché à ses parents, presque l'incarnation du printemps, du renouveau et de la vie. Et ironie du sort, pile au moment où l'hiver s'en va, ce printanier personnage va être pendu.
Tania non plus n'est pas le genre de personne qu'on imagine commettre un attentat: prévenante, gentille, amicale, plus soucieuse du sort de ses camarades que du sien ( elle semble même oublier qu'elle est aussi condamnée), et même si elle n'a pas posé de bombes, elle est pourtant receleuse d'explosifs...
Vassili.. on se demande bien aussi comment il a pu se laisser embarquer dans cette histoire. Par bravade surtout. Il a été arrêté bardé d'explosifs, risquant d'exploser avec eux d'un moment à l'autre, sans que ça ne lui pose problème, car il estimait que de cette manière il gardait la main sur la mort, qui avait autant de probabilité d'arriver que la vie. Mais du moment où la mort, prononcée par un tribunal devient certaine, il perd pied et est terrorisé d'avoir perdu ce contrôle imaginaire...
Les eux autres sont plus "classiques".
Moussia, elle c'est l'illuminée de la bande, une marxiste pure jus qui appelle tout le monde " frère" ou camarade" et sa réaction devant la sentence est  de se dire qu'elle a bien peu fait pour mériter un tel honneur.. avant de se dire que oui, elle le mérite, elle sera un exemple pour les camarades, une martyre pour sa cause.
Et Werner, c'est le chef de la cellule, ou presque, le penseur aux nerfs d'acier, aussi imperturbable que Moussia exaltée, il est  profondément misanthrope, déteste le monde entier, et se désintéresse de son sort.Il est d'ailleurs en train de faire une partie d'échecs mentale au moment où tombe le verdict.

Ca ne fait que 5 condamnés, il faut donc ajouter à ces 5 apprentis terroristes que le fait d'avoir été arrêtés avant de passer à l'action n'a pas sauvés de la potence deux autres vrais criminels: Ivan l'estonien, qui ne parle pas russe est violent, alcoolique, ce qui ne fait rien pour arranger ses problèmes mentaux. Employé de ferme il a tué son patron, agressé sa femme, volé leur argent et ne regrette qu'une chose: ne pas avoir eu le dessus et avoir été maîtrisé par la femme. Pour ce simple d'esprit la chose est claire: on ne peut pas le pendre, c'est impossible, car il ne veut pas être pendu. Et on ne peut pas se passer de la permission des gens pour les pendre, pas vrai?
Le dernier gibier de potence est un criminel endurci: Michka dit " le tsigane", bandit de grand chemin, qui revendique ses crimes, vols, incendies, assassinat, comme autant de faits d'armes. Pour lui, c'est logique d'être arrêté et condamné, mais c'est l'emprisonnement qu'il a du mal à supporter étant par nature un homme libre.

et donc tout le récit va passer de la tête de l'un à celle de l'autre, en écho à ce qui se passait dans celle du ministre. Où on découvre que les plus endurcis ou les plus imperturbables ne sont pas forcément ceux qi résistent le mieux à la pression de cet arrêt de mort, au son de l'horloge qui égrène les quarts d'heures hors de la prison, où chaque minute qui passe étant une victoire sur la mort, mais aussi un pas de plus vers elle, dans une situation étrange: la vie et la mort coexistent déjà ans un même espace, donc que dire à la famille qu vient vous rendre une dernière visite, tout sonne faux dans ces cas là.
Et pourquoi continuer à faire de la gymnastique pour rester en forme, si on doit être bien portant, mais mort? Ou pourquoi s'en abstenir d'ailleurs, ça occupe les longues heures d'attente? ( car oui, il y a malgré tout quelques passages drôles dans cette histoire sombre , lorsque Serguei le sportif se fout à poil sous l'oeil médusé du surveillant et lui explique le genre de gymnastique qu'il pratique et en quoi ça serait bénéfique aux gardiens de prison, ou lorsque le surveillant voit Moussia dormir comme un loir alors que tous les autres sont en train de perdre la tête, car sa folie au final la protège de la perte d'esprit)

Quelque part, hormis le bandit de grand chemin, les 6 autres seraient plutôt à plaindre, même Ivan car il est clairement incapable de comprendre le rapport entre son acte et la sentence.
Les terroristes ne sont clairement pas taillés pour le crime organisé et s'ils ont été démasqués, c'est probablement que quelqu'un de leur groupe les a dénoncés, ils ne sont pas " méchants", ce sont des gens normaux qui portent le chapeau pour une organisation au sein de laquelle ils ne sont que des pions... mais ne pourront jamais expier cette erreur de jeunesse.

Donc évidemment, il y a sous-jacente la réflexion sur la peine de mort et son absurdité, mais contrairement à Hugo, ça n'est pas le sujet exact. On est vraiment amenés à voir la chose d'un point de vue philosophique: ce qui donne la saveur à la vie, c'est l'incertitude du moment de la mort.
Ce n'est pas un thème neuf mais il est bien amené et ce petit livre se lit avec plaisir. Même s'il finit évidemment mal, au moins le titre n'a pas menti sur le contenu. Mais étrangement, l'écriture ( et la traduction) étonnamment poétiques par moment, et pudique nous épargne les détails horribles. Tout est silencieux, pas de cris d'agonie, à peine si on sait que l'un vient de mourir parce que c'est au tour du suivant...
Au contraire, tout le drame va être concentré dans les détails: la neige qui fond et le bruit des gouttes, le printemps insolent qui se réveille, un soldat qui n'arrive pas à se faire à l'idée de voir mourir des gens et lâche son fusil, la chaussure en caoutchouc perdue par un condamné sur le chemin qui reste là, dérisoire, au milieu du chemin, comme seul témoignage qu'un être vivant est passé, mais jamais revenu la chercher...

Je ne connaissais pas du tout l'auteur ( même si j'ai croisé son nom dans une autre situation, voir tout en bas de ce sujet) trouvé par hasard via le site " bibliothèque russe et slave" qui propose beaucoup de ressources numériques, auteurs inconnus - de moi- ou au contraire célébrissime,dans des traductions un peu anciennes tombées dans le domaine public. Je sais que les 7 pendus ont été retraduits depuis 1908, mais c'est déjà une première approche ). Je vais continuer à explorer ce catalogue et déjà, les bylines me tentent beaucoup.

Et en plus, il y a d'autres littératures proposées: polonaise, tchèque,bulgare, etc...certains gratuits,certains en vente pour une somme raisonnable... Je vais d'abord explorer quand même le catalogue gratuit en priorité. Et en plus, outre les traductions, il y a le texte d'origine! Класс!

Et cette histoire me permet d'aborder un point particulier, sur les prénoms russes.

Je disais que j'ai décidé de rendre à Serguei son nom d'origine. Après tout Michka n'est pas renommé Michel, Vassili n'est pas non plus " Basile".... donc pourquoi en franciser un seul?

Par contre, tous ou presque sont appelés par leur diminutif, soit parce que c'est leur seule identité connue : Moussia est l'un des nombreux diminutifs possible de Maria. Micha (Michka est une version plus " rurale") c'est le surnom habituel de tous les Mikhaïl de Russie.. et des ours dans les contes ( le titre d'origine du dessin animé "Macha - Maria- et Micha", c'est " Macha et l'ours" surnommé Micha comme tous les ours de contes).
Vassili est appelé classiquement Vassia par sa mère- et là le diminutif est gardé tel quel,par contre, une fois de plus, Serguei privé de son prénom est aussi privé de son diminutif " Sirioja" transformé par la traduction en "mon petit Serge". Et Tania n'est pas un prénom à part entière, son prénom complet sera "Tatiana".
Serguei mentionne aussi Ninotchka, sa petite soeur. Donc Nina. Mais, appeler quelqu'un par son prénom complet en Russie ou en zone russophone est très officiel, et ne se fera jamais en famille ou entre amis.


J'ai appris cette année que le prénom complet de mon pote Iacha est "Iakiv".. parce que je le lui ai demandé ( je me demandais si c'était Iaroslav....) et comme c'est un vieux monsieur de l'âge de mes parents, lui n'a jamais intégré le fait qu'en France, il n'y a pas de diminutif standard de prénoms. Donc pour lui, Lydia a toujours été Lida ( le plus courant),voire, vu notre différence d'âge :Lidousha, Lidotchka, Lidienka... J'ai abandonné le combat depuis des années, même si je n'aime pas trop. Et je vois que mon nouveau pote Serguei commence déjà à écrire Lida. Donc le temps n'est pas loin où il va falloir que je l'appelle aussi Sirioja (  voire Siriojenka , imaginons, si les choses devenaient plus... disons personnelles, pas forcément intimes d'ailleurs, mais du genre "meilleurs amis du monde" ça serait aussi une circonstance possible)

Allez, juste parce que j'aime beaucoup: Cette photo pourrait tout à fait représenter un hippie des années 70 dans un champ. La coiffure du modèle les couleurs, ça cadre...

Sauf que c'est un autoportrait d'Andreiev, pris il y a plus d'un siècle. Je suis bluffée par la qualité des couleurs, j'adore ces vieilles photos ( et oui, il est même venu en vacances en PACA, et a immortalisé MArseille au début du XX° siècle. Ca a beaucoup changé!)


2/4

mercredi 16 janvier 2019

Ivan Vassilievitch change de profession (film 1973)

 A la recherche d'un pan de la culture russe que je n'ai pas encore abordé, et auquel si possible je ne connais rien, je me suis dit qu'en fait, je n'avais pas beaucoup parlé de cinéma autre qu'animation ( et même, à part un sujet sur l'effet Koulechov, pas du tout ), et je me suis souvenue de ce titre à rallonge, entendu au détour d'une vidéo youtube sur  les comédies soviétiques. Oui, ça existe, et bien évidement l'humour va être disons, assez peu ce qu'on a l'habitude, quoique, finalement je ne l'ai pas trouvé si éloignée ce qui a pu se faire à la même époque en France. Rien a voir par contre avec les comédies récentes bien sûr. Mais il y a des petites vannes qui en disent long sur l'époque et les lieux.

Donc à choisir un film, autant prendre un de ceux qui est le plus connu en Russie, et un des plus appréciés (autant multi-rediffusé que Rabbi Jacob chez nous, pour situer et rester dans les seventies)
Le réalisateur Leonid Gaïdaï est d'ailleurs le principal nom que les gens vont associer avec l'idée de film humoristique.


Donc de quoi ça parle? Qui est Ivan Vassilievitch? et quel est ce changement professionnel?

Mais avant d'en arriver à Ivan, il faut d'abord parler de Chourik, qui semble à première vue être le héros de ce film.
Chourik ( un des nombreux diminutifs possibles d'Aleksandr, même si Sacha, Choura ou Alex sont des surnoms plus connus) est un personnage récurrent des comédies soviétiques, un peu le François Pignon local: il garde le même nom, mais change de statut social, marital ou de métier de film en film. Ingénieur marié, étudiant ou anthropologue célibataire, selon le scénario.

Ici, c'est Chourik l'ingénieur, qui tient pas mal de Gaston Lagaffe. Il planche dans son appartement ( personnel, ça situe donc son niveau économique plutôt aisé, puisqu'il ne vit pas en appartement communautaire) sur des projets loufoques, qui ont pour effet habituel de faire sauter les plombs de tout l'immeuble.

oui, cette machine est très gastonesque!
Sa dernière idée farfelue est de fabriquer une machine à voyager dans le temps, et le plus étonnant est qu'il est sur le point d'y parvenir, lorsque les voisins excédés décident de faire intervenir Ivan Vassilievitch Buncha, le surveillant de l'immeuble, une sorte de concierge/ homme à tout faire et surtout à épier les voisins pour signaler aux autorités les activités suspectes, autant dire qu'il surveille particulièrement Chourik en espérant le coincer pour activités illicites et gagner l'estime de ses supérieurs.
Car Ivan est vaniteux, orgueilleux, cire-pompes et surtout très bas de plafond.

Par suite d'un petit souci de réglage sur sa machine alors qu'Ivan lui casse les pieds, Chourik ouvre non pas une porte dimensionnelle vers le passé, mais un portail entre son mur et l'appartement du voisin, chez qui un voleur vient juste de finir de mettre la main sur tout ce qui a de la valeur.
Aubaine pour le voleur qui se fait passer pour un copain du voisin absent, passe bien tranquillement par le mur, félicite chaudement Chourik pour cette magnifique invention permettant d'ouvrir et refermer les murs à volonté! Georg le voleur est aussi malin et débrouillard qu'Ivan est stupide.
Mais, justement, celui ci vient de refaire son réglage et profite donc de la présence de Georg et Ivan pour leur faire une démonstration, ceux-ci pourront donc voir et témoigner que l'invention est sans danger et n'a rien de suspect.
En tout cas, sans danger tant que la porte dimensionnelle ne conduit pas directement au palais d'un autre Ivan Vassilievitch, assez peu réputé pour son bon caractère puisqu'il était terrible. Mais comme les choses ne sont jamais simples, la machine est endommagée et Georg le malin et Ivan le crétin ( mais heureusement sosie de son impérial homonyme) vont se retrouver coincés au XVI° siècle pendant que le tsar, bougon, mais plutôt sympathique une fois qu'il finit par comprendre que Chourik est inoffensif et que son chat noir n'est pas un démon, déboule au XX° siècle.

mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'un tsar du XVI°s sache se tenir à table.
Ivan Vasilievitch Buncha va donc devoir se faire passer pour le tsar, qui s'appétait à entrer en guerre avec le roi de Suède, et heureusement que Georg pense pour deux. Quelle chance quand même d'avoir déniché des habits du XVI° siècle dans un coffre et pile à leur taille ou presque.

oui, il y a un gros effort sur les décors et costumes, ça fait plaisir. Je surkiffe la veste de Georg ( en blanc)

Dit comme ça: un duo improbable propulsé par accident dans une époque qui n'est pas la sienne, ça sonne un peu "Les visiteurs" - qui peut d'ailleurs allégrement avoir pompé sur un film soviétique ni vu ni connu, j'dis ça comme ça - mais rassurez-vous, on est plus sur un humour absurde que lourd et malgré quelques tics très années 70 ( ralentis, accélérations, effets psychédéliques, courses poursuites un peu longues..) et le film reste bien sympa à défaut d'être très original.
L'ensemble est plutôt orienté sur le burlesque et les quiproquos causés par la rencontre d'un  type du XVI°siècle avec le monde moderne et inversement, comment des types modernes vont pouvoir survivre au XVI°siècle en attendant de pouvoir rejoindre la civilisation - peut être en ramenant deux ou trois objets précieux dans la foulée - oui Georg est souvent très drôle avec son aplomb et son culot.



Mais il y a quelques détails qui m'ont bien plu: le voisin qui cache dans un coffre-fort sa richesse: plusieurs magnétophones, des objets rares donc précieux en URSS, signe de statut élevé, mais dont, dans l'absolu, il est absurde de garder plusieurs exemplaires dans un coffre comme des lingots. Chourik qui cherche des composants électroniques en n'en trouve pas, tous les magasins d'électronique étant en vacances, en inventaire, fermés le jour en question.. et finit par être abordé par un vendeur à la sauvette aux poches exclusivement remplies de tout ce qu'on peut chercher en résistances, transistors et autres diodes. Comme s'il y avait un marché gigantesque du transistor de contrebande...
Ivan le tsar qui déclenche par mégarde une radio chez Chourik, se montre, toute brute qu'il est supposé être, ému aux larmes par une chanson de Vladimir Vissotsky, chanteur dissident pas toujours très bien vu du gouvernement malgré son succès populaire - j'ai déjà parlé de ce chanteur dont j'adore la voix, l'entendre a été le petit bonus qui fait très plaisir.

un gag culturel que j'aime beaucoup: Ivan IV passe devant une reproduction du célèbre tableau d'Ilia Repine "assassinat du tsarevitch par son père Ivan le terrible" ( plutôt un meurtre accidentel, Ivan avait des crises de rage incontrôlables vraisemblablement dues au saturnisme)  mais le fait divers représenté se passera bien des années après le moment où Ivan est expédié dans le monde moderne. Si Ivan avait su de quoi il s'agissait, il aurait pu l'éviter.. et changer l'histoire.

Donc voilà, une découverte qui m'a bien plu, j'ai passé une bonne soirée, et j'essayerai à l'occasion devoir quelques autres de ces films "cultes", Chourik étant un personnage récurrent, il y a quelques autres films le mettant en scène ( et pour moi, c'est même presque inévitable, en étudiant la langue, il faut bien que  je me renseigne sur les références culturelles communes du pays.)
Le film est visible en ligne sur Youtube, avec sous-titres mais attention, même s' il y a possibilité de les paramétrer en français, je suis revenue aux sous-titres en anglais en moins de 10 minutes. Les sous-titres anglais sont à peu près compréhensibles, probablement faits par un être vivant, tandis que les sous-titres français sont une traduction automatique des sous-titres anglais, et souvent n'ont aucun sens compréhensible. Donc autant préférer l'anglais. Mais autant un poème, même long, je peux encore essayer de le traduire car il y a un support écrit, autant là, un film entier, même si j'avais accès aux dialogues, ça serait trop long.

Et hop, billet programmé pour le 16 janvier, faisons d'une pierre deux coups:  Ivan Vassilievitch a été couronné le 16 janvier 1547 et ...la vache, il a eu 8 femmes, 2 de plus qu'Henry VIII.
Toutes n'ont pas été trucidées à sa volonté, il y a des divorces et des mortes de maladie, mais étonnamment, celle qui a été pincée en flagrant délit de cocufiage s'en est sortie avec un divorce (et un allez simple pour le  couvent, non sans avoir eu le "privilège" d'assister à l'exécution de son complice, et de voir à quoi elle échappait... C'est presque clément, en fait, vu l'époque, presque, hein )

samedi 1 décembre 2018

Un hiver en Russie - un an plus tard

souvenez- vous, l'année dernière, j'avais trouvé un peu par hasard le défi" un hiver en Russie", du 1 décembre 2017 au 1° mars  2018.


Et j'avais dit à l'époque que je m'étais remise au Russe, un peu en dilettante, quelques mois plus tôt ( depuis septembre 2017 en fait, tranquillement, et sérieusement, quasi tous les jours depuis janvier). Force est de constater qu' un an après..

Non seulement j'ai continué et me suis accrochée, mais j'ai trouvé pleiiiiin de sources intéressantes, j'ai rejoint le challenge "Marathon des langues"pour lequel j'ai même créé un autre blog... et suis complètement retombée dans la marmite de la langue en fait.

J'ai fini par investir un peu de sous dans une formation en ligne, ici.

C'est cher, je ne vous le cache, pas, c'est un budget mais, prendre des cours particuliers ça revient aussi vite assez cher, et là, il y a l'avantage de pouvoir travailler seul de chez soi, à la manière d'un labo de langue ( mais en profitant d'une offre promotionnelle, j'ai pu accéder à l'intégralité de la formation pour quasiment moitié prix) et comme j'étais fausse débutante, j'ai pu demander à ce qu'on me débloque par avance l'ensemble de la formation pour pouvoir au moins réviser l'ensemble des cas en été, avant les vacances et le départ en Belgique.

Entre ça, qui m'a finalement été bien utile pour comprendre enfin l'usage des cas et les subtilités d'emploi des aspects verbaux ( ma némésis au lycée).

Ca plus quelques autres ressources, en particulier la méthode de Michel Thomas, 100% audio  et surtout surtout écouter des heures et des heures durant  en particulier des enregistrements poétiques et des chansons en VO ça a été plus que bénéfique.
J'insiste sur ces deux types de support en particulier, car ils font appel à la rythmique et aux sons de la langue, ce que ne fait pas une lecture autre ou une liste d'expressions de type conversation. Je ne dis pas de zapper ces dernières, loin de là, mais qu'ajouter la poésie et la musique a été crucial pour moi, parce que ça forme beaucoup l'oreille, grâce aux rimes et assonances.

Ca marchera probablement moins bien pour les gens qui ont une mémoire visuelle, et ils sont plus nombreux apparemment que ceux comme moi, qui ont une mémoire très très auditive.

clavier "cyrillisé", pour pouvoir écrire en bilingue sans problèmes

Et le bilan dans tout ça?
Cet été j'ai eu l'occasion lors d'un voyage de rencontrer plusieurs ukrainiens - parfaitement russophones, j'ai appris que les deux langues sont enseignées là bas dès la primaire et de toute façon, sont aussi proches entre elles que le français et disons l'italien ou l'espagnol, avec quelques petites variantes au niveau de l'alphabet - il y a eu une réforme orthographique en Russie lors de la Révolution, qui n'a pas touché l'ukrainien dont l'alphabet a gardé des lettres disparues en russe moderne - mais rien de bien sorcier, et, hormis dans les régions agricoles, ou isolées les gens sont parfaitement bilingues en général. Je mets à part ceux qui connaissent et comprennent les deux langues mais refusent pour des raisons politiques ou idéologiques de parler l'une des deux. En tout cas, moi française, si je demande à quelqu'un en Ukraine "parlez vous russe ou anglais?", j'ai toutes les chances qu'on me réponde gentiment. Et dans l'une ou l'autre de ces deux langues

( Dans le même genre, il y a des années, je sortais avec un belge francophone qui parlait très mal flamand. Lorsque nous sommes tombés en panne sur l'autoroute en zone flamande, il m'a demandé de parler, moi, à la borne de secours, en disant " excusez-moi, je suis française, je suis en panne, est-ce que vous parlez français?", car, d'expérience en tant que wallon, on avait déjà refusé de lui parler français. Alors que moi, j'avais une "excuse valable" en tant qu'étrangère, pour ne pas parler flamand)

J'ai donc pu discuter avec eux en russe, quasiment à vitesse normale, en cherchant mes mots certes, mais on m'a très bien comprise et j'ai même eu droit à " mais vous êtes française? vous avez un petit accent, mais je n'aurais jamais réussi à savoir lequel, en tout cas je n'aurais pas dit française, vous n'avez pas l'accent habituel des français qui parlent russe".
Dit à peu comme ça par 3 personnes différentes. Dont un hyperpolyglotte parlant 11 langues et qui donc savait ce qu'il racontait.

Я рада. Я очень рада!

Une rencontre extraordinaire qui m'a poussée à revoir mes choix professionnels et d'orientation, et au final, j'ai fait passer les langues et la traduction en prioritaire, contrairement à mes projets initiaux.Je n'ai pas laissé en plan la musique et j'ai rejoint l'orchestre de la fac, mais après réflexion, j'ai estimé qu'un an en langue et traduction sur un CV serait plus profitable que de l'histoire de la musique. Après je fera mon bilan en fonction des résultats scolaires et de mes finances, car la formation fait 3 ans, et ce serait un crève-coeur de faire une seconde année,tout en sachant que je ne pourrais pas aller au bout de la 3°. Donc il y a des plans B.
Notamment une licence de russe par correspondance via la fac de Lille, ce qui me permettrait de rentrer en France, partager à nouveau un appart' avec ma mère temporairement, et reprendre un job à mi temps ( ou à temps partiel mais en CDD) pour me ménager le temps d'étudier, tout en renflouant les caisses. Après un an à Bruxelles, je pense qu'il doit y avoir des équivalences me permettant de passer directement en seconde année. Je verrai ça avec Lille une fois que la première session de partiels sera passée.

J'aime beaucoup mon expérience belge pour le moment, mais il faut reconnaître que c'est un très gros budget qui est mobilisé, et je ne veux pas non plus vider toute mon épargne, et ne pas cotiser du tout pour ma retraite pendant 3 longues années.

Donc voilà, je suis ravie, puisqu'en moins d'un an j'ai rempli mon objectif: retrouver et si possible dépasser mes capacités de niveau lycée. Et elles le sont, puisqu'à la sortie du lycée, j'aurais été bien incapable de discuter au débotté en russe,  avec l'enseignement des langues que nous avons en France, il faut bien dire, assez nul car très axé sur l'écrit.. et peu sur l'oral.
Or une langue ça se parle avant de s'écrire! A la décharge des profs, difficile de faire quelque chose avec 3 pauvres heures par semaines, coincées entre l'histoire, la géo, le français, les 5 ou 6  heures de philo par semaine, alors qu'à mon avis, les langues vivantes seraient bien plus utiles...en tout cas que de la philo à haute dose qui n'était au final absolument pas "appendre à penser par soi-même", mais du bachotage de notions.

Mais voilà, je suis retombée amoureuse de la langue, de la culture, de la poésie d'Essenine...
Même que le fait d'avoir sympathisé avec des ukrainiens me donne aussi envie de savoir ce qui se passe culturellement dans ce pays là, moins connu que son grand voisin et qui pourtant est historiquement la "vraie" Russie ( hé oui la capitale historique de la Rus' médiévale, c'est Kiev, ce n'est pas Moscou)

Enfin, voilà, c'est reparti et bien reparti pour moi :)

Allez,je reprends ma liste et complète avec les sujets de cette année:

Films:
Animation:
- Snegourotchka ( 1952)
- les 12 mois (1956)
- la reine des neiges ( 1957) animation. Oui la vraie histoire, sans chanson agaçante!
- Cinéma d'animation russe


Lectures

nouvelles, romans
- Histoires de cimetières - Boris Akounine
- l'éternel mari - Fiodor Dostoïevski
- Le manteau et le nez - N. Gogol
- Le démon- Mikhaïl Lermontov ( et adaptation musicale par Anton Rubinstein)
- La dame de pique et autres nouvelles - A. Pouchkine 
- La dame au petit chien; récit d'un inconnu - Anton Tchékhov
- Fantômes - Ivan Tourgueniev
- Terribles tsarines - Henri Troyat
- Nous autres - Evgueni Zamiatin (SF, le prototype du meilleur des mondes et de 1984)



poésie
L'homme noir -  Serguei Essenine


Contes et légendes

- la montagne de gemmes ( série d'animation sur les contes de Russie et des ex républiques soviétiques)
- Snegourotchka
- les 2 Ivan: Ivan Tsarevitch et Ivan Dourak
-Yarilo, dieu slave du printemps et de la végétation

Cuisine

- Recette des blini
- champignons marinés
- Gribnaïa ikra ( pâté de champignons)


Musique

- Pierre et le loup - Serguei Prokofiev
- In memoriam Dmitri Khvorostovski
- Rateaux à la russe  ( 2 extraits d'Opéras de Tchaikovski)

Web
- quelques chaines youtube russophiles et russophones


Souvenirs de cours de Russe

1- Serguei Essenin
2- l'effet Kulechov

Divers

La Russie à Nice
Forum de l'enfance " Etot mir nash" Avignon 29mai 2010
Marathon des langues


et qui dit hiver, dit Ded Moroz et Snegourotchka, les deux personnages incontournables de la saison.
Les enfants attendent la visite de Ded Moroz pour les cadeaux, je suppose que les messieurs adultes préfèreraient celle de la jolie Snegourouchtka ;)
Ceci dit peut être que Grand-Père Gel était aussi un beau gars dans sa jeunesse, telle petite-fille, tel grand-père?

mercredi 14 février 2018

chansons d'amour...et râteaux à la russe.

14 février.
Ceux qui me suivent régulièrement le savent, j'ai une dent contre la saint Baratin et son cortège de décos roses de mauvais goût, et le principe de "devoir" dire à son ou sa chérie, une fois par an, qu'il ou elle compte pour vous.
Donc j'aime bien fêter ça de manière paradoxale: en parlant de choses disons... moins meugnonnes.

Cette année ce sera un billet spécial "râteaux". Plantages, vents, bides, fins de non-recevoir, appelez-ça comme vous voulez.
Oui, ce moment douloureux qu'on a toutes et tous vécu au moins une fois dans notre vie.
Et c'est plus drôle quand ça arrive à un personnage fictif qu'à soi-même, on est bien d'accord.



Et comme c'est encore l'hiver russe, je vous propose donc une doublette de râteaux en russe et en musique.

Et non ce ne sont pas des chansons folkloriques, je ne vais donc pas vous parler de Katioucha qui attend sans fin son bien aimé parti à la guerre, ou envoyer les violons et les guitares de la musique tzigane pour célébrer les yeux noirs d'une ou d'un inconnu.

Pourtant, c'était loin d'être gagné puisque les deux ont été composées par Tchaïkovksy, compositeur qui a souvent le don de me gonfler ( pour les musiques de ballets, je précise, ses opéras et compositions symphoniques sont un peu plus à mon goût). Mais pour une fois, on évite miraculeusement de sombrer dans le tartignolle, au moins pour les deux airs qui vont suivre.

Donc deux extraits d'opéras qui ont en commun d'être inspirés d'oeuvres de Pouchkine:

Eugène Oneguine à ma gauche, La Dame de Pique à ma droite.

Parce que dans les deux cas, le chanteur arrive alors qu'on ne l'a (quasiment pas) encore vu, ou juste une fois, chante le meilleur air de toute la pièce, et en gros revient juste à la fin pour saluer et être acclamé comme il se doit.
Parce qu'il y a des similitudes entre les deux personnages qui sont un peu le miroir l'un de l'autre.
Et que dans les deux cas, à la fin, quelqu'un va se prendre un râteau magistral, directement ou indirectement.

Parce que vous savez maintenant à quel point j'aime, j'adule, je vénère les voix graves.
Messieurs, Я Вас люблю!
Et, ça tombe bien, c'est justement le titre d'un des deux airs. Oui, même pas peur, je VOUS aime (c'est, en russe comme en français, soit adressé quelqu'un qu'on vouvoie, soit un pluriel)
Et dans ma tête, c'est du pluriel, parce que j'assume, entre les basses et les barytons, mon coeur d'artichaut musical balance.

Donc air n°1, le râteau bien mérité ( ou le râteau-boomerang, comme vous voulez)

Extrait d'Eugène Oneguine. Air de Gremine

Je n'ai pas encore parlé en détail du texte d'origine, j'y reviendrais à l'occasion mais même si j'aime bien, je dois d'emblée dire que, j'ai beau retourner la chose, je trouve Eugène con comme un panier.
Si, si, je vous l'assure. A un moment, donc, il reçoit une lettre d'amour d'une femme nommée Tatiana ( qu'il a quand même bien embobinée avant, soyons clairs) et l'envoie bouler sur le thème " tu es trop bien pour moi"
Les gars, sachez que cette seule phrase prouve que, oui, vous êtes de gros crétins, et qu'en effet, nous sommes trop bien pour vous!
Mais avant d'en convenir, elle nous donne juste envie de vous mettre aussi un râteau. En pleine tronche et les dents en avant. Juste pour extérioriser la colère. C'est bon pour nos nerfs.


Donc plantage mémorable pour Tatiana, je compatis, mais au moins elle a tenté sa chance contrairement à la plupart de ses consoeurs littéraires qui attendent sagement qu'on les repère dans la foule.

Mais Eugène se dit, avec plusieurs années de décalage horaire, que peut-être finalement, il a fait une erreur et que, non, Tatiana n'était pas trop bien pour lui.
Sauf que lorsqu'il revient, Tatiana s'est mariée au comte Gremine, très bon parti qui l'adore (hé oui, mon p'tit Eugène, elle n'a pas attendu plusieurs années que tu changes d'avis après le vent d'anthologie que tu lui as mis)

Et donc Gremine en rajoute involontairement une bonne louche avec une chanson où il explique à quel point il aime sa femme, qu'elle est exceptionnelle, qu'il ne pourrait pas se passer d'elle etc... ( et donc, forcément, ce sera une basse, puisque le personnage est plus âgé que sa femme, et en plus militaire de carrière, deux catégories qui appellent une voix de basse)

Et je prends cette occasion pour évoquer des chanteurs plus anciens que précédemment. Voici donc Boris Shtokolov, basse des années 70, peu connu à l'Ouest (pour évidemment, de stupides politiques de rideau de fer, qui ont limité les tournées des chanteurs et musiciens côté occidental...). Nul besoin de vous dire à quel point mes oreilles sont conquises.


Et donc, après Eugène qui l'a bien cherché, la suite prouve que même le roi de coeur peut faire une mauvaise pioche - métaphore tout à fait voulue, on va parler de cartes.

Air n° 2 le râteau immérité ( alias " En amour comme aux cartes, si tu n'as pas un bon partenaire.. " je vous laisse compléter la suite, et oui, j'ai osé...)

Air de Yeletzky, la Dame de Pique. J'avais parlé de la nouvelle, sans vraiment donner de détails.

Donc, pour commencer nous avons Hermann. Soyons honnêtes, même Eugène paraît sympa à côté: Eugène était un boulet, Hermann est un hypocrite, manipulateur ET joueur invétéré. Oui. Tout ça à la fois. Ce qu'on appelle un sale type pour rester polie. En général, c'est d'autres mots plus fleuris que j'utilise pour ce genre de gens.

Un de ses camarades de beuveries et de jeux d'argent lui raconte que sa vieille grand-mère est richissime car elle a en fait passé sa vie à tricher aux cartes, qu'elle a une combine infaillible pour ça, mais qu'il n'a jamais réussi à la lui faire avouer.
Hermann décide donc d'aller forcer mamie à lui donner ladite combine.
Oui mais pour ça, il faut entrer chez elle, donc plan: séduire Liza, la dame de compagnie de la grand-mère, suffisamment pour qu'elle le laisse entrer chez elles, et essayer de menacer mère-grand pour la faire avouer (manipuler la jeune pour arnaquer la vieille, quel homme charmant n'est-il pas?)
Et voila pour la nouvelle. C'est à peu près tout, même si une histoire de fantôme s'y ajoutera à la fin.

Mais alors le fameux Yeletzky dans tout ça? Hé bien il n'existe pas chez Pouchkine.

C'est un ajout, spécialement pour la version scénique, qui d'ailleurs prend pas mal de libertés avec la nouvelle d'origine.
D'abord parce qu'une nouvelle à 4 personnages c'est court, qu'il fallait donc déployer, broder, ajouter des ballets et tout le toutim. Et la nouvelle manquait d'un contrepoint positif face à ce pourri d'Hermann.
Qui je l'avoue est quand même beaucoup adouci sur scène, cette fois c'est surtout un pauvre type qui cherche de l'argent pour pouvoir courtiser une jolie inconnue vue au parc.. qui n'est autre que Liza. Et Liza devient au passage la petit fille de la comtesse, ouf, l'honneur et la position sociale sont saufs.
Le compteur de clichés par contre est en train de s'affoler sur le coup de " je l'ai vue, elle me plaît, je suis amoureux, je n'ai pas échangé un mot avec elle, mais si elle se marie avec un autre, j'me fous à l'eau de dépit!"

Mais il reste toujours le paramètre: dévaliser la vieille pour courtiser la jeune. C'est.. euh.. un peu moins salaud? Enfin je crois? Mmmm, malgré tout à quel moment tu arrives à la conclusion que tenter de soutier de l'argent à la grand-mère d'une femme te ferai gagner des points avec elle?

Et c'est là qu'arrive Monsieur Yeletzky, en guise de fiancé officiel de Liza.
Mais, et c'est là que ça devient drôle: les deux Tchaïkovsky ( Piotr à la musique, son frère Modest au livret) ont trollé leur monde avec ce nouveau personnage, qui sert surtout à démontrer que Liza est vraiment naïve/ cruche/ peu douée pour faire les bons choix.

Il est noble, il est (très) riche, il est aimable, il est sincère, il est moderne - si si, même en prenant les critères du XXI°siècle - puis qu'il explique à Liza qu'il l'aime sincèrement, qu'il espère gagner réellement son affection, mais qu'avant tout il souhaiterait qu'elle l'estime comme un ami et comme quelqu'un à qui elle peut raconter ses soucis en toute confiance, qu'il n'est pas jaloux et qu'il veut qu'elle se sente libre de ses choix, qu'il les respectera, etc etc...

Arrêtez tout! On tient l'homme idéal, les filles...
A ce tarif là, on ne regarde même pas, il peut être chauve et borgne, ça se réfléchit.
Oui, même moi, pure et dure célibataire, je pourrais me laisser convaincre, c'est dire :D 

Mais non, Liza lui met un vent magistral, vu qu'elle n'a d'yeux que pour le manipulateur.

SPOILER que tout le monde voit venir de loin: c'est un mauvais choix.

Re-SPOILER: malheureux en amour, heureux au jeu. Le type bien sorti de nulle part va au moins gagner aux cartes face au p'tit con. Ca fait plaisir.

D'autant que les frangins Tchaïkovsky y mettent le paquet: déclaration d'amour splendide et sans en faire trop, probablement le meilleur air de toute la composition, qui doit être chanté avec toute la douceur et l'affection possibles, etc... pour zéro effet sur l'action de la pièce.
Par un personnage qui n'existe pas à l'origine.
A ce niveau, c'est presque un gag.

Mais merci, grâce à vous, les barytons ont un air magnifique à chanter. Pour le plus grand plaisir de mes oreilles.

(et cette fois, c'est Pavel Lisitsian que j'ai sélectionné, contemporain du précédent  et lui aussi peu connu à l'ouest, puisqu'il n'a pas quitté L'URSS pour la même raison que son compatriote. Magnifique diction au passage, même si je trouve le tempo un peu trop rapide)

Donc je trouvais que les deux situations se répondent pas mal:
Dans la première c'est Eugène-le-crétin qui loupe le coche, et doit s'avouer vaincu face au type sympa qui a saisi sa chance.
Dans la seconde, c'est Liza qui loupe le coche et plante là le type sympa pour le p'tit con.
Et dans les deux cas, c'est le baryton qui est envoyé sur les roses, et comme il n'y a pas des masses de chanteurs en mesure d'assurer ces rôles là, c'est donc souvent le même qui va se prendre les deux râteaux scénaristiques - Eugène et Yeletzky -  par le même compositeur, saison après saison. Oui, c'est vachard, mais ça me fait sourire.

Ou comment détourner une fois de plus la non-fête, pour parler de musique, tout en collant à la thématique de l'hiver russe et en parlant de chanteurs peu connus. Méga combo!

mardi 19 décembre 2017

quelques chaînes youtube russophiles et ou russophones

Dans ma recherche de sources sur la culture et la langue russes, je suis tombée sur quelques petites chaînes que j'avais envie de faire découvrir:



Attention, je parle de vraies chaînes avec un contenu, pas une compilation de vidéos moisies avec des gens ivres dans des situation ridicules.

Général


Macha et les enfants de l'est: Macha est jeune, Macha est Russe, comme on s'en doute, mais vit en France depuis quelques années. Elle a cependant gardé de son origine un petit accent tout mignon.
Elle nous fait découvrir sur un mode potache ( après tout elle devait avoir quoi... 18 ans quand elle a commencé sa chaîne?) les différences entre sa culture de naissance et sa culture d'adoption: l'école en Russie, les clichés sur les Russes, les comédies soviétiques, les contes , les mythes, la fête du nouvel an.. et surtout sa passion dévorante pour les pelmeni ( et je peux comprendre, c'est trop bon les pelmeni!)
La chaîne n'est pas mise à jour très souvent, je suppose que Macha est maintenant étudiante avec beaucoup de choses à faire, mais j'aime bien, et c'est un plaisir de mettre en avant UNE jeune vidéaste.





La Russe de PACA: Cette fois, c'est la chaîne de Mila, je ne la connais pas, même si nous sommes dans la même région ( elle est sur la côte d'Azur, pas du coté de chez moi, où la diaspora russe est assez petite et où quand on connait quelqu'un, qui vous présente quelqu'un, on finit par vite avoir rencontré tout le monde ): recettes de cuisine ( y compris les fameux pelmeni!), sujets sur la vie quotidienne en Russie et langue russe

Evidemment, j'ai sélectionné comme exemple le cours de gros mots, on ne se refait pas :D


Et la recette des fameux pelmeni..



Langue


Le russe facile avec Diana:une chaine que je connais peu mais Diana ( yep , une autre femme, ça fait plaisir) donne quelques infos sur sa langue et sa culture: les mots les plus employés, les cas en russe, les gestes culturels ( yep, je sais dire " allons boire un coup"  sans un mot maintenant :)







Le Russe avec une Russe: Maria, professeur de russe, propose aussi quelques cours en ligne.





Apprendre le Russe: Cette fois, c'est un français nommé Adrien qui s'y colle ( évitant au passage de transformer mon sujet en militantisme girl power)





De mon côté je me concentre sur la méthode audio "Michel Thomas",très intéressante, mais disponible uniquement via l'anglais. Ca n'est pas très dur, mais il faut au moins avoir des bases en anglais pour arriver à jongler entre les 3 langues , incluant donc ici le français. ceci dit, c'est aussi un excellent exercice pour améliorer AUSSI, en même temps sa compréhension orale de l'anglais.

Cette méthode que j'ai décidé de tester un peu par hasard (a un moment, j'avoue, où je l'avais trouvée un peu en tombée du camion sur le net en mp3..disons qu'il me fallait tester quand même avant d'investir dans une méthode assez chère, qui aurait pu ne pas me convenir), me plait énormément pour raviver des souvenirs un peu rouillés.

D'autres langues ( anglais, allemand, italien, portugais, chinois, que sais-je encore) sont, elles, disponibles via le français. Mais ce n'est pas encore le cas du russe. j'y penserai en tout cas avant les prochains voyages.


et encore une autre chaîne que je n'ai pas eu le temps de fouiller mais qui m'intéresse bien:

Russie.fr, apprendre le russe et plus



Et si avec tout ça je n'arrive pas à progresser, c'est à désespérer!
Et il ne me restera plus qu'à bouder dans mon coin...

vous ne le saviez pas, mais peu importe la couleur, je kiffe les renards.. vivants, hein!
Et les ours aussi.


dimanche 17 décembre 2017

Le Démon - Mikhaïl Lermontov et adaptation d'A. Rubinstein

Suite logique au précédent article, j'avais vaguement évoqué Le Démon, opéra de Rubinstein que je ne connaissais que très partiellement ( quelques airs et vaguement la trame).

Attention, ça va être un très long article, parce que j'ai du en passer par un long détour pour arriver à la version opéra.

Donc mes connaissances en russe sont trop lointaines et basiques pour me colleter à la poésie classique en VO. Il me faut donc trouver une traduction du texte en français.

C'est ici qu'on peut la trouver et ho! joie!  Le texte original est un long poème rimé ( si vous avez le courage ou de trèèèès bonnes bases en russe), je vois que les rimes sont assez libres, parfois croisées, parfois plates... mais la traduction française évite l'écueil de reconstituer des rimes françaises, tirées par les cheveux, en tordant le texte en tous sens.

Première constatation à la lecture: ça me rappelle quand même beaucoup " Eloa ou la soeur des anges" long poème d'Alfred de Vigny, quasiment contemporain du texte de Lermontov.

Eloa :1823
Le démon: commencé en 1838 fini en 1842




Damned! ( c'est le cas de le dire!), pour pouvoir parler de l'opéra, il faut que je parle du texte d'origine, mais pour pouvoir en parler, il faut que je fasse une  re-lecture de Vigny, pour trouver les points de rapport et de comparaison.

Nous voilà donc avec deux auteurs quasiment contemporains, dans deux pays différents ,tous deux plus ou moins dans le même registre romantique fantastique, qui mettent en scène une histoire d'anges déchus amoureux, en célébrant au passage les beautés de la nature.

Eloa:brièvement, Eloa est une ange ( oui unE: Vigny règle vite la question du sexe des anges, en expliquant que les anges ont un genre et même ont des relations sentimentales entre eux).
Eloa est crée à partir d'une larme de jésus, comme ange de la compassion et de la consolation. Sitôt instruite de l'histoire de Lucifer, elle décide de faire une affaire personnelle de le ramener dans le droit chemin, et aux cieux par la même occasion. Sympathy for the devil!

Et part donc à sa recherche, le trouve.. et se fait manipuler en beauté par le diable, tour à tour sincère dans son dépit d'avoir perdu sa place, et roublard qui finit par malgré tout entraîner sa sauveteuse dans son royaume, avec les autres anges déchus.

Le texte de Vigny: un poil longuet quand même, avec toute une partie sur l'origine d'Eloa qui aurait gagné à être un rien plus court.
Et surtout ces alexandrins en rimes plates, bien soporifiques...oui j'ai du mal avec ce rythme ronronnant.

Mais j'ai apprécié l'idée que ça soit une femme qui parte à l'aventure de son propre chef, suivant son idée fixe quitte à se planter en beauté: c'est une ange, pure, chaste, innocente etc.. et de ce fait, elle n'a pas inventé l'eau chaude et est plus imprudente que courageuse.
Mais bon la fin est plaisante puisque... pas de rédemption pour l'un et chute pour l'autre, pas de happy end qui aurait tout gâché.

Je me rends soudain compte que parler de Vigny en des termes aussi familiers m'aurait valu en fac un beau 1/20 pour l'encre et le papier...


A noter que l'ange déchu y est clairement  identifié: D'abord en tant que Lucifer ( avec explication de texte sur le nom) et ensuite comme Satan.


Le Démon: Lermontov ne s'embarrasse pas d'explications, et, directement, place son démon anonyme planant au dessus des montagnes de Georgie, insensible à la majesté du paysage, faisant le mal...par ce que c'est sa fonction, ce qui l'ennuie hautement (ce détail était aussi chez Vigny, il fait le mal sans en tirer un quelconque amusement, on se lasse vite de piéger les humains)
Le démon n'est pas foncièrement mauvais, il est surtout pris au piège de la situation.
Voilà qui est intéressant...

Le démon n'est pas nommé, cette fois, mais enfin, il est déchu, c'était autrefois un ange lumineux, le plus important, qui a perdu sa couronne.. il se présente comme représentant la science, la connaissance, et se voulant au final plutôt du côté des humains dont il cherche au final à atténuer les souffrances après les avoir provoquées pendant des siècles. Bon, ça fait quand même beaucoup d'indices.

Il se désintéresse de tout jusqu'à ce qu'il aperçoive Tamara, jolie brune géorgienne d'une noble famille, qui va se marier prochainement. Elle a d'ailleurs des doutes à ce sujet, prise au piège elle aussi de sa situation de fille obéissante qui doit renoncer à sa liberté et épouser celui qui lui a été destiné, sans qu'elle ait vraiment son mot à dire. Elle s'y résout sans trop de mauvaise humeur, après tout, le fiancé est jeune homme de bonne famille, pas un vieillard, c'est plus qu'elle ne pouvait espérer.

Par malchance ( ou intervention démoniaque? ça n'est pas aussi clair vraiment mentionné dans la traduction et je ne sais pas ce que dit exactement le texte original), le promis est attaqué sur la route par une horde tatare et meurt avant d'arriver au mariage, laissant Tamara désemparée par la nouvelle... jusqu'à ce que le démon, touché par la situation de cette femme, lui parle en rêve et lui adresse des paroles consolatrices nuit après nuit. Et en tombe amoureux.

Voilà qui est intéressant ( bis)

Tamara troublée par ces rêves récurrents ( qu'on devine aisément, sinon érotiques, du moins sensuels, articulés autour de l'apparition d'un beau brun inconnu d'elle) se retire au couvent pour essayer de fuir son obsession.. en vain, puisqu'elle redoute autant qu'elle espère l'arrivée de ce mystérieux visiteur de rêve(s).

Effectivement,il finit par venir, sans lui cacher sa nature, et lui promettre qu'il renonce au mal pour elle, en qui il voit enfin un possible salut.
Tout serait bien qui finirait bien... enfin, si l'on peut dire, par la damnation volontaire de Tamara qui après quelques réticences ( qu'on peut résumer en "pourquoi moi? Il y a des femmes plein le monde et je n'ai rien de spécial" car elle n'est pas aussi naïve qu' Eloa..., à quoi le démon donne une réponse désarmante de sincérité, quelque chose comme " tu me plait, ça ne s'explique pas, tu mérites une autre vie que les murs d'un couvent, je peux te l'offrir,avec la connaissance et l'immortalité aussi en prime si tu acceptes ma compagnie") n'est pas insensible aux charmes et aux promesses d'un type à l'air si sincère, fut-il une créature surnaturelle.

Enfin, tout irait bien, si elle n'était pas sous la surveillance d'un ange gardien.
Tamara meurt empoisonnée ( rouler des patins à un démon a cet effet là.. et lui même ne semblait pas être vraiment conscient de ce fait jusqu' alors), mais gloria alléluia, son âme est sauvée de la damnation par l'ange ... absolument dénué de toute compassion ( lui aussi ne fait que ce qu'il doit faire, se fiche royalement de Tamara, dont il dit même avec un certain culot qu'elle était attendue depuis longtemps au paradis, destinée à mourir jeune après avoir souffert, bonjour le cynisme!)

Eros vs Tanathos, la lutte de la morale et du désir, la victoire de l'esprit sur la matière...On y est en plein.

La morale chrétienne est sauve, mais... par le texte, par les descriptions, on sent quand même que Lermontov a une plus grande sympathie (whooohooo) pour son démon presque plus positif au final que l'ange. Il ne s'y serait pas mieux pris pour se faire l'avocat du diable... un diable étrangement touchant, plus victime que criminel, et pour qui on a volontiers de l'indulgence.

Et pourtant l'écriture n'a pas été sans difficultés, le texte a été remanié un grand nombre de fois ( pour faire coller la fin à là morale religieuse de l'époque:pas de salvation = pas de publication. On peut supposer que ça n'est pas vraiment la vision que voulait l'auteur, qui est mort avant d'avoir mis un point final et publié son texte, qu'il remaniait sans cesse sans arriver réellement à concilier ses idées et les nécessités éditoriales. au final ce sera quand même un de ses plus célèbres et appréciés)

Autant dire que pour moi, entre les deux, Lermontov l'emporte haut la main: Tamara est plus intéressante qu'Eloa, le démon plus sympathique (please to meet you.. I hope you guess my name houhou) et son texte assume une sensualité troublante que celui, plus éthéré, de Vigny, n'a pas vraiment.

Je ne peux pas m'empêcher de penser au génie du mal de la Cathédrale de Liège.

je ne me lasse pas de cette statue et de sa petite histoire. En forme d'erreur de calcul géante.
Oui, dans le but de faire comprendre aux ouailles que le mal, c'est pas bien, ils se sont retrouvés avec une statue d'un homme 3/4 nu, impeccablement bien roulé, dans une position lascive .
A quel moment ont-il compris que ça n'allait pas être très dissuasif pour les "innocentes" fidèles et qui n'ont pas franchement dû écouter très attentivement les sermons depuis lors?

Donc voilà le Démon de Lermontov est à peu près dans la droite ligne de ce genre de représentation autant dire que j'attends beaucoup de l'adaptation.

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Bon maintenant que le décor est planté, changeons le disque, et passons des Stones à Anton Rubinstein.

Le Démon est une oeuvre très célèbre en Russie, mais presque inconnue en Europe de l'Ouest, car presque jamais programmée ( ne rêvons pas c'est déjà un mini-miracle lorsqu'on nous propose La Dame de Pique ou Eugène Oneguine, en tout cas hors des capitales)

Le voilà donc en entier et en version 2015, accrochez vous, il y en a pour 2 heures et demie..( avec un petite interview des chanteurs, metteur en scène et chef d'orchestre au milieu...mais rien n'est traduit, désolée! Donc voilà un petit résumé tableau par tableau pour suivre l'action.)

Déjà, j'aime beaucoup le prologue d'un point de vue sonore: plein de sons graves qui évoquent la chute de l'ange déchu avec un bruit de tempête sur son passage, et choeurs surpuissants d'esprits malfaisants.

Mais comme on peut difficilement faire un opéra de 2 heures avec seulement 2 ou 3 personnages et des choeurs,il y a quelques différences assez cruciales, qui modifient beaucoup la perception générale de l'histoire:

 - Le prologue présente une sorte de dispute entre l'ange (une femme à la voix trèèèès grave. Jolie trouvaille ambiguë!) et le démon qui refuse de rentrer dans le rang. Et cette apparition de l'ange dès le début donne l'impression que Tamara est simplement un trophée que chacun d'eux va s'efforcer de remporter avant l'autre... là encore la lecture est modifiée, rendant Tamara moins intéressante, plus passive, plus victime des circonstances Dommage.

  - Tamara et le démon se rencontrent dès le début, puisqu'il vient la draguer ouvertement alors qu'elle va puiser de l'eau à la rivière.Je ne sais pas si elle le voit, mais en tout cas elle l'entend quand même s'adresser à elle une première fois à cette occasion.

 - L'implication du démon dans la mort du fiancé est beaucoup plus claire que ne semblait le dire le texte à la base, en tout cas dans la traduction française.
Et marquée dans la musique par un beau leitmotiv de cordes inquiétant.

Dommage, donc, le livret prend des libertés qui précisent trop de choses, là où le côté brumeux du texte d'origine était au final plus efficace pour brouiller les pistes entre le bien et le mal.
Là, le démon reste quand même assez ouvertement malfaisant et manipulateur. C'est moins original que le matériau de départ ( je rappelle que le texte date du milieu du XIX°siècle, où c'était novateur et limite impie de présenter un démon sympa.. Lermontov l'a fait, mais je suppose qu'il a du falloir édulcorer l'histoire d'un point de vue religieux pour le passage sur scène... c'est un certain Pavel Viskovatov qui s'en est chargé).

Par contre, auditivement, donc, j'aime beaucoup, même les airs de ténor, même les airs de soprano, c'est dire si c'est rare.
Et, outre le baryton-basse en rôle principal, il y a DEUX contralto (l'ange et la dame de compagnie de Tamara) et DEUX vraies basses (le père de Tamara et le serviteur) et ça c'est une énorme point positif, et de très beaux motifs au violoncelle, au cas où ma passion immodérée pour les voix et sons graves ne serait pas encore assez claire pour tout le monde! Du bonheur dans mes oreilles!

Je n'ai pas choisi cette version à la mise en espace - plus que mise en scène- étrange qui ne me convainc pas tout à fait simplement parce que je parlais du regretté Dmitri Khvorostovki il y a peu, même si c'est un plaisir de constater sur la longueur qu'outre sa voix vraiment riche et profonde ( et ce, même s'il était déjà gravement malade ce qui force le respect), il a avait aussi une présence impressionnante sur scène: son démon est à la fois inquiétant et fascinant, même si très classique par rapport au modèle littéraire.
Mais là on en revient au problème précédent, on peut mettre n'importe qui dans la distribution, si ça pêche un peu du côté du livret, ça pêchera toujours quoi qu'on y fasse.

Il arrive quand même à garder son charisme, c'est une prouesse, malgré une perruque qui continue à me poser un problème: Le démon est censé être BRUN! C'est écrit noir sur blanc par Lermontov lui-même, à plusieurs reprises, c'est presque même la seule chose sûre et certaine en ce qui concerne son apparence: il est séduisant - ce qui est suffisamment vague pour être laissé à l'imagination de chacun, ET brun, et ça c'est quand même précis! ( bon, je devine qu'ils ont quand même voulu garder bien visible la caractéristique principale immédiatement visible de la vedette: ses cheveux blancs comme neige depuis des années)
Et bizarrement l'ange porte la même moumoute, en noir. Bon on va dire que c'est pour le côté graphique, tout est en noir et blanc, on inverse les couleurs entre le bien et le mal et hop, le tour est joué... Pas très convainquant mais je suppose que c'est l'idée.

Mais surtout, j'ai choisi cette version, malgré mes réserves sur la représentation, parce que c'est une des seules disponibles en ligne et en intégralité. Des extraits oui ,on en trouve avec d'autres interprètes pour comparer,des morceaux isolés, ou des enregistrements audio... mais en intégralité et sur scène, il n'y en a a priori qu'une autre, chantée par des lettons, donc, puisque j'ai le choix, je garde le chant en russe par une majorité de natifs.
Et ça m'a aussi permis de découvrir, comme quoi tout arrive, un jeune ténor avec une voix assez puissante, et fort agréable ( qui interprète ici le rôle du fiancé de Tamara), Igor Morozow (étonnamment, un homonyme d'un autre ténor né en 1948),et Asmik Grigorian ( Tamara), soprano lithuanienne tout à fait écoutable que je ne connaissais pas non plus. Des voix à suivre...

J'ai donc beaucoup aimé le texte de Lermontov, beaucoup apprécié la musique de Rubinstein, même si, au final, je trouve le livret un peu bateau, et la mise en scène que j'ai trouvée un peu trop étriquée (disons que le concert était donné dans une salle de concert, pas dans une immense théâtre, chanteurs et musiciens doivent se partager un minuscule espace...Après un autre truc qui me gêne dans les productions récentes c'est la manie de faire chanter les gens parfois dans des positions passablement ridicules: à plat dos, assise par terre les genoux croisés sous la poitrine... c'est un peu n'importe quoi au niveau respiratoire, et c'est un coup à rater une note, ce qui ne se produit heureusement pas ici... mais pourquoi pas en faisant l'arbre droit contre un mur pendant qu'on y est, hein...)

Et pour conclure, je me devais de souligner ça, en 2011, je faisais le challenge "nécrophile"  alias " j'aime les auteurs morts".
L'ami Mikhaïl aurait pu entrer dans 2 catégories ( mort avant 35 ans et mort dans des circonstances particulières: tué à 26 ans en Duel. Comme Pouchkine (37 ans, et duel aussi...)
Conclusion: ne pas laisser un écrivain russe approcher de quoi que ce soit qui puisse servir d'arme...