dimanche 18 octobre 2015

Le Golem (film 1920)

Entre deux films plus récents, j'ai aussi profité  de mon RAT improvisé en début de mois pour faire un détour par l'expressionisme allemand. qui a, excusez du peu, posé les bases du fantastique ( le Golem et Le cabinet du docteur Caligari en 1920) de la SF ( Metropolis en 1927) et fait une jolie incursion dans le policier ( M le Maudit, 1931)

Et donc mon choix s'est porté sur Le Golem, qui attendait depuis très longtemps sur mon étagère. Un film de Paul Wegener inspiré d'une légende d'europe de l'est dont la version la plus connue a été rédigée par Gustav Meyrink.

Au XVI° à Prague, dans le Ghetto juif, un savant et astrologue voit un sobre avenir pour sa communauté et entreprend de construire en secret le Golem, statue d'argile colossale qu'il anime par magie afin de protéger le Ghetto, mais dans un objectif de défense, et non d'attaque. Et justement le malheur arrive: porté par le très fat chevalier Florian, un décret de l'empereur ordonne aux juifs de quitter Prague avant la fin du mois.

Pendant que le savant part à la cour avec sa statue animée pour plaider sa cause. Il va leur montrer par magie une évocation de l'exode des juifs, mais la consigne est que personne ne doit rire ni parler pendant ce temps là. Evidemment, c'est ce qui se passe: La magie dégénère, le palais commence à s'effondrer et l'empereur ne doit la vie sauve qu'au Golem qui tel Samson retient le toit. L'empereur retire donc son décret face à cet ennemi potentiel.

Pendant ce temps là, Myriam, la fille du savant batifole tranquillement avec le chevalier Florian, ce que l'assistant de son père prend très mal. Il va lancer le golem contre le chevalier et la fille, par vengeance, dès qu'il en trouve l'occasion, et ce qui devait défendre le ghetto menace en fait de le détruire.
C'est le réalisateur lui même qui joue le rôle..

et, même au naturel, il avait déjà à la fois la carrure et la physionomie étrange qui convenaient. Je lui trouve un certain air de ressemblance avec Klaus Maria Brandauer

Tiens, le bon vieux thème de la créature qui se retourne contre son créateur.
Mais il y a là quelque chose d'intéressant, de très intéressant. La magie qui anime le Golem, créature d'argile inerte est un mot, placé dans une capsule sur la poitrine. Lorsqu'on retire la capsule, le golem redevient une statue comme une autre. Logiquement, il ne devrait pas en avoir conscience or... il le comprend, et lutte comme n'importe quel être vivant menacé pour.; rester en vie. C'est une séquence très courte, mais elle annonce, enfin de mon point de vue, ni plus ni moins que toute la litanie de films de robots évoquant l'intelligence artificielle. La statue n'a pas de vie propre, ce n'est qu'un esclave qui doit se plier aux volontés de son créateur, il n'est pas censé avoir d'instinct de survie, et pourtant... il va tâcher de s'enfuir. Ce qui lui manque, c'est les notions basiques de bien et de mal: jeter quelqu'un du haut d'une tour, même si c'est l'ordre qui lui a été donné par un tiers, enlever quelqu'un sans que l'ordre ne lui en soit donné, c'est.. encore plus intéressant.
Cette toute petite scène rend le monstre attachant; s'il a un instinct de survie, c'est qu'il a une conscience, donc une sensibilité et potentiellement une intelligence rudimentaires. Philosophiquement, c'est intéressant: quelle est la part de responsabilité de chacun lorsqu'une expérience tourne mal, peut on reprocher à une créature de vouloir rester en vie... des choses qui sont encore d'actualité dans le moindre film de robot.

Après, on aime ou pas le cinéma muet en général et  l'Expressionisme en particulier, ses décors tordus (même si on est loin du Cabinet du Dr Caligari qui est à la limite de l'expérimental), son surjeu systématique, ses contrastes et effets d'ombres violents.
L'édition DVD de la fondation Murnau contient à ce sujet des bonus passionnants: sur le film lui même et l'influence qu'il a eu sur le Frankenstein de 1931, sur les caractéristiques du courant expressionniste ( et notamment la raison de ce surjeu systématique des acteurs, qui n'est pas du au hasard, mais plutôt au rejet du courant naturaliste et romantique qui l'a précédé. On voit la même chose dans les peintures de la même époque)
Personnellement j'aime énormément, ne serait-ce parce que j'adore les jeux d'ombre et de lumière et les contrastes violents. Mais aussi parce que c'est l'essor d'un cinéma ambitieux qui n'a peut être pas encore pleinement conscience de la richesse des pistes qu'il propose.

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